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Le chemin de libération Jacques Castermane

Le chemin de libération

Jacques Castermane

Jacques Castermane nous fait à nouveau l’honneur de participer à notre revue  en donnant son point de vue sur la liberté. Cet homme qui a suivi pendant plus de vingt ans l’enseignement de Karlfried Graf Dürckheim nous amène très vite à la notion de liberté intérieure. Nous rappelons qu’il anime dans la Drôme le centre Dürckheim, une école de sagesse exercée
www.centre-durckheim.com.

Qu’est-ce que la liberté ? Question intéressante
Nonobstant le fait que je ne me sens pas vraiment concerné par les innombrables discours à propos de la liberté qui jalonnent les siècles. À quoi bon être plein d’espoir et d’illusion quant à la possibilité d’accéder à une liberté qui, le plus souvent, n’est autre que la somme de nos désirs égotiques, narcissiques, nombrilistes ? Une pseudo-liberté qui chaque jour encore oppose les uns aux autres. En même temps, j’avoue être touché par les manifestations qui rassemblent, ces jours-ci, des millions de personnes dans les rues de Hong-Kong, de Moscou et autres villes, au nom de la Liberté (avec un « L » majuscule).
Ce qui m’étonne, c’est qu’il est rare de lire une communication sur la « liberté intérieure de la personne individuelle ». Il est vrai que celle-ci est de plus en plus noyée dans le collectif. Cependant, comme l’écrit C. G. Jung : « Les éléphants ça n’existe pas ; il y a chaque fois UN éléphant. »
Les lignes qui suivent sont donc centrées sur l’expérience de la liberté intérieure qui, comme il est d’usage en Orient et en Extrême-Orient, nécessite un engagement sur un chemin de libération. Parce que la liberté intérieure ne nous sera pas donnée de l’extérieur. Un chemin de libération ? Oui. Parce que si l’expérience de la vraie liberté intérieure peut vous surprendre à l’occasion d’un événement inattendu, devenir celui ou celle qui se sent libre, indépendamment des conditions extérieures, nécessite un sérieux travail sur soi-même.

La liberté intérieure… c’est quoi ?
En voici un exemple qui m’a personnellement bouleversé : printemps de l’an 2000, j’accompagne Christina  à son rendez-vous chez le médecin qui, sur la base de divers examens, lui annonce qu’elle a… un cancer. Christina reçoit ce diagnostic en faisant preuve d’un calme qui semble surprendre le médecin ; je suis moi-même médusé. Ses questions et les réponses que lui donne le médecin sont posées et reçues, sans ces réactions mentales, affectives et physiques qui seraient bien  dans une telle situation :
« Est-ce un cancer qui donne l’espoir d’une guérison ?
— Non. Actuellement nous n’avons pas de moyens qui pourraient assurer une guérison de ce type de cancer. Ce que je peux vous promettre est que l’intervention chirurgicale et les traitements que je vous propose favorisent généralement une rémission.
— Une rémission… ?
— Il m’est impossible de vous donner un nombre de mois ou d’années. C’est vraiment différent d’une personne à l’autre. »
Ce qui me touche est la manière d’être de Christina : un OUI — à ce qui est — qui engage la totalité de son être. Reprenant la route du CHU de Lyon vers Mirmande, sortant d’un long temps de silence, Christina me dit : « C’est inconcevable ! Jamais encore je n’ai ressenti une telle liberté intérieure comme à ce moment précis où j’ai entendu le diagnostic du médecin. »
Voici ce que dit André Comte-Sponville de cette expérience dans son ouvrage Le goût de vivre : « Je revois mon amie Christina Castermane, déjà rongée par le cancer qui allait l’emporter quelques mois plus tard, nous dire de sa belle voix douce et fatiguée : « Il y a deux façons de dire OUI. On peut dire OUI parce que tout est bien.
On peut dire OUI parce que tout est. Ce n’est pas du tout la même chose. » Elle avait raison, ajoute André. Le premier OUI, celui de l’approbation, n’a de sens que religieux (si l’on croit à une providence divine). C’est le contraire du tragique : si tout est bien, il n’y a plus de tragédie. C’est le contraire de la révolte : si tout est bien, il n’y a jamais à résister, à combattre, à affronter. C’est le OUI de l’âne ou du béni-oui-oui. On le trouve parfois chez les stoïciens ; jamais chez Épicure, Spinoza ou Nietzsche. Parfois chez les croyants, mais point chez tous : voyez Job ou l’abbé Pierre. Le second OUI, celui de l’acceptation, ne relève pas d’un jugement de valeur (« le cancer est bon ») mais d’un jugement de fait (« OUI, j’ai un cancer »). Comment, autrement, le combattre efficacement ? Comment, si on ne peut le guérir, l’affronter lucidement ? »
Dire OUI à ce qui est, à moins que cet acquiescement intérieur vous saisisse sans que vous y soyez pour quelque chose, est certainement ce qu’il y a de plus difficile lorsqu’on est identifié à notre « Cher petit Moi ». D’où la nécessité d’un sérieux travail sur soi : un chemin de libération.
Sur le chemin de la libération, nous devons distinguer un exercice spécifique et le quotidien comme champ de l’exercice.

