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Vivre avec la peur

Vivre avec la peur

par Christian Roesch

vivre avec la peur

Le terrorisme autant que les catastrophes naturelles, industrielles ou de transport ferroviaire, aérien, routier nous font vivre avec la peur.
En France, l’état d’urgence avec les patrouilles armées, les contrôles à l’entrée des lieux de rassemblements (stades, musées, etc.) nous rappellent constamment que nous vivons avec un risque majeur.
Bien sûr, ce n’est pas agréable de vivre avec une épée de Damoclès sur la tête que les pouvoirs publics et les médias nous pointent constamment.
Mais cette peur a-t-elle son utilité ?

La peur a plusieurs fonctions  pour l’individu.
La première est instinctive. Elle alerte sur ce qui peut arriver.
Par exemple chez les animaux, la peur à l’approche d’un prédateur met en route le processus de survie, par la fuite ou tout autre moyen
Elle fait éviter d’aller dans certaines rues la nuit à cause d’un risque supposé d’agression.

(…)

La deuxième fonction est de signaler l’erreur.

(…)

La peur incite à plus de justesse. Elle aide à prendre les bonnes décisions.

La peur anticipe la répétition de notre histoire. Elle attire ce que nous redoutons.
Par exemple, une personne est marquée dans sa personnalité par le fait d’avoir été rejetée (traumatisme fondateur). Inéluctablement, elle se remet dans une situation évoquant ce scénario. À un moment, elle pressent que cela va se produire. Elle le redoute. Elle en est avertie. Et cela se produit. Parfois le mécanisme touche la vie professionnelle, parfois les amours, parfois la vie sociale.
Le fonctionnement de la peur peut s’avérer encore plus subtil. Par exemple, une maman qui assiste aux premiers tours de vélo de son enfant et qui a peur qu’il tombe, induit fortement la chute de celui-ci.
La mise à nu du subconscient nous donne parfois un éclairage inattendu. La mère sera une « bonne » maman en soignant le genou écorché de son enfant. Ce sera un moyen de lui manifester son amour qu’elle ne sait pas bien dire autrement.
La peur signale la répétition de notre fonctionnement traumatique.

Nommer la peur, c’est déjà ne pas y succomber

La peur, pour être apaisé quel que soit le risque réel que la catastrophe arrive, a une exigence fondamentale : la faire parler.
Elle demande à être précisée jusque dans le concret. De quoi ai-je peur exactement ?

(…)

Qu’est-ce qui se passe lorsque la peur n’est pas domestiquée ?
Nous avons vu que la domestiquer, c’est la faire parler, établir un véritable dialogue.
S’il n’a pas lieu, la peur laisse la place à notre fonctionnement instinctif, voire bestial.
Nous nous condamnons au plus bas de l’homme. Peur → accusation→ réaction
– soit dans un comportement de victime,
– soit dans un comportement de prédateur,
dicté par l’instinct de survie.

(…)

La peur est l’argument supérieur des dirigeants

La peur a une dimension collective qui prend le pas si elle n’est pas traitée personnellement.
Les gouvernants préconisent des réponses collectives face aux peurs. Ainsi ils gardent le pouvoir sur les grandes orientations sociétales. Elles vont toujours dans le sens de faire du citoyen un consommateur docile, laissant les décisions de fond aux « spécialistes », évidemment dans « l’intérêt général ».
Le terrorisme a fourni les arguments pour envoyer l’armée au Niger, pour bombarder Daech en Syrie. Depuis, les ventes d’armes françaises s’envolent !
Les grands médias, souvent aux mains de groupes industriels, sont les relais efficaces de la « raison » d’État par-dessus les clivages gauche-droite. Les gros titres vendeurs jouent sur l’émotion et la peur.
Notre libre arbitre ne nous est laissé que sur les points secondaires.

(…)

Mais que pouvons-nous faire avec nos peurs face aux catastrophes naturelles ou non ?
Pour le terrorisme, la peur nous met évidemment face à notre façon personnelle d’appréhender la violence. Là se dessinent deux comportements qui souvent s’imbriquent.

