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L’e-sport : nouvelle conquête du numérique

L’e-sport : nouvelle conquête
du numérique

Christian Geniller

Jean-Paul est entraîneur de football en Auvergne-Rhône-Alpes depuis maintenant plus de quarante ans. En discutant ensemble sur l’évolution du sport dans notre société, il me fait part de sa stupéfaction sur un récent vécu. Par hasard il a surpris ses jeunes joueurs âgés de quatorze-quinze ans tous réunis autour d’une console jouant au jeu vidéo FIFA (du nom de la Fédération internationale de football), produit par EA sports, s’exprimant comme il ne l’avait jamais vu auparavant, même sur le terrain de football : « Ils étaient plus joyeux, plus enthousiastes, plus motivés que sur le gazon », me dit-il. Et il ajoute : « Mais où va-t-on ? Où va le monde ?

Comme Jean-Paul, nous sommes nombreux à ignorer la progression fulgurante de l’e-sport, le sport virtuel numérique.

Quand tout cela a-t-il démarré ?
Si l’histoire du jeu vidéo débute dans les années 1940, lorsque naît l’idée au sein des universités lors de recherches informatiques, les jeux vidéo ne sont connus du grand public qu’à partir des années 1970. L’essor du sport électronique – ou Esport, ou encore e-sport – commence à la fin des années 1980 avec les premiers jeux en réseau multi-joueurs, et à partir des années 1990 sur Internet. Au cours des années 2000 à 2010, l’e-sport acquiert de plus en plus de notoriété, et des tournois dotés de prix conséquents commencent à émerger sur la scène internationale. Selon la chaîne de télévision France 24 qui a consacré un reportage sur le sujet, le chiffre d’affaires de ce « phénomène » – reconnu comme véritable sport en 2016 par le CIO et en pourparlers pour intégrer le programme des futurs Jeux olympiques d’été – était d’un million de dollars en 2019, plus que la Formule 1. Avec 250 millions d’amateurs dans le monde, dont la moitié en Chine et aux USA, le nombre de spectateurs et téléspectateurs est impressionnant puisque 36 millions de personnes regardent la finale de la League of Legends en Corée du Sud, pays où tout a commencé, et où les joueurs, appelés gosu (maîtres), sont de véritables célébrités. En France, 7,3 millions de personnes âgées de plus de quinze ans ont déjà regardé une compétition e-sport, selon le dernier baromètre de France Esports et Médiamétrie. Axelle Lemaire, l’ex-secrétaire d’État chargée du Numérique et de l’Innovation, avait annoncé des mesures visant à favoriser l’expansion en France de ce sport émergent qui compte à ce jour 25 % de son marché mondial en Asie.

Quelles conséquences pour nos jeunes, pour le sport, pour la société ?
Dans le domaine public, des assises de l’e-sport ont été organisées conjointement avec le ministère de l’Économie et des Finances et celui des Sports. Datant du printemps 2019, la réunion a établi une feuille de route pour 2025 incluant « le développement d’une pratique e-sportive responsable et socialement valorisée » ainsi que la création d’une filière de formation permettant de structurer ce nouveau sport. En France, la Tony Parker Adéquat Academy basée à Lyon a ouvert récemment un cursus e-sport en association avec la Team LDLC. L’argent devenu roi coule à flots chez les éditeurs et les équipes professionnelles, attirant de plus en plus de jeunes. Ces derniers rêvent du statut de star que leur confère ce nouveau sport. Le magazine L’Équipe du 9 novembre 2019 consacre pour la première fois sa une au double champion du monde sur dota 2, Sébastien Debs, vingt-sept ans. Dans une interview croisée avec sa maman Corine, il raconte avec beaucoup de transparence son histoire ; et comment, âgé de quatorze ans, il s’est réfugié dans les jeux vidéo pour oublier son départ brutal du Liban, suite à l’invasion israélienne de 2006, et son rapatriement chez son oncle à Bordeaux. Malgré des études de commerce, Sébastien travaille désormais comme gamer, nom donné au joueur de jeux vidéo. L’entraînement et la pression des résultats est tellement forte qu’il connaît un burnout en 2016 après six ans de carrière et explique se sentir déconcerté devant les sommes d’argent reçues. Même si Corine ne le voit pas comme un sportif mais plutôt comme un intellectuel, Sébastien revendique son statut. Dextérité, temps de réaction, vigilance et précision, réflexion et patience, coordination d’équipe, telles sont les qualités principales requises pour devenir un excellent joueur, bien éloignées des vertus d’endurance, de force, de puissance musculaire de la majorité des sports les plus pratiqués, comme le football, le basket, le tennis ou encore le cyclisme.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 36 pages 19 à21

