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La terre et les hommes sont malades

 par Christian Geniller

Médecin homéopathe et acupuncteur, conférencier international, écrivain, chercheur, Olivier Soulier est, depuis plus de vingt-cinq ans, à l’origine du mouvement sur la compréhension du sens des maladies et des évènements de notre existence. Sa vision très concrète s’enrichit de sa pratique en cabinet. Ses actions s’inscrivent  dans une réalité scientifique et spirituelle. Il a mis en place ce qu’il appelle une « médecine du sens ». Nous l’avons rencontré à Marseille où était organisé cette année le Salon international de médecine naturelle.

Comment votre parcours de médecin vous a-t-il amené à faire une conférence sur la terre et les hommes ?

Mon travail de médecin homéopathe ainsi que mes recherches sur l’autisme m’y ont conduit. J’ai toujours aimé la terre, la nature, les arbres. Dans mon enfance, j’étais un amoureux des indiens à plumes. Ils nous ont montré ce qu’était l’écologie. L’homéopathie m’a amené à la médecine naturelle. Je suis passé de médecin à «lanceur d’alertes» grâce à la découverte de l’autisme. Selon les données statistiques d’évolution, il pourrait bien y avoir un enfant sur deux qui soit autiste dans vingt-cinq ans. Ce serait la fin de l’espèce humaine. Il fallait que j’agisse. Se mobiliser pour soigner l’homme et la terre me paraissait essentiel. Nicolas Hulot en parle très bien : notre système économique est fait pour la destruction de l’écologie. Ce système criminel de profit financier en bonne partie géré par des ordinateurs ne tient pas compte des facteurs nature et environnement. Ce n’est que du profit ! Attention ! Nous allons nous retrouver rapidement sur une planète totalement invivable.

À quel moment avez-vous entrepris une recherche sur l’autisme ?

Il y a quelques années, j’ai rencontré une journaliste belge, Senta Depuydt, avec qui j’ai organisé un congrès sur l’autisme. Son fils Mattéo était atteint d’autisme grave à l’âge de deux ans, et avec des techniques de détoxification, elle a réussi à le guérir totalement. Mon métier m’a amené à travailler sur le sens des maladies, le fonctionnement des êtres humains, le sens de la physiologie humaine pour aider les gens. Ma théorie des cinq cercles est basée sur le passage de maladies aiguës aux maladies intermédiaires et chroniques qui, non résolues, amènent la génération suivante à tomber malade, sur la base du transgénérationnel, avec le risque de se répandre sur le monde. Les grands dictateurs qui ont mis la terre à feu et à sang : Hussein, Mao, Staline, Hitler, etc.  n’ont pu régler leurs soucis dans leur enfance et ont contaminé la totalité de la planète, ce que j’appelle le passage au monde. On le retrouve aussi dans les épidémies, la grippe espagnole qui suit la Première Guerre mondiale et ses horreurs, la peste noire qui accompagne la Renaissance, la tuberculose durant l’ère industrielle, et la peur qu’éprouvent les gens à ne pas pouvoir survivre dans ce monde de pavés et de béton non naturels. Il est plus facile d’être pauvre à la campagne qu’en ville : on ne peut pas attraper des lapins sur du béton, ni déterrer des racines. Au-delà des maladies des humains, il y a celles de la terre. Le système économique est géré principalement par des personnalités totalement psychotiques. Un gestionnaire de bourse est capable de faire de l’argent même si cela doit tuer des gens, de spéculer sur les marchés alimentaires en sachant que cela peut provoquer une famine en Asie ou en Afrique ! L’autre n’existe plus quand on fait cela, c’est ce qui définit l’état psychotique. Le patron de Goldman Sachs, par exemple, dit qu’il fait le métier de Dieu. Celui qui se prend pour Dieu dans la tradition, c’est le Diable. C’est la problématique actuelle où une certaine folie anime certains secteurs de la planète. Les marchés financiers en sont l’emblème, ils ont perdu la tête et le cœur.

