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Santé : alerte sur l’hôpital public

Santé : alerte sur l’hôpital public

Jérôme Bultel

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Jérôme Bultel est praticien hospitalier, médecin chef de service, gériatre à l’Hôpital de Vernon (Eure).

Trois milliards et demi d’euros  en moins sur trois ans pour les hôpitaux. Suite à des années de restrictions budgétaires, les hôpitaux doivent encore se serrer la ceinture. Et cette coupe réglée se passe quasiment à l’insu des usagers qui, pour l’instant, ont intégré le discours officiel : si les hôpitaux sont en déficit, c’est qu’ils sont mal gérés. Par ailleurs, ils persistent à penser que nos hôpitaux français sont parmi les meilleurs mondiaux.

Or de nombreux lits sont supprimés, la souffrance des personnels dans leur travail est maintenant patente. Si beaucoup de syndicats se sont groupés lors de la grève du 8 novembre dernier, ce n’est pas un hasard. Un tel regroupement ne s’était pas vu depuis longtemps.

En fait, ce que les usagers ignorent, c’est que ce rationnement est organisé par l’État car tous les leviers financiers sont dans les mains des ARS (agences régionales de santé), elles-mêmes aux ordres du ministère de la Santé (et du budget). Le directeur n’a quasiment aucune marge de manœuvre. Il est devenu un simple exécutant des consignes de l’ARS.

Deux mots pour comprendre le principal financement des hôpitaux : la T2A (Tarification A l’Activité). L’État a mis en place un découpage des activités de soins (ceux qui s’y prêtent, essentiellement les soins techniques) et leur a attribué un tarif. Les hôpitaux (et les cliniques privées) doivent compter sur ces tarifs pour établir leur budget. Le soin relationnel, pourtant si fondamental, est laissé pour compte. Chaque acteur de soin gère ce temps relationnel comme il peut, sachant qu’il ne rapportera rien à l’établissement. Les ARS ont dit aux hôpitaux : augmentez l’activité, vous réduirez votre déficit. Beaucoup d’hôpitaux ont joué le jeu mais les ARS ont maintenant sifflé la fin de la partie. Elles jouent désormais sur deux tableaux : diminution des tarifs et réduction des effectifs. En effet, la T2A s’est révélée un véritable leurre car, devant l’augmentation d’activité mise en place par les acteurs pour réduire le déficit, les ARS annoncent qu’en raison des contraintes budgétaires (l’enveloppe qui leur est allouée est fermée) les tarifs T2A vont baisser, cette année encore, de 1 % ; ce qui veut dire que pour une même activité (mêmes nombres d’actes, même nombre de séjours etc.), les recettes de l’hôpital sont réduites d’autorité de 1 %.

Le deuxième volet, récent mais très alarmant, c’est la réduction du personnel. En effet, geler les grilles de salaires, mutualiser les achats, regrouper des services, toutes ces réformes sont déjà faites et atteignent leur limite. Ce sont les salaires qui coûtent cher, il faut donc s’en prendre aux ressources humaines. Il faut diminuer la masse salariale, mais en toute discrétion (grâce notamment à la multitude de contrats précaires, facilement révocables, mis en place par la politique frileuse de ces dernières années), par le non-remplacement des départs, par la « mutualisation », c’est-à-dire demander à ceux qui restent de faire, en plus de leur travail, celui de ceux qui sont partis.

Le vocabulaire des discours officiels est d’ailleurs consternant d’hypocrisie, formulée dans la langue du « politiquement correct » : optimisation, plan de performance, efficience, mutualisation, modernisation, pour finalement ne désigner qu’une seule réalité : gérer la pénurie.

Des soins trop rapides, réalisés par un personnel épuisé, deviennent de médiocre qualité. Mais les soignants ne peuvent même pas invoquer la nécessité d’une prise en charge « de qualité » et de « sécurité des soins » (démarche obligatoire très louable mais très chronophage et non budgétée) pour demander davantage de personnel, car cet argument peut se retourner contre eux. En effet il peut alimenter le cynisme des décideurs et leur rouleau compresseur sur la casse du service public de santé. Certains affirment, la main sur le cœur : il vaut mieux moins d’hôpitaux plus sécures que trop d’hôpitaux insécures. Il faut donc fermer des services et si possible des hôpitaux.

L’informatisation généralisée des soins, loin d’être un gain de temps, demande une présence énorme sur l’ordinateur. Tous les patients le constatent : les infirmières sont plus souvent sur leur écran qu’au lit du malade, sacrifiant leur temps à la « traçabilité ». Ces injonctions paradoxales – faire plus et mieux avec moins – rendent les soignants vraiment malades. Cela tourne à une maltraitance organisée. Ce constat est vrai aussi pour les maisons de retraite publiques (EHPAD publics) où les soignants n’en peuvent plus.

On a déjà « optimisé » presque tout de qui pouvait l’être. Le ministère a créé récemment les Groupement hospitalier de territoire (GHT), pour, dit-il, « fluidiser » le parcours du patient et rendre l’accès aux soins plus égalitaire. Pour les médecins c’est en fait une mutualisation supplémentaire : ils seront priés de consulter aussi dans les hôpitaux voisins, tout cela pour éviter de nouvelles embauches.

Finalement à l’hôpital, les directeurs ne peuvent envisager aucun investissement nouveau, sauf les travaux de mise aux normes que voudront bien financer les ARS. Leur vision est seulement celle de leurs tableaux trimestriels, car ils ont deux à trois ans pour prouver qu’ils peuvent mettre en place des économies drastiques. Aucune vision de leur hôpital dans 10 ans n’est possible.

Alors que faire ? Les acteurs et les usagers doivent se réveiller avant qu’une anesthésie très progressive ne les tue. Rétablir aussi de la démocratie, car elle a largement abandonné le domaine de la santé depuis plusieurs années.

En 1996 les ordonnances « Juppé » et la loi de financement ont aligné les dépenses de santé sur le modèle des autres dépenses budgétaires. L’enveloppe nationale est fixée chaque année par les députés : c’est l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (ONDAM), budget qui finance aussi les hôpitaux et distribue à chaque ARS sa quote-part, enveloppe fermée qui ne peut être dépassée. Depuis plusieurs années le taux d’augmentation de l’ONDAM est très souvent inférieur à l’inflation.

Mais la législation la plus délétère, et de loin, pour les hôpitaux est assurément la loi HPST, dite loi Bachelot. Créée pour « moderniser » l’hôpital, mettre en place un « vrai patron », selon les mots de Nicolas Sarkozy, pour le gérer « comme une entreprise » cette loi a été promulguée en 2009. Au-delà de ces intentions, mensongères pour les raisons expliquées plus haut, faisant croire qu’un hôpital peut être « rentable », elle a considérablement diminué la démocratie à l’hôpital. Les instances n’ont plus aucun pouvoir. Le conseil d’administration a été remplacé par un conseil de surveillance, où les élus, les médecins, les syndicats sont peu représentés, et n’ont qu’un seul pouvoir, celui de mécontenter le directeur et l’ARS, quand ce conseil s’oppose aux injonctions budgétaires, car l’ARS fera quand même ce qu’elle avait prévu. (cf. l’hôpital de Lavaur). Même chose pour les autres instances, la Commission médicale d’établissement (CME), le Comité technique d’établissement (CTE), que beaucoup de membres désertent car leur présence ne change rien.

Marisol Touraine a persisté dans cette politique de coups de rabot et n’a pas rétabli davantage de démocratie. Elle a commandé le rapport Couty qui, en 2013, voulait ce rétablissement, mais il a été enterré.

En février dernier, écœuré, Thomas Dietrich a démissionné avec fracas de son poste de secrétaire de la Conférence nationale de santé (CNS), instance consultative ouverte aux patients, pour dénoncer la « vaste mascarade » que constitue selon lui la « démocratie en santé ».

Or il faut affirmer haut et fort que les soins aux malades n’ont pas vocation à être rentables financièrement, même si chacun est d’accord pour que chaque dépense soit gérée au mieux, avec pertinence et économie.

Je ne suis pas économiste mais je vois, de là où je suis, le désastre humain que ces coupes claires répétées, de droite ou de gauche, entraînent, et je sais que la « santé » de l’économie ne peut justifier tous ces reculs. Le culte qui lui est rendu permet tous les reniements démocratiques (regardons les 49-3 récents.). Elle recouvre le politique jusqu’à l’étouffer. L’ogre financier devient un dieu monstrueux qui, tel Cronos, dévore ses enfants pour leur conserver un père.

A l’hôpital de Vernon où je travaille, des lignes de gardes sont supprimées, des services viennent de fermer alors que cette petite ville de 25 000 habitants est dans l’Eure. Ce département est particulièrement sinistré en matière de santé car il est le 90e département (ex-æquo avec la Guyane) pour le nombre de praticiens, de kinés et d’infirmières par habitant. Ici, les postes de soignants sont sacrifiés, mais pas les postes de sous-directions diverses et de « contrôleurs de gestion » qui, eux, se portent bien.

Tout se passe comme si les politiques publiques étaient en priorité au service de la dette, certes considérable. Cette dette est dite « souveraine », mais en réalité ce sont les financiers qui sont souverains. Les faillites des banques sont désormais protégées par les états.

Il est donc indispensable que les citoyens – tous tôt ou tard usagers des services de santé – soient informés de ces réalités, certes complexes, et se dressent pour arrêter cette machine infernale en marche sur le service public de santé depuis des années.

28 novembre 2016, Jérôme Bultel

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Le numérique, démesure de la puissance

Le numérique, démesure de la puissance

Patrick Viveret

Patrick Viveret

Ancien conseiller à la Cour des comptes et spécialiste des indicateurs de richesse, philosophe, essayiste altermondialiste, Patrick Viveret est un ténor du bien vivre. Il est cofondateur de l’initiative internationale « Dialogues en humanité ».

Le 15 septembre 2016,  lors de l’inauguration de l’exposition La Tour Monde, Fragments des Tours de Du Zhenjun à la Galerie Creative Door à Paris, Patrick Viveret s’est exprimé autour du thème de La transition fulgurante, comparant les mutations radicales actuelles aux mythes de la Tour de Babel et de l’arche de Noé.

Comment construire un nouveau monde sur la chute de l’ancien ? 

« …Plus nous avons besoin de regarder loin dans l’avenir, plus il est nécessaire de faire retour sur la mémoire longue de l’humanité, notamment sur les traditions de sagesse. Deux grands mythes, la tour de Babel et l’arche Noé, évoquent justement des bascules de l’humanité à une fin de monde, quand se pose la question: « Comment construire un nouveau monde sur la chute de l’ancien ? » Ces deux mythes interrogent sur le lien entre les effets d’un pouvoir qui se mue en avidité, devenant démesure de la puissance -, le durcissement des cœurs produit par cette avidité et la façon dont ce durcissement se traduit par un dérèglement de la langue et par conséquent de la communication entre les êtres humains.
C’est évident dans le mythe de la tour de Babel, mais aussi dans la fameuse histoire de Noé. Récemment, deux théologiennes protestantes ont relu cette histoire, en partant du fait que le mot theva veut dire « boîte », « contenant ». Le terme a été traduit par arché en latin, puis « arche » en français, mais en réalité cette boite, ce contenant signifie aussi mot. Et le « mot », c’est justement un contenant sémantique. Dans le récit de l’arche de Noé, un passage bizarre donne les mesures de l’arche, en long, en large et en travers.  Et on se demande : « Qu’est-ce que ça vient faire dans cette histoire ? »  En réalité, rappellent les deux théologiennes, l’agencement des chiffres et des mots exprimés dans cette séquence compose le mot « langue ».

L’économie dominante a tordu le sens des mots

Et donc, dans ce qui conduit au déluge comme dans Babel, un durcissement des cœurs se traduit par une démesure de la puissance et un dérèglement de la langue. Et il n’y a de possibilité d’avenir, de reconstruction, d’une renaissance, d’un nouveau monde que grâce à un travail sur l’ouverture du cœur et de la langue. Il est important de mettre cela en perspective, précisément dans la situation actuelle où apparaît une véritable novlangue – selon l’expression d’Orwell dans 1984 – du fait que des mots très forts ont été tordus par l’économie dominante, à commencer par le mot « valeur » : en latin, valor, c’est la force de vie et son équivalent grec, c’est eros, l’éros de la force de vie face à la pulsion mortifère de thanatos… Donc, transformer la valeur, force-de-vie, en value for money provoque un dérèglement de la langue qui renvoie aussi au durcissement des cœurs. Du coup, tous les acteurs qui créent ou préservent de la force-de-vie, mais ne sont pas dans le champ monétaire, sont considérés comme improductifs, inactifs, non-créateurs de valeur, bref des charges. Il en est de même pour le mot « bénéfice » qui signifie au départ « activité bénéfique, source de bienfaits », et non pas « solde monétaire positif », etc.

