Archives de catégorie : Extraits

Cette catégorie permet d’afficher les articles dans la page Extraits

LE CORPS NE MENT PAS

Interview de Valérie Robert

Valérie Robert est kinésithérapeute et psychanalyste corporelle à Épinal (Vosges) et à Pagney (Jura). Formée par Bernard Montaud, elle avoue avoir une vigilance aiguisée sur la fidélité de la pratique de cette technique au sein de l’Institut français de psychanalyse corporelle (IFPC), dont elle est vice-présidente et formatrice. Elle est également enseignante spirituelle dans la voie fondée par Bernard Montaud, Artas.
www.valerie-robert-psychanalyste-corporelle.net

Qu’est-ce qui vous a amenée à la psychanalyse corporelle ?

C’est la place toute personnelle du corps dans mon histoire. Enfant, j’étais atteinte de dysmorphismes corporels multiples. Partant du principe que la source de tous nos comportements se situe dans notre passé, et que le corps ne ment pas, j’ai entamé une psychanalyse corporelle qui m’a permis d’accéder à la connaissance de toute mon histoire. Parallèlement, la sincérité des corps lors des sessions de psychanalyse corporelle m’a donné l’intime conviction d’accompagner à mon tour des êtres dans la connaissance d’eux-mêmes et dans la recherche de la vérité de leur histoire aboutissant vers une réconciliation profonde vis-à-vis d’eux-mêmes et de leurs proches.

En quoi consiste la psychanalyse corporelle ?

C’est une technique corporelle qui permet de revivre les quatre événements-clés de notre passé, constructeurs de notre personnalité. Ces événements appelés traumatismes sont des sommets de douleur où l’enfant va devoir renoncer à une part de lui-même, mettre un filtre entre lui et le monde extérieur pour moins souffrir. Nous sommes tous issus d’un ventre maternel où nous avons connu un amour universel. En quittant ce ventre, il ne retrouve pas cet amour fusionnel, même pas avec sa maman, qui a son histoire, ses souffrances. C’est une déflagration pour ce petit être. Pour l’enfant qui naît, ce premier traumatisme le fait entrer dans l’imperfection humaine. La nostalgie de cet amour perdu pousse l’enfant à adopter des stratégies pour gagner l’attention, la reconnaissance, l’amour, de sa maman d’abord dans la petite enfance, puis de son papa dans l’enfance (ou tout du moins de celui qui représente l’autorité familiale), enfin d’un autre en dehors de la famille dans l’adolescence. Ces stratégies échouent à des moments-clés, lors des traumatismes, par le jeu de forces spécifiques à chaque période. En psychanalyse corporelle, nous découvrons corporellement, cellulairement, tout ce qui s’est joué pour l’enfant que nous étions à ces moments précis.

Quelle est la spécificité de cet accompagnement psychanalytique ?

Il trouve toute son essence dans l’expression corporelle. Le rôle du psychanalyste est d’accompagner le corps dans des niveaux de lapsus de plus en plus profonds pour accéder au concret de l’histoire personnelle de la personne. La verbalisation qui suit une séance corporelle est la conscientisation de ce que le corps a exprimé, ni plus ni moins. Il est important d’établir une relation de confiance avec chaque personne engagée dans ce travail. Une partie de nous souhaite connaître l’histoire, mais une autre a juste envie de s’en échapper. Le psychanalyste corporel aide chacun à lever les barrières permettant ainsi l’avancement dans cette quête. L’accompagnement entre les sessions est également important, autant pour aider chacun à accepter des aspects difficiles de son histoire, que pour lui permettre de profiter de ce qu’il a découvert.

Quel est le profil des personnes qui commencent une cure ?

Dans 80 % des cas, ce sont des personnes qui sont dans une introspection vis-à-vis d’elles-mêmes en constatant que ce sont elles qui mettent sans cesse les pieds dans les mêmes travers conduisant à des problèmes liés à la vie de couple, à l’argent, à la réussite professionnelle, etc. Pour une autre catégorie de personnes, il s’agit d’une lassitude par rapport à leur vie. Elles sont en recherche de sens. D’autres, en petit pourcentage, ont mal de ne pas savoir aimer, de ne plus avoir d’émotions, de ne plus savoir pleurer. Elles cherchent à reconquérir le cœur. Enfin, certaines sont simplement en quête de sens sur un point spécifique sans éprouver pour autant le besoin de faire toute la cure. La psychanalyse corporelle est un accompagnement sur mesure.

