L’incroyable expédition à Huntsville

Céline Thomi est présidente de l’association suisse Les Roses Rouges Sur le Bitume depuis sa création en avril 2018. Elle est engagée dans l’école Artas depuis dix ans. Mariée et maman de deux enfants, elle travaille comme formatrice en entreprise, spécialisée en gestion, management et développement personnel. 

Quarante Français en route pour la prison de Wynne Unit

Ce voyage à Huntsville au Texas est un rêve, une idée folle partagée par Roger McGowen à son vieil ami Bernard Montaud. L’an passé, lorsque Bernard demande à Roger ce dont il rêve pour la suite de ses actions au sein de la prison, il annonce en contemplant la salle des visites : « Que dans un an cette salle soit remplie de Français ! »  Mais qui aurait pu imaginer que quarante personnes allaient parcourir 9 000 km pour aller à Huntsville, destination touristique pas très à la mode ? Qui aurait parié qu’un groupe de Français, âgés de vingt à quatre-vingts ans, aurait affronté vingt-quatre heures de voyage pour aller s’asseoir au parloir d’une prison texane ? Quelle logique aurait pu affirmer que des hommes et des femmes, pas toujours habiles avec la langue anglaise, s’engageraient à effectuer trois visites de quatre heures chacune ? Il y a fort à parier que c’est la somme de tous les impossibles que nous avons dépassés qui ont fait de ce voyage une expérience si particulière.

Première rencontre…

Comment vous raconter cette aventure sans commencer par les visites ? Après avoir franchi la distance physique nous séparant de nos correspondants, un tout autre obstacle nous attend. Arrivés à Huntsville jeudi très tard dans la nuit, épuisés par douze heures de retard, le ciel avait jugé bon de tester notre motivation à entreprendre ce voyage ! Dès le vendredi matin, nous sommes saturés de questions, pétrifiés par nos craintes. Les premières visites auront lieu le lendemain matin. Allons-nous nous comprendre ? Qu’allons-nous partager durant quatre heures ? Comment ne pas passer à côté de cette rencontre que nous avons tellement espérée ? Mais surtout comment se retrouver face à un voleur, un dealer, un assassin, sans peur ni jugement ? À force d’interrogations surgissent des réponses. Tenter la rencontre avec un prisonnier, c’est en premier lieu identifier le rempart qui nous empêche de percevoir l’autre et la beauté de son être. Ce mur sera propre à chacun de nous, taillé sur mesure par nos projections personnelles. Ah, si vous nous aviez vus ! Apeurés par les contrôles de sécurité et la virulence des gardiens, inquiets de l’expérience qui nous attend, nous menons une guerre secrète dans nos poitrines pour fissurer le mur qui nous maintiendrait dans une douloureuse distance. Et allez savoir pourquoi, nous nous retrouvons peu à peu plongés dans une prison de  « bisounours ». Une chaleur imprègne nos échanges avec les gardiens de la prison. Le directeur passe auprès de nous pour nous guider, nous qui avons l’air si perdus. Nous arrivons les uns après les autres auprès de notre correspondant dans la grande salle des visites. Très rapidement, il est difficile de nous entendre dans cette pièce à présent pleine à craquer. Mais nos regards et notre présence suffisent pour que nos cœurs emplis de tolérance et de miséricorde soient en fête. Ce moment n’est que le premier pas dans un séjour qui nous conduira vers des niveaux de rencontres de plus en plus intenses.

L’importance des familles des détenus

Le lendemain, un grand rassemblement avec les familles des détenus est organisé. Nous pouvons compter sur le soutien de Veronica Rodrigues Rojas, la sœur de l’un de nos correspondants, entourée de sa famille et de ses amis, ainsi que celui du pasteur Lonnie et du prêtre de la ville. Après avoir rencontré nos amis en prison, il nous faut à présent témoigner à leurs pères, mères, conjoints et enfants présents autour de nous l’importance qu’ils ont dans nos vies. Comme un remède à la honte que ressentent ces familles à cause de l’incarcération de l’un des leurs, comme une main tendue pour que la première des réinsertions soit possible : retourner dans le monde libre auprès d’une famille qui ne vous aura pas définitivement tourné le dos. À cette occasion, Roger nous adresse un message grâce à un enregistrement audio : « Vous représentez le futur, ce qui signifie sortir de sa zone de confort pour participer aux changements qui vont remodeler la façon dont le monde voit et perçoit les prisons et les prisonniers. […] Il est incontestable qu’une personne ne peut se résumer au pire crime qu’elle a commis. C’est ici que vous intervenez avec ce que vous faites, et avez déjà fait et continuerez à faire : donner à ces hommes l’espoir, la dignité et l’estime de soi. […] Merci à tous les membres des familles qui sont venus. Vous êtes les plus importants de nous tous. C’est vers vous dans ce monde que ces hommes reviendront, et vous êtes en première ligne dans cette guerre. […] Après cette rencontre, vous ne serez plus jamais seuls ! Nous sommes une famille maintenant. »

Le nouveau se crée, ici, maintenant : des repas mensuels entre les proches des prisonniers se mettent en place au Texas. Cette journée marque un tournant dans nos actions au sein de l’association Les Roses Rouges Sur le Bitume. Et ce n’est qu’un début. Nous sentons qu’une croissance majeure est en route pour la mission de Roger.

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 36 pages 58  à 63

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