Parler de « révolution numérique » est paradoxal

Ou encore, à propos du « tapage médiatique » obsédant qui concerne la « révolution numérique ».  Parce que la façon dont le thème même de révolution numérique est produit sans analyse, sans retour sur le sens des mots, débouche immédiatement sur une nouvelle logique de durcissement : « Si vous êtes des inadaptés de la révolution numérique, vous sortez de l’histoire ». Or le terme de « révolution numérique » est paradoxal. Car rien n’est moins révolutionnaire que le langage numérique. C’est un langage plurimillénaire. Comme le Ying et le Yang, ce langage a une expression binaire simple, avec les avantages de la simplicité et de l’universalité. Il n’a pas été utilisé pendant des siècles à cause d’un énorme inconvénient : ce langage numérique prenait beaucoup d’espace et de temps. Traduire de la base 10 en base binaire prend déjà beaucoup d’espace. Pour traduire non seulement des chiffres, mais aussi des lettres, c’est pire. Quand ce sont des mots, des images, des sons, etc., vous imaginez le temps et l’espace qu’il faut. Donc la vraie révolution, ce n’est pas le numérique, mais la contraction de l’espace et du temps, qui a conduit à la miniaturisation et permis l’invention aussi bien du transistor que du microprocesseur et de l’ensemble des nouveaux outils techniques. D’où vient cette miniaturisation ? D’un changement de regard sur le rapport entre les humains et l’univers, issu de la physique quantique. Ce qui est pour le coup une vraie révolution.

Nous sommes des êtres vibratoires dans un univers vibratoire

Et quel est le cœur de la physique quantique ? C’est de dire que nous sommes des êtres vibratoires dans un univers vibratoire. Et cela change tout. Au lieu de croire que les objets sont extérieurs à moi, – du réel solide, etc.-, je dis : « Même cette table que je crois solide est constituée de 99,999% de vide, mais d’un vide qui est plein, créateur, empli d’énergie. » Et c’est cette vibration, et les formes vibratoires, qui sont les éléments structurants de cet univers. Mais si je parle de révolution numérique, je vais refaire le coup de l’injonction adaptatrice : « Si vous n’êtes pas adaptés aux nouvelles machines, vous êtes bons pour le rebut. » Si je parle de métamorphose vibratoire et si je vous pose la question : « A quel moment vous sentez-vous le plus en vibration ? » Eh bien ! ce sera autant dans l’amour et le rapport à la beauté que quand vous pianotez sur votre Smartphone. Il y a même des chances que ce soit plutôt sur les deux premiers terrains. Prendre au sérieux cette question-là permet de réintroduire, dans ce qui n’est plus simplement une crise, mais plutôt une mutation, cette « transition fulgurante » en lien avec cette métamorphose. Et je vais pouvoir préparer l’avenir, mais avec les qualités de la mémoire et du discernement. Parce que, plus nous sommes confrontés aux éléments de la fulgurance, et plus nous sommes requis de nous arrêter, de refaire mémoire et de nous poser la question éthique du discernement. Nous ne pouvons pas adopter la position technophile, hyper-moderniste qui consiste à dire : « Puisque c’est nouveau, c’est très bien », dont nous voyons bien les effets pervers. Mais nous ne pouvons pas non plus adopter la position technophobe qui consisterait à dire – justement à cause des risques réels liés à ces transformations – : « Je ne veux pas en entendre parler ». Un sujet aussi central que la question éthique du discernement devient déterminant. Du même coup, la question politique devient centrale, en tant qu’espace où des citoyens délibèrent sur ce qui fait valeur, force-de-vie, la mutation qualitative de la démocratie.

Dans mille ans, les nouvelles technologies seront obsolètes, pas la sagesse

Plus nous allons vers de nouvelles technologies, – les fameuses NTIC, ou maintenant on parle de plus en plus des NBIC, Nanos, bios, informationnelles, cognitives, etc. -, plus nous avons besoin de ce que nous pourrions appeler des « TNTS » : les Toujours Neuves Technologies de Sagesse. La seule chose certaine avec une nouvelle technologie, c’est que, dans quelques années, elle sera obsolète. Mais si, dans 1000 ou 2000 ans, il existe toujours une humanité, il est probable qu’elle continuera à se nourrir de Socrate, de Bouddha, de Jésus, de tous les acteurs dont les paroles de vie alimentaient la nappe phréatique de la condition humaine : le rapport vie-mort, de l’amour et du sens, la question centrale de ma mission de vie (« qu’est-ce que je fais sur cette terre ? »).

Tout être humain est porteur d’un projet de vie

Au passage, on renouvelle complétement le débat fondamental de l’alternative au chômage, impossible à traiter dans les catégories classiques du job et de l’emploi. Parce que les effets de la mutation technologique produisent beaucoup plus de destructions que de créations d’emplois. Mais il redevient pleinement actuel si on revisite le sens originel du mot « métier », construit par le compagnonnage au XIIe siècle : là aussi retour vers la mémoire pour penser l’avenir, à partir des mots latins que sont le ministère et le mystère. Un métier, c’est un ministère mystérieux. C’est-à-dire du projet-de-vie. Dans La condition de l’homme moderne, Hanna Arendt donne le même sens au passage de la logique du travail à celle de l’œuvre. S’il n’est pas forcément porteur de job et d’emploi au sens marchand du terme, tout être humain est porteur de métier, de mission de vie. Faire retour sur la question éthique, sur la question du discernement, de la sagesse n’est donc pas un retour nostalgique, mais au contraire la condition même pour avancer dans cette « transition fulgurante » et dans cette métamorphose vibratoire.

Vivre la pleine humanité comme seule alternative

A travers les chemins de la métamorphose, mais aussi dans « Les dialogues en humanités », à travers l’approche du Collegium International, et encore avec ce que Michel Rocard évoquait dans son dernier livre Suicide de l’Occident, suicide de l’humanité ?, nous proposons la perspective de la pleine humanité comme alternative à la sous-humanité – c’est-à-dire tout ce qui fait que des êtres humains n’ont pas la possibilité de vivre pleinement leur humanité -, mais aussi comme alternative à la post-humanité, cette nouvelle fiction de toute puissance, oublieuse de la vulnérabilité humaine. Quand la toute puissance s’exprime par le déni de la vulnérabilité, on sait que les nouvelles formes de domination ne sont pas loin. On sait que le durcissement des cœurs va conduire à de nouvelles catastrophes. Donc, la pleine humanité, c’est l’alternative à la sous-humanité comme à la post-humanité. La possibilité pour chaque être humain de vivre pleinement sa vie humaine, mais aussi la dimension qualitative de cette humanité : le passage de la logique du travail à la logique de l’œuvre, la pleine expression de ce qu’Amartya Sen appelait les capabilities, les potentialités créatrices.
Cette « transition fulgurante » nous convie donc à un rendez-vous passionnant de l’aventure humaine où, certes, nous avons la possibilité de nous perdre. Aussi bien Noé que Babel nous rappellent que notre famille humaine, – notre frater, puisqu’à l’origine frater veut dire « le genre humain » -, peut se perdre. Mais cette famille est aussi capable, – comme notre ami Edgar Morin nous y invite-, de franchir un saut qualitatif dans la voie de son humanisation, dans la capacité à grandir en humanité ».

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Demain… la réalité augmentée et l’homme augmenté

Demain… la réalité augmentée et l’homme augmenté

Bernard Montaud

Bernard Montaud

Je lisais il y a quelques jours un article sur la recherche dans les grandes entreprises d’informatique telles Google, Apple et Windows, où il était question d’apercevoir des ponts entre la biologie et le numérique. Et comme quoi dans les trente ans à venir, il était fort probable que l’on invente des puces électroniques dans des protéines, puces qu’il serait possible alors de greffer dans le cerveau pour que l’homme soit désormais directement connecté à ses ordinateurs. Ce serait l’ère de « l’homme augmenté », l’ère de l’homme amélioré par la mémoire infinie de l’ordinateur, l’homme amélioré par l’immense intelligence combinatoire de l’ordinateur, l’homme amélioré par les milliers d’applications en tous genres le rendant capable de se sortir de toutes les situations.

Ajoutez à tout cela que sans doute par l’intermédiaire d’écrans de plus en plus subtils placés ou greffés sur nos membranes, alors nos yeux et nos oreilles, notre nez et nos mains finiront par rencontrer « une réalité augmentée » elle aussi ! Il s’agira d’une sorte de monde amélioré que nos organes des sens percevront par l’intermédiaire d’informations numériques surajoutées à la réalité. Déjà certains jeux vidéo (comme le Pokemon) font courir les humains après des petits bonhommes qu’il faut attraper dans une réalité augmentée ! Et ce ne sont là que les débuts de la réalité manipulée par le numérique.

Ainsi donc, nous allons vers un « homme augmenté » vivant dans une « réalité augmentée ». Une sorte de i-homme vivant dans une i-réalité ! Évidemment, c’est le super-homme aux superpouvoirs que la modernité attend dans ses désirs les plus secrets. Un super-homme aux superpouvoirs, une sorte de race supérieure, fantasmé à travers tous les super-héros de cinéma. C’est le super-homme aux superpouvoirs, et que les sportifs dopés essayent d’atteindre dans de fausses performances extraordinaires, ou que les chanteurs ou artistes drogués essayent d’imiter dans une inspiration géniale trichée. De partout il y a cette quête effrénée du super-homme aux superpouvoirs comme s’il fallait trouver seulement au-dehors les solutions qui conduisent à l’Homme dans une réalité augmentée.

Là est le principal problème : tout le monde cherche les résultats du travail sur soi sans avoir à faire le travail sur soi ; tout le monde cherche les résultats du chemin spirituel sans avoir à faire ledit chemin spirituel ! Monstrueuse paresse humaine qui voudrait à tout prix une super-condition humaine sans avoir le moindre effort à faire ! Alors la science au service de cette paresse fondamentale va s’ingénier à inventer des superpouvoirs de partout : superpouvoir de nos organes des sens, superpouvoir de nos cerveaux associés à des ordinateurs, superpouvoir de tous nos écrans plus ou moins implantés et aux mille applications possibles. Et plus l’humain va conquérir tous ces superpouvoirs par l’extérieur, moins il va préserver son humanité, ses libertés, pour devenir peu à peu sans même s’en rendre compte un mutant manipulé par tous ceux qui tireront les ficelles du numérique.

Car enfin il existe bien un homme augmenté dans une réalité augmentée, mais avec des solutions intérieures, seulement des solutions intérieures : c’est l’Homme augmenté par l’ange, l’Homme augmenté par l’amour porté à Marie ou au Christ, l’Homme augmenté par sa pratique spirituelle le rendant meilleur, l’Homme augmenté par sa Tâche, son Service, son Apostolat secret. En face de toutes les augmentations extérieures conduisant l’humain au mutant, il existe les augmentations intérieures conduisant l’humain au saint homme. Car le saint homme aussi est un homme augmenté… et même le seul homme augmenté qui soit la vraie suite de l’homme, « le fils de l’homme » comme diraient les chrétiens.

Le coup de la race pure, le coup de la race supérieure, on nous l’a déjà fait sous le nazisme, et des millions de juifs, de tziganes en ont payé les conséquences. Là, déjà, il s’agissait d’une « race pure et supérieure »  par acquisition de pouvoirs extérieurs… des mutants résultant de l’homme déviant. Rien de plus. Et la modernité numérique nous promet exactement la même chose !
L’homme déviant n‘est pas l’homme augmenté, c’est au contraire un pauvre homme diminué, bien diminué par l’esclavage à tous ses ordinateurs et à tous ses écrans ! L’homme augmenté qui nous est promis est un futur zombie de l’existence qui vivra seulement par procuration les bonheurs ou les malheurs de ses héros numériques.

