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Aider pour s’accomplir

Aider pour s’accomplir

Dès son enfance, Roger vit  entre pauvreté et violence dans son quartier. Il retrouve en prison ces deux fléaux, auxquels il aurait pu céder, mais il décide de prendre en main son destin dans un choix définitif : incarner l’amour inconditionnel dans ce lieu si dur, où le racisme, la misère et la haine règnent. Il part à la conquête de la dignité : accorder de la miséricorde pour la violence des gardiens et des autres prisonniers ; poser des actes concrets pour soulager la misère. De petits actes réalisés jour après jour aboutissent à de grands actes qui dessinent sa Tâche.

Le cheminement de Roger
Peu à peu, l’expérience intérieure de Roger en fait un prisonnier à part. Dès le couloir de la mort, il est reconnu par les autres comme une personne d’exception. Sa paix intérieure lui vaut le surnom « The Rock », le rocher. Ses codétenus le respectent et lui demandent conseil quand ils sont en difficulté. Lorsqu’un condamné à mort reçoit sa date d’exécution, il a le droit de demander un dernier échange avec des « proches ». Ainsi, Roger est souvent appelé pour accompagner cette dernière journée. Il sera ainsi « l’ami proche » pour près de cent trente prisonniers. Parfois, les entretiens sont silencieux et passent par le regard, un geste de tendresse, une dernière cigarette. Parfois, ils échangent. Roger doit alors trouver les mots qui consolent et qui réconfortent, suffisamment puissants et justes pour s’adresser à un ami qui mourra à l’aube. Peu à peu, il se met au service des autres condamnés et se questionne sur le sens de sa présence en prison : se pourrait-il qu’il y soit lui-même entré pour pouvoir venir en aide à ses codétenus ?

L’arrivée à Huntsville ; le développement de son aide
En 2016, Roger est transféré dans une prison pour longues peines : la Wynne Unit à Huntsville. Jusque-là isolé dans sa cellule du couloir de la mort, Roger découvre la guerre des gangs et des conditions de vie pires que dans le couloir de la mort. Cela le plonge dans un profond désespoir. Il découvre aussi le très grand dénuement dans lequel vivent certains prisonniers. Dans une correspondance privée, il écrit : « Quand je suis arrivé à Huntsville à l’unité pénitentiaire de Wynne, je n’avais aucune attente – surtout en venant du couloir de la mort – à part faire du mieux que je pouvais dans le respect des gardiens et des prisonniers… J’ai eu des compagnons de cellule qui ne savaient pas se laver ou nettoyer leur cellule, […] qui ne savaient ni lire ni écrire. J’ai eu des compagnons de cellule à qui j’ai dû montrer comment faire la lessive ou se passer de la lotion sur la peau. […] Un jour, j’ai arrêté de me demander comment tout cela était possible et j’ai décidé de me consacrer à tout faire pour changer cet état de fait lorsque je le rencontrerais. »

Redonner de la dignité aux oubliés
Lorsqu’il se trouvait dans le quartier des condamnés à mort, il fêtait son anniversaire en partageant une petite quantité de nourriture avec toutes les personnes de son unité : des détenus blancs, noirs et hispaniques. Sur les conseils de Bernard Montaud, Roger décide dans sa nouvelle prison de se consacrer à aider les prisonniers les plus démunis. Servir ainsi va le rendre libre au-dedans, même s’il est encore enfermé. Cela lui sauve la vie. Depuis, il organise, le dernier vendredi de chaque mois, des repas de partage, appelés spreads (propager), avec l’ensemble des détenus de son bloc. Cette initiative transforme la culture de gang en culture de partage. Au-delà des différences d’appartenance, de foi ou de race, les prisonniers se découvrent, prennent l’habitude de communiquer et développent une entraide jusque-là réservée aux seuls membres de leur gang. Ainsi, en participant à la préparation, à la cuisine, au service de table, tous font comme Roger l’expérience qu’ils peuvent retrouver une importance par le service aux autres. La nouvelle se répand, et rapidement beaucoup de membres de l’unité de Wynne veulent être transférés dans le même bloc que Roger pour y participer. La joie de partager est si contagieuse que les prisonniers eux-mêmes s’engagent pour organiser des spreads dans les autres blocs. S’ils sont transférés ailleurs, ceux qui y ont pris part veulent retransmettre à leur tour ce qu’ils ont reçu. Un an après leur mise en place, grâce aux dons de l’association Les Roses Rouges Sur le Bitume (voir page 48) qui soutient cette action, plus de deux mille prisonniers participent aujourd’hui à ces repas que Roger a renommé les « B-Days » en l’honneur de son ami Bernard.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n°36 pages 31 à 33

