Le Projet Imagine, une ampleur mondiale, Frédérique BEDOS

Le  Projet Imagine,
une ampleur mondiale

 Frédérique BEDOS

REFLETS : Comment fonctionne le Projet Imagine?
Les programmes d’accompagnement fonctionnent comme une boîte à outils. Ils agissent sur la durée et vont accompagner le citoyen quel que soit l’endroit où il est. Le programme le plus mature aujourd’hui, c’est celui pour les écoles, implanté depuis trois ans. Une école découvre nos films et souhaite inculquer à leurs élèves les valeurs qui y sont transmises. Grâce à un kit pédagogique clés en main, nous formons les professeurs à son utilisation. Ils donnent l’opportunité aux élèves d’avoir un atelier Imagine une heure et demie par semaine tout au long de l’année. Les kits pédagogiques proposent trois phases. La phase d’inspiration, d’abord, dans laquelle nous leur faisons découvrir cet univers et proposons des exercices de découverte de soi : Qui suis-je ? Qu’est-ce qui m’habite profondément ? Découverte de l’autre, découverte du vivre ensemble, des choses basiques de l’ordre de notre humanité, tout en étant inspiré par les portraits de nos héros. Sans arrêt, ils vont mettre des mots sur leurs émotions. Les élèves finissent par dire : « On ne se connaissait pas en fait ; dans la cour de récré, on se parlait de tout et de n’importe quoi, et là maintenant, on commence à se connaître. » Forts de cette connaissance, ils passent dans la deuxième phase, « conduite de projet », parce que, peu à peu, ils vont identifier le type de cause vers lequel ils se sentent attirés : les SDF, les animaux, le développement durable, etc. Grâce aux souhaits reçus, nous recherchons, autour de l’école, les associations qui correspondent à leurs critères. Cela permet aussi de recréer du lien social, en se rencontrant. Ils vont pouvoir mieux toucher du doigt la réalité de terrain. Ils se mettent ensuite en mode « conduite du projet » avec la méthodologie que nous avons mise en place, très rassurante pour les professeurs – même eux montent en compétence. Peu à peu, le projet solidaire se crée, et la troisième phase consiste à le mettre en place. Ainsi, avant la fin de l’année, tous auront goûté à la joie de l’engagement et à celle de se sentir utiles. Et c’est comme ça que se crée la vraie génération des citoyens de demain, pleinement responsables, qui ont conscience qu’ils ont un rôle précieux à jouer dans la société. Des racines sont créées. Les outils utilisés permettent cette introspection, ce voyage intérieur. C’est comme ça que nous pouvons amener un changement durable dans la société.

Commencez-vous à en percevoir les résultats ?
Année après année, nous avons testé le programme « écoles » de façon plus large dans des types d’établissement différents au nombre de dix-neuf aujourd’hui. Nous avons les projets des élèves, les progrès qui ont été faits, même ceux des professeurs. Nous avons remarqué chez eux une baisse du taux d’absentéisme. Certains, qui étaient timides, se sentent mieux ; d’autres étaient à la limite du burn-out. Nous ne faisons pas à leur place. Nous travaillons ensemble et tout le monde progresse. Les professeurs vivent l’aventure avec leurs élèves. C’est totalement autre chose. Nous, nous mettons en lumière, avec toute notre authenticité, ces histoires incarnées. C’est un état d’esprit. Nous ne faisons pas la morale, tout comme nos films. Mais ces hommes et ces femmes vivent leur message et viennent vous toucher en plein cœur. La morale, c’est détestable. Vous avez déjà vu Jésus faire la morale à quelqu’un ? Il les aime, point.