Sans doute il y aura alors des « nouveaux juifs » à combattre, « des nouveaux juifs » à éliminer, dans cette nouvelle quête de la race supérieure ! Et qui seront ces « nouveaux juifs », sinon tous ceux qui chercheront l’humain augmenté par l’intérieur au lieu de recevoir passivement une humanité augmentée par l’extérieur ! Aucun doute là-dessus : le futur de l’homme devra être homologué par l’informatique greffée ! Aucun doute là-dessus : tous les humains non greffés ne tarderont pas à être suspects. Aucun doute là-dessus : tous les humains qui chercheront la sainteté ou l’homme augmenté par l’amour deviendront l’ennemi des peuples à plus ou moins long terme.

Le nouveau terrorisme sera le regard suspect porté sur tous les humains non greffés à leurs ordinateurs. La nouvelle intolérance consistera à les traiter de « sectaires », et à chasser le « gourou » comme on a déjà commencé à le faire ! Plus tard, ce sera le tour de tous ceux qui prieront encore, et plus tard le simple fait d’être croyant sera un délit !
Aujourd’hui, on se défoule sur toutes les formes de foi non homologuées (mais non homologuées par qui ?) Et demain, on fera pareil même avec la foi homologuée, même avec la foi tout court : tout homme de foi sera décrété égaré, tout homme de foi sera un danger pour la société ! Et la gestapo des associations anti-sectes pourra alors s’en donner à cœur joie, puisque tout humain qui priera encore sera devenu un malade suspecté de dérive sectaire.

Cela fait rigoler qui, toute cette histoire d’homme augmenté dans une réalité augmentée ? Cela fait rigoler qui, la chasse aux sectes non homologuées et aux vilains gourous qui a déjà commencé, et bientôt la chasse à l’homme de foi quelle que soit sa foi ? Cela s’appelle le double destin de toute l’espèce humaine, et qui peut savoir lequel va triompher ? Soit l’humain sera augmenté du dedans et une humanité meilleure pourra alors voir le jour, soit l’humain sera augmenté du dehors et alors il faudra craindre le pire… Tout cela est en train de commencer, là, maintenant, sous nos yeux !

Vous pouvez retrouver cet article sur le blog de Bernard Montaud  http://bernardmontaud.org/

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Bonne année

Bonne année !

Je grimace en écrivant cette banalité. C’est tellement répété sans conviction.
J’aurais même tendance à penser que chaque année écoulée est plus morose que la précédente.
2016 : année du terrorisme ; année de dégradation des relations sociales ; année de fissure de la démocratie… Et j’en passe : la guerre au Moyen-Orient, les flots de réfugiés, l’émigration massive en Europe, les catastrophes climatiques…

Alors faut-il baisser les bras ? Sombrer dans le pessimisme ?
Non, car chacun a le pouvoir de rendre son année bonne.
Non pas en se repliant sur soi, mais en agissant sur ce qui est à sa mesure.

Qu’est-ce que je peux faire pour que cette année soit bonne ?
Je peux faire en sorte que chaque jour soit un bon jour.
Mis bout à bout, sur 365 si j’en réussis la moitié plus un, j’aurai trouvé l’année bonne.

Qu’est-ce que je peux demain, voire même aujourd’hui ?
– Dire à mon épouse que je l’aime : je ne lui ai pas suffisamment dit cette année.
– Proposer à mes voisins un coup de main : ils n’osent pas demander quand ils en ont besoin.
– Et si je m’occupais vraiment d’une famille émigrée ? En poussant la porte d’une association caritative, je suis sûr que j’en rencontrerais et d’une autre façon qu’à la télé.
– Et si je prenais le même temps pour moi afin de ne pas m’épuiser et de ne pas me dégoûter d’aider ?
C’est bon un peu de chaleur, surtout en hiver.
On dit que la terre se réchauffe ; je perçois surtout qu’elle se dérègle. C’est pareil pour moi. L’agitation besogneuse ne me réchauffe pas ; elle m’épuise.
Par contre, la joie que procurent ces quelques serments réalisables me réchauffe le cœur et réoriente mes yeux : le monde est beau.

Christian Rœsch

Bonne année

Novembre 2016

Novembre 2016

Chacun va de son commentaire sur l’élection à la présidence de D. Trump.  Bien sûr il y a de quoi se faire du souci. Cependant il faut se rendre à l’évidence : il a été élu démocratiquement. Cela veut dire qu’il correspond au niveau de conscience moyen des Américains.
Sommes-nous mieux lotis pour juger ?
Sommes-nous plus accueillants aux émigrés, aux réfugiés ?
Nous occupons-nous si bien des sans-abris ?
Que faisons-nous pour les mal-logés ?

Élevons-nous au dessus du champ politique.
Nous assistons  à une poussée de l’ego qui croit en la vertu de l’argent,  symbolisée par Trump.
La richesse occidentale est exagérée. Elle en est devenue pathologique.  L’inquiétude ressentie provient du fait que,  au fond de nous, nous savons que le monde n’ira pas mieux dans cette direction.
Gitta Mallasz à la fin de sa vie percevait combien le progrès de la conscience est lent, très lent.
Inutile de sombrer dans la morosité. Un monde meilleur provient d’individus meilleurs.

REFLETS ne cessera d’œuvrer dans ce sens. Même si cela ne se voit pas.

L’équipe de rédaction

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Le Libanais sombre dans la dépression

Le Libanais sombre dans la dépression

Jean Sadaka*

La dépression est, sans exagération, une maladie chronique de marque libanaise déposée, répondant à des critères diagnostiques spécifiques. La dépression est l’un des troubles psychiatriques les plus fréquents dans notre pays. Si d’après l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), d’ici 2020, la dépression deviendra la deuxième cause d’invalidité à travers le monde, après les troubles cardiovasculaires, c’est l’inverse chez nous, et de loin.

 Dépression en hausse au Liban
La dépression à la libanaise se caractérise notamment par une grande inquiétude, un sentiment de désespoir, une perte de motivation, une diminution du sentiment de plaisir, des pensées morbides et l’impression de ne pas avoir d’avenir en tant que citoyen, l’émigration vers l’Ouest paraissant la seule issue.
Dans le milieu médical libanais, le terme dépression majeure est souvent employé pour désigner cette maladie. Elle survient généralement sous forme de périodes dépressives qui durent plusieurs années de suite.

 Causes
La guerre qui dure depuis 1975 au Liban, sous divers visages, est bien la cause primordiale de la dépression chez tous les libanais.
Au début de 2007, un quotidien libanais d’expression française, rapportait une augmentation des dépressions et des troubles anxieux manifestée notamment par une hausse importante de la consommation de médicaments qui peuvent « être achetés sans ordonnance et à volonté, y compris les antidépresseurs », selon le quotidien.
À chaque fois qu’il y a une guerre ou une crise, pour surmonter leur sombre quotidien, les Libanais sont de plus en plus nombreux à recourir aux calmants et aux antidépresseurs.
Dans de nombreuses pharmacies, la hausse des ventes est de l’ordre de 30 %. Beaucoup de gens avalent des somnifères, sans suivi médical.
La majorité des patients ont des pathologies liées directement à la guerre, comme des troubles de l’humeur, l’angoisse d’être séparés des proches ou un stress post-traumatique. Parmi les autres patients, beaucoup souffrent de troubles liés indirectement à la guerre, comme l’impact psychologique des images télévisées, l’accumulation des traumatismes, l’identification avec les victimes. La guerre médiatique entre les adversaires politiques et le langage de la menace adopté par les responsables des deux bords angoissent les gens.
En 2006, durant les trente trois jours de guerre contre le Liban, l’armée israélienne a usé de toutes les armes sales et toxiques possibles : missiles, obus de 155 mm, munitions incendiaires, « bunker buster », bombes à phosphore, à implosion, à laser, à fragmentation … Ces armes ont été employées massivement et de façon délibérée contre des populations civiles – victimes de la guerre à plus de 90%. Des zones densément peuplées, aux superficies exiguës et confinées, ont été noyées sous les bombes. Autrement dit des armes de destruction massive. Le Liban a ainsi servi de laboratoire expérimental où toutes les règles minimales du droit de la guerre ont été rendues obsolètes.

 La dépression économique
Le Liban subit de plein fouet les retombées économiques et sociales du conflit syrien. Compte tenu des liens historiques, économiques, sociaux et politiques qui unissent les deux pays voisins, le Liban a en effet maintenu ses frontières ouvertes aux réfugiés syriens. Aujourd’hui, leur nombre frôlerait les 2 millions. Soit un peu moins de la moitié de la population libanaise.
Pour ce pays pauvre en ressources, surendetté et à court d’argent, le grand point d’interrogation concerne ses capacités à trouver des solutions pour gérer l’impact de ce drame, qui exerce une pression économique et sociale insoutenable sur les communautés d’accueil.
Les réfugiés se concentrent surtout dans le nord et l’est du pays, où les communautés agricoles pauvres ont déjà du mal à joindre les deux bouts. Leur augmentation risque de freiner la croissance économique, d’aggraver la pauvreté et le chômage des Libanais et d’obérer les capacités financières, déjà tendues, d’un Trésor aux prises avec un endettement public qui a atteint 60 milliards de dollars en 2013, soit 140 % du PIB (un des pires ratios au monde).

 La dépression politique et les tirs de célébration
Depuis des mois, les Libanais observent avec angoisse leurs dirigeants se déchirer autour de l’élection difficile voire hypothétique d’un nouveau président. Le Parlement étant paralysé depuis deux ans en raison des profondes divergences politiques. Le Liban porte toujours les marques de la guerre. Une forme de folie hédonique plane sur le pays. On tire en l’air pour célébrer un mariage, un examen réussi, sa victoire aux élections municipales ou le discours d’un politicien même si cette tradition fait de plus en plus de victimes. Les tirs de joie sont très courants dans ce pays où les armes individuelles pullulent depuis la guerre civile (1975-1990).
On estime qu’il y aurait près de 4 millions d’armes légères au Liban, soit une arme par personne.

La dépression des chrétiens libanais
Il y a un véritable tabou au sujet de la dépression notamment dans les milieux chrétiens. Le chrétien doit être toujours joyeux, tenir bon et être fort, être zélé et faire tout ce que sa main trouve à faire, avoir le cœur en paix etc. La personne qui vit une dépression, au contraire, éprouve une profonde tristesse, une fatigue accablante qui la tient en retrait des activités habituelles de l’église, des idées pessimistes, parfois même morbides, qui viennent tacher la belle espérance qu’elle avait en Jésus. Les repères s’envolent, et le raccourci est bien vite pris : « Un chrétien ne peut pas être dépressif… La dépression est la maladie des païens ». Voilà la souffrance d’un peuple qui perd son âme.                                                                                                    

Rechercher une relation intime avec Jésus Christ
La maladie est connue depuis l’Antiquité. On en parle aussi dans la Bible, à propos de Job (livre de Job), d’Élie (1Rois 19), d’autres encore.
Dieu panse les cœurs brisés et libère les captifs  (Ésaïe 61.1). Jésus a connu la même détresse que nous, libanais. Au jardin des oliviers, il est abattu par la vision des souffrances qu’il va subir : « Mon âme est triste jusqu’à la mort ». Cet état d’impuissance devant la douleur, ce sentiment d’abandon, cette crise d’angoisse mortelle, Jésus les a vécus ! Et il va commencer sa prière par cette formule « Père, toutes choses te sont possibles, éloigne de moi cette coupe » ! Cette prière de découragement dans la tourmente montre qu’à ce moment sa souffrance est extrême, peut-être le moment le plus dur de la Passion.
Mais cette tentation de tourner vers Lui sa prière, il va la vaincre rapidement en rajoutant cette phrase : « Toutefois, non pas ce que je veux, mais ce que Tu veux ».
Jésus en prière dans la souffrance a comme nous libanais demandé d’éviter les épreuves. Si malgré sa puissance divine, sa sainteté, et la connaissance de l’amour de son père, Jésus a pu très momentanément avoir cette tentation, alors il est normal qu’en cas de détresse, nous puissions succomber à cette tentation de guider l’action de Dieu.

Vaincre la dépression par la prière
Une solution : Prier. La dépression est une vraie maladie qui peut être soignée par la médecine, mais aussi par la prière, et mieux encore, par les deux à la fois : «Des profondeurs je crie vers toi, Seigneur, écoute mon appel. Que ton oreille se fasse attentive à l’appel de ma prière » ! Ps 130 (1-2).

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*Notre correspondant au Liban est écrivain, journaliste et chercheur spécialiste en Sciences Religieuses. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages français d’inspiration religieuse et ésotérique dont récemment  Le nombre 7, symboles, mythes et caractères, éditions L’Harmattan, Paris, 2016 ».