La manière profane : « Je n’y peux rien à ce qui arrive ; donc autant profiter de la vie. »
Saint Paul avait synthétisé ce point de vue par ces mots : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ! »
Souvent nous avons envie de baisser les bras devant l’adversité de la vie. Se réfugier dans un individualisme nous faisant renoncer à l’espoir d’un monde meilleur. Tant pis pour la planète, pour le gaspillage, pour les belles intentions. Les générations futures : ils n’auront qu’à se démerder. Comme nous.
Cela ressemble à vivre l’instant présent. Libre du futur dont on ne s’occupe plus, mais pas libre de son passé. Si cette attitude était juste, il n’y aurait plus de souffrance. Hélas, consommer n’apporte pas le bonheur.

La  manière croyante : la peur qui fait miroir à ma violence m’incite à essayer d’être meilleur.
La mort, qui est rappelée si souvent, m’incite à ne pas remettre à demain l’expression de mon amour pour mes proches. Demain, je serai peut-être mort : aujourd’hui, à qui je peux dire que je l’aime ?

(…)

Ainsi la mort, forcément source de peur devant l’inconnu, est perçue comme un passage et non comme une fin. La peur change de nature dans la foi.

Le profane a peur que la mort soit la fin. La menace de mourir engendre des regrets et des souffrances. Ai-je bien vécu ? Ai-je perdu mon temps ? En ai-je bien profité ?
L’idée de la mort s’associe à celle de souffrance. Le refus tempête : « Pourquoi encore souffrir, autant en finir ! ». Ainsi se propage l’idée de la mort programmée.

Pour le croyant, la peur de mourir laisse la place à un sentiment tout autre, mal compris pour le profane, «  la crainte de Dieu ». Elle n’a rien à voir avec un père fouettard. C’est un examen de conscience. Est-ce que j’ai accompli ce pour quoi je suis venu sur terre ?
Ne nous trompons pas sur le mot « accomplir ». Ce ne sont pas les œuvres qui nous sauvent. C’est la reconnaissance dans l’amour filial pour le Père qui apaise.

(…)

Mourir en héros ou vivre en n’étant personne

Les catastrophes ne vont pas se calmer.
Le réchauffement climatique, même si une limitation est possible, provoque un dérèglement auquel nous assistons déjà : tremblements de terre, volcanisme, inondations, incendies monstres. Même si certains mécanismes sont prévus comme l’élévation du niveau de la mer, certaines conséquences  sont inévitables : transferts massifs de population, abandon de territoires, migrations, etc.
Le terrorisme ne va pas se calmer.
Le désarroi des jeunes n’ayant pas d’avenir enthousiasmant va continuer à en faire des cibles privilégiées pour n’importe quels mouvements violents s’opposant à notre de vie, en prétendant changer le monde par la force, avec ou non un prétexte religieux. Mourir en héros l’emporte sur vivre en n’étant personne.

Pour lire l’article en entier  Reflets n° 20  pages 20 à 22

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La vie en communauté, solution d’avenir -Christian Roesch

La vie en communauté ne semble concerner qu’une infime minorité. Pourtant elle intéresse beaucoup de monde. Pourquoi ? Parce qu’elle apparaît assez inconsciemment comme une solution d’avenir.

vignette dossier vie en comm doss16

Pour le moment, elle parle aux jeunes, étudiants et travailleurs qui se groupent en colocation, pour des motifs économiques et pratiques. C’est juste un passage vers une vie établie. Cependant elle laisse des traces par son pragmatisme. Elle intéresse les nouveaux retraités, pour la mise en commun des objets à usage intermittent, pour la mise de fond allégée, pour le mode de vie au-delà du couple démotivé.

Différents niveaux d’intégration sont possibles : du partage d’espaces communs facultatifs comme le jardin, la buanderie, la chaufferie, le parking, à ceux indispensables à la vie quotidienne comme le salon, la salle à manger, la cuisine. Elle intéresse les personnes âgées.

La maison de retraite est une vie en communauté imposée. Alors pourquoi ne pas choisir avec qui vieillir et dans quel cadre ? Cette alternative conserve la responsabilité de son mode de vie et incite à des efforts physiques et psychiques propices à la santé. Des promoteurs développent des habitations pluri-générationnelles où l’entraide réciproque est la règle de base. Tout ceci ne suffit pas pour que ce soit une solution d’avenir.