Où conduit la psychanalyse corporelle ?

Jusqu’au pardon et à l’intime conviction de ce qui s’est passé, après avoir franchi différents niveaux de lapsus corporels passant par des souvenirs, puis par des courts métrages de traumatismes mélangés pour arriver ensuite aux détails concrets de la scène traumatique et accéder à la connaissance de son histoire depuis le point de vue « ni bourreau ni victime ».

 

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 49 à 51

 

Accueil

Au-delà du masque

Au-delà du masque

Alain Pamart

Chacun préfèrerait se dispenser du port du masque, manifestement vécu comme une contrainte. La conviction de son utilité, critère déterminant, appartient à chacun. Plusieurs soulignent cependant avec force que l’efficacité des gestes barrières, dont essentiellement le masque, ne deviendra réellement probante que s’ils sont observés par le plus grand nombre. Le port du masque peut concourir ou bien à conforter une vision plus anxiogène ou bien à être un moyen de se préserver efficacement. Les pouvoirs publics se trouvent devant une lourde tâche pour parvenir à convertir une fraction conséquente de la population. Là se joue le panel de la diversité de l’humain entre l’excessivement insouciant ou inquiet, ou l’exagérément irréfléchi ou prudent.
Cependant, on ne peut rayer d’un trait de plume ceux qui, après avoir mené une démarche équilibrée de discernement, considèrent comme anodin ou inopportun le port du masque, pour eux-mêmes et pour autrui. S’y adjoignent aussi ceux qui, pour certains réfléchis et pondérés, privilégient une politique plus libérale, reposant sur un civisme individuel et parental générant au final une immunisation suffisamment généralisée à faible coût sanitaire.
Verra-t-on, notamment en espace extérieur, un clivage ostensible, générateur de crispations ou d’agressivité, dans le port du masque ou son refus, attitudes qui traduisent pour les uns, sinon un acquiescement, une acceptation plus ou moins contrainte, et pour les autres un signe de désaveu tangible des mesures gouvernementales ?
La prudence est toujours de mise, car, quelles que soient les incertitudes levées, il en reste quelques-unes. Aussi espérons que les mesures présentes soient aujourd’hui le reflet de la médiation la plus opportune et non une stigmatisation inutile des uns ou des autres. Nonobstant les mesures coercitives des pouvoirs publics, considérons le port du masque, non comme une discipline de type militaire, mais plutôt comme une saine règle du jeu, la manifestation vertueuse d’une franche prévenance vis-à-vis d’autrui comme de nous-mêmes.

Le masque, facteur de présence à soi
Le port du masque présente cet avantage indéniable de constituer un outil anti-oubli pour les autres gestes barrières. Il induit indubitablement et de façon plus constante une attention à soi. Il peut être aussi un instrument d’introspection conduisant à mieux contenir son degré d’inquiétude, voire d’angoisse, et ainsi tempérer ou absoudre une possible source de méfiance de l’autre en tant que facteur potentiel de contamination.

Le visage, portail du vécu intérieur
Notre visage est sans conteste le lieu où convergent les attributs de notre personnalité. Par excellence s’y trouve déployée la partie émergée de nos perceptions, de nos émotions, de nos sentiments. Si la physionomie affichée est quelquefois délicate à déchiffrer, elle est le plus souvent source d’information non négligeable sur l’état d’esprit des interlocuteurs. S’y affichent, plus ou moins à notre corps défendant, la tristesse, la jovialité, la colère, la modération, l’impatience, le calme, la compréhension, l’incompréhension, le rejet, la compassion, etc., la liste est longue. Notre faciès est un facteur qui contribue largement à la consistance et à la loyauté de nos échanges relationnels.
Si nos paroles constituent la structure de base qui façonne l’architecture de nos propos échangés, nul doute que ce complément cardinal qu’est l’expression du visage participe à la qualité de leur réception : elle concourt largement à corroborer, affermir un échange plus vrai, plus sain, plus sincère ou, à l’inverse, un relationnel plus équivoque, plus tronqué, plus manoeuvrier. Le masque devient alors une sorte de verrou ou d’entrave à cette transparence réciproque.

