PLus que le partage, la communauté – Interview de Raymond Etienne

Raymond Etienne est président de la Fondation Abbé-Pierre pour le Logement des Défavorisés, branche du mouvement Emmaüs spécialisée dans la lutte contre le mal-logement. Raymond Etienne est interviewé par Martine Kochert.

36-37 REFLETS12_BAT.inddRaymond Etienne Avec l’Abbé Pierre lors de la présentation du rapport mal-logement à la Sorbonne en 2004

Comment concevez-vous le partage ?

Le partage, c’est la pierre d’angle de la philosophie d’Emmaüs. La première campagne de presse qu’on a faite, en créant les Banques Alimentaires avec l’Abbé Pierre, a eu comme slogan : « L’urgence est au Partage ». On a fait des affiches immenses de 3 mètres sur 4 dans le métro avec cette phrase, mais pas sa photo, il ne voulait pas. À l’intérieur de nos communautés, déjà à cette époque, 25% de l’argent gagné devait être redistribué à l’extérieur pour d’autres causes : par exemple au bureau d’aide sociale pour aider les gens à payer leurs dettes : loyer, téléphone, assurances ou autres… L’Abbé m’a dit : « Le jour où les communautés ne font plus de service, ne font plus de partage, elles sont mortes. Le jour où tu te rends compte qu’une communauté n’est plus capable de redistribuer, il faut que tu la fermes ! » Voilà : le partage avant tout et pas de concessions. Et il faut savoir que Emmaüs International a été créé avec les dons d’Emmaüs France. En plus des fameux 25%, on donnait 10 à 15% pour l’étranger : acheter les terrains, payer les premiers camions, etc… Chapeau la France, il faut le dire, les Français sont généreux dans leur caractère, même si quelquefois ils le cachent derrière une façon de râler, et pas seulement les grands mécènes, au contraire, beaucoup de petites gens sont nos contributeurs.

Pouvez-vous récapituler les œuvres d’Emmaüs ?

La communauté Emmaüs au départ est fondée pour donner le gîte et le couvert aux gens qui sont à la rue. Puis avec l’Abbé on a fondé les Banques Alimentaires, les Camps de Jeunes déshérités des quartiers pour les vacances, et la dernière création il y a 21 ans, c’est sa Fondation pour le Logement, pour répondre au gros scandale du mal logement. En fait le logement a été le combat permanent de l’Abbé Pierre depuis 1954. Assurer les moyens de vivre chez soi dignement, puisque tout le monde ne peut pas aller en communauté. Lui, c’était un fondateur, et puis après, il laissait la main aux autres, peu lui importait d’avoir son nom sur ses oeuvres.

Il a créé un syndicat de la défense des locataires, il a été à l’origine de certaines lois, par exemple celle en 46 pour garantir qu’il ne peut y avoir d’expulsion sans relogement, ou la loi Besson sur les gens du voyage pour leur réserver des espaces de stationnement. Et plus récemment la loi sur la part de 25% de logement social dans tous les projets de construction collective, pour laquelle il s’est battu avec acharnement, malgré sa santé déficiente peu avant sa mort. Il a débarqué au Palais-Bourbon et il a fait peur à tout le monde ! Finalement, les coups de gueule de ce petit bonhomme ont fait bouger bien des choses…

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°12 pages 36 et 37