Au service de la terre – Rencontre avec Pierre RABHI

au nom de la terre

Pierre Rabhi nous reçoit dans sa ferme, où il vit depuis 52 années. C’est une maison où il fait bon vivre loin de l’agitation urbaine. L’intérieur comme l’extérieur de la maison respirent la simplicité. Le lieu invite à la paix.

P. Rabhi 026bis

La première impression que dégage Pierre Rabhi est de vivre ce qu’il prône : la sobriété heureuse. Il nous donne d’entrée le tempo : « Le message que j’essaie de faire passer ne date pas d’aujourd’hui : il y a eu un moment où il a été audible, n’a pas été audible et puis de plus en plus audible. Au départ,  les arguments fondamentaux étaient déjà là.  Mais évidemment, au fur et à mesure de l’évolution de la société actuelle, il se révèle que notre prémonition, pressentie depuis longtemps, s’avère n’avoir pas été fausse ».

 

Extraits…

…Mais je voulais devenir paysan. C’est ainsi que j’ai découvert la biodynamie. Pfeifer relatait une expérience de l’agriculture biodynamique : ses moyens, ses techniques, ses approches, etc. J’y ai souscrit totalement. Je peux cultiver la terre, la respecter, l’améliorer, ne pas la détruire et la transmettre vivante aux générations qui viennent, parce qu’elle est « par moi », provisoirement en moi. A partir de là, ça s’est bien aligné entre les nécessités matérielles et l’éthique, et même je dirai la spiritualité fondamentale.

On entre dans un état de spiritualité réel, pas seulement les grandes incantations. On peut dire est-ce que mon attitude d’être humain vivant, demandant la vie, est dans la gratitude, la reconnaissance ? Est-ce que les pratiques que j’applique sont en harmonie avec ce caractère sacré de la réalité ?

Le sacré, tout le monde en parle, mais dans la réalité, c’est beaucoup de proclamations, de belles phrases, etc. Dans la réalité on continue à détruire la vie, et donc à profaner la création. Dès lors qu’on croit qu’à l’origine il y a un divin, ce divin doit être respecté. Là, les religions ont été complètement défaillantes. Elles n’ont jamais parlé de respecter la vie, de respecter la terre, de respecter les créatures, parce que c’est œuvre de Dieu.

Il y a une énorme contradiction entre les grands blablas, les grandes phrases esthétiques, l’esthétisation du langage, par rapport à la réalité qui est toute simple. C’est que nous empoisonnons l’œuvre divine, nous la détruisons, nous mettons beaucoup de poison. Dans la réalité, cette planète magnifique, qui ne nous veut que du bien, est un don extraordinaire du divin. Tout ce qu’on sait faire c’est l’empoisonner. Jamais l’église ne s’est insurgée. Jamais personne ne s’est insurgé pour dire simplement « vous ne devez pas profaner l’œuvre divine ». Dans la réalité, on détruit la vie, on détruit la création ; et on est fautif par rapport aux générations qui viennent, puisque l’héritage qu’on va leur donner est un héritage empoisonné. Pour moi, c’était : « comment on fait pour trouver l’harmonie avec une vision sacrée ? Et comment faire que cette vision m’amène à respecter le sacré, à respecter la vie ? »

Comment définissez-vous le sacré ?

Le sacré c’est simplement une sensation extrêmement profonde que les choses ont une valeur divine, qu’elles sont l’émanation d’une grande intelligence divine qui fait que tout ce qu’elle a proposé est destiné à être ressenti au plus profond, et donc respecté.

 

Parlez-nous du mouvement Colibris. Concrètement, quel est son avenir ?

Le mouvement Colibris a pour objectifs de relier, inspirer et soutenir les initiatives pour une société plus écologique et plus humaine. Il s’agit d’un mouvement qui crée des liens, qui fait que des gens dans les mêmes territoires se reconnaissent comme partageant les mêmes valeurs, voulant être ensemble, etc. Le mouvement Colibris a lancé en janvier 2013 sa révolution ! C’est une grande campagne, un élan important pour faire face à la crise écologique et sociale, c’est une sorte de feuille de route alternative coopérative et citoyenne qui permet, par thématique (économie, alimentation, éducation, démocratie…) d’aborder tous les sujets qui concernant la société civile.  Nous sommes en train de réfléchir à un rapprochement avec les « Oasis en tous lieux », concept que j’ai initié il y a une quinzaine d’années, consistant à rassembler des gens qui partagent les mêmes idées, les mêmes valeurs, pour recréer des solidarités de groupes et des espaces dans lesquels on peut mutualiser.

Vous trouverez l’article complet dans la revue Reflets n°10 pages 55 à 59