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Répondre aux souffrances de guerre

Répondre aux souffrances de guerre

Interview d’Élise Boghossian

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Après des études en neurosciences, Élise Boghossian s’est formée à l’acupuncture et au traitement de la douleur en Chine et au Vietnam. En 2002, elle crée l’association Elisecare dont l’objectif est de promouvoir les bienfaits de la médecine traditionnelle chinoise. Petite-fille de rescapés du génocide des Arméniens en 1915, c’est en référence à son propre passé qu’elle a choisi de s’engager dans l’aide aux victimes de guerre, en faisant de l’acupuncture un instrument humanitaire. Elle intervient dans les zones de conflit apportant son aide aux populations meurtries, en Arménie d’abord, puis en Jordanie et en Irak. Après un premier dispensaire mobile et le « bus des femmes » parti en Irak en juin 2015, Élise Boghossian projette de créer de nouvelles unités mobiles en France et à l’étranger, dans les zones de guerre ou les milieux défavorisés. Elle témoigne de son expérience dans un livre Au royaume de l’espoir, il n’y a pas d’hiver ‒ Soigner en zone de guerre, paru fin 2015 aux éditions Robert Laffont, dont les droits sont reversés à son association Elisecare pour financer ses dispensaires mobiles et la création d’un hôpital en Irak.
www.elisecare.org

 « J’ai rempli ma vie de rêves, dont celui d’apaiser la souffrance des autres », dit Élise Boghossian. Mère de trois enfants, cette jeune femme déterminée quitte une fois par mois son cabinet d’acupuncture parisien pour soigner avec ses aiguilles les réfugiés syriens et irakiens exilés au Kurdistan. Sur place, elle forme des équipes médicales et elle lève des fonds en France pour créer des dispensaires mobiles allant à la rencontre de ceux qui souffrent, au plus près des situations d’urgence.

Au début de votre ouvrage, vous posez une question sans donner de réponse : « Est-ce que je suis dans l’humanitaire ou est-ce que je fais partie de cette humanité ? » Aujourd’hui, que répondriez-vous à cette question ?
Je me pose encore la question. Le terrain apporte certaines réponses, mais la remise en question est toujours là. Lorsque l’on fait de l’humanitaire… on apporte ses conceptions, ses idées, avec l’impression d’être mieux placée pour désigner à des populations leurs besoins. Et les réalités que l’on découvre sur place n’ont parfois rien à voir avec ce que nous pensions être une urgence fondamentale. Ce qui est difficile, c’est que l’on peut être amené à créer des besoins qui ne sont pas indispensables et qui engendrent de la dépendance, un sentiment de dette. Et de plus, le jour où on n’est plus là, on laisse ces personnes complètement livrées à elles-mêmes.
Ce qui est important est de pouvoir apporter une aide concrète, de transmettre ce que l’on sait, pour les aider à devenir autonomes. C’est la seule solution pour aider ces gens à retrouver une vie normale.
Quand on fait de l’humanitaire, on peut se poser la question suivante : « Est-ce que je fais cela pour me donner bonne conscience ou pour aider réellement ? »  Dans l’aide que j’apporte, que notre équipe apporte, nous pensons d’abord aux personnes déplacées, exilées, torturées, violées, maltraitées, oubliées. Nous essayons de les aider de manière utile et pérenne.

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Parlez-nous de votre équipe et de son travail sur le terrain.
Seulement 9 % des réfugiés et des déplacés irakiens ont pu s’installer dans des camps de réfugiés, eux-mêmes déjà saturés par les réfugiés syriens de la guerre civile qui a débuté en 2011. Les 91 % restants sont dispersés dans tout le Kurdistan et n’ont pas accès aux structures d’aide mises en place par la communauté internationale. C’est pour répondre à leurs besoins que le premier dispensaire mobile a été créé en janvier 2015. L’équipe de ce bus, composée de sept médecins et de personnels soignants, eux-mêmes réfugiés, dispense consultations et soins spécifiques aux femmes et à leurs enfants : gynécologie, suivi de grossesse, soins postpartum, néo-natalité, pédiatrie, traitement de la douleur… Le bus dispose à son bord d’une pharmacie qui distribue les médicaments. Des psychologues assurent un soutien psychologique durable aux femmes traumatisées, en collaboration avec des organisations locales. Ils contribuent à la réinsertion de ces femmes qui vivent souvent en marge de la société. Les enfants font également l’objet d’un suivi dans le cadre d’ateliers créatifs favorisant l’expression de leurs traumatismes sous des formes non verbales.