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Culture et art, une dialectique féconde

Culture et art, une dialectique féconde

Christian Roesch

Le dossier « L’art, la création inspirée » invite à distinguer l’art et la culture.

La culture est l’affaire de la société. Cette dernière se reconnaît dans le miroir à facettes renvoyant ses composantes. Elle essaie à travers la diffusion d’œuvres diverses matérielles ou idéologiques de créer un sentiment d’appartenance à un groupe.
Par le fait que j’aime ou je n’aime pas, ma personnalité prend une position sociale. Rapp ou musique classique ? Peinture figurative ou abstraite ?
J’existe avec d’autres. La culture est un ciment de la vie en collectivité.

Nous nous différencions d’autres cultures en les présentant à notre connaissance (cf. le succès du musée des arts premiers Quai Branly).
Cela permet de découvrir ou redécouvrir d’autres modes d’existence en leur reconnaissant leurs valeurs différentes des miennes et des nôtres par rapport au groupe dans lequel je me situe.
Les lieux de culture présentent de l’art et de l’artisanat. Si possible le meilleur. La culture est au service de l’art. Car l’art demande à être montré.  Les outils de culture permettent de diffuser l’approche d’un point de vue nouveau. Ainsi le nouveau s’intègre dans la conscience humaine.

Progrès de l’humanité, progrès en humanité.

 Comment définir l’art si ce n’est par un dépassement de l’artiste que nous appelons création ?
Le créateur est tendu vers ce qui n’a jamais été exprimé. Comment le traduire ?
L’art ne peut être que passion.  Le nouveau surgit du dialogue de tous les organes des sens ensemble, unis dans le meilleur que l’artiste puisse donner. L’artiste ne peut se contenter de répéter. Ce qui le différencie de l’artisan qui peut répéter en tentant continuellement d’améliorer ce qu’il fait.

Ainsi chacun évolue entre trois plans de conscience
– La culture est dans un plan de conscience collectif.
Elle demande NOTRE adhésion commune.
– L’art interpelle chacun, « Moi, ça me plaît ! ». Il passe dans le plan de conscience de l’ego.
– La création artistique est dans le plan de l’individualité. JE crée, ou plus précisément « JE suis au service de la création ».
A noter que si je suis touché par la création, elle m’élève momentanément dans le plan créateur, elle m’associe à celui de l’artiste.

Ainsi les trois plans de conscience animant tout humain se complètent.
N’est-ce pas ce qui donne le sentiment du sacré : créer, aimer, partager ?

L’artiste accomplit une tâche sacrée
et toute tâche sacrée est un art.

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« Bonne » humeur du jour , par Christian Roesch

« Bonne » humeur du jour

Christian Roesch

En ce moment foisonnent des livres pressentant l’émergence d’une nouvelle société.
Très souvent l’analyse de la société actuelle est pertinente. Les approches de la nouvelle s’appuient sur des valeurs tout autres.
– Une vraie démocratie
– Une société participative
– Une économie humaine

Les auteurs dessinent ainsi des modèles envisageables fondés sur une citoyenneté éclairée. Les solutions adéquates sont fondées sur le partage, l’altruisme, la liberté.
L’utopie semble réaliste.

Que manque t-il pour que le rêve devienne réalité ?
Il manque Dieu !

Comment est-ce possible sans foi en l’homme ?
Comment est-ce possible sans effort sur soi-même, pour soi-même ?
Comment concrétiser ce que l’imagination envisage sans le mettre en application dès aujourd’hui ?

Le monde ne peut devenir meilleur sans que je ne devienne meilleur.
MAINTENANT.
D’où prendrais-je la force de cet effort ?
– Dans l’expérience d’amour qui en résulte.
Cet amour précède l’expérience. Il est. Avec ou sans moi. Il est sans limite, ni de temps ni d’espace.
Il est Dieu.

Le monde à venir ne peut provenir que de cette expérience, qu’elle soit nommée ou non.
Sinon, sous une forme ou une autre, c’est toujours l’égoïsme au pouvoir.
Rien de nouveau sous le soleil !

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 » Le secret tue plus que la vérité. »…par Jean-Luc Kopp

 » Le secret tue plus que la vérité.« …
par Jean-Luc Kopp, psychanalyste et psychanalyste corporel.

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Le 20 janvier 2016 paraissait LA DEPOSITION, écrit par la journaliste Pascale Robert-Diard . Ce récit nous conte la comparution devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine de Maurice Agnelet.
Cet ancien avocat est jugé pour la troisième fois, pour l’assassinat de sa maîtresse Agnès Le Roux, disparue à Nice trente-sept ans plus tôt. Le fils aîné de l’accusé, Guillaume Agnelet, provoque un coup de théâtre lorsqu’il demande à être entendu comme témoin. Il est déterminé à briser le secret de famille. Sa déposition aboutira à la condamnation de Maurice Agnelet à 20 ans de réclusion criminelle.
Le président de la cour d’assises : « Mais Madame votre fils a soutenu son père à Nice et à Aix en Provence!…Qu’est-ce qui selon vous, a pu conduire [Guillaume] à se rendre spontanément devant la justice pour tenir ces propos ? Pour quelles raisons affronte-t-il ce qui va forcément être une déflagration pour lui ?
La réponse de la mère tombe abrupte : « …Si je le savais, je serais psychanalyste. Je ne suis que moi. Je ne comprends pas …. »

Spontanément je n’aurais pas lu La déposition. Je n’aurais pas pu en effet imaginer que le récit d’une audience dans un procès d’assise puisse à ce point bouleverser et passionner.
Le lecteur ainsi que la chroniqueuse judiciaire qui fait récit de cette affaire se trouvent embarqués dans ce meurtre où le cadavre ne fut jamais trouvé. Aucune preuve n’avait pu être établie jusqu’à cette déposition.
Enfin c’est le dévoilement progressif de la vérité dans cette histoire qui finira d’emporter mon enthousiasme comme le souligne cet extrait :
« Pour une fois qu’il est central de se poser la question du droit à révéler ou pas un secret de famille! Pour une fois qu’il nous est donné d’assister au pouvoir dévastateur d’une vérité qui tue ! C’est une occasion rare, en effet, que soient décryptés les ressorts intimes et secrets qui poussent un fils à défendre son père alors qu’il le sait coupable, ailleurs que dans un cabinet de psychanalyste. Le praticien que je suis ne pouvait qu’être intéressé par l’exposition inaccoutumée, particulière à ce procès, des déchirements entre membres d’une famille. »

En premier lieu c’est l’épilogue judiciaire qui intrigue !
La veille du verdict, Guillaume Agnelet, le fils aîné de l’accusé, s’est rendu chez le procureur de Savoie pour y faire une déposition :
« Je suis convaincu que [mon père] est bien le meurtrier d’Agnès Le Roux…Je suis prêt à venir témoigner devant la cour d’assises de Rennes.»
Ce coup de théâtre surprend : ce fils accuse son père à présent, alors qu’il s’était battu à plusieurs reprises aux côtés de son père pour soutenir son innocence. Voilà précisément ce qui a poussé Pascale Robert-Diard la journaliste à rencontrer Guillaume et comprendre le dessous de cette déposition.

Perçons l’écorce des apparences.
Au président de la cour, alors qu’il est question des confidences décisives qu’elle a faites à son fils, Anne Litas répond:
-« Je les conteste formellement et je trouve tout cela irréaliste, rocambolesque [parce que] je n’ai jamais prononcé ces phrases.
-Pourquoi votre fils ressent-il aujourd’hui le besoin de dire tout cela ?
-Je ne comprends pas.(plus loin) Cet enfant est en souffrance …
Quant au père, voilà ce qu’il répond au président à la question « Qu’avez-vous à dire ? »:
« Tout cela est invraisemblable…Je partage l’avis de sa mère. Ce garçon est en souffrance. »

Les deux parents paraissent interchangeables. Le besoin pour leur fils de soulager sa conscience d’un poids trop lourd engendre la même obstination chez chacun d’eux : un secret de famille ne se révèle pas.
Anne Litas, mère de Guillaume est prise en flagrant délit par le président de séance de lire un papier alors qu’elle témoigne. Celui-ci lui rappelle que témoigner doit être un acte spontané. Comment ne pas déceler dans ce détail un aperçu de l’emprise exercée par Maurice Agnelet sur tous les membres de sa famille ? Celui-ci se révèle narcissique, aimant le pouvoir et l’argent. Il attend donc obéissance et soumission de chacun, ce à quoi obtempère sa famille depuis toujours.

Garder un secret pendant plus de 30 ans et soudain le révéler, quelles sont les motivations de Guillaume ?
Ce n’est ni un coup de tête, ni un acte provocateur qui pousse Guillaume à briser le secret de famille. La durée du silence est en somme proportionnelle à l’espoir déçu. Ne confie-t-il pas :
« …J’ai cru qu’avec le temps, ils atterriraient. Que l’on pourrait se retrouver un jour pour parler de notre guerre. Mais pas pour la nier. La vérité pouvait être un ciment entre nous, elle ne l’a pas été .Ce que je sais maintenant, c’est que le secret tue plus que la vérité. »
Guillaume espérait que l’unité familiale se ferait autour du secret. Mais à mesure que le temps passe, la désillusion grandit en lui jusqu’à cette prise de conscience redoutable « le secret tue plus que la vérité ».
Dans ces conditions nous entrevoyons pourquoi Guillaume a été jusqu’à proclamer par le passé qu’il savait son père innocent, proclamer que ce n’était pas un monstre « comme on l’a décrit ici ». Nous entrevoyons aussi pourquoi il restait persuadé devoir se taire.
« On n’a pas le droit de révéler un secret de famille. »
Guillaume a fait front avec son frère, sa mère pour défendre l’innocence de son père tout en le sachant impliqué et coupable. Etrange paradoxe !
Sauf si l’on considère comme l’écrit Pascale Robert-Diard que « Guillaume a enfin trouvé sa place et son rôle auprès de Maurice ». Il est le bon fils enfin. De quoi un fils est-il capable en effet pour obtenir un peu d’importance dans les yeux de son père ?
Guillaume va jusqu’à connaître le dossier de l’instruction dans ses détails, jusqu’à lire les pages du journal intime d’Agnès Le Roux ! Celle-ci intrigue et bouleverse Guillaume « parce qu’elle est ce qu’il n’est pas, ce qu’il aurait aimé être.
Ces deux êtres sont frère et sœur de souffrance : Agnès tout comme Guillaume s’est totalement donnée à Maurice Agnelet, pour aboutir au même constat désenchanté :
« je t’en veux parce que je n’arrive pas à penser que j’ai tort de croire en toi. « 

Pourquoi s’en vouloir d’avoir à ce point cru en Maurice Agnelet ?
Ce seront les propos du psychiatre JC Chanseau mandaté par la cour qui nous éclaireront :
« Pour Maurice Agnelet, l’autre n’existe pas. Il est englouti. Dans son lien à autrui, Maurice Agnelet est indifférent à celui qui est au bout du lien. Ce qu’il aime c’est le lien et il n’y a pas de rupture possible de ce lien. Toute personne qui tente de lui échapper doit être réduite ».
La vérité paraît cadenassée et ce d’autant plus que Maurice Agnelet semble jouir des confidences qu’il a distillées à ses proches. Ainsi ces propos terribles que Maurice murmura un jour à Guillaume :
« De toute façon, tant qu’ils ne retrouvent pas le corps, je suis tranquille […] et moi le corps, je sais où il est. »
Incroyable aveu ! Pourtant jusqu’à la décision de sa déposition, Guillaume restera loyal. Quel combat cela a-t-il dû représenter de couvrir un mensonge alors que l’on connait la vérité !
Aussi n’y a-t-il pas lieu de s’étonner qu’après la déposition et le face à face final devant les jurés, Maurice se contentera d’affirmer :
« Je n’ai pas tué Agnès Le Roux.»
Pour que Maurice Agnelet garde cette attitude, il y a fort à parier que lui-même demeure blessé dans sa relation à son père. Tout l’espoir de Guillaume d’un lien fort, exclusif, aimant de la part de son père n’est que le reflet des mêmes attentes de Maurice à l’égard de son propre père. Alors que les illusions tombent chez Guillaume (pour aboutir à la déposition) Maurice quant à lui demeure non seulement sourd aux attentes de son fils mais en premier lieu à sa blessure d’enfant. Dès lors Maurice Agnelet se condamne à cette fermeture radicale à lui-même et par voie de conséquence aux autres.