Avez-vous beaucoup de personnes autour de vous pour vous accompagner dans ces programmes ?
Oui, mais j’aimerais en avoir bien plus. J’ai une bonne équipe, mais aujourd’hui, nous sommes en souffrance en étant dans ce moment très difficile du changement d’échelle. Le Projet Imagine vit un paradoxe : comme il a choisi le secteur des médias, nous bénéficions d’une énorme visibilité. Nous sommes vus par des dizaines de millions de gens dans le monde, donc on se retrouve avec énormément d’attentes, d’opportunités à saisir, alors que ni nos moyens ni les dons n’ont été démultipliés. L’équipe est en sous-effectif et je dirais même aussi en sous-compétence ; il faudrait engager des profils de plus haut niveau. Tout cela représente de l’argent. Nous sommes dans un moment très difficile, donc n’hésitez pas à prier pour moi ! Dans nos programmes « écoles », j’ai des membres partout dans le monde. Je ne fais pas les choses « à l’industrielle ». Il y a un suivi très proche, et donc il faut engager des gens. Nous avons réussi à faire un modèle qui nous permet d’être très efficaces, comme le fait de s’appuyer sur les professeurs. Et il est très important pour moi de rester avec ce lien humain très fort.

En ce qui concerne le programme des prisons, les détenus passent les trois quarts du temps devant la télé. Qu’est-ce qu’ils regardent ? des serial killers. C’est scandaleux ! L’idée là aussi est d’amener nos films avec nos méthodologies, parce qu’en réalité, si nous pouvons réveiller l’idéalisme des détenus, ils vont être de belles personnes en sortant. Il faut réveiller cet humanisme. Et puis, nous avons un kit, entre le programme « écoles » et le programme « prisons », destiné aux jeunes délinquants qui sont en centre fermé. Il faut les rattraper, ce n’est pas foutu. Le Projet Imagine répond à des problématiques d’une modernité absolue. Il tacle, sans avoir l’air, toutes les racines qui mènent vers la radicalisation et le terrorisme. Je me rends compte que j’ai fait les choses avec intuition. Nous sommes reconnus par les Nations unies, du coup, de grosses études sont faites sur nous. Nous sommes observés. En juin dernier, les deux comités onusiens à New York, en charge de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation, ont organisé une conférence à huis clos pour que je vienne leur parler du Projet Imagine. J’étais un peu étonnée, et j’ai découvert que bien sûr nous répondions à cela. Le Projet Imagine est très politique, mais dans le sens noble du terme. Il parle de la vie de la cité et du rôle que chacun y joue en tant que citoyen. Il devient de plus en plus difficile de faire nation et nous le voyons bien en France. Ce qui permet de faire nation, c’est justement, alors que nous sommes tous très différents, de se retrouver dans une histoire commune, qui nous donne envie de faire destin commun, avec un socle de valeurs communes. Or, aujourd’hui, cette histoire est tellement abîmée par les médias que personne n’a envie de s’y projeter. Nous, film après film, retravaillons la beauté de l’histoire de la manière la plus authentique possible, puisque ça passe par des hommes et des femmes qui vivent ce message-là. Nous donnons à nouveau envie de faire destin commun. Il n’y a plus d’espace de dialogue où on peut se parler de façon apaisée. Alors nous nous retrouvons dans des sociétés très morcelées où, peu à peu, ça se radicalise. Cela ne va pas forcément jusqu’au djihadisme, mais le dialogue est rompu. Nos programmes apportent des espaces de dialogue apaisé qui permettent de sortir de ces racines-là pour recréer le lien. Il devient sérieusement urgent, dans les médias, de s’interroger sur les messages et les images à disséminer à grande échelle partout dans le monde, et d’en voir les conséquences. Pour moi, il n’y a pas de doute : c’est parler d’amour. La réalité est que sans confiance tu ne peux rien bâtir. Il va donc falloir retrouver le chemin de l’espérance et de la confiance. C’est ce chemin-là que nous essayons d’éclairer. Jean Vanier, dans le film, est lui et il apprend sans cesse, encore plus profondément, à être lui. Il était chrétien catholique. Il ne s’est jamais renié et il était de plus en plus dans cette ouverture à l’autre qui fait que, même athée, musulman, je peux t’aimer et je peux recevoir ton amour. C’est cela être chrétien. Jésus n’était pas chrétien. C’est que de l’amour !

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