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Le bonheur, c’est avec les autres Matthieu Ricard

Le bonheur, c’est avec les autres
Matthieu Ricard

Qu’est-ce que le bonheur ?
Le bonheur conçu comme une manière d’être — et non pas comme une succession incessante de sensations plaisantes, ce qui est plutôt une recette menant à l’épuisement — résulte d’un ensemble de qualités humaines fondamentales amenées à leur point optimal : la bienveillance, la force et la liberté intérieures, l’équilibre émotionnel, la sérénité, l’humilité, la cohérence éthique et bien d’autres encore. Chacune de ces qualités est une aptitude que l’on peut développer au travers d’un entraînement de l’esprit.
Nous avons affaire à notre propre esprit du matin au soir. Il peut être notre meilleur ami comme notre pire ennemi. Nous devons faire tout notre possible pour améliorer le monde extérieur — bien sûr remédier à la pauvreté, aux inégalités et aux conflits, etc. — mais nous pouvons aussi agir pleinement sur notre état d’esprit et atteindre ainsi les ressources intérieures nous permettant d’appréhender les vicissitudes de la vie.

Le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion,
mais le bonheur repose sur la vérité

Dans le bouddhisme, le terme sanskrit sukha désigne un état de bienêtre qui naît d’un esprit exceptionnellement sain et serein. C’est une qualité qui sous-tend et imprègne chaque expérience, chaque comportement, qui embrasse toutes les joies et toutes les peines. Le bonheur, c’est aussi un état de plénitude durable qui va de concert avec la sagesse et se manifeste quand on s’est libéré de l’aveuglement mental et des émotions conflictuelles. Cette sagesse permet de percevoir le monde sans voiles ni distorsions. On retrouve bien sûr cette approche parmi les penseurs occidentaux. Selon Chamfort, par exemple, « le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion, mais le bonheur repose sur la vérité ». Stendhal, quant à lui, écrivait : « Tout malheur ne vient que d’erreur et tout bonheur nous est procuré par la vérité. » La connaissance de la vérité est donc une composante fondamentale du bonheur véritable. Être en adéquation avec la vérité n’est-elle pas l’une des qualités premières de la sagesse ?

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Le bonheur est-il le plus important dans l’existence ?
Personne ne se réveille le matin en souhaitant : « Puissé-je souffrir toute la journée et, si possible, toute ma vie ! » Adroitement ou maladroitement, nous aspirons tous à « mieux être », que ce soit par le travail ou l’oisiveté, par les passions ou le calme, par l’aventure ou le train-train quotidien. Pour Aristote, le bonheur « est le seul but que nous choisissions toujours pour lui-même et jamais pour une autre fin ». Quelle que soit notre manière de le rechercher, et qu’il s’appelle joie de vivre ou devoir, passion ou contentement, le bonheur conçu comme l’accomplissement de nos aspirations les plus chères n’est-il pas le but de tous les buts ? Encore faut-il chercher le bonheur là où il se trouve et ne pas lui tourner le dos. D’où, de nouveau, l’importance du discernement entre ce qu’il convient d’accomplir et d’éviter, de la sagesse qui appréhende la réalité telle qu’elle est.
Ceci dit, le bonheur n’existe pas comme une entité séparée du reste de notre expérience.

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Par quel moyen parvenir au bonheur ou à ce qui vous paraît le plus important dans l’existence ?
Notre vie entière est intimement liée à un très grand nombre d’êtres et notre bonheur passe nécessairement par celui des autres. Vouloir construire notre bonheur sur la souffrance d’autrui est non seulement amoral, mais irréaliste. En effet, tout changement important qui se produit quelque part dans le monde a des répercussions sur chacun d’entre nous. Nous devons donc nous sentir concernés dans nos pensées et nos actes par le bien-être de tous les êtres. D’où l’importance essentielle de la notion de non-violence entre les hommes, non-violence à l’égard des animaux et non-violence encore à l’égard de l’environnement.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 46 à 50

OGM et pesticides : un combat pour une vie meilleure

OGM et pesticides :
un combat pour une vie meilleure
Rencontre avec Gilles-Éric SÉRALINI

