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Comment communiquer sur l’environnement ?

 

Comment communiquer sur l’environnement ?
Par la peur ou par l’espoir ?

Jacques Lecomte

Docteur en psychologie
Président d’honneur de l’Association française de psychologie positive
Membre du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot

24 juin 2019

Certains aspects de l’environnement actuel sont fort préoccupants, tout particulièrement le réchauffement climatique. Comment les personnes lucides sur cette situation – et tout particulièrement les leaders d’opinion – devraient-elles communiquer à ce propos ? La plupart des écrits visant à alerter sur les problèmes d’environnement reposent (ou du moins, semblent reposer) sur ce double postulat : plus les citoyens seront informés et effrayés, plus ils auront de probabilités d’agir en faveur de l’environnement. Or ces deux affirmations sont erronées.

Plus d’informations ne conduit pas à plus de comportements pro-environnementaux

Le premier postulat (l’information incite au comportement) correspond à ce que les chercheurs en sciences sociales appellent le modèle du déficit, selon lequel il y a un écart entre l’information détenue par les experts et celles dont disposent les gens ordinaires. Une fois correctement informés, ces derniers adopteront des comportements pro-environnementaux.
Or ce modèle n’est pas pertinent.

Ne serait-ce que dans le domaine de l’environnement, de nombreuses études ont montré qu’il y a un fossé entre d’une part les valeurs et les attitudes, et d’autre part le comportement et l’action (attitude-behavior gap ou value-action gap des auteurs anglo-saxons). Ceci concerne par exemple la consommation verte (alimentation, transport, énergie, etc.) ou le recyclage des déchets, comme l’ont montré plusieurs synthèses de la littérature scientifique *1.

Ce phénomène concerne même les personnes les plus impliquées, comme le révèlent deux études publiées en 2017. L’une, au titre particulièrement significatif « Vert au sol, mais pas dans les airs » *2, montre que si les personnes les plus sensibilisées par les questions environnementales sont également celles qui adoptent les comportements les plus écologiques dans leur foyer, il n’en est rien pour l’avion. En effet, il n’y a pas de corrélation entre les convictions environnementales et l’usage de l’avion pour le loisir.
L’autre étude compare l’empreinte environnementale de trois groupes d’individus : des économistes, des médecins et des spécialistes de la protection de la nature (universitaires et-ou praticiens)*3. Ces derniers ont une empreinte écologique légèrement inférieure à celle des membres des deux autres groupes sur certains aspects (moins d’usage des avions pour le loisir, moins de consommation d’énergie domestique et plus de recyclage), mais utilisent plus l’avion pour raisons professionnelles et ont plus d’animaux domestiques (on sait par ailleurs que les chats domestiques sont une cause majeure de destruction des passereaux ; plusieurs milliards tués chaque année dans le monde). Cette étude montre également qu’il n’y a pas de relation entre le niveau de connaissances environnementales et le degré d’empreinte écologique.

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La communication par l’espoir plus efficace que la communication par la peur

Le second postulat consiste à penser que plus l’information sur la destruction de l’environnement suscite la peur, plus cela incitera les personnes à modifier leur comportement. La représentante la plus connue de cette stratégie de communication est la jeune Greta Thunberg qui a déclaré au Forum de Davos en janvier 2019 : « Je ne veux pas que vous ayez de l’espoir. Je veux que vous paniquiez. Je veux que vous ressentiez la peur que j’éprouve chaque jour. Et ensuite, je veux que vous agissiez. »*4 En France, cette forme d’argumentation est surtout développée par les partisans de l’effondrement *5.

Cette volonté d’inciter les citoyens à agir par la peur repose sur une perspective estimable, mais constitue également une illusion, au regard des connaissances actuelles.

Le changement climatique constituant actuellement le plus grave problème environnemental mondial, je me suis efforcé de recenser l’ensemble des études empiriques menées jusqu’en 2018 sur l’impact des messages, selon la forme adoptée (espoir ou peur). J’ai essayé d’être le plus exhaustif possible, même s’il se peut que des études m’aient échappé. Voici ce bilan.

5 études mettent en évidence l’impact positif de la peur forte et-ou l’impact négatif de l’espoir
2001 : Plus une information sur l’effet de serre suscite la peur, plus les personnes adoptent des attitudes favorables à l’usage d’ampoules électriques à faible consommation ; et plus ils sont nombreux à en commander *6.
2012 : Le fait de s’inquiéter à propos du changement climatique est corrélé avec la recherche d’informations sur le sujet, tandis que le fait d’avoir de l’espoir est corrélé avec l’évitement des informations *7
2011 : Après avoir vu un film documentaire sur le réchauffement climatique (Une vérité qui dérange), les spectateurs sont plus motivés et plus aptes à agir à ce propos. Par ailleurs, ils se sentent moins heureux *8.
2015 : des personnes qui lisent un message fortement menaçant sur le changement climatique éprouvent ensuite un sentiment d’efficacité collective à lutter contre celui-ci, plus élevé que ceux qui lisent un message minimisant la menace *9.
2016 : Les sujets qui lisent un texte suscitant une peur forte expriment plus d’intentions de s’engager dans un comportement pro-environnemental que ceux qui lisent un texte suscitant une peur faible *10.

