Archives de catégorie : Rédaction

Comment communiquer sur l’environnement ?

 

Comment communiquer sur l’environnement ?
Par la peur ou par l’espoir ?

Jacques Lecomte

Docteur en psychologie
Président d’honneur de l’Association française de psychologie positive
Membre du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot

24 juin 2019

Certains aspects de l’environnement actuel sont fort préoccupants, tout particulièrement le réchauffement climatique. Comment les personnes lucides sur cette situation – et tout particulièrement les leaders d’opinion – devraient-elles communiquer à ce propos ? La plupart des écrits visant à alerter sur les problèmes d’environnement reposent (ou du moins, semblent reposer) sur ce double postulat : plus les citoyens seront informés et effrayés, plus ils auront de probabilités d’agir en faveur de l’environnement. Or ces deux affirmations sont erronées.

Plus d’informations ne conduit pas à plus de comportements pro-environnementaux

Le premier postulat (l’information incite au comportement) correspond à ce que les chercheurs en sciences sociales appellent le modèle du déficit, selon lequel il y a un écart entre l’information détenue par les experts et celles dont disposent les gens ordinaires. Une fois correctement informés, ces derniers adopteront des comportements pro-environnementaux.
Or ce modèle n’est pas pertinent.

Ne serait-ce que dans le domaine de l’environnement, de nombreuses études ont montré qu’il y a un fossé entre d’une part les valeurs et les attitudes, et d’autre part le comportement et l’action (attitude-behavior gap ou value-action gap des auteurs anglo-saxons). Ceci concerne par exemple la consommation verte (alimentation, transport, énergie, etc.) ou le recyclage des déchets, comme l’ont montré plusieurs synthèses de la littérature scientifique *1.

Ce phénomène concerne même les personnes les plus impliquées, comme le révèlent deux études publiées en 2017. L’une, au titre particulièrement significatif « Vert au sol, mais pas dans les airs » *2, montre que si les personnes les plus sensibilisées par les questions environnementales sont également celles qui adoptent les comportements les plus écologiques dans leur foyer, il n’en est rien pour l’avion. En effet, il n’y a pas de corrélation entre les convictions environnementales et l’usage de l’avion pour le loisir.
L’autre étude compare l’empreinte environnementale de trois groupes d’individus : des économistes, des médecins et des spécialistes de la protection de la nature (universitaires et-ou praticiens)*3. Ces derniers ont une empreinte écologique légèrement inférieure à celle des membres des deux autres groupes sur certains aspects (moins d’usage des avions pour le loisir, moins de consommation d’énergie domestique et plus de recyclage), mais utilisent plus l’avion pour raisons professionnelles et ont plus d’animaux domestiques (on sait par ailleurs que les chats domestiques sont une cause majeure de destruction des passereaux ; plusieurs milliards tués chaque année dans le monde). Cette étude montre également qu’il n’y a pas de relation entre le niveau de connaissances environnementales et le degré d’empreinte écologique.

**********************

La communication par l’espoir plus efficace que la communication par la peur

Le second postulat consiste à penser que plus l’information sur la destruction de l’environnement suscite la peur, plus cela incitera les personnes à modifier leur comportement. La représentante la plus connue de cette stratégie de communication est la jeune Greta Thunberg qui a déclaré au Forum de Davos en janvier 2019 : « Je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que j’éprouve chaque jour. Et ensuite, je veux que vous agissiez. »*4 En France, cette forme d’argumentation est surtout développée par les partisans de l’effondrement *5.

Cette volonté d’inciter les citoyens à agir par la peur repose sur une perspective estimable, mais constitue également une illusion, au regard des connaissances actuelles.

Le changement climatique constituant actuellement le plus grave problème environnemental mondial, je me suis efforcé de recenser l’ensemble des études empiriques menées jusqu’en 2018 sur l’impact des messages, selon la forme adoptée (espoir ou peur). J’ai essayé d’être le plus exhaustif possible, même s’il se peut que des études m’aient échappé. Voici ce bilan.

5 études mettent en évidence l’impact positif de la peur forte et-ou l’impact négatif de l’espoir
2001 : Plus une information sur l’effet de serre suscite la peur, plus les personnes adoptent des attitudes favorables à l’usage d’ampoules électriques à faible consommation ; et plus ils sont nombreux à en commander *6.
2012 : Le fait de s’inquiéter à propos du changement climatique est corrélé avec la recherche d’informations sur le sujet, tandis que le fait d’avoir de l’espoir est corrélé avec l’évitement des informations *7
2011 : Après avoir vu un film documentaire sur le réchauffement climatique (Une vérité qui dérange), les spectateurs sont plus motivés et plus aptes à agir à ce propos. Par ailleurs, ils se sentent moins heureux *8.
2015 : des personnes qui lisent un message fortement menaçant sur le changement climatique éprouvent ensuite un sentiment d’efficacité collective à lutter contre celui-ci, plus élevé que ceux qui lisent un message minimisant la menace *9.
2016 : Les sujets qui lisent un texte suscitant une peur forte expriment plus d’intentions de s’engager dans un comportement pro-environnemental que ceux qui lisent un texte suscitant une peur faible *10.

