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Collapsologie Est-ce la fin ? La fin de quoi ? Maxime Mocquant

Collapsologie
Est-ce la fin ? La fin de quoi ?

Maxime Mocquant

Qu’est-ce que la collapsologie ?
C’est l’étude des formes possibles de l’enchaînement de catastrophes, prémices de l’effondrement d’une civilisation.
Le dernier livre d’Amin Maalouf, Le Naufrage des civilisations, éd. Grasset, ou celui de Jean-Claude Kaufmann, La Fin de la démocratie Apogée et déclin d’une civilisation, éd. LLL, pour ne citer qu’eux, décrivent avec force arguments les processus en œuvre menant à la disparition de notre civilisation dite occidentale. Cependant, aucune solution n’est proposée pour remplacer le système agonisant.
D’autres ouvrages, comme Vers la sobriété heureuse de Pierre Rabhi, éd. La Loupe, Les Tisserands de Abdennour Bidar, éd. LLL, ou Plaidoyer pour l’altruisme de Matthieu Ricard, éd. NIL, partagent leurs intuitions plus ou moins étayées par des recherches scientifiques et proposent des solutions pour revenir à un essentiel : l’humain. Notons, parmi les nombreux livres, celui de Pablo Servigne et de Gauthier Chapelle, L’Entraide, l’autre loi de la jungle, éd. LLL, 2017, édité récemment en collection Poche. Il pose les bases d’une étude scientifique qui conduit à des propositions allant dans le sens d’une nouvelle civilisation fondée sur d’autres valeurs que celle de l’ego : l’altruisme, la solidarité , l’entraide, l’amour du prochain…
La première loi de la jungle, celle du plus fort, a été la plus exploitée de tous les temps. Sa pratique s’est encore amplifiée dans nos sociétés capitalistes, industrielles ou étatiques. L’ego s’est développé grâce à cette loi, qui l’autorisait à gagner plus, quitte à écraser l’autre. Cette société de l’avoir, telle que nous la connaissons aujourd’hui, est vouée à l’échec, voire à l’extinction. Une mauvaise interprétation de la théorie de l’évolution de Charles Darwin atteste la sélection naturelle comme la loi du plus fort. Cependant, ce n’est pas la seule loi de la nature, et des siècles ont construit l’idée que perdre, ou abandonner du côté matériel, rendait faible, voire malheureux.
En 1902, un autre scientifique, contemporain de Charles Darwin, Pierre Kropotkine, géographe et anarchiste, répond au livre L’Origine des espèces au moyen de la sélection naturelle, en écrivant
L’Entraide, un facteur de l’évolution. Il y décrit l’évolution de nos sociétés occidentales et fait opposition aux gouvernements successifs qui, petit à petit, ont détruit les organisations comme les guildes, afin d’asseoir leur autorité. Il constate cependant que l’entraide entre les humains reste la norme. Ainsi citet- il, dans le dernier chapitre, des marins qui n’hésitent pas à aller au secours de collègues en pleine tempête, au risque de leur vie, et qui disent : « Je ne pouvais pas faire autrement. »
Dans leur livre, L’Entraide, l’autre loi de la jungle, les auteurs étudient les fonctionnements et les mécanismes à l’oeuvre dans l’entraide aux niveaux individuel et de groupe d’abord à taille humaine, puis plus important, voire immense comme un pays ou une communauté de pays comme l’Europe. Ils fixent les lois qui régissent ces individus et ces groupes, en tirent des conclusions sur des avenirs possibles, si la loi de l’entraide est remise au centre. Notre propos ici n’est pas de réécrire le livre, ni même d’en faire un résumé. En revanche, il nous semble nécessaire de souligner un aspect important. D’après Serge Tisseron, psychiatre et psychanalyste, l’empathie se construit en trois étapes : l’empathie affective, l’empathie cognitive et l’empathie mature, qui est la combinaison des deux premières. La première correspond au système 1 de Daniel Kahneman, la seconde au système2  Daniel Kahneman est un psychologue et économiste américano-israélien, qui a démontré que la pensée avait deux vitesses, les systèmes 1 et 2. Le premier, sur un mode intuitif au fonctionnement rapide, ne demande pas beaucoup d’énergie pour s’exprimer, on peut lui donner le nom d’intuition. Le second est surtout basé sur un mode de réflexion, de calcul lent et délibératif, et consomme beaucoup plus d’énergie. Donc tout naturellement, et afin d’éviter de consommer trop d’énergie, nous nous positionnons au niveau 1, soit l’empathie affective. Il s’agit de distinguer sa propre image de celle de l’autre (effet miroir), et de distinguer et d’identifier l’émotion d’autrui. Quant à l’empathie cognitive, elle permet de comprendre l’état mental d’autrui, prendre conscience de la différence.
Qu’est-ce que cela implique ? Eh bien tout simplement que nous allons privilégier l’empathie affective, plus rapide, moins dépensière en énergie et intuitive. Mais ayant été éduqués dans la première loi de la jungle, nous allons percevoir l’autre comme un concurrent. Si nous nous éduquons à l’entraide, l’autre sera à aider. Pourrions-nous changer notre comportement ?