4 études aboutissent à des résultats « neutres »

2001 : Des messages modérés de peur à propos des risques liés au CO2 suscitent le désir de rechercher de l’information sur les économies d’énergie ainsi qu’une attitude plus favorable envers elles *11.
2004 : Après avoir vu un film catastrophe sur le réchauffement climatique (Le jour d’après), les spectateurs ont une plus grande prise de conscience du problème, mais une moins bonne compréhension, en raison du caractère exagéré du contenu du film *12.
2012 : La connaissance sur le changement climatique conduit à la préoccupation à ce sujet, qui à son tour conduit au sentiment d’efficacité sur la capacité à agir *13.
2016 : L’espoir est prédictif de l’intention d’agir pour limiter le réchauffement. De même pour la peur, bien que plus faiblement. En revanche, la colère n’a pas d’impact *14.

Les études de 2001 et 2012 ne font pas appel à une peur forte, mais à une peur faible ou modérée, ou au souci (worry, concern). Je les ai classées dans cette catégorie « résultats neutres », car elles peuvent aussi bien être revendiquées par les partisans de la communication par la catastrophe que par les partisans de la communication par l’espoir. Je fais partie de cette seconde catégorie ; or je suis bien conscient qu’il y a du souci à se faire au sujet de l’environnement, et donc que l’appel visant à se préoccuper du changement climatique est pertinent.

16 études mettent en évidence l’impact nul ou négatif de la peur forte et-ou l’impact positif de l’espoir
1996 : Une large campagne, au ton dramatique, menée par le ministère hollandais de l’environnement (par la télévision nationale, les journaux, des affiches) avait pour objectif une prise de conscience des effets du changement climatique, ainsi que des changements de comportement. Elle a abouti à un échec *15.
2007 : Les personnes évitent de penser au changement climatique, notamment parce que cela suscite en eux des peurs d’insécurité, un sentiment d’impuissance et de culpabilité et que cela menace leur identité individuelle et collective *16.
2007 : Les personnes ont moins de probabilités de s’engager dans des comportements écologiques si elles considèrent que l’on ne peut pas résoudre les problèmes environnementaux *17.
2009 : Les descriptions du changement climatique par la peur (lacs asséchés, enfants qui meurent de faim, ours polaires inondations) provoquent un fort sentiment d’impuissance et sont rapidement oubliées une fois le premier impact passé. En revanche, des photographies positives (cycliste, maison avec panneaux solaire, éoliennes) produisent un fort sentiment d’efficacité personnelle à s’engager concrètement *18.
2010 : Une information sur le réchauffement climatique provoque moins de peur et plus d’attitude positive envers la limitation du changement climatique lorsqu’elle est présentée sous forme de de gain si l’on agit (prévenir l’élévation du niveau des mers et les inondations, etc.) que sous forme de perte si l’on n’agit pas ou pas assez *19.
2011 : On présente le thème du réchauffement climatique à des personnes, en insistant soit sur ses conséquences apocalyptiques, soit sur les solutions possibles. Par ailleurs, on évalue leur niveau de « croyance en un monde juste » (pensée très répandue selon laquelle on obtient ce qu’on mérite ou on mérite ce qu’on obtient). Chez les individus ayant une faible croyance en un monde juste, la lecture du document entraîne une légère augmentation de la conviction de la réalité du réchauffement, quel que soit le style du document. En revanche, ceux ayant tendance à croire en un monde juste et qui lisent un message catastrophiste deviennent nettement plus sceptiques sur le réchauffement, tandis que ceux qui lisent un message positif en sont bien plus convaincus *20.
2011 : La même information sur les risques liés au réchauffement climatique aboutit à des intentions d’agir plus fortes lorsqu’elle est présentée positivement plutôt que négativement *21.
2011 : Des spectateurs d’un film catastrophe sur le réchauffement climatique (L’âge de la stupidité, destiné à inciter les spectateurs à devenir des militants du climat) sont interrogés à trois reprises : juste avant le film, juste après et 10 à 14 semaine après. Avant le film, ces personnes expriment un haut niveau de conscience des problèmes et d’envie d’agir. Ce niveau augmente légèrement après visionnage, mais redevient trois mois plus tard quasi identique à ce qu’il était initialement *22.
2012 : Les personnes sont plus convaincues de l’intérêt d’actions en faveur du climat lorsque l’on souligne que cela créerait une société où les gens sont plus respectueux et bienveillants que lorsque l’on met l’accent sur les risques causés par le changement climatique. Cet effet est plus important encore chez les climatosceptiques *23.
2012 : Aux États-Unis, des messages alarmistes sur le réchauffement climatique augmentent le soutien aux politiques de réduction de risques chez les partisans du parti démocrate, mais ont l’effet inverse chez les partisans du parti républicain, précisément ceux qu’il est le plus nécessaire de sensibiliser. Les auteurs de cette étude parlent d’effet boomerang » de la communication scientifique *24.
2013 : Des images des impacts catastrophistes du changement climatique (inondations, calotte glaciaire, déforestation, ours blanc…) amènent les personnes à considérer que ce problème est important, mais qu’elles ne peuvent rien faire à ce propos. Inversement, des images d’alternatives énergétiques (panneaux solaires, éoliennes, isolation de la maison…) favorisent le sentiment d’efficacité *25.
2014 : Cette étude est la suite de celle de 2011 sur le film catastrophe L’âge de la stupidité. Un an après avoir vu le film, le sentiment d’efficacité et le désir d’agir en faveur de l’environnement sont inférieurs à ce qu’ils étaient avant d’avoir vu le film *26.
2014 : Parmi les émotions susceptibles d’inciter à soutenir une politique de lutte contre le réchauffement climatique, l’inquiétude vient en premier, suivie de l’espoir. En revanche, la peur n’est pas liée à ce soutien *27.
2014 : Lorsqu’on présente un projet de loi destinée à réduire le réchauffement climatique en insistant sur son intérêt économique (création d’emploi, réduction des coûts de l’énergie), les personnes ont tendance à appuyer cette mesure, tandis que si on insiste sur les dangers à venir causés par le réchauffement, les sujets ont fortement tendance à s’y opposer *28.
2018 : Après avoir été soumis à un message menaçant relatif au réchauffement climatique, les personnes adoptent un degré plus élevé d’ethnocentrisme et ont moins l’intention de s’engager dans des comportements pro-environnementaux *29.
2018 : Les personnes qui ont le sentiment que leur action n’aura pas d’impact ont plus tendance à ne pas s’engager dans des comportements pro-environnementaux, même si elles sont concernées par les problèmes*30.

