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ACTU migrants Aquarius : bloqué à quai, Maxime Mocquant

ACTU migrants
Aquarius : bloqué à quai

Maxime Mocquant

L’Aquarius ne peut plus battre pavillon panaméen. En un mois, Gibraltar puis Panama l’on retiré de leurs registres, suite à la pression du gouvernement italien de Matteo Salvini. Aujourd’hui, ce bateau, bloqué au port de Marseille, ne peut aller à la rencontre des migrants qui quittent les côtes libyennes pour rejoindre l’Europe. L’ONG française SOS Méditerranée lance un appel au secours, car l’Aquarius était le seul bateau qui sillonnait encore la Méditerranée. Pour certains, les passeurs mettaient à l’eau des embarcations de fortune, instables, présentant de gros risques pour les dizaines de migrants à bord. Les secourir revient à dire que l’ONG est complice des passeurs. Pour les autres, c’est apporter secours à ces migrants qui, quoi qu’il arrive, tenteront la traversée. Le gouvernement italien, qui se fait l’écho de sa population, se sent trahi par les autres États européens qui avaient promis d’apporter de l’aide pour une meilleure répartition des populations migrantes. Devant les tergiversations des uns et des autres et le non-respect des engagements, le gouvernement italien, élu démocratiquement, a mis en place la politique qu’il avait annoncée. Et si les migrants décident de s’aventurer sur les eaux avec des bateaux ne présentant aucune sécurité, c’est à leurs risques et périls. Mais quand on n’a plus rien à perdre !
Contrairement à certaines idées reçues, seulement 3 % de la population mondiale sont considérés comme migrants, et cette proportion est restée stable au cours des cinquante dernières années. Parmi eux, 37 % ont migré d’un pays en développement vers un pays développé. En revanche, 7 % sont des réfugiés dont la plupart s’installent à proximité de leur pays d’origine. C’est le cas des réfugiés syriens au Liban. En 2010, cinquante millions de personnes étaient des réfugiés environnementaux. Le Haut Commissariat des Nations unies estime que ce chiffre dépassera les deux cents millions en 2050. La vraie crise migratoire est donc devant nous.
Alors si les Occidentaux ne veulent pas voir arriver des vagues incessantes de migrants dans leurs villes et campagnes, s’ils ne souhaitent pas partager ce qu’ils ont gagné par leur travail, ils devront construire des murs pour se protéger des envahisseurs, et les empêcher d’accoster sur leurs côtes. Le repli sur soi est-il une solution ? Le rejet de l’autre attise la haine, d’un côté comme de l’autre. Cette haine se transforme en guerre sous toutes ses formes, et comme le rapport de force est inégal, les armes utilisées sont de moins en moins conventionnelles. Pendant les six premiers mois de l’année 2018, on compte plus de mille morts en Méditerranée : malgré une diminution constatée du nombre de migrants, le taux de mortalité ne cesse de progresser.
Dans une tribune du journal Libération, Bertrand BADIE, professeur des universités à l’Institut d’étude politique de Paris, titrait : « Le migrant est l’avenir du monde ». Provocation ? Peut-être. Pourtant, si nous regardons notre civilisation, nous sommes bien obligés de constater son usure. Plus personne ne peut encore croire que la consommation superflue apporte la joie de vivre. Nos valeurs fondées sur la croissance infinie et la technologie sont périmées. Nous n’avons plus qu’à défendre nos acquis. Les migrants ont tout quitté pour sur-vivre. Ils sont des SUR-vivants. Les accepter, c’est renouveler nos critères de vie et remplacer la consommation excessive par le partage et la solidarité. De nouveaux codes apparaîtront : réussir, c’est aider, au lieu de : réussir, c’est consommer. Être vivant, c’est être solidaire, au lieu de : j’ai, donc je suis.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 20 à 21

Confidence d’artiste Davina DELOR

Confidence d’artiste
Davina DELOR :

la vie est comme le trajet d’un funambule

Christian Geniller

Nous nous sommes rendus à la rencontre de Davina Delor dans sa ferme du Poitou à Haims près de Montmorillon qu’elle a transformée depuis dix ans en monastère bouddhiste, Chökhor Ling, au service de l’humain. Désormais du nom de Davina Gelek Drölkar depuis ses ordinations en 2007 et 2012 dans l’ordre des Gelugpa au Tibet, elle poursuit son chemin spirituel tout en donnant des cours de yoga « corps-esprit ». Un monde où elle a baigné dès l’enfance avec sa mère, son premier modèle de vie spirituelle. Animatrice de la célèbre émission Gym Tonic en compagnie de Véronique de Villèle de 1980 à 1987, épisode heureux de sa vie sans qu’elle soit pour autant tombée en pamoison devant l’univers « des paillettes », elle accomplira une vie professionnelle très riche d’expériences.

