Tous les articles par Anita

Se reconnecter avec la Terre

 

Dominique Bourg est philosophe, professeur à la faculté des Géosciences et de l’Environnement de l’université de Lausanne. Il a également été président du conseil scientifique de l’ex-fondation Hulot. Ses domaines de recherche concernent la durabilité. Dans son dernier ouvrage Une Nouvelle Terre. Pour une autre relation au monde, aux éditions Desclée de Brouwer, il dégage les causes de l’effondrement de la modernité et propose des pistes du côté de la spiritualité.

Comment voyez-vous l’effondrement de la civilisation industrielle ?

Il y a déjà un effondrement politique et social : l’installation de partis populistes, les élections de D.Trump ou de J.Bolsonaro, sans oublier les croyances stupides telles que celles des « platistes ». Nous sommes dans une période charnière, où souvent dans un premier temps, des choses délirantes s’affirment.
Il y a des raisons différentes d’effondrement qui évidemment vont se cumuler. La première, c’est celle du climat. Les gens commencent à comprendre, au vu du seuil de mobilisation qui est en train d’exploser. Le changement climatique devient un phénomène présent dans l’existence des gens. Une des choses qui se fera sentir à l’avenir, c’est l’atteinte aux capacités de production alimentaire. Le climat touche la possibilité d’habiter la Terre.

Cet effondrement va donc commencer par des difficultés dans le domaine de l’agriculture où l’on va s’apercevoir que l’agriculture industrielle est incapable de répondre aux problèmes qui se posent.

Elle est fragile. La photosynthèse, pour toutes les plantes, cesse entre 40 et 45 degrés ; pour les céréales, au-delà des 30 degrés, elle ralentit. L’énergie qu’elle continue à capter ne va pas dans la graine, mais dans les racines pour que la plante continue à subsister. On a cru un temps que le côté fertilisant du surcroît de CO2 compenserait les vagues de chaleur et de sécheresse, en vain. Nous connaissons également des périodes de précipitations très irrégulières dont certaines très violentes comme dans les Pyrénées ou dans l’Aude, entraînant des ravages énormes sur les sols et les cultures. Le climat, ce n’est jamais que les conditions optimales d’existence d’un certain type d’espèces sur Terre, parce que toute la biodiversité est liée. C’est quasiment la moitié des espèces d’insectes qui déclinent fortement. En fait, le vivant sur Terre est très mal en point. C’est un peu comme une voiture qui perdrait des tôles, des boulons depuis des décennies. À un moment donné, la voiture va s’arrêter de rouler. Nous en sommes à-peu-près là avec le vivant en général. C’est une raison majeure d’effondrement. La deuxième raison est liée à l’énergie. Si nous prenons le pétrole, nous consommons cent millions de barils par jour, dont vingt-cinq ne sont plus du pétrole conventionnel, mais des non- conventionnels très coûteux à exploiter. Même s’il est relativement stable depuis 2006, le pétrole conventionnel va s’amenuiser, ce qui sera une raison de clash énergétique énorme. La dernière raison concerne les matériaux, minéraux ou minerais. Leur coût énergétique d’extraction et de traitement augmente sensiblement. Nous savons que la viabilité de la civilisation thermo-industrielle est comptée aujourd’hui. Personne ne pourra vous dire quand les choses vont s’effondrer, mais imaginer que cela va durer indéfiniment est absurde.

 Une prise de conscience ne commence-t-elle pas à émerger ?

Elle est très forte chez les jeunes. Ce sont eux qui sont dans les manifestations. J’ai 65 ans. Je ne me bats pas pour moi, mais pour les plus jeunes.

Comment passer de cette prise de conscience à un changement d’attitude concret ?

Il faudrait une coordination internationale.

Avec le développement des groupes populistes, il semble qu’on ne puisse rien attendre des politiques.

Pour le moment, non. Mais depuis 2018, la mobilisation de masse s’intensifie. Nous avons dix ans pour bouger. La tendance aujourd’hui est en effet plutôt au populisme qui a pour trait commun le déni des questions environnementales.
Sur le plan européen, il y a deux forces politiques qui montent, une qui avance une sensibilité écologique à des degrés divers et l’autre, populiste, qui peut nous faire perdre les dix ans que nous avons devant nous pour éviter les plus grosses catastrophes, et il y a de fortes chances pour qu’ils nous fassent perdre ces dix ans.