PMA : nouvelle loi adoptée en réponse à une inégalité…

PMA : nouvelle loi adoptée
en réponse à une inégalité…

Laurence Maillard

Depuis le début du XIXe siècle, où les premières inséminations artificielles sont réalisées en France, la procréation médicalement assistée (PMA) n’a cessé d’évoluer. En 2018, elle représente 3,4 % de la natalité française. Elle a été jusque-là accessible à des couples rencontrant des problèmes d’infertilité. L’article 1 du texte de bioéthique, qui autorise désormais l’extension de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes ou célibataires, a été voté le 15 octobre 2019 par l’Assemblée nationale et adopté de justesse par le Sénat le 4 février 2020. Son objectif étant de répondre à une « profonde inégalité », le « critère médical d’infertilité est supprimé », soulignait le projet de loi. REFLETS s’interroge : d’autres « inégalités » ne vont-elles pas alors émerger dans le futur ?

Les neuf premiers mois de la vie : l’histoire la plus fascinante des aventures humaines », titre la revue Science & Vie dans un hors-série de 1995, dans lequel, mois par mois, nous découvrons comment nous passons d’œuf à embryon, puis à fœtus pour devenir l’être le plus évolué aujourd’hui sur terre : un être humain . Combien de performances ont dû être réalisées avant nous, dans les règnes précédents, pour que cela soit possible ! Magnifique aventure issue de deux êtres qui se sont donnés l’un à l’autre dans un élan d’amour pour transmettre la vie à leur tour.
Cependant, il arrive que la vie ne réponde pas à nos attentes, que cet élan d’amour ne se concrétise pas. La science trouve alors le moyen de combler ce manque grâce à la procréation médicalement assistée qui va permettre à de nombreux couples, dits stériles, de connaître la joie de donner la vie.

UNE LOI POUR TOUTES LES FEMMES…
Les premières lois de bioéthique de 1994 encadrent ces « pratiques cliniques et biologiques permettant la conception in vitro, le transfert d’embryons et l’insémination artificielle ainsi que toute technique d’effet équivalent permettant la procréation en dehors du processus naturel ». Ces pratiques étaient jusqu’alors réservées aux couples homme/femme, vivants, en âge de procréer, mariés ou pouvant justifier de deux ans de vie commune. La loi évolue en 2004 et 2011 jusqu’à aujourd’hui avec l’élargissement de l’accès à la PMA aux femmes célibataires ou en couple homosexuel. Cela soulève déjà une question : qu’en est-il des hommes, en couple homosexuel ou célibataires, qui souhaiteraient également assumer le rôle de père, hors adoption ? La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, a déclaré que « la gestation pour autrui (GPA) est clairement contraire à nos principes éthiques ». Mais au nom de l’égalité, comme cette nouvelle loi le prouve avec l’accès à la PMA à toutes les femmes, rendre possible la GPA pour les hommes n’est-elle pas probable ? Selon le philosophe Dominique Folscheid, à l’annonce du projet de loi : « La PMA pour toutes les femmes permettrait l’ouverture d’une « brèche » vers l’adoption d’une loi autorisant la GPA pour les couples d’hommes homosexuels […] ne pas étendre la possibilité d’avoir des enfants aux couples d’hommes homosexuels alors que la technique le permet relève d’une discrimination sexiste. »

ÉVOLUTION DU MODÈLE FAMILIAL
Cette nouvelle loi indique que le modèle familial (père, mère, enfants) évolue. Depuis de nombreuses années, il s’est déjà transformé à travers les familles recomposées. Jusqu’à l’entrée à l’école, l’enfant est tourné vers sa maman, sa référence. Puis lors de l’enfance, il apprend les lois de la famille sous l’autorité paternelle. Le papa devient le modèle à suivre. Avec cette loi disparaît officiellement l’autorité paternelle. Quels seront les nouveaux repères de l’enfant ? Sans modèle distinct, sans respect vis-à-vis de la vie en général.