Délivrance ?
L’identité de Guillaume ne pouvait que vaciller. S’il a été violent comme il le reconnaît, vis à vis de son père, c’est avant tout envers lui-même qu’il a dirigé cette violence.
Il a cherché de l’aide, y compris du côté de la religion, en vain ! Garder le silence sur les confidences reçues par son père menaçait de le rendre fou voire de le pousser au choix de disparaître. Certes il paiera le prix fort pour avoir choisi la vérité : se retrouver seul, exclu de la famille. Pourtant le choix fait par Guillaume de déposer et témoigner à la cour d’assises, sa rencontre avec la journaliste du Monde et enfin le livre l’ont probablement sauvé.
Pascale Diard a permis à Guillaume de se sentir entendu et reconnu. La violence subie d’être à ce point nié dans les yeux de son père, même quand il a défendu envers et contre tout ce dernier, se trouve enfin prise en compte. Elle peut prendre sens.
Un dernier extrait confirme le début d’intégration de l’histoire subie par Guillaume :
« Guillaume Agnelet éteint l’écran d’ordinateur …Son fils de 2 ans trépigne. Il le hisse sur ses épaules et se dirige vers le jardin public … »
Guillaume adorait cela, petit. Ce souvenir bon qui remonte témoigne que l’histoire pourra cesser de se répéter. Deux images quasi identiques, mais deux réalités différentes : Guillaume 8 ans s’accrochant au dos de son père sur la moto, est déjà dans une relation faussée. Lui aime ce papa alors que ce dernier en est déjà incapable. Le fils de Guillaume, 2 ans, sur les épaules de son père vit une relation vraie .La chaîne est brisée grâce à son choix de voir et dire la vérité entière.

Quelques éléments de réflexion.
Oui ce récit de Pascale Robert-Diard m’a touché tant son souci de voir au-delà des apparences rejoint celui du psychanalyste. Pour autant, sa description sensible des coulisses de ce drame familial m’incite à y apporter quelques prolongements.
Guillaume a longtemps cru pouvoir trouver une place de fils. Quitte pour y parvenir à nier ses valeurs, son éthique. Seul un immense désespoir lié au fait de ne compter pour rien dans le regard d’un père peut expliquer un choix insensé comme celui de taire si longtemps une horreur, taire un meurtre!
Maurice ne peut considérer l’autre qu’en fonction du degré de dépendance que ce dernier entretient avec lui. Son comportement manipulateur va jusqu’à transformer l’autre en complice : les révélations macabres distillées au fils, à l’épouse soudent ces derniers dans une cohésion familiale atroce !
Comment ne pas deviner derrière son besoin de dominer, de mépriser l’autre la résurgence d’un passé lointain dans lequel un petit garçon confronté à une immense peur a dû se sentir bien impuissant ! Il faut avoir été soi-même enfant, prisonnier d’une histoire qui le dépasse pour devoir, adulte instrumentaliser chaque personne rencontrée !
Contrairement à Guillaume le secret qu’il garde ne sera jamais levé. Plutôt le mensonge que la vérité même si cela s’accompagne du fait d’être emmuré dans son histoire et incarcéré.
Guillaume sauve sa santé mentale en choisissant de révéler le secret familial .Par contre il lui manque une dimension de réconciliation. Il est soulagé mais au prix d’une implosion familiale et d’une solitude amère.
Le travail de réconciliation en psychanalyse corporelle permet non seulement d’appréhender et comprendre les mondes de ses parents et le sien. Le surcroit de sens bouleverse et conduit à un véritable pardon.

(1)Edition L’Iconoclaste.
Pascale Robert-Diard est journaliste au Monde où elle tient la chronique judiciaire depuis 2002. Elle est l’auteur avec Didier Rioux de Le Monde, les grands procès, 1944-2010 Ed. Les Arènes, 2010.

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La Quête du Saint Graal, mythes et symboles, par Jean Sadaka

La Quête du Saint Graal, mythes et symboles
par Jean Sadaka

Notre correspondant au Liban est écrivain, journaliste et chercheur spécialiste en Sciences Religieuses. Il est l’auteur de plusieurs ouvrages français d’inspiration religieuse et ésotérique dont récemment Le nombre 7, symboles, mythes et caractères, éd. L’Harmattan, Paris, 2016.

Le mystère
Le monde n’a pas cessé, depuis plus de 2.000 ans, de chasser le Saint Graal, le Saint Calice utilisé par Jésus Christ lors de son dernier repas, la Cène, aussi bien que la Sainte Coupe qui a recueilli son précieux Sang, quand le corps du Christ fut percé par la lance du centurion Longin. Ainsi cet objet énigmatique est-il l’un des plus mythiques et sa quête l’une des plus vieilles, des plus mystérieuses et des plus fascinantes.
Rois, chevaliers, producteurs, directeurs de films, compositeurs de musique, organisateurs de colloques, auteurs, chercheurs et aventuriers ont suivi la trace du Graal, cherchant à dévoiler son mystère.

Étymologie
Le mot vient probablement du latin « crater », qui signifie « coupe », nom qui fut donné par la tradition romanesque du Moyen-âge à cet objet précieux. Attesté au XIème siècle sous sa forme latine « gradalis » ou « cratalis », il existe également en provençal « grazal » ; il se confond souvent avec le terme qui désigne la corbeille où lève la pâte « cratis », et avec la pierre philosophale.
Le Graal fut alors désigné comme un « vase » (vaissel) ou (vayssel). Petit à petit, il fut représenté non pas comme une écuelle ou un plat, mais plutôt comme une coupe ou un ciboire.

Le mythe
Selon la mythologie chrétienne, le Graal aurait été taillé par les anges dans une émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute. Il fut confié à Adam dans le paradis mais celui-ci le perdit après sa transgression, n’étant pas autorisé à l’emporter hors du paradis. Récupéré par Seth, 3ème fils d’Adam, il parvint par une transmission secrète à Jésus Christ le jour de la Cène. C’est dans cette coupe que fut recueilli le sang de notre Sauveur. Le Graal aurait été ensuite transporté en Grande-Bretagne par Joseph d’Arimathie, chef militaire de Ponce Pilate, disciple secret de Jésus, et par Nicodème. Là, le petit-fils de Joseph d’Arimathie fonda la dynastie des Rois pêcheurs, gardiens du Graal.
Selon la mythologie celtique, le Graal n’est que le chaudron du Dagda, la coupe de souveraineté, symbole de résurrection, abondance et sécurité. Suite à la christianisation de l’Angleterre, le mythe se transforme et le chaudron devient le calice utilisé par Jésus Christ lors de la dernière Cène. Mais le Moyen-âge a fait du Graal un mythe chrétien par excellence tout en intégrant dans son culte les mythes développés par la mythologie celtique. Ainsi, le Graal se transforme en relique christique sacrée et vénérée mise sur le même plan que les instruments de la Passion faisant l’objet d’une dévotion particulière au Moyen-âge. Le Graal devient alors le Calice de la Passion.
Cet objet mythique apparaît pour la 1ère fois dans le roman Perceval ou le Conte du Graal de Chrétien de Troyes, vers 1170 – 1180 ; il est présenté comme une splendide pièce d’orfèvrerie magnifiquement ornée qui peut contenir de grands poissons ; il offre aussi depuis 12 années au père du Roi Pêcheur un aliment vital, l’hostie : on ne parvient jamais à voir qui la dépose donnant ainsi au Graal un caractère magique, merveilleux et mystique.
Robert de Boron l’identifie au Calice liturgique qui a servi à l’Eucharistie ; ce calice émet un rayonnement divin, une lumière due à la présence mystique du Christ. Ce sera la version la plus largement diffusée en France et en Angleterre.
Dans la version allemande de Wolfram von Eschenbach, le Graal est une magnifique pierre précieuse, apportée du ciel par une colombe, nommée lapsit exillis, liée à la chute des anges. Avec lui, le mythe prend une tournure nettement ésotérique.

La Quête initiatique
La coupe fut malheureusement perdue par Alain le Gros, petit-fils de Joseph d’Arimathie. L’enchanteur Merlin conseilla alors au roi Arthur, modèle de vaillance et de courtoisie, de la retrouver.
Arthur fit faire, vers 1220 – 1230, dans son château de Camaalot, la Table ronde autour de laquelle 150 chevaliers, présidés par 12 principaux nobles seigneurs Bretons ; ces hommes y prenaient place formant l’élite du royaume Breton, tous chevaliers, tous égaux ; leur but était de prouver leur courage, leur foi et leur vertu ; ils avaient pour mission et fonction principales de partir à la recherche du précieux Calice : c’est la « Queste du Graal ». Cette table, symbole de la rondeur du monde et de la course des planètes dans le cosmos, indique que la « Queste » n’est pas d’ordre terrestre mais plutôt cosmique. Elle est la découverte des significations spirituelles et doit se poursuivre non pas à pied suivant le sens littéral d’un déroulement historique mais plutôt à cheval, l’animal psychopompe, car il s’agit d’un voyage symbolique à travers l’espace et le temps.
Les premiers chevaliers qui prononcent le serment sont 7 : Lancelot du Lac qui, en route, tomba amoureux de Guenièvre, la femme du roi Arthur ; Galaad ; Perceval ; Bohort ; Gauvain ; Lyonnel et Helain le Blanc. Perceval, Bohort et GaIaad ont poursuivi la Queste et arrivent à Sarraz, sur la nef de Salomon. Ils touchent au but tous les trois mais un seul va l’emporter. Il est annoncé que l’Élu ne sera pas Perceval mais plutôt Galaad, le chevalier « spirituel ».
Devant le Graal entouré d’une lumière surnaturelle, Galaad est saisi par l’Unio Mystica, prélude de la vision béatifique céleste. C’est donc Galaad le pur, le chevalier parfait, fils de Lancelot et d’Elaine, fille du roi Pellès, qui emporte le Graal après avoir eu le fin mot de l’énigme : la coupe présentée comme un nouveau symbole mystique dont le sens enfin dévoilé met fin aux aventures terrestres où s’épuise la chevalerie.
La quête spirituelle du Graal consiste à la retrouver. Telle est, dans l’esprit public, la substance du mythe. Il représenterait le trésor ultime pour celui qui le possèderait. Parmi ses innombrables pouvoirs, il possède, outre celui de nourrir (don de vie), celui d’éclairer (illuminations spirituelles).

La symbolique du Graal
1 – La Connaissance
Le Graal symbolise la Queste de la Connaissance et du Savoir, Connaissance perdue depuis la nuit des temps ; Connaissance illuminée qui ne demande qu’à être retrouvée par la magie compassionnelle d’un Graal d’amour. Sous forme de coupe ou de pierre, le Graal symbolise donc l’Arbre de la Connaissance tout en apportant le savoir transcendant en ce qu’il dévoile à chacun sa totalité.

2 – L’ Amour
Le Graal symbolise la recherche de l’Amour Divin à travers la connaissance des mystères.

3 – La perfection humaine
D’après les mythes, seule la personne ayant une âme commune à celle de Dieu se verra remettre le Graal, symbole de la perfection humaine. Dans le monde des chevaliers, il est important d’accomplir un exploit prestigieux. Retrouver le Graal est donc la quête suprême pour le chevalier dont les aventures sont situées à la fois dans le monde humain et dans le monde spirituel. La Quête du Saint Graal devient vite la fin ultime de toute chevalerie.

4 – Le nombre 3
Le Graal, comme le chaudron au trépied est, dans la mythologie celte, associé au nombre 3 (les 3 gouttes du chaudron de la Déesse-Mère, les 3 objets qui ne peuvent être conquis que par 3 chevaliers au cœur pur), et le Roman du Graal est presque tout entier composé en l’honneur de la Trinité : « Tu tiens le sang des 3 personnes en un seul Dieu ».

La Sainte Vierge du Graal
Le Graal, selon la théologie chrétienne, symbolise la Sainte Vierge Marie dont le ventre, « nouveau sépulcre », a contenu le corps du Christ pendant la gestation de sa reconnaissance divine. Elle est donc perçue comme une Coupe Mystique, une Coupe Humaine qui a contenu en ses flancs le Dieu fait homme. Dans les litanies, n’est-elle pas assimilée à un cratère ou à une coupe ? Elle personnifie un Graal vivant et l’on peut la qualifier de « Sainte Vierge du Graal ». Être gardien de la Sainte Vierge – « Femme, voici ton fils ! Homme, voici ta Mère »- équivaut par conséquent à être « Gardien du Graal ».
En Russie, dans le monastère de Vladyk à Serpoukhov, se trouve une icône de la Sainte Vierge Marie appelée « Le Calice inépuisable ».

