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Police et racisme

 

                                                                Par Christian Roesch

Quel est le point commun entre les affaires George Floyd et Adama Traoré ?

Le 25 mai 2020 à Minneapolis, dans le Minnesota aux États-Unis, une personne est assassinée par les policiers qui l’ont interpellée. L’un d’eux l’étrangle avec son genou lors d’un plaquage ventral. Grâce aux caméras de vidéosurveillance, et surtout aux deux films réalisés par des passants choqués par le comportement des policiers, nous connaissons le déroulement des faits. Les quatre policiers étaient également équipés de caméras d’intervention, mais les images n’ont pas été diffusées.
Dès le lendemain, des manifestations contre le racisme au sein de la police éclatent à Minneapolis, puis dans de nombreuses villes, dont Washington devant le Capitole. Les réactions violentes des forces de l’ordre provoquent des échauffourées, parfois des émeutes, accompagnées d’incendies, de pillages, de destructions. Le président des USA est exfiltré vers le bunker sous-terrain…
« I can’t breathe » (Je ne peux pas respirer) est le message le plus repris sur les pancartes brandies. Tout un symbole !
Le mouvement Black Lives Matter (La vie des Noirs compte) né en 2003 pour des faits identiques est fortement présent, mais dans les cortèges se côtoient indistinctement Noirs et Blancs, écœurés par l’attitude de la police.

Dans de nombreuses villes du monde, des manifestations protestataires sont organisées. En France, elles reprennent le thème du racisme policier, en particulier sous l’égide de la sœur d’Adama Traoré. Ce dernier est décédé à la gendarmerie de Persan (Val-d’Oise) en juillet 2016, suite à une course-poursuite avec les gendarmes conduisant à son arrestation. Adama s’était enfui puis fait rattraper. Les circonstances de sa mort et le rôle du plaquage ventral laissaient beaucoup d’incertitudes.

Assa Traoré, sa sœur, était à l’origine des demandes d’explication sur son décès, estimant qu’il s’agissait d’une bavure policière. Soutenue par un collectif, elle crée le comité Vérité et Justice pour Adama. De fil en aiguille, elle devient une leader dans la lutte contre le racisme policier.
Le 2 juin 2020, le comité organise un rassemblement devant le tribunal judiciaire de Paris en réaction à l’expertise médicale qui, trois jours plus tôt, écartait la responsabilité des gendarmes.
La manifestation se confond avec les protestations consécutives à la mort de George Floyd. Elle rassemble entre 20 et 50 000 personnes. D’autres manifestations dans les grandes villes ont lieu dans les jours qui suivent.

Peut-on en conclure que la police (ou la gendarmerie) est raciste en France ?

La police, comme les autres institutions, reflète la société. Elle est à l’image de la population comme la représentation parlementaire. La violence policière est le reflet de la violence de notre société. Celle-ci dépense davantage pour se prémunir contre ce qu’elle considère comme des parias que pour aider à l’intégration. La violence première est de ne pas proposer des conditions de réussite sociale à une partie de sa population : les jeunes déshérités, les migrants, les exclus économiques… Ne pas pouvoir travailler convenablement, donc ne pas pouvoir fonder une famille ni accéder à un niveau de vie décent provoquent au-dehors un sentiment d’exclusion et au-dedans la négation de l’ego. Il est insupportable de ne pouvoir réussir au moins « comme tout le monde ». Puisque la réussite légale est  inaccessible, il reste la réussite illégale. La porte est franchie pour tous les commerces de rechange : drogue, vol, prostitution… L’illégalité se passe de la moralité. Essayer de l’empêcher, c’est comme essayer d’empêcher un fleuve d’aller vers le bas.
Plus la lutte contre la délinquance augmente ses moyens, plus celle-ci s’organise en conséquence. Plus la violence institutionnelle augmente, plus la violence des gangs augmente. Il y a quelques années, un ministre de l’Intérieur voulait « terroriser les terroristes ». Résultat : c‘est la population qui est la plus terrorisée, avec  certains quartiers devenant des zones de non-droit contrôlées par des bandes organisées.

Comment ces bandes se constituent-elles ?

Elles s’agglomèrent sur des critères de ressemblance : mêmes problèmes, mais aussi même origine, même culture : être au moins compris par ses semblables. Ne nous leurrons pas : le commerce illégal quel qu’il soit est soumis aux mêmes règles que le commerce légal, c’est-à-dire selon le modèle de notre société : nécessité de croître, d’avoir du personnel corvéable, de thésauriser, d’investir, de rentabiliser, etc.
Les moyens sont plus extrêmes ; les fins sont les mêmes !
Le monde légal condamne ces groupes à juste titre, mais au passage se développe l’idée de racisme, quand un groupe social différent n’entre pas dans la norme sociale. Alors si en plus l’illégalité fait concurrence à la légalité, la cause est entendue.

D’où provient le fait que nous n’aimons pas ce qui est différent et qui nous paraît violent ? Nous n’aimons pas nos propres zones d’ombre. Nous nous complaisons dans le rôle de victime. Nous refusons de voir le bourreau en nous que nous légitimons inconsciemment en pensant qu’il ne fait que défendre la victime que nous sommes. D’où notre ambiguïté par rapport à la police. Nous sommes victimes et bourreau du mal que nous nous infligeons et que nous exerçons sur les autres. Alors nous n’aimons pas les zones d’ombre chez les autres. Nous aimons les personnes différentes qui ont réussi leur intégration et adopté les valeurs de notre société. Yannick Noah, Omar Sy, Kylian Mbappé font partie des personnages préférés des Français.

Y a-t-il une solution au racisme, dans la police ou ailleurs ?

On ne peut pas changer le reflet du miroir sans changer le modèle :

  • en nous : en apprenant à connaître nos zones d’ombre et à les aimer ;
  • dans la société : la véritable solution est dans la volonté d’intégration. Elle passe par la possibilité de réussite sociale, en mettant les moyens dans l’éducation, le travail, le logement, les rencontres qui permettent de devenir quelqu’un de respectable à ses propres yeux.