Un exercice spécifique ?
Je prendrai comme exemple le plus simple de tous. Il est appelé zazen  au Japon ; un mot qui a pris place dans nos dictionnaires depuis quelques années. Za signifie s’asseoir ! Zen signifie calme ! Et que faire une fois assis ? Rien.
Un rien faire qui s’accompagne d’un OUI à tout ce qui se présente à travers les sens ! Un rien faire qui déclenche des réactions mentales, des réactions affectives et des réactions physiques dépendantes du petit moi souverain (moi je veux / moi je ne veux pas ; moi j’aime / moi je n’aime pas).
Zazen : dire OUI… être OUI ; un sérieux travail de « déségocentration ».
Trouvant que zazen n’était pas un bon exercice pour MOI, parce que je ne me sentais jamais aussi agité, tendu, agressif, que pendant cet exercice, K. G. Dürckheim me dit : « Au contraire, je vois là une bonne raison pour que vous repreniez l’exercice demain matin. Il serait bien que vous compreniez que l’exercice du rien faire n’a jamais agité personne. Mais c’est magnifique ! En pratiquant zazen, vous voyez que là où vous êtes assis, il y a quelqu’un qui est tendu, agité, impatient, agressif. Mon maître au Japon me disait : « Rien de plus dangereux pour l’ego que zazen ! »

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 50 à 53

Interview d’Olivier Delacroix ,S’aimer soi pour aimer mieux les autres

Interview d’Olivier Delacroix
S’aimer soi pour aimer mieux les autres

C’est dans son studio à Europe 1 que ce documentariste et animateur de radio et de télévision nous reçoit. Depuis plus de dix ans, ses reportages, ses documentaires invitent à découvrir « l’autre » différemment. Une rencontre intense et rythmée par cet homme d’engagements.

Vous êtes tourné vers les personnes en difficulté en affirmant même qu’elles vous ont construit ?
J’ai très vite cherché des réponses à travers l’autre. Depuis mon enfance, j’ai le sentiment profond qu’on se construit avec l’autre, en échangeant avec lui. J’ai été très tôt un enfant habité par des questions existentielles. Plus on partage nos questionnements avec les autres, plus on a la capacité à avancer, à structurer notre pensée et à devenir finalement plus libre. On n’est jamais plus dans la construction de soi que lorsqu’on est mis à l’épreuve ou lorsqu’on est face à l’injustice, ce qui peut amener à la colère, au regret, à la vengeance pour certains. La parole de l’autre invite alors à voir les stratégies qu’il a mises en place pour ne pas se laisser empoisonner ou amoindrir et faire face à la vie, aux épreuves, et en ressortir enrichi et plus fort. Avec l’émission Dans les yeux d’Olivier, j’ai la chance de rencontrer des personnalités riches en émotions et en conscience. Je suis plutôt quelqu’un qui fait confiance et qui considère que dans chaque Homme, il y a quelque chose de bon, d’exploitable. Même chez le pire des individus, il y a un petit coin de lumière qui peut à un moment donné l’irradier. Quand vous partez sur ces principes-là de vie, vous ne pouvez que vous enrichir.

