L’INCONSCIENT, UNE AUTRE LANGUE

Isabelle Le Bourgeois 

Isabelle Le Bourgeois est une femme d’affaires devenue religieuse de spiritualité ignatienne, psychanalyste. Elle a été aumônier de prison durant quatorze ans dans la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Elle y a accompagné des détenus et formé des aumôniers de prison, avant de rejoindre le Contrôle général des lieux de privation de liberté durant cinq ans. Elle travaille aujourd’hui comme psychanalyste, où elle recueille la parole fragile de ceux qui cherchent à sortir de leurs enfermements intérieurs.

Qu’est-ce qui vous a amené à la psychanalyse ?

J’ai été amenée à consulter à cause de l’état de souffrance dans lequel j’étais. Le praticien vers lequel je suis allée m’a semblé, au bout de deux ou trois entretiens, être la bonne personne, capable de recevoir ce que je ne savais pas encore que j’allais dire, d’entendre le poids que je portais. Tout de suite, cette langue m’a parlé, je me suis dit : « Voilà un langage qui est vraiment très intéressant, qui puise à des endroits inhabituels. » On puise l’eau en surface parce que c’est moins fatiguant et qu’elle est bonne, mais quand on descend au fond du puits, elle est plus fraîche… C’est plus onéreux comme travail, on ne sait pas les trésors qu’il y au fond. On découvre, sur soi et l’humanité en général, des lieux cachés, inexplorés, totalement inédits et insoupçonnés. Du coup, on apprend une langue différente, appelée l’inconscient, qui représente 80 % de l’iceberg que l’on ne voit pas : tous ces actes manqués, ces rêves, ces mots qui surgissent comme ça, toutes nos colères inexpliquées, nos joies sans raison… tout ce qui nous agite de l’intérieur. De la minute où j’ai découvert cette langue, je n’ai pas voulu la quitter, parce qu’elle me faisait découvrir à quel point un humain est complexe. À quel point on n’a jamais fini de sonder, combien ce mystère qui est sous nos yeux est passionnant : le nôtre déjà, notre propre être, puis l’être des autres. Puis pour moi qui suis croyante, de découvrir aussi à quel point, plus on avance à l’intérieur de soi, plus on y découvre le visage de Dieu, la présence de Dieu ou l’être de Dieu. J’ai également été aumônier de prison pendant de nombreuses années ; c’est une autre population, qui nous emmène aux marges de nous-mêmes, en marge de l’humanité. La fréquenter m’a donné encore plus le goût de la psychanalyse et de ses outils qui permettent de forer profond, de ne pas rester à la surface des choses, ni se laisser faire par ce que l’on croit voir et entendre.

Quelle est votre filiation psychanalytique ?

J’aime bien Winnicott : c’est un créatif qui a osé. Il y a des tas de choses que je trouve intéressantes chez les uns et les autres, mais je suis d’abord moi. Je me suis approprié une manière de faire. Je suis allée dans une école, je suis reconnue par d’autres et je fais partie d’une école de psychanalystes, car il est nécessaire d’être respectueux des patients que l’on accueille et ne pas se déclarer psychanalyste comme ça.

Comment conciliez-vous femme de foi et femme psychanalyste ?

Elles s’entendent très bien et sont très contentes de cohabiter. En fait, elles font la même chose : Dieu est pour la vie, pour l’amour en liberté, pour que nous soyons au plus libre possible d’aimer

 

 

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 43 et 44

 

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