Qu’est-ce que la foi pour vous ?
Je crois en un ensemble, support de tout ce qui est extrait de cet ensemble, pur et parfait. C’est une école, un apprentissage, des choses qui dépassent aussi mon entendement. Je me relie sans cesse à ce tout et je sais qu’il y a des moyens d’agir sur nos faiblesses, défauts et incapacités. J’ai appris à les regarder, les rencontrer, les accepter et les aimer.

J’ai toujours trouvé le sens de ma vie dans le spirituel

Et aussi oser les montrer, ne pas se cacher derrière une façade même si je sais que sans l’attention à moi-même, je peux réagir dans la colère. Se montrer tel que l’on est donne une force d’acceptation dans le partage humain. Mes faiblesses à découvert se dissolvent sinon elles restent en moi. La seule chose sur laquelle l’humanité peut se fier, c’est cette confiance en l’absolu qui est beau et pur. La foi, oui, mais encore faut-il percevoir quelque chose qui nous rattache à elle ! Les maîtres qui ont jalonné ma vie sont dans différents courants fondateurs : le bouddhisme et la chrétienté. Je ne me suis jamais demandé quel était le sens de ma vie, je l’ai toujours trouvé dans le spirituel.

Dès l’enfance ?
Oui. Et dans l’émerveillement. Je partageais avec ma mère le yoga, la prière, tout en les vivant comme une enfant. J’ai eu une foi qui, très rapidement, m’a emmenée vers la vie spirituelle et a aidé l’adolescente que j’étais à accepter le suicide de mon père et, plus tard, le décès de mon fils. Je n’ai été touchée que temporairement. J’ai connu la pauvreté avec ma mère mais je n’ai pas baissé les bras. La vie spirituelle m’a donné un ancrage, une relation à autre chose qu’aux apparences et aux faits qui reviennent dans une vie.

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Donc selon vous, le monde actuel a besoin du spirituel ?
Oui, mais pour moi c’est une spiritualité non religieuse qui est nécessaire. Les religions doivent comprendre qu’il n’y a pas qu’un système religieux, c’est grotesque. Il y a une matrice spirituelle où tous les chemins mènent. Dans cent ans, tout sera ouvert.

La mission de l’homme est de s’accomplir

Je crois que l’incarnation, avec cette croyance des vies successives, est une évidence, sinon quel sens aurait la vie ? Toutes les expériences vécues qui se présentent laissent le choix à l’homme, ce que n’ont pas les autres espèces. C’est une grâce. Cela détermine notre liberté d’exercer notre capacité à évoluer. Peu importe que nous nous trompions, nous recommencerons. Je me réfère souvent à saint François d’Assise qui parle de souffrance, moi je dis qu’il faut aussi trouver cette joie en nous. La mission de l’homme est de s’accomplir et d’être heureux, c’est un moyen.

Comment trouver cette plénitude ?
Le chemin spirituel est une voie merveilleuse. Le plus important n’est pas la souffrance, c’est être dans un état de reconnaissance qui crée le bonheur en soi. Ma devise est : « Dans le monde, en dehors du monde ». En dehors du monde pour ce que j’ai choisi d’être, c’est-à- dire me relier, prier. Même si nous avons nos vœux de renoncement, la vie que je mène n’est pas pour moi une vie de renoncement ! Sans mot le matin au lever, il me vient un grand merci, une gratitude d’être là.

