Aider pour s’accomplir

Aider pour s’accomplir

Dès son enfance, Roger vit  entre pauvreté et violence dans son quartier. Il retrouve en prison ces deux fléaux, auxquels il aurait pu céder, mais il décide de prendre en main son destin dans un choix définitif : incarner l’amour inconditionnel dans ce lieu si dur, où le racisme, la misère et la haine règnent. Il part à la conquête de la dignité : accorder de la miséricorde pour la violence des gardiens et des autres prisonniers ; poser des actes concrets pour soulager la misère. De petits actes réalisés jour après jour aboutissent à de grands actes qui dessinent sa Tâche.

Le cheminement de Roger
Peu à peu, l’expérience intérieure de Roger en fait un prisonnier à part. Dès le couloir de la mort, il est reconnu par les autres comme une personne d’exception. Sa paix intérieure lui vaut le surnom « The Rock », le rocher. Ses codétenus le respectent et lui demandent conseil quand ils sont en difficulté. Lorsqu’un condamné à mort reçoit sa date d’exécution, il a le droit de demander un dernier échange avec des « proches ». Ainsi, Roger est souvent appelé pour accompagner cette dernière journée. Il sera ainsi « l’ami proche » pour près de cent trente prisonniers. Parfois, les entretiens sont silencieux et passent par le regard, un geste de tendresse, une dernière cigarette. Parfois, ils échangent. Roger doit alors trouver les mots qui consolent et qui réconfortent, suffisamment puissants et justes pour s’adresser à un ami qui mourra à l’aube. Peu à peu, il se met au service des autres condamnés et se questionne sur le sens de sa présence en prison : se pourrait-il qu’il y soit lui-même entré pour pouvoir venir en aide à ses codétenus ?

L’arrivée à Huntsville ; le développement de son aide
En 2016, Roger est transféré dans une prison pour longues peines : la Wynne Unit à Huntsville. Jusque-là isolé dans sa cellule du couloir de la mort, Roger découvre la guerre des gangs et des conditions de vie pires que dans le couloir de la mort. Cela le plonge dans un profond désespoir. Il découvre aussi le très grand dénuement dans lequel vivent certains prisonniers. Dans une correspondance privée, il écrit : « Quand je suis arrivé à Huntsville à l’unité pénitentiaire de Wynne, je n’avais aucune attente – surtout en venant du couloir de la mort – à part faire du mieux que je pouvais dans le respect des gardiens et des prisonniers… J’ai eu des compagnons de cellule qui ne savaient pas se laver ou nettoyer leur cellule, […] qui ne savaient ni lire ni écrire. J’ai eu des compagnons de cellule à qui j’ai dû montrer comment faire la lessive ou se passer de la lotion sur la peau. […] Un jour, j’ai arrêté de me demander comment tout cela était possible et j’ai décidé de me consacrer à tout faire pour changer cet état de fait lorsque je le rencontrerais. »

Redonner de la dignité aux oubliés
Lorsqu’il se trouvait dans le quartier des condamnés à mort, il fêtait son anniversaire en partageant une petite quantité de nourriture avec toutes les personnes de son unité : des détenus blancs, noirs et hispaniques. Sur les conseils de Bernard Montaud, Roger décide dans sa nouvelle prison de se consacrer à aider les prisonniers les plus démunis. Servir ainsi va le rendre libre au-dedans, même s’il est encore enfermé. Cela lui sauve la vie. Depuis, il organise, le dernier vendredi de chaque mois, des repas de partage, appelés spreads (propager), avec l’ensemble des détenus de son bloc. Cette initiative transforme la culture de gang en culture de partage. Au-delà des différences d’appartenance, de foi ou de race, les prisonniers se découvrent, prennent l’habitude de communiquer et développent une entraide jusque-là réservée aux seuls membres de leur gang. Ainsi, en participant à la préparation, à la cuisine, au service de table, tous font comme Roger l’expérience qu’ils peuvent retrouver une importance par le service aux autres. La nouvelle se répand, et rapidement beaucoup de membres de l’unité de Wynne veulent être transférés dans le même bloc que Roger pour y participer. La joie de partager est si contagieuse que les prisonniers eux-mêmes s’engagent pour organiser des spreads dans les autres blocs. S’ils sont transférés ailleurs, ceux qui y ont pris part veulent retransmettre à leur tour ce qu’ils ont reçu. Un an après leur mise en place, grâce aux dons de l’association Les Roses Rouges Sur le Bitume (voir page 48) qui soutient cette action, plus de deux mille prisonniers participent aujourd’hui à ces repas que Roger a renommé les « B-Days » en l’honneur de son ami Bernard.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n°36 pages 31 à 33

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