Et la spiritualité dans tout cela ?

Elle est fondamentale, mais je propose de donner deux sens à ce mot. Bien que différents, ils sont très reliés. Le premier sens de la spiritualité, c’est ce qui met en forme notre relation au monde. Effectivement, vous n’avez pas de société sans qu’il y ait une forme de relation au « donné naturel » qui est généralement respecté et respectable. Il n’est pas de vie humaine et sociale, sans que nous n’accueillions et parfois transformions, ce que nous ne créons pas, le milieu. Le deuxième sens que je donne au mot spiritualité, c’est la réalisation de soi et l’accomplissement de son humanité, qui varie selon qui on est : pour un Amérindien, ce sera être en harmonie avec la forêt, contacter les esprits ; pour un Grec classique comme Aristote, ce sera parachever sa dimension proprement humaine, rationnelle, et mettre en forme sa sensibilité par les arts ; du côté des grandes religions, on n’est plus dans l’accomplissement, mais dans le dépassement, la sainteté ; pour le bouddhisme, vous serez plutôt du côté de l’éveil. Et vous avez la spiritualité moderne, le consumérisme, où accomplir son humanité, c’est acquérir des biens matériels.  Aujourd’hui, elle prend une autre part. Plus personne n’y croit.

 

  

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Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 17 à 20

ÉNERGIE DE CONSOMMATION ET ÉNERGIE DE VIE

Par Alain Pamart

Avons-nous suffisamment conscience que notre qualité de vie et notre aisance du quotidien sont très largement asservies aux énergies que nous consommons copieusement et de façon, aujourd’hui encore, quelque peu inconsidérée ?
Toutefois, semble se dessiner dans une fraction croissante de la population, une certaine prise en compte de cette immodération surtout face au tarissement à terme des énergies fossiles.

L’âge d’or de l’énergie fossile inépuisable est révolu

L’immense défi posé aujourd’hui à l’humanité entière est désormais celui de produire suffisamment d’énergie sous quelque forme que ce soit pour répondre à une demande toujours croissante, industrielle, collective, individuelle.

L’équation n’est pas mince surtout en présence de deux autres facteurs qui viennent en trouble-fêtes, la démographie galopante de certains pays et l’élévation du niveau de vie attendu et légitime de nombreuses populations telles que celles de la Chine, de l’Inde, du Brésil, des pays africains et d’autres encore.

Nos décideurs institutionnels tous pays confondus et l‘ensemble des filières industrielles mondiales seraient d’une insouciance folle, funeste s’ils n’empoignaient pas le problème à sa juste mesure. Cependant, ils n’ont guère d’autre alternative que d’affronter fermement le caractère violemment exponentiel de la demande mondiale d’énergie pour les décennies à venir.

Au rythme actuel effréné de l’accroissement constaté des consommations industrielles et celles liées aux transports y compris maritimes, pour ne citer qu’elles, les ressources traditionnelles auront vécu dans très peu de temps.

Un autre facteur viendra-t-il encore en compliquer la donne ? comme celui hautement vraisemblable où un certain nombre d’États opteront pour créer ou maintenir leur propre autonomie énergétique, incluant à l’évidence les actuels pays exportateurs, ces derniers priorisant désormais leur demande interne.

La décentralisation de la production énergétique, passage obligé ou simplement opportune ?

Un remodelage complet et un rééquilibrage aiguisé et efficient devraient en toute logique émerger sans tarder. Tous les acteurs décisionnels sont aujourd’hui au pied du mur pour planifier et hiérarchiser l’organisation la plus adéquate face à ce panel d’énergies nouvelles.

Le pétrole est de nature quasi exclusivement fossile. Le pétrole issu du végétal est technologiquement réalisable mais de rendement médiocre. L’électricité est à la fois fossile par transformation de la houille et renouvelable dans sa définition hydraulique et marémotrice, et plus récemment par l’éolien, le solaire, la biomasse…

Dans la quadrature de ce cercle décisionnel devrait aussi s’y adjoindre un déterminant dernier cri, à savoir une structuration de production d’énergies fortement décentralisée, plus irrégulière mais de gestion plus flexible.