AIDER donne du sens à la vie

AIDER donne du sens à la vie

À la rencontre des fondateurs de l’association
Les amis de Roger McGowen, Pascal et Béatrice Bernard

Pascal Bernard et Béatrice, son épouse, habités par un besoin de donner du sens à leur existence, entendent parler de Roger lors d’une conférence donnée par Pierre Pradervand. Pilotes de ligne tous les deux, Pascal accompagne ensuite Pierre Pradervand et Bernard Montaud à Houston, puis il commence à correspondre avec Roger par courrier. Béatrice continue avec lui. Ils créent l’association Les amis de Roger McGowen.
Désormais, ils lui rendent visite une fois par mois. « Pas une fois, à chacune de nos rencontres, nous ne sommes repartis sans avoir appris quelque chose de la vie. Nous sommes devenus amis, il nous appelle sa famille blanche, c’est notre frère noir. »

Comment définiriez-vous Roger ?
La particularité de Roger est qu’il ne donne jamais de leçon, il est la leçon. C’est la personne la plus humble que nous connaissons. Il n’a qu’un moteur dans la vie, aider autour de lui et remercier pour tout ce qui lui est donné. Roger est un homme riche, un homme juste, un doux au sens biblique, un puissant, un seigneur au service de l’amour. Il est très peu affecté par la méchanceté de certaines personnes qui l’entourent, car il sait que c’est toujours la marque d’une souffrance intérieure. Il cherche plutôt le sens de chaque situation difficile rencontrée et dès qu’il le trouve, il s’en libère. Ce n’est pas toujours facile pour lui, mais il ne renonce jamais quel que soit le temps que cela peut lui prendre. Quand c’est très difficile pour nous, nous pensons à lui et, comme le lui suggérait sa grand-mère, nous suivons notre boussole intérieure, c’est-à-dire notre cœur qui doit nous guider dans toutes les situations.

Quelles actions menez-vous pour lui venir en aide ?
Nous cherchons chaque mois à apporter du sens à ce que nous vivons et nous trouvons ensemble des actions qui nous élèvent, lui comme nous. C’est ainsi par exemple que, face à la douleur de Roger en arrivant dans sa nouvelle prison de Wynne Unit où il découvre des hommes condamnés à la prison à vie et oubliés de tous, il nous est apparu qu’il était sans aucun doute dans cet endroit pour soulager la souffrance de ces hommes. Nous avons alors commencé par aider quatre de ses amis, nous avons permis à l’un d’eux de sortir de prison en lui fournissant un avocat, nous avons amélioré le quotidien des trois autres et surtout nous leur avons, avec l’aide de Roger, redonné un peu d’attention. Par la suite, l’association Les Roses Rouges Sur le Bitume (RRSB) a repris le flambeau, faisant de ces actions son fer de lance.
Nous organisons des conférences, des « apéros- Roger », pour le faire connaître et nous récoltons des dons pour financer les avocats qui continuent de chercher à prouver son innocence.

Bien-sûr, le souhait le plus cher de Pascal et Béatrice
est de voir Roger libre.

Ainsi il pourra rayonner encore plus à l’extérieur des prisons, et continuer à aider les détenus qu’il n’abandonnera jamais. Mais en attendant, l’essentiel est de poursuivre le soutien. « Ce qui est magnifique aujourd’hui, c’est que nous sommes de plus en plus nombreux autour de lui et de ses codétenus. Nous offrons ainsi à la vie une chance d’aller dans le sens du partage, de l’amitié, et du lien.

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LES AMIS DE ROGER MCGOWEN EN France www.rogermcgowen.fr/soutien-roger-mcgowen

Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 36 pages 46 à 47

DESTIN REMARQUABLE Krishnamurti, le sage libre

DESTIN REMARQUABLE
Krishnamurti, le sage libre

Maryline Hubaud

Un regard profond presque étrange, une présence qui se sent même devant sa photo, Krishnamurti rayonne la sagesse, palpable juste en observant l’image.
Le silence s’impose. Les traits sont en paix. Il émane quelque chose de particulier, un passage sur terre franchement pas ordinaire. Tout son parcours de vie est teinté d’une trajectoire hors normes, où seule la liberté et le lien avec l’essentiel le conduiront tout du long. Il se libère de tout dogme et sans hésiter il change d’orientation pour la pureté de la sensation de vérité en lui. Un maître, sans peurs, sans regrets, sans attaches : un précurseur.

