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LA LIBERTÉ POUR UN BOUDDHISTE

 

Vénérable Dagpo Rimpoché

Né en 1932 au Tibet, le vénérable  Dagpo Rimpoché a été reconnu par le XIIIe dalaï-lama comme la  réincarnation du très grand maître  Dagpo Lama Rimpoché.
Il donne des conférences et des  enseignements sur le bouddhisme  depuis 1978, et a fondé des centres  d’étude et de pratique dans de  nombreux pays d’Occident et d’Asie.   Son centre principal en Europe, l’institut Ganden Ling 1, qui se trouve  près de Paris, à Veneux-les-Sablons,  agit en collaboration avec l’association  Institut Guépèle et l’association  Entraide franco-tibétaine, à vocation  humanitaire et culturelle. Ces instituts ont pour but de  transmettre l’enseignement du  Bouddha à ceux qui le souhaitent, en France et à l’étranger, en leur  permettant de s’adonner à l’étude, à la réflexion et à la méditation.
1 www.gandenling.org

Eh bien, comme pour tout un chacun, cela évoque l’idée d’être  libre. Être libre de faire ce qu’on veut, comme on veut. Cela  implique-t-il qu’un être libre ferait tout et n’importe quoi, à sa  guise ?

Non, car l’être le plus libre qui soit ne pourra jamais faire que  ce qui est du domaine du possible, et faire n’importe quoi trahit  plus une soumission aux passions qu’une réelle liberté.
La liberté est avant tout intérieure, et elle est proportionnelle aux  capacités développées ou non. Il y a trois niveaux principaux.

LE TRAVAIL DE LIBÉRATION EST INTÉRIEUR

Le summum est la liberté qui va de pair avec l’état de bouddha.  Un bouddha, c’est quelqu’un qui a éliminé tous les défauts et  imperfections et qui a parachevé toutes les qualités. Un bouddha  est donc libre de faire ce qu’il veut. Et ce qu’il veut, c’est œuvrer  au bien d’autrui. C’est à cette fin qu’il a fait le nécessaire pour  unir la sagesse à “la méthode”, qui englobe les autres qualités,  dont la compassion et l’aspiration à la bouddhéité.

Grâce à l’omniscience et aux pouvoirs développés, et mû par sa  compassion totalement impartiale, un bouddha a une capacité  d’action spontanée et ininterrompue. Mais si les bouddhas ne  cessent de tendre des perches aux êtres, encore faut-il qu’eux  s’en saisissent pour, à leur tour, se libérer de la souffrance et  autres obstacles.

Tout être a le potentiel pour devenir bouddha, mais pour  parvenir à cette suprême liberté, chacun doit prendre ses  responsabilités et suivre soi-même la voie qui mène à l’éveil.  Les bouddhas et les maîtres montrent le chemin, mais le travail  de libération étant intérieur, il ne peut être accompli que par  l’intéressé. Cela se fait par étapes et jusqu’à un certain stade ;   la progression peut connaître des hauts et des bas.

DÉBARRASSÉS DE L’IGNORANCE,   NOUS SOMMES CAPABLES D’AGIR DE MANIÈRE PERTINENTE POUR SOI   ET POUR AUTRUI

Pour se mettre en sécurité, il faut se libérer du  samsara, ce qui constitue un niveau médian de  liberté. Être libéré du samsara, cela veut dire être  sorti du cycle des naissances et des morts prises  sans liberté, sous le pouvoir des karmas et surtout  des facteurs perturbateurs de l’esprit, notamment  de l’attachement, de l’aversion et de l’ignorance.

La liberté, ce n’est pas la liberté de faire n’importe quoi,
c’est le refus de faire ce qui est nuisible   (Alexandre Minkowski)

 

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 33 pages 58 à 59

Interview de Jean-Christophe Rufin ,Couple : séparation n’est pas rupture

Interview de Jean-Christophe Rufin
Couple : séparation n’est pas rupture

Écrivain, médecin et diplomate, Jean- Christophe Rufin a été élu à l’Académie française en 2008. Engagé dans l’humanitaire à Médecins sans frontières, il a mené de nombreuses missions en Afrique, en Amérique Latine, dans les Balkans en Europe, avant de devenir président d’Action contre la faim. Avec une vie affective assez « chaotique », selon ses dires, il raconte dans son dernier roman Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla, paru aux éditions Gallimard, l’histoire d’un couple qui invente une autre manière de s’aimer.