L’essentiel est que les gens trouvent leur réponse par eux-mêmes

Et je crois en la force de rencontre avec l’autre, le partage humain reposant sur les bases de l’amour humain. Réunis, si ça vient du coeur, c’est une union sacrée que toute la terre et la nature ressentent. Et comme un effet papillon, ce partage résonne dans l’univers, amenant une infime parcelle bénéfique dans le monde. Alors que les petites colères nourrissent leurs racines et la mémoire de guerre qui s’accumule. Autant ressasser de l’émerveillement ! La méditation et la prière permettent cet état d’être constant qui n’est pas dans l’obsession des formules, un état de relais avec l’autre, plus grand que soi. Un état de relais supérieur, une conscience à soi-même et à l’autre, l’espace sacré que nous portons tous en nous mais que nous ne reconnaissons pas.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 74 à 79

N’attendez pas le bonheur ! Jacques Castermane

N’attendez pas le bonheur !
Jacques Castermane

Qu’est-ce que le bonheur ?
Si je savais ce qu’est le bonheur je pourrais peut-être répondre à cette question. Pratiquant l’exercice appelé zazen depuis un demi-siècle, il m’arrive au cours de l’exercice comme dans la vie de tous les jours, de faire l’expérience de ces moments privilégiés au cours desquels la question « qu’est-ce que le bonheur ? » ne se pose pas. Parce que l’eau étant dans l’eau, la question « qu’est-ce qu’être dans l’eau ? » n’a aucun sens.

C’est l’expérience du contraire qui souligne la valeur du bonheur

Mais ces moments de plénitude, cette impression d’être tout simplement en ordre intérieurement, cette impression d’être au centre de tout et détaché de tout… ne dure pas. C’est même l’expérience du contraire qui en souligne la valeur. Il s’agit donc, si c’est cela le bonheur, d’un état d’être relatif.
En même temps, au cours de la pratique de zazen, un niveau d’être sous-jacent à celui de l’ego (l’ego qui aime et qui n’aime pas, qui veut et ne veut pas, qui désire et refuse, etc.) se présente : — Je suis — dans sa réalité la plus nue. Quand dites-vous « je suis » ? Le sujet de l’acte d’être est le plus souvent encombré d’un ajout : je suis médecin, je suis banquier, je suis maître d’école, je suis malade, je suis divorcé, je suis triste, je suis en retard, je suis pressé… « Je suis ce que je pense que je suis » ne peut pas connaître le bonheur de fond qui participe à cette réalité première, fondamentale : — Je Suis —. « Je suis, donc, je inspire en ce moment ; je suis, donc, je expire en ce moment » !
« Je inspire, donc, je suis en ce moment ; je expire, donc, je suis en ce moment » ! Afin de vérifier si cette expérience physique, phénoménologique, sensorielle est la source de ce qu’il m’arrive de considérer comme étant le bonheur, je vous invite à arrêter de respirer. Adieu, cher ami, et vive le bonheur éternel !

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Est-ce le plus important dans l’existence ?
À chacun de décider ce qui lui semble être le plus important pour le temps de son existence jusqu’à ce que la question ne se pose plus.

Par quel moyen y parvenir ou parvenir au plus important ?
Le moyen qu’il vous faudra choisir vous-même. Par exemple, se prendre en main, comme tout artiste et tout artisan prend quotidiennement dans ses mains l’œuvre non encore achevée. Il s’agit ici de l’œuvre non encore achevée que chacun est. En Orient, en Extrême-Orient, cela s’appelle se mettre en Chemin. Non pas un chemin à suivre selon des idées, des croyances, des savoirs. Il s’agit d’un chemin à tracer, soi-même, en reprenant quotidiennement un exercice — toujours le même — sous l’œil bienveillant, et donc sévère, d’un maître de l’art, un maître de l’exercice.
Le chemin est l’exercice ! L’exercice est le chemin !

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 58 à 59

L’âme humaine, notre château intérieur Jeanne Larghero

L’âme humaine,
notre château intérieur

Jeanne Larghero

 

Qu’est-ce que le bonheur ?
C’est ce que nous recherchons tous : mener une vie que l’on aime, aimer la vie qui est la nôtre, se sentir à notre place là où nous sommes et porter du fruit.

Nos joies les plus profondes ne viennent pas de la somme
de nos réussites sociales et matérielles

Est-ce le plus important dans l’existence ?
La joie de vivre est le signe que nos aspirations les plus profondes sont comblées : être reconnu et aimé sans condition, réaliser une œuvre qui ait du sens, trouver et donner le meilleur de soi-même. Pourquoi est-ce si important ? Parce que cet accomplissement est contagieux : ceux qui disposent en eux-mêmes d’une source vive de joie et de rayonnement la diffusent de proche en proche, comme une lumière qui éclaire et réchauffe. Ils font du bien à ceux qui les rencontrent.