4 études aboutissent à des résultats « neutres »

2001 : Des messages modérés de peur à propos des risques liés au CO2 suscitent le désir de rechercher de l’information sur les économies d’énergie ainsi qu’une attitude plus favorable envers elles *11.
2004 : Après avoir vu un film catastrophe sur le réchauffement climatique (Le jour d’après), les spectateurs ont une plus grande prise de conscience du problème, mais une moins bonne compréhension, en raison du caractère exagéré du contenu du film *12.
2012 : La connaissance sur le changement climatique conduit à la préoccupation à ce sujet, qui à son tour conduit au sentiment d’efficacité sur la capacité à agir *13.
2016 : L’espoir est prédictif de l’intention d’agir pour limiter le réchauffement. De même pour la peur, bien que plus faiblement. En revanche, la colère n’a pas d’impact *14.

Les études de 2001 et 2012 ne font pas appel à une peur forte, mais à une peur faible ou modérée, ou au souci (worry, concern). Je les ai classées dans cette catégorie « résultats neutres », car elles peuvent aussi bien être revendiquées par les partisans de la communication par la catastrophe que par les partisans de la communication par l’espoir. Je fais partie de cette seconde catégorie ; or je suis bien conscient qu’il y a du souci à se faire au sujet de l’environnement, et donc que l’appel visant à se préoccuper du changement climatique est pertinent.

16 études mettent en évidence l’impact nul ou négatif de la peur forte et-ou l’impact positif de l’espoir
1996 : Une large campagne, au ton dramatique, menée par le ministère hollandais de l’environnement (par la télévision nationale, les journaux, des affiches) avait pour objectif une prise de conscience des effets du changement climatique, ainsi que des changements de comportement. Elle a abouti à un échec *15.
2007 : Les personnes évitent de penser au changement climatique, notamment parce que cela suscite en eux des peurs d’insécurité, un sentiment d’impuissance et de culpabilité et que cela menace leur identité individuelle et collective *16.
2007 : Les personnes ont moins de probabilités de s’engager dans des comportements écologiques si elles considèrent que l’on ne peut pas résoudre les problèmes environnementaux *17.
2009 : Les descriptions du changement climatique par la peur (lacs asséchés, enfants qui meurent de faim, ours polaires inondations) provoquent un fort sentiment d’impuissance et sont rapidement oubliées une fois le premier impact passé. En revanche, des photographies positives (cycliste, maison avec panneaux solaire, éoliennes) produisent un fort sentiment d’efficacité personnelle à s’engager concrètement *18.
2010 : Une information sur le réchauffement climatique provoque moins de peur et plus d’attitude positive envers la limitation du changement climatique lorsqu’elle est présentée sous forme de de gain si l’on agit (prévenir l’élévation du niveau des mers et les inondations, etc.) que sous forme de perte si l’on n’agit pas ou pas assez *19.
2011 : On présente le thème du réchauffement climatique à des personnes, en insistant soit sur ses conséquences apocalyptiques, soit sur les solutions possibles. Par ailleurs, on évalue leur niveau de « croyance en un monde juste » (pensée très répandue selon laquelle on obtient ce qu’on mérite ou on mérite ce qu’on obtient). Chez les individus ayant une faible croyance en un monde juste, la lecture du document entraîne une légère augmentation de la conviction de la réalité du réchauffement, quel que soit le style du document. En revanche, ceux ayant tendance à croire en un monde juste et qui lisent un message catastrophiste deviennent nettement plus sceptiques sur le réchauffement, tandis que ceux qui lisent un message positif en sont bien plus convaincus *20.
2011 : La même information sur les risques liés au réchauffement climatique aboutit à des intentions d’agir plus fortes lorsqu’elle est présentée positivement plutôt que négativement *21.
2011 : Des spectateurs d’un film catastrophe sur le réchauffement climatique (L’âge de la stupidité, destiné à inciter les spectateurs à devenir des militants du climat) sont interrogés à trois reprises : juste avant le film, juste après et 10 à 14 semaine après. Avant le film, ces personnes expriment un haut niveau de conscience des problèmes et d’envie d’agir. Ce niveau augmente légèrement après visionnage, mais redevient trois mois plus tard quasi identique à ce qu’il était initialement *22.
2012 : Les personnes sont plus convaincues de l’intérêt d’actions en faveur du climat lorsque l’on souligne que cela créerait une société où les gens sont plus respectueux et bienveillants que lorsque l’on met l’accent sur les risques causés par le changement climatique. Cet effet est plus important encore chez les climatosceptiques *23.
2012 : Aux États-Unis, des messages alarmistes sur le réchauffement climatique augmentent le soutien aux politiques de réduction de risques chez les partisans du parti démocrate, mais ont l’effet inverse chez les partisans du parti républicain, précisément ceux qu’il est le plus nécessaire de sensibiliser. Les auteurs de cette étude parlent d’effet boomerang » de la communication scientifique *24.
2013 : Des images des impacts catastrophistes du changement climatique (inondations, calotte glaciaire, déforestation, ours blanc…) amènent les personnes à considérer que ce problème est important, mais qu’elles ne peuvent rien faire à ce propos. Inversement, des images d’alternatives énergétiques (panneaux solaires, éoliennes, isolation de la maison…) favorisent le sentiment d’efficacité *25.
2014 : Cette étude est la suite de celle de 2011 sur le film catastrophe L’âge de la stupidité. Un an après avoir vu le film, le sentiment d’efficacité et le désir d’agir en faveur de l’environnement sont inférieurs à ce qu’ils étaient avant d’avoir vu le film *26.
2014 : Parmi les émotions susceptibles d’inciter à soutenir une politique de lutte contre le réchauffement climatique, l’inquiétude vient en premier, suivie de l’espoir. En revanche, la peur n’est pas liée à ce soutien *27.
2014 : Lorsqu’on présente un projet de loi destinée à réduire le réchauffement climatique en insistant sur son intérêt économique (création d’emploi, réduction des coûts de l’énergie), les personnes ont tendance à appuyer cette mesure, tandis que si on insiste sur les dangers à venir causés par le réchauffement, les sujets ont fortement tendance à s’y opposer *28.
2018 : Après avoir été soumis à un message menaçant relatif au réchauffement climatique, les personnes adoptent un degré plus élevé d’ethnocentrisme et ont moins l’intention de s’engager dans des comportements pro-environnementaux *29.
2018 : Les personnes qui ont le sentiment que leur action n’aura pas d’impact ont plus tendance à ne pas s’engager dans des comportements pro-environnementaux, même si elles sont concernées par les problèmes*30.