Votre vie est incroyablement bien remplie. Qu’est-ce qui vous pousse à toujours bouger ainsi ?
Deux lectures sont possibles : la négative serait de dire que je suis inadapté à tout ; la positive, que je suis au contraire adapté à tout. Je suis habité par une certaine curiosité. Je n’aime pas la routine et j’ai découvert, il y a vingt ans, que j’avais en moi de la créativité, un imaginaire très débordant qui me permet aujourd’hui de sortir pratiquement un livre tous les ans. Le milieu professionnel ne me donnait pas assez d’espace pour exprimer cet imaginaire que j’ai trouvé dans la littérature. Il y a donc d’un côté ma vie de médecin et de l’autre ma vie d’écrivain, et les deux fonctionnent en parallèle.

Comment en êtes-vous arrivé à des activités humanitaires ?
Ce sont des rencontres, des hasards parfois. La première véritable expérience de rencontre avec une autre culture a eu lieu quand je me suis retrouvé en Tunisie comme coopérant. À mon retour, deuxième opportunité du hasard, c’était le début de Médecins sans frontières, et je m’y suis plongé. Puis je me suis fait des amis dans ces milieux-là, dont certains sont devenus des hommes politiques, Claude Malhuret ou Bernard Kouchner. Quand ce dernier est devenu ministre des Affaires étrangères, il m’a confié une ambassade. Le hasard m’a servi, mais encore faut-il l’accueillir, savoir le saisir. Ma carrière est le reflet de rencontres.

Vos activités sont toutes empreintes d’altruisme. Est-ce un besoin pour vous ?
J’ai choisi de pratiquer la médecine en référence à mon grand-père, médecin lui-même, qui m’a élevé. Cette profession m’a conduit à avoir un regard positif sur le monde, un regard de soin, de compréhension, sans chercher à juger mais à soigner, à comprendre pour améliorer. Mais j’ai retrouvé ce sentiment dans d’autres activités : quand j’étais ambassadeur, je m’intéressais beaucoup à la dimension consulaire de l’activité diplomatique, consistant à s’occuper des Français qui sont à l’étranger. En tant qu’écrivain, j’essaie d’apporter du positif, un souffle, un espoir à travers mes livres. Cela fait partie de ma personnalité. Je suis quelqu’un de plutôt optimiste.

Qu’est-ce qui vous motive à agir pour les autres ? Est-ce une forme de foi dans l’homme ?
Si la question est de savoir si c’est une foi religieuse, la réponse est non. Je suis habité par un certain humanisme militant. Dans toute forme de projet, il peut y avoir un risque d’oublier l’humain. Par exemple, j’ai écrit sur l’écologie radicale. L’écologie est devenue une grande nécessité, à condition de lui donner une dimension humaine et humaniste. Le mouvement vegan qui attaque les boucheries peut être interprété de façon antihumaniste. Dans toutes les idéologies, j’essaie de voir le moment où elles se retournent contre l’homme. Quand vous regardez l’histoire du XXe siècle, toute une série de drames est née du fascisme, du stalinisme qui, à l’origine, était des tentatives d’altruisme qui se sont retournées contre l’homme. C’est cette dimension-là que j’essaie de traquer parce que finalement dans toute forme de projet, il peut y avoir, si l’on n’y prend pas garde, un risque d’oublier l’humain. C’est cela qui m’intéresse.

(…)

Votre dernier roman porte sur l’histoire peu ordinaire d’un couple. Est-ce le but de finir ensemble ?
Je dirais que oui. Ce qu’on entend par but, c’est la perspective. Le projet du couple est dans la durée. Alors, on y parvient ou non. Je me suis amusé à faire en sorte que dans des mariages successifs, ce sont les derniers qui sont les plus vrais, les plus denses, comme s’ils avaient assimilé cette dimension de durée avec le temps. Les mariages de passion amoureuse, les mariages de jeunesse, c’est un feu de paille.

