Collapsologie Est-ce la fin ? La fin de quoi ? Maxime Mocquant

Collapsologie
Est-ce la fin ? La fin de quoi ?

Maxime Mocquant

Qu’est-ce que la collapsologie ?
C’est l’étude des formes possibles de l’enchaînement de catastrophes, prémices de l’effondrement d’une civilisation.
Le dernier livre d’Amin Maalouf, Le Naufrage des civilisations, éd. Grasset, ou celui de Jean-Claude Kaufmann, La Fin de la démocratie Apogée et déclin d’une civilisation, éd. LLL, pour ne citer qu’eux, décrivent avec force arguments les processus en œuvre menant à la disparition de notre civilisation dite occidentale. Cependant, aucune solution n’est proposée pour remplacer le système agonisant.
D’autres ouvrages, comme Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, éd. La Loupe, Les Tisserands de Abdennour Bidar, éd. LLL, ou Plaidoyer pour l’altruisme de Matthieu Ricard, éd. NIL, partagent leurs intuitions plus ou moins étayées par des recherches scientifiques et proposent des solutions pour revenir à un essentiel : l’humain. Notons, parmi les nombreux livres, celui de Pablo Servigne et de Gauthier Chapelle, L’Entraide, l’autre loi de la jungle, éd. LLL, 2017, édité récemment en collection Poche. Il pose les bases d’une étude scientifique qui conduit à des propositions allant dans le sens d’une nouvelle civilisation fondée sur d’autres valeurs que celle de l’ego : l’altruisme, la solidarité , l’entraide, l’amour du prochain…
La première loi de la jungle, celle du plus fort, a été la plus exploitée de tous les temps. Sa pratique s’est encore amplifiée dans nos sociétés capitalistes, industrielles ou étatiques. L’ego s’est développé grâce à cette loi, qui l’autorisait à gagner plus, quitte à écraser l’autre. Cette société de l’avoir, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est vouée à l’échec, voire à l’extinction. Une mauvaise interprétation de la théorie de l’évolution de Charles Darwin atteste la sélection naturelle comme la loi du plus fort. Cependant, ce n’est pas la seule loi de la nature, et des siècles ont construit l’idée que perdre, ou abandonner du côté matériel, rendait faible, voire malheureux.
En 1902, un autre scientifique, contemporain de Charles Darwin, Pierre Kropotkine, géographe et anarchiste, répond au livre L’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, en écrivant
L’Entraide, un facteur de l’évolution. Il y décrit l’évolution de nos sociétés occidentales et fait opposition aux gouvernements successifs qui, petit à petit, ont détruit les organisations comme les guildes, afin d’asseoir leur autorité. Il constate cependant que l’entraide entre les humains reste la norme. Ainsi citet- il, dans le dernier chapitre, des marins qui n’hésitent pas à aller au secours de collègues en pleine tempête, au risque de leur vie, et qui disent : « Je ne pouvais pas faire autrement. »
Dans leur livre, L’Entraide, l’autre loi de la jungle, les auteurs étudient les fonctionnements et les mécanismes à l’oeuvre dans l’entraide aux niveaux individuel et de groupe d’abord à taille humaine, puis plus important, voire immense comme un pays ou une communauté de pays comme l’Europe. Ils fixent les lois qui régissent ces individus et ces groupes, en tirent des conclusions sur des avenirs possibles, si la loi de l’entraide est remise au centre. Notre propos ici n’est pas de réécrire le livre, ni même d’en faire un résumé. En revanche, il nous semble nécessaire de souligner un aspect important. D’après Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, l’empathie se construit en trois étapes : l’empathie affective, l’empathie cognitive et l’empathie mature, qui est la combinaison des deux premières. La première correspond au système 1 de Daniel Kahneman, la seconde au système2  Daniel Kahneman est un psychologue et économiste américano-israélien, qui a démontré que la pensée avait deux vitesses, les systèmes 1 et 2. Le premier, sur un mode intuitif au fonctionnement rapide, ne demande pas beaucoup d’énergie pour s’exprimer, on peut lui donner le nom d’intuition. Le second est surtout basé sur un mode de réflexion, de calcul lent et délibératif, et consomme beaucoup plus d’énergie. Donc tout naturellement, et afin d’éviter de consommer trop d’énergie, nous nous positionnons au niveau 1, soit l’empathie affective. Il s’agit de distinguer sa propre image de celle de l’autre (effet miroir), et de distinguer et d’identifier l’émotion d’autrui. Quant à l’empathie cognitive, elle permet de comprendre l’état mental d’autrui, prendre conscience de la différence.
Qu’est-ce que cela implique ? Eh bien tout simplement que nous allons privilégier l’empathie affective, plus rapide, moins dépensière en énergie et intuitive. Mais ayant été éduqués dans la première loi de la jungle, nous allons percevoir l’autre comme un concurrent. Si nous nous éduquons à l’entraide, l’autre sera à aider. Pourrions-nous changer notre comportement ?

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 34 pages 22 à 23