L’ensemble de ces résultats amène à la conclusion que, dans l’état actuel de nos connaissances, les messages générant une forte peur ont des effets globalement contre-productifs ; lorsqu’ils ont des effets positifs, ceux-ci ne sont pas durables. Tandis que les messages d’espoir ont plutôt des effets positifs.
Deux remarques toutefois :
– Certaines études concluent à un effet positif des messages de peur forte. Il serait intéressant d’analyser plus précisément pourquoi, ce qui pourrait fournir des pistes d’intervention. Je n’ai malheureusement pas le temps de réaliser ce travail comparatif.
– Ces résultats en faveur d’une approche par l’espoir ne doivent évidemment pas conduire à penser qu’il faut ignorer les menaces. Beaucoup de progrès sont évidemment nécessaires pour que la société et l’environnement se portent bien. Il ne faut pas confondre l’espoir actif et l’espoir passif.

De façon plus générale, l’espoir a systématiquement été au cœur de la dynamique des grands réformateurs sociaux et politiques, qu’il s’agisse de Nelson Mandela ou de bien d’autres.

Sans espoir, ils ne se seraient pas engagés dans l’action.
Sans espoir, ils n’auraient pas résisté aux vagues de tristesse qui pouvaient les atteindre face à la dure adversité.
Sans espoir, ils se seraient effondrés psychiquement lors des mois, voire des décennies de captivité que certains ont endurées.
Sans espoir, ils ne nous auraient pas laissé un monde dans lequel, malgré toutes ses imperfections, il vaut encore la peine de goûter la vie et de s’engager dans leurs traces au service du bien commun.

C’est bien dans les situations les plus problématiques que nous avons le plus besoin d’espoir. Rejeter l’espoir, c’est nier notre humanité.

Pour conclure mon propos, je laisse la parole à Yann Arthus-Bertrand, bien connu pour son engagement au service de la planète : « Ce ne sont en effet ni les menaces, ni les prophéties apocalyptiques, ni les leçons de morale, ni même les raisonnements rationnels qui changeront notre société. C’est l’élan qui nous pousse vers les autres et qui nous lie à eux. C’est l’amour – dans ses multiples formes. (…) Plus encore qu’une écologie humaniste, il faut une écologie humaine, chaleureuse, qui nous réconcilie avec nous-mêmes et avec notre siècle. Et je crois que là est l’avenir de l’écologie. »*31

**********************

NB : Ce document est une annexe d’un livre sur une politique de fraternité et de convivialité, que je publierai en 2021. Cet ouvrage présentera de nombreuses études et expériences concrètes montrant l’impact positif de la coopération, de l’empathie, de la confiance en autrui, etc. dans de multiples domaines : éducation, santé publique, justice, environnement, économie, relations internationales…