Par quel moyen y parvenir ou parvenir à ce qui vous paraît le plus important ?
Chacun de nous est absolument unique, voilà pourquoi la recette pré-écrite du bonheur n’existe pas. De plus, méfions-nous des méthodes prêtes à consommer : l’injonction à l’épanouissement personnel, la course à la réussite, la recherche acharnée de la réalisation individuelle produisent généralement les effets inverses. Stress, illusion d’une surpuissance face aux aléas de la vie, frustration devant les échecs éventuels sont bien souvent au rendez-vous.
La question n’est donc pas de se centrer exclusivement sur soi-même en se demandant : « Comment assurer mon confort de vie, ma tranquillité intérieure ? Comment atteindre mes objectifs et réussir tout ce que j’entreprends ? ». Parce que nos joies les plus profondes ne viennent pas de la somme de nos réussites sociales et matérielles, ni de l’addition de nos moments de plaisir ou de bien-être individuel…

Au service de quoi, de qui,
suis-je désireux de mettre mes réussites ?

Il s’agit donc de se poser tout d’abord la bonne et essentielle question : au service de quoi, de qui, suis-je désireux de mettre mes réussites ? Au service de quelle aventure humaine saurai-je mettre mon envie de réussir ? Ceux qui se sont posé cette question et qui ont répondu à cet appel ont su faire de leurs projets et de leurs aspirations individuelles une grande aventure humaine. Ils ont aussi su faire de leurs échecs des lieux de croissance.
Cette vision dynamique suppose d’avoir soi-même une profondeur personnelle. Tous ceux que nous admirons parce que nous les sentons à leur place, à l’aise, parce que nous percevons la chaleur de leur présence, parce que nous ressentons la vie qu’ils mettent autour d’eux, parce qu’ils vont vers nous et nous accueillent sans crainte ni réticence ont un secret : ils ont le temps, celui de nourrir leur vie intérieure, de faire le tour de ce château intérieur qu’est l’âme humaine. On y trouve, dans les pièces proches comme dans les plus lointaines, les images et événements de la journée écoulée : ce que nous avons fait, les visages de ceux que nous avons rencontrés, les émotions qui nous ont traversés. Ce voyage intérieur, moment de relecture, est le lieu où peuvent s’exprimer en premier les « merci », les « bravo », les « pardon » que nous aurons à accorder à nous-même et aux autres. Ce retour sur soi est très paradoxalement la condition d’un sain décentrement de soi-même…

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 65 à 66

Le bonheur, c’est avec les autres Matthieu Ricard

Le bonheur, c’est avec les autres
Matthieu Ricard

Qu’est-ce que le bonheur ?
Le bonheur conçu comme une manière d’être — et non pas comme une succession incessante de sensations plaisantes, ce qui est plutôt une recette menant à l’épuisement — résulte d’un ensemble de qualités humaines fondamentales amenées à leur point optimal : la bienveillance, la force et la liberté intérieures, l’équilibre émotionnel, la sérénité, l’humilité, la cohérence éthique et bien d’autres encore. Chacune de ces qualités est une aptitude que l’on peut développer au travers d’un entraînement de l’esprit.
Nous avons affaire à notre propre esprit du matin au soir. Il peut être notre meilleur ami comme notre pire ennemi. Nous devons faire tout notre possible pour améliorer le monde extérieur — bien sûr remédier à la pauvreté, aux inégalités et aux conflits, etc. — mais nous pouvons aussi agir pleinement sur notre état d’esprit et atteindre ainsi les ressources intérieures nous permettant d’appréhender les vicissitudes de la vie.

Le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion,
mais le bonheur repose sur la vérité

Dans le bouddhisme, le terme sanskrit sukha désigne un état de bienêtre qui naît d’un esprit exceptionnellement sain et serein. C’est une qualité qui sous-tend et imprègne chaque expérience, chaque comportement, qui embrasse toutes les joies et toutes les peines. Le bonheur, c’est aussi un état de plénitude durable qui va de concert avec la sagesse et se manifeste quand on s’est libéré de l’aveuglement mental et des émotions conflictuelles. Cette sagesse permet de percevoir le monde sans voiles ni distorsions. On retrouve bien sûr cette approche parmi les penseurs occidentaux. Selon Chamfort, par exemple, « le plaisir peut s’appuyer sur l’illusion, mais le bonheur repose sur la vérité ». Stendhal, quant à lui, écrivait : « Tout malheur ne vient que d’erreur et tout bonheur nous est procuré par la vérité. » La connaissance de la vérité est donc une composante fondamentale du bonheur véritable. Être en adéquation avec la vérité n’est-elle pas l’une des qualités premières de la sagesse ?