À titre d’exemples : pour l’éolien, leur localisation d’implantation peut être facteur de nuisances. Pour l’exploitation des algues, elles se caractérisent par leur dispersion le long des côtes. Il s’agit d’une sujétion spécifique pour leur rentabilité. En ce qui concerne la biomasse issue des déchets organiques par hypothèse, éparpillés sur le territoire, leur exploitation n’est compatible économiquement qu’avec un maillage proche des unités de transformation.

Nous voyons, par ces seuls trois exemples, les impératifs posés d’ordre technique et aussi les critères de pertinence économique.

À la faveur du maintien par la France de son énergie nucléaire, la projection de ses besoins énergétiques est en quelque sorte un peu allégée, en considération notamment du caractère d’ajustement du pétrole pour une ou deux décennies encore.

Pour bien marquer nos esprits de la complexité des choix globaux et de la problématique de chacune des énergies sollicitées, prenons l’exemple de la voiture électrique.
Distinguons d’abord la voiture électrique intégrale et l’autre, hybride. Celle qui est électrique à 100 %, disposant aujourd’hui d’une autonomie suffisamment confortable, réclame une énergie qui est finalement produite par les sources traditionnelles et largement, pour la France, par le nucléaire. Elle impose par ailleurs une batterie spécifique réclamant l’apport de minéraux rares et par nature épuisables, de surcroît d’un coût élevé et peu recyclable à ce jour.
Quant à la voiture hybride, encore consommatrice principalement de carburants pétroliers, elle dispose d’une autonomie électrique grâce à la force cinétique de la voiture donc, par nature, énergie renouvelable. Si, récemment, cette autonomie s’est étendue technologiquement, elle demeure toujours tributaire de la fraction d’utilisation du moteur thermique. Elle réclame aussi une batterie spécifique moins puissante mais globalement, avec les mêmes caractéristiques que le modèle
électrique exclusif.
En poursuivant l’analyse se pose le facteur d’investissement. La voiture complètement électrique réclame l’installation de bornes sur le territoire, induisant le problème de son financement par les collectivités locales, et donc au final par les contribuables.
Les bornes installées à domicile sont bien sûr financées par les détenteurs de voitures électriques, mais un autre problème d’envergure se présente : si le parc de voitures électriques atteint une certaine densité dans un périmètre géographique donné, le circuit d’acheminement électrique sera insuffisant, l’infrastructure actuelle des lignes électriques devra donc être renouvelée. Là encore se pose le problème de son financement et de sa production.
On perçoit là encore l’imbroglio que génère une telle prospective. À
défaut de nouvelles lignes électriques, les nouveaux amateurs de véhicules électriques ne pourront maintenir leur choix. Autre épine, s’il en fallait une encore, comment asseoir un prélèvement fiscal sur l’utilisation du véhicule électrique en correspondance avec la fiscalité du carburant pétrolier utilisé par le véhicule thermique ou encore l’hybride ?

L’État ne s’est-il pas tiré un coup de fusil dans le pied si par hypothèse le parc automobile électrique devient dominant ?  Pour en rester sur le plan de la voiture, l’hydrogène sera-t-elle la solution d’avenir ?

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 Pour lire l’article en entier, Reflets n 31 pages 10 à 12

Le bonheur, quête infinie de l’infini

Imam français né en 1959 au Maroc, Tareq Oubrou est un autodidacte en sciences religieuses. Il est connu pour ses prises de position publiques en faveur d’un islam libéral. Il affirme notamment que le Coran serait mal interprété, notamment par méconnaissance du texte et de l’histoire contemporaine de Mahomet. Il est imam de la Grande Mosquée de Bordeaux.

Pour vous, qu’est-ce que c’est que le bonheur ?
C’est une question très difficile. La plus difficile. Néanmoins, le bonheur n’est pas forcément le plaisir et la jouissance. À ne pas confondre ici bonheur et eudémonisme ou hédonisme. Il est surtout en rapport avec l’âme et l’esprit. À cet égard, il peut être vécu à partir de rien. Il se conjugue avec l’être et non l’avoir.
C’est un état intérieur qui n’est perturbé ni par une possession d’une chose ni par sa dépossession. Il est ce qui reste avec vous lorsque vous êtes seul dans le silence, loin des bruits et des lumières. Il est forcément discret. Il est dans ce qui est caché et non dans l’ostentatoire. Pour moi, en tant que croyant, la question du bonheur est en lien avec la transcendance et la question du salut.