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Dans votre livre, que voulez-vous dire par « La religion doit être l’expression de la spiritualité » ?
Sommes-nous condamnés à faire de cette planète un lieu de destruction et de souffrance ? Nous sommes tous reliés, nous faisons tous partie du même monde, et la plupart des guerres sont des guerres de religion. Elles sont le fruit de haine, de non-respect de nos différences, elles puisent leur feu dans l’ignorance. Mon moteur, est-ce la foi ? Je ne sais pas. Je crois plutôt que tout mon être est animé par l’engagement. Aujourd’hui en Occident, nous sommes devant une génération de personnes poussées par une soif de consommation et continuellement insatisfaite. Se disent-ils heureux ? Nous cherchons tous à donner du sens à nos actions, une voie pour nous engager et nous épanouir. Ce qui fait notre force, ce qui renforce notre identité, notre ancrage à la terre, ce que nous sommes appelés à être et à devenir, c’est une relation quasi spirituelle à la vie, et donc à la mort, à notre propre mort.

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Ma foi se manifeste au niveau de l’engagement. Pour ce qui est de la spiritualité, j’ai fait mes études en Asie, nous sommes faits d’énergie, c’est l’énergie qui engendre la vie, c’est l’énergie qui nous lie aux autres. Cette énergie a une part visible et une part d’invisible, et ce qui nous unit est aussi bien le visible que l’invisible. Le concept de l’énergie est fondamental dans la philosophie taoïste. J’ai été baptisée, je suis arménienne, c’est annexe, je pense. La foi que j’ai dans mon travail, dans mon équipe, dans mes rêves, est avant tout propulsée par mon désir d’engagement, ma sincérité par rapport à ce que je fais, ma relation aux autres.

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Votre expérience vous permet-elle de dire que vous avez moins peur de votre vieillesse et de votre mort ?
Quand on touche la vie dans son extrême, la souffrance dans son extrême, la mort, on développe peut-être aussi une forme de détachement pour vivre l’instant présent, savourer des bonheurs simples. Sur le terrain et avec les personnes que je soigne, j’apprends que le plus important n’est pas de se donner des recettes de bonheur pour objectif de vie. Quand du jour au lendemain, en l’espace de quelques heures, on a tout perdu, on s’accroche à ce qui est essentiel, c’est-à-dire la vie. Et quand nous en sommes les témoins, même si nous ne sommes là que pour soigner ces personnes, nous nous demandons si nous serions, nous, capables d’encaisser des souffrances similaires.

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Ces situations extrêmes contribuent-elles à vous rendre meilleure ?
Avec toute notre équipe, nous essayons d’être justes. Nous recrutons des médecins hommes et femmes parmi les réfugiés sans distinction religieuse. Ils soignent les réfugiés dans le respect de l’autre, dans une relation d’égalité. À chaque retour de mission, je suis bouleversée par ce que j’ai vu et entendu. Je travaille beaucoup pour mener cette petite barque parce que nous sommes une petite organisation. Parce que le travail ne finit jamais, parce que l’on ne voit pas le bout du travail. En même temps, c’est incroyablement passionnant, excitant, de mettre son temps et son énergie dans des causes fondamentales. On trouve en soi des ressources tout le temps, on devient plus fort, et meilleur aussi.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 21 pages 18 à 20

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Foi spirituelle et foi religieuse sont comme nos deux bras par Bernard Montaud

Foi spirituelle et foi religieuse sont comme nos deux bras

Bernard Montaud

Bernanrd MontaudFondateur de la Psychanalyse corporelle®, Bernard Montaud est à l’origine de la voie spirituelle Art’as, dans la lignée de l’enseignement de Gitta Mallasz, le Dialogue Essentiel et aussi de la tradition chrétienne.
À l’occasion de sa participation à la rencontre internationale sur l’Islam spirituel à l’UNESCO (voir page 40), nous l’avons interviewé sur les deux aspects de la foi.