RÉPARATION D’INJUSTICES, JUSQU’OÙ ?
Cette notion de « sacré » conduit à une autre réflexion sur une faille du projet de loi, dont un article avait été retiré avant adoption par le Sénat : il concernait la levée de l’autorisation de garder des ovocytes congelés uniquement pour raisons médicales. Certes, il a été retiré, mais la loi protège-t-elle suffisamment ce qui était interdit jusqu’à présent ? Le rêve de créer la vie à la place de Dieu ne cessera pas, à travers la fabrication de clones, de chimères consistant à mélanger des règnes : humain-animal, humain-végétal. Les sénateurs ont-ils perçu que « fabriquer » la vie, c’est la tuer ? Celle-ci ne peut être qu’inattendue, surprenante, sinon elle est morte d’avance.

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Pour lire l’article en entier, RELETS n° 35 pages 22 à 25

Splendeur du silence et de la grâce dans l’art de soigner

Splendeur du silence et de la grâce
dans l’art de soigner

Dr Daniel Chevassut

Daniel Chevassut, médecin homéopathe spécialisé dans la souffrance au sein des hôpitaux de l’assistance publique de Marseille est aujourd’hui retraité. Son expérience l’a conduit à intervenir dans le cadre du diplôme de soins palliatifs et dans l’enseignement universitaire. Il est pratiquant bouddhiste. Lors de ses nombreux séjours en Inde, il a rencontré différentes médecines traditionnelles, si bien qu’il promeut une médecine éthique et intégrative. Son dernier livre, Lisa, Amour et médecine, l’indispensable union  en témoigne.

Avoir l’opportunité dans sa vie d’exercer la médecine est une chance merveilleuse. C’est quelque chose d’extraordinaire pour peu que l’on en réalise le sens profond. Ce sens, c’est la joie qui s’éveille tant chez le malade que chez le médecin (ou le soignant), lorsque la guérison se manifeste ou lorsque la souffrance disparaît ou s’atténue. Un sens totalement dépourvu de désir d’argent, de pouvoir et de notoriété. Seul compte le bien-être de l’autre, de celui ou de celle qui souffre. La motivation dans l’art de soigner est donc un facteur important de réussite manifestée dans les sourires, lorsque la médecine s’est avérée efficace. Le médecin, comme ses patients, tombera malade, vieillira et sera confronté aux souffrances de l’agonie. Or, lorsqu’il quittera cette terre, ce sont tous ces sourires qui l’accompagneront dans l’épreuve et qui lui procureront de la joie dans les derniers instants. Dans un article de la revue REFLETS 3, j’avais évoqué une expérience proche de la mort qui m’avait conduit à un choix de vie essentiel pour moi : autant de pratique spirituelle que d’activité médicale. En réalité, je n’avais plus le choix. C’est comme si la Vie m’avait dit : « Tu vois, l’existence est comme un film… n’oublie pas qu’il y a l’écran immaculé, vaste, pur, jamais affecté par ce qui se passe dans le film : s’il y a un incendie, l’écran ne brûle pas ; s’il pleut, il ne mouille pas… Relève tes manches et mets-toi vite au travail, va vers l’essentiel. » Et c’est ce que j’ai fait sans aucun regret, mais plutôt avec la conviction croissante qu’il y a bien une Réalité indicible qui nous dépasse, peu importe le nom que nous lui attribuons : Dieu, le Soi, la Claire Lumière, le Grand Esprit, Yahweh, etc. Alors, qu’est-ce que la pratique spirituelle ? Sans prétendre tout savoir ni répondre correctement à cette question, voici le témoignage de mon ressenti sur la question en assumant mes erreurs et mon ignorance.