Vous soutenez le combat des femmes. Quel est selon vous leur vrai combat ?
Il est d’arriver à l’égalité avec les hommes. Il est d’abord de préserver les leurs : leurs enfants, leur mari ; c’est selon moi lié à l’instinct de donner la vie, ce qui leur donne un sens des responsabilités plus accru très vite. On le voit très bien à travers les violences faites aux femmes : certaines mettent un temps infini à franchir les portes d’un commissariat parce qu’elles ont beaucoup d’amour et d’espoir en elles. Elles savent ce que le mot amour veut dire.Cela en fait des êtres responsables, que nous avons à remettre au cœur de notre société parce qu’une société qui ne fait pas attention aux femmes est une société malade, boiteuse. En revanche, elles ont cette capacité à trancher quand nous, les hommes, nous tournicotons, nous slalomons, nous sommes souvent moins matures. Donc le premier combat, c’est de protéger et de soutenir les femmes. C’est le cri d’alarme que je lance dans mon livre Parce qu’il y a les femmes qui concerne notamment les violences faites aux femmes. La France se déclare la patrie des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, mais tout cela n’est pas respecté. La secrétaire d’État Marlène Schiappa a proclamé 2018 l’année de la femme. Or, cette année-là, on a reculé : moins de foyers d’urgence pour les femmes, des associations qui disparaissent suite à la suppression de subventions.

Le mot aimer vous habite beaucoup. Quelle définition en donneriez-vous ?
Aimer, c’est faire attention à l’autre, partager avec lui, le protéger et le respecter. C’est être en quête de trouver l’équilibre en l’autre et que l’autre trouve l’équilibre en vous. Aimer, c’est communier en fait, échanger, s’enrichir ensemble, faire confiance, c’est tout ce qui tend à rendre solide une union, qu’elle soit amoureuse ou amicale. J’ai autour de moi des amis sans faille qui viendront me chercher au bout du monde et que j’irai chercher au bout du monde s’ils sont dans la panade. J’ai une femme aujourd’hui qui m’aide à cheminer et que j’aide à cheminer, c’est cela aimer. C’est aussi accepter de l’autre ce que vous n’êtes pas.

 Vos émissions et documentaires montrent que vous êtes un homme d’engagements forts. Quel en est le fil conducteur ?
J’ai toujours refusé de faire des choses qui n’avaient pas de sens, qui n’étaient pas militantes. J’aime être dans la réalité, donc rien de mieux que le documentaire pour incarner un moment de vie. J’aime faire avancer le bouchon, donner du sens à ce que je fais, donner des explications, rassurer. Professionnellement, c’est vraiment une volonté d’apprendre des autres et donc de donner la parole aux autres. J’explique aux uns quelle est la passion d’un autre, non pas pour s’y reconnaître, mais juste pour qu’ils la respectent. La tonalité, c’est de parler à des personnes sans les juger, sans donner mon avis. Je suis là pour encourager celui qui est en face de moi à s’exprimer.

Quelle est votre foi ? En l’Homme, en Dieu ? Et si c’est en Dieu, quel Dieu ?
Foi en l’Homme… J’ai foi en l’Homme, mais je suis mis à l’épreuve. Il y a certes la beauté de l’Homme, sa luminosité, son intelligence, son ingéniosité à créer les choses les plus formidables pour aller mieux. Mais de fait, ces dernières années me portent à penser que nous allons vivre des heures sombres.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 27 à 30

Confidence d’artiste : Anny Duperey

CONFIDENCE D’ARTISTE
Anny Duperey,
la joie de vivre à toute épreuve

Nous avons rencontré Anny Duperey en Creuse, dans la maison qu’elle a partagée avec son compagnon Bernard Giraudeau. Orpheline à l’âge de 9 ans, elle a dû être séparée de sa jeune sœur pour être élevée par sa tante. À l’âge de 17 ans, elle entre au Conservatoire d’art dramatique et entame une carrière de comédienne. Parallèlement à son métier d’actrice, elle se passionne pour l’art photographique durant une vingtaine d’années et écrit plusieurs livres dont Le Voile noir et Le Rêve de ma mère, aux éditions du Seuil. Sa joie de vivre contagieuse, malgré les épreuves de sa vie, nous a donné envie de la connaître davantage.

