La réforme des retraites : des moyens… et aussi un contenu

 

                            par Maxime Mocquant

Le projet phare du gouvernement autour de la réforme des retraites a provoqué en France une agitation avec la grève des transports SNCF et RATP la plus longue (plus de 45 jours), des manifestations dans toutes les grandes villes, des prises de positions politiques divergentes. Difficile de s’y retrouver. Les arguments fusent entre les pour et les contre. Cette réforme était inscrite dans les propositions du candidat Macron à la présidentielle. Celui-ci applique ce qu’il avait avancé. La réforme, touchant presque tout le monde, ne peut faire l’unanimité.

D’abord, pourquoi envisager de réformer les retraites ? D’après les statistiques du Conseil d’orientation des retraites, on comptait en 1960 quatre actifs pour un retraité. Aujourd’hui, nous en sommes à 1,7 pour un. L’estimation en 2050 est de 1,2 pour un. Précision donnée par cet organisme : un retraité sur dix aujourd’hui n’est pas financé, et ce sera un sur six en 2030 si rien n’est fait. C’est sur ce constat que s’appuie le gouvernement pour étayer sa réforme. Bien entendu, une part sensible des organisations professionnelles conteste ces chiffres.
Autre point hautement névralgique : le nombre de régimes spéciaux différents s’élève à 37 avec certains, bénéficiaires, et d’autres, en perte, qu’il faut subventionner. L’objectif du gouvernement est donc de rationaliser le tout pour faire un régime unique et universel. Il est donc facile de comprendre que ceux dont la caisse est bénéficiaire ne souhaitent pas partager leurs ressources. Sans parler des avantages de quelques régimes, permettant de partir plus tôt à la retraite, ou proposant un calcul plus avantageux que celui du régime général.
Ce calcul est basé sur le montant des trois derniers mois pour la fonction publique, des trois dernières années pour les marins par exemple, et des 25 meilleures années pour le régime général, pour ne citer que ces exemples. Par conséquent, en fonction du lieu où vous travaillez sur le territoire national, de l’entreprise dans laquelle vous êtes salarié, vous pouvez toucher une retraite différente, même si vous avez exercé le même métier. Et, bien entendu, si vous avez « voyagé » dans les différentes caisses de régimes spéciaux, là, le calcul devient incompréhensible, tellement compliqué que vous devez vous en remettre à la décision finale de vos organismes.

Avec le régime par points proposé par le gouvernement, chaque euro cotisé donnera le même nombre de points partout en France, et dans tous les secteurs d’activité. Et la détermination de la valeur du point sera confiée à un organisme spécial, auquel les partenaires sociaux seront associés. Le gouvernement, en vue de rendre le projet pérenne et équilibré budgétairement, a ajouté une clause, l’âge pivot à 64 ans, provoquant l’ire de la CFDT, favorable à la réforme par points mais sans âge pivot, cela prolongeant mécaniquement la date de départ à la retraite. Cherchant un consensus, le Premier ministre a suspendu cette dernière proposition, en justifiant, lors d’une conférence du financement des retraites, la garantie de la pérennité d’un système juste et solidaire.

L’objectif n’est pas de peser le pour et le contre des arguments que chacun avance. Ce qui nous intéresse ici, c’est de prendre du recul sur le sens de la retraite. Nous allons tous y arriver un jour, si ce n’est déjà fait. Cette période de la vie humaine est le troisième tiers de la vie, après l’âge de l’enfance, puis celui du travail. Bien entendu, il est primordial d’être rassuré sur les moyens dont nous disposerons à ce moment-là de la vie, et nous comprenons que cette réforme soit menée de telle façon à assurer à chacun une juste rétribution, mais aussi un départ plus ou moins rapide à la retraite en fonction du métier plus ou moins pénible ; il existe des statistiques sur la durée de vie en fonction des métiers, et donc de la pénibilité. Cependant, personne ne parle réellement de cette période. Que représente-t-elle ? Qu’est-ce qui s’y joue ?

Une autre façon de vivre sa retraite

Beaucoup y arrivent en étant fatigués, physiquement ou intellectuellement, selon le métier exercé pendant plus de 40 ans. Cet âge est alors perçu comme une certaine libération : « Maintenant, nous n’aurons plus d’obligations ; nous pourrons nous lever quand nous le souhaitons ; enfin la liberté ! »  Tout ceci, avec la sensation qu’il reste encore quelques « bonnes années » à vivre avant l’âge de la vieillesse, synonyme de toutes sortes de pertes, comme l’autonomie ou la santé. La période de la retraite « en bonne santé » est calée entre la vie dite active et la vieillesse. Alors profitons-en, tant qu’il en est encore temps !

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 35 pages 6 à 8