LA GRÂCE EST L’ÉNERGIE LUMINEUSE QUI VIENT DE L’INDICIBLE RÉALITÉ

Tout d’abord, il est important de se souvenir de la dimension anthropologique de l’être humain. Celui-ci a un corps (corpus/soma), un psychisme (anima/psukhê) et un esprit (spiritus/pneuma) – ou une conscience. Ainsi même une personne athée possède cette graine de l’Indicible, car c’est la physiologie même de l’être humain. Ensuite, libre à nous de la faire croître. Une grande majorité d’êtres humains privilégient la croissance du corps et de l’intellect au détriment du spirituel. Ce qui peut faire croître cette dimension spirituelle, c’est d’abord notre motivation : « Je veux quoi vraiment ? » et un chemin authentique qui a fait ses preuves au fil des siècles, qui s’adapte à l’évolution (ou l’involution ?) des différentes générations, mais qui, dans tous les cas, garde un axe central pur, indestructible et authentique comme un joyau merveilleux. C’est (ou c’était) le sens de la religion, dont le mot vient du latin religare : ce qui nous relie, ce qui relie notre état actuel à cette dimension indicible, ce qui nous unit à Elle. Certains mots, comme « dévotion » paraissent un peu vieillots aujourd’hui. La dévotion, c’est simplement l’amour intense pour cette Réalité qui nous dépasse tout en étant éternellement présente. Elle s’incarne parfois sous une forme humaine pour mieux communiquer avec nous. C’est le rôle du maître spirituel. Il y a aussi la foi, c’est-à-dire la confiance dans l’existence de cette Réalité et dans le chemin que l’on suit pour s’y fondre. Chemin qui implique le sacré, à savoir le sacrifice de l’égocentrisme – sacré et sacrifice ont la même racine. Sur ce chemin, la culture du silence est un facteur essentiel : le silence quand s’estompe le bruit extérieur, le silence lorsqu’on cesse de parler, le silence quand les pensées se calment dans la méditation, et enfin le silence dont la saveur est inexprimable, paradoxalement à la fois vide et plein. Dans l’art de soigner, c’est ce silence qui favorise l’intuition, le miroir dans lequel l’autre se révèle dans sa maladie, sa souffrance et sa complexité. Dans la transparence de soi transparaît la réalité de l’autre. Ce silence permet au médecin, en complément de son savoir scientifique, de ressentir la maladie et de trouver le traitement le plus efficace.

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n °35 pages 31 à 33

Grandir en amour et en liberté

Grandir en amour et en liberté

Frédéric LENOIR

Philosophe, sociologue et historien des religions, Frédéric Lenoir est l’auteur de plus d’une quarantaine d’ouvrages. Nous l’avions rencontré en 2015. Il nous présentait ses projets, constatant son manque d’ancrage dans le concret. Depuis il a créé deux associations, Savoir-Être et Vivre Ensemble et Ensemble pour les Animaux. Nous le retrouvons, encore plus occupé, le jour même de son retour du Népal où il tournait un documentaire. Malgré la fatigue, il est disponible, souriant, enjoué. Cet homme de foi incarne les valeurs qu’il développe dans ses livres. En particulier dans le dernier, La Consolation de l’ange, aux éditions Albin Michel.

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Vous aviez aussi l’idée d’avancer dans l’engagement associatif.
J’ai eu envie de transmettre de plus en plus, d’où l’écriture du livre La Consolation de l’ange et, depuis 2015, j’ai créé deux associations dont une qui s’appelle SEVE (Savoir Être et Vivre Ensemble), dont le but est d’aider des enfants à grandir en humanité, et pas simplement en connaissances. Ce qui manque à l’éducation, c’est la transmission de ce qui permet d’être meilleur en tant qu’être humain. Pour cela, j’ai développé les ateliers SEVE, avec d’abord une pratique de méditation, qui permet à l’enfant d’être plus attentif, plus présent à lui-même et plus à l’écoute des autres. Suit un temps d’échange appelé « les ateliers philo » où une question est lancée, et chaque enfant donne son avis, en s’écoutant mutuellement. L’idée, c’est de les aider à développer leur pensée personnelle, leur esprit critique et l’écoute des autres dans la bienveillance. Le concept existe depuis cinquante ans, je ne l’ai pas inventé. N’ayant pas pu randonner, j’ai fait, pendant un an, le tour du monde des « ateliers philo » et vu ce qui se faisait à l’étranger. J’en ai pratiqué une centaine dans les pays francophones : Canada, Côte d’Ivoire, Suisse, Belgique, etc. J’en ai fait un livre, Philosopher et méditer avec les enfants, sorti en 2016, et qui vient de sortir en poche. L’association SEVE vise à former des enseignants ou des animateurs à mener ces ateliers : 4 000 personnes l’ont été en quatre ans. Aujourd’hui, nous avons dix salariés. Grâce à l’agrément du ministère de l’Éducation nationale, nous allons faire des ateliers de philosophie dans les écoles, surtout publiques, en priorité dans le primaire, pour les six à onze ans. Des enseignants du secondaire suivent aussi la formation SEVE en vue de les pratiquer au collège ou au lycée dans le cadre des cours d’instruction morale et civique. Plus de 200 000 enfants en ont bénéficié. Ils adorent ça.

