Une aventure héroïque – Jean Luc Kopp

Psychanalyste, psychanalyste corporel, membre du bureau de l’IFPC

Etrange expérience que celle qui consiste à vérifier dans sa chair ce qui trois années auparavant avait constitué un choc inouï !

La lecture de « L’accompagnement de la naissance »1 m’avait laissé pantois.Revivre sa naissance avec une incroyable précision m’émerveillait, et de plus, remonter au plus archaïque de ce qui constitue notre personnalité enthousiasmait le psychanalyste.

Vous convier dans mon intimité la plus profonde a pour but de vous faire partager ce qui a bouleversé autant ma vie privée que ma vie professionnelle.

Extrait…

Seconde incursion vers la fin de la naissance.

« Le col de l’utérus trop fermé s’apparente à un mur infranchissable. J’appelle maman à l’aide. Silence et distance de sa part.

 « Je te sens si absente maman, ton regard est détourné. Tu ne veux pas des jumeaux qui représentent pour toi une charge de travail trop épuisante. Tu aurais tellement voulu une fille. Tu t’éteins progressivement et cela ne date pas que de maintenant ».

Me voilà écartelé entre le besoin vital de sortir pour nous sauver mon frère et moi et l’impossibilité d’y parvenir en douceur. Cruel dilemme !

L’insupportable douleur et le désespoir que je reçois de la part de ces êtres qui renoncent déclenchent une rage colossale.

Quel est le sens d’une vie qui renonce? Le bébé ne peut s’y résoudre, il arrache tout, déchire et sort.

L’euphorie ressentie sera de courte durée, tant le dégoût de moi l’emporte … ».

Qu’en résultera-t-il ? A cet instant-là, je me condamne à me couper de ma force et enfouir ce que je découvre. Désormais, je m’ampute de cette puissance, et par désespoir, elle surgit dévastatrice au détriment d’autrui. 

Qu’ai-je appris à cette occasion ?

Que cette puissance, je pouvais apprendre à la dompter, que je pouvais la mettre au service d’autrui, quand l’autre manquait de force.

L’inouï ne se situe pas dans les affres traversées par le bébé, mais dans la possibilité de retrouver ces ressorts enfouis, de leur donner sens, de pouvoir les mettre en mots. Enfin de réussir à ne plus systématiquement se soumettre à l’inexorable fatalité, mais de la transformer.  N’est-ce pas là le propre de tout vrai chemin ?

Lire l’article… Revue Reflets n°10 pages 46 et 47