Gilles-Éric Séralini est un spécialiste des pesticides et OGM. Professeur et chercheur à l’université de Caen, il est mondialement connu comme expert indépendant. Ce qui lui vaut beaucoup d’adversité. Il a reçu en 2015 le prix international du lanceur d’alerte et en 2016, le prix Théo Colborn pour la santé environnementale aux États-Unis. Il nous reçoit dans sa maison entourée de prés cultivés naturellement, dans un joyeux pépiement d’oiseaux, de meuglements de vaches bien nourries et de hennissements de chevaux musclés pour la course. Vu son activité, nous nous attendions à rencontrer quelqu’un de « surbooké ». Au contraire, nous avons l’heureuse surprise de découvrir un homme qui prend son temps, le déguste comme il déguste la bonne cuisine (bio) et le bon vin (bio). Nous ignorions qu’il était aussi poète, publié depuis longtemps. Il a dirigé la collection « Art Évident » aux éditions Regain. Un de ses titres : Il n’est source que bonheur, éd. Louis Riel, reflète vraiment le personnage dont la modestie cache l’incroyable compétence sur tant de sujets liés à la santé.

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Un des problèmes importants, finalement, n’est-il pas celui des experts ?
C’est le cœur. J’ai bien décortiqué le système pour avoir vécu avec eux. Depuis la guerre, les États se sont trouvés complètement appauvris suite à la privatisation brutale de leurs richesses vers les entreprises de pétrochimie, de métallurgie, de logistique d’armement, nées à la fin du XIXe siècle et devenues les plus riches du monde. Il s’agissait pour elles de continuer à commercialiser les produits toxiques inventés pour la guerre, en les recyclant ailleurs. Les explosifs sont devenus des engrais agricoles : les nitrates. Les produits utilisés dans les camps de concentration, comme le zyklon-B ainsi que d’autres gaz de combat se sont transformés en pesticides. Cela a conduit à une conception de la toxicité pour ne cultiver que des plantes. Mais comment ne pas penser qu’à long terme, cela n’allait pas aussi intoxiquer les gens qui mangeraient ces plantes ? Les États, n’ayant plus d’argent, ont demandé aux entreprises de faire les tests d’usage. Ils ont accepté à la condition de garder les résultats confidentiels pour que la concurrence ne s’en serve pas à leur profit. Par conséquent, la confidentialité sur la méthode de fabrication de produits et sur les tests qui ont servi à les mettre sur le marché ne permet pas d’en vérifier la teneur. Il n’y a pas de tests effectués sur les humains concernant les OGM, et dans 100 % des cas, ce sont des plantes à pesticides. À la différence des médicaments, il n’y a pas de tests cliniques. Autrement dit, comment voulez-vous vérifier ?

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On sait aujourd’hui que ces multinationales ont imbibé le milieu scientifique, ce qui explique le manque de transparence, la compromission parfois, mais en tout cas la solidarité de la plupart des experts qui sont puisés dans le même panier. Toutes ces multinationales proposent aux experts d’être project killer – grassement payé – qui consiste à critiquer en interne les projets des grandes compagnies au niveau scientifique, par exemple quand il s’agira de choisir le prochain OGM. Ils signent un contrat avec des clauses de confidentialité pour s’assurer que rien des projets étudiés ne sera dévoilé. Donc, aucune information dans la presse sinon pour dire qu’ils sont bons. Ces experts sont issus des agences réglementaires et des universités. Personnellement, je n’ai pas voulu signer ce contrat, car je me sentais bâillonné, et surtout, je veux m’endormir paisiblement à ma dernière heure.

Quelle solution voyez-vous à ce problème des experts ?
Il y a trente mille variétés comestibles connues, mais quatre qui représentent 60 % de l’énergie alimentaire mondiale : le soja, le maïs, le blé et le riz. Le soja OGM est modifié pour absorber le principal pesticide du monde, le Roundup. Cela facilite les cultures intensives. Tout le monde croit depuis plus de vingt ans que les OGM vont réduire les pesticides, si on ne dit pas qu’ils sont écologiques, grâce à la première plante du monde qui sert à absorber le principal pesticide du monde !! Le système fonctionne ainsi en se nourrissant d’experts qui sont en majorité acquis aux multinationales. Il n’y a qu’une solution pour en sortir, c’est d’apporter des expertises contradictoires en exigeant la transparence sur les tests. Il faut que ce soit la population qui le demande parce qu’il n’y a aucun ministre qui en a la force. Nous sommes allés voir Nicolas Hulot pour lui dire qu’il y avait de l’arsenic dans le Roundup. Il est d’accord, mais démissionne ensuite parce qu’il ne peut rien faire. Emmanuel Macron avec Angela Merkel ont aidé Bayer à racheter Monsanto. Si on se plaint que Monsanto est responsable de morts ou de cancers comme cela s’est passé l’été dernier aux États- Unis avec Dewayne Johnson, atteint d’un cancer dû au Roundup, eh bien, Monsanto paie 289 millions de dollars, et encore, cela est en négociation. Ce n’est rien. Mais Bayer qui dévisse de plusieurs milliards, voire 10 milliards, c’est plus grave, car 50 à 60 milliards ont été prêtés sur les impôts des Européens.