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 34 pages 22 à 23

Osons la fraternité ! Alain Michel

Osons la fraternité !

Alain Michel

Alain Michel, né en 1944 à Lyon, est un éditeur et humanitaire français, engagé dans la propagation de la paix dans le monde. Il a organisé les convois pour la paix à Sarajevo, à Bagdad, au Kurdistan, à Gaza, mais également les Congrès mondiaux des imams et rabbins pour la paix à Bruxelles, Séville, Paris<. Fondateur des associations Artisans de Paix, ÉquiLibre et de la fondation Hommes de Parole, Alain Michel est aussi à l’origine du mouvement 24 Heures de méditation pour la Terre  qui a eu lieu le 1er novembre 2015.

Après trente-cinq années d’actions concrètes pour la paix dans ce monde qui semble chaque jour de plus en plus tourmenté, n’avez-vous pas perdu l’espoir de la paix ?
Je ne pense pas que notre monde soit plus tourmenté aujourd’hui qu’il y a quelques décennies. Il n’y a pas si longtemps, le monde vivait deux grandes et terribles guerres mondiales, suivies par celles de Corée, du Vietnam, d’Algérie, du Rwanda, de Bosnie, etc. Hormis les conséquences de l’accélération du réchauffement de la planète qui semblent irréversibles et qui sont devenues une priorité, le monde irait plutôt mieux. Et puis, il y a du nouveau qui nous met en action : la conscience de l’homme, individuelle et collective, qui se développe à grande vitesse, et particulièrement chez les jeunes.

Alors, la paix, c’est pour demain ?
J’ai perdu l’espoir de la paix pour demain, mais pas l’espérance, bien au contraire ! Nous savons plus que jamais que les solutions ne viendront pas des institutions politiques ni religieuses. Tout au long de ma vie, j’ai rencontré des personnes extraordinaires de joie, de courage, d’abnégation. Elles sont des millions sur la planète. Je crois en l’Homme, et en sa capacité infinie de bien, de beau, de bon. La paix ne dépend pas des autres ni d’experts ou de spécialistes. Elle dépend d’abord de moi. La paix du monde, c’est l’affaire de chacun d’entre nous individuellement. La priorité est d’acquérir la paix intérieure. C’est à ce prix seulement que le monde changera. Agir pour la paix lorsque l’on est soi-même dans un conflit intérieur est non seulement inutile mais totalement contre-productif. De plus, il est dramatique d’alimenter le mal en se complaisant à le regarder, le critiquer, le communiquer. Il est au contraire important et vital de voir le beau, le positif autour de soi. C’est le seul moyen de nourrir et de faire grandir le bien : « Mieux vaut allumer une bougie que maudire les ténèbres… » .

