La mer modèle de vie

François Sarano est docteur en océanographie, plongeur professionnel, ancien conseiller scientifique du commandant Cousteau, coscénariste avec Jacques Perrin du film Océans. Cofondateur de l’association Longitude 181 Nature dont l’objectif est la protection du milieu marin et le partage équitable de ses ressources, il a notamment coécrit avec Véronique, son épouse, deux livres témoignant d’un autre regard sur la Libye.
Il anime régulièrement des conférences grand public en entreprises et collectivités, sensibilisant à la beauté du monde sauvage et à la nécessité de le respecter pour un développement plus juste de l’humanité.

Que vous reste-t-il des treize années d’expérience avec La Calypso ?

Mais ce que je suis aujourd’hui ! Cela m’a construit complètement. Et beaucoup de souvenirs, d’amitiés, l’esprit d’équipe. Et surtout l’idée d’aller  sans a priori à l’écoute du monde et de l’autre, cerveau vide et oreilles ouvertes. J’ai envie de découvrir ce que je vais découvrir, disait Cousteau. Ne pas imaginer avant pour ne pas biaiser la rencontre. Oublier la préparation du voyage au moment de la rencontre. Cousteau pensait que c’était la foi dans «tout est possible » qui rendait les choses possibles.

Votre connaissance du monde marin a-t-elle modifié votre vision du monde ?

C’est ma méconnaissance du monde marin qui a modifié ma perception du monde ! Je mesure toute l’ignorance de ces merveilles qui font cette planète, les dégâts et agressions que nous y faisons, ce que notre développement mal contrôlé inflige à notre maison commune de dix milliards d’habitants. La rencontre avec les grands animaux sauvages change complètement l’appréhension  du  monde et des autres, car elle est obligatoirement vraie,  authentique. Avec un cachalot, je ne peux pas tricher. Cette pureté de rencontre permet de réfléchir à la relation à l’autre, qu’il soit animal ou humain. Si je peux tenter de comprendre le cachalot qui est si loin de moi, je peux faire de même avec celui qui a une religion ou une tradition différente. L’important est l’effort à la compréhension de l’autre quelle que soit la difficulté. C’est magique et paisible.

La jungle ne capitalise pas

Cette ligne d’union ou de partage, ténue et fragile, nous devrions la rechercher avec toutes les créatures vivantes. La vision de notre nature est lue dans nos écoles à travers le prisme d’une culture judéo-chrétienne très forte qui met l’homme comme projet de l’évolution. Quand on regarde la nature sans a priori, on voit l’homme sur l’arbre des créatures vivantes, merveilleusement et juste différent des autres. Comme il n’y a pas de sommet, on fait plus attention aux autres, étant au milieu et à l’égal des autres. On se sent moins le droit d’asservir, d’exploiter à outrance, on est plus dans le respect. La compétition et la « loi de la jungle » dont on parle sont mal comprises. La loi de la jungle, c’est quand on a satisfait l’essentiel : on dort, on joue, on fait l’amour… La jungle ne capitalise pas. Quant à la sélection naturelle : c’est l’opposé de ce qu’on nous raconte.  Elle  ne  retient  pas  le  meilleur. Elle retient TOUT ! (Il s’emballe). Regardez autour de vous, il y a tout et son contraire ! C’est la générosité même.
On nous dit que les prédateurs servent à réguler les proies dégénérées et malades. Ce qui régule, ce sont les bactéries, les intempéries, la nourriture. Cela se fait toujours de bas en haut. Ce ne sont pas les lions qui régulent les gazelles. C’est le contraire. Et que deviendraient les orques  qui eux n’ont pas de prédateurs ? Ce sont les otaries qui régulent les orques. Les livres de sciences naturelles nous disent : « Dans ce monde de compétition, seulement dans les mâles les plus forts naissent les gênes les  meilleurs. Sinon nous aurions des races de dégénérés. » On sait qu’une grande partie du monde vivant se reproduit sans sexualité. Et  même en cas d’accouplement, il est démontré que ce n’est pas forcément le mâle dominant qui donne ses gênes. Ces histoires machistes ne laissent pas beaucoup de place à la femelle ! Seulement parce qu’un homme, un jour, a voulu justifier sa position du plus fort et les exactions humaines.

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n°29 pages 23 à 28

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