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Comprendre le caducée

Comprendre le caducée

Yoann Fleurice, thérapeute, formateur et philosophe, enseigne de tai-chi-chuan dans le nord depuis quinze ans. Il travaille sur les enjeux de santé et d’épanouissement humain en s’appuyant sur l’énergétique traditionnelle chinoise, la psychologie et la symbolique des maladies.

Le caducée est un symbole lié à la santé, cela chacun le sait, mais peu savent ce qu’il veut vraiment dire… Il s’est vidé de son sens, devenant une enseigne, un appel visuel de type commercial publicitaire. C’est à travers le tai-chi-chuan que j’ai commencé à comprendre ce qu’il signifie : les origines légendaires de cet art martial chinois parlent en effet du combat entre un oiseau (yang/ciel) et un serpent (yin/terre)… deux symboles présents dans le caducée.

La tradition chinoise pose la triade terre, homme, ciel :
La terre, c’est la nécessité, le besoin, le concret ; c’est notre côté animal qu’explore notamment le décodage biologique par les liens avec les réflexes animaux de survie. C’est la contrainte-nécessité, la survie, la dépendance (de l’enfant par exemple).
L’homme, c’est le travail relationnel, l’ouverture à l’autre, l’émotion, c’est le lien entre les deux. C’est être altéré (alter=autre), modifié, « sculpté » par le lien. C’est l’axe de toute thérapie par la parole…
Le ciel, c’est la liberté, la vie, la symbolisation, le langage, l’abstraction, les idéaux, l’art, l’intuition
et la quête du sens ; c’est un effort de mise en cohérence du vécu, du monde et de soi, dans une dialectique relationnelle qui nous fait converger vers nous-mêmes : « Va vers toi ».”

Une thérapie se doit de réunir ces trois aspects, et d’accueillir l’être dans toutes ses dimensions et dans son rapport aux forces de vie qui le traversent. L’homme doit donc « joindre les deux bouts » comme le dit si bien l’expression : faire coïncider en lui et par lui la terre et le ciel. Il ne peut le faire que s’il est dans un juste rapport des deux : dans son axe. Cet axe, c’est la ligne verticale du caducée. L’axe de quelqu’un, ce n’est pas sa colonne, mais une ligne qui se fait repère interne. Je pense que le seul moment où cette ligne est tout à fait concrète, matérielle et visible, est celui de l’embryogenèse où apparaît le nœud de Hensen, et surtout la ligne primitive, vers la troisième semaine de développement. C’est d’ailleurs le moment où l’embryon passe d’une structure en deux feuillets à une structure en trois feuillets : l’endoderme – terre, le mésoderme – homme, l’ectoderme – ciel. Les serpents sont symboles de nos énergies internes, psychiques (désirs, émotions, projections, angoisses, etc.). Toute une ménagerie animale chaotique (une arche de Noé au milieu d’un déluge ?) qui doit retrouver un axe, qui doit se redresser pour sortir de l’horizontalité.
Car si la verticale est universelle, l’axe de chacun est on ne peut plus personnel, j’allais écrire intime. La seule façon de vraiment pouvoir être proches les uns des autres, d’être « frères », de communier et de sortir de la violence, c’est par l’axe de chacun, c’est-à-dire la conscience active de l’inaliénable et profonde responsabilité de toute personne. C’est en partageant cette fondamentale nécessité d’incarner, d’assumer notre propre être qu’une sortie de la violence peut se profiler : m’étant reconnu moi-même, ayant conquis mon axe, je me rends apte à reconnaître l’autre en tant que faisant le même chemin, en tant qu’un autre moi-même en devenir… « Je suis pleinement responsable de ma vie, de chacune de mes paroles, de chacun de mes gestes ». L’autre est tel que moi en tant qu’il s’efforce comme moi d’être mieux lui-même : la différence est alors sacrée et n’empêche pas la fraternité puisque l’effort même pour se distinguer devient le bien commun reconnu comme socle d’un véritable rapport à l’autre. Conquérir son axe, sa responsabilité propre est la seule façon d’être vraiment proches les uns des autres : individualisme n’est pas égoïsme s’il s’enracine dans une conscience responsable, c’est même tout l’opposé. Mon axe, c’est ma façon à moi d’être au monde, pleinement, d’assumer le plus complètement possible ma liberté d’être.