L’ensemble de ces résultats amène à la conclusion que, dans l’état actuel de nos connaissances, les messages générant une forte peur ont des effets globalement contre-productifs ; lorsqu’ils ont des effets positifs, ceux-ci ne sont pas durables. Tandis que les messages d’espoir ont plutôt des effets positifs.
Deux remarques toutefois :
– Certaines études concluent à un effet positif des messages de peur forte. Il serait intéressant d’analyser plus précisément pourquoi, ce qui pourrait fournir des pistes d’intervention. Je n’ai malheureusement pas le temps de réaliser ce travail comparatif.
– Ces résultats en faveur d’une approche par l’espoir ne doivent évidemment pas conduire à penser qu’il faut ignorer les menaces. Beaucoup de progrès sont évidemment nécessaires pour que la société et l’environnement se portent bien. Il ne faut pas confondre l’espoir actif et l’espoir passif.

De façon plus générale, l’espoir a systématiquement été au cœur de la dynamique des grands réformateurs sociaux et politiques, qu’il s’agisse de Nelson Mandela ou de bien d’autres.

Sans espoir, ils ne se seraient pas engagés dans l’action.
Sans espoir, ils n’auraient pas résisté aux vagues de tristesse qui pouvaient les atteindre face à la dure adversité.
Sans espoir, ils se seraient effondrés psychiquement lors des mois, voire des décennies de captivité que certains ont endurées.
Sans espoir, ils ne nous auraient pas laissé un monde dans lequel, malgré toutes ses imperfections, il vaut encore la peine de goûter la vie et de s’engager dans leurs traces au service du bien commun.

C’est bien dans les situations les plus problématiques que nous avons le plus besoin d’espoir. Rejeter l’espoir, c’est nier notre humanité.

Pour conclure mon propos, je laisse la parole à Yann Arthus-Bertrand, bien connu pour son engagement au service de la planète : « Ce ne sont en effet ni les menaces, ni les prophéties apocalyptiques, ni les leçons de morale, ni même les raisonnements rationnels qui changeront notre société. C’est l’élan qui nous pousse vers les autres et qui nous lie à eux. C’est l’amour – dans ses multiples formes. (…) Plus encore qu’une écologie humaniste, il faut une écologie humaine, chaleureuse, qui nous réconcilie avec nous-mêmes et avec notre siècle. Et je crois que là est l’avenir de l’écologie. »*31

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NB : Ce document est une annexe d’un livre sur une politique de fraternité et de convivialité, que je publierai en 2021. Cet ouvrage présentera de nombreuses études et expériences concrètes montrant l’impact positif de la coopération, de l’empathie, de la confiance en autrui, etc. dans de multiples domaines : éducation, santé publique, justice, environnement, économie, relations internationales…