Êtes-vous d’accord avec cette assertion commune à tous les engagements, comme le mariage : l’important, c’est de durer ?
Oui, et je le dis aussi aux écrivains. Avoir un succès, c’est bien, mais avoir un succès dans la durée et tenir une forme de contrat avec les lecteurs de façon à apporter à chaque fois quelque chose de nouveau tout en gardant leur confiance, c’est difficile. La durée est une valeur pour moi. Je n’ai jamais aimé la médecine d’urgence, par exemple. Ce qui m’intéresse davantage, c’est la relation qui s’installe. Je pense qu’avec les lecteurs, nous formons une sorte de couple c’est-à- dire que nous sommes investis d’une confiance.

(…)

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 33 pages 32 à 35

LIBERTÉ DE LA PRESSE

LE « MÉDIATIQUE » N’EST PLUS DU JOURNALISME

Jean-Claude Guillebaud est écrivain et  journaliste. Grand reporter au quotidien Sud  Ouest en 1965, il rejoint Le Monde en 1972  grâce au prix Albert-Londres qui récompense  son professionnalisme. En 1989, il rejoint Le  Nouvel Observateur pour lequel il écrit des  chroniques. Président de Reporters sans  frontières, « arpenteur de terres et sondeur  d’âmes », il fait de la question de l’autocritique  des médias son cheval de bataille. Il refuse  le pessimisme contemporain, qu’il assimile  à une lâcheté. Il est possible de « réparer le  monde, dit-il, alors agissons ! ». Il est l’auteur  entre autres de Je n’ai plus peur et de La Foi qui reste parus aux éditions L’Iconoclaste

Cette fameuse hégémonie médiatique qui bouscule  — et parfois ruine — le fonctionnement de la  démocratie, n’est pas une calamité qu’il s’agirait de dénoncer infatigablement et vainement. C’est une  émergence nouvelle, qu’il faut, vaille que vaille, apprendre  à penser. Les médias seront toujours là demain, après- demain, et plus tard encore. Leur prêter servilement  allégeance est une capitulation bêtasse, mais les vitupérer  sur le mode dédaigneux n’a pas davantage de sens.

Ce qu’il faudrait plutôt favoriser, c’est une maîtrise  progressive, une mise à distance, un apprentissage  citoyen de cet « empire des médias » qui demeure, pour  l’instant encore, livré à ses pesanteurs déraisonnables.  Cette réappropriation implique un minimum de conceptualisation, de travail théorique. On ne  triomphe pas d’un phénomène déstabilisateur sans  l’avoir préalablement pensé. Or, il se trouve que ce  travail conceptuel est largement amorcé. Mais à un  niveau, trop discret, par une « société des clercs »  loin du grand public. Dans l’exil des colloques, des  laboratoires, des sciences humaines.

UNE NOUVELLE DISCIPLINE DU SAVOIR

Périodiquement, des institutions (universités,  départements de l’Unesco, sites Internet spécialisés)  donnent une assez bonne idée de cette réflexion  internationale. Philosophes, médiologues, sociologues,  spécialistes des sciences de la communication,  chercheurs : un savoir s’accumule bel et bien au sujet  des médias qu’il s’agit maintenant de vulgariser, au  bon sens du terme. Mais quelle sorte de savoir ? Parmi  toutes les analyses proposées, citons, à titre d’exemple,  celles de Daniel Bougnoux, professeur émérite de  sciences de la communication à l’université Stendhal  de Grenoble ou encore le philosophe Bernard Stiegler,  et son site personnel
« Ars Industrialis ».

Pour l’essentiel, l’un comme l’autre imputent au  progrès des « techniques médiatiques » quatre  basculements dans notre rapport au monde, quatre  grands « passages » collectifs. Du vertical à l’horizontal,  d’abord : en ouvrant grand angle sur le monde, les  médias ruinent les vieilles transcendances, y compris  celles de l’école et de l’État. Passage du stock au  flux, ensuite : la richesse et la culture se mesurent  dorénavant moins en termes de capital accumulé  qu’en capacité de circulation. Passage du contenu  aux relations, encore : ce n’est plus le contenu ou la  substance qui compte désormais mais la visibilité.  Passage enfin de l’hétéronomie à l’autonomie : les  médias tentent d’accomplir — jusqu’au point limite  de l’atomisation — cette (fausse) promesse de la  modernité : l’autonomie individuelle absolue.