Je définis l’avenir comme le progrès de la conscience :
progrès individuel de la conscience lorsque le temps qui passe épanouit la joie de vivre chez chacun.
progrès collectif de la conscience, mesurable dans l’évolution des rapports humains, avec plus de respect, de convivialité, d’entraide et de solidarité. La vie en communauté, pour réussir, fait appel à ces qualités.
Le seul modèle par le passé concerne la vie monastique. Depuis des millénaires, des hommes dont le but explicite est de progresser en amour, se réunissent dans des structures plus ou moins fermées. Cette expérience existe aussi bien en orient qu’en occident quelle que soit la religion de base.

La vie en communauté laïque, civile implique un dépassement de l’ego comparable pour réussir, c’est-à dire avoir simplement envie de rester ensemble. C’est un exploit. Pourquoi ? Le conjoint, dans l’intimité au quotidien, est rapidement insupportable. Il nous renvoie l’image douloureuse de notre histoire, le petit enfant blessé qui vit toujours en nous. Nous préférons nier notre responsabilité, accuser l’autre. L’« écrasé » va rencontrer l’« écraseur », l’ordonné, le négligent, etc. N’est-ce pas la source de nos difficultés de couple ?
Aujourd’hui presque un couple sur deux divorce, c’est un constat. La société a depuis 50 ans, favorisé la séparation en cas de désaccord. Tant mieux ! Ceux qui restent ensemble le font par amour vrai. C’est un progrès de la conscience. Songez que si réussir à vivre avec les défauts d’un autre est un dépassement considérable, vivre à plusieurs multiplie l’insupportable. La tentation de séparation s’en trouve accrue. Cette expérience, laïque ou religieuse, plus ou moins réussie, parce qu’elle existe, tire l’humanité vers le haut.

Avec mon épouse, nous avons fait le pari de nous investir dans cette aventure. Nous avons choisi cette solution pour bien vieillir, et pour servir la Vie. Surmonter les difficultés de notre personnalité a une contrepartie très bénéfique : partager nos problèmes crée un partage de notre créativité. Je m’explique : aimer l’autre, y compris dans ses souffrances, c’est se donner à fond pour l’aider à trouver des solutions à ses problèmes. C’est déjà captivant dans le domaine personnel et familial, c’est génial pour les problèmes liés au service, à la tâche des uns et des autres. Dans cet ordre d’idée, quelle joie quand fuse soit une suggestion inattendue pour l’association caritative de l’un, soit une proposition pour REFLETS, ou encore une piste pour le service d’un troisième ! Alors les petits problèmes de vaisselle qui traîne deviennent secondaires. C’est cela le vrai bonheur. Il a le goût, à toute petite échelle, de ce que l’humanité peut devenir. ■

Texte d’introduction au dossier de REFLETS n° 16

Le cancer,une excroissance pour croitre intérieurement-Christian Roesch

Le cancer, un chemin de réconciliation, de réunification ? C’est ce qu’a vécu Christian Roesch. Avant d’être fondateur de REFLETS, il exerçait le métier de chirurgien-dentiste, orienté vers les pratiques alternatives. Un cancer de l’œsophage l’a amené d’abord à apprécier les bienfaits de la médecine classique, puis à comprendre l’invitation de cette maladie à se dépasser pour servir la vie.

Christian Roesch

Une difficulté à avaler, comme un raclement dans le fond de la gorge, me voilà en route pour me faire soigner par un naturopathe. Ma tendance – due à mon histoire depuis mes premiers jours sur terre – a toujours été de me méfier de la médecine institutionnelle et par réaction de faire plutôt confiance à ceux d’à côté. Si bien que j’ai étudié et pratiqué les médecines dites alternatives avec frénésie (homéopathie,acupuncture,kinésiologie,orthodontie fonctionnelle…). Ce thérapeute ne me procura aucun résultat. J’ai persévéré en allant voir un médecin acupuncteur chevronné et réputé. Il m’a remarquablement rééquilibré les énergies des méridiens mais cela n’a eu aucun effet sur mon problème. Il m’a envoyé vers un magnétiseur renommé. Pareil ! Si bien que mon problème s’aggravant (douleurs, vomissements…), je consulte mon généraliste et ami. Bien sûr j’aurais dû commencer par lui mais on ne se refait pas ! Il m’envoie illico chez un gastro-entérologue qui décide une gastroscopie en urgence, laquelle se conclut par : « Ce n’est pas bon signe ».