*1 Peattie, K. (2010). Green consumption: behavior and norms, Annual Review of Environment and Resources, 35, 195-228. Abrahamse, W., Steg, L., Vlek, C., & Rothengatter, J. A. (2005). A review of intervention studies aimed at household energy conservation, Journal of Environmental Psychology, 25, 273–291.
*2 Alcock, I. et al. (2017). “Green” on the ground but not in the air: Pro-environmental attitudes are related to household behaviours but not discretionary air travel, Global Environmental Change, 42, 136-147.
*3 Balmford, A., Cole, L., Sandbrook, C. & Fisher, B. (2017). The environmental footprints of conservationists, economists and medics compared. Biological Conservation, 214, 260-269.
*4 https://www.youtube.com/watch?v=RjsLm5PCdVQ
*5 Servigne, P. & Stevens, R. (2015). Comment tout peut s’effondrer, Paris, Seuil. Servigne, P., Stevens, R. & Chapelle, G. (2018). Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil.
*6 Mejinders, A. L., Midden, C. J. H. and Wilke, H. A. M. (2001). Communications about environmental risks and risk-reducing behaviour: The impact of fear on information processing. Journal of Applied Social Psychology, 31 (4), 754-777.
*7 Yang, Z. J. & Kahlor, L. (2013). What, me worry? The role of affect in information seeking and avoidance. Science Communication, 35 (2), 189-212.
*8 Beattie, G., Sale, L. and McGuire, L. (2011) An inconvenient truth? Can a film really affect psychological mood and our explicit attitudes towards climate change?, Semiotica, 187, 105-125.
*9 Hornsey, M.J. et al. (2015). Evidence for motivated control: Understanding the paradoxical link between threat and efficacy beliefs about climate change. Journal of Environmental Psychology 42, 57-65.
*10 Chen, M. (2016). Impact of fear appeals on pro-environmental behavior and crucial determinants. International Journal Of Advertising, 35(1), 74-92.
*11 Meijnders, A., Midden, C. & Wilke, H. (2001). Role of negative emotion in communication about CO2 risks. Risk Analysis, 21 (5), 955-966.
*12 Balmford, A., Manica, A., Airey, L., Birkin, L., Oliver, A. & Schleicher, J. 2004. Hollywood, climate change, and the public. Science, 305, 1713.
*13 Milfont T. L. (2012). The interplay between knowledge, perceived efficacy, and concern about global warming and climate change: a one-year longitudinal study, Risk Analysis, 32 (6), 1003-1020.
*14 Feldman, L. & Hart, P. S. (2016). Using political efficacy messages to increase climate activism: The mediating role of emotions, Science Communication, 38 (1), 99-127.
*15 Staats, H. J., Wit, A. P., & Midden, C. J. H. (1996). Communicating the greenhouse effect to the public: Evaluation of a mass media campaign from a social dilemma perspective. Journal of Environmental Management, 45, 189-203.
*16 Norgaard, K. M. (2006). “People want to protect themselves a little bit”: Emotions, denial, and social movement nonparticipation. Sociological Inquiry, 76 (3), 372-396.
*17 Homburg, A., Stolberg, A., & Wagner, W. (2007) Coping with global environmental problems: Development and first validation of scales. Environment and Behaviour, 39 (6), 754-778.
*18 O’Neill, S. & Nicholson-Cole, S. (2009). “Fear won’t do it’: promoting positive engagement with climate change through visual and iconic representations. Science Communication, 30 (3), 355-379.
*19 Spence, A. & Pidgeon, N. (2010). Framing and communicating climate change: The effects of distance and outcome frame manipulations, Global Environmental Change, 20 (4), 656-667.
*20 Feinberg, M., & Willer, R. (2011). Apocalypse soon? Dire messages reduce belief in global warming by contradicting just-world beliefs. Psychological Science, 22, 34-38.
*21 Morton T. A., Rabinovich A., Marshall D. and Bretschneider P. (2011). The future that may (or may not) come: How framing changes responses to uncertainty in climate change communications, Global Environmental Change, 21 (1), 103-109.
*22 Howell, R. A. (2010). Lights, camera … action? Altered attitudes and behaviour in response to the climate change film The Age of Stupid. Global Environmental Change, 21 (1), 177-187.
*23 Bain, P. G., Hornsey, M. J., Bongiorno, R. & Jeffries, C. (2012). Promoting pro-environmental action in climate change deniers, Nature Climate Change, 2 (8), 600-603.
*24 Hart, P. S. & Nisbet, E. (2012). Boomerang effects in science communication: How motivated reasoning and identity cues amplify opinion polarization about climate mitigation policies. Communication Research, 39 (6), 701-723.
*25 O’Neill, S., Boykoff, M., Day, S. A. & Niemeyer, S. (2013). On the use of imagery for climate change engagement. Global Environmental Change, 23 (2), 413-421.
*26 Howell, R. A. (2014). Investigating the long-term impacts of climate change communications on individuals’ attitudes and behavior, Environment and Behavior, 46 (1), 70-101.
*27 Smith, N. & Leiserowitz, A. (2014). The role of emotion in global warming policy support and opposition, Risk Analysis, 34 (5), 937-948.
*28 Anderson et al. (2014). Mobilization, Polarization, and Compromise: The Effect of Political Moralizing on Climate Change Politics, Paper prepared for the Annual Meeting of the American Political Science Association, Washington, DC. August 28-30, 2014.
*29 Uhl, I., Klackl, J., Hansen, N., & Jonas, E. (2018). Undesirable effects of threatening climate change information: A cross-cultural study. Group Processes & Intergroup Relations, 21 (3), 513-529.
*30 Landry, N., Gifford, R., Milfont, T. L., Weeks, A., & Arnocky, S. (2017). Learned helplessness moderates the relationship between environmental concern and behavior. Journal of Environmental Psychology, 55, 18-22.
*31 Arthus-Bertrand, Y. (2018). Préface de O. Blond, Pour en finir avec l’écologie punitive, Paris, Grasset, p. 9.

Le Projet Imagine, une ampleur mondiale, Frédérique BEDOS

Le  Projet Imagine,
une ampleur mondiale

 Frédérique BEDOS

REFLETS : Comment fonctionne le Projet Imagine?
Les programmes d’accompagnement fonctionnent comme une boîte à outils. Ils agissent sur la durée et vont accompagner le citoyen quel que soit l’endroit où il est. Le programme le plus mature aujourd’hui, c’est celui pour les écoles, implanté depuis trois ans. Une école découvre nos films et souhaite inculquer à leurs élèves les valeurs qui y sont transmises. Grâce à un kit pédagogique clés en main, nous formons les professeurs à son utilisation. Ils donnent l’opportunité aux élèves d’avoir un atelier Imagine une heure et demie par semaine tout au long de l’année. Les kits pédagogiques proposent trois phases. La phase d’inspiration, d’abord, dans laquelle nous leur faisons découvrir cet univers et proposons des exercices de découverte de soi : Qui suis-je ? Qu’est-ce qui m’habite profondément ? Découverte de l’autre, découverte du vivre ensemble, des choses basiques de l’ordre de notre humanité, tout en étant inspiré par les portraits de nos héros. Sans arrêt, ils vont mettre des mots sur leurs émotions. Les élèves finissent par dire : « On ne se connaissait pas en fait ; dans la cour de récré, on se parlait de tout et de n’importe quoi, et là maintenant, on commence à se connaître. » Forts de cette connaissance, ils passent dans la deuxième phase, « conduite de projet », parce que, peu à peu, ils vont identifier le type de cause vers lequel ils se sentent attirés : les SDF, les animaux, le développement durable, etc. Grâce aux souhaits reçus, nous recherchons, autour de l’école, les associations qui correspondent à leurs critères. Cela permet aussi de recréer du lien social, en se rencontrant. Ils vont pouvoir mieux toucher du doigt la réalité de terrain. Ils se mettent ensuite en mode « conduite du projet » avec la méthodologie que nous avons mise en place, très rassurante pour les professeurs – même eux montent en compétence. Peu à peu, le projet solidaire se crée, et la troisième phase consiste à le mettre en place. Ainsi, avant la fin de l’année, tous auront goûté à la joie de l’engagement et à celle de se sentir utiles. Et c’est comme ça que se crée la vraie génération des citoyens de demain, pleinement responsables, qui ont conscience qu’ils ont un rôle précieux à jouer dans la société. Des racines sont créées. Les outils utilisés permettent cette introspection, ce voyage intérieur. C’est comme ça que nous pouvons amener un changement durable dans la société.