Vous citez Dom Helder Camara : « Sans justice et amour, la paix sera toujours la grande illusion. »

« Il y a trois violences à l’heure actuelle et la plus importante est la violence institutionnalisée qui engendre les deux autres », disait-il. Aujourd’hui, tout le système financier est mis en place pour « pomper » les plus pauvres et enrichir les plus riches. Les gens sont mis en concurrence avec des salaires de plus en plus bas. Les banques fabriquent l’argent, prêtent à l’État et font du racket en prenant des intérêts dessus. L’intégralité de la dette est virtuelle, elle est issue de taux d’intérêt qui ne devraient pas exister, si les états avaient gardé leur autonomie. Pour redémarrer le monde, il faudrait annuler intégralement la dette des États. De l’argent qui ne correspond à aucun niveau de travail est complètement artificiel. Cette déconnexion à la réalité est malsaine et dangereuse. Comme le dit Jean Ziegler, économiste et philosophe suisse : « on n’a pas réformé l’esclavagisme, il est tombé. » Un monstre comme ça ne peut que tomber, mais pas être réformé. C’est le sens des manifestations actuelles ; comme ce gilet jaune où il est inscrit : « Qui sème la misère récolte la violence ! » C’est intéressant qu’en tant que médecin, je parle d’une société et d’un système malades, avec des malades qui gouvernent. Les attaques contre l’homéopathie quand 75 % des gens y sont favorables par expérience sont à ce titre caractéristiques d’un petit groupe qui veut imposer des valeurs « rentables » pour le business, mais plus du tout humaines. Le crime de l’homéopathie est de soigner 30 % de la population avec seulement 3 % des dépenses de santé. Parce qu’aujourd’hui, il est interdit de ne pas dépenser.

Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 24 à 26

Dérive sectaire et dérive de l’état de droit

 

 Par M-D Mutarelli

Originaire d’Inde, Neelam Makhija a fondé et dirigé au Canada pendant 23 ans une entreprise spécialisée dans l’électronique haute technologie. Aujourd’hui âgé de 71 ans, il passe sa retraite entre le Canada et l’Inde. Une amie canadienne, Cécile Tousignant, coach de vie et professeur de méditation selon des pratiques inspirées par Maître Osho, mystique indien reconnu, l’invite en France pour participer à ses stages de méditation.
En novembre 2014, à la suite d’un signalement auprès du Centre contre les manipulations mentales par le père d’une ancienne élève, les gendarmes font irruption sur le lieu du stage en cours. Ils arrêtent Cécile Tousignant et son ami indien, sous l’accusation de manipulation mentale et d’appartenance à une secte.

Venu en France en touriste, Neelam Makhija ne parle pas français et ne comprend pas pourquoi les autorités françaises s’en prennent à sa culture.  En effet, la Miviludes a inscrit sur la liste des mouvements à risque sectaire tous les enseignants spirituels indiens reconnus dans leur pays et dans le monde entier, criminalisant ainsi les pratiques traditionnelles et le patrimoine spirituel et culturel indien.
Après deux mois passés en prison, sans procédure régulière devant un tribunal où il aurait pu s’exprimer, et après avoir payé une caution de 50 000 euros, M. Makhija est interdit de sortie du territoire. Pendant deux ans et demi,  il devra rester en France sans procès ni possibilité de se défendre, les multiples demandes de ses avocats pour lui permettre de rentrer au Canada étant rejetées par les juges. L’Indo-Canadien constate : « La présomption d’innocence n’existe pas en France. »

Finalement, au terme de l’enquête, le procureur est contraint, en l’absence de preuves, d’abandonner toutes les accusations de manipulation mentale et de blanchiment d’argent, aucun des participants soi-disant victimes n’ayant déposé plainte. Ils ont pourtant été considérés comme des simples d’esprit manipulés par la seule « présence silencieuse » de l’Indien. L’affaire embarrassante est prestement jugée, Neelam Makhija étant condamné à une amende symbolique pour avoir donné à son amie quelques conseils au téléphone pour l’apaiser.
Dans cette affaire montée de toutes pièces, Neelam Makhidja a perdu des années de vie pour rien, coupé de sa famille et de ses affaires. La Caimades (gendarmerie spécialisée dans l’emprise mentale), conditionnée par la Miviludes avec la complicité du juge d’instruction et de l’expert-psychiatre, a cherché pendant deux ans à étayer un dossier pour justifier les accusations portées : sans résultat.