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Le bonheur est-il le plus important dans l’existence ?
Personne ne se réveille le matin en souhaitant : « Puissé-je souffrir toute la journée et, si possible, toute ma vie ! » Adroitement ou maladroitement, nous aspirons tous à « mieux être », que ce soit par le travail ou l’oisiveté, par les passions ou le calme, par l’aventure ou le train-train quotidien. Pour Aristote, le bonheur « est le seul but que nous choisissions toujours pour lui-même et jamais pour une autre fin ». Quelle que soit notre manière de le rechercher, et qu’il s’appelle joie de vivre ou devoir, passion ou contentement, le bonheur conçu comme l’accomplissement de nos aspirations les plus chères n’est-il pas le but de tous les buts ? Encore faut-il chercher le bonheur là où il se trouve et ne pas lui tourner le dos. D’où, de nouveau, l’importance du discernement entre ce qu’il convient d’accomplir et d’éviter, de la sagesse qui appréhende la réalité telle qu’elle est.
Ceci dit, le bonheur n’existe pas comme une entité séparée du reste de notre expérience.

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Par quel moyen parvenir au bonheur ou à ce qui vous paraît le plus important dans l’existence ?
Notre vie entière est intimement liée à un très grand nombre d’êtres et notre bonheur passe nécessairement par celui des autres. Vouloir construire notre bonheur sur la souffrance d’autrui est non seulement amoral, mais irréaliste. En effet, tout changement important qui se produit quelque part dans le monde a des répercussions sur chacun d’entre nous. Nous devons donc nous sentir concernés dans nos pensées et nos actes par le bien-être de tous les êtres. D’où l’importance essentielle de la notion de non-violence entre les hommes, non-violence à l’égard des animaux et non-violence encore à l’égard de l’environnement.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 46 à 50

OGM et pesticides : un combat pour une vie meilleure

OGM et pesticides :
un combat pour une vie meilleure
Rencontre avec Gilles-Éric SÉRALINI

Gilles-Éric Séralini est un spécialiste des pesticides et OGM. Professeur et chercheur à l’université de Caen, il est mondialement connu comme expert indépendant. Ce qui lui vaut beaucoup d’adversité. Il a reçu en 2015 le prix international du lanceur d’alerte et en 2016, le prix Théo Colborn pour la santé environnementale aux États-Unis. Il nous reçoit dans sa maison entourée de prés cultivés naturellement, dans un joyeux pépiement d’oiseaux, de meuglements de vaches bien nourries et de hennissements de chevaux musclés pour la course. Vu son activité, nous nous attendions à rencontrer quelqu’un de « surbooké ». Au contraire, nous avons l’heureuse surprise de découvrir un homme qui prend son temps, le déguste comme il déguste la bonne cuisine (bio) et le bon vin (bio). Nous ignorions qu’il était aussi poète, publié depuis longtemps. Il a dirigé la collection « Art Évident » aux éditions Regain. Un de ses titres : Il n’est source que bonheur, éd. Louis Riel, reflète vraiment le personnage dont la modestie cache l’incroyable compétence sur tant de sujets liés à la santé.

