À moto sur les routes de l’Inde

À moto sur les routes de l’Inde

Loïc Terrier et Jonathan Lux

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Pendant 10 mois, au guidon de leurs motos, Loïc Terrier et Jonathan Lux, jeunes photographes professionnels, ont vécu une aventure exceptionnelle en parcourant plus de 13 000 km sur les routes de l’Inde. Partis à la rencontre de couleurs et de traditions d’une diversité incroyable, au plus près des populations locales, ils ont immortalisé la beauté du vivant grâce à plus d’un millier de photographies aujourd’hui exposées à travers la France.
Ils partagent cette expérience émerveillée dans un livre Inde – une aventure humaine de 13 000 km au guidon de nos motos, disponible sur leur boutique en ligne et dans certaines librairies de France. 218 pages ponctuées de récits tirés de leur carnet de voyage et illustrées de plus de 500 photos. Un livre à s’offrir pour s’évader avec eux sur les chemins de leur aventure à moto. Ils ont confié à Reflets des moments et des images de leur parcours.

Une aventure de 10 mois à la découverte d’un continent et d’un peuple Issu d’une amitié née sur les bancs du Lycée, un projet de voyage, direction l’Inde, prend vie en janvier 2015. Après quelques années passées à voyager et travailler à l’étranger chacun de notre côté, il était temps pour nous de partager cette expérience. Pour voler de nos propres ailes en toute liberté, nous décidons de voyager les fesses posées sur la selle d’une moto. Une fois la destination choisie, le billet acheté, nous nous envolons en février 2015 avec pour programme de parcourir le sous-continent indien du sud au nord, en évitant si possible les pluies torrentielles de la mousson. Traverser les vallées tropicales et vertes, sillonner les dunes du désert et franchir les plus hautes routes du monde sur les crêtes de l’Himalaya, guidés par le destin et en oubliant la notion du temps. L’objectif de ce périple était de nous fondre dans la culture et de nous imprégner de la spiritualité du pays, en nous intégrant au cœur des habitants. Découvrir les peuples et capturer des regards, des visages et des expressions, lors d’instants naturels partagés avec les populations locales. Immortaliser la beauté du vivant en photographiant un jour comme un autre, avec pour seul équipement deux motos Yamaha RX 135cc chargées chacune de 25 kg de bagages : une tente et de quoi cuisiner, quelques outils pour les soucis mécaniques, nos sacs à dos remplis de vêtements et de quelques livres, nos appareils photo et la carte du pays pour nous orienter au quotidien.

Comment nous avons su nous sortir d’une situation périlleuse
Après 9 jours de marche, seuls, sur les crêtes des montagnes himalayennes, chargés de nos sacs à dos, de nos tentes et de quelques vivres, nous nous réveillons, au dernier jour de notre trek, au bord de l’eau. L’ancien du village traversé la veille nous a annoncé cinq heures de marche par le col de Stakspila à 5300 mètres, avant de redescendre sur Alchi, petit village situé de l’autre côté du sommet. Après deux heures de marche, les traces disparaissent. Nous voilà seuls dans l’immensité de ces montagnes. Il s’agit de rester confiants en cherchant à deviner les traces laissées par les ânes et les chevaux. Mais personne ne semble avoir emprunté ce chemin depuis bien longtemps. La végétation a laissé place à des coulées gigantesques de roches concassées et émiettées. La pente devant nous est un véritable mur : impossible d’apercevoir le sommet ni même d’être sûrs de la direction que nous empruntons.
À mi-chemin de l’ascension, après déjà cinq heures de lutte, la faim se fait sentir. A court de gaz, nous avalons nos nouilles chinoises crues avant de reprendre l’effort. L’oxygène manque, le sommet reste invisible. Les heures passent et nous avançons par portions de cinq mètres. Finalement, des drapeaux apparaissent : l’acharnement nous a conduits au sommet. Nous jetons nos sacs au sol ; les montagnes répercutent l’écho de notre cri de victoire. Il a fallu six heures d’ascension pour arriver au-dessus des nuages et admirer la vue incroyable qui s’offre à nous.
Après cette montée difficile, la redescente est un enfer : les sacs pèsent, le chemin est complètement absent, effacé par un éboulement d’énormes roches. Lâchés par les piles de notre lampe frontale dans la nuit qui tombe, nous continuons au son de l’eau en suivant la rivière qui dévale en direction
des villages. Incapables de nous diriger dans la nuit noire de ce désert d’altitude, nous plantons la tente à flanc de falaise. Grâce au feu allumé avec les arbres morts charriés par la rivière, nous dégustons enfin un repas chaud. Au petit matin, après une bonne nuit de sommeil et quelques heures de marche supplémentaires, nous rejoignons Alchi. Nous apprenons alors que le chemin emprunté à nos risques et périls était fermé depuis longtemps après les éboulements du sommet de Stakspila.

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Une rencontre fascinante et inoubliable
Le peuple rencontré à travers le pays est humble et accueillant, toujours souriant et avenant, comme en témoigne le récit de notre rencontre avec Azad Guiri.
Pensant nous arrêter pour boire un verre d’eau à une terrasse, nous posons les pieds par hasard dans un temple shivaïte. Azad Guiri, guru et gardien des lieux, turban noué sur la tête, nous accueille avec un grand sourire. Entouré de quelques villageois, il nous offre à boire et un lit pour la nuit. Nous acceptons, conscients d’avoir mis les pieds au bon endroit. Les yeux dans les étoiles, les rires nous emportent, le cercle de gens s’agrandit, les nattes prennent place sur le sol, la nuit tombe. Deux heures après notre arrivée, nous fumons le premier chilom, sorte de pipe dont le cône, taillé dans le marbre, est bourré avec une boule de feuilles de Ganga et de tabac émiettées et humidifiées. La plante est bénie en posant le cône sur le front, avant de s’exclamer “Om Nama Shiva” et d’inspirer profondément. Après quelques bouffées, tout devient plus simple et relaxant au son des flûtes et des chants. Accueillir l’étranger est une tradition et apporte la bénédiction. “Atithi devo bhava” (le visiteur est un dieu). C’est une véritable cérémonie d’accueil qui nous est offerte. Des assiettes sont posées sur le sol, désormais orné de beaux tapis. Puis l’un après l’autre, les hommes présents nous apportent des rations du festin préparé en toute discrétion. Le ventre rempli et les muscles relâchés, nous nous endormons sur des lits de cordes dressés pour l’occasion sous le ciel étoilé, après avoir participé à la prière du soir.

(…)

Qu’a changé en nous cette aventure?

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L’Inde marque par sa simplicité et sa complexité, par une multitude de religions et de croyances dont les règles et les coutumes semblent immuables. Un flux de spiritualité sans fin rythme la vie du peuple indien au quotidien. Nous y avons appris à apprécier la simplicité de l’instant présent, à respecter toutes les croyances et à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 22   pages 18 à 21

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