Jeunes du voyage

Jeunes du voyage

Interview de Catherine Huguel par Laurence Maillard

Catherine Huguel est présidente de l’ASEV88, Association pour l’accompagnement à la Scolarisation des Enfants du Voyage des Vosges. Pour venir en aide à cette population en marge de notre société, plusieurs activités sont proposées dont l’apprentissage de la lecture, l’accompagnement des ados aux cours par correspondance et l’aide à la scolarisation. Trois jeunes bénévoles l’entourent pour l’aider dans sa tâche.

Qu’est-ce qui a motivé la création de votre association ?
Je suis enseignante spécialisée « enfants du voyage » depuis une quinzaine d’années. Au départ, je m’occupais des élèves de maternelle et du primaire. La plupart des familles ne souhaitant pas que leurs enfants aillent ensuite au collège – pensant que c’est un lieu de perdition, sans surveillance, où on trouve de la drogue – elles me sollicitaient alors pour accompagner leurs enfants avec des cours du CNED par correspondance. Par manque de temps, je refusais. Et puis un jour, une maman m’a demandé à nouveau pour sa fille qu’elle avait retirée du collège suite à une altercation avec un professeur. Cette maman m’a touchée par sa détresse et sa volonté de scolariser à tout prix ses enfants. Je connaissais sa fille que j’avais eue en primaire. Elle était brillante et je trouvais dommage qu’elle ne continue pas ses études. Alors j’ai accepté. Petit à petit le bouche-à-oreille a fait ses effets, et chaque semaine, un nouvel enfant souhaitait suivre cet accompagnement. J’ai donc créé l’association pour me mettre en légitimité d’une part, et pouvoir demander des subventions d’autre part.

Au niveau de la scolarité, quels problèmes rencontrent ces jeunes ?
Tout d’abord le voyage reste une idéologie, c’est-à- dire que même sédentarisé, le jeune se considère toujours comme voyageur. Quand les familles bougent, les jeunes sont très peu scolarisés car les familles montrent une certaine méfiance vis-à-vis des écoles qu’ils ne connaissent pas. Il peut arriver aussi que certains établissements refusent de les accueillir pour quelques semaines seulement ; soit l’inscription a lieu en force en passant par la Direction des services académiques de l’Éducation nationale, soit les familles baissent les bras. Et puis il y a un grand décalage par rapport aux autres enfants. Un jour, pour un vol mineur, genre paquet de bonbons, la gendarmerie a été convoquée à l’école. L’enfant a été humilié devant tout l’établissement. Le premier contact avec les forces de l’ordre n’a pas été une réussite. Ce jeune devenu adulte aujourd’hui est toujours en grande difficulté, étant en prison à l’heure actuelle. Certes, c’est une population difficile à gérer : les enfants viennent, partent, reviennent et repartent. Leur scolarisation a été et reste encore complexe et variable d’un établissement à l’autre.

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Êtes-vous aidée dans votre mission ?
Oui, par trois jeunes gens, âgés de vingt-huit à trente ans, que j’ai connus par l’intermédiaire de l’association France Bénévolat à laquelle ils s’étaient inscrits. Il y avait donc un désir de leur part d’apporter une aide quelle qu’elle soit, ce qui est déjà remarquable. On s’attend davantage à avoir une offre d’aide de la part de personnes retraitées. J’en ai eu une d’ailleurs mais qui n’a pas continué. Ces trois jeunes, en revanche, sont là depuis deux à quatre ans.

Ces bénévoles sont-ils dans d’autres associations humanitaires ?
Oui. Je sens chez eux une grande maturité déjà, malgré leur âge. Et leur métier d’ailleurs reflète ce qui les porte : le rapport à l’humain, le domaine social. Je pense que ce n’est pas un hasard. Leur histoire personnelle doit les conduire à s’intéresser si tôt aux autres.

Qu’est-ce qui explique à votre avis cette envie de rester dans votre association ?
Pour moi, ces bénévoles sont aussi importants que les activités que nous faisons avec les jeunes du voyage. Tout d’abord, je privilégie la souplesse. Ils aident à leur mesure. C’est-à-dire que si l’un ne peut pas venir m’aider un jour, eh bien, il ne vient pas. Il n’y a aucune obligation, de la même façon qu’il n’y en a aucune pour les jeunes du voyage. Parfois ils ne viennent pas au cours. Nous ne savons jamais à l’avance le nombre qu’ils seront. D’autre part comme ces bénévoles sont jeunes, des liens se tissent plus facilement avec les ados du voyage. Ils sont un peu leurs grands frères et sœurs. Et puis j’ai mis en place des temps conviviaux rien qu’avec eux. Nous échangeons, partageons nos sentiments sur la manière dont s’est passé le cours. Ils se sentent investis au même titre que moi. Nous nous posons des questions sur ce qui pourrait être amélioré comme, par exemple, ce que nous pourrions faire par rapport à l’entrée au collège ou comment traiter au mieux les débordements qui ont pu avoir lieu durant le cours. Ce sont des moments aussi où nous rions. De plus, ils osent même se confier et faire part de leurs difficultés dans leur vie. Ayant fait un travail sur moi-même, j’ai quelques « tuyaux » à leur transmettre.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 pages 56 à 58

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