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De belles choses se développent déjà aujourd’hui mais elles sont encore si discrètes…
Imaginez la petite pousse au printemps qui se sent si petite face à un arbre. Peut-être qu’elle va devenir plus grande. Tous les flots importants n’étaient rien au départ. Mais on ne maîtrise ni le temps, ni laquelle de ces gouttes deviendra un flot irrésistible, ni quand, ni comment. La vie est la plus forte, elle est programmée pour ça.

Qu’est-ce qui vous motive profondément dans ce combat que vous menez ?
Je vis les choses dans ma chair. Oui, c’est un combat à risques, mais j’ai un critère : je me demande si je m’endormirai mieux à ma dernière heure, et du coup, je m’endors mieux tous les soirs. Si ce que je fais peut aider un seul enfant sur terre sans détruire la vie des autres, je n’hésite plus.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 26 à 32

Nous vous signalons qu’une erreur s’est glissée dans notre revue et que l’adresse du site pour les séminaires est Spark-vie.com

Populisme et démocratie

Populisme et démocratie

Alain Pamart

En Europe, et dans le monde, le populisme gagne du terrain et parfois même les élections.

Des causes objectives et subjectives
L’élargissement de l’Europe a provoqué un éloignement des instances décisionnaires des citoyens. La portée du suffrage universel, surtout au niveau européen, est devenue anodine. Sait-on ce que font les députés européens ?
Un scepticisme, voire une défiance, s’est instauré par incompréhension des processus de décision. Quelle articulation entre les lois européennes et nationales ? Qui fait quoi ? Si bien qu’une désillusion est advenue sur le niveau européen. Qu’y gagne-t-on hormis des règlements abscons ? Le Brexit est la démonstration de cet état d’esprit.

D’où provient ce sentiment d’échec ?
Cinquante ans en arrière, l’Europe unie était un immense espoir. Depuis la montée en puissance des multinationales – surtout depuis une vingtaine d’années -, ces dernières ont supplanté l’élan de la construction européenne. En particulier les multinationales liées à la santé (agro-alimentaire, pharmacie) et au numérique (les GAFA).
Elles instaurent leur ordre mondial. Les États et l’Europe semblent à la traîne de ces nouveaux pouvoirs. Les multinationales se jouent des législations d’État en particulier pour la fiscalité et la sécurité de la santé. Elles ont investi dans des stratégies de lobbying très puissantes. Elles ont organisé un contre-pouvoir politique composé de cohortes d’avocats en vue de neutraliser les décisions gouvernementales qui leur sont défavorables (voir Bayer-Monsanto et les pesticides).
L’impuissance relative des politiques à défendre la qualité de vie des simples habitants contre l’hégémonie consumériste imposée par tous les moyens se superpose à l’impuissance à gérer les nouveaux flux migratoires vers l’Europe. Face à cette situation, les États européens se montrent incapables de décider une politique commune et humaine. Le retour à l’État-nation autoritaire, c’est-à-dire au populisme, semble l’ultime protection.

Jusqu’où ce processus peut-il aller ?
L’histoire montre que le populisme conduit à l’exacerbation des antagonismes et le plus souvent à la dictature, et la dictature à la guerre. Le frein à ce processus est entre les mains des citoyens. L’exemple de la ville de Grande-Synthe sous la houlette de son maire Damien Carême montre qu’il est possible de ne pas céder au désenchantement de notre société. Il invente l’écologie sociale en prévision de la désindustrialisation. Il expérimente des solutions novatrices avec la participation active des habitants.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 pages 12 à 13

L’urgence d’agir, Raphaël Pitti

L’urgence d’agir
Raphaël Pitti,
médecin militaire urgentiste et croyant

Maxime Mocquant

Raphaël Pitti est professeur agrégé de médecine d’urgence, anesthésiste-réanimateur, médecin militaire urgentiste, médecin général des armées. Depuis 2004, il est conseiller municipal de la ville de Metz, en charge de l’humanitaire est de l’urgence sociale et sanitaire. En juillet 2017, il a été promu officier de la légion d’honneur pour son engagement aux côtés des médecins syriens. Il l’a rendue en décembre pour protester contre la politique menée par la France à l’encontre des migrants.