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Le sens de la vie se résume-t-il aux trois conquêtes que vous citez souvent : de la peur à l’amour, de l’ignorance à la connaissance et de l’inconscience à la conscience ?
C’est mon expérience de vie. Les trois conquêtes ont été d’apprendre de plus en plus. Au fond, cela résume deux quêtes, celle de la liberté et celle de l’amour, qui sont les deux plus grandes valeurs humaines pour moi. Elles s’épaulent mutuellement : plus on est libre, plus on aime, et plus on aime, plus on est libre. On est capable de quitter son ego, d’être en communion avec la vie, avec les êtres. Alors que, limité dans sa liberté, esclave de ses passions, de ses addictions, il est difficile d’aimer vraiment. J’essaie d’incarner concrètement cette croissance de l’amour à travers mes engagements citoyens, pour que cela ne reste pas seulement des idées.

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Comment voyez-vous les temps qui viennent, du point de vue sociologique, spirituel et chrétien ?
De moins en moins de gens entrent dans la formulation dogmatique d’une religion quelle qu’elle soit. Ils font le tri, prennent les choses auxquelles ils adhèrent et rejettent le reste. Ils vont parfois à la messe sans suivre la morale prônée par l’Église. La norme n’est plus la tradition, c’est l’individu qui va chercher dans la tradition ce qui l’intéresse et qui rejette ce qui ne l’intéresse pas. À l’échelle de l’histoire de l’humanité, c’est une révolution : l’individu devient plus important que la tradition. Les institutions, n’ayant plus de pouvoir sur les individus, explosent, et je dirais tant mieux. D’un point de vue spirituel, c’est une très bonne chose, car, me semble-t-il, une religion qui contrôle les gens joue un rôle politique. La spiritualité, ce n’est pas contrôler les individus, c’est leur permettre d’être autonomes et de s’émanciper. Je pense que l’infantilisation des individus par les institutions religieuses est une époque révolue. Mais certains individus ont besoin d’être infantilisés. Psychologiquement, ils sont en insécurité et cherchent des gourous et des religions pour leur dire la vérité : où est l’erreur, où est le salut, où est la perdition. Tant que des gens auront ces besoins-là, les religions telles qu’on les a connues continueront d’exister. Il y aura toujours des institutions pour les gens qui ont besoin d’être rassurés. Et les autres seront soit dans l’indifférence religieuse, soit dans une spiritualité plus personnelle.

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Qu’est-ce qui donne du sens à la vie ?
Pour moi, c’est grandir en humanité, s’améliorer comme être humain. Le plus important pour y parvenir, c’est de grandir en amour et en liberté, les deux grandes valeurs qui, selon moi, donnent du sens à notre vie. Aujourd’hui, ce qui donne du sens à la mienne, c’est d’incarner ces valeurs : d’abord à travers les livres que j’écris pour aider les gens à mieux se connaître, donc à être plus libres et peut-être à aimer un peu plus, et à travers mes engagements associatifs qui me donnent le sentiment d’être utile aux autres.

Savoir Être et Vivre Ensemble (SEVE) : asso.seve.org
Ensemble pour les animaux : www.ensemblepourlesanimaux.org

Pour lire l’article en entier REFLETS n°35 pages 62 à 67

Qu’est-ce que la vérité ?

Qu’est-ce que la vérité ?