Très tôt, la vie intérieure, la culture et la sagesse se sont imposées à lui. Krishnamurti est venu pour cela, c’est une histoire très étrange que la sienne, loin de nos réalités bien occidentales.
Né en 1895 d’une famille brahmane modeste, il est repéré, à l’âge de quatorze ans seulement, par la société théosophique comme étant le messie. Alors qu’il joue sur une plage avec son frère, Charles Webster Leadbeater, le dirigeant de la société théosophique , discerne chez lui celui qu’il cherche. Il dit avoir décelé une aura exceptionnelle chez le jeune garçon. Doté du pouvoir de lire les vies antérieures, il repère la mission de Krishnamurti comme étant « l’instructeur du monde » que les théosophes attendent. Très vite il le prend sous son aile pour l’éduquer, l’initier, lui donner l’enseignement nécessaire à la réalisation de sa destinée.
Déjà là, le destin se trace loin du commun. Krishnamurti adore cette éducation qu’il considère comme salutaire à sa vie. Et il s’y consacre totalement avec une réelle obéissance.
Jeune, il donne des séminaires et des conférences devant des milliers de personnes dans le monde entier. Rapidement, il apparaît comme un penseur de grande envergure, intransigeant et inclassable, dont les enseignements ne relèvent d’aucune religion spécifique, n’appartiennent ni à l’Orient ni à l’Occident, mais s’adressent au monde entier.
De santé fragile, il traverse des épisodes physiques difficiles, et c’est au cours d’un de ces moments de douleur intense, où en apparence il perd connaissance, qu’il vit un processus d’éveil spirituel :
[…] J’étais suprêmement heureux, parce que j’avais vu. Rien n’a pu jamais être identique. J’ai bu à l’eau pure et claire et ma soif a été apaisée. […] J’ai vu la Lumière. J’ai touché la compassion qui guérit toute peine et toute souffrance ; ce n’est pas pour moi-même mais pour le monde. […] L’amour dans toute sa gloire a intoxiqué mon cœur ; mon cœur ne pourra jamais se refermer. J’ai bu à la fontaine de la Joie et de l’éternelle Beauté. Je suis intoxiqué de Dieu.
À partir de cette expérience, ses ressentis se modifient, et il se distancie de l’enseignement et de l’éducation qu’il reçoit.
La mort inattendue de son frère adoré, avec lequel il vit toute son initiation, le plonge dans une profonde douleur contre laquelle il lutte. L’expérience intérieure et spirituelle qui en ressort confirmera un changement total en lui.
Il refuse d’être le messie, il refuse d’être un gourou, et il dissout la société spirituelle qui s’est érigée autour de lui. Âgé de trente-quatre ans, il prend une trajectoire autre qu’il ressent profondément, et c’est peut-être en cela qu’il est précurseur du 3e millénaire.
Il n’y a rien là de tellement extraordinaire puisque je ne veux pas de disciples et je tiens à le dire. Dès le moment où l’on suit quelqu’un, on cesse de suivre la Vérité. Je ne me préoccupe pas de savoir si vous faites attention ou non à ce que je dis. Je veux faire une certaine chose dans le monde, et je la ferai avec une invariable concentration. Je ne me préoccupe que d’une seule chose essentielle : libérer l’homme. Je désire le libérer de toutes les cages, de toutes les peurs, et non pas fonder des religions, de nouvelles sectes, ni établir de nouvelles théories et de nouvelles philosophies.
Tout le reste de sa vie, Krishnamurti rejette obstinément le statut de gourou que certains veulent lui faire endosser. Il ne cesse d’attirer un large public dans le monde entier : en Europe, en Australie, en Inde, en Amérique du Sud, aux États- Unis, mais sans revendiquer la moindre autorité ni accepter aucun disciple ; il s’adresse à ses auditeurs de personne à personne. Il passe sa vie à transmettre de manière libre.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n°36 pages 78 à 80

La correspondance, la réhabilitation de cœur

La correspondance,
la réhabilitation de cœur

Parfois, ces murs sont difficiles à repousser et quand ils commencent à se refermer sur nous, une lettre ou une simple carte qui dit : « Je pense à toi » constitue une bouée qui en a sauvé plus d’un (Extrait d’une lettre de Roger du 17/09/2005, tiré du livre L’Audace d’aimer, éd. Jouvence).