Comment mettre cela en pratique ?
Après de nombreuses années dans l’humanitaire, j’ai pris conscience qu’il n’existe qu’une seule cause aux désordres de l’humanité, quels qu’ils soient : famines, guerres, cracks boursiers, mouvements sociaux, réchauffement de la planète…, c’est l’intérêt individuel – ou de groupes – au service de puissances financières qui se développent au détriment de la fraternité. Si je peux soulager une souffrance, et que je ne le fais pas, je deviens complice et co-responsable de la cause de cette souffrance. C’est cette prise de conscience personnelle qui m’a mis sur le chemin de l’humanitaire, car cette transformation intérieure mène tout droit à la fraternité : parodiant André Malraux, j’affirme que le XXIe siècle sera fraternel ou ne sera pas. La cause de notre souffrance est notre incapacité à pratiquer la solidarité au quotidien, en ne réalisant pas que l’autre est un autre moi-même. Prendre conscience que toute personne est sacrée conduit à la fraternité. Il s’agit juste d’ouvrir son cœur et de prendre conscience que, dans toute situation de souffrance, l’autre existe : « Aime ton prochain comme toi-même ». Si l’on médite un peu sur cette phrase, on en découvre tout le côté révolutionnaire. La vraie fraternité, c’est l’amour. Il ne peut s’éteindre, il est ; il ne brille pas, il brûle ; il ne s’achète pas, il se reçoit. Si on le cherche avec le cœur, on le trouve toujours.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n°34 pages 61 à 63

L’homéopathie ou rien de nouveau sous le soleil

L’homéopathie
ou rien de nouveau sous le soleil

Bernard Woestelandt

Bernard Woestelandt bénéficie d’une longue expérience de médecin généraliste homéopathe. Il est aussi passionné par l’éthique médicale pour laquelle il possède plusieurs diplômes. Parallèlement, il interroge sa foi chrétienne pour comprendre le sens des maladies, de la santé, de la vie. Cette recherche est relatée dans un livre fondateur, De l’homme cancer à l’homme Dieu, aux éditions Dervy.

Il y a une trentaine d’années, les médecins de la petite ville où j’exerçais avaient invité un professeur de médecine pour une conférence traitant de cancérologie. À l’heure du débat, un psychiatre demanda des sanctions contre les médecins homéopathes : « Soit, disait-il, ils croient en l’action de leurs petites boules de sucre, et il faut les interner car ce sont des fous ; soit ils savent qu’elles n’ont aucune action, et il faut les mettre en prison car ce sont alors des menteurs et des criminels. » En 1790, Samuel Hahnemann, médecin érudit, chimiste, herboriste, parlant plus d’une dizaine de langues dont le grec et le latin, fut lui aussi victime d’attaques violentes de la part de ses confrères lorsqu’il proposa une méthode pour « guérir » qu’il venait de découvrir en traduisant un article scientifique du savant écossais William Cullen. « Rien de nouveau sous le soleil », car il fut traité de charlatan, d’imposteur, de tricheur, de délirant, l’obligeant à chercher des protections, déménageant de ville en ville, pour finir à Paris où il bénéficia de la lucidité de monsieur Guizot, ministre de Louis-Philippe, qui écrivit en 1836 : « Si l’homéopathie est une chimère ou un système sans valeur propre, elle tombera d’elle-même. Si elle est au contraire un progrès, elle se répandra malgré toutes nos mesures de préservation, et l’Académie doit le souhaiter avant tout autre, elle qui a pour mission de faire avancer la science et d’encourager toutes les découvertes ».

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Samuel Hahnemann se lança alors dans des expériences étonnantes puisqu’il décida d’absorber diverses substances médicinales afin d’en observer les conséquences. Et ce fut à la suite de ces expériences, faites sur lui-même, sa famille et ses amis, que débuta cette nouvelle médecine, appelée homéopathie ; une médecine qui a comme principe la loi d’analogie qui est un processus de pensée par lequel on remarque une similitude entre deux choses de différentes natures. Voilà, par exemple, une personne qui, suite à un licenciement, se met à souffrir de brûlures à l’estomac, aggravées entre une et trois heures du matin et améliorées en buvant des boissons très chaudes ; à ces brûlures, s’ajoutent une sécheresse de la peau et une anxiété de la mort. Ce tableau ressemble à une intoxication par l’arsenic, et nous observons donc que le licenciement a, sur cette personne, une similitude d’action avec l’arsenic. Elle recevra donc une dose d’arsenic qui soignera son estomac, sa peau et son anxiété.

