Le corps au service de l’Homme inspiré

Interview de Bernard Montaud

En 1983, Bernard Montaud crée l’association Artas, un mouvement spirituel pratiquant le dialogue inspiré transmis par Gitta Mallasz dont il a été le compagnon de route. Il n’a de cesse de perpétuer l’enseignement qu’il a reçu auprès d’elle. Fondateur de la psychanalyse corporelle, il publie en septembre 2020 aux éd. Trédaniel D’où je viens ? Où j’en suis ? Où je vais, trois psychanalyses corporelles pour y répondre. Il est un fervent défenseur de la vie spirituelle et de la foi sous toutes ses formes.
www.bernardmontaud.org

La première question que nous avons posée à tous les psychanalystes est celle de leur filiation psychanalytique. Or dans votre cas, les choses se sont passées différemment. Comment la psychanalyse est-elle arrivée dans votre vie ? 

Il n’y avait pas d’intention de psychanalyse à l’origine. Nous sommes passés par une logique du corps,  ostéopathique, kinési-thérapeutique. Il est intéressant de comparer les hypothèses apportées par la psychanalyse corporelle à celles qui sont proposées par la psychanalyse, la psychologie clinique ou d’autres formes de compréhension de la nature intérieure de l’homme. Nous les faisons depuis une compréhension corporelle, et non depuis une compréhension philosophique ou psychologique. En recherche fondamentale, si la psychologie et la psychanalyse corporelle apportent des réponses communes, il y a des chances qu’elles se vérifient l’une l’autre. Dans le cas contraire, il faut s’interroger sur les réponses. Notre non-appartenance au monde psychologique nous offre un avantage : une version des faits qui confirme ou infirme ce qui a été dit précédemment à propos de la vie intérieure humaine.

Selon vous, que manquait-il à la psychanalyse « verbale » pour que la psychanalyse corporelle apparaisse il y a quarante ans ?

La question ne s’est jamais posée.  La psychanalyse corporelle n’a pas la prétention d’être supérieure ni d’apporter quelque chose de plus. Elle essaie d’être authentique. Son but n’est pas de pallier les carences de la psychanalyse verbale – d’ailleurs elle ne s’est jamais intéressée à ce que faisait cette dernière. La psychanalyse corporelle est une réponse différente en matière de connaissance de soi.

Qu’apporte la psychanalyse corporelle de fondamentalement nouveau ? 

C’est le corps. Jusque-là, pour des raisons que j’ignore, le corps a été assez absent de l’introspection et de la recherche de connaissance de soi. À l’évidence, l’interface du corps permet une rencontre avec le subconscient qui est d’une propreté exceptionnelle, parce que le corps est sincère et vrai par nature. Je crois que la grande innovation de la psychanalyse corporelle, c’est le corps.

Quelles surprises cette découverte vous a-t-elle réservées ? 

Deux choses fondamentales : d’abord la manière dont la mémoire corporelle est étonnamment puissante et juste. Depuis l’origine, dans les années 1980, je suis sidéré de la précision avec laquelle les personnes revivent des détails invraisemblables. Nous sommes bien obligés de nous demander où cela est stocké ? La recherche fondamentale doit s’interroger sur cette mémoire du corps.
La seconde chose qui m’étonne le plus, c’est la manière dont nous sommes en rapport avec des images collectives puissantes dans la psychanalyse corporelle du futur. Cela vérifie ce que Jung pensait en matière d’archétypes. En psychanalyse corporelle, cela va bien plus loin. Nous sommes habités par des images puissantes de sainteté, de la vie du Christ, des prophètes, des saints, qui sont des images jumelles de notre grâce jusqu’à ce que nous nous identifiions à elle. Je n’avais jamais vu – et la psychanalyse verbale non plus – à quel point psychanalyse et foi sont extrêmement proches. 

Aujourd’hui, la psychanalyse corporelle a évolué en trois formes différentes : celles du passé, du présent et du futur.  Comment les définissez-vous et quel est leur but à chacune ?

Elles se définissent en fonction des trois questions fondamentales de l’homme : « D’où je viens ? », en lien avec notre passé, « Où j’en suis ? », en lien avec notre présent, « Où je vais ? », en lien avec notre futur. Le processus est identique dans les trois psychanalyses : il s’agit de susciter des lapsus corporels, donc des interfaces avec notre subconscient, et de leur demander de nous dévoiler d’abord ce qui nous est arrivé dans le passé ; puis où nous avons vraiment mal en ce moment ; et enfin voir, avec la grâce qui nous habite, ce que nous pourrions faire de notre vie. À chaque fois, il s’agit de susciter des lapsus corporels qui vont éveiller des images inspirées puissantes d’une connaissance de soi sans intelligence.

Dans votre dernier ouvrage consacré à ces trois formes de psychanalyse, vous parlez longuement des images inspirées. Quelle définition en donnez-vous et quel rôle ont-elles en psychanalyse corporelle ? 

Pour comprendre les images inspirées, il faut d’abord appréhender la nature du monde traumatique. L’homme ordinaire a subi trois traumatismes constructeurs dans sa petite enfance, son enfance et son adolescence et ces trois traumatismes produisent en lui des images non pas inspirées, mais traumatiques, qui le régissent en permanence dans son quotidien. Les images inspirées, c’est ce qui vient remplacer les images traumatiques quand celles-ci sont domestiquées, voire dépassées.  Elles apparaitront dans l’espèce humaine quand l’homme aura la maitrise de ses images traumatiques.

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 37 pages 45 à 48

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