Un avenir pour l’écologie

Un avenir pour l’écologie

Christian Roesch

Dans son dernier ouvrage Une Nouvelle Terre, Dominique Bourg présente une magnifique analyse de la situation de la terre aujourd’hui. La notion d’anthropocène est parfaitement claire : notre époque produit des dommages irréversibles pour l’environnement. Si nous ne cessons, la terre deviendra invivable. Les solutions de secours sont illusoires.
Nous retrouvons la même qualité d’analyse chez Delphine Batho  dans Écologie intégrale Le manifeste, dont Dominique Bourg a fait la postface.
L’écologie est éminemment politique mais la politique peut-elle mener à une solution écologique ?

Ce vieux débat date de la fondation de partis écologistes en Europe. Leur inefficacité a été démontrée par leur échec, depuis cinquante ans, à imposer leur approche sur la scène politique. Les alliances à gauche, au centre, à droite, ou séparés, toutes les tentatives n’ont abouti qu’à des succès très limités. La démission de Nicolas Hulot du ministère (d’État) de l’Écologie en est le dernier avatar.
Delphine Batho propose la conquête démocratique et non-violente de « l’écologie intégrale ». Les « Terriens », ceux qui veulent protéger les conditions d’existence de l’humanité, l’emporteraient aux élections sur les « Destructeurs » c’est-à-dire tous les autres
Est-ce une utopie ou une possibilité réaliste ?
Précisons que, dans notre esprit, il n’est pas question de polémiquer sur cette personne ou sur son programme. Elle représente la pensée d’une grande partie des écologistes qui espèrent par leurs actions citoyennes et le relais politique pouvoir changer le système capitaliste en France, en Europe et dans le monde. Nous nous interrogeons sur la faisabilité d’un tel projet aussi alléchant pour la sauvegarde de la planète et de TOUS ses habitants.
Notre scepticisme provient de notre expérience spirituelle et de la connaissance de la biologie intérieure humaine qu’elle procure. L’homme n’est pas que terrien : sa dimension divine est le vrai moteur de son évolution. Qui ne souhaite être mieux aimé et mieux aimant ? Lorsque cette quête n’est pas première, les combats – même les plus humanistes – se coupent de la vie intérieure garante de la vérité, de la justice, de la paix.
Ainsi classer les individus en deux catégories, les « Terriens » et les « Destructeurs » crée une opposition frontale dangereuse ayant pour conséquence d’induire la guerre d’un camp contre l’autre. Comment imaginer que la guerre apporte une solution durable ? Elle vient en contradiction avec l’idée d’écologie intégrale démocratique non-violente. De plus, cette solution est impossible, car cette dualité destructeur-protecteur est en chacun de nous. Nous y reviendrons, mais essayons d’abord de comprendre la nature humaine qui va avec la démocratie.
La démocratie est un modèle sociétal qui régit les nations. Il a été rendu possible depuis que les humains ont acquis une personnalité, c’est-à-dire un ego qui différencie chacun de son voisin. Elle s’essaie chez les Grecs. Être citoyen de la cité nécessite d’y être né depuis des générations, d’être du sexe masculin, d’y posséder des biens, pour participer à la vie politique selon le principe : un homme, une voix.
Les Romains l’ont amplifiée. Le droit, l’accès plus facile à la citoyenneté, sa dimension mondiale ont préparé la démocratie moderne du XVIIIe siècle.
Celle-ci est toujours fondée sur le fonctionnement de l’ego, egocentrique par définition. Ce plan de conscience régi par la personnalité, nommons-le : MOI .
Avoir un rôle social reconnu par le fait d’avoir un nom provenant d’une lignée, un prénom qui m’identifie, une adresse, un métier. C’est l’avoir – même restreint – qui donne accès au statut de citoyen et au rôle d’électeur.
– Les critères communs de l’ego signent l’appartenance à un groupe, une collectivité, une nation. Cette conscience d’appartenir à un groupe, appelons-la : NOUS.
Exemple de groupe : les confréries de métier ; de collectivité : les habitants d’un quartier, d’une province avec ses coutumes, d’une nation régie par les mêmes lois.
– Les critères individuels de l’ego manifestent que : moi j’existe à l’intérieur de ce groupe, différent du voisin, avec une personnalité. Et mon groupe doit être différent des autres groupes. MA famille, MON quartier, MON club, MON clan, MON pays, etc.
C’est la base intérieure humaine du système politique de la démocratie. L’État régule les rapports entre l’individu et la collectivité (entre MOI et NOUS).

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages  14 à 17