Tous les articles par Françoise

L’Affaire du siècle : un recours en justice pour sauver la planète

L’ Affaire du siècle : un recours en justice pour sauver la planète

Marie-Dominique Mutarelli


Du nord au sud de la France, comme partout dans le monde à des degrés divers, les impacts du réchauffement climatique sont visibles et affectent déjà le quotidien de tous : montée des eaux, fonte des glaces, tempêtes, sécheresses ou inondations dévastatrices, disparition des espèces animales et végétales. Ils menacent à court terme notre mode de vie. En octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) exposait les conséquences dramatiques d’un réchauffement des températures dépassant de 1,5 °C les niveaux préindustriels, mais l’électrochoc de leur état des lieux n’a eu aucun effet sur la sphère politique, notamment française. La dernière COP 24 en a été l’illustration désolante.
Pour faire bouger les choses au nom de l’intérêt général, quatre associations ont donc décidé de porter devant un tribunal ce qu’elles ont appelé  l’Affaire du siècle » ; il s’agit de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), Notre affaire à tous, Oxfam France et Greenpeace France. Plus de 2,2 millions de signatures ont répondu à leur appel à signer une pétition. Fortes de ce soutien massif, elles ont assigné l’État français en justice pour son inaction face au changement climatique et pour le non-respect de ses obligations internationales, européennes et françaises en la matière.

Il incombe en effet à chaque État de mettre en œuvre des mesures efficaces pour lutter contre cette situation tragique, tout en garantissant la justice sociale : réduire la dépendance au pétrole ; fournir des alternatives en matière de transport ; investir dans la rénovation des logements ; promouvoir l’usage des énergies renouvelables, en abandonnant le recours aux énergies fossiles et nucléaire ; instaurer l’accès de tous à une alimentation suffisante, saine et de qualité ; garantir un revenu décent pour les agriculteurs et lutter contre la déforestation. Toutes mesures indispensables pour contrer l’évolution du climat à la hausse. Pourtant, ce qui a été mis en œuvre à ce jour est totalement insuffisant.
Devant cette inaction des pouvoirs publics, partout à travers le monde, des citoyennes et citoyens choisissent ainsi de saisir la justice pour que leurs droits fondamentaux soient enfin garantis face aux changements du climat, avec des résultats positifs à l’appui. Aux Pays-Bas, en Colombie, au Pakistan, des décisions de justice ont déjà donné raison aux requêtes citoyennes et eu un effet contraignant sur les décisions des États. « Le recours L’Affaire du siècle s’inscrit dans une série d’un millier de contentieux climatiques qui émergent dans le monde » précisait Marine Denis de Notre affaire à tous, lors de la conférence de presse du 14 mars. L’absence de politique contraignante en matière d’écologie oblige les citoyens et les associations à envisager les tribunaux comme une alternative. En Belgique, au Danemark, les mobilisations ont déjà donné des résultats, avec de nouveaux textes de loi en faveur du respect de l’Accord de Paris, aujourd’hui à l’étude dans les parlements. Selon le même principe, le maire EELV de Grande-Synthe, Damien Carême, a engagé, au nom de sa commune, un recours gracieux contre l’État pour « inaction en matière de lutte contre le changement climatique » : sa ville est en effet directement menacée par la montée du niveau de la mer.
En France, la procédure judiciaire initiée par les ONG de « l’Affaire du siècle » a d’abord donné lieu à l’envoi, en décembre 2018, d’une demande préalable en carence fautive adressée au président de la République, au Premier ministre et à vingt-deux ministres, étape obligatoire avant la saisine du juge. Cette procédure vise à sanctionner l’inertie de l’Administration alors même qu’elle est tenue d’agir. Cette obligation à agir est inscrite dans les textes de la Constitution française, de la Convention européenne des droits de l’homme, et dans les normes et engagements pris par la France sur les plans international, européen ou national (loi Grenelle, loi pour la transition énergétique…).

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages 7 à 8

Trois profondeurs du Dialogue Essentiel, Interview de Denis Marquet

Trois profondeurs du Dialogue Essentiel

Interview de Denis Marquet

Normalien de formation, Denis Marquet est philosophe et écrivain. Il pratique la philosophie comme une thérapie existentielle, au moyen d’un questionnement vivant avec des êtres en quête du sens de leur vie. Ses derniers livres interrogent la philosophie du Christ avec un roman, Le Testament du Roc, et deux essais parus en 2018 et 2019 aux éditions Flammarion : Oser désirer tout et Aimez à l’infini.

Quelle est votre expérience du Dialogue Essentiel, inspiré ? Cette voix intérieure qui répond à nos questions ?
Nous pouvons vivre à trois niveaux ce dialogue avec l’essentiel, avec la transcendance, avec ce qui nous dépasse, peu importe le nom que nous donnons à cette dimension. Nous pouvons l’appeler Dieu, ou ne pas la nommer.
Le premier niveau est celui de la tête, ce sera un dialogue d’informations. J’ai une question, la réponse m’est donnée sous la forme d’une information. À charge pour moi de la mettre en œuvre, avec mes propres forces (ce que je sais, ce que je sais faire). Mais ce premier niveau n’est pas fait pour durer. De fait, au cours d’un cheminement spirituel, arrive un moment où les informations diminuent. Le divin nous propose le dialogue sur un mode de moins en moins informatif, car il nous appelle à un niveau plus profond.

APRÈS LE DIALOGUE AVEC LA TÊTE, LE DIVIN NOUS FAIT
ENTRER DANS L’EXPÉRIENCE DU CŒUR

À ce moment-là, nous entrons dans l’expérience du cœur. Le divin nous appelle alors dans la relation à autrui, notamment sous la forme d’une ouverture du cœur qui augmente notre perception de l’autre, de son être véritable, par-delà ses conditionnements. Beaucoup d’intuitions, d’inspirations se présentent, fondées sur une vision de l’être unique qu’est l’autre, et de ses véritables besoins.