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L’engagement, c’est quoi pour vous ?
L’engagement envers celui qui souffre se retrouve dans le fait d’être médecin : j’ai choisi l’urgence et la réanimation. Partout où je suis intervenu avec les militaires, nous avons fait de l’humanitaire, ouvrant l’antenne chirurgicale aux populations. Être tourné vers les autres, c’est ça. La foi ne fait que renforcer mon engagement. Selon Matthieu, nous serons jugés non sur notre foi, mais sur nos œuvres. Donc, sans œuvres, sans engagement, il n’y a pas de foi. Cet engagement envers les autres, c’est le Christ en tant que Dieu incarné qui le montre le mieux. Il est l’image même de celui qui se tourne vers les autres, pour les sauver. Mon engagement me pousse à aller vers celui qui souffre le plus. Si mes frères chrétiens sont massacrés, et si je peux les aider, je le fais. Mais en Syrie, seulement 10 % de la population est chrétienne sur 22 millions, dont environ 5 000 sont morts. Alors qui souffre le plus ? En Syrie, il y a eu 465 000 morts, pour la plupart des musulmans sunnites.

Daech a fait plus de tort aux musulmans qu’aux chrétiens : 13 millions de déplacés, 7 millions en Syrie, dénués de tout, 5 millions à l’extérieur. Les chrétiens, stigmatisés, sont considérés comme prioritaires, ils en profitent pour partir. Du même coup, on vide le pays des chrétiens, comme au Liban, ce qui est le but recherché. Or, les chrétiens ont leur place, ils l’ont toujours eue : alors pourquoi les aider à partir ? Essayons de tout faire pour qu’ils restent. Mais chrétiens ou pas, ce qu’ils veulent tous, c’est quitter le Moyen-Orient, parce qu’il n’y a  pas d’avenir, parce que le système n’est pas démocratique, à cause de la corruption.

Les circonstances de la vie, même les plus défavorables,
m’ont enseigné pour en arriver où j’en suis

Récemment, un journaliste n’a pas pu publier l’article dans lequel il citait mes propos à ce sujet, car ils sont refusés par certains milieux chrétiens. Depuis toujours, j’ai la certitude d’être sur un chemin. À 15 ans, j’ai dit : « Je serai médecin », et tout s’est organisé pour que je le devienne. Grâce aux rencontres que j’ai faites. J’en suis persuadé : si vous êtes sur votre chemin, les choses s’ouvrent devant vous. Mon livre m’a obligé à faire un retour en arrière. Lorsque nous vivons, nous faisons des expériences, des rencontres, des maladies, les évènements se suivent, juxtaposés comme des perles. C’est en observant que l’on se dit : « Mais ces perles ensemble font un collier ! » Et cela donne sens en vérité. Si vous vous retournez, la vie est belle et elle a du sens. Avec ses difficultés, mais la vie est un flux qui vous traverse. Il suffit de se laisser faire. Je crois en ce que dit le Christ : « Ne vous préoccupez pas, à chaque jour suffit sa peine. Laissez aller, croyez. Détachez-vous, laissez-vous porter, et restez dans le sens du flux. »

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 pages 65 à 69

Jeunes du voyage

Jeunes du voyage

Interview de Catherine Huguel par Laurence Maillard

Catherine Huguel est présidente de l’ASEV88, Association pour l’accompagnement à la Scolarisation des Enfants du Voyage des Vosges. Pour venir en aide à cette population en marge de notre société, plusieurs activités sont proposées dont l’apprentissage de la lecture, l’accompagnement des ados aux cours par correspondance et l’aide à la scolarisation. Trois jeunes bénévoles l’entourent pour l’aider dans sa tâche.

