La retraite, une magnifique opportunité? Patrick PRIEM

Agé de 56 ans , après une carrière dans un service public en Belgique, Patrick PRIEM  il fonde en 1983 sa propre agence de traduction, Gitracom.

 

Dans nos sociétés occidentales, les travailleurs actifs partent à la retraite grosso modo entre l’âge de 55 et de 65 ans. Dans la conception classique, il s’agit d’un repos amplement mérité, après une carrière professionnelle bien remplie. L’ex-travailleur va enfin pouvoir ‘profiter de la vie’. Dans l’extérieur des choses, cette façon de voir se comprend aisément. Mais vue depuis l’intériorité humaine, cette cessation brutale de l’activité n’est-elle pas porteuse d’autres enjeux, d’autres rendez-vous, d’autres possibles ?

…Que se vit-il avec cet adieu au travail ? Au moment de la retraite nous est enlevée l’importance professionnelle, parfois aussi l’importance sociale, et le retraité est confronté à une réalité difficile à supporter : le sentiment de ne plus servir à rien. Il a perdu son utilité et va devoir occuper désormais son inutilité. Oh, ce ne sont pas les possibilités qui manquent : jardinage, voyages organisés, activités culturelles ou accueil des petits-enfants. Mais on sent malgré tout poindre dans cette nouvelle agitation une importance de compensation, alors que la vie, que l’extérieur devient de plus en plus étroit.

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Apprendre sans retransmettre : Indigestion

Existe-t-il une autre piste ? À quelques dizaines d’années d’écart, ce tournant de la vie en rappelle un autre, tout aussi décisif.

L’existence d’un être humain comporte en effet un grand rendez-vous, qui se situe vers le milieu de la vie et que nous appelons communément crise de la quarantaine. C’est un moment important, car chaque crise appelle un choix. Mais lequel ? Vers le milieu de sa vie, l’être humain a plus ou moins réussi, matériellement, affectivement ou socialement. Son ego est établi, ses rêves de jeunesse (fonder une famille, avoir un travail et jouer un rôle au sein de la collectivité) sont à peu près réalisés. Ses objectifs précédents sont atteints, certes, mais il lui reste comme un goût de trop peu, une certaine insatisfaction. Le temps a usé l’être dans les trois secteurs de sa vie et il bataille désormais avec une démotivation professionnelle, amoureuse et sociale. Il a des états d’âme et se pose de nouvelles questions, fondamentales. « Ma vie se résume-t-elle à cela ? » Il sait ce dont il ne veut plus, mais il ne sait pas avec clarté ce que sera la suite. Il lui reste une moitié de vie. Alors, que va-t-il en faire ?

 

La crise de la quarantaine ouvre ainsi une perspective historique de réalisation d’une nouvelle performance, une deuxième partie de la vie active progressivement tournée vers les autres dans ce que certains enseignements appellent un service, une mission, une œuvre ou une Tâche. Une nouvelle utilité unique issue d’une petitesse chronique reconnue et aimée donnant naissance à une grandeur enfin réveillée et agissante.

Le retraité non préparé se trouve sans doute, fût-ce quelques années plus tard, devant un dilemme du même ordre. N’est-il pas lui aussi devant un choix grave, d’autant plus que le spectre de la mort se profile désormais à l’horizon ? D’un côté, se résoudre à survivre sur les acquis et peu à peu se languir du passé, affronter les déchéances progressives du corps et du cerveau et finir dans une vieillesse sans saveur, bien souvent dans une maison de retraite, dont nous connaissons tous les limites. Mais le risque majeur n’est-il pas in fine de quitter un jour la vie avec le sentiment cuisant – et définitif cette fois – de n’avoir servi à rien et d’avoir vécu une existence étriquée, repliée sur elle-même ?

 

...Lire la suite… REFLETS n°11 pages 38 à 40