Vers la conscience

 

LA CONSCIENCE, PIERRE D’ACHOPPEMENT DE LA SCIENCE

 Rencontre avec Emmanuel RANSFORD

Chercheur indépendant, avec une formation de physicien et aussi d’économiste spécialiste de la mécanique quantique, il s’interroge sur les étrangetés des systèmes quantiques. Avec des hypothèses audacieuses, il propose un modèle de la réalité qui se démarque du matérialisme.

D’où vient votre curiosité ?

D’une part, en étudiant la physique quantique. Comme tant d’autres, j’ai constaté qu’elle dit sur l’atome et l’électron des choses quasi insensées, qui choquent l’intuition. Pour faire sens, elle doit être interprétée. Il existe plusieurs interprétations officielles, mais je ne les ai pas trouvées pleinement convaincantes. Cela m’a incité à creuser, pour comprendre vraiment. La conscience et plus précisément, le mystère du cerveau conscient aiguisa aussi ma curiosité. Je n’ai jamais cru aux habituelles explications matérialistes.
Au lieu de cela, je me suis dit que si la conscience provient d’une dimension immatérielle, que je nommerai le psychisme, alors le dialogue sensori-moteur en vigueur chez l’animal et chez l’homme montre que ce psychisme peut dialoguer avec la matière. Ce dialogue, qui est un jeu d’interactions entre la matière et le psychisme, est à double sens puisque la matière impacte le psychisme en mode sensoriel tandis que le psychisme impacte la matière en mode moteur. Mon idée était que la matière devait porter les marques de sa capacité à interagir avec le psychisme. Et, si l’on ignore ou rejette ce psychisme, on ne peut alors pas comprendre ces marques, ni ce qui se passe. J’y voyais une cause possible de notre incapacité à comprendre le monde quantique.

Une part d’émerveillement donnerait-elle un sens à l’univers ?

Le merveilleux existe partout et à tous les niveaux. Il nous entoure, mais souvent nous ne le voyons plus. Pour le voir derrière la banalité du quotidien, il faut garder son âme d’enfant ! De façon plus  abstraite, la physique montre que la nature invente des choses extraordinaires pour concilier richesse et cohérence. Car la nature a horreur de la contradiction, bien plus que du vide ! Pour l’éviter, elle se montre incroyablement créative. Elle produit par exemple la masse relativiste, qui permet aux objets matériels d’acquérir des vitesses variables. Sans cette masse, qui varie avec la vitesse, la cohérence du monde imposerait à toutes les particules de l’univers une vitesse constante, à l’instar des photons qui en permanence courent à la vitesse de la lumière. Un tel univers serait pauvre et sans intérêt ! Il serait stérile et sans vie. D’autres grands mécanismes de protection de la cohérence de la nature sont à l’œuvre dans le monde quantique, qui est notamment celui de l’électron et de l’atome. Ils sont d’une part le saut quantique, et d’autre part l’intrication ou la non-séparabilité. Ces propriétés paraissent folles et contraires au bon sens. Nul ne les comprend ! En fait, elles permettent à la nature d’éviter la contradiction. C’est, je crois, la clef. Outre cela, elles permettent d’aborder la question du cerveau conscient sous un angle que je crois très prometteur. C’est ce que je montre dans mes livres.

Le fait que la nature trouve des solutions ne montre-t-il pas justement qu’elle est évolutive ? À problèmes nouveaux, solutions nouvelles ?

La  nature  invente  des  solutions  intelligentes  à  des problèmes  qui  paraissent  quasi  insolubles.  Je  serais presque  tenté  de  dire  que  la  nature  semble  mue  par une  fantastique  intelligence.  C’est  même  du  génie  ! Chaque fois que sa cohérence est en danger, elle crée du nouveau : elle est évolutive. C’est fabuleux, et ça pourrait suggérer de nouvelles pistes de recherche en physique. Il s’agirait de coincer la nature dans des incohérences, de l’acculer au pied du mur, pour voir ce qui se passe ! On est certain qu’elle s’en sortirait, et l’on découvrirait comment.

Pour vous, quel sens cela donne-t-il à l’univers ?

Dans ma quête du sens, je m’appuie sur une réflexion qui jongle avec des concepts un peu abstraits. Cela m’a conduit vers ce que j’appelle l’ur-causalité. À ce propos, ma compréhension de la physique repose sur ces deux notions : l’exo-causalité, qui désigne toute loi causale subie, car imposée de l’extérieur. Elle est donc non modifiable: je lâche mon stylo, il tombe forcément. L’exo-causalité, c’est donc le déterminisme. Tout simplement. l’endo-causalité, qui consiste à pouvoir choisir ses actes et à prendre des décisions. Elle rend les choses imprévisibles : tant que je ne l’ai pas décidé, nul  ne sait  si je vais tourner ma tête à gauche ou à droite univers surabondants ! Je rappelle au passage que rejeter dogmatiquement, sans la moindre preuve, l’éventualité d’une création divine est une attitude irrationnelle et anti-scientifique.

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 Page 59 à 63

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