La vie en communauté, solution d’avenir -Christian Roesch

La vie en communauté ne semble concerner qu’une infime minorité. Pourtant elle intéresse beaucoup de monde. Pourquoi ? Parce qu’elle apparaît assez inconsciemment comme une solution d’avenir.

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Pour le moment, elle parle aux jeunes, étudiants et travailleurs qui se groupent en colocation, pour des motifs économiques et pratiques. C’est juste un passage vers une vie établie. Cependant elle laisse des traces par son pragmatisme. Elle intéresse les nouveaux retraités, pour la mise en commun des objets à usage intermittent, pour la mise de fond allégée, pour le mode de vie au-delà du couple démotivé.

Différents niveaux d’intégration sont possibles : du partage d’espaces communs facultatifs comme le jardin, la buanderie, la chaufferie, le parking, à ceux indispensables à la vie quotidienne comme le salon, la salle à manger, la cuisine. Elle intéresse les personnes âgées.

La maison de retraite est une vie en communauté imposée. Alors pourquoi ne pas choisir avec qui vieillir et dans quel cadre ? Cette alternative conserve la responsabilité de son mode de vie et incite à des efforts physiques et psychiques propices à la santé. Des promoteurs développent des habitations pluri-générationnelles où l’entraide réciproque est la règle de base. Tout ceci ne suffit pas pour que ce soit une solution d’avenir.

Je définis l’avenir comme le progrès de la conscience :
progrès individuel de la conscience lorsque le temps qui passe épanouit la joie de vivre chez chacun.
progrès collectif de la conscience, mesurable dans l’évolution des rapports humains, avec plus de respect, de convivialité, d’entraide et de solidarité. La vie en communauté, pour réussir, fait appel à ces qualités.
Le seul modèle par le passé concerne la vie monastique. Depuis des millénaires, des hommes dont le but explicite est de progresser en amour, se réunissent dans des structures plus ou moins fermées. Cette expérience existe aussi bien en orient qu’en occident quelle que soit la religion de base.

La vie en communauté laïque, civile implique un dépassement de l’ego comparable pour réussir, c’est-à dire avoir simplement envie de rester ensemble. C’est un exploit. Pourquoi ? Le conjoint, dans l’intimité au quotidien, est rapidement insupportable. Il nous renvoie l’image douloureuse de notre histoire, le petit enfant blessé qui vit toujours en nous. Nous préférons nier notre responsabilité, accuser l’autre. L’« écrasé » va rencontrer l’« écraseur », l’ordonné, le négligent, etc. N’est-ce pas la source de nos difficultés de couple ?
Aujourd’hui presque un couple sur deux divorce, c’est un constat. La société a depuis 50 ans, favorisé la séparation en cas de désaccord. Tant mieux ! Ceux qui restent ensemble le font par amour vrai. C’est un progrès de la conscience. Songez que si réussir à vivre avec les défauts d’un autre est un dépassement considérable, vivre à plusieurs multiplie l’insupportable. La tentation de séparation s’en trouve accrue. Cette expérience, laïque ou religieuse, plus ou moins réussie, parce qu’elle existe, tire l’humanité vers le haut.

Avec mon épouse, nous avons fait le pari de nous investir dans cette aventure. Nous avons choisi cette solution pour bien vieillir, et pour servir la Vie. Surmonter les difficultés de notre personnalité a une contrepartie très bénéfique : partager nos problèmes crée un partage de notre créativité. Je m’explique : aimer l’autre, y compris dans ses souffrances, c’est se donner à fond pour l’aider à trouver des solutions à ses problèmes. C’est déjà captivant dans le domaine personnel et familial, c’est génial pour les problèmes liés au service, à la tâche des uns et des autres. Dans cet ordre d’idée, quelle joie quand fuse soit une suggestion inattendue pour l’association caritative de l’un, soit une proposition pour REFLETS, ou encore une piste pour le service d’un troisième ! Alors les petits problèmes de vaisselle qui traîne deviennent secondaires. C’est cela le vrai bonheur. Il a le goût, à toute petite échelle, de ce que l’humanité peut devenir. ■

Texte d’introduction au dossier de REFLETS n° 16