Le pardon : le GPS du bonheur, Tim Guénard

Le pardon : le GPS du bonheur

Tim Guénard

tim 1

Propos inédits en complément de l’article dans le dossier Le pardon, une bioénergie renouvelable de Reflets n°23

Y a-t-il des situations difficiles à pardonner ?
Oui, tout ce qui touche les enfants abusés, les choses qui atteignent la croissance physiologique. Avant de pardonner, il faut déjà digérer. Pour moi, le plus dur dans mon pardon, c’était l’atteinte au corps parce que le fait d’être cassé partout, d’avoir subi des choses pas très jolies, tu ne t’aimes plus. Tu es abîmé avant d’être fini. Tu as des peurs, des manques de confiance. On a atteint ton image, une image divine. Le Big Boss a dit : « tu honoreras ton père ou ta mère » et non pas « tu aimeras ton père ou ta mère » parce qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans qui sont plus durs que des Everest, des Kilimandjaro, sommets presque inatteignables. Je trouve ça très beau qu’il n’ait jamais dit « tu aimeras ». Je pense qu’il sait qu’il y a des papas et des mamans faciles à aimer mais que d’autres sont inatteignables, c’est-à-dire qu’ils sont des sommets dangereux. Donc, pour certains petits enfants, il est normal qu’ils ne puissent pas accéder au pardon tout de suite. Ils vont devoir d’abord se « déséquestrer » de leur histoire. Le premier temps, c’est de se reconnaître vierge.  Il m’est arrivé de dire à des prostituées qu’elles étaient vierges : « ton âme est vierge ». L’homme peut tout salir, sauf ton âme, c’est-à-dire l’intimité de ton intimité. Du coup, il faut toujours donner quelque chose de propre à quelqu’un qui a quelque chose de sale. Personne ne peut salir le cœur du cœur. C’est l’âme qui alimente le cœur. C’est le disque dur de la pureté. C’est pour ça que tout le monde est récupérable. Le problème de nos rancunes, c’est d’accuser, parce qu’on a été blessé. La blessure devient une accusatrice. Au début, c’est une réalité et après, le danger, c’est de l’entretenir en devenant accusateur. On honore la date anniversaire à tel point qu’elle va nous séquestrer, nous anesthésier et elle peut devenir une maladie psychique en ayant décidé de toujours voyager avec sa souffrance. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de malades psychiques qui pourraient guérir. Il suffit qu’ils choisissent de se délester comme le voyage en montgolfière. Si on veut aller plus haut et plus loin, il faut lâcher du poids et ce n’est pas jeter. Pardonner, ce n’est pas oublier, c’est savoir vivre avec. Ta plus grande ennemie, ce n’est pas ta souffrance, c’est ta mémoire, car elle te rappelle que tu as souffert tel jour et elle va avoir le bon plaisir de te le rappeler. Elle va prendre de plus en plus d’espace. C’est là où la dimension spirituelle devient un cadeau, car tu prends conscience que tu es un tout pour tout et non pas un tout pour rien. Et c’est ça Dieu. Il va falloir que tu deviennes l’ami de ta mémoire, c’est-à-dire qu’en pardonnant, elle ne va pas se sauver. Et du coup, tu es comme une belle bagnole. La belle bagnole ne reste belle et propre que parce que le gars qui aime sa bagnole la regarde, la nettoie mais il ne se dit pas que c’est le dernier lavage. Le pardon, c’est ça. Tu pardonnes une fois, c’est un lavage, ce n’est pas définitif. Tu vas te resalir mais ce n’est pas grave, tu iras te relaver. Du coup, la mémoire n’efface pas. Elle devient une archive dans laquelle tu peux aller faire des visites et tu prends ce qui est bon et ce qui n’est pas bon. Quand tu vis sans le Big Boss, c’est-à-dire par toi-même, tu restes dans la rancune et tu te laisses polluer. Le jour où tu rencontres ta dimension spirituelle, tu acceptes qu’il y ait des choses qui te dépassent qu’on appelle les rencontres. Un tel va dire tout haut ce que tu penses tout bas et tu vas dire : « putain je suis normal ». Le soin, la délicatesse sur tes blessures, c’est la normalité et ce n’est pas toi qui va la trouver tout seul. C’est là l’importance des rencontres. Vivre un pardon, seul, n’a aucun intérêt que ça soit pour toi ou pour les autres. Il s’agit de le vivre ensemble. C’est pour ça que j’aime beaucoup ce que le Pape François a suscité : l’année de la miséricorde. C’est un truc qui a été proposé au monde entier et pas seulement pour les cathos. Le pape donne plein d’exemples concrets. Tu finis par t’unir à ses prières. Et quelles sont–elles ? Quels sont ses soucis ? Actuellement, ce sont les migrants. Et lui-même a montré l’exemple. Si toutes les religions, si tous les chefs d’État, les ministres le faisaient, Monsieur et Madame Tout le monde le feraient. La terre irait beaucoup mieux. Le pape François a demandé aux prêtres, aux évêques du monde entier de renouveler ça pour toute une année, de donner le sacrement du pardon à tous ceux qui vivent l’IVG, à tel point qu’on voit l’amour du Big Boss pour toutes ces femmes et tous ces petits enfants. On ne peut pas faire comme si ce n’était rien. Et là, qu’est-ce que fait le pape François ? Il dit : « Tendez les bras », c’est-à-dire donnez les câlins du Big Boss que sont les sacrements. « Accueillez-les ! ». « Dites-leur à quel point elles sont aimées, ils sont aimés ». Tous ces petits enfants, ils sont baptisés dans le ciel.