Qu’est-ce qui a motivé la création de votre association ?
Je suis enseignante spécialisée « enfants du voyage » depuis une quinzaine d’années. Au départ, je m’occupais des élèves de maternelle et du primaire. La plupart des familles ne souhaitant pas que leurs enfants aillent ensuite au collège – pensant que c’est un lieu de perdition, sans surveillance, où on trouve de la drogue – elles me sollicitaient alors pour accompagner leurs enfants avec des cours du CNED par correspondance. Par manque de temps, je refusais. Et puis un jour, une maman m’a demandé à nouveau pour sa fille qu’elle avait retirée du collège suite à une altercation avec un professeur. Cette maman m’a touchée par sa détresse et sa volonté de scolariser à tout prix ses enfants. Je connaissais sa fille que j’avais eue en primaire. Elle était brillante et je trouvais dommage qu’elle ne continue pas ses études. Alors j’ai accepté. Petit à petit le bouche-à-oreille a fait ses effets, et chaque semaine, un nouvel enfant souhaitait suivre cet accompagnement. J’ai donc créé l’association pour me mettre en légitimité d’une part, et pouvoir demander des subventions d’autre part.

Au niveau de la scolarité, quels problèmes rencontrent ces jeunes ?
Tout d’abord le voyage reste une idéologie, c’est-à- dire que même sédentarisé, le jeune se considère toujours comme voyageur. Quand les familles bougent, les jeunes sont très peu scolarisés car les familles montrent une certaine méfiance vis-à-vis des écoles qu’ils ne connaissent pas. Il peut arriver aussi que certains établissements refusent de les accueillir pour quelques semaines seulement ; soit l’inscription a lieu en force en passant par la Direction des services académiques de l’Éducation nationale, soit les familles baissent les bras. Et puis il y a un grand décalage par rapport aux autres enfants. Un jour, pour un vol mineur, genre paquet de bonbons, la gendarmerie a été convoquée à l’école. L’enfant a été humilié devant tout l’établissement. Le premier contact avec les forces de l’ordre n’a pas été une réussite. Ce jeune devenu adulte aujourd’hui est toujours en grande difficulté, étant en prison à l’heure actuelle. Certes, c’est une population difficile à gérer : les enfants viennent, partent, reviennent et repartent. Leur scolarisation a été et reste encore complexe et variable d’un établissement à l’autre.

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Êtes-vous aidée dans votre mission ?
Oui, par trois jeunes gens, âgés de vingt-huit à trente ans, que j’ai connus par l’intermédiaire de l’association France Bénévolat à laquelle ils s’étaient inscrits. Il y avait donc un désir de leur part d’apporter une aide quelle qu’elle soit, ce qui est déjà remarquable. On s’attend davantage à avoir une offre d’aide de la part de personnes retraitées. J’en ai eu une d’ailleurs mais qui n’a pas continué. Ces trois jeunes, en revanche, sont là depuis deux à quatre ans.

Ces bénévoles sont-ils dans d’autres associations humanitaires ?
Oui. Je sens chez eux une grande maturité déjà, malgré leur âge. Et leur métier d’ailleurs reflète ce qui les porte : le rapport à l’humain, le domaine social. Je pense que ce n’est pas un hasard. Leur histoire personnelle doit les conduire à s’intéresser si tôt aux autres.

Qu’est-ce qui explique à votre avis cette envie de rester dans votre association ?
Pour moi, ces bénévoles sont aussi importants que les activités que nous faisons avec les jeunes du voyage. Tout d’abord, je privilégie la souplesse. Ils aident à leur mesure. C’est-à-dire que si l’un ne peut pas venir m’aider un jour, eh bien, il ne vient pas. Il n’y a aucune obligation, de la même façon qu’il n’y en a aucune pour les jeunes du voyage. Parfois ils ne viennent pas au cours. Nous ne savons jamais à l’avance le nombre qu’ils seront. D’autre part comme ces bénévoles sont jeunes, des liens se tissent plus facilement avec les ados du voyage. Ils sont un peu leurs grands frères et sœurs. Et puis j’ai mis en place des temps conviviaux rien qu’avec eux. Nous échangeons, partageons nos sentiments sur la manière dont s’est passé le cours. Ils se sentent investis au même titre que moi. Nous nous posons des questions sur ce qui pourrait être amélioré comme, par exemple, ce que nous pourrions faire par rapport à l’entrée au collège ou comment traiter au mieux les débordements qui ont pu avoir lieu durant le cours. Ce sont des moments aussi où nous rions. De plus, ils osent même se confier et faire part de leurs difficultés dans leur vie. Ayant fait un travail sur moi-même, j’ai quelques « tuyaux » à leur transmettre.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 pages 56 à 58

Brigitte Lahaie, Osez !

