Splendeur du silence et de la grâce dans l’art de soigner

Splendeur du silence et de la grâce
dans l’art de soigner

Dr Daniel Chevassut

Daniel Chevassut, médecin homéopathe spécialisé dans la souffrance au sein des hôpitaux de l’assistance publique de Marseille est aujourd’hui retraité. Son expérience l’a conduit à intervenir dans le cadre du diplôme de soins palliatifs et dans l’enseignement universitaire. Il est pratiquant bouddhiste. Lors de ses nombreux séjours en Inde, il a rencontré différentes médecines traditionnelles, si bien qu’il promeut une médecine éthique et intégrative. Son dernier livre, Lisa, Amour et médecine, l’indispensable union  en témoigne.

Avoir l’opportunité dans sa vie d’exercer la médecine est une chance merveilleuse. C’est quelque chose d’extraordinaire pour peu que l’on en réalise le sens profond. Ce sens, c’est la joie qui s’éveille tant chez le malade que chez le médecin (ou le soignant), lorsque la guérison se manifeste ou lorsque la souffrance disparaît ou s’atténue. Un sens totalement dépourvu de désir d’argent, de pouvoir et de notoriété. Seul compte le bien-être de l’autre, de celui ou de celle qui souffre. La motivation dans l’art de soigner est donc un facteur important de réussite manifestée dans les sourires, lorsque la médecine s’est avérée efficace. Le médecin, comme ses patients, tombera malade, vieillira et sera confronté aux souffrances de l’agonie. Or, lorsqu’il quittera cette terre, ce sont tous ces sourires qui l’accompagneront dans l’épreuve et qui lui procureront de la joie dans les derniers instants. Dans un article de la revue REFLETS 3, j’avais évoqué une expérience proche de la mort qui m’avait conduit à un choix de vie essentiel pour moi : autant de pratique spirituelle que d’activité médicale. En réalité, je n’avais plus le choix. C’est comme si la Vie m’avait dit : « Tu vois, l’existence est comme un film… n’oublie pas qu’il y a l’écran immaculé, vaste, pur, jamais affecté par ce qui se passe dans le film : s’il y a un incendie, l’écran ne brûle pas ; s’il pleut, il ne mouille pas… Relève tes manches et mets-toi vite au travail, va vers l’essentiel. » Et c’est ce que j’ai fait sans aucun regret, mais plutôt avec la conviction croissante qu’il y a bien une Réalité indicible qui nous dépasse, peu importe le nom que nous lui attribuons : Dieu, le Soi, la Claire Lumière, le Grand Esprit, Yahweh, etc. Alors, qu’est-ce que la pratique spirituelle ? Sans prétendre tout savoir ni répondre correctement à cette question, voici le témoignage de mon ressenti sur la question en assumant mes erreurs et mon ignorance.

LA GRÂCE EST L’ÉNERGIE LUMINEUSE QUI VIENT DE L’INDICIBLE RÉALITÉ

Tout d’abord, il est important de se souvenir de la dimension anthropologique de l’être humain. Celui-ci a un corps (corpus/soma), un psychisme (anima/psukhê) et un esprit (spiritus/pneuma) – ou une conscience. Ainsi même une personne athée possède cette graine de l’Indicible, car c’est la physiologie même de l’être humain. Ensuite, libre à nous de la faire croître. Une grande majorité d’êtres humains privilégient la croissance du corps et de l’intellect au détriment du spirituel. Ce qui peut faire croître cette dimension spirituelle, c’est d’abord notre motivation : « Je veux quoi vraiment ? » et un chemin authentique qui a fait ses preuves au fil des siècles, qui s’adapte à l’évolution (ou l’involution ?) des différentes générations, mais qui, dans tous les cas, garde un axe central pur, indestructible et authentique comme un joyau merveilleux. C’est (ou c’était) le sens de la religion, dont le mot vient du latin religare : ce qui nous relie, ce qui relie notre état actuel à cette dimension indicible, ce qui nous unit à Elle. Certains mots, comme « dévotion » paraissent un peu vieillots aujourd’hui. La dévotion, c’est simplement l’amour intense pour cette Réalité qui nous dépasse tout en étant éternellement présente. Elle s’incarne parfois sous une forme humaine pour mieux communiquer avec nous. C’est le rôle du maître spirituel. Il y a aussi la foi, c’est-à-dire la confiance dans l’existence de cette Réalité et dans le chemin que l’on suit pour s’y fondre. Chemin qui implique le sacré, à savoir le sacrifice de l’égocentrisme – sacré et sacrifice ont la même racine. Sur ce chemin, la culture du silence est un facteur essentiel : le silence quand s’estompe le bruit extérieur, le silence lorsqu’on cesse de parler, le silence quand les pensées se calment dans la méditation, et enfin le silence dont la saveur est inexprimable, paradoxalement à la fois vide et plein. Dans l’art de soigner, c’est ce silence qui favorise l’intuition, le miroir dans lequel l’autre se révèle dans sa maladie, sa souffrance et sa complexité. Dans la transparence de soi transparaît la réalité de l’autre. Ce silence permet au médecin, en complément de son savoir scientifique, de ressentir la maladie et de trouver le traitement le plus efficace.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n °35 pages 31 à 33

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