(…)

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 15 à 16

L’INCONSCIENT, UNE AUTRE LANGUE

Isabelle Le Bourgeois 

Isabelle Le Bourgeois est une femme d’affaires devenue religieuse de spiritualité ignatienne, psychanalyste. Elle a été aumônier de prison durant quatorze ans dans la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis. Elle y a accompagné des détenus et formé des aumôniers de prison, avant de rejoindre le Contrôle général des lieux de privation de liberté durant cinq ans. Elle travaille aujourd’hui comme psychanalyste, où elle recueille la parole fragile de ceux qui cherchent à sortir de leurs enfermements intérieurs.

Qu’est-ce qui vous a amené à la psychanalyse ?

J’ai été amenée à consulter à cause de l’état de souffrance dans lequel j’étais. Le praticien vers lequel je suis allée m’a semblé, au bout de deux ou trois entretiens, être la bonne personne, capable de recevoir ce que je ne savais pas encore que j’allais dire, d’entendre le poids que je portais. Tout de suite, cette langue m’a parlé, je me suis dit : « Voilà un langage qui est vraiment très intéressant, qui puise à des endroits inhabituels. » On puise l’eau en surface parce que c’est moins fatiguant et qu’elle est bonne, mais quand on descend au fond du puits, elle est plus fraîche… C’est plus onéreux comme travail, on ne sait pas les trésors qu’il y au fond. On découvre, sur soi et l’humanité en général, des lieux cachés, inexplorés, totalement inédits et insoupçonnés. Du coup, on apprend une langue différente, appelée l’inconscient, qui représente 80 % de l’iceberg que l’on ne voit pas : tous ces actes manqués, ces rêves, ces mots qui surgissent comme ça, toutes nos colères inexpliquées, nos joies sans raison… tout ce qui nous agite de l’intérieur. De la minute où j’ai découvert cette langue, je n’ai pas voulu la quitter, parce qu’elle me faisait découvrir à quel point un humain est complexe. À quel point on n’a jamais fini de sonder, combien ce mystère qui est sous nos yeux est passionnant : le nôtre déjà, notre propre être, puis l’être des autres. Puis pour moi qui suis croyante, de découvrir aussi à quel point, plus on avance à l’intérieur de soi, plus on y découvre le visage de Dieu, la présence de Dieu ou l’être de Dieu. J’ai également été aumônier de prison pendant de nombreuses années ; c’est une autre population, qui nous emmène aux marges de nous-mêmes, en marge de l’humanité. La fréquenter m’a donné encore plus le goût de la psychanalyse et de ses outils qui permettent de forer profond, de ne pas rester à la surface des choses, ni se laisser faire par ce que l’on croit voir et entendre.

Quelle est votre filiation psychanalytique ?

J’aime bien Winnicott : c’est un créatif qui a osé. Il y a des tas de choses que je trouve intéressantes chez les uns et les autres, mais je suis d’abord moi. Je me suis approprié une manière de faire. Je suis allée dans une école, je suis reconnue par d’autres et je fais partie d’une école de psychanalystes, car il est nécessaire d’être respectueux des patients que l’on accueille et ne pas se déclarer psychanalyste comme ça.

Comment conciliez-vous femme de foi et femme psychanalyste ?

Elles s’entendent très bien et sont très contentes de cohabiter. En fait, elles font la même chose : Dieu est pour la vie, pour l’amour en liberté, pour que nous soyons au plus libre possible d’aimer

 

 

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 43 et 44

 

La relation, base de la psychanalyse , Interview d’Elsa Godart

La relation, base de la psychanalyse

Interview d’Elsa Godart

Elsa Godart est une philosophe, psychanalyste et essayiste française. Auteure de nombreux ouvrages individuels et collectifs, dont La Psychanalyse va-t-elle disparaître ? chez Albin Michel, et de plus de quinze années de recherche rassemblées sous le titre Métamorphose des subjectivités, aux éditions Hermann, portant sur la conscience, l’inconscient et le virtuel. Jeune femme énergique et passionnée, elle répond à nos questions.

Que cherchent les personnes qui viennent vous voir ?
Elles cherchent à aller mieux ! La souffrance devient trop envahissante, et elles n’arrivent plus à vivre; cette souffrance doit s’arrêter. Les symptômes sont multiples, et elles ont besoin d’une aide extérieure.