Le chemin de la santé : se donner un axe

À la lumière de ce que je viens d’évoquer, l’on comprend pourquoi quelqu’un qui est malade dit qu’il n’est « pas d’aplomb » : il a perdu son axe. D’ailleurs un jeune enfant ne se connaissant pas n’a pas encore d’axe propre ; le parent va donc lui en offrir un provisoirement, il est son « tuteur » c’est-à-dire son axe provisoire ; l’enfant s’en sert pour grandir, pour « tendre vers le ciel ».

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 pages 25 à 27

Christian Bobin, La poésie, une contemplation,

Christian Bobin,
La poésie, une contemplation

Christian Bobin , nous l’avions rencontré , chez lui, voici plusieurs années (Reflets n° 14). Aujourd’hui, il nous répond de sa belle écriture qu’il n’est aps disponible pour une interview. Cependant à sa lettre, il nous joint son dernier recueil Le plâtrier siffleur, Ed POESIS, qui répond largement à nos questions. Christian Bobin nous autorise à publier des extraits, ce dont nous usons largement avec reconnaissance.

EXTRAIT DU PLÂTRIER SIFFLEUR…

Je crois qu’habiter poétiquement le monde, c’est l’habiter aussi et d’abord en contemplatif. Contempler est une manière de prendre soin. C’est casser tout ce qui en nous ressemble à une avidité, mais aussi à une attente ou un projet. Regarder et s’émouvoir de l’absence de différence entre ce qui est en face et nous. J’ai là sous les yeux, dans cette forêt, quelque chose qui est beaucoup plus riche que tout ce qu’un musée ne pourra jamais s’offrir. Dans l’ordre, un peu de mousse, un peu plus loin des ronces, une fougère que le soleil traverse comme un vitrail. Cette fougère est sainte par sa mortalité, par sa fragilité, par le fait qu’elle va connaître le dépérissement. Que faire de mieux que de saluer ceux qui sont dans le passage avec nous ? Ce serait beau de bâtir toute une conversation autour de cette fougère… Le monde est rempli de visons qui attendent des yeux. Les présences sont là, mais ce qui manque ce sont nos yeux. Qui la voit cette petite fougère prise dans une branche épineuse ? Le vent la connaît, le vent lui parle.
La contemplation est ce qui menace le plus, et de manière très drôle, la technique hyperpuissante. Et pour une raison très simple, c’est que les techniques nous facilitent la vie apparemment. Mais c’est un dogme d’aujourd’hui qu’on ait la vie facilitée. Qui a dit que la vie devait être facile et pratique ?
Est-ce qu’aimer c’est pratique ? Est-ce que souffrir, est-ce qu’espérer c’est pratique ? La technique nous éloigne de ces choses-là, et fait grandir une lèpre d’irréel qui envahit silencieusement le monde.
La contemplation, ce qu’on appelle la poésie, c’est le contraire précisément.

( …)

 

C’est peut-être ça d’ailleurs la vertu de la poésie, tendre le langage au maximum. Mais il y a un moment où chacun est obligé de comprendre d’une autre manière que par la compréhension analytique. Il faut peut-être comprendre par l’arrière de la tête, ou par ses yeux, ou par l’enfant qu’on était. Mais surtout ne pas comprendre par l’adulte qu’on se croit tenu d’être.
Il me semble que la poésie est comme une explication, mais qui n’explique rien. Elle est comme une science, elle est la seule science qui ne maltraite pas son objet. Peut-être parce qu’elle ne le traite pas en objet, justement. La poésie entre dans le monde comme dans une maison amie, elle révèle l’objet, elle l’amène à se révéler, elle ne le force pas.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 pages 33 à 35

Fake news, une lutte inégale

Fake news, une lutte inégale

Pierre Sabanier

Qu’est-ce qu’une fake news ?
C’est une fausse information diffusée sur le Net. Cette notion a été mise en avant lors de l’élection de Donald Trump à la présidence. De fausses informations semblant provenir de Russie auraient interféré sur les résultats. Trump lui-même a beaucoup utilisé ce terme le rendant populaire.