Dans ce contexte, c’est la spécificité  radiophonique qu’il est intéressant d’interroger.  La radio hésite en effet entre deux vocations.  La première procède de l’instrument lui-même :  privilégier la parole, le mot, le concept et offrir,  face à l’image, contrepoids culturel du langage. La  radio, de ce point de vue, serait l’alliée objective de  l’écrit « raisonnable » contre l’émotivité du visuel.  Hélas, une station comme France Culture assume  quasiment seule cet ancrage nécessaire. L’autre  tropisme radiophonique obéit à des pesanteurs  inverses. Par son mode de fonctionnement, son  recrutement, son cousinage mondain, la radio  se vit parfois comme une sorte de télévision  privée d’images et donc, infériorisée, orpheline et  envieuse.

 La liberté implique la responsabilité, c’est d’ailleurs pourquoi   les hommes la redoutent tant   (George Bernard Shaw)

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 50 à 53

Le chemin de libération Jacques Castermane

Le chemin de libération

Jacques Castermane

Jacques Castermane nous fait à nouveau l’honneur de participer à notre revue  en donnant son point de vue sur la liberté. Cet homme qui a suivi pendant plus de vingt ans l’enseignement de Karlfried Graf Dürckheim nous amène très vite à la notion de liberté intérieure. Nous rappelons qu’il anime dans la Drôme le centre Dürckheim, une école de sagesse exercée
www.centre-durckheim.com.

Qu’est-ce que la liberté ? Question intéressante
Nonobstant le fait que je ne me sens pas vraiment concerné par les innombrables discours à propos de la liberté qui jalonnent les siècles. À quoi bon être plein d’espoir et d’illusion quant à la possibilité d’accéder à une liberté qui, le plus souvent, n’est autre que la somme de nos désirs égotiques, narcissiques, nombrilistes ? Une pseudo-liberté qui chaque jour encore oppose les uns aux autres. En même temps, j’avoue être touché par les manifestations qui rassemblent, ces jours-ci, des millions de personnes dans les rues de Hong-Kong, de Moscou et autres villes, au nom de la Liberté (avec un « L » majuscule).
Ce qui m’étonne, c’est qu’il est rare de lire une communication sur la « liberté intérieure de la personne individuelle ». Il est vrai que celle-ci est de plus en plus noyée dans le collectif. Cependant, comme l’écrit C. G. Jung : « Les éléphants ça n’existe pas ; il y a chaque fois UN éléphant. »
Les lignes qui suivent sont donc centrées sur l’expérience de la liberté intérieure qui, comme il est d’usage en Orient et en Extrême-Orient, nécessite un engagement sur un chemin de libération. Parce que la liberté intérieure ne nous sera pas donnée de l’extérieur. Un chemin de libération ? Oui. Parce que si l’expérience de la vraie liberté intérieure peut vous surprendre à l’occasion d’un événement inattendu, devenir celui ou celle qui se sent libre, indépendamment des conditions extérieures, nécessite un sérieux travail sur soi-même.