Source : www.ouvertures.net

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 23

Se reconnecter avec la Terre

 

Dominique Bourg est philosophe, professeur à la faculté des Géosciences et de l’Environnement de l’université de Lausanne. Il a également été président du conseil scientifique de l’ex-fondation Hulot. Ses domaines de recherche concernent la durabilité. Dans son dernier ouvrage Une Nouvelle Terre. Pour une autre relation au monde, aux éditions Desclée de Brouwer, il dégage les causes de l’effondrement de la modernité et propose des pistes du côté de la spiritualité.

Comment voyez-vous l’effondrement de la civilisation industrielle ?

Il y a déjà un effondrement politique et social : l’installation de partis populistes, les élections de D.Trump ou de J.Bolsonaro, sans oublier les croyances stupides telles que celles des « platistes ». Nous sommes dans une période charnière, où souvent dans un premier temps, des choses délirantes s’affirment.
Il y a des raisons différentes d’effondrement qui évidemment vont se cumuler. La première, c’est celle du climat. Les gens commencent à comprendre, au vu du seuil de mobilisation qui est en train d’exploser. Le changement climatique devient un phénomène présent dans l’existence des gens. Une des choses qui se fera sentir à l’avenir, c’est l’atteinte aux capacités de production alimentaire. Le climat touche la possibilité d’habiter la Terre.

Cet effondrement va donc commencer par des difficultés dans le domaine de l’agriculture où l’on va s’apercevoir que l’agriculture industrielle est incapable de répondre aux problèmes qui se posent.

Elle est fragile. La photosynthèse, pour toutes les plantes, cesse entre 40 et 45 degrés ; pour les céréales, au-delà des 30 degrés, elle ralentit. L’énergie qu’elle continue à capter ne va pas dans la graine, mais dans les racines pour que la plante continue à subsister. On a cru un temps que le côté fertilisant du surcroît de CO2 compenserait les vagues de chaleur et de sécheresse, en vain. Nous connaissons également des périodes de précipitations très irrégulières dont certaines très violentes comme dans les Pyrénées ou dans l’Aude, entraînant des ravages énormes sur les sols et les cultures. Le climat, ce n’est jamais que les conditions optimales d’existence d’un certain type d’espèces sur Terre, parce que toute la biodiversité est liée. C’est quasiment la moitié des espèces d’insectes qui déclinent fortement. En fait, le vivant sur Terre est très mal en point. C’est un peu comme une voiture qui perdrait des tôles, des boulons depuis des décennies. À un moment donné, la voiture va s’arrêter de rouler. Nous en sommes à-peu-près là avec le vivant en général. C’est une raison majeure d’effondrement. La deuxième raison est liée à l’énergie. Si nous prenons le pétrole, nous consommons cent millions de barils par jour, dont vingt-cinq ne sont plus du pétrole conventionnel, mais des non- conventionnels très coûteux à exploiter. Même s’il est relativement stable depuis 2006, le pétrole conventionnel va s’amenuiser, ce qui sera une raison de clash énergétique énorme. La dernière raison concerne les matériaux, minéraux ou minerais. Leur coût énergétique d’extraction et de traitement augmente sensiblement. Nous savons que la viabilité de la civilisation thermo-industrielle est comptée aujourd’hui. Personne ne pourra vous dire quand les choses vont s’effondrer, mais imaginer que cela va durer indéfiniment est absurde.

 Une prise de conscience ne commence-t-elle pas à émerger ?

Elle est très forte chez les jeunes. Ce sont eux qui sont dans les manifestations. J’ai 65 ans. Je ne me bats pas pour moi, mais pour les plus jeunes.

Comment passer de cette prise de conscience à un changement d’attitude concret ?

Il faudrait une coordination internationale.

Avec le développement des groupes populistes, il semble qu’on ne puisse rien attendre des politiques.