*1 Peattie, K. (2010). Green consumption: behavior and norms, Annual Review of Environment and Resources, 35, 195-228. Abrahamse, W., Steg, L., Vlek, C., & Rothengatter, J. A. (2005). A review of intervention studies aimed at household energy conservation, Journal of Environmental Psychology, 25, 273–291.
*2 Alcock, I. et al. (2017). “Green” on the ground but not in the air: Pro-environmental attitudes are related to household behaviours but not discretionary air travel, Global Environmental Change, 42, 136-147.
*3 Balmford, A., Cole, L., Sandbrook, C. & Fisher, B. (2017). The environmental footprints of conservationists, economists and medics compared. Biological Conservation, 214, 260-269.
*4 https://www.youtube.com/watch?v=RjsLm5PCdVQ
*5 Servigne, P. & Stevens, R. (2015). Comment tout peut s’effondrer, Paris, Seuil. Servigne, P., Stevens, R. & Chapelle, G. (2018). Une autre fin du monde est possible, Paris, Seuil.
*6 Mejinders, A. L., Midden, C. J. H. and Wilke, H. A. M. (2001). Communications about environmental risks and risk-reducing behaviour: The impact of fear on information processing. Journal of Applied Social Psychology, 31 (4), 754-777.
*7 Yang, Z. J. & Kahlor, L. (2013). What, me worry? The role of affect in information seeking and avoidance. Science Communication, 35 (2), 189-212.
*8 Beattie, G., Sale, L. and McGuire, L. (2011) An inconvenient truth? Can a film really affect psychological mood and our explicit attitudes towards climate change?, Semiotica, 187, 105-125.
*9 Hornsey, M.J. et al. (2015). Evidence for motivated control: Understanding the paradoxical link between threat and efficacy beliefs about climate change. Journal of Environmental Psychology 42, 57-65.
*10 Chen, M. (2016). Impact of fear appeals on pro-environmental behavior and crucial determinants. International Journal Of Advertising, 35(1), 74-92.
*11 Meijnders, A., Midden, C. & Wilke, H. (2001). Role of negative emotion in communication about CO2 risks. Risk Analysis, 21 (5), 955-966.
*12 Balmford, A., Manica, A., Airey, L., Birkin, L., Oliver, A. & Schleicher, J. 2004. Hollywood, climate change, and the public. Science, 305, 1713.
*13 Milfont T. L. (2012). The interplay between knowledge, perceived efficacy, and concern about global warming and climate change: a one-year longitudinal study, Risk Analysis, 32 (6), 1003-1020.
*14 Feldman, L. & Hart, P. S. (2016). Using political efficacy messages to increase climate activism: The mediating role of emotions, Science Communication, 38 (1), 99-127.
*15 Staats, H. J., Wit, A. P., & Midden, C. J. H. (1996). Communicating the greenhouse effect to the public: Evaluation of a mass media campaign from a social dilemma perspective. Journal of Environmental Management, 45, 189-203.
*16 Norgaard, K. M. (2006). “People want to protect themselves a little bit”: Emotions, denial, and social movement nonparticipation. Sociological Inquiry, 76 (3), 372-396.
*17 Homburg, A., Stolberg, A., & Wagner, W. (2007) Coping with global environmental problems: Development and first validation of scales. Environment and Behaviour, 39 (6), 754-778.
*18 O’Neill, S. & Nicholson-Cole, S. (2009). “Fear won’t do it’: promoting positive engagement with climate change through visual and iconic representations. Science Communication, 30 (3), 355-379.
*19 Spence, A. & Pidgeon, N. (2010). Framing and communicating climate change: The effects of distance and outcome frame manipulations, Global Environmental Change, 20 (4), 656-667.
*20 Feinberg, M., & Willer, R. (2011). Apocalypse soon? Dire messages reduce belief in global warming by contradicting just-world beliefs. Psychological Science, 22, 34-38.
*21 Morton T. A., Rabinovich A., Marshall D. and Bretschneider P. (2011). The future that may (or may not) come: How framing changes responses to uncertainty in climate change communications, Global Environmental Change, 21 (1), 103-109.
*22 Howell, R. A. (2010). Lights, camera … action? Altered attitudes and behaviour in response to the climate change film The Age of Stupid. Global Environmental Change, 21 (1), 177-187.
*23 Bain, P. G., Hornsey, M. J., Bongiorno, R. & Jeffries, C. (2012). Promoting pro-environmental action in climate change deniers, Nature Climate Change, 2 (8), 600-603.
*24 Hart, P. S. & Nisbet, E. (2012). Boomerang effects in science communication: How motivated reasoning and identity cues amplify opinion polarization about climate mitigation policies. Communication Research, 39 (6), 701-723.
*25 O’Neill, S., Boykoff, M., Day, S. A. & Niemeyer, S. (2013). On the use of imagery for climate change engagement. Global Environmental Change, 23 (2), 413-421.
*26 Howell, R. A. (2014). Investigating the long-term impacts of climate change communications on individuals’ attitudes and behavior, Environment and Behavior, 46 (1), 70-101.
*27 Smith, N. & Leiserowitz, A. (2014). The role of emotion in global warming policy support and opposition, Risk Analysis, 34 (5), 937-948.
*28 Anderson et al. (2014). Mobilization, Polarization, and Compromise: The Effect of Political Moralizing on Climate Change Politics, Paper prepared for the Annual Meeting of the American Political Science Association, Washington, DC. August 28-30, 2014.
*29 Uhl, I., Klackl, J., Hansen, N., & Jonas, E. (2018). Undesirable effects of threatening climate change information: A cross-cultural study. Group Processes & Intergroup Relations, 21 (3), 513-529.
*30 Landry, N., Gifford, R., Milfont, T. L., Weeks, A., & Arnocky, S. (2017). Learned helplessness moderates the relationship between environmental concern and behavior. Journal of Environmental Psychology, 55, 18-22.
*31 Arthus-Bertrand, Y. (2018). Préface de O. Blond, Pour en finir avec l’écologie punitive, Paris, Grasset, p. 9.

Un avenir pour l’écologie

Un avenir pour l’écologie

Christian Roesch

Dans son dernier ouvrage Une Nouvelle Terre, Dominique Bourg présente une magnifique analyse de la situation de la terre aujourd’hui. La notion d’anthropocène est parfaitement claire : notre époque produit des dommages irréversibles pour l’environnement. Si nous ne cessons, la terre deviendra invivable. Les solutions de secours sont illusoires.
Nous retrouvons la même qualité d’analyse chez Delphine Batho  dans Écologie intégrale Le manifeste, dont Dominique Bourg a fait la postface.
L’écologie est éminemment politique mais la politique peut-elle mener à une solution écologique ?