La vraie quête du Graal
Dans la majorité des mythologies et traditions, il est fait allusion à un objet qui, à partir d’une certaine époque, aurait été perdu ou caché : c’est, par exemple, le Soma des Hindous ou le Haoma des Perses, le « breu-vage d’immortalité » ; ce dernier a un rapport fort direct avec le Graal, puisque celui-ci est le vase sacré qui contient le sang du Christ, autre « breuvage d’immortalité ».
Cette émeraude tombée du front de Lucifer lors de sa chute rappelle d’une façon très frappante l’Urnâ ; cette perle frontale dans le symbolisme hindou, et ultérieurement dans le Bouddhisme, tient souvent la place du 3ème œil de Shiva, représentant ce qu’on peut appeler le « sens de l’éternité ».
Avec le mythe du Graal apparaît donc l’espoir de la rédemption et la croyance que le monde pourra être libéré du mal.
La vraie quête du Graal devient donc la quête de la vérité ultime, de la Connaissance, pour un monde qui va vers son achèvement.

La coupe du salut
Nous lisons dans le psaume 116 (115) ,12-13 :
« …Que rendrai-je à Yahweh pour tous ses bienfaits à mon égard !
J’élèverai la coupe du salut, et j’invoquerai le nom du Yahweh… ».
Ne s’agirait-il pas de la même coupe, puisque la coupe du salut est unique ?!

Enfin, les premiers chrétiens ont conservé les Instruments de la Passion notamment la Vraie Sainte Croix, le Voile de Véronique, la Sainte Tunique et le Saint Suaire… Pourquoi le Saint Calice de la Cène et la Sainte Lance du centurion Longin ne bénéficieraient-ils pas de la même dévotion ?

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La miséricorde dans les religions monothéistes par Marie-Dominique Mutarelli

La miséricorde dans les religions monothéistes
par Marie-Dominique Mutarelli

 

Le concept de miséricorde n’existe pas dans le bouddhisme. Mais la compassion, étymologiquement « souffrir avec », est au cœur de cette religion : l’empathie pour la souffrance de tous les êtres vivants prônée dans le bouddhisme conduit ses adeptes à respecter concrètement toutes les formes de vie.

En revanche, le thème de la miséricorde relie les trois religions monothéistes qui toutes la considèrent comme l’un des principaux attributs de Dieu.
En hébreu et dans l’Islam, c’est la même racine sémitique, rah’amim ou rahma, qui désigne la miséricorde. Son sens premier évoque les entrailles, le sein maternel, l’utérus qui porte l’enfant en gestation.
La religion juivea été la première à recevoir la révélation de la dimension miséricordieuse de Dieu. Les récits de l’Ancien Testament témoignent de l’amour divin pour son peuple en réponse aux vicissitudes auxquelles celui-ci est soumis, et cela malgré ses trahisons. Ils évoquent ainsi très concrètement l’attachement viscéral d’un père pour ses enfants. Dieu qui a créé l’homme à son image lui demande d’être miséricordieux à son tour : « de même que moi je suis miséricordieux, soyez miséricordieux vous aussi ».
Dans le Coran, le mot miséricorde est l’un des plus utilisés pour désigner Dieu. Chaque sourate du texte sacré est introduit par la formule rituelle : « Au nom de Dieu le miséricordieux, le très miséricordieux, … ». Dieu dans sa miséricorde adresse aux hommes son message. Mais Il leur demande en contrepartie d’être miséricordieux avec leurs semblables : « soyez miséricordieux avec ceux qui sont sur terre pour que celui qui est dans les cieux soit miséricordieux avec vous ». Venir au secours de ceux qui sont dans le besoin est l’un des cinq piliers de l’Islam.
Le christianismemet, quant à lui, l’accent sur le Cœur de Dieu, non plus sur ses entrailles. Le mot latin misericordia vient de misereri (avoir pitié) et cor (cœur) : avoir le cœur plein de miséricorde c’est être compatissant, sensible au malheur d’autrui. Par tendresse pour les hommes, Dieu leur envoie son fils Jésus, pour révéler le mystère de l’amour divin dans sa plénitude. Sa vie et son enseignement fondés sur la miséricorde et l’accueil du pécheur rendent cet amour tangible.

Dans la bulle d’indiction, François appelle les chrétiens, les juifs et les musulmans à retrouver, à travers le thème de la miséricorde, la voie du dialogue et du respect mutuel. « Que cette année jubilaire, vécue dans la miséricorde, favorise la rencontre avec ces religions, … qu’elle nous rende plus ouverts au dialogue pour mieux nous connaître et nous comprendre.» En février 2016, la rencontre du pape François avec le patriarche de l’Eglise orthodoxe, qui intervient après mille ans de rupture entre les Eglises catholique et orthodoxe, est elle aussi un signe de cette miséricorde vécue.

REPONSE AU RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE : Polyculture végétale et Polyculture humaine

RÉPONSE AU RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE :

Polyculture végétale et Polyculture…humaine

 

 Pendant un an, Le CEFE et l’INRA ont cultivé sur 120 mini-parcelles, cinq espèces fourragères (luzerne, trèfle blanc, ray-grass, dactyle, fétuque). Des parcelles ont eu une seule plante en monoculture, d’autres les différentes plantes en polyculture, et ils ont fait varier la diversité génétique, certaines parcelles n’abritant qu’un seul type, d’autres plusieurs génotypes. Certaines parcelles n’ont pas reçu d’eau autre que les pluies, pour vérifier le comportement des plantes en situation de sécheresse.

Les résultats qui viennent d’être publiés dans la revue Nature plants montrent sans ambiguïté que les polycultures ont eu, en moyenne, un rendement meilleur que les monocultures, surtout en condition de sécheresse. La biodiversité génétique apporte un second enseignement : « Les parcelles contenant dix génotypes différents pour une seule espèce, au lieu d’un seul, ont présenté une meilleure stabilité de rendement d’une année sur l’autre. »

Les plantes se partagent les ressources en eau et nutriment.

« Ce résultat s’explique par le comportement des plantes entre elles. Dans les parcelles en polycultures, les plantes n’extraient pas l’eau et les nutriments à la même profondeur dans le sol, leurs racines étant extrêmement différentes. Il y a donc une meilleure répartition de la ressource disponible. Le rendement plus stable avec un nombre de génotypes plus important s’explique par les capacités individuelles de résistance de chaque individu, ce qui augmente les chances qu’au moins une partie de la population soit moins affectée par le manque d’eau. Avec un seul génotype, la totalité des plantes souffre en même temps. »

(http://www.sciencesetavenir.fr, article de Loïc CHOVEAUX, 18 juin 2015)

Et si on remplaçait le mot « plante » par le mot « homme », le mot « parcelle » par le mot « pays », le mot « génotype » par le mot « origine », le mot « sécheresse » par le mot « crise », alors nous aurions l’explication simple qu’il est meilleur pour l’ensemble d’un pays d’avoir une diversité d’humains d’origines différentes, afin de mieux résister aux crises que nous traversons. Il y aurait une meilleure répartition des ressources disponibles. Donc la solution n’est pas de rester entre nous, dans un pays dont les frontières resteraient fermées en cas de crise, mais d’accueillir des hommes et des femmes d’origines différentes afin de mieux passer nos épreuves.

Alors réécrivons le texte :

« Ce résultat s’explique par le comportement des Hommes entre eux. Dans les pays en polycultures, les Hommes n’extraient pas leurs émotions et sentiments à la même profondeur, leurs racines étant extrêmement différentes. Il y a donc une meilleure répartition des émotions et sentiments disponibles. La créativité plus stable, avec un nombre d’origines plus important, s’explique par les capacités individuelles d’acception de chaque individu, ce qui augmente les chances qu’au moins une partie de la population soit moins affectée par la crise. Avec une seule Culture, la totalité des hommes souffre en même temps. »

Maxime Mocquant

L’écologie intégrale commence par une écologie de l’esprit- Christophe Roux-Dufort

Le sommet des consciences pour le climat qui s’est tenu le 21 juillet dernier à Paris en présence des grandes autorités religieuses restaure l’homme en tant qu’être psychique et spirituel dans les réflexions sur la crise environnementale. Il est temps, car cette dimension manque bien souvent dans les discussions qui entourent le sujet. Il semble pourtant surprenant de faire abstraction de la personne dans son rapport avec son environnement intérieur pour saisir l’essence des relations qu’elle entretient avec son environnement extérieur.

Dans sa dernière lettre encyclique, Laudato Si, le pape François souligne d’ailleurs le rôle primordial joué par l’homme dans la dévastation de la planète. Il évoque en particulier dès la première pageen quoi la violence dans le coeur des hommes se traduit dans les violences qu’ils infligent aux biens communs qui constituent notre habitat.

Dans une société qui a perdu le sens du sacré, est-il si étonnant que la nature précieuse et vitale des équilibres et des ressources qui nous entourent soit reléguée sans autre intérêt que d’en exploiter les potentiels commerciaux et financiers ? Comment peut-on expliquer un tel traitement à la terre si ce n’est en commençant par s’interroger sur le traitement que se réserve l’homme à lui-même ?Aurait-il idée de salir la planète s’il n’amorçait pas ce mouvement de l’intérieur ? C’est à cette réflexion que le sommet des consciences pour le climat en écho au pape François nous invite, pour retourner la caméra et découvrir au coeur de l’esprit humain l’origine des salissures de la terre.

Trois pistes de réflexion
Si nous devions avancer trois pistes de réflexion sur la source intérieure de cette souillure, il nous faudrait certainement interroger en premier lieu les abus d’un esprit humain analytique qui fragmente, compare, juge et surtout sépare ce qui devrait parfois être uni et rejoint en commençant par séparer la personne d’elle-même et des autres. En second lieu, il serait utile de mentionner que cette incessante séparation est une façon de rester sourd à une condition inhérente à la nature humaine, la souffrance.

Or toutes les grandes traditions le rappellent : la condition humaine est souffrance.Le mythe du péché originel évoqué par le pape François dans sa lettre symbolise par exemple cette séparation profonde de l’homme avec son essence sacrée. La colère subséquente qu’il nourrit contre lui-même, ce jugement incessant sur ses actes et sur ceux des autres, ne constitueraient-ils pas la pollution psychique première qui finirait par se retourner vers l’extérieur et s’incarner en salissure planétaire ? En troisième lieu, il conviendrait de souligner que cette souillure prend aussi ses racines dans le puissant sentiment d’existence que nous, Occidentaux, entretenons en accumulant des biens et des richesses. Sentiment sain dans une certaine mesure, mais si pathologique dès lors que chaque point de richesse acquis pour des biens parfois inutiles en détruit cent ailleurs.

Conversion écologique
La conversion écologique à laquelle nous invite le pape François est avant tout une transformation de la pensée. À la pollution de l’esprit, il faut substituer une écologie de l’esprit, chère à l’anthropologue Gregory Bateson, qui consiste à ne plus succomber à la violence intérieure infligée à nous-même et aux autres. Le développement durable tant affiché commence ainsi par un homme durable, propre et attentif vis-à-vis de lui-même, de ses propres ressources et donc de celles d’autrui et de la terre. Cette écologie de l’esprit sèmerait sans doute des conditions favorables à des prises en charge économique, politique et sociale plus profondes et plus pérennes.

Qui d’autre que des sages, des philosophes ou des autorités spirituelles, spécialistes de l’intériorité humaine, pourrait apporter cet éclairage ? C’est pourquoi cette transformation passera sans aucun doute par une prise en compte plus systématique, dans les discussions sur l’avenir de la planète, des grands courants religieux et spirituels qui manquent souvent cruellement à l’appel pour contribuer à des avancées solides vers une écologie intégrale appelée là encore de ses voeux par le pape François, qui reconnaît la possibilité d’un meilleur de l’homme au service d’un meilleur pour la planète.