Que leur offrez-vous ?
Elles ont besoin d’entendre que leur souffrance est comprise, reconnue. Mais attention : cela ne veut pas dire que cette souffrance est partagée. C’est la différence fondamentale entre empathie et compassion, ce qu’Edith Stein appelait Einfühlung. La relation de soin s’établit dans l’empathie, ce qui permet de garder une distance saine pour pouvoir accompagner la personne. « Je reconnais le vécu intérieur de l’autre sans pour autant le confondre avec le mien », rappelle Edith Stein. Une condition de cette libre parole est le don de quelque chose par le patient. Je définirais l’acte analytique comme la capacité de faire surgir le désir et de le transformer en liberté. Le psychanalyste ne peut être directif ni prendre de décision ; il doit permettre à la personne de conquérir davantage sa liberté. Il est fondamental de faire surgir son désir, et il est tout autant fondamental de ne pas se tromper de désir. Or voir clair en soi peut être le travail de plusieurs années.

Quand la cure prend-elle fin ?
Elle prend fin quand il y a une résolution, quand une vie normale peut reprendre, quand l’étau de la souffrance se desserre. La psychanalyse n’est pas une coquetterie du dimanche pour vieux grincheux : ce n’est ni une mode ni une prétention d’intelligence. Le symptôme doit avoir disparu sans s’être déplacé. Cela se termine quand le patient se sent mieux. À l’inverse, il peut y avoir le désir chez le patient de faire une pause ou de mettre fin à la cure, ce qui ne signifie pas pour autant que le travail est terminé. Il peut aussi y avoir un moment de rupture pour revenir plus tard.

Quelle est votre filiation, la spécificité de votre accompagnement psychanalytique et pourquoi avez-vous choisi ce courant plutôt qu’un autre ?
J’ai une formation lacanienne. Je suis une admiratrice de Freud que j’ai découvert à l’âge de onze ans. Un désir évident de travailler sur moi s’est imposé. Puis j’ai découvert la philosophie qui m’a permis de mettre des mots sur ma vision du monde. J’ai également eu la chance de faire des rencontres extraordinaires avec des maîtres qui m’ont formée et accompagnée, et dont j’ai beaucoup appris. Lacan est celui qui a combiné les champs de la psychiatrie et de la psychanalyse avec celui de la philosophie, ce qui était une évidence pour moi.

Sentez-vous des lacunes, des manques ou des évolutions possibles dans votre approche psychanalytique ?
Nous ne sommes pas dans une technique mais dans une relation. Comment pouvons-nous améliorer chacune des relations que nous avons, alors qu’elles sont toutes uniques et inédites ? Parfois, j’ai le sentiment que quelque chose m’a échappé, et c’est normal : nous sommes dans un mouvement continuel. Le cadre évolue, nous nous adaptons, car la relation en vaut la peine. Nous ne parlons pas d’erreur dans la relation, mais de rencontre.

Que manque-t-il à la psychanalyse pour qu’elle continue d’exister et d’évoluer ?
Plusieurs choses :
– un discours politique, trop faible même s’il existe ;
– que le référentiel de la psychanalyse soit plus largement diffusé dans les discours médiatiques ;
– s’attacher à des objets du contemporain, plutôt que répéter les discours du maître.

(…)

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 37 pages 56 à 57

Le corps au service de l’Homme inspiré

Interview de Bernard Montaud

En 1983, Bernard Montaud crée l’association Artas, un mouvement spirituel pratiquant le dialogue inspiré transmis par Gitta Mallasz dont il a été le compagnon de route. Il n’a de cesse de perpétuer l’enseignement qu’il a reçu auprès d’elle. Fondateur de la psychanalyse corporelle, il publie en septembre 2020 aux éd. Trédaniel D’où je viens ? Où j’en suis ? Où je vais, trois psychanalyses corporelles pour y répondre. Il est un fervent défenseur de la vie spirituelle et de la foi sous toutes ses formes.
www.bernardmontaud.org

La première question que nous avons posée à tous les psychanalystes est celle de leur filiation psychanalytique. Or dans votre cas, les choses se sont passées différemment. Comment la psychanalyse est-elle arrivée dans votre vie ? 

Il n’y avait pas d’intention de psychanalyse à l’origine. Nous sommes passés par une logique du corps,  ostéopathique, kinési-thérapeutique. Il est intéressant de comparer les hypothèses apportées par la psychanalyse corporelle à celles qui sont proposées par la psychanalyse, la psychologie clinique ou d’autres formes de compréhension de la nature intérieure de l’homme. Nous les faisons depuis une compréhension corporelle, et non depuis une compréhension philosophique ou psychologique. En recherche fondamentale, si la psychologie et la psychanalyse corporelle apportent des réponses communes, il y a des chances qu’elles se vérifient l’une l’autre. Dans le cas contraire, il faut s’interroger sur les réponses. Notre non-appartenance au monde psychologique nous offre un avantage : une version des faits qui confirme ou infirme ce qui a été dit précédemment à propos de la vie intérieure humaine.