Brigitte Lahaie, Osez !

Du lundi au vendredi, de quatorze à seize heures sur Sud Radio, Brigitte Lahaie dispense ses conseils sur tout ce qui touche la sexualité de près ou de loin. Souvent, elle fait appel à des spécialistes. Son expertise ne fait aucun doute depuis quinze ans d’antenne. Cependant, pour un propos – non politiquement correct – dans le cadre de l’affaire Weinstein, une vindicte violente a été déclenchée. Elle s’en explique dans un livre Le Bûcher des sexes. Touchés par sa vision de la relation homme-femme, nous l’avons rencontrée dans le studio à la fin de son émission.

Suite aux critiques sévères à votre encontre, comment vous sentez-vous intérieurement ?
Toute épreuve est toujours positive pour moi. Cela m’a permis d’écrire ce livre Le Bûcher des sexes. Sur un plan personnel, j’ai pris conscience de deux choses : d’abord, j’étais beaucoup plus en accord avec mes émotions, en sachant que je pouvais me montrer dans ma vulnérabilité, et je n’étais plus autant sur la défensive qu’il y a trente-cinq ans quand est sorti Moi, la scandaleuse. Cela m’a fait du bien, parce que moi qui essaie toujours de dire qu’il faut se montrer tel que l’on est et non pas en voulant être la « super woman », j’ai su montrer finalement que cela m’avait blessée. J’ai réalisé aussi que, de toute façon, quoi que je fasse, je resterai pour certains la « putain » et que j’avais à l’assumer. J’ai traversé une véritable épreuve, non pas au sens négatif du terme mais au sens où on traverse le feu et on en ressort un peu transformé.

Votre analyse sur la relation homme-femme, provoquée par des mouvements féministes comme #BalanceTonPorc ou #MeToo, montre finalement qu’il y a souffrance des deux côtés.
C’est surtout une grande erreur de sacraliser la victime. Il vaut mieux aider les femmes à se reconstruire plutôt que les inciter à porter plainte. Elles y ont droit, certes, mais ce n’est pas cela qui guérit. Je crois qu’il faut faire attention, la victimisation qui est d’ailleurs un courant dans tous les domaines de notre société n’est pas constructive pour la liberté de l’être humain.

Dans votre livre, vous invitez les gens à oser avec un travail d’éducation à la base. Comment rendre cela possible dans la société d’aujourd’hui ?
Il suffit de décider de le mettre en place, en commençant par une éducation affective dès la maternelle.

N’est-ce pas utopique ?
Même si cela semble utopique, c’est une question de désir profond de l’humanité que l’on veut. J’ai soixante-deux ans. Je continue à m’occuper tous les jours de gens qui sont en souffrance. Si je n’étais pas utopique, j’arrêterais. Il y en a quelques-uns qui, grâce à moi, vont mieux. Là où j’essaie de travailler, c’est sur la capacité de chacun à pouvoir se remettre en cause sans systématiquement accuser l’autre. Si déjà on arrivait à cela, je crois qu’on avancerait.

Une sexualité épanouie ne passe-t-elle pas d’abord par une connaissance de soi-même au-delà de la sexualité ?
Je crois que ça passe d’abord par une confiance en soi et en l’autre. La plupart des handicaps dans une sexualité harmonieuse dans un couple viennent des peurs : de mal faire, de ce qu’il va penser de moi, de ne pas être à la hauteur, d’avoir mal. Manque de confiance parce qu’au fond, même une relation sexuelle qui va être « ratée » ce soir-là, qu’est-ce que ça peut faire ? Le fait de « rater » accentue la peur qui conduit à une sexualité complètement bloquée.

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Est-ce un travail sur vous-même qui vous a conduite à cet autre point de vue ?
J’ai laissé le désir diriger ma vie au sens noble du terme. À un moment donné, j’ai essayé de mieux comprendre qui j’étais. À vingt-cinq ans déjà, je me posais des questions. Je m’analysais. J’ai fait de belles rencontres aussi parce que j’ai su les saisir. Aujourd’hui encore, je rencontre des gens extraordinaires qui me font évoluer. J’ai très vite laissé tomber les croyances qui au début nous rassurent, mais qui finalement nous engluent, nous empêchent d’être libres.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 29 pages 79 à 81