Pouvez-vous préciser ?
Le bonheur est quelque chose qui s’acquiert dans l’effort, et peut-être même parfois dans la douleur. Il est en lien avec un idéal et par conséquent, on ne peut le goûter que dans le dépassement de soi. Je pense surtout que le bonheur s’accueille mais ne se cueille pas, car il s’agit parfois de rester disponible et patient pour le recevoir, et il vous vient comme une grâce.
À cet égard, il relève d’une expérience mystique et contemplative, une sorte de révélation : des choses qui nous viennent de l’extérieur de façon inattendue et qu’on ne cherchait pas auparavant. Le bonheur, il faut le reconnaître, est très difficile à définir, parce qu’il admet une dimension d’imprévus, de surprises et d’étonnements. Il ne relève pas d’un rationnel démontrable, ni même de l’émotionnel.

Le bonheur est un cheminement plus qu’un aboutissement
Est-ce le plus important dans l’existence, la quête du bonheur ?
Je pense que tout être humain aspire à son bonheur, mais de lui-même, il ne parvient pas toujours à le savoir. En effet, comment définir le bonheur par rapport au malheur, alors qu’il ne pourrait s’agir que d’une pièce à deux faces qu’il suffit de tourner pour renverser le malheur en bonheur et vice versa ?


Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 60 et 61

Bilan de la situation de l’accueil des réfugiés en 2018

 Par Marie-Dominique Mutarelli

Au cours de l’année 2018, la situation de l’accueil des réfugiés en Europe s’est encore durcie.

En France, la loi Asile et Immigration votée en septembre 2018 est entrée en vigueur le 1er janvier 2019. Depuis le 2 janvier, la durée maximale d’enfermement en rétention des personnes étrangères a doublé. L’administration dispose désormais de 90 jours – contre 45 auparavant – pour expulser du territoire les personnes privées de liberté dans les centres de rétention administrative (CRA). Cette disposition, très controversée jusque dans les rangs de la majorité présidentielle, marque un tournant répressif sans précédent.

Les 50 000 personnes privées de liberté en rétention chaque année en France encourent désormais trois mois d’enfermement, sans pourtant avoir commis de délit. Les familles avec enfants sont également concernées. Cette violence institutionnelle, qui vient redoubler les traumatismes déjà subis, est dictée par l’obsession de dissuader l’arrivée des étrangers, de réprimer plutôt que de protéger. Elle vise à augmenter le taux d’expulsion des migrants sous le coup d’une mesure d’éloignement, quand l’allongement successif des durées de rétention depuis 1981 n’a jamais apporté de résultats probants. Championne des pays européens pour les « mesures d’éloignement » (plus de 100 000 par an), la France est aussi celui qui enferme le plus. Enfermement, contrôle, répression l’emportent sur le respect des droits les plus fondamentaux, dont celui de circuler librement.

Après deux mois d’application, cette mesure révèle déjà ses effets pervers. Les centres de rétention ne disposent pas de moyens et de personnel suffisants pour gérer ces populations fragiles sur le long terme, en particulier pour assurer un suivi sanitaire et psychologique.

En application de la loi Asile et immigration, le ministère de l’Intérieur prépare en outre la création d’un fichier biométrique des mineurs non accompagnés qui sollicitent la protection des départements. Dénoncé par une dizaine d’associations, ce fichier sera à disposition des préfectures qui pourront l’exploiter, à réception de la décision de rejet de leur dossier, pour prononcer des expulsions.

En Méditerranée, sous la pression du gouvernement italien, l’Aquarius, dont l’action a permis de sauver de la noyade des milliers de réfugiés, s’est vu retirer par le Panama le pavillon qui lui permettait de naviguer. Aucun des pays européens sollicités n’est intervenu pour lui accorder un pavillon de remplacement indispensable pour lui permettre de poursuivre son action humanitaire, mettant fin définitivement à ces actions de sauvetage. Au mépris du code de la mer qui fait une obligation pluriséculaire de sauver les vies humaines en péril, la surveillance des eaux européennes en Méditerranée n’est plus assurée que par l’agence Frontex dont le siège est en Pologne. Ce service fut en effet créé pour protéger la frontière orientale de l’UE de velléités éventuelles de la Russie d’intervenir dans les pays de l’Est. Signe du peu d’empressement des institutions européennes pour une gestion humaine des naufrages à ses portes méridionales.

