Travailler, est-ce bien nécessaire ?

Travailler, est-ce bien nécessaire ?

Fabienne Autier Lafond

Fabienne Autier-Lafond, docteur en gestion, est professeur-chercheur et doyenne de la faculté EM-Lyon depuis 2016. Elle conçoit et enseigne des séminaires de formation pour étudiants en parcours initial et pour managers en formation continue, en inter ou intra-entreprise. Ses travaux de recherche se centrent sur les stratégies de gestion des ressources humaines des entreprises et les nouveaux enjeux du travail et de la motivation des salariés.

Pourquoi travailler ?
Pour gagner sa vie, répondrez-vous.
Obtenir un salaire est bien le motif premier et central qui nous fait « aller travailler ».
Comme l’a si bien mis en scène une publicité pour La Française des jeux, si nous gagnions un jour une somme d’argent suffisante pour nous mettre à l’abri du besoin, la première décision que nous prendrions serait de dire au revoir à notre travail et à notre patron.
Le travail n’a-t-il alors que cette fonction économique de subsistance dans notre vie d’humain ? Peut-on soutenir que, pendant 40 ou 45 ans, nous nous mettons 7 heures ou plus par jour au service de cette seule finalité ? Au moment où l’allongement de la vie professionnelle point à l’horizon, la question prend toute son acuité. N’y a-t-il pas un autre point de vue possible ? Quel que soit notre métier (manuel ou intellectuel), quel que soit notre rôle (ouvrier, employé ou dirigeant), le travail remplit plusieurs fonctions importantes dans la vie d’un être humain, au-delà de sa fonction économique. Travailler est une activité où l’on apprend. Travailler est une activité où l’on se construit. Travailler est une activité où l’on se mesure : suis-je satisfait ? Ai-je atteint mes rêves de réussite ?|Un projet de recherche récent (Travailler pour quoi faire ? 2016) nous a conduits à préciser les apprentissages que nous réalisons au travail. La vie professionnelle n’est pas linéaire : nous n’y poursuivons pas les mêmes objectifs, ni n’obtenons les mêmes satisfactions selon que nous ayons 25 ans, 35 ans, 45 ans ou 55 ans.

Mais alors, qu’apprend-on au travail tout au long de la vie professionnelle ?
Le premier temps de la vie professionnelle, celui dans lequel on s’engage immédiatement après avoir signé notre premier contrat de travail, est centré sur l’apprentissage des OBLIGATIONS. Les obligations sont les activités attendues de par notre rôle professionnel. Elles constituent notre mandat, ce sur quoi nous devons rendre des comptes à l’organisation qui nous emploie, à nos collègues, mais aussi à nos clients. Que nous soyons infirmière ou médecin, commercial ou financier, artisan ou salarié, nous ne pouvons déroger à nos obligations au risque sinon, de perdre notre travail.
Les obligations sont structurantes. Elles sont le vecteur d’apprentissage des compétences de base de notre métier : sans obligations, sans activités répétitives je n’apprendrais pas mon métier. Elles sont un vecteur de développement de notre endurance : j’apprends à faire et à refaire dans la durée, j’apprends jour après jour à recommencer, adapter mes actions. Elles sont un vecteur de construction du sens des responsabilités : j’apprends à prendre en charge des activités jusqu’au bout, à en être comptable et à en rendre compte.

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Le travail peut donc, en dernière partie de vie professionnelle, devenir un terrain de recherche de nos propres aspirations : parce que nous en maîtrisons bien les tenants et les aboutissants, parce que nous avons acquis des compétences et une reconnaissance de mesure de proposer de nouvelles orientations, de nouveaux buts. Le travail devient alors un terrain possible de recherche de sa propre utilité auprès des autres et du monde, au-delà du seul enjeu productif. Cela peut, par exemple, se traduire par devenir un mentor pour des jeunes professionnels et ainsi transmettre ses compétences à d’autres, proposer un projet qui va faire bouger les lignes d’un métier et permettre une avancée gagnant-gagnant pour les différentes parties prenantes, etc.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 26 pages 44 à 47

 

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