Interview de Marie-France Des Pallières,Une vie tournée vers les autres,

Interview de Marie-France Des Pallières
Une vie tournée vers les autres

À l’âge de la retraite, au Cambodge, c’est vers les enfants chiffonniers que les deux créent en 1995 l’association PSE (Pour un sourire d’enfant). Six mille trois cents enfants apprennent un métier, partagent des repas, sont accueillis dans le centre, pour les sortir de leur condition et de leur milieu de vie, la décharge de Phnom Penh. Après le décès de Christian, Marie-France continue l’œuvre, avec le seul souci de préserver l’idée de départ : que l’aide aille aux plus pauvres. Si vous n’avez pas encore vu le film reportage qui leur a été réservé, ne manquez pas Les pépites. « Christian disait en blaguant que ce film parlait trop de nous, et que c’était très bien qu’il s’en aille. »

On ne peut pas parler de Marie-France sans parler de Christian. Ces deux-là forment un couple, même si le 24 septembre 2016 Christian quittait l’aventure terrestre commune à  l’âge de 82 ans. Tout commence par un voyage que le couple fait avec leurs quatre enfants, pour prendre la mesure que le monde ne s’arrête pas à leur vie quotidienne. Ils le raconteront dans un très beau livre , Quatre enfants et un rêve, Éditions Nouvelle Cité. La vie professionnelle les amènera à voyager encore et encore, à découvrir les autres comme richesse.

Vous avez fait de nombreux voyages, vous êtes partis en camping-car – le Nain-Bus – à la conquête du monde et votre couple, votre famille se sont construits autour de la découverte de l’autre ; pouvez-vous nous expliquer votre démarche ?
Nous vivons sur la planète Terre qui tourne dans l’univers et notre but était de connaître le monde. Ça nous paraissait important de savoir comment les gens vivaient ailleurs, ne pas rester dans son monde mais s’ouvrir à plein d’autres choses. Nous étions comme un enfant qui n’a qu’une envie, c’est de sortir de son parc.

Lorsque vous vous trouvez avec Christian, votre mari, sur la décharge de Phnom Penh, découvrant ces enfants au milieu des ordures, vous n’avez pas hésité. Qu’est-ce qui vous pousse à ce moment-là ?
Notre vie professionnelle nous a amenés à beaucoup voyager. À cette époque nous travaillions dans une association, la SIPAR (Soutien à l’initiative privée pour l’aide à la reconstruction) et nous nous occupions du redressement de l’enseignement primaire, dans le cadre d’un contrat de deux ans au Cambodge. Nous voyions régulièrement des enfants chiffonniers dans les rues mais, pris par notre mission, nous n’avions pas de temps disponible. C’est à la fin de son contrat que Christian a commencé à contacter ces enfants. Puis, mon mari étant en préretraite, nous étions plus disponibles, et lorsque nous avons découvert la décharge et les enfants qui mangeaient là-dedans – c’était l’enfer sur terre – on s’est dit : «La première chose à faire, c’est de les nourrir » ; c’était tellement insupportable ! Donc on a commencé par ça. Nous sommes repartis en France assez rapidement avec des photos pour expliquer ce que l’on avait vu et on a rapporté sur place de quoi démarrer notre action, puis on a préparé un programme. On ne voulait pas se tromper de but. Christian est allé discuter avec les enfants car nous voulions savoir de quoi ils avaient besoin. Ils nous ont dit : « Un repas par jour et puis aller à l’école comme les autres enfants ». Donc voilà, c’était tracé. Alors on a commencé à leur apporter des repas, puis à nouveau un retour en France. On leur a amené plus de repas, on a construit une petite paillote à côté de cette décharge, on a commencé à les soigner, puis à les nourrir tous les matins. Après ça, on a acheté un terrain et construit des classes. Au début nous n’avions pas de quoi subvenir à leurs besoins et on a demandé de l’argent à nos amis. Enfin on a démarré l’école, etc., et il n’était pas question de s’arrêter. Il n’est toujours pas question de s’arrêter d’ailleurs ! C’est ainsi que nous avons créé l’association PSE – Pour un sourire d’enfant – en 1996. Dans nos programmes nous avons 6 300 enfants aujourd’hui. Il y en a 4 000 qui ont un métier, qui sont sortis du projet définitivement. On a commencé par de l’enseignement primaire parce que c’est un domaine que nous connaissions, nous n’avions pas l’intention d’aller plus loin. Jusqu’au jour où nous nous sommes aperçus que même avec le brevet, ils ne trouvaient pas de travail et des enfants retournaient sur la décharge.

(…)

Il est essentiel de vérifier que l’esprit dans lequel on a créé ce centre, cette association, ne dévie pas, et que les priorités restent les mêmes. L’important, c’est que l’on puisse continuer à servir les plus pauvres et les sortir de leur misère. Depuis très longtemps on a été un peu hors norme : on a voyagé, on a acheté un camping-car, on a créé une chorale familiale, on a chanté, on est montés sur les planches, partis faire ce voyage… En fait nous avons essayé de réaliser nos rêves, nous avons osé réaliser nos rêves. Nous ne voulions pas nous entendre dire à la fin de notre vie : « On aurait aimé faire ça et puis on ne l’a pas fait ! » et regretter. Nous avons pris des risques, il y en a toujours. Mais l’important c’est d’oser, oser réaliser ses rêves, et aller à contre-courant éventuellement, parce que c’est ce que l’on a toujours fait.

Pour lire l’article en entier, Reflets n°27 pages 23 à 28