Les correspondances ont eu une place centrale dans la vie de Roger. Il a reçu ses premières lettres grâce à l’association Lifespark , et ces échanges sont vite devenus essentiels pour lui. Elles ont fait partie de son éducation, dit-il. Elles lui ont permis de s’ouvrir sur le monde et sur la vie spirituelle. Ces lettres ont été un soutien indéniable pour rester vivant et ne pas succomber à la folie du couloir de la mort. Le nombre de ses correspondants a progressivement augmenté. Mais ce n’est plus le fait de recevoir des lettres qui le sauve, c’est le contenu de ses propres écrits – de nombreux extraits ont été sélectionnés dans un ouvrage intitulé Messages de vie du couloir de la mort dont les recettes ont permis de payer un avocat, le sauvant de l’exécution.
Suite à son transfert à la Wynne Unit de Huntsville, sa vie empire. Paradoxalement, l’isolement le préservait. Il sombre dans la dépression face à la misère humaine qu’il côtoie. Pour s’en sortir, il ressent le besoin vital de venir en aide aux autres détenus. Il développe une correspondance sauf que cette fois, les lettres ne seront plus les siennes mais celles qu’il fait écrire aux prisonniers, leur faisant vivre ce qu’il a lui-même traversé trente ans auparavant.

Les correspondances constituent donc un élément fondamental des actions qui sont mises en place au sein de la prison. Ces liens avec le monde extérieur sont la preuve que des personnes, quelque part dans le monde, se soucient sincèrement d’eux, les oubliés de la société et de leur propre famille bien souvent. Comme en témoigne Roger dans une de ses lettres : « Il est presque impossible d’expliquer ce que ma correspondance avec toi et mes autres amis a signifié au cours des années. Elle a rempli ma vie au-delà de toute mesure ! Là où je me sentais seul, j’ai maintenant une merveilleuse famille de personnes que j’aime de tout mon cœur ! J’ai une raison de me lever le matin, avec un chant sur les lèvres, une prière dans le cœur et la compassion et l’amour à tout instant dans l’esprit. »

« Ces correspondances ont une influence transformatrice très importante, nous précise Ronald Radford. Elles imposent à ceux qui s’y engagent de mesurer l’importance de ces échanges, grâce auxquels des hommes, dont l’existence est méprisée, retrouvent l’estime d’eux-mêmes. S’ils ne reçoivent pas régulièrement des nouvelles, ils s’inquiètent, pensent qu’on ne tient pas vraiment à eux ou qu’ils ont fait ou écrit quelque chose de mal. Ils sont très isolés, confinés dans un petit espace, alors cette porte pour entrer en contact avec quelqu’un dans le monde libre est essentielle. De son côté, Roger s’assure que le détenu choisi sera honnête et sincère. »

Les correspondants de France, de Suisse ou de Belgique apprennent à confier à un ami les moments importants qu’ils ont vécus et les détenus partagent leurs expériences. Il leur arrive de conseiller leurs correspondants français qui les interrogent sur leurs propres difficultés. Voici un enjeu majeur pour le détenu : ma vie d’homme ne peut pas se résumer à mes erreurs, je peux moi aussi aider. Leurs écrits révèlent des trésors d’une sagesse simple issue de leurs expériences personnelles.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 36 pages 52 à 54

Frédérique Pichard : les dauphins sont des guides

Frédérique Pichard :
les dauphins sont des guides

La rencontre est chaleureuse et immédiate. Une certaine connivence s’établit sans effort. Sa sincérité, sa conviction donnent une chaleur à la mission qui lui est échue. Nous avions été interpellés par son livre Dialogue avec un dauphin, paru aux éditions le Souffle d’Or, dans lequel elle relate la rencontre qui a bouleversé sa vie avec Dony, dauphin ambassadeur venu rencontrer les hommes. Dony et ses congénères ont joué auprès d’elle le rôle de guides. Depuis, elle a créé l’institut Dony pour étudier et protéger les dauphins ambassadeurs et l’ensemble des cétacés. Nous avions envie d’en savoir plus. Frédérique Pichard est naturopathe et relaxologue de profession, spécialisée dans la thérapie par les élixirs floraux.