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Aujourd’hui, la médecine conventionnelle demande des preuves de son action alors que, depuis son origine, la médecine homéopathique est une médecine de l’expérience ! Samuel Hahnemann, expérimentant les substances sur lui-même, au risque de détruire sa santé, a découvert qu’il y a, dans la nature, le remède approprié à chaque personne pour les maux dont elle souffre, nous rappelant l’unité primordiale du corps humain et la sentence énoncée par Hippocrate, le père de la médecine : « Similia similibus curantur ». Ceci dit, les médecins homéopathes, formés par le monde scientifique, titulaires des mêmes diplômes que leurs confrères allopathes, reconnaissants de ce qu’ils ont appris, prêts à leur demander conseil, ne se contentent pas d’établir une relation de confiance avec le malade ni de jouer sur l’effet placebo – qui existe d’ailleurs dans toutes les approches médicales – ; non, ils veulent aussi comprendre le mode d’action du remède homéopathique qui agit à des dilutions-dynamisations incroyables, aussi bien chez les enfants que sur les animaux ou les végétaux. Heureusement, la physique quantique vient à leur aide, et il est bon de lire le physicien Louis de Broglie qui, dans son livre Matière et Lumière, en 1937, écrivait : « Plus nous descendons dans les structures infinies de la matière, plus nous nous apercevons que les concepts forgés par notre esprit au cours de l’expérience quotidienne, et tout particulièrement ceux d’espace et de temps, deviennent impuissants à nous permettre de décrire les mondes nouveaux où nous pénétrons. » En 1998, le très sérieux journal scientifique The Lancet écrivait, en parlant d’expériences faites par des scientifiques : « Les résultats de cette méta-analyse sont incompatibles avec l’hypothèse que les effets cliniques de l’homéopathie sont exclusivement dus à un effet placebo. »

L’HOMÉOPATHIE, MÉDECINE D’AVANT-GARDE

En 2019, Marc Henry, ingénieur chimiste, docteur ès sciences et professeur des universités, démontre que la physique quantique est à la base de l’approche homéopathique pour laquelle les substances et leur support ont une signature électromagnétique, écrivant « qu’il n’est plus possible de prétendre aujourd’hui qu’un remède homéopathique ne contient que de l’eau ou du sucre »

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Pour en savoir plus : bernardwoestelandt.com

Pour lire l’article en entier, REFLETS n ° 34 pages 24 à 26

Interview de Jean-Christophe Rufin ,Couple : séparation n’est pas rupture

Interview de Jean-Christophe Rufin
Couple : séparation n’est pas rupture

Écrivain, médecin et diplomate, Jean- Christophe Rufin a été élu à l’Académie française en 2008. Engagé dans l’humanitaire à Médecins sans frontières, il a mené de nombreuses missions en Afrique, en Amérique Latine, dans les Balkans en Europe, avant de devenir président d’Action contre la faim. Avec une vie affective assez « chaotique », selon ses dires, il raconte dans son dernier roman Les sept mariages d’Edgar et Ludmilla, paru aux éditions Gallimard, l’histoire d’un couple qui invente une autre manière de s’aimer.

Votre vie est incroyablement bien remplie. Qu’est-ce qui vous pousse à toujours bouger ainsi ?
Deux lectures sont possibles : la négative serait de dire que je suis inadapté à tout ; la positive, que je suis au contraire adapté à tout. Je suis habité par une certaine curiosité. Je n’aime pas la routine et j’ai découvert, il y a vingt ans, que j’avais en moi de la créativité, un imaginaire très débordant qui me permet aujourd’hui de sortir pratiquement un livre tous les ans. Le milieu professionnel ne me donnait pas assez d’espace pour exprimer cet imaginaire que j’ai trouvé dans la littérature. Il y a donc d’un côté ma vie de médecin et de l’autre ma vie d’écrivain, et les deux fonctionnent en parallèle.