La police est le reflet des choix présents et passés. Les choix à venir feront la police de demain.

Correction des fausses notes

Conte d’autoroute

Par Christian Roesch

Mon épouse et moi sommes assis à une table dans le coffee-shop de cette aire d’autoroute. Pas très loin de l’endroit où les clients, après avoir mangé, rapportent leur plateau sale et le glissent dans un meuble prévu à cet effet.
Cela soulève un questionnement en moi : ils payent la nourriture, ici de qualité très moyenne, assez chère ; Ils mangent à même leur plateau, sans nappe, avec juste un coup d’éponge rapidement passé sur la table et encore ! Seulement si les clients précédents ont fait des saletés.
Je pense : minimum de personnel, maximum de bénéfices pour la société qui gère ce lieu.
Mon esprit vagabonde sur cette modalité admise par une espèce de consensus : c’est le consommateur qui paye et qui fait une partie du travail. Ainsi, cela économise à l’entreprise d’embaucher du personnel. Certainement le client accepte pensant qu’il paye moins cher. Comme pour la distribution de carburant. Or, je le dis, sur les aires d’autoroute, rien n’est moins cher, certainement pas le carburant ni aucune prestation.
C’est le même principe dans d’autres domaines. Les banques par exemple : c’est nous qui remplissons les bordereaux de chèque, les glissons dans des machines après avoir tapé différents messages, et en fin de compte, nous payons des sommes mensuelles importantes pour avoir notre argent en dépôt dans la banque.
Le vagabondage continue : c’est pareil pour les réservations de train, etc.
J’en suis là de mes réflexions quand une dame d’un certain âge rapporte son plateau. Elle ne sait pas, ou voit mal, comment le glisser dans le meuble. Elle essaie dans le sens de la longueur du plateau puis dans la largeur. Et l’ayant mal posé, il bascule et tombe, faisant voler en éclats le verre et l’assiette.  Toute penaude, elle cherche à réparer les dégâts sans savoir comment s’y prendre. Elle fait mine de ramasser les morceaux mais sent bien l’inutilité de prendre quelques bouts  d’assiette mêlés aux déchets de nourriture. Finalement une employée, alertée par le bruit, arrive avec un balai et une pelle pour nettoyer les dégâts.
Alors mon esprit, déjà bien parti au-delà de la pièce, redouble de considérations générales : comment cette dame qui a payé pour manger, parce qu’elle fait tomber son plateau en débarrassant la table, cherche-t-elle aussi à faire le ménage ?
Jusqu’où cela peut-il aller ?
Une employée est venue mais j’imagine un col blanc cravaté, l’air sévère, lui tendant le balai et la pelle, qu’aurait-elle fait ? J’aurais tendance à répondre : elle aurait nettoyé.
Par quel mécanisme nous soumettons-nous  à « l’autorité » même contre notre gré ?
Ne pas rapporter le plateau semble un geste d’incivilité. Mais où commence l’esclavage ?
Les dictatures sont toujours habiles à restreindre les libertés millimètre par millimètre et à augmenter les obligations de la même manière. « J’ai fait ce qu’on m’a demandé de faire » disent les bureaucrates qui ont contribué à la Shoa.
Dans mon élan, je décide de ne pas rapporter mon plateau  tout en continuant à délirer… Et si un jour les caméras, déjà présentes, me filment et que des sbires m’attendent à la sortie pour m’y obliger ? Et si ce refus est considéré comme un acte délinquant ? (il y a peut-être un panneau quelque part demandant de rapporter son plateau ?)
Ça continue à vagabonder : Et si dans un fichier central, j’étais, au bout de deux fois,  persona non grata interdit de coffee-shop ?
Au bout de trois fois, interdit de station-service sur autoroute ?
Un autre délit équivalent et là, je suis fiché comme mauvais citoyen. Mes activités internet surveillées.
Cinq délits, et je passe de la surveillance à la rééducation : programmes subliminaux dans mes écrans.
Six, et ma voiture est désactivée au-delà de cinq kilomètres de chez moi.
Sept, et l’accès aux transports en commun est restreint, internet réduit au minimum.
Huit, et le programme de rééducation active se met en marche. Des ondes visent mon domicile et agissent sur mon cerveau.
Neuf, et se rajoutent des neuroleptiques et autres nanoparticules chimiques dans l’eau potable.
Dix : programme d’élimination. Les ondes et les produits toxiques dans l’eau me suggèrent impérativement de me suicider.
Problème réglé. Proprement. Les acteurs du programme ont fait leur travail, rien que leur travail. Sans haine. Il s’appelle « Correction des fausses notes ».

Ce texte a été écrit en mai 2018.

Il m’apparaissait alors délirant, inutile, si bien que je l’ai oublié dans un repli de mon ordinateur.
Mais récemment, en partie à cause du coronavirus, ont été révélées des méthodes de gouvernance  en Chine qui dépassent de très loin la science-fiction de ce conte.
Imaginez 600 millions de caméras de surveillance pour 1,2 milliard d’habitants. Rien n’échappe à la surveillance numérique des mails, des publications, des faits et gestes de chacun.
Cracher par terre et le fichage commence. Mais ce n’est rien à côté du fait de tenir des propos défavorables à l’État, d’avoir des attitudes divergentes de la ligne du parti, ou de pratiquer une activité religieuse ou spirituelle. Vous êtes rapidement considéré comme ennemi de l’État et réduit à une résidence surveillée, voire à la disparition du jour au lendemain.
Ce pays est en train de réaliser l’exploit de neutraliser la personnalité (ce qui rend chacun différent) qui a mis des milliers d’années pour émerger. Il annihile l’esprit individuel, rendant ainsi caduque toute idée de transcendance. Le pouvoir politique et économique était déjà entre les mains des dirigeants du parti. Par le numérique, il accède au pouvoir suprême que n’avait pas réalisé le marxisme : inculquer la croyance dans le parti comme sauveur unique.
Jusqu’où, jusqu’à quand un tel pouvoir totalitaire (sur la totalité de la personne), hégémonique, peut-il aller ?