Pour le moment, non. Mais depuis 2018, la mobilisation de masse s’intensifie. Nous avons dix ans pour bouger. La tendance aujourd’hui est en effet plutôt au populisme qui a pour trait commun le déni des questions environnementales.
Sur le plan européen, il y a deux forces politiques qui montent, une qui avance une sensibilité écologique à des degrés divers et l’autre, populiste, qui peut nous faire perdre les dix ans que nous avons devant nous pour éviter les plus grosses catastrophes, et il y a de fortes chances pour qu’ils nous fassent perdre ces dix ans.

Et la spiritualité dans tout cela ?

Elle est fondamentale, mais je propose de donner deux sens à ce mot. Bien que différents, ils sont très reliés. Le premier sens de la spiritualité, c’est ce qui met en forme notre relation au monde. Effectivement, vous n’avez pas de société sans qu’il y ait une forme de relation au « donné naturel » qui est généralement respecté et respectable. Il n’est pas de vie humaine et sociale, sans que nous n’accueillions et parfois transformions, ce que nous ne créons pas, le milieu. Le deuxième sens que je donne au mot spiritualité, c’est la réalisation de soi et l’accomplissement de son humanité, qui varie selon qui on est : pour un Amérindien, ce sera être en harmonie avec la forêt, contacter les esprits ; pour un Grec classique comme Aristote, ce sera parachever sa dimension proprement humaine, rationnelle, et mettre en forme sa sensibilité par les arts ; du côté des grandes religions, on n’est plus dans l’accomplissement, mais dans le dépassement, la sainteté ; pour le bouddhisme, vous serez plutôt du côté de l’éveil. Et vous avez la spiritualité moderne, le consumérisme, où accomplir son humanité, c’est acquérir des biens matériels.  Aujourd’hui, elle prend une autre part. Plus personne n’y croit.

 

  

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 17 à 20

ÉNERGIE DE CONSOMMATION ET ÉNERGIE DE VIE

Par Alain Pamart

Avons-nous suffisamment conscience que notre qualité de vie et notre aisance du quotidien sont très largement asservies aux énergies que nous consommons copieusement et de façon, aujourd’hui encore, quelque peu inconsidérée ?
Toutefois, semble se dessiner dans une fraction croissante de la population, une certaine prise en compte de cette immodération surtout face au tarissement à terme des énergies fossiles.

L’âge d’or de l’énergie fossile inépuisable est révolu

L’immense défi posé aujourd’hui à l’humanité entière est désormais celui de produire suffisamment d’énergie sous quelque forme que ce soit pour répondre à une demande toujours croissante, industrielle, collective, individuelle.

L’équation n’est pas mince surtout en présence de deux autres facteurs qui viennent en trouble-fêtes, la démographie galopante de certains pays et l’élévation du niveau de vie attendu et légitime de nombreuses populations telles que celles de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des pays africains et d’autres encore.

Nos décideurs institutionnels tous pays confondus et l‘ensemble des filières industrielles mondiales seraient d’une insouciance folle, funeste s’ils n’empoignaient pas le problème à sa juste mesure. Cependant, ils n’ont guère d’autre alternative que d’affronter fermement le caractère violemment exponentiel de la demande mondiale d’énergie pour les décennies à venir.

Au rythme actuel effréné de l’accroissement constaté des consommations industrielles et celles liées aux transports y compris maritimes, pour ne citer qu’elles, les ressources traditionnelles auront vécu dans très peu de temps.

Un autre facteur viendra-t-il encore en compliquer la donne ? comme celui hautement vraisemblable où un certain nombre d’États opteront pour créer ou maintenir leur propre autonomie énergétique, incluant à l’évidence les actuels pays exportateurs, ces derniers priorisant désormais leur demande interne.

La décentralisation de la production énergétique, passage obligé ou simplement opportune ?

Un remodelage complet et un rééquilibrage aiguisé et efficient devraient en toute logique émerger sans tarder. Tous les acteurs décisionnels sont aujourd’hui au pied du mur pour planifier et hiérarchiser l’organisation la plus adéquate face à ce panel d’énergies nouvelles.