Comment en êtes-vous arrivé à des activités humanitaires ?
Ce sont des rencontres, des hasards parfois. La première véritable expérience de rencontre avec une autre culture a eu lieu quand je me suis retrouvé en Tunisie comme coopérant. À mon retour, deuxième opportunité du hasard, c’était le début de Médecins sans frontières, et je m’y suis plongé. Puis je me suis fait des amis dans ces milieux-là, dont certains sont devenus des hommes politiques, Claude Malhuret ou Bernard Kouchner. Quand ce dernier est devenu ministre des Affaires étrangères, il m’a confié une ambassade. Le hasard m’a servi, mais encore faut-il l’accueillir, savoir le saisir. Ma carrière est le reflet de rencontres.

Vos activités sont toutes empreintes d’altruisme. Est-ce un besoin pour vous ?
J’ai choisi de pratiquer la médecine en référence à mon grand-père, médecin lui-même, qui m’a élevé. Cette profession m’a conduit à avoir un regard positif sur le monde, un regard de soin, de compréhension, sans chercher à juger mais à soigner, à comprendre pour améliorer. Mais j’ai retrouvé ce sentiment dans d’autres activités : quand j’étais ambassadeur, je m’intéressais beaucoup à la dimension consulaire de l’activité diplomatique, consistant à s’occuper des Français qui sont à l’étranger. En tant qu’écrivain, j’essaie d’apporter du positif, un souffle, un espoir à travers mes livres. Cela fait partie de ma personnalité. Je suis quelqu’un de plutôt optimiste.

Qu’est-ce qui vous motive à agir pour les autres ? Est-ce une forme de foi dans l’homme ?
Si la question est de savoir si c’est une foi religieuse, la réponse est non. Je suis habité par un certain humanisme militant. Dans toute forme de projet, il peut y avoir un risque d’oublier l’humain. Par exemple, j’ai écrit sur l’écologie radicale. L’écologie est devenue une grande nécessité, à condition de lui donner une dimension humaine et humaniste. Le mouvement vegan qui attaque les boucheries peut être interprété de façon antihumaniste. Dans toutes les idéologies, j’essaie de voir le moment où elles se retournent contre l’homme. Quand vous regardez l’histoire du XXe siècle, toute une série de drames est née du fascisme, du stalinisme qui, à l’origine, était des tentatives d’altruisme qui se sont retournées contre l’homme. C’est cette dimension-là que j’essaie de traquer parce que finalement dans toute forme de projet, il peut y avoir, si l’on n’y prend pas garde, un risque d’oublier l’humain. C’est cela qui m’intéresse.

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Votre dernier roman porte sur l’histoire peu ordinaire d’un couple. Est-ce le but de finir ensemble ?
Je dirais que oui. Ce qu’on entend par but, c’est la perspective. Le projet du couple est dans la durée. Alors, on y parvient ou non. Je me suis amusé à faire en sorte que dans des mariages successifs, ce sont les derniers qui sont les plus vrais, les plus denses, comme s’ils avaient assimilé cette dimension de durée avec le temps. Les mariages de passion amoureuse, les mariages de jeunesse, c’est un feu de paille.