 

 

Qu’est-ce que la liberté pour un chrétien ?

Dominique Rey Évêque de Fréjus-Toulon

 

Titulaire d’un doctorat en économie fiscale, Dominique Rey exerce une activité professionnelle au ministère des Finances avant de suivre des cours à l’Institut catholique de Paris où il obtient une licence en théologie et un diplôme en droit canonique. En 1984, il est ordonné prêtre à Notre-Dame par le cardinal Lustiger pour le diocèse de Paris et devient membre de la communauté de l’Emmanuel. Il deviendra évêque du diocèse de Fréjus-Toulon en 2000.

La liberté est une dimension remarquable de la dignité humaine. Elle est même, dit le Concile Vatican II, « le signe éminent de l’image de Dieu chez l’homme » [1], puisque l’homme et la femme ont été créés par Dieu à son image et à sa ressemblance (cf. Gn 1,27).

L’homme a chaque jour la mission de réaliser ce qu’il est, d’affirmer sans cesse sa liberté, et c’est ce qui fait sa grandeur. Pour pénétrer le sens chrétien de la liberté humaine, je l’envisagerai à la lumière de la Parole de Dieu et de l’enseignement de Jésus-Christ, notre libérateur.

Liberté & licence

Quelle définition pouvons-nous donner à la liberté ? C’est la faculté naturelle pour l’homme de choisir, de disposer de lui-même sans dépendre des autres, de se consacrer à faire ceci ou autre chose, d’agir d’une manière ou d’une autre. Pour autant, la liberté n’est pas la licence, c’est-à-dire faire tout ce que l’on veut, sans limites.

La liberté en effet n’est pas un principe formel creux. Nous pouvons librement choisir le mal, en ratant ainsi notre vie ; et librement nous pouvons choisir le bien véritable, réalisant ainsi la vie dans son authenticité.

Bossuet disait avec raison et profondeur : « La liberté n’est pas la capacité de faire ce que l’on veut, mais de vouloir ce que l’on fait. » Car l’homme n’est pas qu’un sujet de droits : il a aussi des devoirs. Et les premiers devoirs qu’il doit respecter, ce sont ceux que Dieu lui a donnés, c’est-à-dire les dix Commandements.

Dimension chrétienne

Dans le christianisme, la liberté est accordée par Dieu à l’homme créé à son image pour que, dans l’obéissance à Dieu, cette liberté ne se refuse pas mais s’affirme. C’est une liberté blessée mais que le péché n’annule pas ; c’est une liberté rachetée par Jésus-Christ et animée par l’Esprit saint.

La liberté chrétienne est une liberté que l’homme reçoit comme un don de Dieu. Uni à son Seigneur, il peut faire fructifier sa liberté dans l’amour. « L’homme qui aime Dieu s’identifie par l’amour à sa volonté et à ses commandements. » (Max Müller) L’amour nous aide à accomplir plus facilement et plus joyeusement ce que Dieu attend de nous.

Le pendant de la liberté, c’est la responsabilité : parce qu’il est libre, l’homme est responsable de ses actions devant Dieu, devant lui-même et devant les autres. Dieu nous a créés libres, et il respecte notre liberté. Mais il nous demandera de rendre compte de notre bon usage ou de notre mésusage de ce don, comme à l’intendant de la parabole. Au bon serviteur, il sera dit : « C’est bien, bon et fidèle serviteur, entre dans la joie de ton maître ! »(Mt 25,23), et au mauvais qui gaspille les biens de son maître : « Rends compte de ta gestion, car tu ne pourras plus gérer mes biens. » (Lc 16,2).

L’esclavage du péché

Dieu a créé l’homme et la femme libres. Mais le péché nous a rendus esclaves. Jésus le dit très clairement : « En vérité, je vous le dis, quiconque commet le péché est esclave. » (Jn 8,34). Et l’on peut voir comme le péché rend triste, parce qu’il est une forme d’esclavage qui oppresse, tandis que la liberté rend joyeux.

Que de fois pourtant sous le nom de la liberté se cache un esclavage opprimant ! La liberté est un don, un chemin et une conquête quotidienne. Être libre consiste à savoir se libérer de beaucoup d’attaches et de mettre ses propres dons au service des autres. La liberté capricieuse et arbitraire est en réalité un manque de liberté.

Dans l’exercice du libre choix, l’homme doit se libérer de menaces intérieures et extérieures qui jouent contre sa liberté. C’est ainsi que nous ne pouvons pas servir Dieu et l’argent (cf. Mt 6,24), car la cupidité est une idolâtrie. Les plaisirs peuvent exercer aussi une domination despotique. Pensons aussi à toutes les formes modernes  d’addiction : drogue, jeux, téléphone, pornographie… Plus l’homme cédera à ces pouvoirs, plus ils le rendront esclaves, l’humilieront et le dégraderont.

Le chrétien est appelé à se libérer de tout ce qui l’empêche de s’élever vers son Seigneur. Chaque année, à la Veillée pascale, la liturgie prévoit le renouvellement des promesses du baptême. À cette occasion, le prêtre demande aux fidèles : « Renoncez-vous au péché pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu ? » Une réponse libre et résolue est alors attendue de la part de tous les chrétiens.

La liberté des enfants de Dieu est déjà apparue dans le présent du chrétien, mais nous attendons sa plénitude glorieuse (cf. Rm 8,14). L’Esprit saint nous rachète quotidiennement du penchant à l’esclavage, car « là où est l’Esprit du Seigneur, là est le libérateur. » (2 Cor. 3,17). L’Esprit est en même temps principe de liberté, d’amour et d’unité dans la vie du chrétien, de la famille et de l’Église qui est le Corps du Christ.