Là, je perçois enfin l’hypothèse du cancer. Il veut me revoir dans 15 jours quand il recevra les résultats de l’anatomopathologie. À cette date je suis à un séminaire. Nous convenons qu’il me donne les résultats au téléphone à l’heure du déjeuner. Au téléphone, le gastro me communique les résultats confirmant le soupçon de carcinome de l’œsophage au-dessus du cardia. Ça y est : je comprends que c’est une épreuve sérieuse. J’accepte ce qui est. Accepter, c’est recevoir avec le sourire. Je retourne à table, continuant la conversation en cours. Cela pourrait ressembler à un déni. Vingt-cinq ans de travail intérieur, accompagné par le même maître ont un effet certain. Je l’avais déjà vérifié lors d’un accident grave de moto deux ans auparavant.

DossierCANCER-1

gémir ou accepter ?

Le temps d’un cri de toutes mes forces dans le casque – pour ne pas perdre conscience – c’était la durée pour choisir entre : gémir et en vouloir au conducteur de la voiture qui m’avait renversé ou bien accepter où le Ciel voulait m’emmener. Je sais, de tout mon être, que Dieu ne me veut pas de mal. Il est amour. Mais l’amour divin n’est pas l’amour affectif. Il guide ma vie incluant tous les moyens pour me permettre (ce qui est différent d’obliger) de progresser en conscience, en amour. L’accident de moto m’avait fait changer de vie : passer de chirurgien-dentiste à directeur de publication. Maintenant, où veut-il m’emmener avec ce cancer ?

dieu ne me veut pas de mal

Le premier enseignement que je tire de cette maladie est ceci : J’étais dans un clan par rapport à la médecine, la médecine marginale. La vie m’a amené à m’en remettre à l’autre camp. Quel humour ! Si bien que je suis réconcilié profondément. Les deux ont leur rôle, et ils ne sont pas interchangeables. Dans le circuit du traitement du cancer, j’ai été « bien traité ». C’est-à-dire non seulement bien soigné mais encore pris en main humainement par des équipes médicales faisant de leur mieux, à tous les niveaux depuis les aides-soignantes jusqu’aux patrons. Cela n’a pas empêché Dieu de pousser le curseur des épreuves. À la troisième séance de chimio préopératoire, j’ai approché la mort. Est-ce que j’aurais un reproche ? Est-ce que j’aurais un regret ? Certes non, j’ai vécu de grandes contemplations lors de ce passage.
Les scientifiques se demandent s’il y a de la vie ailleurs que sur terre. La vie terrestre visible est une goutte d’eau par rapport à la vie de l’univers. C’est une certitude pour mon être, mais je sors du sujet. Cette réconciliation me fait voir la médecine autrement.
D’un côté, persiste une médecine empirique, héritée des connaissances anciennes lorsque les hommes étaient proches de la nature. Cette connaissance n’est pas d’ordre rationnel, elle ne s’explique pas. Parfois elle dégénère en « savoir » plus ou moins commercial. Dans tous les métiers il y a des charlatans.
De l’autre, la médecine moderne atteignant des sommets de performance en diagnostic analytique, en médicaments, en chirurgie. Elle n’exclut pas l’art du médecin : le nez, cette intuition complétant l’expérience qui oriente un diagnostic avant toute épreuve matérielle. La réconciliation me fait pressentir la médecine postmoderne. À la technique de plus en plus efficace mais qui rend le malade de plus en plus objet de la science, se joindra la médecine « humanisant ». Le médecin aidera le malade à comprendre le sens de sa maladie et l’orientera vers l’accompagnement nécessaire pour qu’il trouve les actes pour progresser dans sa vie et guérir en profondeur. C’est donc un médecin qui aura fait un travail de fond sur lui-même menant à de « grands yeux » voyant l’intériorité révélée par la maladie, et ayant une vraie compassion pour ses malades (compassion : vivre l’épreuve de la « passion » avec l’autre)