Le pétrole est de nature quasi exclusivement fossile. Le pétrole issu du végétal est technologiquement réalisable mais de rendement médiocre. L’électricité est à la fois fossile par transformation de la houille et renouvelable dans sa définition hydraulique et marémotrice, et plus récemment par l’éolien, le solaire, la biomasse…

Dans la quadrature de ce cercle décisionnel devrait aussi s’y adjoindre un déterminant dernier cri, à savoir une structuration de production d’énergies fortement décentralisée, plus irrégulière mais de gestion plus flexible.

À titre d’exemples : pour l’éolien, leur localisation d’implantation peut être facteur de nuisances. Pour l’exploitation des algues, elles se caractérisent par leur dispersion le long des côtes. Il s’agit d’une sujétion spécifique pour leur rentabilité. En ce qui concerne la biomasse issue des déchets organiques par hypothèse, éparpillés sur le territoire, leur exploitation n’est compatible économiquement qu’avec un maillage proche des unités de transformation.

Nous voyons, par ces seuls trois exemples, les impératifs posés d’ordre technique et aussi les critères de pertinence économique.

À la faveur du maintien par la France de son énergie nucléaire, la projection de ses besoins énergétiques est en quelque sorte un peu allégée, en considération notamment du caractère d’ajustement du pétrole pour une ou deux décennies encore.

Pour bien marquer nos esprits de la complexité des choix globaux et de la problématique de chacune des énergies sollicitées, prenons l’exemple de la voiture électrique.
Distinguons d’abord la voiture électrique intégrale et l’autre, hybride. Celle qui est électrique à 100 %, disposant aujourd’hui d’une autonomie suffisamment confortable, réclame une énergie qui est finalement produite par les sources traditionnelles et largement, pour la France, par le nucléaire. Elle impose par ailleurs une batterie spécifique réclamant l’apport de minéraux rares et par nature épuisables, de surcroît d’un coût élevé et peu recyclable à ce jour.
Quant à la voiture hybride, encore consommatrice principalement de carburants pétroliers, elle dispose d’une autonomie électrique grâce à la force cinétique de la voiture donc, par nature, énergie renouvelable. Si, récemment, cette autonomie s’est étendue technologiquement, elle demeure toujours tributaire de la fraction d’utilisation du moteur thermique. Elle réclame aussi une batterie spécifique moins puissante mais globalement, avec les mêmes caractéristiques que le modèle
électrique exclusif.
En poursuivant l’analyse se pose le facteur d’investissement. La voiture complètement électrique réclame l’installation de bornes sur le territoire, induisant le problème de son financement par les collectivités locales, et donc au final par les contribuables.
Les bornes installées à domicile sont bien sûr financées par les détenteurs de voitures électriques, mais un autre problème d’envergure se présente : si le parc de voitures électriques atteint une certaine densité dans un périmètre géographique donné, le circuit d’acheminement électrique sera insuffisant, l’infrastructure actuelle des lignes électriques devra donc être renouvelée. Là encore se pose le problème de son financement et de sa production.
On perçoit là encore l’imbroglio que génère une telle prospective. À
défaut de nouvelles lignes électriques, les nouveaux amateurs de véhicules électriques ne pourront maintenir leur choix. Autre épine, s’il en fallait une encore, comment asseoir un prélèvement fiscal sur l’utilisation du véhicule électrique en correspondance avec la fiscalité du carburant pétrolier utilisé par le véhicule thermique ou encore l’hybride ?

L’État ne s’est-il pas tiré un coup de fusil dans le pied si par hypothèse le parc automobile électrique devient dominant ?  Pour en rester sur le plan de la voiture, l’hydrogène sera-t-elle la solution d’avenir ?

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 Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 10 à 12

Le bonheur, quête infinie de l’infini

Imam français né en 1959 au Maroc, Tareq Oubrou est un autodidacte en sciences religieuses. Il est connu pour ses prises de position publiques en faveur d’un islam libéral. Il affirme notamment que le Coran serait mal interprété, notamment par méconnaissance du texte et de l’histoire contemporaine de Mahomet. Il est imam de la Grande Mosquée de Bordeaux.