Quelle différence entre la miséricorde et le pardon ?
C’est pareil. La miséricorde est un terme très biblique. Le pardon est un terme basique. Que tu sois croyant, pas croyant, la miséricorde est à l’échelle du monde et pas seulement à celle de toi-même et de ta petite famille. C’est quelque chose d’universel et c’est pour ça que c’est proposé à tout le monde. C’est un acte pour faire la paix, pour tous ceux qui ont des problèmes avec quelqu’un. C’est qui ton ennemi dans un pays où il n’y a pas la guerre ? C’est celui qui te fait chier. C’est celui qui te calomnie. C’est celui qui a des mauvaises pensées sur toi. S’il va à la messe et qu’il continue, eh bien, il fait des grimaces à Dieu puisque Dieu lui a demandé de faire la paix avec son frère. S’il ne fait pas la paix avec lui, c’est du pipeau. Dieu ne te demande pas seulement de l’écouter ni de faire de la boulimie spirituelle tout le temps. Il te demande, une fois que tu as mangé, d’aller au boulot, ce que fait très bien notre pape François. Quand tu vois ses journées à son âge ! Il a la connaissance de tout ce que Jésus a dit et après qu’est-ce qu’il fait ? : des actes. Et l’acte de la miséricorde s’adresse  à tous ceux qui n’ont pas fait la paix avec leur frère, bien que se disant croyants. Le rêve du Père, c’est le pardon. C’est pour ça qu’Il a dit : « tu ne jugeras pas si tu ne veux pas être jugé ». En fin de compte, on est appelé à aimer toujours plus et cette année de la miséricorde, c’est pour nous amener à être des êtres libres. On peut tous se blesser sans même le savoir parfois. C’est pour ça que le Big Boss a pensé aux omissions : « j’ai péché par pensée, en paroles, par action et par omission ». Moi, mon préféré, c’est l’omission. Celui qui fait le plus de dégâts, c’est celui qui n’est pas conscient. Moi-même, j’ai des péchés que je n’ai pas encore donnés. Oui, mais Dieu n’est pas une poubelle. Il y a des gens qui donnent tout d’un seul coup. Dieu se trouve submergé par tous les péchés de l’autre, c’est « camion benne ». Moi, je suis un vrai pécheur, jusqu’à ma mort, il y a des choses que je n’ai pas encore données parce que si je le faisais d’un seul coup, ça voudrait dire que je me débarrasse et Dieu n’est pas un débarras. Quand je lui donne, ça me coûte parce qu’un don, c’est quelque chose auquel tu tiens. Moi, j’ai des omissions volontaires. Je fais du mal sans m’en rendre compte. C’est le pardon dans le double sens parce qu’on parle toujours du pardon de l’offusqué. On n’est pas seulement la victime. Tu ne peux pas mettre en marche le pardon seulement dans l’ambition que ce n’est que toi qui doit être pardonné. Le pardon se met en marche le jour où tu as la conscience. Le vrai pardon, tu ne te mets pas à juger mais à aimer ton bourreau. Tu ne peux pas être aujourd’hui si tu n’as pas été hier. Si, aujourd’hui, tu as des étincelles de bonheur, que fais-tu de ton hier ? Est-ce que ça valait le coût de le vivre ? Moi, ma vie serait à refaire, je n’y changerais rien parce que je veux la même femme, les mêmes enfants, les mêmes amis. Après, tu veux pardonner parce que c’est important pour toi. Mais il faut que tu acceptes que celui que tu vas pardonner, lui a un temps de digestion qui est très différent. Le pardon n’est pas une baguette magique. Dieu n’est pas magicien. Quand vous attendez de l’instantané avec Dieu, vous vous éloignez de lui  en pensant qu’il ne vous a pas écoutés et ce n’est pas vrai. Dieu t’a écouté, mais est-ce que toi, tu veux bien être à l’écoute de Dieu qui est tout simplement le temps de digestion ? C’est l’histoire de l’enfant prodigue : à son retour, son père court vers lui, le prend dans ses bras et il l’aime. Dieu vous aime dans toute votre histoire, pas seulement dans vos trucs brillants. C’est vous qui ne vous aimez pas dans toute votre histoire. Tes petites chutes d’hier font partie de ton histoire et font partie du grand désir que Dieu a de toi. Il t’aime en entier et avec l’enfant prodigue, on a reçu un grand message du Big Boss. Il nous montre qu’accueillir quelqu’un ce n’est pas le culpabiliser, c’est le prendre dans l’instant, c’est se réjouir. Dieu nous montre à travers ça à quel point nous sommes aimés dans notre histoire. Pourquoi il est revenu ? Parce qu’il n’avait plus de tunes. Qu’est-ce qui lui restait dans son malheur ? : un petit coin de bonheur, son père. Quand l’homme est malheureux, il va survivre grâce aux petites îles de bonheur qu’il a dans sa tête. C’est comme ça les retours spirituels. C’est ça les câlins spirituels. Ce n’est pas pour la culpabilité. C’est nous qui ne sommes pas gentils avec nous-mêmes. Si dieu voulait un monde javellisé, il l’aurait fait depuis le début. Du coup, on aurait été des robots. Dieu aime la diversité, c’est le plus grand fou. Il n’y a aucun drogué qui arrive à la cheville du Big Boss. Il fallait faire confiance pour nous laisser les petits enfants dans les mains. Le plus grand trésor de la terre, ce sont les enfants. Depuis la nuit des temps, le Big Boss a choisi des co-créateurs avec lui pour être les parents de nos enfants. Le premier acte de prière qu’un enfant fait, il ne le fait pas à son père ni à sa mère. Allez dans les maternités et regardez la position de l’enfant quand il se met à crier. Est-ce que vous le voyez crier vers son père ou sa mère, même si tu l’orientes ? Il crie vers le haut, c’est pour ça que les petits enfants sont facilement en prière. Tu leur parles de Dieu quand ils sont tout petits – trois ans, quatre ans, cinq ans – ils sont spirituels tout de suite. Le nombre d’adultes qu’on a vus se mettre à genoux parce que les enfants le faisaient naturellement. C’est l’enfant qui montre le sacré parce que lui n’a aucun doute.  L’enfant est comme un buvard, il est vierge et nous, on est taché. C’est là l’anti-pardon et on se met en état de privation.

