Point de vue de philosophe Alexandre Jollien sur le Chemin spirituel

Alexandre Jollien réponds aux questions du  dossier

” A quoi sert un chemin spirituel? “

Extrait de l’article de la revue n°9 pages 40 et 41

Alexandre Jollien est un philosophe suisse. Atteint à la naissance d’une infirmité cérébrale motrice (IMC), il passe son enfance dans une institution spécialisée pour personnes handicapées. Il surmonte les obstacles pour suivre une scolarité normale. A 18 ans il découvre la philosophie avec Platon « qui invite à vivre meilleur plutôt qu’à vivre mieux ». Alexandre Jollien déclare : « Aujourd’hui, j’essaie de vivre à fond les trois vocations que m’a données l’existence : père de famille, personne handicapée et écrivain. » Il est l’auteur de nombreux ouvrages sur la faiblesse, la construction de soi et  développe depuis quelques années une pensée centrée autour de l’idée de joie.

Alexandre JullienA quoi sert la philosophie ?

D’abord, je pense, avec les Grecs, qu’elle peut nous rapprocher de l’ataraxie, c’est-à-dire de l’absence de troubles dans l’âme. En ce sens, elle nous sert de guide et de chemin pour nous départir peu ou prou de l’aliénation et des préjugés. C’était la mission de Socrate dès le début de nous éveiller, de sortir l’homme de ses préjugés pour le rendre libre et heureux. L’idéal de la vie heureuse m’est particulièrement cher. J’aime beaucoup le philosophe Spinoza qui dans son Ethique, retrace précisément ce chemin vers la joie parfaite qu’ est la béatitude. Sur ce chemin, il s’agit de se libérer de tout ce qui entrave une acceptation et une adhésion complète au  monde. Il ne s’agit pas de maîtriser, de railler ni de condamner nos penchants, mais de les comprendre. La philosophie, à mon avis, est d’abord cette tentative de compréhension du monde. Connaître les règles du jeu dans lesquelles nous évoluons pour avancer librement.

A quoi sert un chemin spirituel ?

Il faut se méfier des buts trop bien dessinés. Grâce à l’expérience de la méditation zen et grâce notamment à la lecture de certains mystiques chrétiens, je commence à comprendre qu’il s’agit plutôt de vivre sans « pourquoi ». On peut s’interroger à l’infini sur les raisons qui ont fait que nous sommes comme cela. Cependant, rien n’est plus beau que l’adhésion totale au quotidien. Aussi, je dirais que le but du chemin n’est pas la fin du chemin, mais de cheminer, de se mettre en route chaque jour, de s’ouvrir à ce qui aliène. Evidemment, nous sommes toujours, dans une certaine mesure, dépendants d’un but et il est clair que je m’abonne régulièrement à la méditation en vue de moins souffrir des passions tristes. Cependant, je ne suis pas dépendant de ce but, il ne conditionne pas la qualité du présent. Pour faire simple, je dirais, en paraphrasant Erasme, que le but de la vie spirituelle est de devenir pleinement humain. On comprend dès lors qu’il s’agit d’un chemin sans fin.

 Lire la suite… Revue Reflets n°9