Commencez-vous à en percevoir les résultats ?
Année après année, nous avons testé le programme « écoles » de façon plus large dans des types d’établissement différents au nombre de dix-neuf aujourd’hui. Nous avons les projets des élèves, les progrès qui ont été faits, même ceux des professeurs. Nous avons remarqué chez eux une baisse du taux d’absentéisme. Certains, qui étaient timides, se sentent mieux ; d’autres étaient à la limite du burn-out. Nous ne faisons pas à leur place. Nous travaillons ensemble et tout le monde progresse. Les professeurs vivent l’aventure avec leurs élèves. C’est totalement autre chose. Nous, nous mettons en lumière, avec toute notre authenticité, ces histoires incarnées. C’est un état d’esprit. Nous ne faisons pas la morale, tout comme nos films. Mais ces hommes et ces femmes vivent leur message et viennent vous toucher en plein cœur. La morale, c’est détestable. Vous avez déjà vu Jésus faire la morale à quelqu’un ? Il les aime, point.

Avez-vous beaucoup de personnes autour de vous pour vous accompagner dans ces programmes ?
Oui, mais j’aimerais en avoir bien plus. J’ai une bonne équipe, mais aujourd’hui, nous sommes en souffrance en étant dans ce moment très difficile du changement d’échelle. Le Projet Imagine vit un paradoxe : comme il a choisi le secteur des médias, nous bénéficions d’une énorme visibilité. Nous sommes vus par des dizaines de millions de gens dans le monde, donc on se retrouve avec énormément d’attentes, d’opportunités à saisir, alors que ni nos moyens ni les dons n’ont été démultipliés. L’équipe est en sous-effectif et je dirais même aussi en sous-compétence ; il faudrait engager des profils de plus haut niveau. Tout cela représente de l’argent. Nous sommes dans un moment très difficile, donc n’hésitez pas à prier pour moi ! Dans nos programmes « écoles », j’ai des membres partout dans le monde. Je ne fais pas les choses « à l’industrielle ». Il y a un suivi très proche, et donc il faut engager des gens. Nous avons réussi à faire un modèle qui nous permet d’être très efficaces, comme le fait de s’appuyer sur les professeurs. Et il est très important pour moi de rester avec ce lien humain très fort.

En ce qui concerne le programme des prisons, les détenus passent les trois quarts du temps devant la télé. Qu’est-ce qu’ils regardent ? des serial killers. C’est scandaleux ! L’idée là aussi est d’amener nos films avec nos méthodologies, parce qu’en réalité, si nous pouvons réveiller l’idéalisme des détenus, ils vont être de belles personnes en sortant. Il faut réveiller cet humanisme. Et puis, nous avons un kit, entre le programme « écoles » et le programme « prisons », destiné aux jeunes délinquants qui sont en centre fermé. Il faut les rattraper, ce n’est pas foutu. Le Projet Imagine répond à des problématiques d’une modernité absolue. Il tacle, sans avoir l’air, toutes les racines qui mènent vers la radicalisation et le terrorisme. Je me rends compte que j’ai fait les choses avec intuition. Nous sommes reconnus par les Nations unies, du coup, de grosses études sont faites sur nous. Nous sommes observés. En juin dernier, les deux comités onusiens à New York, en charge de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation, ont organisé une conférence à huis clos pour que je vienne leur parler du Projet Imagine. J’étais un peu étonnée, et j’ai découvert que bien sûr nous répondions à cela. Le Projet Imagine est très politique, mais dans le sens noble du terme. Il parle de la vie de la cité et du rôle que chacun y joue en tant que citoyen. Il devient de plus en plus difficile de faire nation et nous le voyons bien en France. Ce qui permet de faire nation, c’est justement, alors que nous sommes tous très différents, de se retrouver dans une histoire commune, qui nous donne envie de faire destin commun, avec un socle de valeurs communes. Or, aujourd’hui, cette histoire est tellement abîmée par les médias que personne n’a envie de s’y projeter. Nous, film après film, retravaillons la beauté de l’histoire de la manière la plus authentique possible, puisque ça passe par des hommes et des femmes qui vivent ce message-là. Nous donnons à nouveau envie de faire destin commun. Il n’y a plus d’espace de dialogue où on peut se parler de façon apaisée. Alors nous nous retrouvons dans des sociétés très morcelées où, peu à peu, ça se radicalise. Cela ne va pas forcément jusqu’au djihadisme, mais le dialogue est rompu. Nos programmes apportent des espaces de dialogue apaisé qui permettent de sortir de ces racines-là pour recréer le lien. Il devient sérieusement urgent, dans les médias, de s’interroger sur les messages et les images à disséminer à grande échelle partout dans le monde, et d’en voir les conséquences. Pour moi, il n’y a pas de doute : c’est parler d’amour. La réalité est que sans confiance tu ne peux rien bâtir. Il va donc falloir retrouver le chemin de l’espérance et de la confiance. C’est ce chemin-là que nous essayons d’éclairer. Jean Vanier, dans le film, est lui et il apprend sans cesse, encore plus profondément, à être lui. Il était chrétien catholique. Il ne s’est jamais renié et il était de plus en plus dans cette ouverture à l’autre qui fait que, même athée, musulman, je peux t’aimer et je peux recevoir ton amour. C’est cela être chrétien. Jésus n’était pas chrétien. C’est que de l’amour !

