Bénie soit la retraite! Jean Luc Kopp

Jean-Luc Kopp, psychanalyste corporel, membre du bureau de l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle  (IFPC)

Deux images s’entrechoquent immédiatement en moi : Gwendoline, adepte de  ces croisières à succès pour les « séniors », convaincue avec eux tous que la retraite n’est rien, voire même unanimement persuadée avec eux que les retraités sont chanceux ; et puis le visage soucieux et inquiet d’Anne-Marie, face à moi dans mon cabinet de psychanalyste :

« Je suis enseignante en classes primaires, il  me reste deux ans avant de me retrouver en retraite ; je redoute ce moment, je dors mal, j’y pense souvent ; qu’est-ce que je vais faire ? J’ai le pressentiment qu’il y a autre chose après, mais quoi ? ».

….

Voilà la mesure que reçoit Anne-Marie et qui se résume par ces mots confiés lors d’une séance :

« Vous savez, je ne voudrais pas me retrouver un jour avec la sensation d’être passée à côté de ma vie ! ».

Cette peur d’une vie vide, sans sens, sans utilité autre qu’un métier qu’il a fallu inexorablement abandonner, n’est-ce pas précisément le rendez-vous auquel nous convie ce moment tout particulier qu’est « la retraite » ?

En ce sens, l’étape qu’est l’arrêt du métier est non seulement nécessaire mais, qui plus est, une bénédiction : sans ce choc, Anne-Marie aurait continué à se fuir et étouffer en elle toute question essentielle.

Les subterfuges que sont les vacances et les loisirs sans fin, l’activisme à outrance lors de cet âge ne suffiront pas à masquer que cette vie, selon cette orientation, est déjà morte.

La retraite nous met chacun devant la plus grande des maladies humaines : une vie sans sens.

Accepter de vivre la retraite comme un tremplin, c’est pouvoir trouver ce pourquoi nous nous sommes un jour incarnés, et passer le reste de la seconde partie de sa vie à s’y consacrer.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°11 page 23