Protéger la biodiversité

Protéger la biodiversité

Échanges avec Paul WATSON
protecteur activiste des océans

par Augustin Luneau

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Paul Watson est un militant écologiste canadien. Il a fondé en 1977 la Sea Shepherd Conservation Society, organisation non gouvernementale internationale maritime. Elle engage de nombreuses actions pour dénoncer la destruction de la faune marine et la surpêche et sensibiliser le public. Plus particulièrement, Sea Shepherd agit contre la chasse à la baleine, aux phoques, contre la pêche aux requins et contre l’usage des filets dérivants

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager dans la défense des baleines ?
Paul Watson : J’ai été élevé dans un village de pêcheurs de l’Est canadien et j’ai commencé à protéger la vie sauvage dès l’âge de dix ans, quand j’allais libérer les castors des pièges à mâchoire et détruire les pièges par la même occasion. À vingt-quatre ans, je me suis embarqué pour lutter contre la flotte des baleiniers russes, et c’est là que j’ai vu des baleines se faire harponner pour la première fois, en essayant de stopper les harpons. Un grand cachalot, en pleine souffrance après avoir été harponné, a jailli hors de l’eau, risquant de s’abattre sur notre petit bateau, ce qui aurait pu nous tuer ! Quand sa tête est sortie de l’eau, j’ai vu son œil, et ce que j’ai vu dans cet œil a changé ma vie pour toujours. J’y ai vu la compréhension, j’ai vu que le cachalot avait compris que nous étions là pour aider et non pour blesser, et j’ai vu de la pitié, non pour lui mais pour nous qui allions prendre la vie d’un être intelligent, sensible, beau, conscient, et cela sans aucune pitié ni aucune considération, et pour quoi ? Les baleiniers soviétiques tuaient des cachalots pour la graisse et l’huile de spermaceti, une huile précieuse industrielle résistante à haute température et dont l’une des utilisations était la construction de missiles balistiques intercontinentaux. Nous étions en train de tuer ces êtres merveilleux pour faire une arme destinée à l’extermination massive d’êtres humains, et j’ai été frappé par la folie écologique de notre espèce ; depuis ce jour, j’ai dédié ma vie à la défense et à la protection d’autant de baleines, de phoques, de dauphins, de tortues, d’oiseaux et de poissons qu’il m’est possible. Je crois aussi que l’océan est le berceau de la vie sur cette planète, et quand l’océan mourra, nous mourrons tous ; l’océan meurt de la diminution de la biodiversité, de la diminution de l’interdépendance et de la pollution par les plastiques, les produits chimiques, la radioactivité et l’acidification.
Ma vie sert mes clients et mes clients ne sont pas humains. Mes clients sont les citoyens de la mer, du plus petit phytoplancton à la plus grande des baleines.
On a aussi besoin de comprendre que sauver les baleines, par exemple, peut sembler un combat lointain, mais il est en fait très relié à chacune de nos vies. Les humains respirent de l’oxygène. Plus de 60 % de l’oxygène est produit par le phytoplancton dans les océans, et il y a eu une réduction de 40 % des populations de phytoplanctons dans les mers depuis 1950. Pourquoi ? Parce que nous avons réduit les populations de baleines et les baleines produisent la base alimentaire des phytoplanctons avec l’azote et le fer de leurs excréments. Quand on considère qu’une grande baleine bleue seule rejette trois tonnes d’excrément par jour, c’est une grande quantité de nutriments, et cela fait de nos baleines les fermiers de nos océans.

 Où puisez-vous votre courage, d’où vous viennent vos convictions ?
J’ai appris le courage quand je servais dans l’American Indian Movement (AIM) en tant que toubib pendant l’occupation de Wounded Knee dans le Dakota du Sud en 1973. Nous étions largement en sous nombre par rapport aux Forces fédérales américaines qui nous tiraient dessus. J’ai demandé au leader d’AIM, Russell Means, s’il pensait qu’on pouvait gagner avec si peu de chance en notre faveur et contre une telle puissance de feu. Il a répondu « bien sûr que non », mais qu’il se souciait peu des chances de gagner ou de perdre : nous faisions ce que nous faisions car c’était la bonne chose à faire, et donc la seule chose à faire. C’était bien résumé en lakota dans les mots : « hoka hey », ce qui veut dire « c’est un bon jour pour mourir ». Accroche-toi à ce en quoi tu crois et laisse le futur se révéler.
On apprend du passé mais on ne doit pas en rester là. Nous agissons dans le présent et ne nous soucions pas du futur. Nos actions dans le présent déterminent le futur.
Je n’ai pas peur de mourir, car je comprends que mourir fait simplement partie de la vie, et l’un n’existe pas sans l’autre. J’apprécie que le courage soit né de l’amour de la vie. Quand nous vivons et faisons ce qui nous passionne, la peur de la mort n’existe plus. La peur de la mort vient du fait de ne pas vivre la vie qu’on aime.

La planète, et en particulier les océans qui en constituent la majeure partie, est ce que nous en faisons. Quelle nature de l’homme peut produire une telle absence de considération, un tel dérapage ?
Les êtres humains ont des compétences de survie qui nous ont bien servi lorsque nous étions peu nombreux. Une de ces compétences est l’adaptation à la diminution. Malheureusement aujourd’hui, cela nous permet d’oublier ce que nous détruisons, et donc de nous adapter à un écosystème diminué. Nous acceptons la diminution et nous adaptons, ce qui est un problème. Nous préférons accepter moins et oublions ce que nous avions, mais néanmoins nous cherchons des alternatives pour remplacer ce que nous n’avons pas été capables de préserver.

(…)

Quel message concret, quotidien, aimeriez-vous transmettre aux lecteurs de Reflets, leur permettant de mesurer ce qui est de la responsabilité de chacun ?
Chacun de nous a un impact par ce qu’il mange et consomme. Je conseille de manger végétalien, de manger organique, de manger des produits locaux et de n’acheter que ce dont on a besoin.

Pour lire l’article en entier, Reflets n°21 pages 14 à 17