Fake news, une lutte inégale

Fake news, une lutte inégale

Pierre Sabanier

Qu’est-ce qu’une fake news ?
C’est une fausse information diffusée sur le Net. Cette notion a été mise en avant lors de l’élection de Donald Trump à la présidence. De fausses informations semblant provenir de Russie auraient interféré sur les résultats. Trump lui-même a beaucoup utilisé ce terme le rendant populaire.

À quoi sert une fake news ?
D’abord elle a un but économique : vendre son produit. Mais ce qui est typique d’Internet, c’est l’utilisation du système. Il existe des « fermes » à fake news, ou contenus sponsorisés, écrivant à la chaîne de fausses nouvelles rémunérées par les clics et les like. Si bien qu’il existe aussi des fermes à clics !
Le modèle Internet au départ avait un but démocratique. N’importe qui pouvait s’exprimer, partager une nouvelle, la commenter. Le modèle économique des GAFA a pris le dessus. L’activité est rémunérée. Évidemment, plus elle est importante, plus elle rapporte. Cette activité enrichit les algorithmes. Nous sommes tous fichés, surveillés et ciblés afin que les contenus sponsorisés aillent au bon destinataire. Nous sommes devenus la marchandise avec une valeur marchande, et vendus à notre insu aux marchands qui ont quelque chose à nous vendre. Vous suivez ?
La fake news a également un but politique : puisque nous sommes si bien ciblés, nous intéressons aussi le monde politique pour influencer nos votes. La technique et les outils sont les mêmes. On nous dégoûte de ceci, on nous fait adhérer à cela de façon très personnalisée.

La loi de fiabilité et de confiance de l’information, voulue par le président Macron, peut-elle lutter contre ce système ?
La proposition de loi déposée par le député Richard Ferrand à l’Assemblée nationale le 21 mars 2018 et renvoyée en commission ne changera rien sur le fond. En période électorale seulement, la surveillance sera renforcée pour l’actualité politique. Les juges pourront faire cesser, sous quarante-huit heures, la diffusion d’informations jugées fausses, jusqu’à faire supprimer le compte initiateur. Comment, en un délai si court, juger de l’authenticité d’une nouvelle ? Quid de la liberté d’expression ? Lutter contre les excès sera donc possible, mais sur les principes, rien de nouveau.
Le modèle économique repose sur la mise en relation des personnes ayant les mêmes centres d’intérêt.
Prenons un exemple : il est interdit de faire de la propagande pour le racisme et de tenir des propos racistes. Mais on ne peut pas interdire d’avoir des pensées racistes. Par les algorithmes, ces personnes sont regroupées. Il n’est pas interdit de leur envoyer préférentiellement les actes délictueux qui peuvent alimenter leur point de vue, du genre : « Un assassinat sordide a été commis par une personne d’origine africaine… ». Les sous-entendus suffisent.
Le discernement est difficile.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 page 12