 Christophe Roux-Dufort

Faculté des sciences de l’administration à l’Université Laval

29 juillet dans LE DEVOIR, journal quotidien du Canada français,

La vie en communauté, solution d’avenir -Christian Roesch

La vie en communauté ne semble concerner qu’une infime minorité. Pourtant elle intéresse beaucoup de monde. Pourquoi ? Parce qu’elle apparaît assez inconsciemment comme une solution d’avenir.

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Pour le moment, elle parle aux jeunes, étudiants et travailleurs qui se groupent en colocation, pour des motifs économiques et pratiques. C’est juste un passage vers une vie établie. Cependant elle laisse des traces par son pragmatisme. Elle intéresse les nouveaux retraités, pour la mise en commun des objets à usage intermittent, pour la mise de fond allégée, pour le mode de vie au-delà du couple démotivé.

Différents niveaux d’intégration sont possibles : du partage d’espaces communs facultatifs comme le jardin, la buanderie, la chaufferie, le parking, à ceux indispensables à la vie quotidienne comme le salon, la salle à manger, la cuisine. Elle intéresse les personnes âgées.

La maison de retraite est une vie en communauté imposée. Alors pourquoi ne pas choisir avec qui vieillir et dans quel cadre ?Cette alternative conserve la responsabilité de son mode de vie et incite à des efforts physiques et psychiques propices à la santé. Des promoteurs développent des habitations pluri-générationnelles où l’entraide réciproque est la règle de base. Tout ceci ne suffit pas pour que ce soit une solution d’avenir.

Je définis l’avenir comme le progrès de la conscience :
progrès individuel de la conscience lorsque le temps qui passe épanouit la joie de vivre chez chacun.
progrès collectif de la conscience, mesurable dans l’évolution des rapports humains, avec plus de respect, de convivialité, d’entraide et de solidarité. La vie en communauté, pour réussir, fait appel à ces qualités.
Le seul modèle par le passé concerne la vie monastique. Depuis des millénaires, des hommes dont le but explicite est de progresser en amour, se réunissent dans des structures plus ou moins fermées. Cette expérience existe aussi bien en orient qu’en occident quelle que soit la religion de base.

La vie en communauté laïque,civileimplique un dépassement de l’egocomparable pour réussir, c’est-à dire avoir simplement envie de rester ensemble. C’est un exploit. Pourquoi ? Le conjoint, dans l’intimité au quotidien, est rapidement insupportable. Il nous renvoie l’image douloureuse de notre histoire, le petit enfant blessé qui vit toujours en nous. Nous préférons nier notre responsabilité, accuser l’autre. L’« écrasé » va rencontrer l’« écraseur », l’ordonné, le négligent, etc. N’est-ce pas la source de nos difficultés de couple ?
Aujourd’hui presque un couple sur deux divorce, c’est un constat. La société a depuis 50 ans, favorisé la séparation en cas de désaccord. Tant mieux ! Ceux qui restent ensemble le font par amour vrai. C’est un progrès de la conscience. Songez que si réussir à vivre avec les défauts d’un autre est un dépassement considérable, vivre à plusieurs multiplie l’insupportable. La tentation de séparation s’en trouve accrue. Cette expérience, laïque ou religieuse, plus ou moins réussie, parce qu’elle existe, tire l’humanité vers le haut.

Avec mon épouse, nous avons fait le pari de nous investir dans cette aventure. Nous avons choisi cette solution pour bien vieillir, et pour servir la Vie. Surmonter les difficultés de notre personnalité a une contrepartie très bénéfique : partager nos problèmes crée un partage de notre créativité. Je m’explique : aimer l’autre, y compris dans ses souffrances, c’est se donner à fond pour l’aider à trouver des solutions à ses problèmes. C’est déjà captivant dans le domaine personnel et familial, c’est génial pour les problèmes liés au service, à la tâche des uns et des autres. Dans cet ordre d’idée, quelle joie quand fuse soit une suggestion inattendue pour l’association caritative de l’un, soit une proposition pour REFLETS, ou encore une piste pour le service d’un troisième ! Alors les petits problèmes de vaisselle qui traîne deviennent secondaires. C’est cela le vrai bonheur. Il a le goût, à toute petite échelle, de ce que l’humanité peut devenir. ■

Texte d’introduction au dossier de REFLETS n° 16

Une rencontre : Lilou MACE

J’avais déjà vu des interviews que fait Lilou MACE sur youtube. On y arrive parce qu’un jour un « ami » de facebook, partage une vidéo. Par hasard, j’allais dire, mais y a-t-il vraiment un hasard ? Ou bien sommes-nous mûrs à ce moment-là pour être interpellés ? Je m’étais ensuite abonné à sa chaîne TV sur internet, (www.lateledelilou.com). C’est comme cela que je me suis retrouvé un soir d’Avril dans une salle à Mulhouse pour une conférence animée par Lilou. C’est elle qui nous accueille avec des mots gentils, légers.

Elle nous raconte son chemin depuis qu’elle a créé la TV de Lilou, chemin initiatique dans un premier temps ; l’instant présent pleinement vécu y est générateur d’une énergie extraordinaire. Elle débute son propos toujours par la même phrase, comme un mantra : Bonjours mes délicieux cocréateurs et cocréatrices.

Elle insiste ainsi sur le fait que la rencontre avec les gens est source de création d’instants merveilleux pourvu que nous soyons présents et ouverts à l’expérience. Tout est sur le même ton, léger ; parfois elle s’égare dans le développement d’histoires et ne se souvient plus du pourquoi ! C’est plein d’humour et d’humeur joyeuse. J’y ai passé un moment unique en me prêtant à son jeu. Puis autour d’un pot de l’amitié – tout biologique – elle n’hésite pas à consacrer du temps aux personnes qui l’interpellent, qui prennent des photos. Si vous apprenez qu’elle passe dans votre région, n’hésitez pas, allez à sa rencontre, vous verrez ce que signifie énergie créatrice.

Maxime Mocquant

Le cancer,une excroissance pour croitre intérieurement-Christian Roesch

Le cancer, un chemin de réconciliation, de réunification ? C’est ce qu’a vécu Christian Roesch. Avant d’être fondateur de REFLETS, il exerçait le métier de chirurgien-dentiste, orienté vers les pratiques alternatives. Un cancer de l’œsophage l’a amené d’abord à apprécier les bienfaits de la médecine classique, puis à comprendre l’invitation de cette maladie à se dépasser pour servir la vie.

Christian Roesch

Une difficulté à avaler, comme un raclement dans le fond de la gorge, me voilà en route pour me faire soigner par un naturopathe. Ma tendance – due à mon histoire depuis mes premiers jours sur terre – a toujours été de me méfier de la médecine institutionnelle et par réaction de faire plutôt confiance à ceux d’à côté. Si bien que j’ai étudié et pratiqué les médecines dites alternatives avec frénésie (homéopathie,acupuncture,kinésiologie,orthodontie fonctionnelle…). Ce thérapeute ne me procura aucun résultat. J’ai persévéré en allant voir un médecin acupuncteur chevronné et réputé. Il m’a remarquablement rééquilibré les énergies des méridiens mais cela n’a eu aucun effet sur mon problème. Il m’a envoyé vers un magnétiseur renommé. Pareil ! Si bien que mon problème s’aggravant (douleurs, vomissements…), je consulte mon généraliste et ami. Bien sûr j’aurais dû commencer par lui mais on ne se refait pas ! Il m’envoie illico chez un gastro-entérologue qui décide une gastroscopie en urgence, laquelle se conclut par : « Ce n’est pas bon signe ».

Là, je perçois enfin l’hypothèse du cancer. Il veut me revoir dans 15 jours quand il recevra les résultats de l’anatomopathologie. À cette date je suis à un séminaire. Nous convenons qu’il me donne les résultats au téléphone à l’heure du déjeuner. Au téléphone, le gastro me communique les résultats confirmant le soupçon de carcinome de l’œsophage au-dessus du cardia. Ça y est : je comprends que c’est une épreuve sérieuse. J’accepte ce qui est. Accepter, c’est recevoir avec le sourire. Je retourne à table, continuant la conversation en cours. Cela pourrait ressembler à un déni. Vingt-cinq ans de travail intérieur, accompagné par le même maître ont un effet certain. Je l’avais déjà vérifié lors d’un accident grave de moto deux ans auparavant.

DossierCANCER-1

gémir ou accepter ?

Le temps d’un cri de toutes mes forces dans le casque – pour ne pas perdre conscience – c’était la durée pour choisir entre : gémir et en vouloir au conducteur de la voiture qui m’avait renversé ou bien accepter où le Ciel voulait m’emmener. Je sais, de tout mon être, que Dieu ne me veut pas de mal. Il est amour. Mais l’amour divin n’est pas l’amour affectif. Il guide ma vie incluant tous les moyens pour me permettre (ce qui est différent d’obliger) de progresser en conscience, en amour. L’accident de moto m’avait fait changer de vie : passer de chirurgien-dentiste à directeur de publication. Maintenant, où veut-il m’emmener avec ce cancer ?

dieu ne me veut pas de mal

Le premier enseignement que je tire de cette maladie est ceci : J’étais dans un clan par rapport à la médecine, la médecine marginale.La vie m’a amené à m’en remettre à l’autre camp. Quel humour ! Si bien que je suis réconcilié profondément. Les deux ont leur rôle, et ils ne sont pas interchangeables.Dans le circuit du traitement du cancer, j’ai été « bien traité ». C’est-à-dire non seulement bien soigné mais encore pris en main humainement par des équipes médicales faisant de leur mieux, à tous les niveaux depuis les aides-soignantes jusqu’aux patrons. Cela n’a pas empêché Dieu de pousser le curseur des épreuves. À la troisième séance de chimio préopératoire, j’ai approché la mort. Est-ce que j’aurais un reproche ? Est-ce que j’aurais un regret ? Certes non, j’ai vécu de grandes contemplations lors de ce passage.
Les scientifiques se demandent s’il y a de la vie ailleurs que sur terre. La vie terrestre visible est une goutte d’eau par rapport à la vie de l’univers. C’est une certitude pour mon être, mais je sors du sujet. Cette réconciliation me fait voir la médecine autrement.
D’un côté, persiste une médecine empirique, héritée des connaissances anciennes lorsque les hommes étaient proches de la nature. Cette connaissance n’est pas d’ordre rationnel, elle ne s’explique pas. Parfois elle dégénère en « savoir » plus ou moins commercial. Dans tous les métiers il y a des charlatans.
De l’autre, la médecine moderne atteignant des sommets de performance en diagnostic analytique, en médicaments, en chirurgie. Elle n’exclut pas l’art du médecin : le nez, cette intuition complétant l’expérience qui oriente un diagnostic avant toute épreuve matérielle. La réconciliation me fait pressentir la médecine postmoderne. À la technique de plus en plus efficace mais qui rend le malade de plus en plus objet de la science, se joindra la médecine « humanisant ». Le médecin aidera le malade à comprendre le sens de sa maladie et l’orientera vers l’accompagnement nécessaire pour qu’il trouve les actes pour progresser dans sa vie et guérir en profondeur. C’est donc un médecin qui aura fait un travail de fond sur lui-même menant à de « grands yeux » voyant l’intériorité révélée par la maladie, et ayant une vraie compassion pour ses malades (compassion : vivre l’épreuve de la « passion » avec l’autre)

la vraie guérison : aimer le criseux

D’un côté, maîtrise de la technique, de l’autre maîtrise de l’intériorité. Mais quel était le but de l’épreuve du cancer pour ma vie ? J’ai mis du temps à le comprendre et encore je n’ai pas le sentiment d’avoir tout compris. D’abord pourquoi ce cancer, dans cette localisation à la jonction œsophage estomac ? Classiquement, on relie ce cancer à des problèmes alimentaires. Normal. Sauf que mon alimentation a toujours été de bonne qualité (mes parents tenaient un magasin de diététique comme on disait à l’époque). Je vis depuis longtemps à la campagne, dans un environnement sain. Je n’étais pas particulièrement « stressé », pratiquant régulièrement l’immobilité silencieuse depuis de nombreuses années. Donc l’influence extérieure n’était pas la bonne piste. J’avais observé que l’axe transversal dorso-thoracique au niveau du cardia était une zone de faiblesse liée à mon histoire la plus ancienne.