Pour en savoir plus, cliquer sur ce lien  www.leprojetimagine.com 

Bilan de la situation de l’accueil des réfugiés en 2018

 Par Marie-Dominique Mutarelli

Au cours de l’année 2018, la situation de l’accueil des réfugiés en Europe s’est encore durcie.

En France, la loi Asile et Immigration votée en septembre 2018 est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Depuis le 2 janvier, la durée maximale d’enfermement en rétention des personnes étrangères a doublé. L’administration dispose désormais de 90 jours – contre 45 auparavant – pour expulser du territoire les personnes privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA). Cette disposition, très controversée jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, marque un tournant répressif sans précédent.

Les 50 000 personnes privées de liberté en rétention chaque année en France encourent désormais trois mois d’enfermement, sans pourtant avoir commis de délit. Les familles avec enfants sont également concernées. Cette violence institutionnelle, qui vient redoubler les traumatismes déjà subis, est dictée par l’obsession de dissuader l’arrivée des étrangers, de réprimer plutôt que de protéger. Elle vise à augmenter le taux d’expulsion des migrants sous le coup d’une mesure d’éloignement, quand l’allongement successif des durées de rétention depuis 1981 n’a jamais apporté de résultats probants. Championne des pays européens pour les « mesures d’éloignement » (plus de 100 000 par an), la France est aussi celui qui enferme le plus. Enfermement, contrôle, répression l’emportent sur le respect des droits les plus fondamentaux, dont celui de circuler librement.

Après deux mois d’application, cette mesure révèle déjà ses effets pervers. Les centres de rétention ne disposent pas de moyens et de personnel suffisants pour gérer ces populations fragiles sur le long terme, en particulier pour assurer un suivi sanitaire et psychologique.

En application de la loi Asile et immigration, le ministère de l’Intérieur prépare en outre la création d’un fichier biométrique des mineurs non accompagnés qui sollicitent la protection des départements. Dénoncé par une dizaine d’associations, ce fichier sera à disposition des préfectures qui pourront l’exploiter, à réception de la décision de rejet de leur dossier, pour prononcer des expulsions.

En Méditerranée, sous la pression du gouvernement italien, l’Aquarius, dont l’action a permis de sauver de la noyade des milliers de réfugiés, s’est vu retirer par le Panama le pavillon qui lui permettait de naviguer. Aucun des pays européens sollicités n’est intervenu pour lui accorder un pavillon de remplacement indispensable pour lui permettre de poursuivre son action humanitaire, mettant fin définitivement à ces actions de sauvetage. Au mépris du code de la mer qui fait une obligation pluriséculaire de sauver les vies humaines en péril, la surveillance des eaux européennes en Méditerranée n’est plus assurée que par l’agence Frontex dont le siège est en Pologne. Ce service fut en effet créé pour protéger la frontière orientale de l’UE de velléités éventuelles de la Russie d’intervenir dans les pays de l’Est. Signe du peu d’empressement des institutions européennes pour une gestion humaine des naufrages à ses portes méridionales.

L’Union européenne délocalise toujours plus à ses marges l’examen des demandes d’asile, en périphérie ou hors des territoires européens, avec les hotspots, les missions de l’OFPRA en Afrique ou les accords de rétention avec la Turquie ou la Libye. Après l’Italie qui a livré des frégates aux gardes côtes libyens pour leur permettre d’intercepter les réfugiés et les ramener en Libye où ils risquent la torture et la détention arbitraire, le ministère français de la Défense annonce à son tour la fourniture de six hors-bord à la marine libyenne au printemps 2019, au scandale des ONG empêchées d’intervenir. Pourtant, dans son rapport de mission en Libye, l’ONU a bien recommandé à l’UE de s’assurer qu’aucun soutien ou coopération avec les garde-côtes libyens ne contribue à ramener des migrants et des réfugiés rescapés en mer sur le territoire libyen. Cette « collaboration » avec les libyens a permis de réduire de 80 % le nombre d’arrivées dans les ports italiens en 2018, et la majorité de ceux qui tentent aujourd’hui la traversée sont interceptés par leurs « soins » ou sombrent dans les flots. Un migrant sur quatorze s’est en effet noyé en mer sur ce parcours au cours de cette année. Au point que le flux migratoire depuis l’Afrique s’est aujourd’hui déplacé majoritairement vers l’Espagne.