Quel a été votre parcours ? Avez-vous été préparée à votre rencontre avec Dony le dauphin, essentielle pour votre vie ?
Oui, la vie m’y a préparée. Depuis l’enfance, je suis très touchée par le règne animal, grâce à mon père. Tous les étés, à Luc-sur-Mer, ma sœur aînée et moi rêvions autour d’un squelette de baleine échoué dans le parc de la mairie. Plus tard, mon premier métier a été la danse, mais c’était trop dans la compétition. Puis mon rêve a été de voyager, et je suis devenue guide touristique. Dès l’âge de vingt-deux ans, pendant dix ans, j’ai fait le tour du monde. Durant ces voyages, certaines agences organisaient une rencontre avec des dauphins. Je refusais d’y aller parce qu’ils étaient en captivité. Un jour, en Polynésie, une petite voix m’a dit : « Pourquoi ne viens-tu pas puisque nous sommes là ? » C’était la troisième fois que je résistais. Je suis allée rencontrer un dauphin qui vivait en semi-liberté dans l’hôtel. Cette première rencontre m’a bouleversée. Je n’ai pas cessé de pleurer pendant une demi-heure. Pas de tristesse : c’était comme une réminiscence, comme si le regard du dauphin m’avait ramenée à une mémoire qui me bouleversait. J’en suis restée là, jusqu’à ce voyage à Cuba en catamaran où il était proposé de se mettre à l’eau au contact des dauphins. Après que tous les participants furent passés, une dauphine m’a regardée d’une façon très particulière, comme si elle captait quelque chose de mon âme. Je me souviendrai toujours de ce regard. Tout le monde m’attendait à bord du bateau : elle m’a happée dans un espace-temps que je n’ai pas contrôlé. Soudain, je me suis réveillée et je suis allée retrouver mon groupe.

LES DAUPHINS DOIVENT ÊTRE LIBRES ET SAUVAGES

Dès lors, j’ai choisi d’aller les voir pour soutenir ces dauphins en captivité. Il est aberrant d’enfermer ces êtres, les dauphins doivent être libres et sauvages. Je suis ravie qu’on mette un terme à leur captivité, en France en tout cas. Mais certains, dans ces centres-là, participent aussi au réveil des consciences. Quelques-uns sont en dépression, se laissent mourir, mais d’autres disent qu’ils ont de la joie à apporter aux humains, et acceptent leur rôle. Avant Dony, il y a donc eu toutes ces rencontres qui ont réveillé quelque chose en moi ; elles m’ont préparée à rencontrer les dauphins venus à côté de chez moi, au moment où je devais partir vivre en République dominicaine. Finalement, j’ai changé mes projets : je ne pouvais pas passer à côté de ce rendez-vous.

Vous considérez les dauphins et les baleines comme des guides pour l’humanité et pour vous-même ?
C’est ma vérité, mon expérience. Je n’ai plus aucun doute. J’ai des certitudes sur l’éveil des baleines par rapport aux humains. Dony est l’être qui m’a le plus touchée dans ma vie. Les animaux n’ont pas de langage, les mots s’effacent, on n’est plus dans l’interprétation, on est dans cet espace du silence, de regard à regard et d’âme à âme. Les chats, les chiens, tous nos animaux domestiques sont très proches pour nous aider à percevoir cela. Dony a été tout de suite à l’essentiel : il a vu ce qui, en moi, avait besoin d’être transformé au niveau émotionnel. À la première initiation dans l’eau, il m’a dit par télépathie : « Tu as peur de la mort. » J’étais convaincue de ne pas en avoir peur, et en fait si. Et il m’a montré ce qu’était ce passage de la vie à la mort, comme un endormissement. Il s’est mis sur le dos, m’a entourée de ses deux nageoires et m’a entraînée tout doucement en état alpha, – ils vivent en permanence dans cet état mi-endormi mi-réveillé, où les ondes cérébrales ralentissent, permettant de percevoir beaucoup plus de choses. En fait, par ce ralentissement il m’a montré que le passage de la vie à la mort pouvait être très doux, mais aussi être la source d’autres peurs. La peur fondamentale de la mort était la source originelle de mes autres peurs. Je n’en ai plus ressenti aucune pendant un an. Mais j’ai compris que c’était ponctuel : un moment de grâce, où la vie est plus facile et où l’on gagne de l’énergie.