Bernard Montaud, que représente pour vous cette rencontre à l’UNESCO autour de l’islam spirituel ?
D’abord, ayant été invité à cette rencontre, elle constitue pour moi un très grand honneur. Mais surtout, je crois que nous ferions une grave erreur si nous pensions que le fanatisme religieux qui s’exprime dans l’islam ne concerne que l’islam. Je pense que nous sommes devant une maladie de la foi qui concerne l’ensemble de l’espèce humaine, toutes religions confondues, et qu’il faudra reconsidérer à l’intérieur de toutes les religions ce qu’est la vraie foi et ce qu’est la fausse foi. Nous avons à nous interroger sur : à quoi servent ces intolérances, à quoi servent ces fanatismes, à quoi servent ces intégrismes sinon à nous rappeler à l’ordre d’une vraie foi, d’une foi tolérante, d’une foi qui partage, d’une foi qui comprend. Oui, je pense que par défaut de sacralisation dans nos sociétés, nous avons produit la folie de la foi par manque de foi et que ce n’est pas le problème seulement de l’islam, c’est le problème de tous les mouvements spirituels et de toutes les formes de foi.

Le thème de cette rencontre est l’islam spirituel. Cela veut dire qu’il n’y a pas qu’un islam religieux ? Faites-vous une différence entre la foi spirituelle et la foi religieuse ?
Oui, tout à fait. Selon moi, il y a une foi spirituelle qui concerne une foi en soi, en sa propre grandeur. Croire en la grandeur de soi, c’est un premier niveau de la foi. Et la foi spirituelle de toutes les traditions, qu’elles soient soufie, bouddhiste ou chrétienne, c’est cette espèce de conversion intérieure qui nous fait passer du pire au meilleur de nous-mêmes. Être meilleur, voilà le souci de la foi spirituelle. La foi religieuse, c’est une autre forme de foi. Elle s’appuie sur la relation entre la créature et le créateur. Et elle interpelle d’une autre façon : quand je suis meilleur, qu’est-ce que je peux faire au nom de Dieu ? À quoi peut servir ma vie au nom de Dieu ? C’est là où la foi religieuse devient complémentaire de la foi spirituelle. Donc ce sont deux formes de foi différentes. L’une n’a pas besoin de Dieu, c’est la foi spirituelle ; l’autre a besoin de Dieu, et c’est la foi religieuse.

Est-ce qu’il y a un ordre dans ces deux formes de foi – spirituelle et religieuse – ou bien sont-elles équivalentes ? On peut passer de l’une à l’autre ?
Je dirais qu’elles sont à l’image du bras droit et du gauche. Il n’y a pas un ordre, il n’y a pas un bras qui est meilleur que l’autre, chacun a son utilité. C’est dans la complémentarité des deux bras que nous pouvons embrasser.

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Il est nécessaire que la foi spirituelle et la foi religieuse se rencontrent, elles sont complémentaires. C’est toujours à l’image du bras droit et du bras gauche : il est bien nécessaire qu’ils se rencontrent, ne serait-ce que pour prier… Et les formes de foi, différentes entre elles, ont besoin de se rencontrer ! Au niveau de la foi, nous avons à faire voir au monde que nous acceptons nos différences pourvu que nous priions ensemble. Cela me paraît un acte politique majeur, et que le Cheikh Bentounès a magnifiquement réussi par ce congrès.

Quel message voudriez-vous faire passer à l’occasion de ces Journées ?

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J’aimerais que, comme il le désire, nous soyons de nombreux mouvements à œuvrer pour créer une journée du vivre ensemble et du faire ensemble et du croire ensemble. Il me paraît ridicule en 2015 que les protestants se battent contre les catholiques, que les sunnites se battent contre les chiites, que les ceci se battent contre les cela dans la foi. C’est un non-sens de la foi puisque la foi, c’est partager, c’est recevoir la foi de l’autre. Je pense que le premier devoir du croyant est d’autoriser quiconque à croire en ce qu’il veut. Et de la même manière qu’il existe une journée du 1er mai où les syndicalistes défilent la main dans la main, en première ligne, tous syndicats confondus, il faudrait instaurer une journée où nous défilerions, les musulmans, les bouddhistes, les religieux, les non religieux, les engagés spirituels, les voies spirituelles, petites ou grandes, tous, la main dans la main. Parce que nous ne pourrons pas constamment nous battre contre ces petites guerres de religions stupides qui ne sont que des mesquineries spirituelles.