Une relation d’être à être commence à se développer. C’est la dimension du Christ qui émerge là, la deuxième personne de la Trinité : une unité relationnelle qui constitue la coupe permettant de recevoir l’être du Père, la source de vie. Mais cette source-là peut se tarir elle aussi, signe que nous sommes appelés à un niveau encore plus profond : le centre des entrailles. C’est-à-dire le lieu où le divin nous met en mouvement directement. Cette dimension des entrailles, très importante dans les Évangiles, est masquée par les traductions. Neuf fois dans les quatre Évangiles, il est question des entrailles du Christ, et une seule fois du cœur du Christ. Or, nous élevons des basiliques au Sacré-Cœur, mais on ne dit rien des entrailles sacrées du Christ. Lorsque vous lisez, dans les traductions des Évangiles, que Jésus est pris de pitié, souvent le texte original dit en réalité que ses entrailles sont remuées. Or, dès qu’elles le sont – celles du Christ, mais également celles du père du fils prodigue ou du Bon Samaritain – immédiatement l’être est mis en acte. Pour Jésus, ce mouvement spontané peut aller contre ce qu’il avait prévu de faire. Par exemple, au moment où il apprend la mort de Jean le Baptiste, Jésus a besoin de se retirer pour se recueillir et prier. Mais il voit que des foules le suivent sur le rivage, aspirant à sa présence ; c’est là que ses entrailles sont remuées. Il renonce alors à son projet personnel et va enseigner à ces foules. Les entrailles sont donc le lieu où le divin peut nous toucher et nous mettre directement en mouvement pour l’autre.

NOS ENTRAILLES SONT LA SOURCE DE NOS ACTES

Nos entrailles sont la source de nos actes. Mais elles peuvent engendrer un acte soit pulsionnel soit inspiré. L’acte sera inspiré si nous autorisons le divin à venir nous toucher dans ces profondeurs ; donc, si nous acceptons que notre conscience y descende. Ainsi le dialogue avec la source culmine paradoxalement au point le plus bas. Il faut accepter une baisse de la clarté sur le plan de la compréhension (la tête) quand les informations se tarissent, puis consentir à ce que la clarté par rapport à autrui diminue aussi. Nous nous sentons perdus, mais c’est alors que nous sommes guidés par le Christ, lui qui s’adresse précisément aux « brebis perdues ». Plus nous sommes guidés, moins nous savons où nous allons ! Car nous sommes mis en mouvement d’une façon spontanée, reliée. Nous recevons nos actes. C’est la partie la plus intéressante de ce dialogue parce qu’alors, le divin met en mouvement le corps, donc il le pénètre et l’infuse progressivement. Ainsi se crée notre corps de résurrection. La clarté peut alors revenir au niveau du cœur et de la tête. Mais seulement parce que nous y avons renoncé, parce que nous avons accepté d’être guidés dans des profondeurs telles que nous nous y sentons comme un aveugle conduit par un voyant. Nous ne savons pas où nous allons, mais, à chaque instant, nous nous confions. Quand mes actes sont inspirés, je peux commencer une phrase sans savoir comment je vais la terminer, m’engager dans une entreprise sans avoir de raison ni de but. Nous agissons parce que nous sommes mis en mouvement par la source, sans garantie qu’il s’agisse bien d’elle. À ce niveau de profondeur, la dimension de la foi est essentielle. Mais nous constatons que les actes sont féconds. Nous nous ouvrons à l’inattendu, au Nouveau dont parlent les Dialogues avec l’ange. La spiritualité, c’est l’ouverture au nouveau. Quand elle est vécue au niveau des entrailles, nous avons l’impression d’être à la fois dans la nuit noire et parfaitement guidés.

(…)

Pour  lire l’article en entier Reflets n° 32 pages 59 à 61

CONFIDENCE D’ARTISTE,Frédérique Bedos, semer le désir d’agir

CONFIDENCE D’ARTISTE
Frédérique Bedos, semer le désir d’agir

Après une enfance éprouvante qu´elle a racontée dans La Petite Fille à la balançoire, aux éditions Les Arènes, Frédérique Bedos est devenue présentatrice télé par la magie d´une rencontre inopinée. Désormais, elle se consacre intégralement au Projet Imagine, l´O.N.G. qu´elle a fondée. Dans ce cadre, elle réalise des films inspirants sur des héros au grand cœur, dont récemment Jean Vanier auquel elle rend hommage dans le cadre d´un long métrage émouvant, Le Sacrement de la tendresse. « Se sentir utile aux autres, c´est la clef du bonheur », nous dit-elle. Son sourire profond, habité, sa joie de vivre exultant en grands rires nous ont enthousiasmés. Après seulement quelques minutes de rencontre, nous savions que nous avions affaire à une grande dame.

Qu’est-ce qui est à l’origine du Projet Imagine ?
µCe sont d’abord mes compétences professionnelles. Puis, à un moment, j’ai reçu l’inspiration sur la façon dont je pourrais les utiliser au service des valeurs qui m’ont sauvée dans mon enfance. La violence a envahi les écrans et la façon de décrypter le monde est de plus en plus anxiogène. Or, la peur est la pire des conseillères, amenant au repli sur soi, à la stigmatisation de l’autre. In fine, on va bâtir des murs pour se séparer les uns des autres. N’est-ce pas le phénomène que nous observons dans le monde aujourd’hui ? Au même moment où je me pose ces questions d’ordre professionnel, j’ai l’histoire de mon enfance qui revient à la surface.