L’Union européenne délocalise toujours plus à ses marges l’examen des demandes d’asile, en périphérie ou hors des territoires européens, avec les hotspots, les missions de l’OFPRA en Afrique ou les accords de rétention avec la Turquie ou la Libye. Après l’Italie qui a livré des frégates aux gardes côtes libyens pour leur permettre d’intercepter les réfugiés et les ramener en Libye où ils risquent la torture et la détention arbitraire, le ministère français de la Défense annonce à son tour la fourniture de six hors-bord à la marine libyenne au printemps 2019, au scandale des ONG empêchées d’intervenir. Pourtant, dans son rapport de mission en Libye, l’ONU a bien recommandé à l’UE de s’assurer qu’aucun soutien ou coopération avec les garde-côtes libyens ne contribue à ramener des migrants et des réfugiés rescapés en mer sur le territoire libyen. Cette « collaboration » avec les libyens a permis de réduire de 80 % le nombre d’arrivées dans les ports italiens en 2018, et la majorité de ceux qui tentent aujourd’hui la traversée sont interceptés par leurs « soins » ou sombrent dans les flots. Un migrant sur quatorze s’est en effet noyé en mer sur ce parcours au cours de cette année. Au point que le flux migratoire depuis l’Afrique s’est aujourd’hui déplacé majoritairement vers l’Espagne.

Pourtant, dans ce tableau bien sombre, quelques lueurs d’espoir apparaissent. En effet, quelques jours après la conférence intergouvernementale de Marrakech qui a adopté le Pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières, les États membres de l’Assemblée générale des Nations unies ont adopté, le 17 décembre 2018, un Pacte mondial sur les réfugiés qui devrait faire évoluer les réponses de la communauté internationale dans le sens d’un meilleur partage mondial des responsabilités face aux déplacements massifs de populations. Ce Pacte a pour objectif de renforcer la coopération, mais il reste non contraignant. Un soutien plus important sera fourni aux pays où vivent la plupart des réfugiés et sera renforcé pour aider les personnes contraintes de fuir à cause d’un conflit ou de persécutions. Car neuf réfugiés sur dix vivent dans des pays en voie de développement, où les services élémentaires comme la santé ou l’éducation sont déjà sous pression. Le Pacte vise donc à susciter davantage d’investissements pour renforcer les infrastructures et la fourniture de services à destination des réfugiés et des communautés d’accueil. Il plaide pour la mise en place de politiques favorisant l’accès des réfugiés à une éducation et à une vie productive durant leur exil. Il vise aussi à réduire les conséquences environnementales liées à l’hébergement massif des populations réfugiées et promeut le recours à l’énergie renouvelable. Davantage d’options de réinstallation sont prévues, avec d’autres opportunités – réunification familiale, bourses d’études ou visas humanitaires – afin de permettre aux réfugiés de voyager en toute sécurité, leur retour volontaire à terme dans des conditions de sécurité et de dignité restant la solution privilégiée.

Un Forum mondial sur les réfugiés sera programmé tous les quatre ans, au cours duquel les gouvernements présenteront leur bilan ou prendront un certain nombre d’engagements en termes de financement, de politiques, de changements juridiques, de quotas de réinstallation, etc.

Source : www.unhcr.org

Donner du sens à sa vie

Docteur en psychologie, Jacques Lecomte a enseigné à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense (anciennement université Paris X) et à la faculté des sciences sociales de l’Institut catholique de Paris. Il est le président d’honneur de l’Association française de psychologie positive et, par ailleurs, l’auteur de nombreux ouvrages dont La Bonté humaine Altruisme, empathie, générosité ; Le Monde va beaucoup mieux que vous ne le croyez ; Guérir de son enfance ; Les entreprises humanistes Comment elles vont changer le monde.
Son blog : http://jacques-lecomte.fr/506/

Pour notre dossier sur le bonheur, j’ai trois questions à vous poser parce que vous en parlez dans votre livre. La première question est : qu’est-ce que le bonheur ?