la vraie guérison : aimer le criseux

D’un côté, maîtrise de la technique, de l’autre maîtrise de l’intériorité. Mais quel était le but de l’épreuve du cancer pour ma vie ? J’ai mis du temps à le comprendre et encore je n’ai pas le sentiment d’avoir tout compris. D’abord pourquoi ce cancer, dans cette localisation à la jonction œsophage estomac ? Classiquement, on relie ce cancer à des problèmes alimentaires. Normal. Sauf que mon alimentation a toujours été de bonne qualité (mes parents tenaient un magasin de diététique comme on disait à l’époque). Je vis depuis longtemps à la campagne, dans un environnement sain. Je n’étais pas particulièrement « stressé », pratiquant régulièrement l’immobilité silencieuse depuis de nombreuses années. Donc l’influence extérieure n’était pas la bonne piste. J’avais observé que l’axe transversal dorso-thoracique au niveau du cardia était une zone de faiblesse liée à mon histoire la plus ancienne.

Mais qu’en dire de plus ? Enfin, j’ai fini par comprendre que ce cancer était le résultat de mon comportement ordinaire. Quand on me dit quelque chose de désagréable, quand on me fait quelque chose qui me contrarie, je le rumine. Les agacements restent en travers de la gorge. Les déplaisirs me restent sur l’estomac. Ceci provoque une acidité qui remonte. Jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter. Alors la réaction à ces agacements sort violemment, en crise, pour évacuer. Forcément, en me fâchant durement contre l’entourage. Puis le calme revient et le processus recommence. À la longue, mon aigreur de la vie a entamé le tissu œsophagien.
Pour être transparent, cela fait 25 ans que je suis un chemin spirituel. Il m’a amené à voir ce fonctionnement ponctué par des crises. Il m’a conduit à aimer le « criseux », à transformer certaines situations au point que ma vie conjugale, professionnelle, amicale en a été radicalement modifiée. Mais dans le quotidien, pour nombre de petits agacements, le processus était toujours là. Si bien que cette zone de mon corps, trop anormalement sollicitée depuis si longtemps a baissé les bras.

Comment pourrais-je en vouloir à ce cancer ? Comment pourrais-je accuser Dieu de me punir ?
Non. Je suis seulement invité à aimer quand je suis agacé. Au lieu de ravaler ma souffrance, la plus petite, je peux en faire une occasion de miséricorde. Pour moi, pour l’autre. La vraie guérison est là.
Le dernier scanner (octobre 2014) ne montre plus de trace de cellules cancéreuses. Je sais que la guérison est liée à ma pratique. Si je continue dans ce sens, je suis à l’abri de récidive. Si je continue, l’amour grandit. Je sais que cette santé, intimement liée à la joie de vivre, m’est donnée pour que la tâche qui m’a été confiée se développe. Rester en vie pour servir. Le désespoir du manque de sens de la vie qui me rongeait est devenu un besoin de dire que la vie a du sens. C’est le but de REFLETS. Il y aura d’autres épreuves, pour que je progresse encore. Ne serait-ce que l’ultime qui nous concerne tous : la mort. Dernière occasion sur terre de grandir.

Revue REFLETS numéro 15 pages 41 et 42

Les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo – Christian Roesch

Le prochain numéro de REFLETS, à paraitre le 17 mars traitera de l’attentat contre Charlie hebdo et ses conséquences. L’importance de ce fait d’actualité nous a incités à demander leur approche à des témoins choisis de sensibilités spirituelles différentes.

Dans le numéro 6 de décembre 2012, nous avions déjà traité le sujet des caricatures de Mahomet dans Charlie hebdo. Notre lecture portant sur le fond n’a pas pris une ride.

Après le film vidéo américain qui a déclenché des violences anti-américaines dans le monde musulman, Charlie-Hebdo publie des caricatures du prophète.

Le directeur de Charlie-hebdo ne pouvait pas ignorer que dans le climat provoqué par le film qui se moquait du prophète de l’Islam il déclencherait des manifestations. Dans les pays islamiques et de la part des musulmans vivant en France la réaction a été vive.
A travers les caricatures salissant la mémoire du prophète de l’Islam, ce sont les musulmans eux-mêmes qui se sont sentis salis, pas respectés et humiliés.
Et au fond, chaque croyant adorant un dieu a pu se sentir concerné.