C’est-à-dire ?
Il y a des moments dans la vie où nous avons des rendez-vous avec nous-même. Toute une partie de ma jeune vie d’adulte était une fuite en avant, suite à une enfance tellement sérieuse, pleine de responsabilités. C’était lourd à vivre. Aussi dès que j’ai pu goûter à un peu de légèreté, je m’y suis engouffrée parce que j’avais absolument besoin de cette bouffée d’oxygène, c’est-à-dire faire des bêtises, ne pas me préoccuper. Et voilà qu’en plus, je me retrouve dans les médias, synonyme de voyages, d’aventures qui ne faisaient pas partie de mon monde. Sans me poser de questions, j’ai foncé droit devant de peur d’être ré-aspirée par des souvenirs douloureux. Sauf qu’un jour, ça vous rattrape. À un moment, votre inconscient ouvre la boîte de Pandore. Et j’ai fait une dépression, et le seul moyen de m’en sortir était de recoller avec ce qu’il y a de plus profond en moi, c’est-à-dire les valeurs d’humanisme, de solidarité, d’entraide, de tendresse qui m’ont sauvée quand j’étais petite. C’est aussi cette empathie qui fait qu’on a tellement mal pour l’autre : je t’aime parce que je suis toi et c’est cela qui est à redécouvrir. Nous ne sommes pas isolés les uns des autres. Cela fait peur parce que ça veut dire qu’on va souffrir, mais c’est cela, prendre le risque d’aimer. D’un coup, le sort de l’autre nous importe et vient nous toucher dans notre chair. C’est à ce prix qu’on va pouvoir s’entraider et s’aimer.

Le Projet Imagine, c’est une autre manière de faire du journalisme ; quelle espérance contient-il ?
C’est notre ligne éditoriale qui chapeaute tous nos contenus audiovisuels. C’est une façon de narrer le monde, en réussissant à rester proche du grand public, sans tomber dans l’élitisme. Essayer d’éclairer les enjeux du monde, tout en montrant bien que c’est subtil, complexe et que vous n’avez pas toutes les clés, rend humble et donne de l’espoir. J’espère donner cette posture d’humilité aux personnes qui reçoivent les messages en les mettant devant la question : « Qu’est-ce que je peux faire pour aider ? » On va regarder la situation telle qu’elle est sans se voiler la face, en gardant un regard tourné vers le futur de façon résolument constructive. Et quand il y a de l’espérance, il y a de la joie. C’est ça la subtilité et c’est là où nous sommes dans du constructif. C’est là aussi que je trouve la noblesse du métier de journaliste : d’une situation complexe, comment réussir, sans la dénaturer, à la rendre accessible au grand public qui n’est pas un spécialiste du sujet. Le but est de créer la contagion qui se traduit par des actions de la part du public. Je dois réussir à le transformer de spectateur en acteur, en quelqu’un qui va se lever de son fauteuil pour agir. C’est ça le pouvoir de l’émotion, et c’est ce qui me met en mouvement. J’assume totalement de faire un journalisme qui ne se prétend pas objectif, mais qui accepte totalement sa subjectivité. Soit tu es un être humain, soit tu es un robot. C’est un souci d’honnêteté d’assumer totalement sa subjectivité en faisant en sorte qu’on puisse la distinguer de façon facile. Le spectateur sait à ce moment-là comment se situer, sans lui enlever la liberté de se positionner par rapport à votre point de vue. Quelqu’un dont je fais le portrait, je l’ai choisi, car pour moi, c’est un héros. Alors oui, mon reportage est orienté, car il est plus un hommage qu’une enquête. Je vais raconter une histoire qui est la plus authentique possible, et l’authenticité et l’objectivité, ce n’est pas la même chose. Le journalisme n’est utile que s’il va jusqu’à donner l’envie d’agir, sinon à quoi sert-il ? Nous sommes envahis de nouvelles – d’ « infobésité » – qui deviennent une pollution. Comment faire le tri entre ce qui est utile et ce qui va élever ? Du coup, je fais du journalisme incarné, en m’appuyant sur la vie d’hommes et de femmes, les nouveaux héros. De là découle toute cette ressource infinie d’émotions qui vient jouer sur l’effet miroir créant l’empathie, quel que soit le héros. Il y a toujours quelque chose de l’ordre de l’universalité de notre humanisme qui passe. C’est-à- dire ces hommes et ces femmes nous ressemblent : ils ont des joies, des peines, des espérances, des rêves, des épreuves. Nous nous y reconnaissons. Derrière cette incarnation, il y a une intensité de vie chez ces êtres, qui va sonner comme une invitation pour chacun de nous à vivre la grande aventure humaine.

La vie intense, c’est servir ?
C’est AIMER !

(…)

Voir la suite de l’interview de Frédérique Bedos en page Articles inédits

Pour lire l’article en entier Reflets n° 32 pages 74 à 78

Dialogue avec le silence

Dialogue avec le silence

Frédérique Lemarchand

Frédérique Lemarchand est née à Limoges en 1977. À partir de 1997, elle étudie les arts du feu, la restauration de tableaux anciens, le vide et le plein dans la peinture orientale. En 2012, elle subit une transplantation coeur-poumons d’où s’ensuivent une E.M.I. et un coma. En 2015, elle rencontre Annick de Souzenelle qui lui prodigue des enseignements d’anthropologie biblique sous l’angle ontologique. En 2016, elle publie le livre autobiographique poétique Cantique du Cœur.
À suivre ses expositions de toiles, séminaires, conférences, peinture en direct.