  1. 1. Concile Vatican II, Gaudium et Spes, 1965, § 17.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 33  pages  54 à 57

LE DIALOGUE INTÉRIEUR, COMME UN TROU NOIR

 

Nous avions déjà rencontré Philippe Guillemant, ingénieur physicien au C.N.R.S., pour son intérêt pour la physique quantique qui l’a amené à la spiritualité [1]. Il mène une recherche fondamentale en physique de l’information visant à réviser notre conception classique de l’espace-temps [2]. Il nous a semblé alors évident pour ce dossier de lui demander le point de vue du scientifique sur le dialogue intérieur.

Qu’est-ce qu’un dialogue intérieur ? Ne serait-ce pas ce qu’on entend parfois qualifier de dialogue avec l’ange ou avec l’univers ? On pourrait décliner de nombreuses versions de ce « retour sur soi », dont certaines aux propriétés transcendantes que seule une certaine retenue nous conduit à ne pas présenter ainsi, préférant donc parler de dialogue essentiel ou peut-être inspirant, beaucoup plus acceptable dans un milieu intellectuel où la relation corrige la pensée.

Ne comptez pas sur moi pour vous parler d’un dialogue politiquement correct, qui ne pourrait faire l’objet à mon sens que d’une analyse plus ou moins stérile à force de tourner sans fin autour du pot, comme s’il était un trou noir dans lequel personne n’ose entrer.

Une partie de l’univers est un monde imaginaire
où tous les miracles sont possibles

Sauf que les trous noirs, on n’y entre pas comme ça ; ils nous attirent inexorablement à plus ou moins long terme. Je vais moi-même accélérer votre entraînement dans celui qui fait déboucher dans l’autre moitié de l’univers, ce monde imaginaire où tous les miracles sont possibles. Laissez de côté vos réserves et ouvrez-vous à ce que la science physique nous enseigne.

Si vous demandez à un scientifique de base, armé de la meilleure volonté du monde, de bien vouloir donner son avis sur le dialogue intérieur version transcendante, cette méthode de « reliance » à soi qui pourrait favoriser une sorte de « magie de la vie » reposant sur les hasards porteurs de chance ou les synchronicités, sa réponse toute faite sera de qualifier cela de pensée magique, mettant en jeu deux sortes de croyances illusoires :

  • l’illusion que notre cerveau pourrait recevoir des informations de « l’univers », qui seraient susceptibles de nous orienter vers des intentions réalisables ; ou mieux encore,
  • l’illusion que nous pourrions émettre des informations à destination de « l’univers » ou de son « grand mécanicien », afin qu’il oriente le cours des évènements vers la réalisation de nos intentions.

S’agissant ainsi d’attribuer à l’état de conscience issu du dialogue des capacités extraordinaires couramment agitées par le « nouvel âge niais », ce scientifique s’empressera de corriger une telle croyance en l’attribuant catégoriquement à différents types de biais cognitifs qui nous font dévier de la pensée rationnelle. Comme il existe bien une multitude de tels biais, il aura sans aucun doute raison, mais la question reste de savoir si ces biais couvrent bien 100 % des cas de réenchantement du vécu à l’issue d’un tel dialogue. Or les personnes qui, tout comme moi, ont expérimenté dans la foulée des synchronicités en cascade et excessivement improbables savent d’expérience que de tels biais ne peuvent en aucun cas couvrir l’ensemble du phénomène.

Nos intentions, issues d’un dialogue intérieur,
sont capables de provoquer des effets dans notre futur

Maintenant, demandons à un physicien quantique à l’esprit ouvert d’analyser cette réponse réductionniste le plus honnêtement possible, à la lumière des progrès de la physique moderne. Il pourra aisément mettre en évidence que le scientifique de base s’enferme lui-même dans deux types de croyances devenues illusoires :

  • l’illusion que tout ce qui arrive est d’ordre matériel, et que nos états de conscience eux-mêmes sont issus d’interactions qui se produisent à l’intérieur du cerveau ; et pire encore,
  • l’illusion que tout ce qui arrive émane de la causalité, et qu’il ne serait donc pas possible de relier nos états de conscience à des évènements qui en sont matériellement totalement indépendants.

Notre physicien balayera donc cette interdiction, devenue pseudo-scientifique, qui est faite à la conscience d’avoir des fonctionnalités qui dépassent l’entendement de notre cerveau, en faisant référence au vide et à l’intrication. Il objectera d’une part que le vide étant plein d’informations, nul ne peut considérer la conscience comme réductible au cerveau matériel. Il objectera d’autre part que l’intrication quantique étant un phénomène extensible au niveau macroscopique, nul ne peut affirmer que des phénomènes indépendants au sens de la causalité, comme ici un état de conscience et des évènements extérieurs, ne sauraient être reliés d’une manière qui échappe à toute analyse réductionniste.

Il semblerait donc que nos deux camps soient finalement à égalité et qu’il soit bien difficile de départager l’adepte du dialogue transcendant et le rationaliste ordinaire, afin de déterminer lequel est le plus proche de la raison. Remarquons toutefois que cette indécision repose tout de même sur le refus de considérer les synchronicités comme des phénomènes scientifiquement recevables, sous le prétexte qu’ils sont beaucoup trop subjectifs. Car s’il s’avérait que ces phénomènes étaient au contraire reconnus comme inexpliqués, alors il faudrait bien considérer l’expérience de l’adepte au même titre qu’une expérience scientifique dont les résultats doivent absolument être pris en compte pour faire avancer la science.

Le dialogue intérieur aboutit à une véritable interaction
avec l’univers

Mais aujourd’hui, ce déni ne tient plus devant les découvertes de la physique. On oublie le plus souvent que la quantique n’a pas l’exclusivité des grands mystères de la physique dont l’interprétation ouvre à la spiritualité, loin de là. En ce qui me concerne, c’est plutôt l’étude de la physique du chaos qui m’y a largement ouvert en premier lieu, au point que je suis devenu par la suite l’auteur d’une théorie scientifique qui explique comment le dialogue intérieur aboutit à une véritable interaction avec l’univers. Il s’agit bien d’un véritable exercice transcendant de notre libre arbitre, mettant en jeu six dimensions supplémentaires de notre espace-temps qu’il est légitime de qualifier de dimensions intérieures.

