Pandémie

 

Dr Daniel Scimeca

Élu à l’union régionale des professions de santé d’Île-de-France, le docteur Daniel Scimeca est le président de la fédération française des sociétés d’homéopathie et un praticien attaché à l’hôpital intercommunal de Créteil. Il est également rédacteur en chef des Cahiers de biothérapie.

Ce préfixe « pan » envahit tout, nous affecte tous. D’un abord a priori sympathique lorsqu’il évoque une manière de voir tout autour de soi (panorama) ou de garder de bonnes relations avec l’ensemble des divinités possibles (panthéon), voici qu’il effraie, dérange et bouleverse tout.

Une pandémie est l’existence d’une maladie qui affecte la totalité des individus concernés dans l’ensemble d’un territoire. Par extension, et du fait de la conscience désormais toujours planétaire des choses, la pandémie correspond à l’extension au monde entier.
Endémie, épidémie, pandémie, le suffixe commun de ces mots est « démo », le peuple, et ces termes sont utilisés uniquement pour les humains. Pour être complet sur le vocabulaire et s’y retrouver, c’est le terme « zootie » qui définit les maladies des animaux et « zoonose » le passage d’une maladie des animaux vers l’homme.

L’endémie est la présence quasi permanente d’une maladie dans un espace limité (un village, un pays). L’épidémie est la croissance rapide à un moment donné de l’incidence (les nouveaux cas) d’une maladie. La pandémie est une épidémie qui s’est propagée sur un vaste territoire, le monde entier en général.

Si ces termes évoquent en premier lieu les maladies infectieuses, par extension, on parle désormais d’épidémie ou de pandémie d’obésité, de dépendance aux jeux vidéo ou d’épidémie de troubles anxieux.

Nous assistons ainsi, avec un seul et unique virus à ARN provenant d’une province chinoise, à l’émergence de plusieurs pandémies simultanées : une pandémie virale qui donne une maladie nommée Covid-19, une pandémie anxieuse, et en poussant un peu plus loin l’usage du mot, une pandémie socio-économique. Après s’être transmis de l’animal à l’homme, ce virus devient une maladie de la psyché et une maladie du modèle économique de nos sociétés.

Faire ce parallèle n’est pas simplement une figure de style. Cela crée une distorsion et un amalgame des opinions sur les différents sujets.

Ainsi voit-on des experts en épidémiologie ou en virologie ne pas être d’accord entre eux, en fonction de leurs propres visions des conséquences sociales, psychologiques, économiques même. On peut voir les politiques sanitaires de tous les pays, criant haut et fort que seul le sanitaire compte et que la vie est plus précieuse que tout, prendre des décisions qui prennent en compte le niveau de tolérance sociale des mesures de confinement et le niveau de possible écroulement des modèles économiques en place.

C’est probablement pour ces raisons que nous observons de telles passions, contradictions, rumeurs, spéculations complotistes en tous genres, et aussi de véritables conflits d’intérêts dans ce qui devrait plutôt cantonner chacun dans son domaine. Aux spécialistes de la santé de s’occuper de la santé physique. Aux structures sociales et aux politiques de venir en aide aux familles. Aux gouvernances et aux décideurs nationaux de sauver autant que faire se peut l’économie.

Cela conduit de manière totalement irrationnelle à deux postures mentales face à la pandémie du Covid-19. Le mot posture étant pris comme une déformation de l’esprit critique et de la capacité de recul serein face à une situation de crise.

Nous trouvons donc deux camps le plus souvent et ceux qui ne s’inscrivent dans aucun de ces deux (ce qui est mon cas) sont difficilement audibles, comme toujours pour les discours mesurés et nuancés. Je décrirais ainsi les négationnistes et les catastrophistes.

 

Pour lire l’article en entier, REFLETS n°36 pages 16 à 18