Nous pouvons comprendre aussi les arguments de Charlie-Hebdo qui soutient avec raison qu’il respecte la loi française. Nous pouvons entendre son besoin d’affirmer son droit à la liberté d’expression sous prétexte de se « marrer ». Nous pouvons accepter que la rédaction ait flairé le bon coup médiatique permettant de réaliser une excellente vente. (Tous les journaux ont été vendus dans la journée et une réédition a été faite immédiatement.)

Nous sommes en face de deux douleurs assez semblables.
Pour les musulmans, cet irrespect est ressenti comme s’ils n’avaient pas le droit d’exister ainsi.
La rédaction de Charlie-Hebdo manifeste son besoin de s’affirmer dans sa singularité envers et contre tous. Elle nous dit qu’elle a le droit d’exister même contre les autres.

Sur le fond, les premiers défendent le droit à la religion.
Les seconds défendent le droit à l’athéisme.

Le regard tranquille que nous portons  sur cet événement nous invite à dire :
D’une part, la religion, les croyants ne peuvent se défendre des provocations par la violence. C’est un contre-sens qui montre une immaturité spirituelle.
Cela ressemble à des gamins qui se disputent « Mon papa c’est le plus fort, c’est le meilleur ; tu n’as pas le droit de te moquer de mon papa ! »
D’autre part, l’athéisme, les athées ne peuvent fonder leur point de vue sur la moquerie de la religion. « Ton papa est ridicule ; moi, je m’en fous, je n’ai pas de papa ! »
C’est d’une immaturité égale. L’athéisme devrait être une école de tolérance et de respect pour ceux qui pensent différemment.
L’athéisme est sorti de la religion au 18ème siècle. Se moquer de ses racines, de ses origines montre une confusion avec l’anticléricalisme et indique une perte des repères moraux.
Le gouvernement est confronté à ce problème et devra clarifier son approche pour atteindre une réelle neutralité.

REFLETS n°6

Une vie simple – Rencontre avec Christian BOBIN

Une vie simple

Rencontre avec Christian BOBIN

Christian ROESCH

Ce qui frappe de prime abord dans la rencontre avec Christian Bobin, c’est la simplicité. Pas loin de son Creusot natal, il habite, en pleine campagne à la lisière de la forêt, une maison toute simple, à son image, sans aucun décalage. Sans internet ! Que nous sommes loin « des milieux littéraires » !
Cet amoureux des mots, des humains s’émerveille continuellement. Un rien l’enchante : un silence, un regard, un chant d’oiseau… et la page blanche pour dire la beauté délicate de toute vie.

Christian BOBIN

Extraits…

D’où vient votre foi magnifique dans la vie ?
De tout ce qui apporte une très bonne nouvelle, que mes yeux grossiers ont du mal à déchiffrer, mais dont ils reconnaissent la vérité. Le messager peut être un oiseau, la fleur de l’aubépine, la pensée d’une personne disparue, une phrase dans un livre ou un fragment de lumière. Si je cherche une source plus identifiable, je vous dirai : c’est mon père. Mon père était un sage qui ne savait pas qu’il l’était. Ouvrier dans la grande usine du Creusot, il a ensuite pu devenir enseignant de dessin technique. Je suis sans doute son seul échec scolaire ! Mais il m’a instruit comme, je crois, on instruit vraiment, c’est-à-dire par sa présence, par ce qu’il était plus que par ce qu’il disait. Et je l’ai vu grandir comme je continue à le voir grandir au-delà de sa mort car les choses ne s’arrêtent jamais. Il accueillait tout le monde comme si chacun était unique. Il était attentif aux personnes indépendamment de leur costume, de leur richesse, de leur crédit social. Il aimait les gens profondément. Il pensait aussi que le simple fait de vivre suffisait à tout. Il n’était pas quelqu’un d’écriture ou de longue parole. Pour lui, la vie répondait en silence aux questions que nous pouvions lui poser. J’ai senti sur moi le souffle d’une confiance toujours présente, en moi. Et pour lui, pour cet homme, mon père, j’ai une gratitude, une dette que j’ai la joie de voir grandir tous les jours. D’ailleurs pour moi, écrire c’est juste témoigner de ce qu’on a vu, pas plus, pas moins.

