Christian Bobin, La poésie, une contemplation,

Christian Bobin,
La poésie, une contemplation

Christian Bobin , nous l’avions rencontré , chez lui, voici plusieurs années (Reflets n° 14). Aujourd’hui, il nous répond de sa belle écriture qu’il n’est aps disponible pour une interview. Cependant à sa lettre, il nous joint son dernier recueil Le plâtrier siffleur, Ed POESIS, qui répond largement à nos questions. Christian Bobin nous autorise à publier des extraits, ce dont nous usons largement avec reconnaissance.

EXTRAIT DU PLÂTRIER SIFFLEUR…

Je crois qu’habiter poétiquement le monde, c’est l’habiter aussi et d’abord en contemplatif. Contempler est une manière de prendre soin. C’est casser tout ce qui en nous ressemble à une avidité, mais aussi à une attente ou un projet. Regarder et s’émouvoir de l’absence de différence entre ce qui est en face et nous. J’ai là sous les yeux, dans cette forêt, quelque chose qui est beaucoup plus riche que tout ce qu’un musée ne pourra jamais s’offrir. Dans l’ordre, un peu de mousse, un peu plus loin des ronces, une fougère que le soleil traverse comme un vitrail. Cette fougère est sainte par sa mortalité, par sa fragilité, par le fait qu’elle va connaître le dépérissement. Que faire de mieux que de saluer ceux qui sont dans le passage avec nous ? Ce serait beau de bâtir toute une conversation autour de cette fougère… Le monde est rempli de visons qui attendent des yeux. Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux. Qui la voit cette petite fougère prise dans une branche épineuse ? Le vent la connaît, le vent lui parle.
La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyperpuissante. Et pour une raison très simple, c’est que les techniques nous facilitent la vie apparemment. Mais c’est un dogme d’aujourd’hui qu’on ait la vie facilitée. Qui a dit que la vie devait être facile et pratique ?
Est-ce qu’aimer c’est pratique ? Est-ce que souffrir, est-ce qu’espérer c’est pratique ? La technique nous éloigne de ces choses-là, et fait grandir une lèpre d’irréel qui envahit silencieusement le monde.
La contemplation, ce qu’on appelle la poésie, c’est le contraire précisément.

( …)

 

C’est peut-être ça d’ailleurs la vertu de la poésie, tendre le langage au maximum. Mais il y a un moment où chacun est obligé de comprendre d’une autre manière que par la compréhension analytique. Il faut peut-être comprendre par l’arrière de la tête, ou par ses yeux, ou par l’enfant qu’on était. Mais surtout ne pas comprendre par l’adulte qu’on se croit tenu d’être.
Il me semble que la poésie est comme une explication, mais qui n’explique rien. Elle est comme une science, elle est la seule science qui ne maltraite pas son objet. Peut-être parce qu’elle ne le traite pas en objet, justement. La poésie entre dans le monde comme dans une maison amie, elle révèle l’objet, elle l’amène à se révéler, elle ne le force pas.

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 pages 33 à 35

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