Êtes-vous d’accord avec cette assertion commune à tous les engagements, comme le mariage : l’important, c’est de durer ?
Oui, et je le dis aussi aux écrivains. Avoir un succès, c’est bien, mais avoir un succès dans la durée et tenir une forme de contrat avec les lecteurs de façon à apporter à chaque fois quelque chose de nouveau tout en gardant leur confiance, c’est difficile. La durée est une valeur pour moi. Je n’ai jamais aimé la médecine d’urgence, par exemple. Ce qui m’intéresse davantage, c’est la relation qui s’installe. Je pense qu’avec les lecteurs, nous formons une sorte de couple c’est-à- dire que nous sommes investis d’une confiance.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n° 33 pages 32 à 35

Le chemin de libération Jacques Castermane

Le chemin de libération

Jacques Castermane

Jacques Castermane nous fait à nouveau l’honneur de participer à notre revue  en donnant son point de vue sur la liberté. Cet homme qui a suivi pendant plus de vingt ans l’enseignement de Karlfried Graf Dürckheim nous amène très vite à la notion de liberté intérieure. Nous rappelons qu’il anime dans la Drôme le centre Dürckheim, une école de sagesse exercée
www.centre-durckheim.com.

Qu’est-ce que la liberté ? Question intéressante
Nonobstant le fait que je ne me sens pas vraiment concerné par les innombrables discours à propos de la liberté qui jalonnent les siècles. À quoi bon être plein d’espoir et d’illusion quant à la possibilité d’accéder à une liberté qui, le plus souvent, n’est autre que la somme de nos désirs égotiques, narcissiques, nombrilistes ? Une pseudo-liberté qui chaque jour encore oppose les uns aux autres. En même temps, j’avoue être touché par les manifestations qui rassemblent, ces jours-ci, des millions de personnes dans les rues de Hong-Kong, de Moscou et autres villes, au nom de la Liberté (avec un « L » majuscule).
Ce qui m’étonne, c’est qu’il est rare de lire une communication sur la « liberté intérieure de la personne individuelle ». Il est vrai que celle-ci est de plus en plus noyée dans le collectif. Cependant, comme l’écrit C. G. Jung : « Les éléphants ça n’existe pas ; il y a chaque fois UN éléphant. »
Les lignes qui suivent sont donc centrées sur l’expérience de la liberté intérieure qui, comme il est d’usage en Orient et en Extrême-Orient, nécessite un engagement sur un chemin de libération. Parce que la liberté intérieure ne nous sera pas donnée de l’extérieur. Un chemin de libération ? Oui. Parce que si l’expérience de la vraie liberté intérieure peut vous surprendre à l’occasion d’un événement inattendu, devenir celui ou celle qui se sent libre, indépendamment des conditions extérieures, nécessite un sérieux travail sur soi-même.

La liberté intérieure… c’est quoi ?
En voici un exemple qui m’a personnellement bouleversé : printemps de l’an 2000, j’accompagne Christina  à son rendez-vous chez le médecin qui, sur la base de divers examens, lui annonce qu’elle a… un cancer. Christina reçoit ce diagnostic en faisant preuve d’un calme qui semble surprendre le médecin ; je suis moi-même médusé. Ses questions et les réponses que lui donne le médecin sont posées et reçues, sans ces réactions mentales, affectives et physiques qui seraient bien  dans une telle situation :
« Est-ce un cancer qui donne l’espoir d’une guérison ?
— Non. Actuellement nous n’avons pas de moyens qui pourraient assurer une guérison de ce type de cancer. Ce que je peux vous promettre est que l’intervention chirurgicale et les traitements que je vous propose favorisent généralement une rémission.
— Une rémission… ?
— Il m’est impossible de vous donner un nombre de mois ou d’années. C’est vraiment différent d’une personne à l’autre. »
Ce qui me touche est la manière d’être de Christina : un OUI — à ce qui est — qui engage la totalité de son être. Reprenant la route du CHU de Lyon vers Mirmande, sortant d’un long temps de silence, Christina me dit : « C’est inconcevable ! Jamais encore je n’ai ressenti une telle liberté intérieure comme à ce moment précis où j’ai entendu le diagnostic du médecin. »
Voici ce que dit André Comte-Sponville de cette expérience dans son ouvrage Le goût de vivre : « Je revois mon amie Christina Castermane, déjà rongée par le cancer qui allait l’emporter quelques mois plus tard, nous dire de sa belle voix douce et fatiguée : « Il y a deux façons de dire OUI. On peut dire OUI parce que tout est bien.
On peut dire OUI parce que tout est. Ce n’est pas du tout la même chose. » Elle avait raison, ajoute André. Le premier OUI, celui de l’approbation, n’a de sens que religieux (si l’on croit à une providence divine). C’est le contraire du tragique : si tout est bien, il n’y a plus de tragédie. C’est le contraire de la révolte : si tout est bien, il n’y a jamais à résister, à combattre, à affronter. C’est le OUI de l’âne ou du béni-oui-oui. On le trouve parfois chez les stoïciens ; jamais chez Épicure, Spinoza ou Nietzsche. Parfois chez les croyants, mais point chez tous : voyez Job ou l’abbé Pierre. Le second OUI, celui de l’acceptation, ne relève pas d’un jugement de valeur (« le cancer est bon ») mais d’un jugement de fait (« OUI, j’ai un cancer »). Comment, autrement, le combattre efficacement ? Comment, si on ne peut le guérir, l’affronter lucidement ? »
Dire OUI à ce qui est, à moins que cet acquiescement intérieur vous saisisse sans que vous y soyez pour quelque chose, est certainement ce qu’il y a de plus difficile lorsqu’on est identifié à notre « Cher petit Moi ». D’où la nécessité d’un sérieux travail sur soi : un chemin de libération.
Sur le chemin de la libération, nous devons distinguer un exercice spécifique et le quotidien comme champ de l’exercice.