Ce vieux débat date de la fondation de partis écologistes en Europe. Leur inefficacité a été démontrée par leur échec, depuis cinquante ans, à imposer leur approche sur la scène politique. Les alliances à gauche, au centre, à droite, ou séparés, toutes les tentatives n’ont abouti qu’à des succès très limités. La démission de Nicolas Hulot du ministère (d’État) de l’Écologie en est le dernier avatar.
Delphine Batho propose la conquête démocratique et non-violente de « l’écologie intégrale ». Les « Terriens », ceux qui veulent protéger les conditions d’existence de l’humanité, l’emporteraient aux élections sur les « Destructeurs » c’est-à-dire tous les autres
Est-ce une utopie ou une possibilité réaliste ?
Précisons que, dans notre esprit, il n’est pas question de polémiquer sur cette personne ou sur son programme. Elle représente la pensée d’une grande partie des écologistes qui espèrent par leurs actions citoyennes et le relais politique pouvoir changer le système capitaliste en France, en Europe et dans le monde. Nous nous interrogeons sur la faisabilité d’un tel projet aussi alléchant pour la sauvegarde de la planète et de TOUS ses habitants.
Notre scepticisme provient de notre expérience spirituelle et de la connaissance de la biologie intérieure humaine qu’elle procure. L’homme n’est pas que terrien : sa dimension divine est le vrai moteur de son évolution. Qui ne souhaite être mieux aimé et mieux aimant ? Lorsque cette quête n’est pas première, les combats – même les plus humanistes – se coupent de la vie intérieure garante de la vérité, de la justice, de la paix.
Ainsi classer les individus en deux catégories, les « Terriens » et les « Destructeurs » crée une opposition frontale dangereuse ayant pour conséquence d’induire la guerre d’un camp contre l’autre. Comment imaginer que la guerre apporte une solution durable ? Elle vient en contradiction avec l’idée d’écologie intégrale démocratique non-violente. De plus, cette solution est impossible, car cette dualité destructeur-protecteur est en chacun de nous. Nous y reviendrons, mais essayons d’abord de comprendre la nature humaine qui va avec la démocratie.
La démocratie est un modèle sociétal qui régit les nations. Il a été rendu possible depuis que les humains ont acquis une personnalité, c’est-à-dire un ego qui différencie chacun de son voisin. Elle s’essaie chez les Grecs. Être citoyen de la cité nécessite d’y être né depuis des générations, d’être du sexe masculin, d’y posséder des biens, pour participer à la vie politique selon le principe : un homme, une voix.
Les Romains l’ont amplifiée. Le droit, l’accès plus facile à la citoyenneté, sa dimension mondiale ont préparé la démocratie moderne du XVIIIe siècle.
Celle-ci est toujours fondée sur le fonctionnement de l’ego, egocentrique par définition. Ce plan de conscience régi par la personnalité, nommons-le : MOI .
Avoir un rôle social reconnu par le fait d’avoir un nom provenant d’une lignée, un prénom qui m’identifie, une adresse, un métier. C’est l’avoir – même restreint – qui donne accès au statut de citoyen et au rôle d’électeur.
– Les critères communs de l’ego signent l’appartenance à un groupe, une collectivité, une nation. Cette conscience d’appartenir à un groupe, appelons-la : NOUS.
Exemple de groupe : les confréries de métier ; de collectivité : les habitants d’un quartier, d’une province avec ses coutumes, d’une nation régie par les mêmes lois.
– Les critères individuels de l’ego manifestent que : moi j’existe à l’intérieur de ce groupe, différent du voisin, avec une personnalité. Et mon groupe doit être différent des autres groupes. MA famille, MON quartier, MON club, MON clan, MON pays, etc.
C’est la base intérieure humaine du système politique de la démocratie. L’État régule les rapports entre l’individu et la collectivité (entre MOI et NOUS).

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 32 pages  14 à 17

Le Projet Imagine, une ampleur mondiale, Frédérique BEDOS

Le  Projet Imagine,
une ampleur mondiale

 Frédérique BEDOS

REFLETS : Comment fonctionne le Projet Imagine?
Les programmes d’accompagnement fonctionnent comme une boîte à outils. Ils agissent sur la durée et vont accompagner le citoyen quel que soit l’endroit où il est. Le programme le plus mature aujourd’hui, c’est celui pour les écoles, implanté depuis trois ans. Une école découvre nos films et souhaite inculquer à leurs élèves les valeurs qui y sont transmises. Grâce à un kit pédagogique clés en main, nous formons les professeurs à son utilisation. Ils donnent l’opportunité aux élèves d’avoir un atelier Imagine une heure et demie par semaine tout au long de l’année. Les kits pédagogiques proposent trois phases. La phase d’inspiration, d’abord, dans laquelle nous leur faisons découvrir cet univers et proposons des exercices de découverte de soi : Qui suis-je ? Qu’est-ce qui m’habite profondément ? Découverte de l’autre, découverte du vivre ensemble, des choses basiques de l’ordre de notre humanité, tout en étant inspiré par les portraits de nos héros. Sans arrêt, ils vont mettre des mots sur leurs émotions. Les élèves finissent par dire : « On ne se connaissait pas en fait ; dans la cour de récré, on se parlait de tout et de n’importe quoi, et là maintenant, on commence à se connaître. » Forts de cette connaissance, ils passent dans la deuxième phase, « conduite de projet », parce que, peu à peu, ils vont identifier le type de cause vers lequel ils se sentent attirés : les SDF, les animaux, le développement durable, etc. Grâce aux souhaits reçus, nous recherchons, autour de l’école, les associations qui correspondent à leurs critères. Cela permet aussi de recréer du lien social, en se rencontrant. Ils vont pouvoir mieux toucher du doigt la réalité de terrain. Ils se mettent ensuite en mode « conduite du projet » avec la méthodologie que nous avons mise en place, très rassurante pour les professeurs – même eux montent en compétence. Peu à peu, le projet solidaire se crée, et la troisième phase consiste à le mettre en place. Ainsi, avant la fin de l’année, tous auront goûté à la joie de l’engagement et à celle de se sentir utiles. Et c’est comme ça que se crée la vraie génération des citoyens de demain, pleinement responsables, qui ont conscience qu’ils ont un rôle précieux à jouer dans la société. Des racines sont créées. Les outils utilisés permettent cette introspection, ce voyage intérieur. C’est comme ça que nous pouvons amener un changement durable dans la société.

