L’ARDENTE RECHERCHE DE LA LIBERTÉ

La liberté est. Elle a cela de commun avec Dieu qu’elle
exclut le pluriel
(Victor Hugo)

 

Père Philippe Dautais

Philippe Dautais, prêtre orthodoxe (Patriarcat de Roumanie) est le fondateur et co-responsable avec son épouse Elianthe du centre Sainte-Croix en Dordogne où il anime des sessions et retraites depuis trente-deux ans. Il enseigne notamment  une pratique de la voie spirituelle chrétienne dans l’héritage de la tradition philocalique et hésychaste.Délégué à l’œcuménisme pour la région Sud-Ouest par l’Assemblée des évêques orthodoxes de France (AEOF), il est impliqué depuis dix-huit ans dans le dialogue inter-religieux. Il est l’auteur de : Le chemin de l’homme selon la Bible, aux éditions Desclée de Brouwer ; Si tu veux entrer dans la vie  et Eros et liberté, clés pour une mutation spirituelle, aux éditions Nouvelle Cité.
www.centresaintecroix.net

La question de la liberté a été de tout temps au centre de la réflexion des philosophes et de la tradition chrétienne. Le devenir de l’être humain s’articule autour de cette dimension axiale. Être en vie est une chose, devenir vivant en est une autre. Être riche de potentialités est une chose, les actualiser et les valoriser en est une autre. Être disposé à la relation est une chose, aimer en est une autre. Ce qui nous arrive est une chose, ce que nous en faisons en est une autre. Par notre liberté, nous sommes l’auteur de notre devenir, lequel n’est pas écrit d’avance. Chacun est porteur d’un élan vital qu’il peut ordonner vers la fraternité, vers un accomplissement ou le dilapider dans des dérivatifs illusoires ou pire mortifères. La liberté est cette possibilité de faire advenir à partir de ce qui est, de participer à l’élaboration de notre trajectoire existentielle. Elle qualifie chez l’être humain sa capacité de décision puis de transformation ainsi que sa possibilité de s’affranchir des conditionnements et des déterminismes. Selon la tradition spirituelle, nous ne sommes pas des êtres libres car nous sommes sous l’injonction de nos mémoires, de notre passé, sous l’influence des conditionnements socio-culturels et/ou religieux voire idéologiques, mais en capacité de nous libérer. La liberté n’est pas une réalité acquise, elle est en perspective. Pour saint Irénée de Lyon, au IIe siècle de notre ère, l’homme est, en vertu de sa liberté, responsable de sa destinée, « cause pour lui-même de son devenir », « artisan de son destin éternel » 1. Inachevé, incomplet, il est en voie d’humanisation.
1. Saint Irénée de Lyon, Contre les hérésies, livre IV, 4/3 et 19/1.

Les processus d’humanisation et de libération  vont de pair et s’appliquent sur deux registres : la  libération de l’emprise des conditionnements et  l’intégration consciente des énergies de vie.
Cette façon d’envisager la liberté est loin d’être  partagée par tous. La plupart des individus se  pensent libres. Au nom de la liberté, ils posent  des actes, engagent des processus, s’inscrivent  dans des spirales qui peuvent être mortifères. La  liberté est revendiquée et même érigée comme  une valeur absolue notamment par l’économie  libérale. Mais lorsque nous parlons de liberté, de  quoi parlons-nous ? Ne doit-on pas articuler la  liberté et la responsabilité, la liberté et la fraternité,  la liberté et la justice ou l’égalité ?

QU’APPELONS-NOUS LIBERTÉ ?

La liberté est une valeur fondamentale pour l’homme et pour les sociétés. Chaque être humain y aspire. Dans nos sociétés occidentales, elle s’affirme comme liberté d’expression, de  mouvement et fondamentalement comme liberté  de conscience. L’histoire a montré que cette liberté conquise de haute lutte est en adéquation avec le respect de la dignité humaine. Chacun doit être respecté dans sa liberté. Ce mot cependant recouvre plusieurs façons de la concevoir. Il est important de s’y arrêter pour sortir de certaines confusions voire d’illusions. Trois degrés de liberté peuvent être discernés :

La licence

Dans son usage courant, la liberté se confond  avec l’autonomie individualiste selon laquelle je peux faire ce que je veux, comme je veux, quand je veux, si je veux. Je peux gérer ma vie à ma guise en toute indépendance, donc je suis libre. La liberté est alors vécue comme l’expression de la volonté propre. Elle caractérise l’autonomie de  l’être biologique convertie en liberté du citoyen qui a des droits. « Le droit à », considéré comme  un dû, est la revendication première de l’individu.
On tend, dans nos sociétés occidentales, à tout ordonner à cette disposition, c’est dire au primat de l’individu sur la collectivité, est-ce à dire au primat de l’ego voire même de l’égocentrisme dont la vertu est de tout ramener au Moi triomphant ?

La liberté ne peut être dissociée du sens de la responsabilité

Dans la Déclaration universelle des droits de l’homme du 10 décembre 1948, il n’est fait mention  qu’une seule fois des devoirs, à l’article 29 :« L’individu a des devoirs envers la communauté dans laquelle seul le libre et plein développement de sa personnalité est possible. » Cette déclaration établit une égalité des droits qui est fondamentale pour que soient respectés chaque homme et chaque femme. Ces droits soulignent surtout ce  en quoi la société est au service de l’individu, le devoir de l’individu envers la société est noté  de manière elliptique. Cette déclaration a pour  vocation de favoriser « le vivre ensemble ». Or, le  quotidien nous montre que l’usage des libertés et  des droits peuvent s’y opposer : lorsqu’au nom de  la liberté d’expression, on se permet de bafouer  les valeurs de l’autre jusqu’au blasphème, nous  participons à la fragmentation de la société et  introduisons un caractère conflictuel contraire à  la construction du « vivre ensemble » ; lorsqu’au  nom de la liberté, on se permet d’exploiter l’autre,  d’asservir des populations à la production pour  une plus grande rentabilité, la liberté devient  contraire à la fraternité.

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 42 à 44

 

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