Ainsi que vous le relatez dans votre livre Le Rêve de ma mère, il semble que vous soyez accompagnée de l’intérieur dans un certain nombre de situations.
J’ai écrit plusieurs livres autobiographiques, mais sous un angle différent. Les Chats de hasard était plutôt une biographie sous l’angle du rapport à l’animal : comment s’abandonner, avoir le nez dans la fourrure comme on l’avait autrefois dans la douceur d’un sein. Le Voile noir, c’était très clairement sur l’absence de mémoire et l’impossibilité du deuil. Le Rêve de ma mère est certainement le plus personnel et le plus intime, si intime que j’ai craint, à sa sortie, de le livrer au public. Quant au fait d’être accompagnée et prévenue comme je l’ai été de l’intérieur, je m’en suis aperçue en fait quand j’avais désobéi. Quand je n’ai pas tenu compte de cette petite voix intérieure, j’en ai vu les conséquences. Je me demande finalement si je n’ai pas été conduite ainsi tout le temps et si ma plus grande qualité n’a pas été d’obéir. Je crois au mystère : est-ce que, finalement, ma vie ne s’est pas déroulée de manière à accomplir le rêve de ma mère trop tôt disparue ? J’avais un ami, Maurice Chevit , un homme très spirituel, qui me disait : « Tu comprends, de temps en temps, ça s’entrouvre, on te fait un signe. Mais si l’au-delà est inaccessible, c’est qu’il y a une raison, alors il n’y a rien à faire. Il faut prendre avec gratitude les signes quand ils arrivent, et qui sont envoyés par bonheur. » Il est vrai que je suis dans une espèce d’ouverture sans avoir forcément de certitude. Depuis toujours, j’ai une bonne nature optimiste. Il y a une dizaine d’années, j’ai pu récupérer les films d’enfance, réalisés par mon grand-père, dans lesquels j’ai découvert une famille gaie. Je me suis reconnue : petite nana qui avait manifestement pris la vie du bon côté. Désormais, je n’ai plus personne derrière moi. Il est donc hors de question que j’aille mal. J’ai mis quatre ans à écrire Le Voile noir. Alors que je terminais son écriture, je n’étais pas en grande forme et j’avais demandé à mon agent de me trouver une comédie pour m’alléger. Elle m’a proposé trois films d’une heure et demi : Une famille formidable. Le tournage commençait le 16 septembre et j’avais promis de rendre le manuscrit pour le 15 ! Je me suis dit : « C’est quand même superbement bien organisé. » Ensuite je rencontre mon futur metteur en scène qui me dit avoir fait des films de cinéma plutôt lourds, sombres, et qui est orphelin également. Là, j’ai eu un doute quand même : je veux un film, une comédie, j’en reçois trois qui commencent le lendemain du jour où j’ai promis de rendre mon livre, et de plus avec un orphelin pour les réaliser… J’ai toujours cette idée que mes « anges » n’y sont pas pour rien. Ce n’est pas possible autrement. Entre Le Voile noir et Une famille formidable, le public a vu deux faces : la face résiliente et la face sombre, et effectivement, cela a changé leur vision sur moi.

Comment définiriez-vous votre foi dans la vie ?
J’aime bien les gens. Je suis plutôt optimiste sur eux. Je pense qu’il y a toujours un bon côté. Quand les gens témoignent qu’on leur fait du bien à travers les films, c’est un sacré compliment !

Vous avez des actions humanitaires ; est-ce une nécessité pour vous ?
Ah oui ! Quand on a eu du succès, de la chance, il est important de rendre. J’invite parfois mes enfants en vacances, à faire un voyage l’hiver. J’ai à cœur de donner la même somme au Secours Populaire. Donner est quelque-chose qui me fait plutôt du bien.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 74 à 77

La dette mondiale, syndrome de l’humanité malade

La dette mondiale,
syndrome de l’humanité malade

Alain Pamart

L’endettement mondial cache une tyrannie déposée en l’homme, la recherche du meilleur profit pour soi et d’un mécanisme simple à sa portée, un enrichissement grâce à l’argent qui n’est pas le sien, masquant la domination sur les plus faibles que soi. Sans recul sur lui-même et sans auto-critique de ses moteurs profonds, nos financiers et maîtres d’industrie, pour ne citer qu’eux, s’engouffrent dans une course à l’échalote consistant à vouloir toujours plus, et surtout plus que son voisin. Alors que l’empilement de l’avoir s’opère, une autre spirale se met en place, celle de l’inquiétude croissante de perdre, alimentant à son tour un redoublement du vouloir encore plus. Heureusement, en l’homme est déposée aussi une nature généreuse, altruiste. Parviendra- t-elle à s’imposer avant la catastrophe prédictible.