À quoi sert une fake news ?
D’abord elle a un but économique : vendre son produit. Mais ce qui est typique d’Internet, c’est l’utilisation du système. Il existe des « fermes » à fake news, ou contenus sponsorisés, écrivant à la chaîne de fausses nouvelles rémunérées par les clics et les like. Si bien qu’il existe aussi des fermes à clics !
Le modèle Internet au départ avait un but démocratique. N’importe qui pouvait s’exprimer, partager une nouvelle, la commenter. Le modèle économique des GAFA a pris le dessus. L’activité est rémunérée. Évidemment, plus elle est importante, plus elle rapporte. Cette activité enrichit les algorithmes. Nous sommes tous fichés, surveillés et ciblés afin que les contenus sponsorisés aillent au bon destinataire. Nous sommes devenus la marchandise avec une valeur marchande, et vendus à notre insu aux marchands qui ont quelque chose à nous vendre. Vous suivez ?
La fake news a également un but politique : puisque nous sommes si bien ciblés, nous intéressons aussi le monde politique pour influencer nos votes. La technique et les outils sont les mêmes. On nous dégoûte de ceci, on nous fait adhérer à cela de façon très personnalisée.

La loi de fiabilité et de confiance de l’information, voulue par le président Macron, peut-elle lutter contre ce système ?
La proposition de loi déposée par le député Richard Ferrand à l’Assemblée nationale le 21 mars 2018 et renvoyée en commission ne changera rien sur le fond. En période électorale seulement, la surveillance sera renforcée pour l’actualité politique. Les juges pourront faire cesser, sous quarante-huit heures, la diffusion d’informations jugées fausses, jusqu’à faire supprimer le compte initiateur. Comment, en un délai si court, juger de l’authenticité d’une nouvelle ? Quid de la liberté d’expression ? Lutter contre les excès sera donc possible, mais sur les principes, rien de nouveau.
Le modèle économique repose sur la mise en relation des personnes ayant les mêmes centres d’intérêt.
Prenons un exemple : il est interdit de faire de la propagande pour le racisme et de tenir des propos racistes. Mais on ne peut pas interdire d’avoir des pensées racistes. Par les algorithmes, ces personnes sont regroupées. Il n’est pas interdit de leur envoyer préférentiellement les actes délictueux qui peuvent alimenter leur point de vue, du genre : « Un assassinat sordide a été commis par une personne d’origine africaine… ». Les sous-entendus suffisent.
Le discernement est difficile.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 page 12

Les enfants sont des Poètes, Jean-Luc Pouliquen

Les enfants sont des Poètes

Jean-Luc Pouliquen

Jean-Luc Pouliquen est poète. À partir de ses nombreuses interventions dans les écoles, en France et à l’étranger, il a élaboré une méthode pour amener les plus jeunes à l’écriture poétique qui s’intitule Les enfants sont des poètes.