Me voici appelée dans un silence qui absorbe le monde. Je suis chemin d’inspiration, sous un ciel vertical qui tire à lui les senteurs des abîmes jusqu’en terre de peinture. Fini le règne des câbles serpentant le mental qui contrôle tout. Je quitte ce monde opaque et rencontre le sensible, l’inattendu, le pressenti, la perception où tout se reflète. J’épouse la pluie limpide d’un ciel serein sur l’atelier, la visite impromptue bleue irisée du martin-pêcheur, gardien de la rivière qui roule en contrebas. Tous m’électrisent d’une densité tellurique.
J’ai le souffle coupé de ressentir tout ce que je ressens. Et, pour n’être plus exilée face à l’inouï, il en va de l’entrée en moi-même comme de l’approche d’une terre blanche. Je hisse sur mon chevalet une toile immaculée de silence.
Créer, c’est facile, il suffit de sauter à pieds joints dans le vide, c’est-à- dire dans mon coeur. Traversée par la sève créatrice, je suis habitée par le Souffle qui se dilate en moi, plus profond que moi-même.
Ma silhouette se détache alors indigo dans l’athanor de ma toile. La riche toison du lion balance sa flamme dans mes pigments. S’allume en moi un feu que ma poitrine ne peut contenir. Je brûle d’une peinture capable d’ouvrir un nouvel horizon aux lèvres « collabées » de la nuit. Dans un tremblement du toucher de l’être, l’aurore infinie décolle du fini. C’est un don de vie à la vie, don insaisissable. L’invisible fuse dans le visible en d’innombrables mutations qui s’évanouissent. La création ne vient plus de moi.
Entre le monde et moi, la toile d’une métamorphose. Une chrysalide d’empreintes parcheminée de larmes. Un palimpseste de sueur et de poussière. La poussière du monde entier, collée à la peau du présent, au rideau de tous les temps de la vie.
Je déchire, je malaxe, je « manduque » mon cœur avec le cosmos afin qu’ils deviennent chair de peinture.
Les conditions sont réunies pour une nouvelle naissance. Morte enceinte du germe, je célèbre la vie meurtrière en moi. Le couteau de la vie avec le pinceau tranchent dans le vif. Le sang est peinture, elle, à moitié vivante et moi, à moitié morte. L’esprit et l’âme sont les deux yeux par lesquels je vis. J’incise la fente d’une bouche dans la pourpre de Ton visage. Visage de tous les visages, comme le mien foudroyé, inaliénable, essaimé, émietté. Substance de ma substance, poussière de la lumière, lumière de la matière s’étreignent férocement. Mon cœur absorbe la peinture et la manifestation absorbe mon coeur à l’image du célébrant qui donne et qui reprend !

(…)

Peindre, c’est recevoir ce qui me déborde au creux de ma solitude. Tout se passe comme si la manifestation posait la question de l’équilibre de quelque chose de mouvant, muet, hurlant, invincible, provisoire, volatile et d’une extrême fragilité.
La fertilité de cet état d’attention flottante germe et croît sous la cicatrice de mon corps qui n’est pas son tombeau. Je ne peux pas capturer l’éternel. Ce qui m’est révélé se retire et l’horizon s’éloigne. Le vivant ne se laisse pas emprisonner.
Je ne peux que rendre témoignage à la Lumière.
Par la fenêtre de l’atelier passe un rayon de lumière libre et nu qui s’amuse sur la toile. La respiration, le souffle, le flux. La cendre et la poussière dans le faisceau lumineux sont comme rendues à leur virginité première. Trace insaisissable du sans-trace.
Il ne reste que ma peinture assoiffée pour me faire éprouver inlassablement l’étrange sensation intime que je vis toujours en une consubstantielle compagnie. Je vis la sublimation de deux états dont le mélange crée un troisième. Triade où douleur et joie sont une même chose dans l’amour fort qui abolit toute séparation.
Dialoguer avec le silence, cela reste une expérience secrète et mystérieuse indéfiniment enfouie, tel le levain dans la pâte humaine.

www.frederiquelemarchand.com

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages 47 à 48

Comment communiquer sur l’environnement ?

 

Comment communiquer sur l’environnement ?
Par la peur ou par l’espoir ?

Jacques Lecomte

Docteur en psychologie
Président d’honneur de l’Association française de psychologie positive
Membre du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot

24 juin 2019

Certains aspects de l’environnement actuel sont fort préoccupants, tout particulièrement le réchauffement climatique. Comment les personnes lucides sur cette situation – et tout particulièrement les leaders d’opinion – devraient-elles communiquer à ce propos ? La plupart des écrits visant à alerter sur les problèmes d’environnement reposent (ou du moins, semblent reposer) sur ce double postulat : plus les citoyens seront informés et effrayés, plus ils auront de probabilités d’agir en faveur de l’environnement. Or ces deux affirmations sont erronées.

Plus d’informations ne conduit pas à plus de comportements pro-environnementaux

Le premier postulat (l’information incite au comportement) correspond à ce que les chercheurs en sciences sociales appellent le modèle du déficit, selon lequel il y a un écart entre l’information détenue par les experts et celles dont disposent les gens ordinaires. Une fois correctement informés, ces derniers adopteront des comportements pro-environnementaux.
Or ce modèle n’est pas pertinent.

Ne serait-ce que dans le domaine de l’environnement, de nombreuses études ont montré qu’il y a un fossé entre d’une part les valeurs et les attitudes, et d’autre part le comportement et l’action (attitude-behavior gap ou value-action gap des auteurs anglo-saxons). Ceci concerne par exemple la consommation verte (alimentation, transport, énergie, etc.) ou le recyclage des déchets, comme l’ont montré plusieurs synthèses de la littérature scientifique *1.