Selon vous, que manquait-il à la psychanalyse « verbale » pour que la psychanalyse corporelle apparaisse il y a quarante ans ?

La question ne s’est jamais posée.  La psychanalyse corporelle n’a pas la prétention d’être supérieure ni d’apporter quelque chose de plus. Elle essaie d’être authentique. Son but n’est pas de pallier les carences de la psychanalyse verbale – d’ailleurs elle ne s’est jamais intéressée à ce que faisait cette dernière. La psychanalyse corporelle est une réponse différente en matière de connaissance de soi.

Qu’apporte la psychanalyse corporelle de fondamentalement nouveau ? 

C’est le corps. Jusque-là, pour des raisons que j’ignore, le corps a été assez absent de l’introspection et de la recherche de connaissance de soi. À l’évidence, l’interface du corps permet une rencontre avec le subconscient qui est d’une propreté exceptionnelle, parce que le corps est sincère et vrai par nature. Je crois que la grande innovation de la psychanalyse corporelle, c’est le corps.

Quelles surprises cette découverte vous a-t-elle réservées ? 

Deux choses fondamentales : d’abord la manière dont la mémoire corporelle est étonnamment puissante et juste. Depuis l’origine, dans les années 1980, je suis sidéré de la précision avec laquelle les personnes revivent des détails invraisemblables. Nous sommes bien obligés de nous demander où cela est stocké ? La recherche fondamentale doit s’interroger sur cette mémoire du corps.
La seconde chose qui m’étonne le plus, c’est la manière dont nous sommes en rapport avec des images collectives puissantes dans la psychanalyse corporelle du futur. Cela vérifie ce que Jung pensait en matière d’archétypes. En psychanalyse corporelle, cela va bien plus loin. Nous sommes habités par des images puissantes de sainteté, de la vie du Christ, des prophètes, des saints, qui sont des images jumelles de notre grâce jusqu’à ce que nous nous identifiions à elle. Je n’avais jamais vu – et la psychanalyse verbale non plus – à quel point psychanalyse et foi sont extrêmement proches. 

Aujourd’hui, la psychanalyse corporelle a évolué en trois formes différentes : celles du passé, du présent et du futur.  Comment les définissez-vous et quel est leur but à chacune ?

Elles se définissent en fonction des trois questions fondamentales de l’homme : « D’où je viens ? », en lien avec notre passé, « Où j’en suis ? », en lien avec notre présent, « Où je vais ? », en lien avec notre futur. Le processus est identique dans les trois psychanalyses : il s’agit de susciter des lapsus corporels, donc des interfaces avec notre subconscient, et de leur demander de nous dévoiler d’abord ce qui nous est arrivé dans le passé ; puis où nous avons vraiment mal en ce moment ; et enfin voir, avec la grâce qui nous habite, ce que nous pourrions faire de notre vie. À chaque fois, il s’agit de susciter des lapsus corporels qui vont éveiller des images inspirées puissantes d’une connaissance de soi sans intelligence.

Dans votre dernier ouvrage consacré à ces trois formes de psychanalyse, vous parlez longuement des images inspirées. Quelle définition en donnez-vous et quel rôle ont-elles en psychanalyse corporelle ? 

Pour comprendre les images inspirées, il faut d’abord appréhender la nature du monde traumatique. L’homme ordinaire a subi trois traumatismes constructeurs dans sa petite enfance, son enfance et son adolescence et ces trois traumatismes produisent en lui des images non pas inspirées, mais traumatiques, qui le régissent en permanence dans son quotidien. Les images inspirées, c’est ce qui vient remplacer les images traumatiques quand celles-ci sont domestiquées, voire dépassées.  Elles apparaitront dans l’espèce humaine quand l’homme aura la maitrise de ses images traumatiques.

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 37 pages 45 à 48

De la psychanalyse à la psychanalyse corporelle

Interview de Daniela Litoiu
Reconquérir la plénitude de son être par le corps

Daniela Litoiu est psychanalyste et consultante, co-fondatrice de la Société de Psychanalyse Active Intégrative puis d’Intégralis, un institut de formation continue et de conseil pour les métiers de l’accompagnement et de la relation d’aide et du mal-être au travail. En 2014, elle rencontre Bernard Montaud et découvre la psychanalyse corporelle.