La liberté intérieure… c’est quoi ?
En voici un exemple qui m’a personnellement bouleversé : printemps de l’an 2000, j’accompagne Christina  à son rendez-vous chez le médecin qui, sur la base de divers examens, lui annonce qu’elle a… un cancer. Christina reçoit ce diagnostic en faisant preuve d’un calme qui semble surprendre le médecin ; je suis moi-même médusé. Ses questions et les réponses que lui donne le médecin sont posées et reçues, sans ces réactions mentales, affectives et physiques qui seraient bien  dans une telle situation :
« Est-ce un cancer qui donne l’espoir d’une guérison ?
— Non. Actuellement nous n’avons pas de moyens qui pourraient assurer une guérison de ce type de cancer. Ce que je peux vous promettre est que l’intervention chirurgicale et les traitements que je vous propose favorisent généralement une rémission.
— Une rémission… ?
— Il m’est impossible de vous donner un nombre de mois ou d’années. C’est vraiment différent d’une personne à l’autre. »
Ce qui me touche est la manière d’être de Christina : un OUI — à ce qui est — qui engage la totalité de son être. Reprenant la route du CHU de Lyon vers Mirmande, sortant d’un long temps de silence, Christina me dit : « C’est inconcevable ! Jamais encore je n’ai ressenti une telle liberté intérieure comme à ce moment précis où j’ai entendu le diagnostic du médecin. »
Voici ce que dit André Comte-Sponville de cette expérience dans son ouvrage Le goût de vivre : « Je revois mon amie Christina Castermane, déjà rongée par le cancer qui allait l’emporter quelques mois plus tard, nous dire de sa belle voix douce et fatiguée : « Il y a deux façons de dire OUI. On peut dire OUI parce que tout est bien.
On peut dire OUI parce que tout est. Ce n’est pas du tout la même chose. » Elle avait raison, ajoute André. Le premier OUI, celui de l’approbation, n’a de sens que religieux (si l’on croit à une providence divine). C’est le contraire du tragique : si tout est bien, il n’y a plus de tragédie. C’est le contraire de la révolte : si tout est bien, il n’y a jamais à résister, à combattre, à affronter. C’est le OUI de l’âne ou du béni-oui-oui. On le trouve parfois chez les stoïciens ; jamais chez Épicure, Spinoza ou Nietzsche. Parfois chez les croyants, mais point chez tous : voyez Job ou l’abbé Pierre. Le second OUI, celui de l’acceptation, ne relève pas d’un jugement de valeur (« le cancer est bon ») mais d’un jugement de fait (« OUI, j’ai un cancer »). Comment, autrement, le combattre efficacement ? Comment, si on ne peut le guérir, l’affronter lucidement ? »
Dire OUI à ce qui est, à moins que cet acquiescement intérieur vous saisisse sans que vous y soyez pour quelque chose, est certainement ce qu’il y a de plus difficile lorsqu’on est identifié à notre « Cher petit Moi ». D’où la nécessité d’un sérieux travail sur soi : un chemin de libération.
Sur le chemin de la libération, nous devons distinguer un exercice spécifique et le quotidien comme champ de l’exercice.

Un exercice spécifique ?
Je prendrai comme exemple le plus simple de tous. Il est appelé zazen  au Japon ; un mot qui a pris place dans nos dictionnaires depuis quelques années. Za signifie s’asseoir ! Zen signifie calme ! Et que faire une fois assis ? Rien.
Un rien faire qui s’accompagne d’un OUI à tout ce qui se présente à travers les sens ! Un rien faire qui déclenche des réactions mentales, des réactions affectives et des réactions physiques dépendantes du petit moi souverain (moi je veux / moi je ne veux pas ; moi j’aime / moi je n’aime pas).
Zazen : dire OUI… être OUI ; un sérieux travail de « déségocentration ».
Trouvant que zazen n’était pas un bon exercice pour MOI, parce que je ne me sentais jamais aussi agité, tendu, agressif, que pendant cet exercice, K. G. Dürckheim me dit : « Au contraire, je vois là une bonne raison pour que vous repreniez l’exercice demain matin. Il serait bien que vous compreniez que l’exercice du rien faire n’a jamais agité personne. Mais c’est magnifique ! En pratiquant zazen, vous voyez que là où vous êtes assis, il y a quelqu’un qui est tendu, agité, impatient, agressif. Mon maître au Japon me disait : « Rien de plus dangereux pour l’ego que zazen ! »

(…)

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 50 à 53

ÊTRE LIBRE UNE RÉVOLUTION INTÉRIEURE !

