Interview d’Olivier Delacroix ,S’aimer soi pour aimer mieux les autres

Interview d’Olivier Delacroix
S’aimer soi pour aimer mieux les autres

C’est dans son studio à Europe 1 que ce documentariste et animateur de radio et de télévision nous reçoit. Depuis plus de dix ans, ses reportages, ses documentaires invitent à découvrir « l’autre » différemment. Une rencontre intense et rythmée par cet homme d’engagements.

Vous êtes tourné vers les personnes en difficulté en affirmant même qu’elles vous ont construit ?
J’ai très vite cherché des réponses à travers l’autre. Depuis mon enfance, j’ai le sentiment profond qu’on se construit avec l’autre, en échangeant avec lui. J’ai été très tôt un enfant habité par des questions existentielles. Plus on partage nos questionnements avec les autres, plus on a la capacité à avancer, à structurer notre pensée et à devenir finalement plus libre. On n’est jamais plus dans la construction de soi que lorsqu’on est mis à l’épreuve ou lorsqu’on est face à l’injustice, ce qui peut amener à la colère, au regret, à la vengeance pour certains. La parole de l’autre invite alors à voir les stratégies qu’il a mises en place pour ne pas se laisser empoisonner ou amoindrir et faire face à la vie, aux épreuves, et en ressortir enrichi et plus fort. Avec l’émission Dans les yeux d’Olivier, j’ai la chance de rencontrer des personnalités riches en émotions et en conscience. Je suis plutôt quelqu’un qui fait confiance et qui considère que dans chaque Homme, il y a quelque chose de bon, d’exploitable. Même chez le pire des individus, il y a un petit coin de lumière qui peut à un moment donné l’irradier. Quand vous partez sur ces principes-là de vie, vous ne pouvez que vous enrichir.

Vous soutenez le combat des femmes. Quel est selon vous leur vrai combat ?
Il est d’arriver à l’égalité avec les hommes. Il est d’abord de préserver les leurs : leurs enfants, leur mari ; c’est selon moi lié à l’instinct de donner la vie, ce qui leur donne un sens des responsabilités plus accru très vite. On le voit très bien à travers les violences faites aux femmes : certaines mettent un temps infini à franchir les portes d’un commissariat parce qu’elles ont beaucoup d’amour et d’espoir en elles. Elles savent ce que le mot amour veut dire.Cela en fait des êtres responsables, que nous avons à remettre au cœur de notre société parce qu’une société qui ne fait pas attention aux femmes est une société malade, boiteuse. En revanche, elles ont cette capacité à trancher quand nous, les hommes, nous tournicotons, nous slalomons, nous sommes souvent moins matures. Donc le premier combat, c’est de protéger et de soutenir les femmes. C’est le cri d’alarme que je lance dans mon livre Parce qu’il y a les femmes qui concerne notamment les violences faites aux femmes. La France se déclare la patrie des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, mais tout cela n’est pas respecté. La secrétaire d’État Marlène Schiappa a proclamé 2018 l’année de la femme. Or, cette année-là, on a reculé : moins de foyers d’urgence pour les femmes, des associations qui disparaissent suite à la suppression de subventions.

Le mot aimer vous habite beaucoup. Quelle définition en donneriez-vous ?
Aimer, c’est faire attention à l’autre, partager avec lui, le protéger et le respecter. C’est être en quête de trouver l’équilibre en l’autre et que l’autre trouve l’équilibre en vous. Aimer, c’est communier en fait, échanger, s’enrichir ensemble, faire confiance, c’est tout ce qui tend à rendre solide une union, qu’elle soit amoureuse ou amicale. J’ai autour de moi des amis sans faille qui viendront me chercher au bout du monde et que j’irai chercher au bout du monde s’ils sont dans la panade. J’ai une femme aujourd’hui qui m’aide à cheminer et que j’aide à cheminer, c’est cela aimer. C’est aussi accepter de l’autre ce que vous n’êtes pas.

 Vos émissions et documentaires montrent que vous êtes un homme d’engagements forts. Quel en est le fil conducteur ?
J’ai toujours refusé de faire des choses qui n’avaient pas de sens, qui n’étaient pas militantes. J’aime être dans la réalité, donc rien de mieux que le documentaire pour incarner un moment de vie. J’aime faire avancer le bouchon, donner du sens à ce que je fais, donner des explications, rassurer. Professionnellement, c’est vraiment une volonté d’apprendre des autres et donc de donner la parole aux autres. J’explique aux uns quelle est la passion d’un autre, non pas pour s’y reconnaître, mais juste pour qu’ils la respectent. La tonalité, c’est de parler à des personnes sans les juger, sans donner mon avis. Je suis là pour encourager celui qui est en face de moi à s’exprimer.

Quelle est votre foi ? En l’Homme, en Dieu ? Et si c’est en Dieu, quel Dieu ?
Foi en l’Homme… J’ai foi en l’Homme, mais je suis mis à l’épreuve. Il y a certes la beauté de l’Homme, sa luminosité, son intelligence, son ingéniosité à créer les choses les plus formidables pour aller mieux. Mais de fait, ces dernières années me portent à penser que nous allons vivre des heures sombres.

(…)

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 27 à 30

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