Il est ainsi devenu rationnel de penser que nos intentions, pour peu qu’elles émergent réellement d’un dialogue intérieur, sont capables de provoquer des effets dans notre futur qui deviennent à leur tour les causes d’effets dans notre présent, lesquels se présentent sous la forme de coïncidences porteuses d’un sens qui a pour vertu de nous orienter sur notre chemin de vie.

Toutefois, l’inconfort ou la peur de penser hors norme freinera le lecteur qui découvrirait pour la première fois ce nouveau paradigme. Il lui restera beaucoup de chemin à faire avant de pouvoir accepter une telle vérité, car bien d’autres illusions matérialistes sont à dégager avant de pouvoir simplement la mûrir :

  • l’illusion selon laquelle notre futur n’existerait pas encore, une croyance effectivement bien ancrée mais incompatible avec la théorie de la relativité, qui nous invite à penser que notre futur est déjà là ;
  • l’illusion selon laquelle tout ce qui nous arrive est déterminé mécaniquement, une croyance mécaniste persistante que la cosmologie et la physique quantique mettent pourtant à mal en nous parlant de multivers.

Mes propres travaux scientifiques me conduisent à proposer une version flexible du multivers qui contient les myriades de possibilités alternatives que nous avons de conduire notre vie, par l’exercice des deux propriétés fondamentales de la conscience que sont l’intention et l’attention.

Il s’ensuit qu’un retour sur soi réussi, grâce à un véritable dialogue intérieur, peut réellement faire émerger une intention correspondant à notre destinée idéale, celle qui nous est peut-être promise depuis fort longtemps, mais qui ne parvient pas à s’installer aussi longtemps que nous restons conditionnés par nos pensées, notre ego et nos émotions : ces automates fort utiles, mais qui finissent par nous plomber lorsque nous nous coupons de notre soi et de notre humanité.

Tout ce qui nous arrive dans la réalité extérieure
n’est en fin de compte que le reflet de notre vie intérieure

Il nous suffit alors de nous approprier cette intention, issue du dialogue intérieur, pour qu’elle tisse dans l’espace-temps les chemins vers la nouvelle destinée qui nous attend. Encore faudra-t-il que notre conscience soit capable de vivre le temps présent en prêtant attention à toutes les opportunités, en particulier ces fameux hasards qui portent avec eux toute la magie de la vie.

J’aurais tant à expliquer encore et encore pour démontrer la rationalité de cette magie qui n’est ni plus ni moins qu’une technologie de la conscience que nous découvrons à peine, tout comme un enfant au seuil de la puberté découvre à peine comment on fait les bébés.

La meilleure façon de la penser est de s’extraire de l’illusion même de notre réalité, cette véritable caverne de Platon dans laquelle notre cerveau nous enferme en nous faisant croire que la matière, l’espace et le temps existent réellement. Or la physique a accompli suffisamment de progrès pour qu’il soit possible d’affirmer aujourd’hui que le temps, l’espace et la matière n’existent pas et doivent être remplacés par la Vibration, l’Information et l’Énergie, c’est-à-dire la vie (V.I.E.).

Il en résulte que le dialogue intérieur, le vrai, devrait être compris comme le développement d’une faculté nous permettant de jouir de la vie, en ayant enfin compris que tout ce qui nous arrive dans la réalité extérieure n’est en fin de compte que le reflet de notre vie intérieure.

[1]. GUILLEMANT Philippe, « Le futur influence-t-il le présent ? », Reflets, n° 26, janvier 2018, p. 67.

[2]. GUILLEMANT Philippe, Le Pic de l’esprit, éd. Guy Trédaniel.

Comment communiquer sur l’environnement ?

 

Comment communiquer sur l’environnement ?
Par la peur ou par l’espoir ?

Jacques Lecomte

Docteur en psychologie
Président d’honneur de l’Association française de psychologie positive
Membre du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot

24 juin 2019

Certains aspects de l’environnement actuel sont fort préoccupants, tout particulièrement le réchauffement climatique. Comment les personnes lucides sur cette situation – et tout particulièrement les leaders d’opinion – devraient-elles communiquer à ce propos ? La plupart des écrits visant à alerter sur les problèmes d’environnement reposent (ou du moins, semblent reposer) sur ce double postulat : plus les citoyens seront informés et effrayés, plus ils auront de probabilités d’agir en faveur de l’environnement. Or ces deux affirmations sont erronées.

Plus d’informations ne conduit pas à plus de comportements pro-environnementaux

Le premier postulat (l’information incite au comportement) correspond à ce que les chercheurs en sciences sociales appellent le modèle du déficit, selon lequel il y a un écart entre l’information détenue par les experts et celles dont disposent les gens ordinaires. Une fois correctement informés, ces derniers adopteront des comportements pro-environnementaux.
Or ce modèle n’est pas pertinent.

Ne serait-ce que dans le domaine de l’environnement, de nombreuses études ont montré qu’il y a un fossé entre d’une part les valeurs et les attitudes, et d’autre part le comportement et l’action (attitude-behavior gap ou value-action gap des auteurs anglo-saxons). Ceci concerne par exemple la consommation verte (alimentation, transport, énergie, etc.) ou le recyclage des déchets, comme l’ont montré plusieurs synthèses de la littérature scientifique *1.

Ce phénomène concerne même les personnes les plus impliquées, comme le révèlent deux études publiées en 2017. L’une, au titre particulièrement significatif « Vert au sol, mais pas dans les airs » *2, montre que si les personnes les plus sensibilisées par les questions environnementales sont également celles qui adoptent les comportements les plus écologiques dans leur foyer, il n’en est rien pour l’avion. En effet, il n’y a pas de corrélation entre les convictions environnementales et l’usage de l’avion pour le loisir.
L’autre étude compare l’empreinte environnementale de trois groupes d’individus : des économistes, des médecins et des spécialistes de la protection de la nature (universitaires et-ou praticiens)*3. Ces derniers ont une empreinte écologique légèrement inférieure à celle des membres des deux autres groupes sur certains aspects (moins d’usage des avions pour le loisir, moins de consommation d’énergie domestique et plus de recyclage), mais utilisent plus l’avion pour raisons professionnelles et ont plus d’animaux domestiques (on sait par ailleurs que les chats domestiques sont une cause majeure de destruction des passereaux ; plusieurs milliards tués chaque année dans le monde). Cette étude montre également qu’il n’y a pas de relation entre le niveau de connaissances environnementales et le degré d’empreinte écologique.

