Idoles des jeunes

Idoles des jeunes

Christian Geniller
Christian Roesch

Samedi 9 décembre 2017, fin de matinée, des centaines de milliers d’individus, sur les Champs-Elysées. Une allure de défilé du 14  juillet. Un convoi limité à sept cents bikers pour des raisons de sécurité par la préfecture de police, brassard noir au bras, escorte le corps de Johnny Halliday pour le dernier hommage en l’église de la Madeleine. Ils auraient pu être des centaines de plus. Des chants qui résonnent tout au long. Celui qui chantait au début de carrière : « …et l’on m’appelle l’idole des jeunes, il y en a même qui m’envient… »  n’est plus.

Un long hommage à l’extérieur de la Madeleine de notre président de la République précède la cérémonie. Dans l’église, la présence des trois derniers présidents français, accompagnés d’une pléthore d’artistes, amis de la famille. Des funérailles dignes d’un chef d’État et même plus.Le peuple vénère ses idoles. Il a besoin d’admirer et de se projeter dans des hommes ou femmes hors du commun. Johnny avait un pouvoir de séduction certain, une gestuelle sur scène fascinante, une voix puissante, captivante. Il a su s’entourer de musiciens, de paroliers, de compositeurs de qualité qui ont fait le succès de ses chansons. Mais était-il un modèle de vie ?
En l’espace de quatre mois, la France a enterré une idole et s’en est trouvé une autre. Début août 2017, la tour Eiffel était illuminée aux couleurs du Paris Saint-Germain avec cette inscription hallucinante : « Bienvenue à Neymar » ; Paris accueillait son nouveau dieu du football. Bien sûr, Neymar est un remarquable joueur de football doué d’une technicité et agilité hors norme, un garçon charmant, mais est-il un modèle de vie ? Un modèle d’affaires certainement : la boutique du PSG aura vendu 86 000 maillots de Neymar à plus de cent euros entre début août et fin septembre. Le vendredi 4 août 2017, les 10 000 maillots disponibles de Neymar se sont vendus en seulement six heures ! Neymar, c’est aussi 222 millions d’euros dépensés par le PSG pour le joueur. Selon le magazine SO FOOT, le joueur gagne 82 191 euros par jour soit 3 424 euros de l’heure ou 57 euros par minute. Une paille. « Toutes les filles du Brésil veulent faire l’amour avec Neymar » titre en grand le magazine dans ses pages intérieures. Comme une ode au sexe et à l’argent. Si nous ajoutons la nécessité de se doper pour la performance sportive ou artistique, le triptyque argent, sexe et drogue règne en maître dans le monde de l’idolâtrie. Comment notre civilisation a-t-elle pu en arriver là ?

Un grand retour en arrière dans l’histoire pour comprendre
L’adoration divine est une relation à Dieu très ancienne. Elle consiste à honorer Dieu par la prière (orare en latin veut dire « prier »). Adorer, dans l’Ancien Testament, est indissociable du terme « marcher avec Dieu ». Dès le début de la Bible, l’humanité a eu la possibilité, la liberté de se détourner de Dieu, c’est à- dire de ne pas se tourner vers le bien. Lorsque le peuple hébreu marche avec Dieu, il est prospère. Alors il oublie Dieu, tombe dans la matérialité et dépérit. Dans son malheur, il se souvient de Dieu, se rétablit et… oublie. L’épisode de Moïse avec les Tables de la Loi et le veau d’or est significatif. Pendant qu’il monte sur le mont Sinaï pour prier et recevoir les Tables de la Loi, le peuple hébreu, livré à lui-même, éprouve le besoin de se fabriquer une idole de remplacement. C’est le veau d’or. Les holocaustes et sacrifices terminés, « le peuple s’assit pour manger et pour boire ; puis ils se levèrent pour se divertir » (Ex. 32,6). C’est élégamment parler de beuverie et de fornication. Le triptyque de l’idolâtrie argent-sexe-drogue est déjà là. L’idolâtrie (eidolon = image, en grec) est une projection humaine, l’adoration d’une image à la place du culte rendu à Dieu. La gravité du problème est exprimée par Moïse : les quatre premiers des dix commandements concernent l’adoration et l’idolâtrie. L’apôtre Paul est catégorique sur ce sujet (1 Cor 10) :
• L’adoration de Dieu, c’est choisir de s’élever, de faire le bien.
• L’idolâtrie, c’est convoiter le mal.

Pourquoi les jeunes passent-ils si facilement de l’admiration à l’idolâtrie ?
L’adolescence est un moment capital.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 27 pages 6 à 8