La relation, base de la psychanalyse , Interview d’Elsa Godart

La relation, base de la psychanalyse

Interview d’Elsa Godart

Elsa Godart est une philosophe, psychanalyste et essayiste française. Auteure de nombreux ouvrages individuels et collectifs, dont La Psychanalyse va-t-elle disparaître ? chez Albin Michel, et de plus de quinze années de recherche rassemblées sous le titre Métamorphose des subjectivités, aux éditions Hermann, portant sur la conscience, l’inconscient et le virtuel. Jeune femme énergique et passionnée, elle répond à nos questions.

Que cherchent les personnes qui viennent vous voir ?
Elles cherchent à aller mieux ! La souffrance devient trop envahissante, et elles n’arrivent plus à vivre; cette souffrance doit s’arrêter. Les symptômes sont multiples, et elles ont besoin d’une aide extérieure.

Que leur offrez-vous ?
Elles ont besoin d’entendre que leur souffrance est comprise, reconnue. Mais attention : cela ne veut pas dire que cette souffrance est partagée. C’est la différence fondamentale entre empathie et compassion, ce qu’Edith Stein appelait Einfühlung. La relation de soin s’établit dans l’empathie, ce qui permet de garder une distance saine pour pouvoir accompagner la personne. « Je reconnais le vécu intérieur de l’autre sans pour autant le confondre avec le mien », rappelle Edith Stein. Une condition de cette libre parole est le don de quelque chose par le patient. Je définirais l’acte analytique comme la capacité de faire surgir le désir et de le transformer en liberté. Le psychanalyste ne peut être directif ni prendre de décision ; il doit permettre à la personne de conquérir davantage sa liberté. Il est fondamental de faire surgir son désir, et il est tout autant fondamental de ne pas se tromper de désir. Or voir clair en soi peut être le travail de plusieurs années.

Quand la cure prend-elle fin ?
Elle prend fin quand il y a une résolution, quand une vie normale peut reprendre, quand l’étau de la souffrance se desserre. La psychanalyse n’est pas une coquetterie du dimanche pour vieux grincheux : ce n’est ni une mode ni une prétention d’intelligence. Le symptôme doit avoir disparu sans s’être déplacé. Cela se termine quand le patient se sent mieux. À l’inverse, il peut y avoir le désir chez le patient de faire une pause ou de mettre fin à la cure, ce qui ne signifie pas pour autant que le travail est terminé. Il peut aussi y avoir un moment de rupture pour revenir plus tard.

Quelle est votre filiation, la spécificité de votre accompagnement psychanalytique et pourquoi avez-vous choisi ce courant plutôt qu’un autre ?
J’ai une formation lacanienne. Je suis une admiratrice de Freud que j’ai découvert à l’âge de onze ans. Un désir évident de travailler sur moi s’est imposé. Puis j’ai découvert la philosophie qui m’a permis de mettre des mots sur ma vision du monde. J’ai également eu la chance de faire des rencontres extraordinaires avec des maîtres qui m’ont formée et accompagnée, et dont j’ai beaucoup appris. Lacan est celui qui a combiné les champs de la psychiatrie et de la psychanalyse avec celui de la philosophie, ce qui était une évidence pour moi.

Sentez-vous des lacunes, des manques ou des évolutions possibles dans votre approche psychanalytique ?
Nous ne sommes pas dans une technique mais dans une relation. Comment pouvons-nous améliorer chacune des relations que nous avons, alors qu’elles sont toutes uniques et inédites ? Parfois, j’ai le sentiment que quelque chose m’a échappé, et c’est normal : nous sommes dans un mouvement continuel. Le cadre évolue, nous nous adaptons, car la relation en vaut la peine. Nous ne parlons pas d’erreur dans la relation, mais de rencontre.

Que manque-t-il à la psychanalyse pour qu’elle continue d’exister et d’évoluer ?
Plusieurs choses :
– un discours politique, trop faible même s’il existe ;
– que le référentiel de la psychanalyse soit plus largement diffusé dans les discours médiatiques ;
– s’attacher à des objets du contemporain, plutôt que répéter les discours du maître.

(…)

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 56 à 57

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