Archives par mot-clé : joie

Une vie simple – Rencontre avec Christian BOBIN

Une vie simple

Rencontre avec Christian BOBIN

Christian ROESCH

Ce qui frappe de prime abord dans la rencontre avec Christian Bobin, c’est la simplicité. Pas loin de son Creusot natal, il habite, en pleine campagne à la lisière de la forêt, une maison toute simple, à son image, sans aucun décalage. Sans internet ! Que nous sommes loin « des milieux littéraires » !
Cet amoureux des mots, des humains s’émerveille continuellement. Un rien l’enchante : un silence, un regard, un chant d’oiseau… et la page blanche pour dire la beauté délicate de toute vie.

Christian BOBIN

Extraits…

D’où vient votre foi magnifique dans la vie ?
De tout ce qui apporte une très bonne nouvelle, que mes yeux grossiers ont du mal à déchiffrer, mais dont ils reconnaissent la vérité. Le messager peut être un oiseau, la fleur de l’aubépine, la pensée d’une personne disparue, une phrase dans un livre ou un fragment de lumière. Si je cherche une source plus identifiable, je vous dirai : c’est mon père. Mon père était un sage qui ne savait pas qu’il l’était. Ouvrier dans la grande usine du Creusot, il a ensuite pu devenir enseignant de dessin technique. Je suis sans doute son seul échec scolaire ! Mais il m’a instruit comme, je crois, on instruit vraiment, c’est-à-dire par sa présence, par ce qu’il était plus que par ce qu’il disait. Et je l’ai vu grandir comme je continue à le voir grandir au-delà de sa mort car les choses ne s’arrêtent jamais. Il accueillait tout le monde comme si chacun était unique. Il était attentif aux personnes indépendamment de leur costume, de leur richesse, de leur crédit social. Il aimait les gens profondément. Il pensait aussi que le simple fait de vivre suffisait à tout. Il n’était pas quelqu’un d’écriture ou de longue parole. Pour lui, la vie répondait en silence aux questions que nous pouvions lui poser. J’ai senti sur moi le souffle d’une confiance toujours présente, en moi. Et pour lui, pour cet homme, mon père, j’ai une gratitude, une dette que j’ai la joie de voir grandir tous les jours. D’ailleurs pour moi, écrire c’est juste témoigner de ce qu’on a vu, pas plus, pas moins.

Vous parlez souvent de l’ange, une présence familière.
Ce que j’appelle ainsi, ce sont juste les moments les plus subtils de la vie qu’on peut tous connaître. Les anges sont à la pointe de la fleur de la vie, du côté le plus fin, mais parfois aussi piquant. Ils peuvent provoquer un petit retrait si on s’approche trop, mais ce sont des flux de la vie, des passages vitaux très subtils que chacun de nous connaît, comme cette délicatesse qui vient alors aux hommes. Ce que connaissent aussi à merveille les nouveaux-nés, non pas qu’ils soient des anges, mais de leur petite poigne rose ils arrivent à attraper la tunique de Dieu, tant elle est frêle cette main, tant elle est sans prétention. Quelque chose vous parle comme jamais et pourtant ça ne passe pas par des mots. Par exemple en musique, en entrant dans l’intervalle entre deux notes de Bach ou de Mozart : cet intervalle est absolument infini.
Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit. À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur aune délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui. Pour Jean Grosjean, les anges sont des facteurs, ils nous amènent quelque chose, à charge pour nous de savoir le lire.

Votre regard plonge au cœur du simple, de l’ordinaire.
En fait c’est le seul bien que nous ayons, tout se trouve là. Je vois ici un verre d’eau sur la table et je ressens la présence incroyable, presque écrasante, de ce verre d’eau parce que
ces choses-là, si pauvres, sont les seules qui seront encore là dans les heures épuisantes. Je me souviens d’un rosier dans le noir d’une nuit d’été et d’être comme tué par son parfum. La vie ordinaire ne cesse de vouloir nous aider. Nous sommes fous de vouloir aller dans le spectaculaire, de croire qu’il faut toute une machinerie pour nous émerveiller. Rien de plus émerveillant que le vivant, que l’éphémère, que l’ordinaire.

Christian Bobin  bis

Une question devant cette critique du monde moderne, vous êtes parfois aussi sévère avec l’institution religieuse. Que diriez-vous pour la défendre ?
Par exemple que sans elle on n’aurait pas les plus beaux textes du monde et grâce aux prêtres, ou aux rabbins – je pense aux trois religions du livre – on peut ajouter le bouddhisme aussi, sans ces hommes il n’y aurait pas ces choses-là. Donc, on peut dire que l’Église est lourde, fautive et essentielle. Parce que qu’est-ce que je saurais moi du Christ si le maître livre qui rapporte ses propos n’avait pas été transmis depuis deux mille ans jusqu’à moi. C’est le travail de l’Église, de nous transmettre les plus beaux textes, la réserve de nourriture essentielle, le pain sans lequel on mourrait de faim, c’est ça l’Église, juste des traces de doigts sur ce livre.

livres

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°14 pages 74 à 80

Décyptez vous-mêmes l’actualité – Christian Roesch

Dans l’éditorial du numéro précédent, nous vous proposions de décrypter l’actualité, par vous-mêmes, comme nous essayons de le faire chaque trimestre.
Quelle gageure ! Nous relevons le défi que nous nous sommes donné.
Que voulons-nous dire par ce titre « Décryptez vous-mêmes l’actualité » ?
De nombreux médias ont pour objectif de donner du sens. Mais quel sens ? Politique ? Social ? Féministe ? Religieux ?
Nous avons choisi un autre axe : la lecture spirituelle. C’est le non-sens de ce qui arrive dans le monde autant que dans notre vie qui est douloureux. C’est une source d’inquiétude, d’angoisse provoquant parfois des gestes d’anéantissement alimentant les médias et entretenant un sentiment d’impuissance. Le non-sens est désespérant.