Dans la philosophie grecque, le bonheur c’est la raison d’être de l’existence. Mais en fait, il y avait deux courants, deux mots qu’aujourd’hui  on  traduit  toujours  par « bonheur » mais qui étaient très différents chez les philosophes grecs. Il y avait ceux qu’on appelait « les hédonistes » : ils disaient qu’en  gros,  le  bonheur,  ce  sont  les  plaisirs  de  la  vie,  c’est une accumulation de plaisirs momentanés. Et, c’est moins connu,  il  y  avait  «  les  eudémonistes  »  comme  Aristote, Socrate, Platon qui disaient que le bonheur, c’est d’une part une  activité  philosophique,  et  d’autre  part  l’engagement dans la cité.

C’était il y a très longtemps, mais ça a du sens aujourd’hui, que je résume en disant que d’un côté vous avez le bonheur exprimé par le bien-être, ce sont des émotions momentanées, et puis le bonheur qui est plutôt de l’ordre du sens.

Ces philosophes se critiquaient très fortement à ce sujet. Moi, il me semble que le bonheur, c’est précisément l’association des deux. Ce n’est pas l’un ou l’autre mais l’un et l’autre, c’est-à-dire lorsqu’il y a à la fois du bien-être et du sens. Le bien-être  est  de  l’ordre  de  l’émotionnel,  du  momentané, tandis que le sens rejoint la réflexion, le cognitif, dans une notion  plus  durable.  Mais  les  deux  sont  importants :  par exemple, passer du bon temps avec des amis peut donner du bien-être si c’est un moment agréable, et du sens si ce moment  est  marqué  par  une  certaine  intensité  dans la relation. Mais cette association des deux n’est pas forcément  au  même  instant  :  si  je  regarde  un  film comique, je peux être dans le bien-être, mais pas dans le sens. On peut être heureux, sans avoir forcément ces deux facettes au même moment.

Vous avez dit au début que pour les anciens, le bonheur est la raison d’être de l’existence. Est-ce que pour vous sa recherche est la chose la plus importante ?

Non,  je  pense  que  c’est  un  piège.  Les  gens  les  plus heureux ne sont pas obligatoirement ceux qui sont en quête de bonheur. Le bonheur est quelque chose qui arrive  de  surcroît,  sans  qu’on  le  cherche  forcément. Je  donne  un  exemple  que  j’ai  notamment  décrit  en détail dans mon livre sur la bonté : on sait que les gens altruistes  ont  un  niveau  de  bonheur  supérieur  à  la moyenne.  Je  ne  dis  pas  qu’ils  sont  tous  heureux.  Ce comportement les rend heureux mais ils ne l’ont pas fait pour cela, ils n’ont pas été en quête du bonheur. Ils ont simplement cherché à répondre au besoin d’autrui. C’est un peu comme l’insomnie : si vous luttez pour trouver le sommeil, vous risquez de ne pas le trouver ; si vous cherchez à tout prix le bonheur, vous risquez de ne pas le découvrir.

Et qu’est-ce qui vous paraît le plus important dans l’existence ?

Pour moi, il n’y a pas « le plus important dans l’existence » parce que ce qui est le plus important pour quelqu’un n’est pas forcément la même chose pour une autre personne. Donc je dirai, globalement, que c’est peut-être donner du sens à sa vie. Et la manière de donner du sens peut être très différente d’une personne à l’autre.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 43 à 45

Scientifique, vous avez dit scientifique…

 

Docteur Jean-Patrick Chauvin

Voici ce que l’on pouvait lire sur le site de la revue Egora le 4 septembre 2018 :

Cette semaine, le Pr Didier Gosset, doyen de la fac de Lille, a pris la décision de suspendre le diplôme d’homéopathie dans l’attente de la décision de la Haute autorité de la santé. « L’homéopathie est restée en marge de l’évolution du mouvement scientifique, s’est expliqué le Pr Gosset auprès d’Egora (organe de presse médicale). A un moment donné, il faut savoir ne pas cautionner ce qui n’est pas scientifique. »

Nouvel épisode dans la guerre des médecines ; si cet affrontement entre deux systèmes de pensée médicale existe depuis bien longtemps, il s’est encore durci voici quelques mois lorsque 120 médecins se sont levés pour « éliminer » l’homéopathie au nom de la « science médicale ».