Ce phénomène concerne même les personnes les plus impliquées, comme le révèlent deux études publiées en 2017. L’une, au titre particulièrement significatif « Vert au sol, mais pas dans les airs » *2, montre que si les personnes les plus sensibilisées par les questions environnementales sont également celles qui adoptent les comportements les plus écologiques dans leur foyer, il n’en est rien pour l’avion. En effet, il n’y a pas de corrélation entre les convictions environnementales et l’usage de l’avion pour le loisir.
L’autre étude compare l’empreinte environnementale de trois groupes d’individus : des économistes, des médecins et des spécialistes de la protection de la nature (universitaires et-ou praticiens)*3. Ces derniers ont une empreinte écologique légèrement inférieure à celle des membres des deux autres groupes sur certains aspects (moins d’usage des avions pour le loisir, moins de consommation d’énergie domestique et plus de recyclage), mais utilisent plus l’avion pour raisons professionnelles et ont plus d’animaux domestiques (on sait par ailleurs que les chats domestiques sont une cause majeure de destruction des passereaux ; plusieurs milliards tués chaque année dans le monde). Cette étude montre également qu’il n’y a pas de relation entre le niveau de connaissances environnementales et le degré d’empreinte écologique.

**********************

La communication par l’espoir plus efficace que la communication par la peur

Le second postulat consiste à penser que plus l’information sur la destruction de l’environnement suscite la peur, plus cela incitera les personnes à modifier leur comportement. La représentante la plus connue de cette stratégie de communication est la jeune Greta Thunberg qui a déclaré au Forum de Davos en janvier 2019 : « Je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que j’éprouve chaque jour. Et ensuite, je veux que vous agissiez. »*4 En France, cette forme d’argumentation est surtout développée par les partisans de l’effondrement *5.

Cette volonté d’inciter les citoyens à agir par la peur repose sur une perspective estimable, mais constitue également une illusion, au regard des connaissances actuelles.

Le changement climatique constituant actuellement le plus grave problème environnemental mondial, je me suis efforcé de recenser l’ensemble des études empiriques menées jusqu’en 2018 sur l’impact des messages, selon la forme adoptée (espoir ou peur). J’ai essayé d’être le plus exhaustif possible, même s’il se peut que des études m’aient échappé. Voici ce bilan.

5 études mettent en évidence l’impact positif de la peur forte et-ou l’impact négatif de l’espoir
2001 : Plus une information sur l’effet de serre suscite la peur, plus les personnes adoptent des attitudes favorables à l’usage d’ampoules électriques à faible consommation ; et plus ils sont nombreux à en commander *6.
2012 : Le fait de s’inquiéter à propos du changement climatique est corrélé avec la recherche d’informations sur le sujet, tandis que le fait d’avoir de l’espoir est corrélé avec l’évitement des informations *7
2011 : Après avoir vu un film documentaire sur le réchauffement climatique (Une vérité qui dérange), les spectateurs sont plus motivés et plus aptes à agir à ce propos. Par ailleurs, ils se sentent moins heureux *8.
2015 : des personnes qui lisent un message fortement menaçant sur le changement climatique éprouvent ensuite un sentiment d’efficacité collective à lutter contre celui-ci, plus élevé que ceux qui lisent un message minimisant la menace *9.
2016 : Les sujets qui lisent un texte suscitant une peur forte expriment plus d’intentions de s’engager dans un comportement pro-environnemental que ceux qui lisent un texte suscitant une peur faible *10.

4 études aboutissent à des résultats « neutres »

2001 : Des messages modérés de peur à propos des risques liés au CO2 suscitent le désir de rechercher de l’information sur les économies d’énergie ainsi qu’une attitude plus favorable envers elles *11.
2004 : Après avoir vu un film catastrophe sur le réchauffement climatique (Le jour d’après), les spectateurs ont une plus grande prise de conscience du problème, mais une moins bonne compréhension, en raison du caractère exagéré du contenu du film *12.
2012 : La connaissance sur le changement climatique conduit à la préoccupation à ce sujet, qui à son tour conduit au sentiment d’efficacité sur la capacité à agir *13.
2016 : L’espoir est prédictif de l’intention d’agir pour limiter le réchauffement. De même pour la peur, bien que plus faiblement. En revanche, la colère n’a pas d’impact *14.

Les études de 2001 et 2012 ne font pas appel à une peur forte, mais à une peur faible ou modérée, ou au souci (worry, concern). Je les ai classées dans cette catégorie « résultats neutres », car elles peuvent aussi bien être revendiquées par les partisans de la communication par la catastrophe que par les partisans de la communication par l’espoir. Je fais partie de cette seconde catégorie ; or je suis bien conscient qu’il y a du souci à se faire au sujet de l’environnement, et donc que l’appel visant à se préoccuper du changement climatique est pertinent.