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La communication par l’espoir plus efficace que la communication par la peur

Le second postulat consiste à penser que plus l’information sur la destruction de l’environnement suscite la peur, plus cela incitera les personnes à modifier leur comportement. La représentante la plus connue de cette stratégie de communication est la jeune Greta Thunberg qui a déclaré au Forum de Davos en janvier 2019 : « Je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que j’éprouve chaque jour. Et ensuite, je veux que vous agissiez. »*4 En France, cette forme d’argumentation est surtout développée par les partisans de l’effondrement *5.

Cette volonté d’inciter les citoyens à agir par la peur repose sur une perspective estimable, mais constitue également une illusion, au regard des connaissances actuelles.

Le changement climatique constituant actuellement le plus grave problème environnemental mondial, je me suis efforcé de recenser l’ensemble des études empiriques menées jusqu’en 2018 sur l’impact des messages, selon la forme adoptée (espoir ou peur). J’ai essayé d’être le plus exhaustif possible, même s’il se peut que des études m’aient échappé. Voici ce bilan.

5 études mettent en évidence l’impact positif de la peur forte et-ou l’impact négatif de l’espoir
2001 : Plus une information sur l’effet de serre suscite la peur, plus les personnes adoptent des attitudes favorables à l’usage d’ampoules électriques à faible consommation ; et plus ils sont nombreux à en commander *6.
2012 : Le fait de s’inquiéter à propos du changement climatique est corrélé avec la recherche d’informations sur le sujet, tandis que le fait d’avoir de l’espoir est corrélé avec l’évitement des informations *7
2011 : Après avoir vu un film documentaire sur le réchauffement climatique (Une vérité qui dérange), les spectateurs sont plus motivés et plus aptes à agir à ce propos. Par ailleurs, ils se sentent moins heureux *8.
2015 : des personnes qui lisent un message fortement menaçant sur le changement climatique éprouvent ensuite un sentiment d’efficacité collective à lutter contre celui-ci, plus élevé que ceux qui lisent un message minimisant la menace *9.
2016 : Les sujets qui lisent un texte suscitant une peur forte expriment plus d’intentions de s’engager dans un comportement pro-environnemental que ceux qui lisent un texte suscitant une peur faible *10.

4 études aboutissent à des résultats « neutres »

2001 : Des messages modérés de peur à propos des risques liés au CO2 suscitent le désir de rechercher de l’information sur les économies d’énergie ainsi qu’une attitude plus favorable envers elles *11.
2004 : Après avoir vu un film catastrophe sur le réchauffement climatique (Le jour d’après), les spectateurs ont une plus grande prise de conscience du problème, mais une moins bonne compréhension, en raison du caractère exagéré du contenu du film *12.
2012 : La connaissance sur le changement climatique conduit à la préoccupation à ce sujet, qui à son tour conduit au sentiment d’efficacité sur la capacité à agir *13.
2016 : L’espoir est prédictif de l’intention d’agir pour limiter le réchauffement. De même pour la peur, bien que plus faiblement. En revanche, la colère n’a pas d’impact *14.

Les études de 2001 et 2012 ne font pas appel à une peur forte, mais à une peur faible ou modérée, ou au souci (worry, concern). Je les ai classées dans cette catégorie « résultats neutres », car elles peuvent aussi bien être revendiquées par les partisans de la communication par la catastrophe que par les partisans de la communication par l’espoir. Je fais partie de cette seconde catégorie ; or je suis bien conscient qu’il y a du souci à se faire au sujet de l’environnement, et donc que l’appel visant à se préoccuper du changement climatique est pertinent.