Christian Roesch

Les informations, quelle que soit leur forme, reflètent le « spectacle » du monde. Comme une pièce de théâtre où se passerait constamment un rebondissement. Plus les évènements sont graves, plus l’émotion est excitée. La vie quotidienne nous fournit son lot de petits problèmes, d’agacements, de contrariétés. Mais pas de quoi en faire un plat : juste ce qu’il faut pour penser du mal de soi et des autres. Tout en restant inaperçus, car contrebalancés par quelques instants de bonheur nous évitant d’aller creuser.
Les informations médiatiques sont une caisse de résonnance amplifiant ce mécanisme. Le monde va mal ; il y a des malheurs partout, la terre est pourrie ! Mais il y a des évènements heureux, de belles personnes. Et nous voyons parfois des paysages époustouflants donnant espoir pour la planète.
L’ambiance d’informations permanentes, dans laquelle nous sommes baignés (journaux, radio, télé et surtout écrans numériques), met notre système nerveux à rude épreuve. Il est à la fois excité et miné. Excité au point d’en devenir addict, car les évènements du monde nous donnent par procuration le sentiment de vivre intensément. Miné, car ils atteignent notre moral et insidieusement altèrent notre être.
Quelques jours plus tôt, une voisine me dit avoir acheté Gala à cause de Meghan et Harry. Elle ajoute, les yeux embrumés, qu’elle se fait du souci pour Harry : il a quitté la famille royale, sa famille ; il s’est lancé dans une vie affairée, poussé par sa femme. Il risque de se faire avoir. Sous-entendu : je ne sais pas comment ça va finir, mais je m’en doute. Devant mes sourcils relevés de surprise pour cette inquiétude qui l’envahissait, elle se tait et se renferme sur elle-même. Je sens sa déception de ne pas partager son émoi.
Mais quel est ce mécanisme qui rend si important des étrangers sans lien de parenté, sans lien historique ni géographique, au point de rompre un instant de connivence entre voisins ?

Pourquoi souffre-t-elle pour Harry ?
Je réalise qu’elle est divorcée. Elle a peur que Harry se fasse avoir par Meghan, comme elle-même s’est fait avoir par son ex-mari. Souffrir pour Harry lui masque sa propre douleur, encore si présente. Elle vit par procuration en étant procureur et juré invité au tribunal : dans cet instant, elle ignore sa propre souffrance. Elle accuse Meghan comme elle accuse son ex. Elle la juge, faisant de Harry une pauvre victime, comme elle pense l’être elle-même. En fin de compte – de procès, pourrions-nous dire – elle condamne Meghan. La sentence n’est pas exprimée à haute voix, l’instant n’y étant pas favorable, mais dans sa tête, cela doit ressembler à : « Quelle salope ! »

Ainsi, le mécanisme émotionnel est identifié :
– une victime, à plaindre, à réhabiliter ;
– un bourreau, à accuser, à juger, à condamner.
Cette voisine ne peut pas entendre d’autres points de vue possibles, comme celui, d’ailleurs tout aussi faux, que Meghan est victime et Harry, bourreau. Elle ne peut davantage entendre que ni Harry ni Meghan ne sont des victimes. Ils sont, autant l’un que l’autre, responsables de leur couple, et chacun de sa souffrance. Peut-être du bout de l’oreille ? L’entendre vraiment nécessiterait qu’elle aperçoive le miroir renvoyé par le couple mis à l’écart de la famille, qu’elle voie sa responsabilité dans la séparation avec son mari. Elle pense qu’elle s’est fait avoir. Mais est-ce la réalité ?
Prenons du recul sur cet exemple :
− notons l’attirance pour les médias qui nous parlent des bonheurs (mariage royal en grande pompe) et des malheurs du monde (exil au Canada) ;
− ainsi nous projetons-nous dans les évènements, sans nous rendre compte que ceux qui nous émeuvent sont ceux qui nous mettent en lien avec notre histoire. Toujours, il y a une victime et un bourreau, même quand celui-ci n’est pas identifié ;
− cette façon de voir, spontanée, est un mensonge. Les relents de notre histoire faussent notre perception. La dualité bourreau-victime est une illusion ;
− la vérité, c’est-à-dire la compréhension de l’évènement sans jugement, n’est accessible que par la compréhension de sa propre histoire ;
− aucune technique journalistique ne peut permettre d’accéder à la vérité comme le fait la connaissance de soi ;
− seulement la miséricorde sur sa propre histoire procure la miséricorde sur les évènements du monde. La connaissance, la compréhension consolatrice nous réconcilient avec nos soi-disant bourreaux. Nous passons du besoin de séparation au besoin d’union ;
− la vérité de notre histoire, par un travail intense sur soi, est une vérité relative. Notre imperfection humaine est définitive !
− il n’y a pas de vérité avec un grand V. Où est la cause des causes ?