L’endettement, réponse mécanique de l’insatiable de l’humain ?
Quel est donc le lien entre l’escalade du toujours plus et l’enchaînement d’un endettement toujours croissant ? Le terme technique « effet de levier » en est le maître mot. Concrètement, grâce au crédit obtenu du système bancaire, tout investisseur escompte obtenir, au-delà de la meilleure rentabilité de l’opération en elle-même, un rendement décuplé de sa mise de fonds propres. Ainsi verra-t-il son patrimoine s’accroître de manière exponentielle au regard de ses finances personnelles.
Ce processus d’adossement, finances personnelles et finances empruntées, autoalimente mécaniquement un cycle ininterrompu : expansion économique et endettement toujours en hausse.

L’endettement des entreprises et des ménages
Nous vivons une époque d’argent facile où l’emprunt est copieusement distribué avec des emprunteurs toujours plus prompts à s’endetter. L’endettement des entreprises et des ménages est un segment cardinal de la fluctuation des marchés avec sa résultante directe, une hausse attendue du niveau macroéconomique des États. Là se conjuguent à l’évidence les intérêts tant privés que publics. Les banques commerciales, face à l’engouement d’emprunts toujours croissants, y mettent-elles un frein avisé et sain, ne serait-ce qu’en raison de leur surface financière découlant de leurs dépôts et de leur patrimoine ?
Si ces dernières sont soumises, par la puissance publique, à une limite d’octroi de prêts, appelée taux de réserve, faut-il encore souligner que ce taux est particulièrement souple puisque plafonné à six fois leur niveau de monnaie centrale. Elles disposent de surcroît d’une faculté de contracter des avances de trésorerie auprès des banques centrales, nommées réserves fractionnaires.
Force est donc de constater qu’elles disposent d’une marge de manœuvre très largement étendue. Sans étonnement, elles l’utilisent amplement en contribuant directement à l’évolution de leur chiffre d’affaires, à l’accroissement de leurs rétributions, et en bout de chaîne, aux bénéfices et à leur redistribution aux actionnaires.

L’endettement mondial des États
Trois paramètres interviennent pour l’endettement des États.
Leur premier objectif est d’équilibrer les comptes publics avec, pour solution extrême (aujourd’hui récurrente), le recours à l’emprunt en cas d’insuffisance de recettes.
Leur deuxième objectif est d’assurer la meilleure économie possible pour engendrer de nouvelles recettes, rejoignant ainsi celui des acteurs privés et donc du secteur bancaire, d’où il résulte, sinon une connivence, une convergence tacite d’intérêts.
Le troisième paramètre consiste en une dépendance des États pour se financer en cas d’impasses budgétaires. En effet, les États dans leur ensemble ne disposent plus du recours à leur banque centrale mais à celui des marchés financiers, et notamment auprès des banques privées commerciales.
Tel est d’ailleurs la situation de la France depuis 2007 en tant que membre de l’UE. La Banque de France comme toutes les banques centrales ont ainsi perdu ce rôle de financeur, n’ayant aujourd’hui d’autre rôle qu’une simple mission de régulation.

L’enchevêtrement inégalitaire de la démocratie et du marché
Bien peu nombreux sont nos dirigeants politiques qui semblent véritablement se soucier de la vraie dimension que constitue la dépendance des États, puissances publiques vis-à-vis des marchés ; en d’autres termes, en confrontation directe avec les acteurs privés économiques de dimension supranationale, grandes entreprises et grands argentiers. L’endettement des États dans le monde est devenu endémique. La France n’y échappe pas avec aujourd’hui un niveau proche de son P.I.B. ; beaucoup d’autres en sont bien au-delà, notamment le Japon, de l’ordre de 240 %.

La caracole des emprunteurs et des créanciers sur le même bateau
Il semble opportun d’énoncer deux observations :
– un endettement bien choisi et géré est le gage d’un accroissement de rentabilité, facteur de remboursement, lui-même « générateur » d’un phénomène d’enchaînement ;
– un endettement même important est théoriquement indolore s’il n’est pas sanctionné par le marché ou s’il est assorti d’un taux d’intérêt particulièrement modique.
Ces deux observations dans le contexte présent conjuguent leur pesant d’or… tout au moins dans l’immédiat.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 18 à 21

La 5G : technologie magique ou diabolique ?

 La 5G : technologie magique ou diabolique ?