Pourrait-on dire que le pardon est une nécessité biologique ?
Moi je dirais que c’est le GPS du bonheur. Tu ne peux pas continuer la route vers le bonheur si tu ne rentres pas le pardon dans ton GPS. Tu ne verras personne d’accompli. Toutes les belles personnes que tu vois, ce ne sont pas des gens qui s’embarrassent du passé mais qui l’ont offert. Tu le vois chez les gens qui ont été dans les camps à Auschwitz, ceux qui ont vécu de grands drames, quand tu les regardes, ils sont beaux. Leur passé, ils l’ont vécu mais il ne les empêche pas de vivre. Ils ont fait paix avec leur histoire. Mère Teresa, on lui avait interdit d’aller voir son papa et sa maman mourir, tout prix Nobel qu’elle était. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle avait un pardon à vivre, toute sainte qu’elle était ? Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a connu une colère, qu’elle a connu un pardon à vivre. Le GPS de mère Teresa a été justement d’être un pardon infini parce qu’elle a ressenti Jésus au démarrage. Elle a eu des coups de chaleur avec Lui. Tant qu’elle était en activité, elle servait le pauvre comme elle servait Jésus. Quand elle était en non-activité, en état de prière, elle était remplie d’angoisses. Ne crois-tu pas qu’elle a renouvelé ses pardons indéfiniment ? Marthe Robin qui a fait un bien fou à des quantités de gens du fond de son lit, eh bien elle était toute petite devant le suicide de son frère, elle qui a sauvé tant de monde. Est-ce que tu ne crois pas qu’elle a été confrontée aussi à des combats pas possibles ? Ce sont les saints de notre temps. Je pense que pour aller vers la route du bonheur, tu ne peux pas le vivre sans ce GPS du pardon. Si tu refuses le pardon, tu refuses le bonheur. Quand tu pardonnes, tu te sens léger.

Autre article à lire dans Reflets n°23 pages 21 et 22