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Pour lire la suite, Reflets n° 19 pages  26 à 27

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La foi qui croît et la foi qui est crue par Katie Badie

La foi qui croît et la foi qui est crue
KATIE BADIE

Katie Badie

D’origine britannique, Katie Badie a été animatrice biblique dans une paroisse anglicane de la City à Londres avant de venir en France pour faire des études de théologie. Pendant 16 ans elle a été pasteur dans une Eglise protestante évangélique à Paris. Mariée, elle est mère de deux enfants lycéens. Actuellement elle est responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France.

Faites-vous une différence entre foi spirituelle et foi religieuse ?
Quand j’étais jeune, je refusais l’étiquette « religieuse » pour ma foi chrétienne. Il est vrai que mon lien avec la religion institutionnelle était lointain et informel, passant par un cercle d’amis, la lecture de la Bible et le christianisme ambiant. Quand finalement j’ai commencé à fréquenter une église locale, j’ai eu le sentiment de trouver une famille plutôt que d’adopter une pratique religieuse. Pour une partie des protestants, c’est la foi du cœur qui compte. Dans certains milieux, le baptême n’est administré qu’à ceux qui font profession d’une foi personnelle ; on est attentif aux signes d’un engagement spirituel intime et d’une relation vivante avec le Christ. Dans ces cercles, l’intérêt pour les formes de la religion peut paraître plutôt suspect !
Mais pour tous les protestants, la conscience individuelle devant Dieu et la nécessaire action de l’Esprit-Saint dans le cœur et l’intelligence, pour comprendre les Écritures notamment, sont fondamentales. Selon l’Évangile de Jean, Jésus dit : « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit » (Jean 3:8). Insaisissable et indéfinissable, le souffle de l’Esprit-Saint précède et suscite la foi ; il crée la communion avec Dieu. Le Nouveau Testament utilise très peu le vocabulaire de la religion : la seule fois où il est appliqué aux chrétiens est dans l’Épître de Jacques : « Si quelqu’un se considère comme un homme religieux alors qu’il ne tient pas sa langue en bride, mais qu’il se trompe lui-même, sa religion est futile. La religion pure et sans souillure devant celui qui est Dieu et Père consiste à prendre soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et à se garder de toute tâche du monde » (Jacques 1:26-27).

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Alors oui, je faisais pendant de nombreuses années une distinction nette entre foi spirituelle et foi religieuse. Cependant, il faut aussi accepter le regard extérieur sur son vécu personnel et, selon les catégories sociologiques, ma foi était dès le départ une foi religieuse. Puis, en poursuivant un chemin de foi personnel, et ceci sans rupture ni autre conversion, j’ai intégré les pratiques, l’histoire et la théologie de la religion chrétienne et je suis devenue pasteur et bibliste protestante ! Enfin, il faut reconnaître que même dans les cercles où l’on insiste le plus sur la profession personnelle de la foi, il existe des cours de préparation au baptême et des pratiques (plus beaucoup) plus normatives et ritualisées que l’on veuille bien admettre ! La foi a aussi un contenu transmis ; il existe la foi qui croit et la foi qui est crue .

fides qua creditur, fides quae creditur

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Y a-t-il une hiérarchie ?
Mon itinéraire personnel me dispose à privilégier la foi spirituelle, parce que l’adhésion personnelle et l’intériorité me semblent essentielles. Mais ma foi spirituelle évolue à l’intérieur d’une tradition religieuse spécifique. Dans notre contexte aujourd’hui, la foi spirituelle peut se vivre dans toutes les traditions religieuses et en dehors, par des spiritualités personnalisées, voire non-croyantes ou humanistes.
À première vue, la foi spirituelle pourrait apparaître plus porteuse du sens de notre destin commun et de communion entre les êtres humains. Et il me semble que toute recherche du spirituel ou d’intériorité qui résiste au matérialisme, au consumérisme et au cynisme, crée un terreau favorable à l’ouverture et au dialogue. Cependant, ce serait naïf d’occulter le fait que subsistent des spiritualités mortifères, culpabilisantes et trompeuses, et cela à l’intérieur de toutes les traditions religieuses, et en dehors ! « Prenez garde que personne fasse de vous sa proie au moyen d’une philosophie trompeuse et vide », avertit l’apôtre (Épître aux Colossiens, chap. 2).
Qu’apporte alors la foi religieuse ?