16 études mettent en évidence l’impact nul ou négatif de la peur forte et-ou l’impact positif de l’espoir
1996 : Une large campagne, au ton dramatique, menée par le ministère hollandais de l’environnement (par la télévision nationale, les journaux, des affiches) avait pour objectif une prise de conscience des effets du changement climatique, ainsi que des changements de comportement. Elle a abouti à un échec *15.
2007 : Les personnes évitent de penser au changement climatique, notamment parce que cela suscite en eux des peurs d’insécurité, un sentiment d’impuissance et de culpabilité et que cela menace leur identité individuelle et collective *16.
2007 : Les personnes ont moins de probabilités de s’engager dans des comportements écologiques si elles considèrent que l’on ne peut pas résoudre les problèmes environnementaux *17.
2009 : Les descriptions du changement climatique par la peur (lacs asséchés, enfants qui meurent de faim, ours polaires inondations) provoquent un fort sentiment d’impuissance et sont rapidement oubliées une fois le premier impact passé. En revanche, des photographies positives (cycliste, maison avec panneaux solaire, éoliennes) produisent un fort sentiment d’efficacité personnelle à s’engager concrètement *18.
2010 : Une information sur le réchauffement climatique provoque moins de peur et plus d’attitude positive envers la limitation du changement climatique lorsqu’elle est présentée sous forme de de gain si l’on agit (prévenir l’élévation du niveau des mers et les inondations, etc.) que sous forme de perte si l’on n’agit pas ou pas assez *19.
2011 : On présente le thème du réchauffement climatique à des personnes, en insistant soit sur ses conséquences apocalyptiques, soit sur les solutions possibles. Par ailleurs, on évalue leur niveau de « croyance en un monde juste » (pensée très répandue selon laquelle on obtient ce qu’on mérite ou on mérite ce qu’on obtient). Chez les individus ayant une faible croyance en un monde juste, la lecture du document entraîne une légère augmentation de la conviction de la réalité du réchauffement, quel que soit le style du document. En revanche, ceux ayant tendance à croire en un monde juste et qui lisent un message catastrophiste deviennent nettement plus sceptiques sur le réchauffement, tandis que ceux qui lisent un message positif en sont bien plus convaincus *20.
2011 : La même information sur les risques liés au réchauffement climatique aboutit à des intentions d’agir plus fortes lorsqu’elle est présentée positivement plutôt que négativement *21.
2011 : Des spectateurs d’un film catastrophe sur le réchauffement climatique (L’âge de la stupidité, destiné à inciter les spectateurs à devenir des militants du climat) sont interrogés à trois reprises : juste avant le film, juste après et 10 à 14 semaine après. Avant le film, ces personnes expriment un haut niveau de conscience des problèmes et d’envie d’agir. Ce niveau augmente légèrement après visionnage, mais redevient trois mois plus tard quasi identique à ce qu’il était initialement *22.
2012 : Les personnes sont plus convaincues de l’intérêt d’actions en faveur du climat lorsque l’on souligne que cela créerait une société où les gens sont plus respectueux et bienveillants que lorsque l’on met l’accent sur les risques causés par le changement climatique. Cet effet est plus important encore chez les climatosceptiques *23.
2012 : Aux États-Unis, des messages alarmistes sur le réchauffement climatique augmentent le soutien aux politiques de réduction de risques chez les partisans du parti démocrate, mais ont l’effet inverse chez les partisans du parti républicain, précisément ceux qu’il est le plus nécessaire de sensibiliser. Les auteurs de cette étude parlent d’effet boomerang » de la communication scientifique *24.
2013 : Des images des impacts catastrophistes du changement climatique (inondations, calotte glaciaire, déforestation, ours blanc…) amènent les personnes à considérer que ce problème est important, mais qu’elles ne peuvent rien faire à ce propos. Inversement, des images d’alternatives énergétiques (panneaux solaires, éoliennes, isolation de la maison…) favorisent le sentiment d’efficacité *25.
2014 : Cette étude est la suite de celle de 2011 sur le film catastrophe L’âge de la stupidité. Un an après avoir vu le film, le sentiment d’efficacité et le désir d’agir en faveur de l’environnement sont inférieurs à ce qu’ils étaient avant d’avoir vu le film *26.
2014 : Parmi les émotions susceptibles d’inciter à soutenir une politique de lutte contre le réchauffement climatique, l’inquiétude vient en premier, suivie de l’espoir. En revanche, la peur n’est pas liée à ce soutien *27.
2014 : Lorsqu’on présente un projet de loi destinée à réduire le réchauffement climatique en insistant sur son intérêt économique (création d’emploi, réduction des coûts de l’énergie), les personnes ont tendance à appuyer cette mesure, tandis que si on insiste sur les dangers à venir causés par le réchauffement, les sujets ont fortement tendance à s’y opposer *28.
2018 : Après avoir été soumis à un message menaçant relatif au réchauffement climatique, les personnes adoptent un degré plus élevé d’ethnocentrisme et ont moins l’intention de s’engager dans des comportements pro-environnementaux *29.
2018 : Les personnes qui ont le sentiment que leur action n’aura pas d’impact ont plus tendance à ne pas s’engager dans des comportements pro-environnementaux, même si elles sont concernées par les problèmes*30.

L’ensemble de ces résultats amène à la conclusion que, dans l’état actuel de nos connaissances, les messages générant une forte peur ont des effets globalement contre-productifs ; lorsqu’ils ont des effets positifs, ceux-ci ne sont pas durables. Tandis que les messages d’espoir ont plutôt des effets positifs.
Deux remarques toutefois :
– Certaines études concluent à un effet positif des messages de peur forte. Il serait intéressant d’analyser plus précisément pourquoi, ce qui pourrait fournir des pistes d’intervention. Je n’ai malheureusement pas le temps de réaliser ce travail comparatif.
– Ces résultats en faveur d’une approche par l’espoir ne doivent évidemment pas conduire à penser qu’il faut ignorer les menaces. Beaucoup de progrès sont évidemment nécessaires pour que la société et l’environnement se portent bien. Il ne faut pas confondre l’espoir actif et l’espoir passif.

De façon plus générale, l’espoir a systématiquement été au cœur de la dynamique des grands réformateurs sociaux et politiques, qu’il s’agisse de Nelson Mandela ou de bien d’autres.

Sans espoir, ils ne se seraient pas engagés dans l’action.
Sans espoir, ils n’auraient pas résisté aux vagues de tristesse qui pouvaient les atteindre face à la dure adversité.
Sans espoir, ils se seraient effondrés psychiquement lors des mois, voire des décennies de captivité que certains ont endurées.
Sans espoir, ils ne nous auraient pas laissé un monde dans lequel, malgré toutes ses imperfections, il vaut encore la peine de goûter la vie et de s’engager dans leurs traces au service du bien commun.

C’est bien dans les situations les plus problématiques que nous avons le plus besoin d’espoir. Rejeter l’espoir, c’est nier notre humanité.

Pour conclure mon propos, je laisse la parole à Yann Arthus-Bertrand, bien connu pour son engagement au service de la planète : « Ce ne sont en effet ni les menaces, ni les prophéties apocalyptiques, ni les leçons de morale, ni même les raisonnements rationnels qui changeront notre société. C’est l’élan qui nous pousse vers les autres et qui nous lie à eux. C’est l’amour – dans ses multiples formes. (…) Plus encore qu’une écologie humaniste, il faut une écologie humaine, chaleureuse, qui nous réconcilie avec nous-mêmes et avec notre siècle. Et je crois que là est l’avenir de l’écologie. »*31

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NB : Ce document est une annexe d’un livre sur une politique de fraternité et de convivialité, que je publierai en 2021. Cet ouvrage présentera de nombreuses études et expériences concrètes montrant l’impact positif de la coopération, de l’empathie, de la confiance en autrui, etc. dans de multiples domaines : éducation, santé publique, justice, environnement, économie, relations internationales…