Pour vous, qu’est-ce que c’est que le bonheur ?
C’est une question très difficile. La plus difficile. Néanmoins, le bonheur n’est pas forcément le plaisir et la jouissance. À ne pas confondre ici bonheur et eudémonisme ou hédonisme. Il est surtout en rapport avec l’âme et l’esprit. À cet égard, il peut être vécu à partir de rien. Il se conjugue avec l’être et non l’avoir.
C’est un état intérieur qui n’est perturbé ni par une possession d’une chose ni par sa dépossession. Il est ce qui reste avec vous lorsque vous êtes seul dans le silence, loin des bruits et des lumières. Il est forcément discret. Il est dans ce qui est caché et non dans l’ostentatoire. Pour moi, en tant que croyant, la question du bonheur est en lien avec la transcendance et la question du salut.

Pouvez-vous préciser ?
Le bonheur est quelque chose qui s’acquiert dans l’effort, et peut-être même parfois dans la douleur. Il est en lien avec un idéal et par conséquent, on ne peut le goûter que dans le dépassement de soi. Je pense surtout que le bonheur s’accueille mais ne se cueille pas, car il s’agit parfois de rester disponible et patient pour le recevoir, et il vous vient comme une grâce.
À cet égard, il relève d’une expérience mystique et contemplative, une sorte de révélation : des choses qui nous viennent de l’extérieur de façon inattendue et qu’on ne cherchait pas auparavant. Le bonheur, il faut le reconnaître, est très difficile à définir, parce qu’il admet une dimension d’imprévus, de surprises et d’étonnements. Il ne relève pas d’un rationnel démontrable, ni même de l’émotionnel.

Le bonheur est un cheminement plus qu’un aboutissement
Est-ce le plus important dans l’existence, la quête du bonheur ?
Je pense que tout être humain aspire à son bonheur, mais de lui-même, il ne parvient pas toujours à le savoir. En effet, comment définir le bonheur par rapport au malheur, alors qu’il ne pourrait s’agir que d’une pièce à deux faces qu’il suffit de tourner pour renverser le malheur en bonheur et vice versa ?


Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 60 et 61

Bilan de la situation de l’accueil des réfugiés en 2018

 Par Marie-Dominique Mutarelli

Au cours de l’année 2018, la situation de l’accueil des réfugiés en Europe s’est encore durcie.

En France, la loi Asile et Immigration votée en septembre 2018 est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Depuis le 2 janvier, la durée maximale d’enfermement en rétention des personnes étrangères a doublé. L’administration dispose désormais de 90 jours – contre 45 auparavant – pour expulser du territoire les personnes privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA). Cette disposition, très controversée jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, marque un tournant répressif sans précédent.

Les 50 000 personnes privées de liberté en rétention chaque année en France encourent désormais trois mois d’enfermement, sans pourtant avoir commis de délit. Les familles avec enfants sont également concernées. Cette violence institutionnelle, qui vient redoubler les traumatismes déjà subis, est dictée par l’obsession de dissuader l’arrivée des étrangers, de réprimer plutôt que de protéger. Elle vise à augmenter le taux d’expulsion des migrants sous le coup d’une mesure d’éloignement, quand l’allongement successif des durées de rétention depuis 1981 n’a jamais apporté de résultats probants. Championne des pays européens pour les « mesures d’éloignement » (plus de 100 000 par an), la France est aussi celui qui enferme le plus. Enfermement, contrôle, répression l’emportent sur le respect des droits les plus fondamentaux, dont celui de circuler librement.

Après deux mois d’application, cette mesure révèle déjà ses effets pervers. Les centres de rétention ne disposent pas de moyens et de personnel suffisants pour gérer ces populations fragiles sur le long terme, en particulier pour assurer un suivi sanitaire et psychologique.

En application de la loi Asile et immigration, le ministère de l’Intérieur prépare en outre la création d’un fichier biométrique des mineurs non accompagnés qui sollicitent la protection des départements. Dénoncé par une dizaine d’associations, ce fichier sera à disposition des préfectures qui pourront l’exploiter, à réception de la décision de rejet de leur dossier, pour prononcer des expulsions.