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Lire la Bible, est-ce une pratique spirituelle, religieuse ou intellectuelle ? La Bible dépasse des frontières confessionnelles ; elle fait partie du patrimoine culturel de l’humanité. Aujourd’hui naissent de nouveaux réseaux de lecture de la Bible qui rassemblent des gens de tous horizons. Quelles en seront les interactions avec la pratique religieuse ? L’avenir nous le dira.

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Pour lire la suite Reflets n° 19 pages 18 et19

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ZHANG ZHANG Créer et partager la beauté à travers la musique

Zhang Zhang est premier violon de l’orchestre philarmonique de Monte-Carlo. Elle est née en Chine au moment de la Révolution culturelle. De parents artistes célèbres ne se pliant pas à la dictature, ils émigrent ensuite en Thaïlande, au Canada, en Suisse. Elle étudié aux Etats-Unis et aujourd’hui elle vit à Monte-Carlo. Impossible de ne pas être marquée par la rencontre avec Zhang Zhang : un mélange de force, de détermination et de gentillesse, de simplicité, d’humilité.

Zhang Zhang at Opera Garnier

Quelle est votre foi aujourd’hui ?

Je crois que tous les humains ont un instinct de foi. Nous avons besoin de croire en quelque chose d’autre qui est au-delà de ce que nous pouvons voir et toucher. Je n’ai pas été élevée dans la religion, mais j’ai du respect pour toutes les fois qui encouragent les gens à devenir plus équilibrés dans leur vie, quel que soit l’endroit où ils vivent et celui d’où ils viennent.

J’ai la foi en la capacité de l’humanité à créer la beauté. Et en dépit de toute la destruction que nous avons causée les uns aux autres et à la nature, je crois encore que l’on peut survivre à nos propres faiblesses. Mais nous devons participer activement pour aider notre société à atteindre un futur meilleur. Tout le monde peut faire la différence vers le mieux.

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En profondeur, qu’est-ce qui vous motive dans la musique ?

La musique et toutes les formes d’art sont la célébration ultime de la vie pour l’humanité, le meilleur hommage à la beauté et à la vie, à la nature et à tout ce qui est bon en nous.

En vieillissant, je suis de plus en plus convaincue que si en tant qu’humain nous passions plus de temps et d’attention à nous immerger dans l’art, que ce soit la musique, la peinture, la littérature, la poésie, la dans, etc., quelle qu’en soit la tradition, européenne, asiatique, africaine, latine…, nous serions des êtres humains beaucoup plus équilibrés et le monde serait plus en paix.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°18 pages 74 à 79

Roland Giraud – en toute sincérité

La rencontre avec Roland Giraud fut chaleureuse.Comédien passionné par son métier, il se livre en toute simplicité sur sa vie, témoignant de sa foi. Au cours de cet entretien, nous mesurons combien son épouse Maaike Jansen, également comédienne, absente ce jour-là, est malgré tout très présente. Car à travers les mots de Roland Giraud nous percevons leur amour et aussi très fortement combien la foi de sa compagne est une force pour leur couple.

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C’est votre fiancée qui vous a amené à la foi ?

Oui, parce qu’elle avait la foi, une foi solide qu’elle a de plus en plus et qui la préoccupe de plus en plus avec l’âge. On va arriver à des périodes sensibles, car on commence à voir beaucoup de monde autour de nous qui meurt, dans notre famille, parmi nos amis. La famille de mon épouse ne m’a jamais forcé à quoi que ce soit. C’est ce qui m’a plu. A force de rester seul à la ferme le dimanche matin, quand ils allaient au culte, je me suis décidé à y aller. J’ai été séduit parce que j’ai rencontré des choses que je savais déjà. Je trouvais le cadre un peu austère par rapport à une église catholique, mais c’était souvent plus chaleureux. Ma foi s’est un peu construite avec l’exemple. J’en ai vu les applications chez mes beaux-parents, chez leurs amis, chez les pasteurs. Je n’étais pas parfait , j’avais quelques petites failles mais pas de failles « passibles de leur loi ». Quand on parlait de l’essentiel, des évangiles ou de l’Ancien Testament, on n’était pas sur le même terrain. Nous, on faisait notre petit chemin et puis notre fille est née. On l’a baptisée naturellement. On l’a éduquée. Mais elle avait ses démons. Elle a eu des problèmes d’alcoolisme quand elle est devenue adolescente, des problèmes de reconnaissance  de soi aussi. C’était une fille qui savait où étaient les vraies valeurs, qui était très généreuse jusqu’à ce qu’arrive cette chose épouvantable que l’on n’a toujours pas réalisée. Cet événement n’a pas changé notre foi du tout, au contraire.