16 études mettent en évidence l’impact nul ou négatif de la peur forte et-ou l’impact positif de l’espoir
1996 : Une large campagne, au ton dramatique, menée par le ministère hollandais de l’environnement (par la télévision nationale, les journaux, des affiches) avait pour objectif une prise de conscience des effets du changement climatique, ainsi que des changements de comportement. Elle a abouti à un échec *15.
2007 : Les personnes évitent de penser au changement climatique, notamment parce que cela suscite en eux des peurs d’insécurité, un sentiment d’impuissance et de culpabilité et que cela menace leur identité individuelle et collective *16.
2007 : Les personnes ont moins de probabilités de s’engager dans des comportements écologiques si elles considèrent que l’on ne peut pas résoudre les problèmes environnementaux *17.
2009 : Les descriptions du changement climatique par la peur (lacs asséchés, enfants qui meurent de faim, ours polaires inondations) provoquent un fort sentiment d’impuissance et sont rapidement oubliées une fois le premier impact passé. En revanche, des photographies positives (cycliste, maison avec panneaux solaire, éoliennes) produisent un fort sentiment d’efficacité personnelle à s’engager concrètement *18.
2010 : Une information sur le réchauffement climatique provoque moins de peur et plus d’attitude positive envers la limitation du changement climatique lorsqu’elle est présentée sous forme de de gain si l’on agit (prévenir l’élévation du niveau des mers et les inondations, etc.) que sous forme de perte si l’on n’agit pas ou pas assez *19.
2011 : On présente le thème du réchauffement climatique à des personnes, en insistant soit sur ses conséquences apocalyptiques, soit sur les solutions possibles. Par ailleurs, on évalue leur niveau de « croyance en un monde juste » (pensée très répandue selon laquelle on obtient ce qu’on mérite ou on mérite ce qu’on obtient). Chez les individus ayant une faible croyance en un monde juste, la lecture du document entraîne une légère augmentation de la conviction de la réalité du réchauffement, quel que soit le style du document. En revanche, ceux ayant tendance à croire en un monde juste et qui lisent un message catastrophiste deviennent nettement plus sceptiques sur le réchauffement, tandis que ceux qui lisent un message positif en sont bien plus convaincus *20.
2011 : La même information sur les risques liés au réchauffement climatique aboutit à des intentions d’agir plus fortes lorsqu’elle est présentée positivement plutôt que négativement *21.
2011 : Des spectateurs d’un film catastrophe sur le réchauffement climatique (L’âge de la stupidité, destiné à inciter les spectateurs à devenir des militants du climat) sont interrogés à trois reprises : juste avant le film, juste après et 10 à 14 semaine après. Avant le film, ces personnes expriment un haut niveau de conscience des problèmes et d’envie d’agir. Ce niveau augmente légèrement après visionnage, mais redevient trois mois plus tard quasi identique à ce qu’il était initialement *22.
2012 : Les personnes sont plus convaincues de l’intérêt d’actions en faveur du climat lorsque l’on souligne que cela créerait une société où les gens sont plus respectueux et bienveillants que lorsque l’on met l’accent sur les risques causés par le changement climatique. Cet effet est plus important encore chez les climatosceptiques *23.
2012 : Aux États-Unis, des messages alarmistes sur le réchauffement climatique augmentent le soutien aux politiques de réduction de risques chez les partisans du parti démocrate, mais ont l’effet inverse chez les partisans du parti républicain, précisément ceux qu’il est le plus nécessaire de sensibiliser. Les auteurs de cette étude parlent d’effet boomerang » de la communication scientifique *24.
2013 : Des images des impacts catastrophistes du changement climatique (inondations, calotte glaciaire, déforestation, ours blanc…) amènent les personnes à considérer que ce problème est important, mais qu’elles ne peuvent rien faire à ce propos. Inversement, des images d’alternatives énergétiques (panneaux solaires, éoliennes, isolation de la maison…) favorisent le sentiment d’efficacité *25.
2014 : Cette étude est la suite de celle de 2011 sur le film catastrophe L’âge de la stupidité. Un an après avoir vu le film, le sentiment d’efficacité et le désir d’agir en faveur de l’environnement sont inférieurs à ce qu’ils étaient avant d’avoir vu le film *26.
2014 : Parmi les émotions susceptibles d’inciter à soutenir une politique de lutte contre le réchauffement climatique, l’inquiétude vient en premier, suivie de l’espoir. En revanche, la peur n’est pas liée à ce soutien *27.
2014 : Lorsqu’on présente un projet de loi destinée à réduire le réchauffement climatique en insistant sur son intérêt économique (création d’emploi, réduction des coûts de l’énergie), les personnes ont tendance à appuyer cette mesure, tandis que si on insiste sur les dangers à venir causés par le réchauffement, les sujets ont fortement tendance à s’y opposer *28.
2018 : Après avoir été soumis à un message menaçant relatif au réchauffement climatique, les personnes adoptent un degré plus élevé d’ethnocentrisme et ont moins l’intention de s’engager dans des comportements pro-environnementaux *29.
2018 : Les personnes qui ont le sentiment que leur action n’aura pas d’impact ont plus tendance à ne pas s’engager dans des comportements pro-environnementaux, même si elles sont concernées par les problèmes*30.

L’ensemble de ces résultats amène à la conclusion que, dans l’état actuel de nos connaissances, les messages générant une forte peur ont des effets globalement contre-productifs ; lorsqu’ils ont des effets positifs, ceux-ci ne sont pas durables. Tandis que les messages d’espoir ont plutôt des effets positifs.
Deux remarques toutefois :
– Certaines études concluent à un effet positif des messages de peur forte. Il serait intéressant d’analyser plus précisément pourquoi, ce qui pourrait fournir des pistes d’intervention. Je n’ai malheureusement pas le temps de réaliser ce travail comparatif.
– Ces résultats en faveur d’une approche par l’espoir ne doivent évidemment pas conduire à penser qu’il faut ignorer les menaces. Beaucoup de progrès sont évidemment nécessaires pour que la société et l’environnement se portent bien. Il ne faut pas confondre l’espoir actif et l’espoir passif.

De façon plus générale, l’espoir a systématiquement été au cœur de la dynamique des grands réformateurs sociaux et politiques, qu’il s’agisse de Nelson Mandela ou de bien d’autres.

Sans espoir, ils ne se seraient pas engagés dans l’action.
Sans espoir, ils n’auraient pas résisté aux vagues de tristesse qui pouvaient les atteindre face à la dure adversité.
Sans espoir, ils se seraient effondrés psychiquement lors des mois, voire des décennies de captivité que certains ont endurées.
Sans espoir, ils ne nous auraient pas laissé un monde dans lequel, malgré toutes ses imperfections, il vaut encore la peine de goûter la vie et de s’engager dans leurs traces au service du bien commun.

C’est bien dans les situations les plus problématiques que nous avons le plus besoin d’espoir. Rejeter l’espoir, c’est nier notre humanité.

