Les deux morts, Christian Roesch

Les deux morts

Christian Roesch

Qui n’a pas peur de la mort ?
Il est normal que, face à l’inconnu, nous soyons anxieux. Cependant, ne pas la redouter est possible. Nous avons de nombreux exemples de héros et de saints qui étaient sereins à cet instant. Quid de l’homme ordinaire, vous ? moi ? Quelles sont les conditions – autres que l’inconscience – pour y arriver ?
Parmi ceux qui ont approché la mort de près à cause de maladies graves ou d’accidents, certains ont aperçu que c’était un passage. Ils ne l’ont pas franchi, mais pour eux désormais, ce n’est plus totalement l’inconnu. Beaucoup d’entre eux, et j’en fais partie, ont ressenti l’amour qui nous attend. Parce que nous avons goûté à cet amour, la mort cesse d’être terrifiante. Il est le même que celui qui nous baignait avant l’incarnation. La différence est dans sa perception car elle est enrichie de l’expérience terrestre.

C’est un passage. Dès qu’il est franchi, arrive le moment du bilan. Qu’avons-nous fait de notre vie terrestre ?
Ce bilan peut être comparé à un examen de passage, à l’image d’un examen scolaire : celui qui a « bien travaillé » peut se présenter assez serein. Que signifie « avoir bien travaillé » dans une existence ? Il est assez facile de répondre : avoir tenté d’être meilleur, en dépassant parfois nos comportements égoïstes. Avons-nous allégé la terre et nous-mêmes par nos actes d’amour ? Ou l’avons-nous alourdie comme nous-mêmes par nos réactions égocentriques ?
La suite n’est pas identique. L’amour divin implique la justesse. Nous comprenons facilement que les « premiers de la classe » ne soient pas, après le passage, au même endroit que ceux qui ont juste la moyenne et que ceux qui en sont loin. Allégé ou alourdi ne donne pas la même hauteur. Nous comprenons cela si nous croyons à la Vie éternelle.
Pour ceux qui n’y croient pas et qui n’ont pas essayé d’être meilleurs, ce qui arrive alors est peut-être conforme à leur point de vue : c’est la fin de la vie et par conséquent, la mort de l’âme. C’est bien plus grave que la mort physique, c’est ce que l’Apocalypse de saint Jean appelle la seconde mort.
Songeons que l’âme est née au début de la Vie, éclatement du feu du big bang ; elle a traversé les phases de transformation de l’univers en gaz, puis en atomes devenant étoiles remodelées constamment. La science sait que les atomes ont été formés dans des étoiles voici quelques milliards d’années. Presque toute la table de Mendeleïev, depuis l’hélium et l’hydrogène jusqu’aux atomes les plus récents, s’est construite dans une aventure palpitante. Imaginons que notre âme ait assisté, voire participé à ce jeu de construction de l’univers. Puis le système solaire fut prêt avec son équilibre de planètes jusqu’à ce que la Terre soit mûre pour accueillir la vie matérialisée. D’abord la vie minérale puis la vie végétale et animale, et enfin la vie humaine accueillant une âme ayant évolué en parallèle. L’homme primitif d’abord : de l’australopithèque à Homo sapiens puis à l’homme moderne. Et aujourd’hui, des âmes sont dignes de s’incorporer dans un corps d’homme du XXIe siècle dans une situation particulière du monde. Songeons à tout ce que l’âme incarnée dans notre corps a traversé pour arriver à un nom et un prénom, à une personne unique. Cette unicité nous rend capables aujourd’hui de commencer à donner consciemment de l’amour tellement cette âme est prête. Mutation de l’homme créé à l’homme créateur. En donnant, en nous donnant, nous prenons les attributs de Dieu. Ainsi nous commençons à retourner à Dieu consciemment. Celui qui était, celui qui est, celui qui sera. L’âme de chacun est un miracle puisqu’elle est le fruit d’une activité incessante si ancienne, si prodigieuse. Chaque âme est tellement précieuse, riche de tout ce passé et riche du potentiel de devenir Dieu, réunie aux autres âmes. Née de Dieu, éloignée de Dieu pour prendre conscience d’elle-même et retour à Dieu riche de ce parcours. Naître dans le monde moderne signifie une certaine maturité pour progresser en conscience en aidant les âmes autour de nous, quel que soit leur stade d’évolution.

Mais notre âme est fragile
car elle a acquis
le pouvoir de se détruire

La mort de l’âme ! La seconde mort est la fin de cette aventure inimaginable. Tuer son âme est le plus grand crime possible. Tuer cette Vie éternelle…

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets  n°27 pages 34 à 35