De la psychanalyse à la psychanalyse corporelle

Interview de Daniela Litoiu
Reconquérir la plénitude de son être par le corps

Daniela Litoiu est psychanalyste et consultante, co-fondatrice de la Société de Psychanalyse Active Intégrative puis d’Intégralis, un institut de formation continue et de conseil pour les métiers de l’accompagnement et de la relation d’aide et du mal-être au travail. En 2014, elle rencontre Bernard Montaud et découvre la psychanalyse corporelle.

Quel a été votre itinéraire pour devenir psychanalyste ?

Depuis toute petite, je suis une passionnée de l’âme humaine. Du plus loin que je me souvienne, j’ai eu envie de sonder l’intériorité humaine, la mienne en toute première. Vers l’âge de 27 ans, un incident m’a fait découvrir qu’il y avait en moi une sorte de terra incognita : j’ai avalé accidentellement une quantité importante de marijuana qui m’a plongée dans un bad trip. Cela s’est fini dans le coma à l’hôpital et sans avoir aucune idée de ce que j’avais avalé. Mais cette expérience a déclenché chez moi un questionnement profond : qu’est-ce que j’apercevais ? D’où cela venait-il ? Comment était-il possible d’être traversée par des terreurs aussi profondes ? J’étais convaincue que le produit n’était pas le seul responsable. Cela a éveillé ma curiosité et mon intérêt pour la psychanalyse. Très vite, j’ai senti que je voulais faire ce métier, et donc je me suis mise en route pour chercher une formation de psychanalyste. Acceptée dans plusieurs écoles malgré mon jeune âge, j’ai finalement choisi une école de synthèse de plusieurs courants psychanalytiques, celle de la psychanalyse active. Mon passé dans un pays totalitaire communiste – j’ai grandi en Roumanie – m’a toujours éloignée des courants de type « pensée unique » historique. J’ai été naturellement attirée par un courant qui faisait une synthèse et qui n’était pas dogmatique. La dimension émotionnelle me semblait aussi essentielle, et par extension la dimension corporelle.

Qu’est-ce qui a prévalu dans votre recherche : le besoin de formation ou de réponses à votre quête personnelle ?

Névrotiquement, comme diraient les freudiens, ou traumatiquement, comme diraient les psychanalystes corporels, je dois passer par la formation pour m’octroyer le droit de m’occuper de moi. Donc à l’époque, je devais combiner les deux, c’est-à-dire transformer très rapidement l’analyse en analyse didactique. Cela m’a conduite à accéder très jeune au titre de psychanalyste.

Qu’est-ce qui vous conduit à créer votre propre forme de psychanalyse ?

L’école dans laquelle j’ai été formée perd son fondateur, Nicolas Cugnot, et, quelques années plus tard, elle vit une crise qui la conduit à une scission. Devenue alors formatrice, je me retrouve avec quelques personnes, dont j’assure la formation, qui souhaitent continuer l’aventure avec moi. Ensemble avec Sandrine Rivière, ma première élève, nous fondons la psychanalyse active intégrative. Il nous paraît alors essentiel de poursuivre la recherche, car nous sentons qu’il existe des manques dans notre parcours. C’est ainsi que nous introduisons une forme de médiation par le corps.

Quels nouveaux outils avez-vous utilisés ?

Deux outils principalement, et nous avons affiné les anciens : tout d’abord, l’utilisation du dessin dans la cure d’adulte a ouvert l’accès vers l’histoire du sujet pour des personnes très clivées, qui n’avaient quasiment pas de souvenirs, qui associaient très peu, qui avaient de grandes difficultés à parler d’elles. Par l’intermédiaire de cet outil très simple, elles avaient accès plus rapidement à leur monde intérieur. Puis, la découverte de la Gestalt thérapie analytique, à laquelle je me suis formée également, nous a conduites à introduire un autre outil : les mises en situation. Elles permettent de représenter en 3D le conflit intérieur pour favoriser la prise de conscience des forces en présence et ainsi mettre en mouvement dans l’intériorité du sujet quelque chose qui était jusqu’alors bloqué. Elles permettent aussi l’intégration d’une certaine dimension corporelle. Cependant, avec notre pratique de l’époque, nous nous trouvons dans une impasse. Nous sentons que le corps peut révéler une histoire plus lointaine et nous cherchons comment faire…  Je m’intéresse alors à la psychosomatique, je lis, je fais des stages, je cherche… Jusqu’au jour où j’assiste à une séance de psychanalyse corporelle. Je suis assise, heureusement ! J’ai un vrai choc, je sens que c’est ça que nous cherchons et que cela existe déjà sous une forme extrêmement aboutie !

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 37 pages 32 à 35

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.