Pour conclure mon propos, je laisse la parole à Yann Arthus-Bertrand, bien connu pour son engagement au service de la planète : « Ce ne sont en effet ni les menaces, ni les prophéties apocalyptiques, ni les leçons de morale, ni même les raisonnements rationnels qui changeront notre société. C’est l’élan qui nous pousse vers les autres et qui nous lie à eux. C’est l’amour – dans ses multiples formes. (…) Plus encore qu’une écologie humaniste, il faut une écologie humaine, chaleureuse, qui nous réconcilie avec nous-mêmes et avec notre siècle. Et je crois que là est l’avenir de l’écologie. »*31

**********************

NB : Ce document est une annexe d’un livre sur une politique de fraternité et de convivialité, que je publierai en 2021. Cet ouvrage présentera de nombreuses études et expériences concrètes montrant l’impact positif de la coopération, de l’empathie, de la confiance en autrui, etc. dans de multiples domaines : éducation, santé publique, justice, environnement, économie, relations internationales…

*1 Peattie, K. (2010). Green consumption: behavior and norms, Annual Review of Environment and Resources, 35, 195-228. Abrahamse, W., Steg, L., Vlek, C., & Rothengatter, J. A. (2005). A review of intervention studies aimed at household energy conservation, Journal of Environmental Psychology, 25, 273–291.
*2 Alcock, I. et al. (2017). “Green” on the ground but not in the air: Pro-environmental attitudes are related to household behaviours but not discretionary air travel, Global Environmental Change, 42, 136-147.
*3 Balmford, A., Cole, L., Sandbrook, C. & Fisher, B. (2017). The environmental footprints of conservationists, economists and medics compared. Biological Conservation, 214, 260-269.
*4 https://www.youtube.com/watch?v=RjsLm5PCdVQ
*5 Servigne, P. & Stevens, R. (2015). Comment tout peut s’effondrer, Paris, Seuil. Servigne, P., Stevens, R. & Chapelle, G. (2018). Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil.
*6 Mejinders, A. L., Midden, C. J. H. and Wilke, H. A. M. (2001). Communications about environmental risks and risk-reducing behaviour: The impact of fear on information processing. Journal of Applied Social Psychology, 31 (4), 754-777.
*7 Yang, Z. J. & Kahlor, L. (2013). What, me worry? The role of affect in information seeking and avoidance. Science Communication, 35 (2), 189-212.
*8 Beattie, G., Sale, L. and McGuire, L. (2011) An inconvenient truth? Can a film really affect psychological mood and our explicit attitudes towards climate change?, Semiotica, 187, 105-125.
*9 Hornsey, M.J. et al. (2015). Evidence for motivated control: Understanding the paradoxical link between threat and efficacy beliefs about climate change. Journal of Environmental Psychology 42, 57-65.
*10 Chen, M. (2016). Impact of fear appeals on pro-environmental behavior and crucial determinants. International Journal Of Advertising, 35(1), 74-92.
*11 Meijnders, A., Midden, C. & Wilke, H. (2001). Role of negative emotion in communication about CO2 risks. Risk Analysis, 21 (5), 955-966.
*12 Balmford, A., Manica, A., Airey, L., Birkin, L., Oliver, A. & Schleicher, J. 2004. Hollywood, climate change, and the public. Science, 305, 1713.
*13 Milfont T. L. (2012). The interplay between knowledge, perceived efficacy, and concern about global warming and climate change: a one-year longitudinal study, Risk Analysis, 32 (6), 1003-1020.
*14 Feldman, L. & Hart, P. S. (2016). Using political efficacy messages to increase climate activism: The mediating role of emotions, Science Communication, 38 (1), 99-127.
*15 Staats, H. J., Wit, A. P., & Midden, C. J. H. (1996). Communicating the greenhouse effect to the public: Evaluation of a mass media campaign from a social dilemma perspective. Journal of Environmental Management, 45, 189-203.
*16 Norgaard, K. M. (2006). “People want to protect themselves a little bit”: Emotions, denial, and social movement nonparticipation. Sociological Inquiry, 76 (3), 372-396.
*17 Homburg, A., Stolberg, A., & Wagner, W. (2007) Coping with global environmental problems: Development and first validation of scales. Environment and Behaviour, 39 (6), 754-778.
*18 O’Neill, S. & Nicholson-Cole, S. (2009). “Fear won’t do it’: promoting positive engagement with climate change through visual and iconic representations. Science Communication, 30 (3), 355-379.
*19 Spence, A. & Pidgeon, N. (2010). Framing and communicating climate change: The effects of distance and outcome frame manipulations, Global Environmental Change, 20 (4), 656-667.
*20 Feinberg, M., & Willer, R. (2011). Apocalypse soon? Dire messages reduce belief in global warming by contradicting just-world beliefs. Psychological Science, 22, 34-38.
*21 Morton T. A., Rabinovich A., Marshall D. and Bretschneider P. (2011). The future that may (or may not) come: How framing changes responses to uncertainty in climate change communications, Global Environmental Change, 21 (1), 103-109.
*22 Howell, R. A. (2010). Lights, camera … action? Altered attitudes and behaviour in response to the climate change film The Age of Stupid. Global Environmental Change, 21 (1), 177-187.
*23 Bain, P. G., Hornsey, M. J., Bongiorno, R. & Jeffries, C. (2012). Promoting pro-environmental action in climate change deniers, Nature Climate Change, 2 (8), 600-603.
*24 Hart, P. S. & Nisbet, E. (2012). Boomerang effects in science communication: How motivated reasoning and identity cues amplify opinion polarization about climate mitigation policies. Communication Research, 39 (6), 701-723.
*25 O’Neill, S., Boykoff, M., Day, S. A. & Niemeyer, S. (2013). On the use of imagery for climate change engagement. Global Environmental Change, 23 (2), 413-421.
*26 Howell, R. A. (2014). Investigating the long-term impacts of climate change communications on individuals’ attitudes and behavior, Environment and Behavior, 46 (1), 70-101.
*27 Smith, N. & Leiserowitz, A. (2014). The role of emotion in global warming policy support and opposition, Risk Analysis, 34 (5), 937-948.
*28 Anderson et al. (2014). Mobilization, Polarization, and Compromise: The Effect of Political Moralizing on Climate Change Politics, Paper prepared for the Annual Meeting of the American Political Science Association, Washington, DC. August 28-30, 2014.
*29 Uhl, I., Klackl, J., Hansen, N., & Jonas, E. (2018). Undesirable effects of threatening climate change information: A cross-cultural study. Group Processes & Intergroup Relations, 21 (3), 513-529.
*30 Landry, N., Gifford, R., Milfont, T. L., Weeks, A., & Arnocky, S. (2017). Learned helplessness moderates the relationship between environmental concern and behavior. Journal of Environmental Psychology, 55, 18-22.
*31 Arthus-Bertrand, Y. (2018). Préface de O. Blond, Pour en finir avec l’écologie punitive, Paris, Grasset, p. 9.