Un exercice spécifique ?
Je prendrai comme exemple le plus simple de tous. Il est appelé zazen  au Japon ; un mot qui a pris place dans nos dictionnaires depuis quelques années. Za signifie s’asseoir ! Zen signifie calme ! Et que faire une fois assis ? Rien.
Un rien faire qui s’accompagne d’un OUI à tout ce qui se présente à travers les sens ! Un rien faire qui déclenche des réactions mentales, des réactions affectives et des réactions physiques dépendantes du petit moi souverain (moi je veux / moi je ne veux pas ; moi j’aime / moi je n’aime pas).
Zazen : dire OUI… être OUI ; un sérieux travail de « déségocentration ».
Trouvant que zazen n’était pas un bon exercice pour MOI, parce que je ne me sentais jamais aussi agité, tendu, agressif, que pendant cet exercice, K. G. Dürckheim me dit : « Au contraire, je vois là une bonne raison pour que vous repreniez l’exercice demain matin. Il serait bien que vous compreniez que l’exercice du rien faire n’a jamais agité personne. Mais c’est magnifique ! En pratiquant zazen, vous voyez que là où vous êtes assis, il y a quelqu’un qui est tendu, agité, impatient, agressif. Mon maître au Japon me disait : « Rien de plus dangereux pour l’ego que zazen ! »

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 50 à 53

Interview d’Olivier Delacroix ,S’aimer soi pour aimer mieux les autres

Interview d’Olivier Delacroix
S’aimer soi pour aimer mieux les autres

C’est dans son studio à Europe 1 que ce documentariste et animateur de radio et de télévision nous reçoit. Depuis plus de dix ans, ses reportages, ses documentaires invitent à découvrir « l’autre » différemment. Une rencontre intense et rythmée par cet homme d’engagements.

Vous êtes tourné vers les personnes en difficulté en affirmant même qu’elles vous ont construit ?
J’ai très vite cherché des réponses à travers l’autre. Depuis mon enfance, j’ai le sentiment profond qu’on se construit avec l’autre, en échangeant avec lui. J’ai été très tôt un enfant habité par des questions existentielles. Plus on partage nos questionnements avec les autres, plus on a la capacité à avancer, à structurer notre pensée et à devenir finalement plus libre. On n’est jamais plus dans la construction de soi que lorsqu’on est mis à l’épreuve ou lorsqu’on est face à l’injustice, ce qui peut amener à la colère, au regret, à la vengeance pour certains. La parole de l’autre invite alors à voir les stratégies qu’il a mises en place pour ne pas se laisser empoisonner ou amoindrir et faire face à la vie, aux épreuves, et en ressortir enrichi et plus fort. Avec l’émission Dans les yeux d’Olivier, j’ai la chance de rencontrer des personnalités riches en émotions et en conscience. Je suis plutôt quelqu’un qui fait confiance et qui considère que dans chaque Homme, il y a quelque chose de bon, d’exploitable. Même chez le pire des individus, il y a un petit coin de lumière qui peut à un moment donné l’irradier. Quand vous partez sur ces principes-là de vie, vous ne pouvez que vous enrichir.