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Pour lire l’article en entier, REFLETS n °35 pages 49 à 50

Caracol : l’habitat multiculturel

Caracol : l’habitat multiculturel

Marie-Dominique Mutarelli

Caracol, en espagnol, signifie « escargot », un symbole de l’habitat souple et autonome.
Caracol est aussi une association sans but lucratif qui tente d’offrir des solutions à des adversités du quotidien devenues habituelles : pour les uns, des difficultés d’accès à un logement décent, tandis que dans des villes au marché locatif tendu, de nombreux logements demeurent vacants en raison des contraintes et désagréments auxquels sont confrontés les propriétaires. L’association Caracol réunit les intérêts de tous ces acteurs dans le cadre d’occupations temporaires à but d’habitat, associant au sein de ses colocations de nouveaux arrivants – dont le statut de réfugié est souvent synonyme de galère pour obtenir un logement – et des habitants de la ville installés de longue date. Seule condition : avoir envie de vivre autrement, de cohabiter avec des personnes aux cultures et parcours différents. Un bâtiment vide devient alors un catalyseur de projets communs. L’association se place comme un intermédiaire entre des futurs résidents de toutes cultures, des propriétaires de lieux vides variés et les acteurs publics de la politique de la ville.

Une solution gagnant-gagnant

La vocation de cette association est de donner à un bien immobilier vacant, avant changement d’utilisation ou démolition, un usage nouveau par la création d’une colocation mixte et solidaire entre personnes réfugiées et françaises. Elle propose aux propriétaires des solutions sur mesure qui s’adaptent aux besoins du lieu, occupation temporaire avant préfiguration ou gestion intercalaire, installation pérenne d’une colocation ou conseil pour changement d’usage du tertiaire à l’habitat.
La gestion d’un bien vide représente un coût important : gardiennage, entretien, risques de squat, avec le temps passé à la prise en compte de ces problématiques. L’association propose donc aux propriétaires d’assurer l’entretien et la gestion de leur bien, plutôt que d’avoir à en assumer les frais d’entretien, de gardiennage et sécurité, les assurances, taxes et impôts… Le bien est géré, entretenu, transformé et remis au propriétaire en temps voulu et aux conditions prévues par la convention établie préalablement.
Les raisons sont nombreuses de faire occuper son logement et de lui trouver un nouvel emploi pour un temps fixé à l’avance : l’occupation temporaire par des personnes dont c’est la résidence principale reste la solution de gardiennage la plus économique ; le bâti est entretenu et préservé et les coûts de maintenance/ entretien sont rationalisés. Si c’est nécessaire, Caracol prend en charge les travaux de remise aux normes des bâtiments afin de fournir un lieu de vie décent aux résidents (isolation, électricité, chauffage…). Les résidents s’acquittent quant à eux d’un certain nombre d’obligations, dont celle de maintenir en état ou de chauffer le bâtiment. Autre avantage : les propriétaires peuvent faire défiscaliser la mise à disposition de leur bien immobilier vacant à hauteur de 66 % des loyers qu’ils auraient perçus dans le marché privé.

Un environnement social préservé

L’existence d’un bâtiment vide donne une image dégradée du quartier. L’occupation temporaire du lieu par un collectif permet d’insuffler un nouveau dynamisme, et pour le ou la propriétaire, de redonner à sa propriété de la valeur avant une éventuelle revente ou un changement d’usage.
Le succès des espaces de vie ainsi proposés réside dans les efforts des responsables à développer le sentiment de « communauté ». Car scientifiquement, il est prouvé que des solutions adoptées collectivement sont plus efficaces et inventives que celles prises individuellement. Dans ce concept d’habitat temporaire, une intégration efficace dans le quartier est également recherchée grâce à la convivialité et à l’entraide.

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Pour lire l’article en entier REFLETS n°35 pages 17 à 19