Marie-Dominique Mutarelli

La 5G est la plus grande innovation dans le domaine du sans-fil depuis la toute première génération de portables. Que recouvre ce sigle ? Il désigne la cinquième génération de développement des réseaux de communication sans fil. Dans les années 80, la 1G permettait de simples appels sans fil. Puis, dans les années 90, avec la 2G, les SMS se sont multipliés. Les années 2000 ont vu l’expansion de l’Internet avec la 3G et les années 2010, l’Internet ultrarapide avec la 4G.

La technologie 5G est indispensable à toutes les innovations en cours de développement annoncées récemment : la voiture autonome, la réalité virtuelle, les opérations chirurgicales à distance et bien d’autres applications… Ses supporters voient dans cette innovation la première pierre d’un monde très différent au potentiel quasiment illimité, annonçant un futur dans lequel les objets communiqueront entre eux. La 5G constitue en effet l’ossature de l’Internet des objets (IOT), une industrie en plein essor qui ouvre des marchés qui se comptent en dizaines de milliards. Pour servir cette technologie, des puces informatiques seront intégrées à tous les objets du quotidien pour leur permettre de se connecter entre eux. Tout ce que nous utilisons chaque jour, depuis les réfrigérateurs et les machines à laver jusqu’aux cartons de lait, en passant par les brosses à cheveux et les couches pour bébés, contiendra des antennes et des micropuces et sera connecté sans fil à l’Internet. Toute personne sur terre aura accès instantanément à des communications sans fil à très haut débit et à faible latence, et ce dans les coins les plus reculés de la planète.

À entendre ce que promet cette technologie, nous allons vivre dans un monde devenu magique elle sera la fée. Un monde merveilleux s’annonce où nos instruments du quotidien devenus autonomes feront tout sans que nous ayons besoin d’intervenir, anticipant nos moindres désirs. Un changement sociétal sans précédent est ainsi attendu avec l’apparition des maisons « intelligentes », des entreprises « intelligentes », des autoroutes « intelligentes », des villes « intelligentes » et des voitures autonomes. Selon les estimations, 200 milliards d’objets émetteurs seront reliés à l’Internet d’ici 2020.

Pour les investisseurs, la 5G représente un gâteau de 582 milliards de dollars à se partager d’ici 2026 avec le financement du développement des réseaux et de leurs infrastructures, et la nécessaire multiplication des antennes. Pour gérer la 4G, 200 000 nouvelles tours cellulaires ont été installées aux États-Unis. Selon les pronostics, il en faudra 300 000 de plus pour la 5G. Presque à chaque coin de rue !

Le retour sur investissement attendu fait que tous les États avancent à marche forcée, avec l’appui des compagnies d’électricité ou de télécommunications, ou encore de l’industrie militaire, pour que la mise en œuvre de la 5G au sol soit achevée dans deux ans, avec la pose de minuscules antennes-relais tous les cent mètres. Dans l’espace, 20 000 nouveaux satellites couvriront les moindres recoins de la terre de fréquences proches de celles des radars, dont les effets néfastes sur la santé sont pourtant déjà connus. Dans ce contexte, aucun espoir d’échapper aux transmissions surpuissantes de faisceaux à rayonnement hyperfréquence intense, qui pourront se chevaucher et nous traverser au passage.

Mais le 17 septembre 2018, un groupe de scientifiques internationaux a lancé sur l’Internet un appel circonstancié contre le développement de la 5G. Ils y dénoncent les dangers de cette technologie, considérant que son déploiement revient à mener des expériences sur les êtres humains et l’environnement, ce qui, en droit international, est considéré comme un crime. Ils réclament l’arrêt de l’expansion de la technologie sans fil et l’adoption d’un moratoire pour toute nouvelle station de base. En effet la 5G va entraîner une augmentation considérable de l’exposition aux rayonnements de radiofréquence, qui s’ajouteront à ceux des réseaux de télécommunications déjà en place. Or nous avons déjà la preuve de leurs effets nocifs pour les êtres humains et l’environnement. Pourtant, loin de tenir compte de ces avis alarmants et de prendre des mesures de santé publique, les gouvernants allègent les règles de sécurité et s’activent à déployer la 5G sur la terre entière. Si ces plans de déploiement se concrétisent, pas un être humain , mammifère, oiseau, insecte ou brin d’herbe sur terre, où qu’il se trouve, ne pourra se soustraire à une exposition, 24 heures sur 24 et 365 jours par an, à des niveaux de rayonnement de radiofréquence des dizaines voire des centaines de fois supérieurs à ceux connus aujourd’hui. Avec des risques d’effets graves et irréversibles sur les êtres humains et de dommages permanents dans tous les écosystèmes terrestres.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 6 à 8