Commencez-vous à en percevoir les résultats ?
Année après année, nous avons testé le programme « écoles » de façon plus large dans des types d’établissement différents au nombre de dix-neuf aujourd’hui. Nous avons les projets des élèves, les progrès qui ont été faits, même ceux des professeurs. Nous avons remarqué chez eux une baisse du taux d’absentéisme. Certains, qui étaient timides, se sentent mieux ; d’autres étaient à la limite du burn-out. Nous ne faisons pas à leur place. Nous travaillons ensemble et tout le monde progresse. Les professeurs vivent l’aventure avec leurs élèves. C’est totalement autre chose. Nous, nous mettons en lumière, avec toute notre authenticité, ces histoires incarnées. C’est un état d’esprit. Nous ne faisons pas la morale, tout comme nos films. Mais ces hommes et ces femmes vivent leur message et viennent vous toucher en plein cœur. La morale, c’est détestable. Vous avez déjà vu Jésus faire la morale à quelqu’un ? Il les aime, point.

Avez-vous beaucoup de personnes autour de vous pour vous accompagner dans ces programmes ?
Oui, mais j’aimerais en avoir bien plus. J’ai une bonne équipe, mais aujourd’hui, nous sommes en souffrance en étant dans ce moment très difficile du changement d’échelle. Le Projet Imagine vit un paradoxe : comme il a choisi le secteur des médias, nous bénéficions d’une énorme visibilité. Nous sommes vus par des dizaines de millions de gens dans le monde, donc on se retrouve avec énormément d’attentes, d’opportunités à saisir, alors que ni nos moyens ni les dons n’ont été démultipliés. L’équipe est en sous-effectif et je dirais même aussi en sous-compétence ; il faudrait engager des profils de plus haut niveau. Tout cela représente de l’argent. Nous sommes dans un moment très difficile, donc n’hésitez pas à prier pour moi ! Dans nos programmes « écoles », j’ai des membres partout dans le monde. Je ne fais pas les choses « à l’industrielle ». Il y a un suivi très proche, et donc il faut engager des gens. Nous avons réussi à faire un modèle qui nous permet d’être très efficaces, comme le fait de s’appuyer sur les professeurs. Et il est très important pour moi de rester avec ce lien humain très fort.

En ce qui concerne le programme des prisons, les détenus passent les trois quarts du temps devant la télé. Qu’est-ce qu’ils regardent ? des serial killers. C’est scandaleux ! L’idée là aussi est d’amener nos films avec nos méthodologies, parce qu’en réalité, si nous pouvons réveiller l’idéalisme des détenus, ils vont être de belles personnes en sortant. Il faut réveiller cet humanisme. Et puis, nous avons un kit, entre le programme « écoles » et le programme « prisons », destiné aux jeunes délinquants qui sont en centre fermé. Il faut les rattraper, ce n’est pas foutu. Le Projet Imagine répond à des problématiques d’une modernité absolue. Il tacle, sans avoir l’air, toutes les racines qui mènent vers la radicalisation et le terrorisme. Je me rends compte que j’ai fait les choses avec intuition. Nous sommes reconnus par les Nations unies, du coup, de grosses études sont faites sur nous. Nous sommes observés. En juin dernier, les deux comités onusiens à New York, en charge de la lutte contre le terrorisme et la radicalisation, ont organisé une conférence à huis clos pour que je vienne leur parler du Projet Imagine. J’étais un peu étonnée, et j’ai découvert que bien sûr nous répondions à cela. Le Projet Imagine est très politique, mais dans le sens noble du terme. Il parle de la vie de la cité et du rôle que chacun y joue en tant que citoyen. Il devient de plus en plus difficile de faire nation et nous le voyons bien en France. Ce qui permet de faire nation, c’est justement, alors que nous sommes tous très différents, de se retrouver dans une histoire commune, qui nous donne envie de faire destin commun, avec un socle de valeurs communes. Or, aujourd’hui, cette histoire est tellement abîmée par les médias que personne n’a envie de s’y projeter. Nous, film après film, retravaillons la beauté de l’histoire de la manière la plus authentique possible, puisque ça passe par des hommes et des femmes qui vivent ce message-là. Nous donnons à nouveau envie de faire destin commun. Il n’y a plus d’espace de dialogue où on peut se parler de façon apaisée. Alors nous nous retrouvons dans des sociétés très morcelées où, peu à peu, ça se radicalise. Cela ne va pas forcément jusqu’au djihadisme, mais le dialogue est rompu. Nos programmes apportent des espaces de dialogue apaisé qui permettent de sortir de ces racines-là pour recréer le lien. Il devient sérieusement urgent, dans les médias, de s’interroger sur les messages et les images à disséminer à grande échelle partout dans le monde, et d’en voir les conséquences. Pour moi, il n’y a pas de doute : c’est parler d’amour. La réalité est que sans confiance tu ne peux rien bâtir. Il va donc falloir retrouver le chemin de l’espérance et de la confiance. C’est ce chemin-là que nous essayons d’éclairer. Jean Vanier, dans le film, est lui et il apprend sans cesse, encore plus profondément, à être lui. Il était chrétien catholique. Il ne s’est jamais renié et il était de plus en plus dans cette ouverture à l’autre qui fait que, même athée, musulman, je peux t’aimer et je peux recevoir ton amour. C’est cela être chrétien. Jésus n’était pas chrétien. C’est que de l’amour !

Pour en savoir plus, cliquer sur ce lien  www.leprojetimagine.com 

Quelle médecine voulons-nous pour aujourd’hui et pour demain ?

Quelle médecine
voulons-nous vraiment
pour aujourd’hui et pour demain ?