Vous parlez souvent de l’ange, une présence familière.
Ce que j’appelle ainsi, ce sont juste les moments les plus subtils de la vie qu’on peut tous connaître. Les anges sont à la pointe de la fleur de la vie, du côté le plus fin, mais parfois aussi piquant. Ils peuvent provoquer un petit retrait si on s’approche trop, mais ce sont des flux de la vie, des passages vitaux très subtils que chacun de nous connaît, comme cette délicatesse qui vient alors aux hommes. Ce que connaissent aussi à merveille les nouveaux-nés, non pas qu’ils soient des anges, mais de leur petite poigne rose ils arrivent à attraper la tunique de Dieu, tant elle est frêle cette main, tant elle est sans prétention. Quelque chose vous parle comme jamais et pourtant ça ne passe pas par des mots. Par exemple en musique, en entrant dans l’intervalle entre deux notes de Bach ou de Mozart : cet intervalle est absolument infini.
Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit. À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur aune délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui. Pour Jean Grosjean, les anges sont des facteurs, ils nous amènent quelque chose, à charge pour nous de savoir le lire.

Votre regard plonge au cœur du simple, de l’ordinaire.
En fait c’est le seul bien que nous ayons, tout se trouve là. Je vois ici un verre d’eau sur la table et je ressens la présence incroyable, presque écrasante, de ce verre d’eau parce que
ces choses-là, si pauvres, sont les seules qui seront encore là dans les heures épuisantes. Je me souviens d’un rosier dans le noir d’une nuit d’été et d’être comme tué par son parfum. La vie ordinaire ne cesse de vouloir nous aider. Nous sommes fous de vouloir aller dans le spectaculaire, de croire qu’il faut toute une machinerie pour nous émerveiller. Rien de plus émerveillant que le vivant, que l’éphémère, que l’ordinaire.

Christian Bobin  bis

Une question devant cette critique du monde moderne, vous êtes parfois aussi sévère avec l’institution religieuse. Que diriez-vous pour la défendre ?
Par exemple que sans elle on n’aurait pas les plus beaux textes du monde et grâce aux prêtres, ou aux rabbins – je pense aux trois religions du livre – on peut ajouter le bouddhisme aussi, sans ces hommes il n’y aurait pas ces choses-là. Donc, on peut dire que l’Église est lourde, fautive et essentielle. Parce que qu’est-ce que je saurais moi du Christ si le maître livre qui rapporte ses propos n’avait pas été transmis depuis deux mille ans jusqu’à moi. C’est le travail de l’Église, de nous transmettre les plus beaux textes, la réserve de nourriture essentielle, le pain sans lequel on mourrait de faim, c’est ça l’Église, juste des traces de doigts sur ce livre.

livres

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°14 pages 74 à 80

Décyptez vous-mêmes l’actualité – Christian Roesch

Dans l’éditorial du numéro précédent, nous vous proposions de décrypter l’actualité, par vous-mêmes, comme nous essayons de le faire chaque trimestre.
Quelle gageure ! Nous relevons le défi que nous nous sommes donné.
Que voulons-nous dire par ce titre « Décryptez vous-mêmes l’actualité » ?
De nombreux médias ont pour objectif de donner du sens. Mais quel sens ? Politique ? Social ? Féministe ? Religieux ?
Nous avons choisi un autre axe : la lecture spirituelle. C’est le non-sens de ce qui arrive dans le monde autant que dans notre vie qui est douloureux. C’est une source d’inquiétude, d’angoisse provoquant parfois des gestes d’anéantissement alimentant les médias et entretenant un sentiment d’impuissance. Le non-sens est désespérant.

Reflet dossier 14

Décrypter
Selon notre éthique, c’est mettre en relation notre monde intérieur avec le monde extérieur. Chacun sait plus ou moins que nos organes des sens filtrent les informations reçues.
Les yeux, les oreilles, le toucher trient donc, déforment, chacun à sa manière, selon son histoire personnelle. Mais savons-nous précisément ce que laisse passer et ce que retient le filtre ? Si nous ne le savons pas, que pouvons-nous connaître de la réalité ?
Les rédacteurs de REFLETS font ce travail de connaissance sur eux-mêmes, tentant de percevoir au-delà de « leur » propre filtre.