Dans le livre, vous avouez très humblement que le pardon vous est difficile. Votre épouse, elle, est arrivée à pardonner.

À mon avis, ce n’est pas à nous de juger l’assassin, il sera jugé. Bien sûr que je devrais pardonner. Là où j’ai beaucoup de mal, c’est dans les discussions de fond avec des gens, car on ne parle pas de la même chose. Comment puis-je « croire » quand on voit tout ce qui se passe ? Tout se passe mal parce qu’on ne croit pas au message christique. Les gens sont de plus en plus égoïstes. Mieux ils vivent matériellement, plus ils sont égoïstes.

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Le pardon, c’est quand même une base de la résurrection ?

Bien sûr. C’est un chemin tortueux mais il n’y a pas de plus beau chemin pour arriver à la sérénité, pour voir où sont les vraies valeurs.

Dans votre livre, vous avez une magnifique définition de la foi. Vous dites : « C’est aussi saluer d’avance ce que nous ne pouvons pas concevoir ici et maintenant ». Comment voyez-vous la Vie Eternelle ?

C’est très difficile à dire parce que c’est un état que nous ne connaissons pas. Nous serons ce que nous sommes mais différents, puisque quand le Christ est apparu à ses apôtres, ils ne Le reconnaissaient pas et pourtant c’était Lui. Nous n’aurons aucune des contingences terrestres, donc pas de maladies, pas de douleurs, pas besoin d’une voiture ou d’une moto, mais nous existerons. Nous serons dans un état comme dans un rêve. Quand vous êtes dans un rêve, vous avez l’impression d’être vivant mais les choses sont totalement dissociées. Tout est possible. C’est ce que dit le Christ : si vous croyez totalement, tout est possible. C’est la foi qui déplace des montagnes. Pourquoi des gens réussissent-ils et d’autres pas ? Parce qu’ils ont la foi. Ils ne doutent pas. C’est un travail énorme à réaliser mais on ne peut pas le réaliser dans le confort dans lequel on est, avec les contingences que nous avons.

 Pour lire la totalité de l’article…REFLETS 17 pages 74 à 79

 

Michaël LONSDALE -Prier toujours et partout

Chacun se souvient de son interprétation de frère Luc dans le film Des hommes et des dieux. Ce rôle était à la hauteur de sa foi. « J’apprends tout doucement à aimer mon prochain. » nous dit-il avec humilité. De plus en plus, malgré son âge, il met son métier, sa notoriété, sa voix au service du message christique. « J’ai à coeur de faire des spectacles où la spiritualité est présente dans l’art. »

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Vous avez été baptisé à 22 ans. D’où vient votre foi ? Quelle en a été l’origine ?
Des petites approches très délicates. J’habitais en Angleterre. Mon père était anglais. Nous parlions cette langue à la maison. Un jour, ma mère m’a offert un livre The life of Jésus. Je l’ai lu, il m’a beaucoup plu. Mon père était protestant, mais non pratiquant. Maman était en pension en Angleterre quand elle était enfant. Elle ne devait pas être très sage, car on lui disait : « Tu finiras en enfer ». Dès qu’elle a pu, elle a pris la poudre d’escampette… Mais elle n’avait aucune hostilité envers le Christ, au contraire. Ensuite, nous sommes partis au Maroc poursix mois en 1939 et nous y sommes restés dix ans, bloqués par les guerres. Là-bas, se sont produits plusieurs événements, dont une tentative de récupération par des adventistes. Ils m’avaient emmené à une réunion. J’ai dit quelque chose à propos de la foi. De retour à la maison, la responsable a dit à maman que j’avais dit quelque chose d’étrange pour mon âge. Après, cela s’est mal terminé parce qu’ils ont voulu m’emmener à un week-end et moi, cela me rasait. J’ai préféré rentrer à la maison. La responsable m’a poursuivi avec un rouleau à pâtisserie.