Quel a été votre itinéraire pour devenir psychanalyste ?

Depuis toute petite, je suis une passionnée de l’âme humaine. Du plus loin que je me souvienne, j’ai eu envie de sonder l’intériorité humaine, la mienne en toute première. Vers l’âge de 27 ans, un incident m’a fait découvrir qu’il y avait en moi une sorte de terra incognita : j’ai avalé accidentellement une quantité importante de marijuana qui m’a plongée dans un bad trip. Cela s’est fini dans le coma à l’hôpital et sans avoir aucune idée de ce que j’avais avalé. Mais cette expérience a déclenché chez moi un questionnement profond : qu’est-ce que j’apercevais ? D’où cela venait-il ? Comment était-il possible d’être traversée par des terreurs aussi profondes ? J’étais convaincue que le produit n’était pas le seul responsable. Cela a éveillé ma curiosité et mon intérêt pour la psychanalyse. Très vite, j’ai senti que je voulais faire ce métier, et donc je me suis mise en route pour chercher une formation de psychanalyste. Acceptée dans plusieurs écoles malgré mon jeune âge, j’ai finalement choisi une école de synthèse de plusieurs courants psychanalytiques, celle de la psychanalyse active. Mon passé dans un pays totalitaire communiste – j’ai grandi en Roumanie – m’a toujours éloignée des courants de type « pensée unique » historique. J’ai été naturellement attirée par un courant qui faisait une synthèse et qui n’était pas dogmatique. La dimension émotionnelle me semblait aussi essentielle, et par extension la dimension corporelle.

Qu’est-ce qui a prévalu dans votre recherche : le besoin de formation ou de réponses à votre quête personnelle ?

Névrotiquement, comme diraient les freudiens, ou traumatiquement, comme diraient les psychanalystes corporels, je dois passer par la formation pour m’octroyer le droit de m’occuper de moi. Donc à l’époque, je devais combiner les deux, c’est-à-dire transformer très rapidement l’analyse en analyse didactique. Cela m’a conduite à accéder très jeune au titre de psychanalyste.

Qu’est-ce qui vous conduit à créer votre propre forme de psychanalyse ?

L’école dans laquelle j’ai été formée perd son fondateur, Nicolas Cugnot, et, quelques années plus tard, elle vit une crise qui la conduit à une scission. Devenue alors formatrice, je me retrouve avec quelques personnes, dont j’assure la formation, qui souhaitent continuer l’aventure avec moi. Ensemble avec Sandrine Rivière, ma première élève, nous fondons la psychanalyse active intégrative. Il nous paraît alors essentiel de poursuivre la recherche, car nous sentons qu’il existe des manques dans notre parcours. C’est ainsi que nous introduisons une forme de médiation par le corps.

Quels nouveaux outils avez-vous utilisés ?

Deux outils principalement, et nous avons affiné les anciens : tout d’abord, l’utilisation du dessin dans la cure d’adulte a ouvert l’accès vers l’histoire du sujet pour des personnes très clivées, qui n’avaient quasiment pas de souvenirs, qui associaient très peu, qui avaient de grandes difficultés à parler d’elles. Par l’intermédiaire de cet outil très simple, elles avaient accès plus rapidement à leur monde intérieur. Puis, la découverte de la Gestalt thérapie analytique, à laquelle je me suis formée également, nous a conduites à introduire un autre outil : les mises en situation. Elles permettent de représenter en 3D le conflit intérieur pour favoriser la prise de conscience des forces en présence et ainsi mettre en mouvement dans l’intériorité du sujet quelque chose qui était jusqu’alors bloqué. Elles permettent aussi l’intégration d’une certaine dimension corporelle. Cependant, avec notre pratique de l’époque, nous nous trouvons dans une impasse. Nous sentons que le corps peut révéler une histoire plus lointaine et nous cherchons comment faire…  Je m’intéresse alors à la psychosomatique, je lis, je fais des stages, je cherche… Jusqu’au jour où j’assiste à une séance de psychanalyse corporelle. Je suis assise, heureusement ! J’ai un vrai choc, je sens que c’est ça que nous cherchons et que cela existe déjà sous une forme extrêmement aboutie !

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 37 pages 32 à 35