Après des études en lettres modernes, Jean-Luc Kopp, outre son métier d’enseignant auprès de jeunes en rupture scolaire, s’est consacré à la psychanalyse verbale, puis à la psychanalyse corporelle. Il est à ce jour le président de l’Institut français de psychanalyse corporelle, www.psychanalysecorporelle.org

Longtemps, j’ai cru que j’étais libre ; je me trompais et je ne le savais pas. Comme tout un chacun, je pensais qu’être libre consistait à se défaire de toute contrainte et à décider de sa vie. Subir un papa violent, autoritaire m’a très tôt conditionné à tout mettre en œuvre pour avoir le choix, ne sélectionner que ce qui me plaisait. Devenir professeur de lettres, puis psychanalyste verbal m’a convaincu que je contrôlais ma vie, que je parvenais enfin à exister, à obtenir une reconnaissance, de la valeur. Il est vrai que les élèves difficiles dont je m’occupais ainsi que mes patients m’obligeaient à ne rien laisser au hasard. J’avais beau être sur le qui-vive en permanence, pour autant, je cessais de m’identifier au personnage du « petit con » dans lequel mon père me cantonnait. Le choix professionnel me permettait de croire que n’avoir ni Dieu ni maître représentait le summum de la liberté.

Pourtant j’aidais de travers, j’aimais de travers, mais je l’ignorais. Deux événements déroutants m’ont ouvert les yeux. Le premier, alors que je saisissais l’un de mes élèves à la gorge parce qu’il me narguait en terrorisant les plus faibles, me  permit de voir défiler un à un tous les moments où mon père m’imposait ses débordements violents, ses humiliations verbales. Moi qui croyais m’être affranchi de ce despote familial, je lui ressemblais : contre mon gré, j’étais mu par la même violence intérieure qui m’avait blessé et que je refusais. Rude désillusion : mes études, mes préparations de cours étaient un leurre. Cette réalité scolaire particulière mettait au défi ma revendication de liberté et de maîtrise.

Un second tsunami me fut nécessaire : la naissance de mon fils Arnaud qui s’éteignit au bout de quinze jours. Je devais me soumettre à l’évidence : je ne contrôlais rien. Plus question de m’appuyer sur ma petite personne, sur mes prétendues qualités de prof ou de psy. Tout volait en éclats. Je n’étais plus rien.

À l’évidence, ces épreuves étaient nécessaires pour que je puisse enfin apercevoir combien, alors que je me pensais libre et autonome, j’étais esclave de mes croyances. Le choix était simple : me résigner et nourrir une révolte contre tout et tous. Ou consentir à ces événements non choisis, et peu à peu me laisser enseigner par eux. Je ne savais pas aimer, pas plus mon fils défunt que ma propre personne, ou autrui à travers mes élèves ou mes patients. Il me fallait apprendre à aimer ma fragilité, ma vulnérabilité. Faute de quoi, je me condamnais à entretenir la conviction que je n’étais pas aimé, que j’étais sans valeur.

Mon ascension intérieure, initiée par de fracassantes épreuves extérieures, se prolongea grâce à la découverte de la psychanalyse corporelle. Mon parcours en psychanalyse verbale m’avait conduit, en définitive, à me fuir, à éviter de me rencontrer en intimité ; cette autre forme de psychanalyse m’offrit enfin la grâce de rencontrer un petit Jean-Luc sacrément abîmé. Jusque-là, j’avais peur de la souffrance et je me contentais de me la représenter. Désormais, il s’agissait de la revivre, de la prendre à bras-le-corps, de la ressentir dans toute son horreur. Conversion du regard et du cœur exigée et garantie.

Accepter ce qui a été  constitue le seul acte de
liberté possible

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages47 à 49

Interview d’Olivier Delacroix ,S’aimer soi pour aimer mieux les autres

Interview d’Olivier Delacroix
S’aimer soi pour aimer mieux les autres

C’est dans son studio à Europe 1 que ce documentariste et animateur de radio et de télévision nous reçoit. Depuis plus de dix ans, ses reportages, ses documentaires invitent à découvrir « l’autre » différemment. Une rencontre intense et rythmée par cet homme d’engagements.