Pourtant, dans ce tableau bien sombre, quelques lueurs d’espoir apparaissent. En effet, quelques jours après la conférence intergouvernementale de Marrakech qui a adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, les États membres de l’Assemblée générale des Nations unies ont adopté, le 17 décembre 2018, un Pacte mondial sur les réfugiés qui devrait faire évoluer les réponses de la communauté internationale dans le sens d’un meilleur partage mondial des responsabilités face aux déplacements massifs de populations. Ce Pacte a pour objectif de renforcer la coopération, mais il reste non contraignant. Un soutien plus important sera fourni aux pays où vivent la plupart des réfugiés et sera renforcé pour aider les personnes contraintes de fuir à cause d’un conflit ou de persécutions. Car neuf réfugiés sur dix vivent dans des pays en voie de développement, où les services élémentaires comme la santé ou l’éducation sont déjà sous pression. Le Pacte vise donc à susciter davantage d’investissements pour renforcer les infrastructures et la fourniture de services à destination des réfugiés et des communautés d’accueil. Il plaide pour la mise en place de politiques favorisant l’accès des réfugiés à une éducation et à une vie productive durant leur exil. Il vise aussi à réduire les conséquences environnementales liées à l’hébergement massif des populations réfugiées et promeut le recours à l’énergie renouvelable. Davantage d’options de réinstallation sont prévues, avec d’autres opportunités – réunification familiale, bourses d’études ou visas humanitaires – afin de permettre aux réfugiés de voyager en toute sécurité, leur retour volontaire à terme dans des conditions de sécurité et de dignité restant la solution privilégiée.

Un Forum mondial sur les réfugiés sera programmé tous les quatre ans, au cours duquel les gouvernements présenteront leur bilan ou prendront un certain nombre d’engagements en termes de financement, de politiques, de changements juridiques, de quotas de réinstallation, etc.

Source : www.unhcr.org

Colère populaire et gilets jaunes

Voici  dix-huit mois, Emmanuel Macron  a été élu sur un projet politique de citoyenneté, rapprochant les élus et les gens ordinaires. Pour preuve, son mouvement « En marche » a fait élire à la députation nombre de personnes issus d’associations citoyennes.

Que signifie un projet de citoyenneté ?

La citoyenneté entend la responsabilisation des citoyens et leur éducation dans ce sens.

  • Participation à la gestion locale (quartiers) et municipale.
  • Responsabilisation des dépenses énergétiques domestiques et locales
  • Responsabilisation des déchets et de la pollution
  • Responsabilisation de sa santé

Le projet sous-entendait des organismes capables de relayer les initiatives citoyennes (Rôle du CESE au plan national). Il sous-entendait une réorientation de l’économie vers une limitation de la croissance et une meilleure gestion des facteurs environnementaux (Ce qui justifiait la présence de Nicolas Hulot comme ministre d’état)

Sitôt au pouvoir la politique a été TOUT le contraire : elle a livré principalement des OBLIGATIONS.

Le but, conscient ou inconscient, au lieu de contribuer à faire des français des citoyens libres et responsables s’est révélé la volonté de les assujettir.

Assujettir veut dire soumettre à la volonté des dirigeants.

Quel est l’intérêt d’assujettir au lieu d’éduquer à la liberté, à la conscience ?

  • A imposer les choix qui discrètement favorisent les pouvoirs de domination. L’argent est l’ingrédient de base ; au dessus le pouvoir sur la pensée et au dessus la manipulation biologique.

Comment se met en place concrètement l’assujettissement ?

Par des obligations et leur corolaire les punitions.

  • Le modèle est l’obligation de rouler à 80 km/h. la nécessité était plus que discutable. Mais la contrainte habitue aux contraintes. Avec cette règle s’engouffre la cohorte répressive : radars embarqués confiés à des sociétés privées, idem pour le stationnement payant, amendes en hausse etc.
  • Et aussi taxations en tous genres, dont l’augmentation de la CSG.
  • Les onze vaccinations obligatoires, négation de la responsabilisation de la santé de ses enfants.

Toutes ces obligations n’étaient pas dans le programme du candidat Macron.

Elles aboutissent au contraire de ce que les votants espéraient. Elles sont la négation de la responsabilisation citoyenne, une atteinte à la liberté.
Elles désolidarisent les personnes portant atteinte à la fraternité. Elles augmentent le fossé entre riches et pauvres, à contrario de l’égalité.

Dix huit mois plus tard, c’est la révolte.

Ne peuvent s’en étonner que les politiques méconnaissant les lois de la biologie humaine, cyclique, pour l’individu comme pour la société.

  • La contrainte, au début est supportable
  • Puis devenant plus lourde, elle cherche une issue
  • Puis la goutte d’eau fait déborder le vase et trouve une issue
  • Elle se vide alors comme une chasse d’eau, emportant tout.

Résultat, il n’est pas possible qu’il n’y ait que des gilets jaunes gentils, désireux de jouer un rôle citoyen. Les plus contraints se libèrent avec force.

Comment peut-on imaginer que des jeunes sans avenir auxquels on n’arrête pas de dire «  L’humanité ! » ne se défoulent pas au risque de leur vie sans valeur ?

L’humanité – prétendue la plus développée- ne peut pas retourner en arrière sans douleur. La conscience tirera toujours en avant quelque soient les soubresauts de l’histoire. Les gouvernements totalitaires de gauche comme de droite cèdent tôt ou tard – mais à quel prix ! – devant le besoin de liberté, de fraternité, d’égalité.

Le consumérisme obligatoire, imposé, devra céder aussi devant la nécessité de partager, de protéger les faibles, de librement consentir à nos devoirs humains.

Par Christian Roesch

Le haïku

Dans le cadre du dossier POESIE, Dire l’indicible nous n’avons pas pu parler de nombreux poètes, de poésies d’horizons divers.