L’enfant n’a pas à recevoir de l’adulte le goût de la poésie, il l’a déjà en lui. Il est encore spontané, mêle dans sa perception du monde le réel et le rêve et sa relation toute fraîche avec le langage est propice aux trouvailles, aux inventions verbales. Les conditions sont alors réunies pour vivre avec lui une belle expérience poétique et humaine. Elle va consister à lui faire prendre le chemin des mots pour exprimer ce qu’il porte au plus profond de lui. L’enfant devra pour cela se mettre à une table et écrire comme il le fait à l’école mais l’exercice n’a rien de scolaire, il ne se situe pas sur le registre de la connaissance. Cette fois le langage est à son service, il est à la disposition de sa sensibilité, de ce qu’il désire communiquer. Peu à peu, il va l’apprivoiser, se l’approprier et découvrir qu’il peut par son intermédiaire exprimer quelque chose d’unique que lui seul pouvait dire.
À la différence de l’école, il n’y a pas de bons et de mauvais élèves en poésie, chacun existe dans sa singularité. Et bien souvent le pédagogue qui saura se placer sur ce terrain découvrira chez ses élèves des richesses qu’une situation classique d’apprentissage n’avait pas permis de révéler.
Dès lors, tout va se construire dans la relation et, aux côtés de celui qui va être à l’initiative de l’expérience (enseignant, bibliothécaire, médiateur culturel), le poète invité va pouvoir jouer son rôle de déclencheur. Il sait comment vient l’inspiration et va créer un climat, fait de confiance, d’écoute et d’encouragement, qui leur soit propice. Il n’aura pas beaucoup d’efforts à faire pour que vienne l’écriture. Les enfants n’attendent que son signal et la clef qu’il va leur donner pour ouvrir la porte de leur imaginaire.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 28 pages 53 à 55

Le « bitcoin »,Alain Pamart

Le « bitcoin »

Alain Pamart

Le « bitcoin » est une monnaie dématérialisée créée par des personnes privées, administrée par des sites spécialisés également privés, indépendamment des États. Cette crypto-devise circule exclusivement sur le réseau Internet, c’est un mode de paiement à vocation transnationale.
Les transactions s’opèrent sur un support dénommé la « blockchain » qui est un registre réputé infalsifiable ; celui-ci enregistre des données numériques, les stockant toutes en conservant leur historique. Chaque détenteur détient donc, actualisée en temps réel, la situation de son portefeuille virtuel. La devise « bitcoin » se distingue fondamentalement de celle des États car le montant total émis est intangible, contrairement aux États qui modifient constamment la masse de monnaie en circulation en faisant fonctionner la planche à billets.

L’avenir incertain et imprévisible du « bitcoin »
Le « bitcoin » est encore à ce jour un mécanisme relativement confidentiel qui devrait « prospérer » dans des proportions difficiles à quantifier mais assurément très importantes. Bientôt l’ignorance relative de l’existence du « bitcoin » aura vécu et tout un chacun s’y verra confronté, soit en l’utilisant, soit en lui marquant une hostilité de principe. Le défi d’une monnaie émise par un simple particulier n’est pas mince quand bien même il n’émane pas du modeste boutiquier du coin. Gageons que cette nouvelle devise est une véritable révolution culturelle ; notre conception de la monnaie attachée à la nation d’origine et à son identité première en sera inéluctablement affectée.
La relative complexité de l’usage du « bitcoin », sa multiplication exponentielle, sa vocation latente comme instrument de spéculation vont nécessairement écarter un très grand nombre de nos concitoyens, mais capter, à l’inverse, une minorité qui ne sera peut-être pas aussi minoritaire qu’on voudrait le croire.
Insistons sur la potentialité spéculative du « bitcoin ». Comme le nombre d’unités émises est irrévocable, seul l’équilibre ou plutôt le déséquilibre entre acheteurs et vendeurs sert de base pour en fixer la valeur unitaire. Si la devise est prisée, sa valeur va s’accroître, sinon elle ira en décroissant. Insistons sur un deuxième point qui est véritablement la clef de voûte de son existence et de sa survie : la valeur du « bitcoin » est exclusivement fondée sur la confiance et rien d’autre ; il n’existe aucune garantie, contrairement aux devises des États basées sur le patrimoine de ces derniers, leur santé économique, leur notoriété sur la scène internationale.

Qu’en sera-t-il des usagers du « bitcoin » ?
Pour les gros-porteurs, ils disposeront de moyens pour influencer les cours. Le « bitcoin » est idéalement le produit à forte valeur volatile multipliant ainsi les possibilités de manœuvre. En toute vraisemblance, ils joueront sur un rythme mesuré en volume et en fréquence pour tirer parti au mieux des cycles baissiers et haussiers ; ainsi ils n’altéreront pas trop fortement les cours et éviteront un possible recul de la confiance des autres porteurs.
Pour les moyens et petits porteurs, leur vigilance ne devra souffrir d’aucune distraction. Ils n’auront d’autre alternative que celle de suivre la stratégie supposée des gros-porteurs. Beaucoup resteront sur le carreau ; parvenir à discerner ce que veulent habilement dissimuler les gros-porteurs n’est pas une mince gageure. Il leur faudra être particulièrement chanceux, inspirés ou disposer d’un pouvoir de prémonition.