Ce nouvel épisode soulève au moins deux grandes interrogations :

  • si au-delà de cette querelle se tramait un tout autre jeu de pouvoir et de mainmise sur le monde de la santé ?
  • et si au-delà des deux points de vue, il y avait dans un dialogue entre les différentes médecines la possibilité de faire émerger une toute autre médecine ? Une médecine de l’homme d’aujourd’hui avec ses besoins de retour à des valeurs essentielles, ses aspirations au sens de la vie, son souci d’une santé menée de façon plus juste et plus consciente (plus responsable ?).

D’abord, quels sont ces deux points de vue ?

Celui de la médecine dite officielle, celle qui est enseignée dans les facultés de médecine et qui décerne le titre de docteur en médecine. Cette médecine se veut scientifique, elle est fondée sur une recherche et une expérimentation biologique qui ont produit un savoir sur l’être humain vu de l’extérieur (la biologie du corps en est le modèle). Elle nous offre des moyens de diagnostic et de thérapeutique liés à une certaine « maîtrise » de cette biologie de l’homme visible ; l’homme visible dans son corps et dans ses manifestations comportementales, où même la « chose psychique » semble réduite à une activité neuronale (d’où une certaine idée de la psychiatrie).

Ce qui est préjudiciable, ce n’est pas l’existence de cette médecine qui invite à la rigueur « scientifique » et à la prise en compte des données d’une certaine biologie de l’être humain, non, là où le bât blesse c’est qu’elle soit le seul système de pensée admis.

En fait cette volonté de tout mettre, en médecine, sous des critères dits scientifiques est bien plus grave qu’il n’y paraît. Il ne s’agit pas seulement de ne plus valider l’homéopathie mais de donner toute la place qu’au visible, au mesurable, au « biologique extérieur », mais quid de la Vie Intérieure de l’Homme, de son âme en quelque sorte ? Cette chose qui fait que l’homme se bouleverse en écoutant Mozart, Beethoven ou un chant sacré. Qu’il est touché par le parfum d’une rose, la beauté d’un coucher de soleil.

La « science médicale » peut-elle se contenter de ne chercher à voir que le visible ? Et ignorer à ce point la part d’invisible de l’être humain ?

La médecine peut-elle se résumer au rétablissement de phénomènes biologiques et électrochimiques du corps ? Les maladies ne sont-elles qu’un désordre physiologique arrivant au hasard des circonstances extérieures ?

La médecine se robotise du fait de l’apparition de robots médecins, mais n’est-ce pas une robotisation bien plus grave de ne considérer l’être humain que comme un assemblage cellulaire soumis à des principes biochimiques ? La pensée n’est-elle qu’une sécrétion cérébrale ?

L’autre point de vue, celui de l’homéopathie, ouvre sur une toute autre pensée médicale. Quels sont les grands axes de cette médecine ?

  • la loi de similitude, qui dit qu’une substance capable de produire les mêmes symptômes que ceux que présente un malade, est dotée d’une vertu thérapeutique (par un principe d’analogie) pour le malade à cet instant donné de sa vie où la maladie se manifeste. Le remède homéopathique par son action « informative » conduit le malade à la guérison.
  • La notion de terrain pathologique, qui laisse entendre qu’aucune maladie n’est due au seul hasard des circonstances extérieures ; elle est liée à la conjonction de facteurs intérieurs (états d’âme en lien avec l’histoire personnelle) et de facteurs extérieurs (interactions humaines et environnementales).

En fait c’est une médecine qui ouvre la porte à la dimension invisible de l’être humain et de la nature (là où sont puisés les remèdes et leur pouvoir thérapeutique, ce qui n’est pas sans interroger la pharmacopée).

Déjà nous voyons se profiler deux points de vue :

  • celui de la domination tentée du « tout n’existe qu’au-dehors, dans la seule réalité visible ».
  • celui de l’ouverture à : « Et s’il existait aussi un monde de l’invisible tout aussi valide que le visible ? »

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 30 pages 34 à 36