Vous êtes tourné vers les personnes en difficulté en affirmant même qu’elles vous ont construit ?
J’ai très vite cherché des réponses à travers l’autre. Depuis mon enfance, j’ai le sentiment profond qu’on se construit avec l’autre, en échangeant avec lui. J’ai été très tôt un enfant habité par des questions existentielles. Plus on partage nos questionnements avec les autres, plus on a la capacité à avancer, à structurer notre pensée et à devenir finalement plus libre. On n’est jamais plus dans la construction de soi que lorsqu’on est mis à l’épreuve ou lorsqu’on est face à l’injustice, ce qui peut amener à la colère, au regret, à la vengeance pour certains. La parole de l’autre invite alors à voir les stratégies qu’il a mises en place pour ne pas se laisser empoisonner ou amoindrir et faire face à la vie, aux épreuves, et en ressortir enrichi et plus fort. Avec l’émission Dans les yeux d’Olivier, j’ai la chance de rencontrer des personnalités riches en émotions et en conscience. Je suis plutôt quelqu’un qui fait confiance et qui considère que dans chaque Homme, il y a quelque chose de bon, d’exploitable. Même chez le pire des individus, il y a un petit coin de lumière qui peut à un moment donné l’irradier. Quand vous partez sur ces principes-là de vie, vous ne pouvez que vous enrichir.

Vous soutenez le combat des femmes. Quel est selon vous leur vrai combat ?
Il est d’arriver à l’égalité avec les hommes. Il est d’abord de préserver les leurs : leurs enfants, leur mari ; c’est selon moi lié à l’instinct de donner la vie, ce qui leur donne un sens des responsabilités plus accru très vite. On le voit très bien à travers les violences faites aux femmes : certaines mettent un temps infini à franchir les portes d’un commissariat parce qu’elles ont beaucoup d’amour et d’espoir en elles. Elles savent ce que le mot amour veut dire.Cela en fait des êtres responsables, que nous avons à remettre au cœur de notre société parce qu’une société qui ne fait pas attention aux femmes est une société malade, boiteuse. En revanche, elles ont cette capacité à trancher quand nous, les hommes, nous tournicotons, nous slalomons, nous sommes souvent moins matures. Donc le premier combat, c’est de protéger et de soutenir les femmes. C’est le cri d’alarme que je lance dans mon livre Parce qu’il y a les femmes qui concerne notamment les violences faites aux femmes. La France se déclare la patrie des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, mais tout cela n’est pas respecté. La secrétaire d’État Marlène Schiappa a proclamé 2018 l’année de la femme. Or, cette année-là, on a reculé : moins de foyers d’urgence pour les femmes, des associations qui disparaissent suite à la suppression de subventions.

Le mot aimer vous habite beaucoup. Quelle définition en donneriez-vous ?
Aimer, c’est faire attention à l’autre, partager avec lui, le protéger et le respecter. C’est être en quête de trouver l’équilibre en l’autre et que l’autre trouve l’équilibre en vous. Aimer, c’est communier en fait, échanger, s’enrichir ensemble, faire confiance, c’est tout ce qui tend à rendre solide une union, qu’elle soit amoureuse ou amicale. J’ai autour de moi des amis sans faille qui viendront me chercher au bout du monde et que j’irai chercher au bout du monde s’ils sont dans la panade. J’ai une femme aujourd’hui qui m’aide à cheminer et que j’aide à cheminer, c’est cela aimer. C’est aussi accepter de l’autre ce que vous n’êtes pas.

 Vos émissions et documentaires montrent que vous êtes un homme d’engagements forts. Quel en est le fil conducteur ?
J’ai toujours refusé de faire des choses qui n’avaient pas de sens, qui n’étaient pas militantes. J’aime être dans la réalité, donc rien de mieux que le documentaire pour incarner un moment de vie. J’aime faire avancer le bouchon, donner du sens à ce que je fais, donner des explications, rassurer. Professionnellement, c’est vraiment une volonté d’apprendre des autres et donc de donner la parole aux autres. J’explique aux uns quelle est la passion d’un autre, non pas pour s’y reconnaître, mais juste pour qu’ils la respectent. La tonalité, c’est de parler à des personnes sans les juger, sans donner mon avis. Je suis là pour encourager celui qui est en face de moi à s’exprimer.

Quelle est votre foi ? En l’Homme, en Dieu ? Et si c’est en Dieu, quel Dieu ?
Foi en l’Homme… J’ai foi en l’Homme, mais je suis mis à l’épreuve. Il y a certes la beauté de l’Homme, sa luminosité, son intelligence, son ingéniosité à créer les choses les plus formidables pour aller mieux. Mais de fait, ces dernières années me portent à penser que nous allons vivre des heures sombres.

(…)

 

Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 27 à 30