Nous signalons cet ouvrage :
Mon année haïku de Pascale Senk (Leduc.s Éditions)
Un haïku est un poème bref (3 lignes courtes). Son origine est japonaise, mais les créations sont devenues internationales. Pascale Senk cite quelques vers personnels parmi ceux de divers auteurs de haïkus (appelés  haijins). Dire l’essentiel en quelques mots ciblés, dont la juxtaposition est parfois inattendue, pour mieux capter notre attention. Voici deux exemples choisis pour cette saison estivale  parmi tant d’autres (un haïku pour chaque jour de l’année, au fil des saisons) :

« sa première vague –
bébé inonde la plage
d’un éclat de rire »

« retour de la plage
une journée de bonheur
sèche sur le fil »

Dans le premier nous sommes invités à grandir à petits pas, avec persévérance pour apprendre le métier de vivre. Dans le second, c’est l’éclat de ce qui est pleinement vécu et apprécié qui fait la saveur des instants, le sel de la vie. Bien entendu chacun de nous peut découvrir sa propre interprétation à la lecture de chaque poème, en faire une source de méditation riche, porteuse d’espérance.

V.S.

Un dialogue social à réinventer

Un dialogue social à réinventer

Michel Sailly

Michel Sailly, diplômé en ergonomie au Cnam, a été ergonome durant de nombreuses années au sein du groupe Renault, puis chez Nissan au Japon. Membre du conseil d’administration de Renault de 2009 à 2011, il est membre du groupe ressources de la FGMMCFDT sur la qualité de vie au travail.

Selon votre approche, quelle est la place du travail dans l’existence humaine ?
Les métiers et statuts d’emploi sont en constante mutation, modifiant le contenu du travail et des compétences requises. Les délocalisations ont réduit l’emploi industriel en France, même si une inversion du mouvement se dessine. Les activités de prestation de service se sont développées du fait du recentrage des entreprises sur leur cœur de métier. L’émergence de plateformes numériques et/ou de start-up transforment actuellement les relations de dépendance entre les salariés ou actifs et les employeurs. La porosité de plus en plus forte des entreprises à leur environnement influence les rapports de pouvoir entre entreprises elles-mêmes. Certaines de ces évolutions interrogent effectivement la place du travail dans l’existence humaine. Personne ne peut sérieusement prédire ce qu’il adviendra pour les générations à venir, mais considérer dès à présent la fin du travail, c’est s’interdire de peser sur son évolution et laisser se développer de nouvelles formes d’aliénation. Je pars délibérément du point de vue que la valeur travail est essentielle pour le développement de soi, pour donner du sens à sa vie. Le travail peut être source de souffrance, mais il est aussi source de plaisir, de construction de soi, de fierté, d’identité individuelle et collective au travers de la production d’un produit et d’un service pour des clients ou usagers, au travers de la création de richesses pour la société. Il faut agir sans relâche à la création ou revalorisation de la valeur du travail. Même si cela commence dès le plus jeune âge par l’éducation, le travail doit être cette expérience de relations avec d’autres, d’échanges, de confrontations constructives, de développement personnel et collectif. La société ne sera démocratique que si les salariés peuvent éprouver de la liberté dans leur travail. D’où l’importance de s’impliquer sur la qualité du travail, sur son organisation, sur le management et le fonctionnement de l’entreprise, dans le cadre d’un dialogue social à réinventer ou à reconstruire.

(…)

Comment voyez-vous les temps à venir avec la robotisation remplaçant autant le travail manuel qu’intellectuel ?
D’importantes évolutions sont effectivement devant nous. On entre dans une phase où la robotisation ou numérisation ne sera plus conçue uniquement pour substituer du capital au travail, mais pour analyser d’énormes quantités de données, proposer des diagnostics et orienter les décisions. L’avantage de cette capacité de traitement des données peut être contrebalancé par des processus de gestion encore plus centralisés, aggravant l’impuissance des collectifs de travail à appréhender la complexité des systèmes, tant du côté des attentes des clients que des conditions réelles de production de valeur. La robotisation se poursuivra par ailleurs dans tous les secteurs d’activités, et pas seulement dans l’industrie. Les salariés verront arriver des robots collaboratifs, aussi désignés « cobots ». Il s’agit de robots de petite taille pouvant fonctionner à proximité de l’opérateur. Il peut aussi s’agir de bras articulés accompagnant les gestes d’un opérateur pour exécuter des opérations de précision ou pour soulager l’effort physique. La numérisation, comme la robotisation, auront des impacts importants sur l’emploi et les compétences. S’y opposer serait vain et ne ferait qu’alimenter cette rumeur propagée par les politiques et dirigeants qui voudrait que les salariés refusent le changement. Précédemment nous avons insisté sur la démocratisation du travail qui implique une animation du progrès continu par le bas de la hiérarchie. La numérisation et la robotisation sont des processus de décision venus du sommet. En s’appuyant sur le terreau de la démocratisation du travail, trois conditions indissociables doivent être posées. Primo, que ces évolutions fassent l’objet d’un dialogue social avec les représentants des salariés, bien en amont des décisions, quand plusieurs hypothèses sont encore sur la table. Secundo, en veillant à ce que ces évolutions technologiques apportent une valeur ajoutée aux clients et aident les salariés dans leur travail. Tertio en faisant évoluer simultanément les compétences pour garantir que ces technologies soient maîtrisées.

Pour lire l’article en entier Reflets n° 26 pages 40 à 43

*****