Trois profondeurs du Dialogue Essentiel, Interview de Denis Marquet

Trois profondeurs du Dialogue Essentiel

Interview de Denis Marquet

Normalien de formation, Denis Marquet est philosophe et écrivain. Il pratique la philosophie comme une thérapie existentielle, au moyen d’un questionnement vivant avec des êtres en quête du sens de leur vie. Ses derniers livres interrogent la philosophie du Christ avec un roman, Le Testament du Roc, et deux essais parus en 2018 et 2019 aux éditions Flammarion : Oser désirer tout et Aimez à l’infini.

Quelle est votre expérience du Dialogue Essentiel, inspiré ? Cette voix intérieure qui répond à nos questions ?
Nous pouvons vivre à trois niveaux ce dialogue avec l’essentiel, avec la transcendance, avec ce qui nous dépasse, peu importe le nom que nous donnons à cette dimension. Nous pouvons l’appeler Dieu, ou ne pas la nommer.
Le premier niveau est celui de la tête, ce sera un dialogue d’informations. J’ai une question, la réponse m’est donnée sous la forme d’une information. À charge pour moi de la mettre en œuvre, avec mes propres forces (ce que je sais, ce que je sais faire). Mais ce premier niveau n’est pas fait pour durer. De fait, au cours d’un cheminement spirituel, arrive un moment où les informations diminuent. Le divin nous propose le dialogue sur un mode de moins en moins informatif, car il nous appelle à un niveau plus profond.

APRÈS LE DIALOGUE AVEC LA TÊTE, LE DIVIN NOUS FAIT
ENTRER DANS L’EXPÉRIENCE DU CŒUR

À ce moment-là, nous entrons dans l’expérience du cœur. Le divin nous appelle alors dans la relation à autrui, notamment sous la forme d’une ouverture du cœur qui augmente notre perception de l’autre, de son être véritable, par-delà ses conditionnements. Beaucoup d’intuitions, d’inspirations se présentent, fondées sur une vision de l’être unique qu’est l’autre, et de ses véritables besoins.

Une relation d’être à être commence à se développer. C’est la dimension du Christ qui émerge là, la deuxième personne de la Trinité : une unité relationnelle qui constitue la coupe permettant de recevoir l’être du Père, la source de vie. Mais cette source-là peut se tarir elle aussi, signe que nous sommes appelés à un niveau encore plus profond : le centre des entrailles. C’est-à-dire le lieu où le divin nous met en mouvement directement. Cette dimension des entrailles, très importante dans les Évangiles, est masquée par les traductions. Neuf fois dans les quatre Évangiles, il est question des entrailles du Christ, et une seule fois du cœur du Christ. Or, nous élevons des basiliques au Sacré-Cœur, mais on ne dit rien des entrailles sacrées du Christ. Lorsque vous lisez, dans les traductions des Évangiles, que Jésus est pris de pitié, souvent le texte original dit en réalité que ses entrailles sont remuées. Or, dès qu’elles le sont – celles du Christ, mais également celles du père du fils prodigue ou du Bon Samaritain – immédiatement l’être est mis en acte. Pour Jésus, ce mouvement spontané peut aller contre ce qu’il avait prévu de faire. Par exemple, au moment où il apprend la mort de Jean le Baptiste, Jésus a besoin de se retirer pour se recueillir et prier. Mais il voit que des foules le suivent sur le rivage, aspirant à sa présence ; c’est là que ses entrailles sont remuées. Il renonce alors à son projet personnel et va enseigner à ces foules. Les entrailles sont donc le lieu où le divin peut nous toucher et nous mettre directement en mouvement pour l’autre.

NOS ENTRAILLES SONT LA SOURCE DE NOS ACTES

Nos entrailles sont la source de nos actes. Mais elles peuvent engendrer un acte soit pulsionnel soit inspiré. L’acte sera inspiré si nous autorisons le divin à venir nous toucher dans ces profondeurs ; donc, si nous acceptons que notre conscience y descende. Ainsi le dialogue avec la source culmine paradoxalement au point le plus bas. Il faut accepter une baisse de la clarté sur le plan de la compréhension (la tête) quand les informations se tarissent, puis consentir à ce que la clarté par rapport à autrui diminue aussi. Nous nous sentons perdus, mais c’est alors que nous sommes guidés par le Christ, lui qui s’adresse précisément aux « brebis perdues ». Plus nous sommes guidés, moins nous savons où nous allons ! Car nous sommes mis en mouvement d’une façon spontanée, reliée. Nous recevons nos actes. C’est la partie la plus intéressante de ce dialogue parce qu’alors, le divin met en mouvement le corps, donc il le pénètre et l’infuse progressivement. Ainsi se crée notre corps de résurrection. La clarté peut alors revenir au niveau du cœur et de la tête. Mais seulement parce que nous y avons renoncé, parce que nous avons accepté d’être guidés dans des profondeurs telles que nous nous y sentons comme un aveugle conduit par un voyant. Nous ne savons pas où nous allons, mais, à chaque instant, nous nous confions. Quand mes actes sont inspirés, je peux commencer une phrase sans savoir comment je vais la terminer, m’engager dans une entreprise sans avoir de raison ni de but. Nous agissons parce que nous sommes mis en mouvement par la source, sans garantie qu’il s’agisse bien d’elle. À ce niveau de profondeur, la dimension de la foi est essentielle. Mais nous constatons que les actes sont féconds. Nous nous ouvrons à l’inattendu, au Nouveau dont parlent les Dialogues avec l’ange. La spiritualité, c’est l’ouverture au nouveau. Quand elle est vécue au niveau des entrailles, nous avons l’impression d’être à la fois dans la nuit noire et parfaitement guidés.

(…)

Pour  lire l’article en entier Reflets n° 32 pages 59 à 61

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