CONFIDENCE D’ARTISTE,Frédérique Bedos, semer le désir d’agir

CONFIDENCE D’ARTISTE
Frédérique Bedos, semer le désir d’agir

Après une enfance éprouvante qu´elle a racontée dans La Petite Fille à la balançoire, aux éditions Les Arènes, Frédérique Bedos est devenue présentatrice télé par la magie d´une rencontre inopinée. Désormais, elle se consacre intégralement au Projet Imagine, l´O.N.G. qu´elle a fondée. Dans ce cadre, elle réalise des films inspirants sur des héros au grand cœur, dont récemment Jean Vanier auquel elle rend hommage dans le cadre d´un long métrage émouvant, Le Sacrement de la tendresse. « Se sentir utile aux autres, c´est la clef du bonheur », nous dit-elle. Son sourire profond, habité, sa joie de vivre exultant en grands rires nous ont enthousiasmés. Après seulement quelques minutes de rencontre, nous savions que nous avions affaire à une grande dame.

Qu’est-ce qui est à l’origine du Projet Imagine ?
µCe sont d’abord mes compétences professionnelles. Puis, à un moment, j’ai reçu l’inspiration sur la façon dont je pourrais les utiliser au service des valeurs qui m’ont sauvée dans mon enfance. La violence a envahi les écrans et la façon de décrypter le monde est de plus en plus anxiogène. Or, la peur est la pire des conseillères, amenant au repli sur soi, à la stigmatisation de l’autre. In fine, on va bâtir des murs pour se séparer les uns des autres. N’est-ce pas le phénomène que nous observons dans le monde aujourd’hui ? Au même moment où je me pose ces questions d’ordre professionnel, j’ai l’histoire de mon enfance qui revient à la surface.

C’est-à-dire ?
Il y a des moments dans la vie où nous avons des rendez-vous avec nous-même. Toute une partie de ma jeune vie d’adulte était une fuite en avant, suite à une enfance tellement sérieuse, pleine de responsabilités. C’était lourd à vivre. Aussi dès que j’ai pu goûter à un peu de légèreté, je m’y suis engouffrée parce que j’avais absolument besoin de cette bouffée d’oxygène, c’est-à-dire faire des bêtises, ne pas me préoccuper. Et voilà qu’en plus, je me retrouve dans les médias, synonyme de voyages, d’aventures qui ne faisaient pas partie de mon monde. Sans me poser de questions, j’ai foncé droit devant de peur d’être ré-aspirée par des souvenirs douloureux. Sauf qu’un jour, ça vous rattrape. À un moment, votre inconscient ouvre la boîte de Pandore. Et j’ai fait une dépression, et le seul moyen de m’en sortir était de recoller avec ce qu’il y a de plus profond en moi, c’est-à-dire les valeurs d’humanisme, de solidarité, d’entraide, de tendresse qui m’ont sauvée quand j’étais petite. C’est aussi cette empathie qui fait qu’on a tellement mal pour l’autre : je t’aime parce que je suis toi et c’est cela qui est à redécouvrir. Nous ne sommes pas isolés les uns des autres. Cela fait peur parce que ça veut dire qu’on va souffrir, mais c’est cela, prendre le risque d’aimer. D’un coup, le sort de l’autre nous importe et vient nous toucher dans notre chair. C’est à ce prix qu’on va pouvoir s’entraider et s’aimer.

Le Projet Imagine, c’est une autre manière de faire du journalisme ; quelle espérance contient-il ?
C’est notre ligne éditoriale qui chapeaute tous nos contenus audiovisuels. C’est une façon de narrer le monde, en réussissant à rester proche du grand public, sans tomber dans l’élitisme. Essayer d’éclairer les enjeux du monde, tout en montrant bien que c’est subtil, complexe et que vous n’avez pas toutes les clés, rend humble et donne de l’espoir. J’espère donner cette posture d’humilité aux personnes qui reçoivent les messages en les mettant devant la question : « Qu’est-ce que je peux faire pour aider ? » On va regarder la situation telle qu’elle est sans se voiler la face, en gardant un regard tourné vers le futur de façon résolument constructive. Et quand il y a de l’espérance, il y a de la joie. C’est ça la subtilité et c’est là où nous sommes dans du constructif. C’est là aussi que je trouve la noblesse du métier de journaliste : d’une situation complexe, comment réussir, sans la dénaturer, à la rendre accessible au grand public qui n’est pas un spécialiste du sujet. Le but est de créer la contagion qui se traduit par des actions de la part du public. Je dois réussir à le transformer de spectateur en acteur, en quelqu’un qui va se lever de son fauteuil pour agir. C’est ça le pouvoir de l’émotion, et c’est ce qui me met en mouvement. J’assume totalement de faire un journalisme qui ne se prétend pas objectif, mais qui accepte totalement sa subjectivité. Soit tu es un être humain, soit tu es un robot. C’est un souci d’honnêteté d’assumer totalement sa subjectivité en faisant en sorte qu’on puisse la distinguer de façon facile. Le spectateur sait à ce moment-là comment se situer, sans lui enlever la liberté de se positionner par rapport à votre point de vue. Quelqu’un dont je fais le portrait, je l’ai choisi, car pour moi, c’est un héros. Alors oui, mon reportage est orienté, car il est plus un hommage qu’une enquête. Je vais raconter une histoire qui est la plus authentique possible, et l’authenticité et l’objectivité, ce n’est pas la même chose. Le journalisme n’est utile que s’il va jusqu’à donner l’envie d’agir, sinon à quoi sert-il ? Nous sommes envahis de nouvelles – d’ « infobésité » – qui deviennent une pollution. Comment faire le tri entre ce qui est utile et ce qui va élever ? Du coup, je fais du journalisme incarné, en m’appuyant sur la vie d’hommes et de femmes, les nouveaux héros. De là découle toute cette ressource infinie d’émotions qui vient jouer sur l’effet miroir créant l’empathie, quel que soit le héros. Il y a toujours quelque chose de l’ordre de l’universalité de notre humanisme qui passe. C’est-à- dire ces hommes et ces femmes nous ressemblent : ils ont des joies, des peines, des espérances, des rêves, des épreuves. Nous nous y reconnaissons. Derrière cette incarnation, il y a une intensité de vie chez ces êtres, qui va sonner comme une invitation pour chacun de nous à vivre la grande aventure humaine.

La vie intense, c’est servir ?
C’est AIMER !

(…)

Voir la suite de l’interview de Frédérique Bedos en page Articles inédits

Pour lire l’article en entier Reflets n° 32 pages 74 à 78

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