Vous-mêmes
Cela change tout. Le filtre de celui qui écrit l’article n’est pas le vôtre. L’auteur aboutit à une certaine (au sens de sûr et relatif) perception de la réalité. Votre histoire reconnue,
acceptée, aimée vous mènera à une certaine perception, différente et tout aussi juste. La vôtre vous mettra en joie car elle participe à l’ordre des choses. Trouver de la joie avec l’actualité, même la plus sombre, n’est pas banal.

L’actualité
Ce sont les événements du monde communs à tous les lecteurs. Mais apprendre à les décrypter vous-mêmes ouvre la possibilité de comprendre votre actualité personnelle. C’est-à-dire les événements heureux ou malheureux qui vous arrivent. Heureux, ils ne demandent aucun effort,
seulement déguster et remercier ; malheureux, ils méritent de s’y arrêter. Mettre du sens enlève au moins 80 % de la souffrance.
L’apaisement fait apparaître l’ordre des choses. Certains, dont je fais partie, le qualifieront de divin, car en soulevant le filtre, c’est un autre monde qui apparaît. Vaste, lumineux, paisible. Comment ne nous ferait-il pas envie ?
C’est le but de REFLETS.
Dans les années 80, Gitta Mallasz ( Scribe de « Dialogues avec l’ange » Ed. Aubier-Flammarion ) montrait à Bernard Montaud comment regarder le « J. T. » (Journal télévisé) sans être désappointé par les douleurs du monde. Elle regardait les événements comme si elle posait ses yeux sur une cour de récréation d’école primaire, avec la même tendresse amusée. Puis Bernard Montaud a enseigné à son tour cette lecture en développant le mécanisme pour arriver à ce regard miséricordieux. Ensuite, nous avons bâti une méthode pour écrire sur l’actualité. C’est de cette lignée que nous souhaitons vous faire profiter pour cesser d’être ballottés devant les drames permanents présentés par les médias.
Bien sûr, cela n’est pas gagné en une fois. Décrypter demande un effort d’un genre inhabituel puisqu’il s’agit d’aller voir en soi-même. C’est la clef de toute connaissance.
Pour vous accompagner vers votre décryptage, nous avons choisi parmi l’actualité un sujet difficile :

Le conflit israélo-palestinien
– Parce que c’est un sujet récurrent. Ce dossier sera encore utilisable pendant des années.
– Tout le monde a une opinion.
– Ce sujet est hypersensible. Nous l’avons vérifié devant le refus de nombreuses personnalités à répondre à quelques questions. Le problème est complexe car y interviennent l’histoire récente, le génocide nazi, l’histoire ancienne avec l’expansion de l’Islam dès le VIIIe siècle, l’histoire biblique encore plus ancienne, les religions monothéistes reconnaissant les mêmes prophètes, les soutiens actuels de part et d’autre en vertu de ceci ou cela.

Préparer ce dossier nous a convaincus de deux choses :
– Que c’est une des grandes plaies du monde.
– Qu’il n’y a pas de neutralité véritable. Nous avons entendu « équité » renvoyant les parties dos à dos. Ou : « moi, je ne prends pas partie » Ou : « Il faudrait arrêter la violence dans
les deux camps ». Chaque point de vue exprimé montre une souffrance intérieure s’extériorisant dans une empathie pour les victimes d’un côté ou de l’autre ou des deux
côtés. Mais quid des combattants, des commanditaires, des manipulateurs ? L’empathie pour les victimes est assez spontanée. Celle pour les bourreaux est plus rare. Pourtant
s’élever nécessite de comprendre aussi les bourreaux. Il faut du temps pour percevoir que nous ne sommes pas que victimes, mais que nous sommes aussi des bourreaux pour autrui. Nous n’avons pas très envie de voir cet aspect de nous. (Lire l’article « Pauvre victime ! » page 25)
Merci aux personnalités qui ont accepté de répondre à nos quatre questions sur ce conflit. Elles montrent qu’il existe d’autres approches que la nôtre. Toutes sont justes quand elles aboutissent à un apaisement.

Article d’introduction du Dossier ” Décryptez vous-mêmes l’actualité ” REFLETS n°14 pages 18 et 19