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Pour en savoir plus… www.institutdony.org

Pour lire l’article en entier, REFLETS n°36 pages 69 à 73

Aider pour s’accomplir

Aider pour s’accomplir

Dès son enfance, Roger vit  entre pauvreté et violence dans son quartier. Il retrouve en prison ces deux fléaux, auxquels il aurait pu céder, mais il décide de prendre en main son destin dans un choix définitif : incarner l’amour inconditionnel dans ce lieu si dur, où le racisme, la misère et la haine règnent. Il part à la conquête de la dignité : accorder de la miséricorde pour la violence des gardiens et des autres prisonniers ; poser des actes concrets pour soulager la misère. De petits actes réalisés jour après jour aboutissent à de grands actes qui dessinent sa Tâche.

Le cheminement de Roger
Peu à peu, l’expérience intérieure de Roger en fait un prisonnier à part. Dès le couloir de la mort, il est reconnu par les autres comme une personne d’exception. Sa paix intérieure lui vaut le surnom « The Rock », le rocher. Ses codétenus le respectent et lui demandent conseil quand ils sont en difficulté. Lorsqu’un condamné à mort reçoit sa date d’exécution, il a le droit de demander un dernier échange avec des « proches ». Ainsi, Roger est souvent appelé pour accompagner cette dernière journée. Il sera ainsi « l’ami proche » pour près de cent trente prisonniers. Parfois, les entretiens sont silencieux et passent par le regard, un geste de tendresse, une dernière cigarette. Parfois, ils échangent. Roger doit alors trouver les mots qui consolent et qui réconfortent, suffisamment puissants et justes pour s’adresser à un ami qui mourra à l’aube. Peu à peu, il se met au service des autres condamnés et se questionne sur le sens de sa présence en prison : se pourrait-il qu’il y soit lui-même entré pour pouvoir venir en aide à ses codétenus ?

L’arrivée à Huntsville ; le développement de son aide
En 2016, Roger est transféré dans une prison pour longues peines : la Wynne Unit à Huntsville. Jusque-là isolé dans sa cellule du couloir de la mort, Roger découvre la guerre des gangs et des conditions de vie pires que dans le couloir de la mort. Cela le plonge dans un profond désespoir. Il découvre aussi le très grand dénuement dans lequel vivent certains prisonniers. Dans une correspondance privée, il écrit : « Quand je suis arrivé à Huntsville à l’unité pénitentiaire de Wynne, je n’avais aucune attente – surtout en venant du couloir de la mort – à part faire du mieux que je pouvais dans le respect des gardiens et des prisonniers… J’ai eu des compagnons de cellule qui ne savaient pas se laver ou nettoyer leur cellule, […] qui ne savaient ni lire ni écrire. J’ai eu des compagnons de cellule à qui j’ai dû montrer comment faire la lessive ou se passer de la lotion sur la peau. […] Un jour, j’ai arrêté de me demander comment tout cela était possible et j’ai décidé de me consacrer à tout faire pour changer cet état de fait lorsque je le rencontrerais. »

Redonner de la dignité aux oubliés
Lorsqu’il se trouvait dans le quartier des condamnés à mort, il fêtait son anniversaire en partageant une petite quantité de nourriture avec toutes les personnes de son unité : des détenus blancs, noirs et hispaniques. Sur les conseils de Bernard Montaud, Roger décide dans sa nouvelle prison de se consacrer à aider les prisonniers les plus démunis. Servir ainsi va le rendre libre au-dedans, même s’il est encore enfermé. Cela lui sauve la vie. Depuis, il organise, le dernier vendredi de chaque mois, des repas de partage, appelés spreads (propager), avec l’ensemble des détenus de son bloc. Cette initiative transforme la culture de gang en culture de partage. Au-delà des différences d’appartenance, de foi ou de race, les prisonniers se découvrent, prennent l’habitude de communiquer et développent une entraide jusque-là réservée aux seuls membres de leur gang. Ainsi, en participant à la préparation, à la cuisine, au service de table, tous font comme Roger l’expérience qu’ils peuvent retrouver une importance par le service aux autres. La nouvelle se répand, et rapidement beaucoup de membres de l’unité de Wynne veulent être transférés dans le même bloc que Roger pour y participer. La joie de partager est si contagieuse que les prisonniers eux-mêmes s’engagent pour organiser des spreads dans les autres blocs. S’ils sont transférés ailleurs, ceux qui y ont pris part veulent retransmettre à leur tour ce qu’ils ont reçu. Un an après leur mise en place, grâce aux dons de l’association Les Roses Rouges Sur le Bitume (voir page 48) qui soutient cette action, plus de deux mille prisonniers participent aujourd’hui à ces repas que Roger a renommé les « B-Days » en l’honneur de son ami Bernard.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n°36 pages 31 à 33