Plus tard, j’ai rencontré un musulman qui parlait de sa foi le soir dans les cafés. Cela m’a intéressé, je trouvais beau ce qu’il disait. Je me disais : « Pourtant, je ne vais pas devenir musulman. » C’est le moment où nous avons quitté le Maroc, et où je suis venu dans ma famille française. À Rabat, nous avions une amie qui m’emmenait le dimanche à la messe. J’aimais bien cela. Je ne comprenais pas grand-chose. Une anecdote illustre mon degré d’ignorance : le deuxième dimanche, je dis à cette amie : « Qui est ce monsieur à qui on dit tout le temps : allez, alléluia ? Pourquoi il ne s’en va-t-il pas ? ». Cette même femme, qui plus tard a habité à Paris, m’a initié à la peinture moderne. Ensuite, j’ai voulu être comédien. Elle m’a conseillé d’aller à l’atelier d’art sacré : « Là, tu vas rencontrer des prêtres et des artistes ». J’y suis allé courageusement. Un père dominicain, le père Régamey, a fait une conférence sur l’art et la foi. J’ai eu plaisir à l’écouter.

Il me dit : « Écoute, je ne peux pas te parler là parce que je suis très pressé, mais viens me voir au couvent Saint Jacques, rue de la Glacière et puis on verra ». Je n’ai pas raté ce rendez-vous. D’entrée, il m’a demandé ce que je cherchais. En bafouillant un peu, je lui ai répondu que je voulais faire de belles choses, artistiques, pures. Après m’avoir écouté pendant plus de vingt minutes, il m’a dit : « Je crois que c’est Dieu que tu cherches ». Eh bien, c’était cela. Il m’a amené jusqu’au baptême.

Dans une situation où vous êtes contrarié, avez-vous une pratique particulière pour transformer cet instant pour être bien ?
Oui, c’est mécanique chez moi. Chaque fois qu’il y a un problème, je prie. N’importe où, n’importe quand, je prie l’Esprit Saint, toujours. Il y a des moments où je suis contrarié : il arrive que des gens me fassent des histoires pas possibles. Alors, je prie, je demande à l’Esprit de m’aider. On se sent très pauvre, on ne sait pas quoi faire. D’autres fois, ça va : si je peux aider les gens, je le fais volontiers. Je prie n’importe quand, n’importe où, dans le métro…

Vous décrivez de multiples formes de prières qui sont toutes très touchantes.   Quelle est la fonction principale de la prière pour vous ?
Pour moi, c’est entrer en présence de Dieu, Lui dire tout ce qui se passe, Lui demander de l’aide, échanger, contempler. Parfois, je m’arrête dans la rue, je ne bouge pas. Je dis de petites phrases en invoquant Jésus, Marie, Joseph, tout simplement.

Avec l’âge, la prière prend-elle un nouveau sens pour vous ?
Plus je prie, plus je suis content. Je sais que c’est le levier de tellement de choses. Il a dit : « Priez, priez », Marie aussi. J’apprends tout doucement à aimer mon prochain. Ce n’est pas toujours facile. Il est des hommes tellement bruts, méchants, durs, blessés à mort. Pour raisonner ces malheureux, je prie devant eux, souvent même quand ils parlent, parce qu’il faut écouter. Aimer, c’est une grande demande du Seigneur, la plus lancinante : « Aime ton prochain comme toi-même ». J’enseigne aussi cela aux gens qui ne s’aiment pas. Dans la communauté de l’Emmanuel, j’ai été tellement troublé en entendant des réflexions telles que : « Ce type-là, il peut crever, je ne ferai rien. Il peut aller en enfer, je m’en fous ». Pascal Ide, un père de cette communauté, me dit : « Cherche un peu dans leur vie. Quand on est jeune, on a la vie devant soi, on rêve que l’on va faire des choses formidables. Et puis il n’y a rien. Ces gens déçus se persuadent qu’ils ne valent pas grand-chose, qu’ils sont nuls. Ils ne s’aiment plus. Quand on ne s’aime plus, on n’aime pas les autres, on les accuse d’être responsables de cette situation, ce sont des salauds. Leur dire : « Attention ! Tu ne t’aimes pas, tu ne te considères pas, tu ne t’aimes plus », cela les fait réfléchir. Il faut dire ces choses-là. Il faut aider chacun selon les besoins.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°16 pages 74 à 77