L’Affaire du siècle : un recours en justice pour sauver la planète

L’ Affaire du siècle : un recours en justice pour sauver la planète

Marie-Dominique Mutarelli


Du nord au sud de la France, comme partout dans le monde à des degrés divers, les impacts du réchauffement climatique sont visibles et affectent déjà le quotidien de tous : montée des eaux, fonte des glaces, tempêtes, sécheresses ou inondations dévastatrices, disparition des espèces animales et végétales. Ils menacent à court terme notre mode de vie. En octobre 2018, le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) exposait les conséquences dramatiques d’un réchauffement des températures dépassant de 1,5 °C les niveaux préindustriels, mais l’électrochoc de leur état des lieux n’a eu aucun effet sur la sphère politique, notamment française. La dernière COP 24 en a été l’illustration désolante.
Pour faire bouger les choses au nom de l’intérêt général, quatre associations ont donc décidé de porter devant un tribunal ce qu’elles ont appelé  l’Affaire du siècle » ; il s’agit de la Fondation pour la nature et l’homme (FNH), Notre affaire à tous, Oxfam France et Greenpeace France. Plus de 2,2 millions de signatures ont répondu à leur appel à signer une pétition. Fortes de ce soutien massif, elles ont assigné l’État français en justice pour son inaction face au changement climatique et pour le non-respect de ses obligations internationales, européennes et françaises en la matière.

Il incombe en effet à chaque État de mettre en œuvre des mesures efficaces pour lutter contre cette situation tragique, tout en garantissant la justice sociale : réduire la dépendance au pétrole ; fournir des alternatives en matière de transport ; investir dans la rénovation des logements ; promouvoir l’usage des énergies renouvelables, en abandonnant le recours aux énergies fossiles et nucléaire ; instaurer l’accès de tous à une alimentation suffisante, saine et de qualité ; garantir un revenu décent pour les agriculteurs et lutter contre la déforestation. Toutes mesures indispensables pour contrer l’évolution du climat à la hausse. Pourtant, ce qui a été mis en œuvre à ce jour est totalement insuffisant.
Devant cette inaction des pouvoirs publics, partout à travers le monde, des citoyennes et citoyens choisissent ainsi de saisir la justice pour que leurs droits fondamentaux soient enfin garantis face aux changements du climat, avec des résultats positifs à l’appui. Aux Pays-Bas, en Colombie, au Pakistan, des décisions de justice ont déjà donné raison aux requêtes citoyennes et eu un effet contraignant sur les décisions des États. « Le recours L’Affaire du siècle s’inscrit dans une série d’un millier de contentieux climatiques qui émergent dans le monde » précisait Marine Denis de Notre affaire à tous, lors de la conférence de presse du 14 mars. L’absence de politique contraignante en matière d’écologie oblige les citoyens et les associations à envisager les tribunaux comme une alternative. En Belgique, au Danemark, les mobilisations ont déjà donné des résultats, avec de nouveaux textes de loi en faveur du respect de l’Accord de Paris, aujourd’hui à l’étude dans les parlements. Selon le même principe, le maire EELV de Grande-Synthe, Damien Carême, a engagé, au nom de sa commune, un recours gracieux contre l’État pour « inaction en matière de lutte contre le changement climatique » : sa ville est en effet directement menacée par la montée du niveau de la mer.
En France, la procédure judiciaire initiée par les ONG de « l’Affaire du siècle » a d’abord donné lieu à l’envoi, en décembre 2018, d’une demande préalable en carence fautive adressée au président de la République, au Premier ministre et à vingt-deux ministres, étape obligatoire avant la saisine du juge. Cette procédure vise à sanctionner l’inertie de l’Administration alors même qu’elle est tenue d’agir. Cette obligation à agir est inscrite dans les textes de la Constitution française, de la Convention européenne des droits de l’homme, et dans les normes et engagements pris par la France sur les plans international, européen ou national (loi Grenelle, loi pour la transition énergétique…).

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages 7 à 8