*1 Peattie, K. (2010). Green consumption: behavior and norms, Annual Review of Environment and Resources, 35, 195-228. Abrahamse, W., Steg, L., Vlek, C., & Rothengatter, J. A. (2005). A review of intervention studies aimed at household energy conservation, Journal of Environmental Psychology, 25, 273–291.
*2 Alcock, I. et al. (2017). “Green” on the ground but not in the air: Pro-environmental attitudes are related to household behaviours but not discretionary air travel, Global Environmental Change, 42, 136-147.
*3 Balmford, A., Cole, L., Sandbrook, C. & Fisher, B. (2017). The environmental footprints of conservationists, economists and medics compared. Biological Conservation, 214, 260-269.
*4 https://www.youtube.com/watch?v=RjsLm5PCdVQ
*5 Servigne, P. & Stevens, R. (2015). Comment tout peut s’effondrer, Paris, Seuil. Servigne, P., Stevens, R. & Chapelle, G. (2018). Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil.
*6 Mejinders, A. L., Midden, C. J. H. and Wilke, H. A. M. (2001). Communications about environmental risks and risk-reducing behaviour: The impact of fear on information processing. Journal of Applied Social Psychology, 31 (4), 754-777.
*7 Yang, Z. J. & Kahlor, L. (2013). What, me worry? The role of affect in information seeking and avoidance. Science Communication, 35 (2), 189-212.
*8 Beattie, G., Sale, L. and McGuire, L. (2011) An inconvenient truth? Can a film really affect psychological mood and our explicit attitudes towards climate change?, Semiotica, 187, 105-125.
*9 Hornsey, M.J. et al. (2015). Evidence for motivated control: Understanding the paradoxical link between threat and efficacy beliefs about climate change. Journal of Environmental Psychology 42, 57-65.
*10 Chen, M. (2016). Impact of fear appeals on pro-environmental behavior and crucial determinants. International Journal Of Advertising, 35(1), 74-92.
*11 Meijnders, A., Midden, C. & Wilke, H. (2001). Role of negative emotion in communication about CO2 risks. Risk Analysis, 21 (5), 955-966.
*12 Balmford, A., Manica, A., Airey, L., Birkin, L., Oliver, A. & Schleicher, J. 2004. Hollywood, climate change, and the public. Science, 305, 1713.
*13 Milfont T. L. (2012). The interplay between knowledge, perceived efficacy, and concern about global warming and climate change: a one-year longitudinal study, Risk Analysis, 32 (6), 1003-1020.
*14 Feldman, L. & Hart, P. S. (2016). Using political efficacy messages to increase climate activism: The mediating role of emotions, Science Communication, 38 (1), 99-127.
*15 Staats, H. J., Wit, A. P., & Midden, C. J. H. (1996). Communicating the greenhouse effect to the public: Evaluation of a mass media campaign from a social dilemma perspective. Journal of Environmental Management, 45, 189-203.
*16 Norgaard, K. M. (2006). “People want to protect themselves a little bit”: Emotions, denial, and social movement nonparticipation. Sociological Inquiry, 76 (3), 372-396.
*17 Homburg, A., Stolberg, A., & Wagner, W. (2007) Coping with global environmental problems: Development and first validation of scales. Environment and Behaviour, 39 (6), 754-778.
*18 O’Neill, S. & Nicholson-Cole, S. (2009). “Fear won’t do it’: promoting positive engagement with climate change through visual and iconic representations. Science Communication, 30 (3), 355-379.
*19 Spence, A. & Pidgeon, N. (2010). Framing and communicating climate change: The effects of distance and outcome frame manipulations, Global Environmental Change, 20 (4), 656-667.
*20 Feinberg, M., & Willer, R. (2011). Apocalypse soon? Dire messages reduce belief in global warming by contradicting just-world beliefs. Psychological Science, 22, 34-38.
*21 Morton T. A., Rabinovich A., Marshall D. and Bretschneider P. (2011). The future that may (or may not) come: How framing changes responses to uncertainty in climate change communications, Global Environmental Change, 21 (1), 103-109.
*22 Howell, R. A. (2010). Lights, camera … action? Altered attitudes and behaviour in response to the climate change film The Age of Stupid. Global Environmental Change, 21 (1), 177-187.
*23 Bain, P. G., Hornsey, M. J., Bongiorno, R. & Jeffries, C. (2012). Promoting pro-environmental action in climate change deniers, Nature Climate Change, 2 (8), 600-603.
*24 Hart, P. S. & Nisbet, E. (2012). Boomerang effects in science communication: How motivated reasoning and identity cues amplify opinion polarization about climate mitigation policies. Communication Research, 39 (6), 701-723.
*25 O’Neill, S., Boykoff, M., Day, S. A. & Niemeyer, S. (2013). On the use of imagery for climate change engagement. Global Environmental Change, 23 (2), 413-421.
*26 Howell, R. A. (2014). Investigating the long-term impacts of climate change communications on individuals’ attitudes and behavior, Environment and Behavior, 46 (1), 70-101.
*27 Smith, N. & Leiserowitz, A. (2014). The role of emotion in global warming policy support and opposition, Risk Analysis, 34 (5), 937-948.
*28 Anderson et al. (2014). Mobilization, Polarization, and Compromise: The Effect of Political Moralizing on Climate Change Politics, Paper prepared for the Annual Meeting of the American Political Science Association, Washington, DC. August 28-30, 2014.
*29 Uhl, I., Klackl, J., Hansen, N., & Jonas, E. (2018). Undesirable effects of threatening climate change information: A cross-cultural study. Group Processes & Intergroup Relations, 21 (3), 513-529.
*30 Landry, N., Gifford, R., Milfont, T. L., Weeks, A., & Arnocky, S. (2017). Learned helplessness moderates the relationship between environmental concern and behavior. Journal of Environmental Psychology, 55, 18-22.
*31 Arthus-Bertrand, Y. (2018). Préface de O. Blond, Pour en finir avec l’écologie punitive, Paris, Grasset, p. 9.