Qu’est-ce que la liberté pour un chrétien ?

Dominique Rey Évêque de Fréjus-Toulon

 

Titulaire d’un doctorat en économie fiscale, Dominique Rey exerce une activité professionnelle au ministère des Finances avant de suivre des cours à l’Institut catholique de Paris où il obtient une licence en théologie et un diplôme en droit canonique. En 1984, il est ordonné prêtre à Notre-Dame par le cardinal Lustiger pour le diocèse de Paris et devient membre de la communauté de l’Emmanuel. Il deviendra évêque du diocèse de Fréjus-Toulon en 2000.

La liberté est une dimension remarquable de la dignité humaine. Elle est même, dit le Concile Vatican II, « le signe éminent de l’image de Dieu chez l’homme » [1], puisque l’homme et la femme ont été créés par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27).

L’homme a chaque jour la mission de réaliser ce qu’il est, d’affirmer sans cesse sa liberté, et c’est ce qui fait sa grandeur. Pour pénétrer le sens chrétien de la liberté humaine, je l’envisagerai à la lumière de la Parole de Dieu et de l’enseignement de Jésus-Christ, notre libérateur.

Liberté & licence

Quelle définition pouvons-nous donner à la liberté ? C’est la faculté naturelle pour l’homme de choisir, de disposer de lui-même sans dépendre des autres, de se consacrer à faire ceci ou autre chose, d’agir d’une manière ou d’une autre. Pour autant, la liberté n’est pas la licence, c’est-à-dire faire tout ce que l’on veut, sans limites.

La liberté en effet n’est pas un principe formel creux. Nous pouvons librement choisir le mal, en ratant ainsi notre vie ; et librement nous pouvons choisir le bien véritable, réalisant ainsi la vie dans son authenticité.

Bossuet disait avec raison et profondeur : « La liberté n’est pas la capacité de faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait. » Car l’homme n’est pas qu’un sujet de droits : il a aussi des devoirs. Et les premiers devoirs qu’il doit respecter, ce sont ceux que Dieu lui a donnés, c’est-à-dire les dix Commandements.

Dimension chrétienne

Dans le christianisme, la liberté est accordée par Dieu à l’homme créé à son image pour que, dans l’obéissance à Dieu, cette liberté ne se refuse pas mais s’affirme. C’est une liberté blessée mais que le péché n’annule pas ; c’est une liberté rachetée par Jésus-Christ et animée par l’Esprit saint.

La liberté chrétienne est une liberté que l’homme reçoit comme un don de Dieu. Uni à son Seigneur, il peut faire fructifier sa liberté dans l’amour. « L’homme qui aime Dieu s’identifie par l’amour à sa volonté et à ses commandements. » (Max Müller) L’amour nous aide à accomplir plus facilement et plus joyeusement ce que Dieu attend de nous.

Le pendant de la liberté, c’est la responsabilité : parce qu’il est libre, l’homme est responsable de ses actions devant Dieu, devant lui-même et devant les autres. Dieu nous a créés libres, et il respecte notre liberté. Mais il nous demandera de rendre compte de notre bon usage ou de notre mésusage de ce don, comme à l’intendant de la parabole. Au bon serviteur, il sera dit : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ! »(Mt 25,23), et au mauvais qui gaspille les biens de son maître : « Rends compte de ta gestion, car tu ne pourras plus gérer mes biens. » (Lc 16,2).

L’esclavage du péché

Dieu a créé l’homme et la femme libres. Mais le péché nous a rendus esclaves. Jésus le dit très clairement : « En vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave. » (Jn 8,34). Et l’on peut voir comme le péché rend triste, parce qu’il est une forme d’esclavage qui oppresse, tandis que la liberté rend joyeux.

Que de fois pourtant sous le nom de la liberté se cache un esclavage opprimant ! La liberté est un don, un chemin et une conquête quotidienne. Être libre consiste à savoir se libérer de beaucoup d’attaches et de mettre ses propres dons au service des autres. La liberté capricieuse et arbitraire est en réalité un manque de liberté.

Dans l’exercice du libre choix, l’homme doit se libérer de menaces intérieures et extérieures qui jouent contre sa liberté. C’est ainsi que nous ne pouvons pas servir Dieu et l’argent (cf. Mt 6,24), car la cupidité est une idolâtrie. Les plaisirs peuvent exercer aussi une domination despotique. Pensons aussi à toutes les formes modernes  d’addiction : drogue, jeux, téléphone, pornographie… Plus l’homme cédera à ces pouvoirs, plus ils le rendront esclaves, l’humilieront et le dégraderont.

Le chrétien est appelé à se libérer de tout ce qui l’empêche de s’élever vers son Seigneur. Chaque année, à la Veillée pascale, la liturgie prévoit le renouvellement des promesses du baptême. À cette occasion, le prêtre demande aux fidèles : « Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ? » Une réponse libre et résolue est alors attendue de la part de tous les chrétiens.

La liberté des enfants de Dieu est déjà apparue dans le présent du chrétien, mais nous attendons sa plénitude glorieuse (cf. Rm 8,14). L’Esprit saint nous rachète quotidiennement du penchant à l’esclavage, car « là où est l’Esprit du Seigneur, là est le libérateur. » (2 Cor. 3,17). L’Esprit est en même temps principe de liberté, d’amour et d’unité dans la vie du chrétien, de la famille et de l’Église qui est le Corps du Christ.

  1. 1. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 1965, § 17.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 33  pages  54 à 57

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