Dr Daniel Chevassut

Daniel Chevassut vient de prendre sa retraite de médecin homéopathe, praticien attaché des hôpitaux, créateur depuis 1998 d’une consultation sur la souffrance en milieu hospitalier. Il est également pratiquant bouddhiste et représentant de cette tradition au sein des hôpitaux de l’assistance publique de Marseille. Cette double expérience l’a conduit à intervenir dans le cadre du diplôme de soins palliatifs et dans l’enseignement universitaire.
Par ailleurs, il intervient régulièrement dans l’émission
Sagesses bouddhistes le dimanche matin sur France 2.

Ayant pris ma retraite depuis peu de temps, j’ai maintenant plus d’opportunités pour analyser ma vie de médecin. Une vie totalement fondée sur l’humain, libre du désir d’argent, de pouvoir ou de notoriété, ceci dit en toute humilité et modestie, et au bout du compte une vie de médecin heureuse. Une vie centrée sur le souhait de guérir le patient autant que possible et de toujours faire au mieux pour le soulager de ses souffrances. Je ne souhaite pas parler de moi, mais plutôt livrer quelques témoignages de ce qui a forgé ma carrière médicale, témoignages dont chacun fera ce qu’il voudra. Dans un univers médical où l’on assiste de plus en plus à une « robotisation » de notre système de santé (on pourrait parler également d’une sorte de « dictature » qui ne dit pas son nom), il est légitime de se poser cette question : « Et l’humain, dans tout cela ? ». Ayant exercé en milieu hospitalier pendant vingt ans, j’ai eu la chance extraordinaire de travailler avec des collègues chirurgiens à la fois compétents et humains, dans une belle synergie et une confiance réciproque. Souvent les patients me disaient : « Ah, ici, ce n’est pas comme ailleurs, c’est humain ! » Passionné de médecine, j’ai commencé ma carrière à l’âge de 18 ans en effectuant des remplacements de brancardier aux urgences, puis d’aide-soignant. Cela m’a permis alors de comprendre que ce qu’un patient partage avec les personnes qui travaillent dans un hôpital dépend aussi de leur fonction : le dialogue sera en effet différent avec le brancardier, l’infirmière, l’aide-soignante, le médecin, etc. C’est ce qui donnait aux relèves d’autrefois toute leur richesse, car nous partagions tous ensemble les différentes informations concernant le patient, ce qui permettait d’avoir une vision globale et ainsi de mieux le prendre en charge. Aujourd’hui, tout est rentré dans les ordinateurs et l’échange de paroles entre les soignants devient rare. Beaucoup d’informations essentielles s’échappent dans les tréfonds des ordinateurs… et elles s’y perdent.

Comment avoir atrocement mal et être en paix ?
Médicalement parlant, c’était incompatible

Une autre expérience, qui a transformé ma vie, a été d’être moi-même confronté à la mort. Sans rentrer dans les détails, les douleurs physiques et morales étaient importantes, intenses, sans antalgiques susceptibles d’altérer les fonctions cognitives, l’épuisement physique total… Arrivé à un certain stade, s’est produit ce que l’on pourrait appeler un lâcher-prise, totalement involontaire : « Oui, si je dois mourir, alors que je meure… », un peu comme un enfant qui s’abandonne totalement dans les bras de sa mère. J’ai vécu à ce moment-là une paix extraordinaire, non pas malgré mais avec la douleur. Je m’en suis finalement sorti, mais le médecin scientifique que j’étais voulait impérativement comprendre : « Comment avoir atrocement mal et être en paix ? ». Médicalement parlant, c’était incompatible. J’ai alors parcouru la planète pour avoir ma réponse. Et je l’ai eue.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 60 à 62

Le plastique, pas fantastique

Le plastique, pas fantastique

Augustin Luneau

Nettoyer les océans reviendrait à entreprendre ce que l’apprenti sorcier, dans le dessin animé de  1940 de Walt Disney, Fantasia, s’épuise inutilement à faire : notre civilisation pollue beaucoup plus rapidement les océans qu’elle n’est capable de les nettoyer.

La presse et les médias ont accordé leurs unes depuis quelques années à l’émergence de projets ambitieux par la démesure de leur entreprise : nettoyer nos océans, et plus particulièrement tout le plastique qui flotte à la surface du désormais tristement célèbre 7e continent. Ce gyre océanique, vortex grand comme six fois la France et rempli de déchets, a été découvert en 1997 par l’explorateur américain Charles Moore. Il est situé entre la Californie et les îles Hawaï. La surface de cette immense décharge flottante pèserait 80 000 tonnes et il y flotterait librement près de deux mille milliards de déchets en plastique…
Le public s’enthousiasme de la dimension innovante de ces projets. Quoi de plus fédérateur qu’Ocean Clean Up, le projet un peu fou de ce jeune Hollandais de 18 ans, Boyan Slat, qui invente un concept de barrage flottant dérivant au gré des vents et courants pour rassembler les détritus qui sont ensuite extraits et recyclés. 40 millions de dollars ont été levés pour réaliser un prototype qui, malgré quelques récents déboires, devrait prochainement opérer directement dans le « continent plastique ». L’organisation prévoit que 60 barrières, d’un à deux kilomètres de long chacune, permettraient de ramasser 90 % des déchets d’ici 2040.
Mais l’enthousiasme n’est pas généralisé. En effet, quelques experts avertis, au rang desquels Paul Watson que nous avions interviewé (Reflets n° 21), reprochent à ces projets de se tromper de cible. Selon P. Watson, il serait bien plus pertinent de s’attaquer à la source de la pollution plutôt qu’au stade final de ses conséquences désastreuses. L’argument tient la route : une étude récente de la Commission européenne estime qu’entre 150 000 et 500 000 tonnes de déchets plastiques sont rejetés annuellement dans les mers par les seuls pays de l’Union.