Le « bitcoin » influencera-t-il les mœurs de la société ?
Ne sommes-nous pas devant une inconnue majeure ? Le « bitcoin » deviendra-t-il une réalité pour le contenu de nos porte-monnaie ?
À l’évidence, le « bitcoin » suppose la maîtrise d’Internet et une familiarisation de toutes les procédures qui en constituent l’ossature. Il devrait donc assez peu toucher la génération des aînés, mais plutôt les générations suivantes. De cette observation, peut-on augurer une montée vertigineuse du phénomène ? Celle-ci sera-t-elle tempérée ou freinée par les États, la monnaie étant un pilier du pouvoir politique ? La mécanique « bitcoin » est pour sa part un mode, pour le coup non virtuel, d’échappatoire fiscale.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 pages 6 à 8

La poésie, une renaissance, Brigitte Maillard

La poésie, une renaissance

Brigitte Maillard

Brigitte Maillard auteur/poète interprète. Après des études de lettres, une vie de comédienne, puis de travailleur social en protection de l’enfance, elle s’oriente dès 2004 vers la poésie et la chanson. Un accident de vie relaté dans son autobiographie poétique parue en 2015 À l’éveil du jour fait de la poésie un chemin d’éveil. Après le site Monde en poésie « Pour que vivent la poésie, le monde et les mots pour le dire », elle vient de créer Monde en poésie Éditions. La Simple Évidence de la beauté, Soleil vivant soleil – préface Michel Cazenave – , À l’éveil du jour sont ses premiers livres : « de la beauté vers l’amour, le soleil retrouvé, jusqu’à la naissance du jour, notre merveilleux. La parole est un lieu de renaissance. » Parait en juillet 2017 L’Au-delà du monde aux éditions librairie Galerie Racine, Prix de poésie 2017 Les Gourmets de Lettres, sous l’égide de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse.

Comment êtes-vous venue à la poésie ?
Après un accident de vie. J’ai vécu une période douloureuse, celle de l’annonce d’une maladie, le cancer. Alors que je traversais cette période d’intense douleur, de traumatisme, la poésie a surgi : généreuse et printanière. Un jour, des phrases se sont imposées dans la nuit. J’ai découvert, dans cet état d’inspiration, combien la poésie pouvait nous porter secours. Ces mots, ces phrases ne décrivaient pas un paysage. Ils parlaient d’autre chose, autrement. Depuis, je n’ai cessé d’avancer dans cette direction devenue majeure pour moi, celle de la vie intérieure. Soutenue par la poésie, le poème, l’état poétique, j’ai laissé venir et s’épanouir l’élan vital inhérent à chaque traumatisme. Ne naissons-nous pas en criant ?

Qu’est-ce que vous voulez dire par cette forme ?
Ce qu’on ne peut pas dire dans la langue de tous les jours. La langue courante, celle avec laquelle nous communiquons. La poésie est une langue vivante, parfois étrangère. Elle porte en elle des couleurs, des sons, des odeurs nouvelles. Bien au-delà de la littérature, elle est un moyen de connaissance de l’âme humaine.

Quel effet a sur vous la poésie, c’est-à-dire l’état d’écrire la poésie ?
Je respire ! J’écoute ! Je me sens reliée au vivant. La poésie a cette faculté de m’aider à être plus attentive au monde, à ressentir la vie intensément. Jusqu’à toucher la vie du bout des doigts. Écrire de la poésie est une respiration. J’inspire ce qui est là, l’air mais aussi la beauté, la joie, l’amour. Le poème devient une expiration.

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 28 pages 41 à 42