Interview Brigitte Fossey – Agir par amour

Toute petite, Brigitte Fossey est tombée dans le cinéma. Depuis elle n’a cessé de tourner et récemment c’était une série de six épisodes pour France 3. Mais sa vie ne se résume pas à l’actrice. Elle crée des spectacles littéraires et musicaux, intermèdes mettant en scène un dialogue imaginaire entre de magnifiques textes littéraires et des pages musicales.
Sa foi aussi l’a amenée à rassembler dans un Abécédaire des citations choisies pour exprimer sa perception de la vie.

COUV LIVRE B. FOSSEY

Comment s’est construite votre vie spirituelle ?

J’ai eu la chance d’être dans une famille un peu spéciale, extrêmement croyante mais en même temps libre et très fantaisiste. Je ne peux envisager la spiritualité sans un peu d’humour, sans humilité, on n’est pas grand-chose au regard de l’éternité. On essaie de s’en approcher grâce à certains textes et surtout certains êtres qui ont un cœur qui rayonne, qui encourage et qui donne envie de partager cette expérience. Et moi, j’ai pu partager l’expérience de ma grand-mère, de ma grand-tante, deux êtres extrêmement simples avec la foi du charbonnier, une foi sans mélange. Enfant j’ai vécu dans cette foi avec une joie d’exister phénoménale puisque c’était partagé par mes parents, avec une espérance, un enthousiasme et une faculté d’émerveillement, d’étonnement devant l’enfance, la nature, la beauté, les œuvres d’art et certains grands textes des évangiles ou de la Bible. C’était dans la vie quotidienne sans aucune gravité, sans poids, dans la joie d’exister, dans la jubilation du langage et de l’échange devant le verbe.

C’est une foi qui s’inscrit dans la tradition chrétienne ?

Au départ oui, mais avec une grande liberté de ce qui est nouveau, étrange, avec un esprit très sain. J’ai été élevée avec une grande ouverture à toute différence surtout chez mon père qui fut otage pendant la guerre de 40. Il avait un sens du dérisoire, un sens de l’histoire. Après mon bac, il m’a emmenée en Allemagne du sud voir les villes de Goethe, de Lou Andréas Salomé – j’aimais beaucoup cette femme – de Hanna Arendt. Nous sommes aussi passés par le camp de Dachau. Chez mon père, toujours vivant grâce à Dieu, il n’y a pas l’esprit de revanche mais une grande considération de l’histoire avec ses aléas et ses monstruosités, une tentative de compréhension. J’ai eu la chance d’avoir un père extrêmement intelligent et tolérant qui m’a fait comprendre ce qu’était la monstruosité nazie. Mon éducation fut assez complète et spirituelle dans tous les sens du terme, c’est-à-dire pleine d’esprit, d’humour.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°12 pages 77 à 81