Mais comment en sommes-nous arrivés là ?

Si les premières utilisations du plastique naturel remontent à l’Antiquité, c’est entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle que de nombreux chercheurs ont contribué à la découverte du plastique synthétique, à base de résine dérivée principalement du pétrole. C’est pendant la Seconde Guerre mondiale que ses applications se diversifient et son usage se multiplie. En effet, ses propriétés sont nombreuses (imputrescibilité, légèreté, solidité et rigidité, résistant à la corrosion à l’abrasion, aux chocs, isolant, peu conducteur, élastique…) et son mode de production plus rapide et moins coûteux que les matériaux qu’il détrône. On estime aujourd’hui à 8,5 milliards de tonnes la quantité de plastique produite dans le monde en 70 ans. Avec une production mondiale qui augmente de 8,5 % par an, on estime qu’environ 30 milliards de tonnes auront été produites d’ici 2050. Or, nous n’en recyclons qu’environ 30 %. Et, inconvénient majeur de ses nombreuses qualités, il lui faut plusieurs dizaines, voire centaines d’années pour se désintégrer totalement, un tiers étant brûlé ou enterré, et le dernier tiers échappant encore au circuit du recyclage pour finir dans les océans.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 6 à 8

Horéa, artiste plasticienne

Confidence d’artiste
Horéa, artiste plasticienne

Horéa nous reçoit dans son atelier-galerie, un après-midi de janvier. Il fait froid à Strasbourg, mais l’ambiance va vite se réchauffer. Horéa est une femme d’un dynamisme éclatant, pleine d’une énergie à faire monter la température de ce grand espace. Elle est tellement passionnée par son travail, par l’aide qu’elle donne à la fondation Asalya  et l’association Les amis d’Emma  qu’elle en oublie de parler d’elle. Ce qui lui importe, c’est la démarche de peindre et la relation à l’autre. Elle peint, colle, ponce, travaille la cire d’abeille, gratte, décolle, insère, arrache. Elle peint l’esprit du sujet, pas le sujet. Elle nous livre son parcours et ce qui la motive…

Horéa est mon prénom, et cela fait vingt-cinq ans que je vis de mon art. J’ai axé ma démarche sur un thème qui me permet de me promener entre l’abstrait et le figuratif, c’est l’héritage. Il y a eu deux étapes : les paysages et le corps. Puis, quinze ans après le début de ma carrière, j’ai profité de présenter la cathédrale de Strasbourg, un monument qui me touche et que j’ai pu observer durant toutes ces années de fond en comble, pour essayer d’en peindre l’esprit. C’est pour moi un sujet très important, car il rejoint le paysage intérieur.
Je suis plasticienne : je peins, je coupe, je déchire, je colle. Ce n’est pas seulement de la peinture, c’est multifonction. Cela rend mon travail très pictural, très riche et complexe dans sa lecture. Mon atelier à Strasbourg est divisé en deux : une partie atelier et une galerie. Je suis toujours en train de ranger, entre mon chaos d’un côté et mon joli chaos de l’autre. Cela me permet d’accueillir les gens et de leur expliquer ma démarche. Je suis une vraie sportive de la peinture et j’ai éprouvé le besoin d’enseigner. Il fallait que je fasse sortir toute cette énergie créatrice. Depuis des années, les gens me donnent ; j’ai eu besoin de rendre et de donner aussi à travers un enseignement. Ainsi ai-je été amenée à verbaliser tout ce que je faisais spontanément, et surtout d’accepter tout le monde : celui qui a envie de peindre, celui qui a peur de peindre, celui qui rêve de peindre, celui qui veut approcher ce moyen d’expression.

Une peinture traverse celui qui la lit

Dans ma démarche, j’ai choisi d’aider les associations qui font tout ce qu’elles peuvent pour améliorer le quotidien des enfants malades et de leurs parents, parce que c’est terrible des deux côtés. Depuis cinq ans, je me concentre sur l’association Les amis d’Emma. Je fais des expositions personnelles, et aussi avec mon groupe d’élèves que j’ai appelé Aeroh (reflet de mon prénom) : ce sont des artistes en herbe, que j’essaie de guérir de leurs peurs d’exposer, d’approcher le public, de recevoir la critique. Non seulement ils vont peut-être créer une émotion chez l’autre, mais en plus le profit des ventes est reversé aux Amis d’Emma. L’association et son président, Alain Léonard, ont évolué vers la fondation Asalya qui permet d’aider de gros projets. L’art est le moyen que j’ai trouvé pour les aider à trouver de l’argent, et me permettre du même coup de me tourner vers les autres.
Emma est une enfant atteinte de microcéphalie, – je ne suis pas diplômée d’art thérapie – j’ai juste un incroyable instinct, et je peux lui parler. Elle ne parle pas, elle crie juste son nom. En revanche, c’est une vraie artiste.

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L’œuvre d’art, ce n’est pas un tableau que l’on accroche, c’est de la chance. C’est la partie qui consiste à peindre. Cela va sortir, c’est orgasmique, vous allez vous énerver, ou pas ; suer, ou pas. Vous allez oublier le temps, une musique va s’installer dans votre tête, avec un battement de cœur particulier. C’est cela la peinture, c’est l’acte de peindre.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 70 à 72