Un avenir pour l’écologie

Un avenir pour l’écologie

Christian Roesch

Dans son dernier ouvrage Une Nouvelle Terre, Dominique Bourg présente une magnifique analyse de la situation de la terre aujourd’hui. La notion d’anthropocène est parfaitement claire : notre époque produit des dommages irréversibles pour l’environnement. Si nous ne cessons, la terre deviendra invivable. Les solutions de secours sont illusoires.
Nous retrouvons la même qualité d’analyse chez Delphine Batho  dans Écologie intégrale Le manifeste, dont Dominique Bourg a fait la postface.
L’écologie est éminemment politique mais la politique peut-elle mener à une solution écologique ?

Ce vieux débat date de la fondation de partis écologistes en Europe. Leur inefficacité a été démontrée par leur échec, depuis cinquante ans, à imposer leur approche sur la scène politique. Les alliances à gauche, au centre, à droite, ou séparés, toutes les tentatives n’ont abouti qu’à des succès très limités. La démission de Nicolas Hulot du ministère (d’État) de l’Écologie en est le dernier avatar.
Delphine Batho propose la conquête démocratique et non-violente de « l’écologie intégrale ». Les « Terriens », ceux qui veulent protéger les conditions d’existence de l’humanité, l’emporteraient aux élections sur les « Destructeurs » c’est-à-dire tous les autres
Est-ce une utopie ou une possibilité réaliste ?
Précisons que, dans notre esprit, il n’est pas question de polémiquer sur cette personne ou sur son programme. Elle représente la pensée d’une grande partie des écologistes qui espèrent par leurs actions citoyennes et le relais politique pouvoir changer le système capitaliste en France, en Europe et dans le monde. Nous nous interrogeons sur la faisabilité d’un tel projet aussi alléchant pour la sauvegarde de la planète et de TOUS ses habitants.
Notre scepticisme provient de notre expérience spirituelle et de la connaissance de la biologie intérieure humaine qu’elle procure. L’homme n’est pas que terrien : sa dimension divine est le vrai moteur de son évolution. Qui ne souhaite être mieux aimé et mieux aimant ? Lorsque cette quête n’est pas première, les combats – même les plus humanistes – se coupent de la vie intérieure garante de la vérité, de la justice, de la paix.
Ainsi classer les individus en deux catégories, les « Terriens » et les « Destructeurs » crée une opposition frontale dangereuse ayant pour conséquence d’induire la guerre d’un camp contre l’autre. Comment imaginer que la guerre apporte une solution durable ? Elle vient en contradiction avec l’idée d’écologie intégrale démocratique non-violente. De plus, cette solution est impossible, car cette dualité destructeur-protecteur est en chacun de nous. Nous y reviendrons, mais essayons d’abord de comprendre la nature humaine qui va avec la démocratie.
La démocratie est un modèle sociétal qui régit les nations. Il a été rendu possible depuis que les humains ont acquis une personnalité, c’est-à-dire un ego qui différencie chacun de son voisin. Elle s’essaie chez les Grecs. Être citoyen de la cité nécessite d’y être né depuis des générations, d’être du sexe masculin, d’y posséder des biens, pour participer à la vie politique selon le principe : un homme, une voix.
Les Romains l’ont amplifiée. Le droit, l’accès plus facile à la citoyenneté, sa dimension mondiale ont préparé la démocratie moderne du XVIIIe siècle.
Celle-ci est toujours fondée sur le fonctionnement de l’ego, egocentrique par définition. Ce plan de conscience régi par la personnalité, nommons-le : MOI .
Avoir un rôle social reconnu par le fait d’avoir un nom provenant d’une lignée, un prénom qui m’identifie, une adresse, un métier. C’est l’avoir – même restreint – qui donne accès au statut de citoyen et au rôle d’électeur.
– Les critères communs de l’ego signent l’appartenance à un groupe, une collectivité, une nation. Cette conscience d’appartenir à un groupe, appelons-la : NOUS.
Exemple de groupe : les confréries de métier ; de collectivité : les habitants d’un quartier, d’une province avec ses coutumes, d’une nation régie par les mêmes lois.
– Les critères individuels de l’ego manifestent que : moi j’existe à l’intérieur de ce groupe, différent du voisin, avec une personnalité. Et mon groupe doit être différent des autres groupes. MA famille, MON quartier, MON club, MON clan, MON pays, etc.
C’est la base intérieure humaine du système politique de la démocratie. L’État régule les rapports entre l’individu et la collectivité (entre MOI et NOUS).

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages  14 à 17