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Un des problèmes importants, finalement, n’est-il pas celui des experts ?
C’est le cœur. J’ai bien décortiqué le système pour avoir vécu avec eux. Depuis la guerre, les États se sont trouvés complètement appauvris suite à la privatisation brutale de leurs richesses vers les entreprises de pétrochimie, de métallurgie, de logistique d’armement, nées à la fin du XIXe siècle et devenues les plus riches du monde. Il s’agissait pour elles de continuer à commercialiser les produits toxiques inventés pour la guerre, en les recyclant ailleurs. Les explosifs sont devenus des engrais agricoles : les nitrates. Les produits utilisés dans les camps de concentration, comme le zyklon-B ainsi que d’autres gaz de combat se sont transformés en pesticides. Cela a conduit à une conception de la toxicité pour ne cultiver que des plantes. Mais comment ne pas penser qu’à long terme, cela n’allait pas aussi intoxiquer les gens qui mangeraient ces plantes ? Les États, n’ayant plus d’argent, ont demandé aux entreprises de faire les tests d’usage. Ils ont accepté à la condition de garder les résultats confidentiels pour que la concurrence ne s’en serve pas à leur profit. Par conséquent, la confidentialité sur la méthode de fabrication de produits et sur les tests qui ont servi à les mettre sur le marché ne permet pas d’en vérifier la teneur. Il n’y a pas de tests effectués sur les humains concernant les OGM, et dans 100 % des cas, ce sont des plantes à pesticides. À la différence des médicaments, il n’y a pas de tests cliniques. Autrement dit, comment voulez-vous vérifier ?

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On sait aujourd’hui que ces multinationales ont imbibé le milieu scientifique, ce qui explique le manque de transparence, la compromission parfois, mais en tout cas la solidarité de la plupart des experts qui sont puisés dans le même panier. Toutes ces multinationales proposent aux experts d’être project killer – grassement payé – qui consiste à critiquer en interne les projets des grandes compagnies au niveau scientifique, par exemple quand il s’agira de choisir le prochain OGM. Ils signent un contrat avec des clauses de confidentialité pour s’assurer que rien des projets étudiés ne sera dévoilé. Donc, aucune information dans la presse sinon pour dire qu’ils sont bons. Ces experts sont issus des agences réglementaires et des universités. Personnellement, je n’ai pas voulu signer ce contrat, car je me sentais bâillonné, et surtout, je veux m’endormir paisiblement à ma dernière heure.

Quelle solution voyez-vous à ce problème des experts ?
Il y a trente mille variétés comestibles connues, mais quatre qui représentent 60 % de l’énergie alimentaire mondiale : le soja, le maïs, le blé et le riz. Le soja OGM est modifié pour absorber le principal pesticide du monde, le Roundup. Cela facilite les cultures intensives. Tout le monde croit depuis plus de vingt ans que les OGM vont réduire les pesticides, si on ne dit pas qu’ils sont écologiques, grâce à la première plante du monde qui sert à absorber le principal pesticide du monde !! Le système fonctionne ainsi en se nourrissant d’experts qui sont en majorité acquis aux multinationales. Il n’y a qu’une solution pour en sortir, c’est d’apporter des expertises contradictoires en exigeant la transparence sur les tests. Il faut que ce soit la population qui le demande parce qu’il n’y a aucun ministre qui en a la force. Nous sommes allés voir Nicolas Hulot pour lui dire qu’il y avait de l’arsenic dans le Roundup. Il est d’accord, mais démissionne ensuite parce qu’il ne peut rien faire. Emmanuel Macron avec Angela Merkel ont aidé Bayer à racheter Monsanto. Si on se plaint que Monsanto est responsable de morts ou de cancers comme cela s’est passé l’été dernier aux États- Unis avec Dewayne Johnson, atteint d’un cancer dû au Roundup, eh bien, Monsanto paie 289 millions de dollars, et encore, cela est en négociation. Ce n’est rien. Mais Bayer qui dévisse de plusieurs milliards, voire 10 milliards, c’est plus grave, car 50 à 60 milliards ont été prêtés sur les impôts des Européens.

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De belles choses se développent déjà aujourd’hui mais elles sont encore si discrètes…
Imaginez la petite pousse au printemps qui se sent si petite face à un arbre. Peut-être qu’elle va devenir plus grande. Tous les flots importants n’étaient rien au départ. Mais on ne maîtrise ni le temps, ni laquelle de ces gouttes deviendra un flot irrésistible, ni quand, ni comment. La vie est la plus forte, elle est programmée pour ça.

Qu’est-ce qui vous motive profondément dans ce combat que vous menez ?
Je vis les choses dans ma chair. Oui, c’est un combat à risques, mais j’ai un critère : je me demande si je m’endormirai mieux à ma dernière heure, et du coup, je m’endors mieux tous les soirs. Si ce que je fais peut aider un seul enfant sur terre sans détruire la vie des autres, je n’hésite plus.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 26 à 32

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