En Méditerranée, sous la pression du gouvernement italien, l’Aquarius, dont l’action a permis de sauver de la noyade des milliers de réfugiés, s’est vu retirer par le Panama le pavillon qui lui permettait de naviguer. Aucun des pays européens sollicités n’est intervenu pour lui accorder un pavillon de remplacement indispensable pour lui permettre de poursuivre son action humanitaire, mettant fin définitivement à ces actions de sauvetage. Au mépris du code de la mer qui fait une obligation pluriséculaire de sauver les vies humaines en péril, la surveillance des eaux européennes en Méditerranée n’est plus assurée que par l’agence Frontex dont le siège est en Pologne. Ce service fut en effet créé pour protéger la frontière orientale de l’UE de velléités éventuelles de la Russie d’intervenir dans les pays de l’Est. Signe du peu d’empressement des institutions européennes pour une gestion humaine des naufrages à ses portes méridionales.

L’Union européenne délocalise toujours plus à ses marges l’examen des demandes d’asile, en périphérie ou hors des territoires européens, avec les hotspots, les missions de l’OFPRA en Afrique ou les accords de rétention avec la Turquie ou la Libye. Après l’Italie qui a livré des frégates aux gardes côtes libyens pour leur permettre d’intercepter les réfugiés et les ramener en Libye où ils risquent la torture et la détention arbitraire, le ministère français de la Défense annonce à son tour la fourniture de six hors-bord à la marine libyenne au printemps 2019, au scandale des ONG empêchées d’intervenir. Pourtant, dans son rapport de mission en Libye, l’ONU a bien recommandé à l’UE de s’assurer qu’aucun soutien ou coopération avec les garde-côtes libyens ne contribue à ramener des migrants et des réfugiés rescapés en mer sur le territoire libyen. Cette « collaboration » avec les libyens a permis de réduire de 80 % le nombre d’arrivées dans les ports italiens en 2018, et la majorité de ceux qui tentent aujourd’hui la traversée sont interceptés par leurs « soins » ou sombrent dans les flots. Un migrant sur quatorze s’est en effet noyé en mer sur ce parcours au cours de cette année. Au point que le flux migratoire depuis l’Afrique s’est aujourd’hui déplacé majoritairement vers l’Espagne.

Pourtant, dans ce tableau bien sombre, quelques lueurs d’espoir apparaissent. En effet, quelques jours après la conférence intergouvernementale de Marrakech qui a adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, les États membres de l’Assemblée générale des Nations unies ont adopté, le 17 décembre 2018, un Pacte mondial sur les réfugiés qui devrait faire évoluer les réponses de la communauté internationale dans le sens d’un meilleur partage mondial des responsabilités face aux déplacements massifs de populations. Ce Pacte a pour objectif de renforcer la coopération, mais il reste non contraignant. Un soutien plus important sera fourni aux pays où vivent la plupart des réfugiés et sera renforcé pour aider les personnes contraintes de fuir à cause d’un conflit ou de persécutions. Car neuf réfugiés sur dix vivent dans des pays en voie de développement, où les services élémentaires comme la santé ou l’éducation sont déjà sous pression. Le Pacte vise donc à susciter davantage d’investissements pour renforcer les infrastructures et la fourniture de services à destination des réfugiés et des communautés d’accueil. Il plaide pour la mise en place de politiques favorisant l’accès des réfugiés à une éducation et à une vie productive durant leur exil. Il vise aussi à réduire les conséquences environnementales liées à l’hébergement massif des populations réfugiées et promeut le recours à l’énergie renouvelable. Davantage d’options de réinstallation sont prévues, avec d’autres opportunités – réunification familiale, bourses d’études ou visas humanitaires – afin de permettre aux réfugiés de voyager en toute sécurité, leur retour volontaire à terme dans des conditions de sécurité et de dignité restant la solution privilégiée.

Un Forum mondial sur les réfugiés sera programmé tous les quatre ans, au cours duquel les gouvernements présenteront leur bilan ou prendront un certain nombre d’engagements en termes de financement, de politiques, de changements juridiques, de quotas de réinstallation, etc.

Source : www.unhcr.org