Vous soutenez le combat des femmes. Quel est selon vous leur vrai combat ?
Il est d’arriver à l’égalité avec les hommes. Il est d’abord de préserver les leurs : leurs enfants, leur mari ; c’est selon moi lié à l’instinct de donner la vie, ce qui leur donne un sens des responsabilités plus accru très vite. On le voit très bien à travers les violences faites aux femmes : certaines mettent un temps infini à franchir les portes d’un commissariat parce qu’elles ont beaucoup d’amour et d’espoir en elles. Elles savent ce que le mot amour veut dire.Cela en fait des êtres responsables, que nous avons à remettre au cœur de notre société parce qu’une société qui ne fait pas attention aux femmes est une société malade, boiteuse. En revanche, elles ont cette capacité à trancher quand nous, les hommes, nous tournicotons, nous slalomons, nous sommes souvent moins matures. Donc le premier combat, c’est de protéger et de soutenir les femmes. C’est le cri d’alarme que je lance dans mon livre Parce qu’il y a les femmes qui concerne notamment les violences faites aux femmes. La France se déclare la patrie des droits de l’homme, de la femme et de l’enfant, mais tout cela n’est pas respecté. La secrétaire d’État Marlène Schiappa a proclamé 2018 l’année de la femme. Or, cette année-là, on a reculé : moins de foyers d’urgence pour les femmes, des associations qui disparaissent suite à la suppression de subventions.

Le mot aimer vous habite beaucoup. Quelle définition en donneriez-vous ?
Aimer, c’est faire attention à l’autre, partager avec lui, le protéger et le respecter. C’est être en quête de trouver l’équilibre en l’autre et que l’autre trouve l’équilibre en vous. Aimer, c’est communier en fait, échanger, s’enrichir ensemble, faire confiance, c’est tout ce qui tend à rendre solide une union, qu’elle soit amoureuse ou amicale. J’ai autour de moi des amis sans faille qui viendront me chercher au bout du monde et que j’irai chercher au bout du monde s’ils sont dans la panade. J’ai une femme aujourd’hui qui m’aide à cheminer et que j’aide à cheminer, c’est cela aimer. C’est aussi accepter de l’autre ce que vous n’êtes pas.

 Vos émissions et documentaires montrent que vous êtes un homme d’engagements forts. Quel en est le fil conducteur ?
J’ai toujours refusé de faire des choses qui n’avaient pas de sens, qui n’étaient pas militantes. J’aime être dans la réalité, donc rien de mieux que le documentaire pour incarner un moment de vie. J’aime faire avancer le bouchon, donner du sens à ce que je fais, donner des explications, rassurer. Professionnellement, c’est vraiment une volonté d’apprendre des autres et donc de donner la parole aux autres. J’explique aux uns quelle est la passion d’un autre, non pas pour s’y reconnaître, mais juste pour qu’ils la respectent. La tonalité, c’est de parler à des personnes sans les juger, sans donner mon avis. Je suis là pour encourager celui qui est en face de moi à s’exprimer.

Quelle est votre foi ? En l’Homme, en Dieu ? Et si c’est en Dieu, quel Dieu ?
Foi en l’Homme… J’ai foi en l’Homme, mais je suis mis à l’épreuve. Il y a certes la beauté de l’Homme, sa luminosité, son intelligence, son ingéniosité à créer les choses les plus formidables pour aller mieux. Mais de fait, ces dernières années me portent à penser que nous allons vivre des heures sombres.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n° 33 pages 27 à 30