Reflet dossier 14

Décrypter
Selon notre éthique, c’est mettre en relation notre monde intérieur avec le monde extérieur. Chacun sait plus ou moins que nos organes des sens filtrent les informations reçues.
Les yeux, les oreilles, le toucher trient donc, déforment, chacun à sa manière, selon son histoire personnelle. Mais savons-nous précisément ce que laisse passer et ce que retient le filtre ? Si nous ne le savons pas, que pouvons-nous connaître de la réalité ?
Les rédacteurs de REFLETS font ce travail de connaissance sur eux-mêmes, tentant de percevoir au-delà de « leur » propre filtre.

Vous-mêmes
Cela change tout. Le filtre de celui qui écrit l’article n’est pas le vôtre. L’auteur aboutit à une certaine (au sens de sûr et relatif) perception de la réalité. Votre histoire reconnue,
acceptée, aimée vous mènera à une certaine perception, différente et tout aussi juste. La vôtre vous mettra en joie car elle participe à l’ordre des choses. Trouver de la joie avec l’actualité, même la plus sombre, n’est pas banal.

L’actualité
Ce sont les événements du monde communs à tous les lecteurs. Mais apprendre à les décrypter vous-mêmes ouvre la possibilité de comprendre votre actualité personnelle. C’est-à-dire les événements heureux ou malheureux qui vous arrivent. Heureux, ils ne demandent aucun effort,
seulement déguster et remercier ; malheureux, ils méritent de s’y arrêter. Mettre du sens enlève au moins 80 % de la souffrance.
L’apaisement fait apparaître l’ordre des choses. Certains, dont je fais partie, le qualifieront de divin, car en soulevant le filtre, c’est un autre monde qui apparaît. Vaste, lumineux, paisible. Comment ne nous ferait-il pas envie ?
C’est le but de REFLETS.
Dans les années 80, Gitta Mallasz ( Scribe de « Dialogues avec l’ange » Ed. Aubier-Flammarion ) montrait à Bernard Montaud comment regarder le « J. T. » (Journal télévisé) sans être désappointé par les douleurs du monde. Elle regardait les événements comme si elle posait ses yeux sur une cour de récréation d’école primaire, avec la même tendresse amusée. Puis Bernard Montaud a enseigné à son tour cette lecture en développant le mécanisme pour arriver à ce regard miséricordieux. Ensuite, nous avons bâti une méthode pour écrire sur l’actualité. C’est de cette lignée que nous souhaitons vous faire profiter pour cesser d’être ballottés devant les drames permanents présentés par les médias.
Bien sûr, cela n’est pas gagné en une fois. Décrypter demande un effort d’un genre inhabituel puisqu’il s’agit d’aller voir en soi-même. C’est la clef de toute connaissance.
Pour vous accompagner vers votre décryptage, nous avons choisi parmi l’actualité un sujet difficile :

Le conflit israélo-palestinien
– Parce que c’est un sujet récurrent. Ce dossier sera encore utilisable pendant des années.
– Tout le monde a une opinion.
– Ce sujet est hypersensible. Nous l’avons vérifié devant le refus de nombreuses personnalités à répondre à quelques questions. Le problème est complexe car y interviennent l’histoire récente, le génocide nazi, l’histoire ancienne avec l’expansion de l’Islam dès le VIIIe siècle, l’histoire biblique encore plus ancienne, les religions monothéistes reconnaissant les mêmes prophètes, les soutiens actuels de part et d’autre en vertu de ceci ou cela.

Préparer ce dossier nous a convaincus de deux choses :
– Que c’est une des grandes plaies du monde.
– Qu’il n’y a pas de neutralité véritable. Nous avons entendu « équité » renvoyant les parties dos à dos. Ou : « moi, je ne prends pas partie » Ou : « Il faudrait arrêter la violence dans
les deux camps ». Chaque point de vue exprimé montre une souffrance intérieure s’extériorisant dans une empathie pour les victimes d’un côté ou de l’autre ou des deux
côtés. Mais quid des combattants, des commanditaires, des manipulateurs ? L’empathie pour les victimes est assez spontanée. Celle pour les bourreaux est plus rare. Pourtant
s’élever nécessite de comprendre aussi les bourreaux. Il faut du temps pour percevoir que nous ne sommes pas que victimes, mais que nous sommes aussi des bourreaux pour autrui. Nous n’avons pas très envie de voir cet aspect de nous. (Lire l’article « Pauvre victime ! » page 25)
Merci aux personnalités qui ont accepté de répondre à nos quatre questions sur ce conflit. Elles montrent qu’il existe d’autres approches que la nôtre. Toutes sont justes quand elles aboutissent à un apaisement.

Article d’introduction du Dossier ” Décryptez vous-mêmes l’actualité ” REFLETS n°14 pages 18 et 19