Mais qu’en dire de plus ? Enfin, j’ai fini par comprendre que ce cancer était le résultat de mon comportement ordinaire. Quand on me dit quelque chose de désagréable, quand on me fait quelque chose qui me contrarie, je le rumine. Les agacements restent en travers de la gorge. Les déplaisirs me restent sur l’estomac. Ceci provoque une acidité qui remonte. Jusqu’à ce que je ne puisse plus supporter. Alors la réaction à ces agacements sort violemment, en crise, pour évacuer. Forcément, en me fâchant durement contre l’entourage.Puis le calme revient et le processus recommence. À la longue, mon aigreur de la vie a entamé le tissu œsophagien.
Pour être transparent, cela fait 25 ans que je suis un chemin spirituel. Il m’a amené à voir ce fonctionnement ponctué par des crises. Il m’a conduit à aimer le « criseux », à transformer certaines situations au point que ma vie conjugale, professionnelle, amicale en a été radicalement modifiée.Mais dans le quotidien, pour nombre de petits agacements, le processus était toujours là. Si bien que cette zone de mon corps, trop anormalement sollicitée depuis si longtemps a baissé les bras.

Comment pourrais-je en vouloir à ce cancer ? Comment pourrais-je accuser Dieu de me punir ?
Non. Je suis seulement invité à aimer quand je suis agacé. Au lieu de ravaler ma souffrance, la plus petite, je peux en faire une occasion de miséricorde. Pour moi, pour l’autre. La vraie guérison est là.
Le dernier scanner (octobre 2014) ne montre plus de trace de cellules cancéreuses. Je sais que la guérison est liée à ma pratique. Si je continue dans ce sens, je suis à l’abri de récidive. Si je continue, l’amour grandit. Je sais que cette santé, intimement liée à la joie de vivre, m’est donnée pour que la tâche qui m’a été confiée se développe. Rester en vie pour servir. Le désespoir du manque de sens de la vie qui me rongeait est devenu un besoin de dire que la vie a du sens. C’est le but de REFLETS. Il y aura d’autres épreuves, pour que je progresse encore. Ne serait-ce que l’ultime qui nous concerne tous : la mort. Dernière occasion sur terre de grandir.

Revue REFLETS numéro 15 pages 41 et 42

Alexandro Jodorowsky-Poète de la conscience

Certains pensent que la vieillesse est une déchéance. Ce n’est pas le sentiment que donne Alexandro Jodorowsky. Il s’agirait plutôt d’une étape puissante de l’existence où les mots se concentrent, le point de vue s’élève, l’activité se focalise sur l’essentiel. Bref, le vrai nom de cet âge serait la sagesse, quand l’existence a été remplie. Il nous reçoit chez lui, à Paris, dans son salon dont un pan est chargé d’objets souvenirs. Malicieux, attentif, chaleureux, il s’intéresse vraiment à son interlocuteur, choisissant ses mots avec précision et simplicité. S’il devait n’y avoir qu’un qualificatif pour le résumer, ce serait la bonté.

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Extraits…

Qu’est-ce que vous attendez encore de l’existence ?
Dans l’univers, je parle de moi comme quelqu’un qui regarde quelque chose. L’univers est en continuelle expansion. Tout est en train de changer et de grandir, de pousser. À mon avis, la vie pousse l’univers avec la conscience de la création d’une conscience. Mon cerveau est en train de pousser comme l’univers, comme le vôtre. Une grande partie du monde ne se rend pas compte que c’est pareil pour sa vie. Vous m’avez dit que vous avez eu un accident, vous avez changé. Et si vous n’aviez pas eu d’accident, vous seriez toujours un dentiste, quelle catastrophe ! C’est maintenant que vous êtes plus près de vous-même parce qu’il y a eu un changement. Vous avez grandi. Vous savez comment vous faire pousser.

Vous êtes sorti du moule dans lequel la famille, la société, la culture vous ont mis. On n’est pas ce qu’on est, on est ce que les autres veulent que l’on soit dès qu’on est bébé. Au moment où il y a un changement, on devient ce que l’on est, un être libre de grandir sans arrêt. Vous avez la réponse. Je réponds exactement comme je pense.

Alors, maintenant on va parler de votre dernier livre.
Quel était le but de ce livre ?
La poésie, c’est dire mon sentiment personnel. Rimbaud, Verlaine, Baudelaire ce n’est pas mon truc. Moi, j’admire le Tao Te King de Lao Tseu, les poètes qui parlent des livres sacrés. Pourquoi ne pas faire une poésie sacrée ? Je vais lire les chapitres du Yi King et je vais en faire la résonnance poétique. Je ne veux pas décrire les hexagrammes chinois mais je vais dire ce qu’ils m’ont évoqué. Ça s’appelle : À l’ombre du Yi Jing.

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C’est ce qui vous inspire. C’est aussi un livre divinatoire.
Si tu veux mais je ne l’ai pas utilisé comme tel. Mais on peut l’utiliser comme ça, comme le tarot. J’ai fait aussi un livre de tweets. C’est la chose la plus méprisée du monde et j’en ai fait un livre profond. Il m’a semblé que c’était un moyen d’exprimer quelque chose.

Votre livre est de la poésie qui parle au coeur, pas au cerveau. J’ai relevé l’hexagramme qui s’appelle «Lumière de l’ombre » (p. 54)

Que ta maladie te serve d’échelle.
Elle vient révéler l’endroit où ton esprit s’est pétrifié,
t’inviter à le transformer jusqu’à ce qu’il coule
telle une source au printemps.
Ne lutte pas contre elle, sa mission est de te
rappeler que seul le chemin éthéré te conduit
au réel, c’est-à-dire à toi-même.
Ce qu’on t’a dit que tu étais sans qu’en réalité
tu le sois est la maladie.
Aime ta prison mentale, grâce à elle tu crées
peu à peu une auréole.

Vous intéressez-vous au monde ?
Je lis le journal chaque jour, et vois comment le monde va mal. Ils se battent pour des frontières. Ça c’est faux. Ils sont dans l’illusion des choses. Il n’y a pas de pays, c’est une planète. On se bat pour des limites, comme celles de soi-même.

Que peut-on faire ?
Être patient. On ne peut pas changer le monde maison peut commencer à le changer. Comment faire ? En se changeant soi-même. Et pourquoi on veut se changer soi-même ? On se change pour enrichir le monde. Être meilleur pour rendre le monde meilleur, c’est le but.

Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°12 pages 63 à 69

Etty Hillesum, une vie libre – Maryline Hubaud

Reflets propose une nouvelle rubrique : « destins remarquables » . Son but est de vous faire découvrir la vie de ceux qui ont marqué le XXe siècle par leur engagement lié à leur expérience spirituelle.
Rubrique écrite par Maryline Hubaud.

Jeune hollandaise d’origine juive morte à Auschwitz en 1943, Etty Hillesum a rédigé, durant les trois années qui ont précédé sa déportation, un journal remarquable où elle se révèle être une véritable résistance spirituelle face à l’horreur qu’est le nazisme.

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Extraits…

Au début de la seconde guerre mondiale – les armées allemandes ont envahi les Pays-Bas en mai 1940 -jeune fille délurée, insouciante, elle sort mais sent au fond d’elle un mal-être : « Tout au fond de moi il y a une pelote agglutinée… ». C’est pour se faire aider qu’elle ira consulter Julius Spier, un psychothérapeute disciple de Jung. Il devient très vite son ami, son amant et son maître à penser, ou comme elle dira plus tard « l’accoucheur de son âme ». Julius Spier a au départ une très grande influence sur la recherche intérieure d’Etty. Elle couche les effets de cette démarche introspective sur son journal. Elle a vingt-sept ans. « Toute ma vie, j’ai eu ce désir, si seulement quelqu’un me prenait par la main, s’occupait de moi…/… Je serai tellement heureuse de m’abandonner ».

Dès le début de cette recherche avec Julius Spier, elle écrit dans son journal ce qu’elle ressent, comment elle avance dans ce pas à pas d’introspection « Un peu de paix et d’ordre s’installait en moi…/… Tous les matins avant de me mettre au travail une demi-heure pour retourner vers l’intérieur de moi-même, rentrer en moi-même… L’homme est corps et esprit, une heure de paix, ça n’est pas si simple, cela s’apprend ».
Dans une grande sincérité elle livre cette quête, les outils et les moyens qu’elle se donne. Ce qu’elle aime chez Spier, c’est son combat avec lui-même ; il lui ressemble, à la fois très sensuel et très spirituel.

Et c’est l’alchimie de sa pratique, de sa quête, de ses rencontres, de cette ambition créatrice et de ce dialogue intérieur qui la révèlent dans une profonde spiritualité : « Tu dois prêter l’oreille à ta source intérieure au lieu de te laisser égarer par les propos de ton entourage et par ceux qui prétendent t’influencer…/… tout est à l’intérieur de toi ».

Confrontée à l’épreuve nazie, Etty découvre Dieu comme une réalité intérieure qui la porte et dont elle se distingue à peine : « La couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l’appelle Dieu ». Dans cette couche, elle s’enracine, avec ce Dieu elle converse, l’expérimentant comme source et le prenant pour confident.  » Ma vie est vouée en un dialogue ininterrompu avec toi, Mon Dieu. »

Lire la totalité de l’article… Revue REFLETS n°12 pages 70 à 72

Evangile intérieur et renaissance chrétienne – Gérard Fomerand

Les difficultés auxquelles sont confrontées les Eglises chrétiennes ont au moins le mérite d’obliger les chrétiens à faire un bilan de 2.000 ans d’histoire. Sommes-nous au temps d’un déclin de cette spiritualité ou au contraire dans un renouveau au visage encore indiscernable ? Doit-on, comme le prêtre orthodoxe russe Alexandre Men, affirmer que le christianisme ne fait que commencer ?

Là est bien l’enjeu essentiel de notre époque qui ressemble fort à un temps de décomposition-recomposition marquant la fin d’un cycle de deux mille ans marqués par l’institutionnalisation du christianisme depuis que l’Empereur romain Constantin, puis ses successeurs immédiats ont transformé cette spiritualité de la transformation intérieure en religion d’Etat potentiellement impérieuse et répressive.

Actuellement, toutes les Eglises chrétiennes sont partagées par un double mouvement : soit s’agripper à des formes identitaires et codifiées d’un christianisme peu ou prou institutionnalisé, soit assister, et même participer, à une renaissance et à la fin de cet exil dans un christianisme des formes et des morales codifiées.

Nous assistons depuis peu à une renaissance discrète d’abord, puis de plus en plus affirmée, d’un christianisme intérieur plongeant ses racines dans la primitive Eglise, celle des saints et des ascètes d’Egypte ou de Syrie. Ce renouveau renvoie à cette première communauté apostolique des trois premiers siècles, véritable, et peut-être unique, utopie humaine réalisée de fraternité et de communion partagée.

Le terme d’Evangile intérieur nous vient de Maurice Zundel, (1897-1973), prêtre catholique suisse et l’un des plus grands mystiques chrétiens contemporains. Mais les sources en sont encore beaucoup plus lointaines. Elles remontent aux origines du christianisme. N’est-ce pas l’apôtre Paul qui en parle explicitement quand il met en exergue cet « homme intérieur » en écrivant :Même si notre homme extérieur s’en va en ruine, notre homme intérieur se renouvelle de jour en jour. (2 Cor 4,16)

Jean de Bernières, (1602-1659), nous a laissé en héritage le terme de chrétien intérieur qui est bien la réalisation vécue par chaque homme et femme de cet Evangile intérieur dans sa vie quotidienne. Mais nombreux sont les saints et les saintes qui, jusqu’à nos jours, ont maintenu ce témoignage de la sainteté auquel invitait l’apôtre Pierre (1 P 1,15). Leurs noms sont innombrables, aussi bien dans l’Orient que dans l’Occident chrétiens. Certains ont été canonisés et d’autres sont demeurés dans le plus parfait anonymat, mais ils sont bien là encore, la plupart du temps inconnus ou méconnus.

Cette véritable irruption, ou plutôt résurrection, de l’intériorité est le signal le plus fort des mutations en profondeur du christianisme contemporain malgré les crispations identitaires ou fondamentalistes observées de ci de là et qui ne sont que les ultimes remous avant la renaissance en cours du christianisme. Les mutations sont nombreuses : résurgence massive et très variée de l’héritage hébraïque dans la conscience chrétienne, développement d’un œcuménisme réel à la base qui transcende l’œcuménisme institutionnel du Conseil Œcuménique des Eglises, renouveau des polarités monastiques dans l’ensemble des confessions chrétiennes, apparition d’un christianisme transconfessionnel dépassant les frontières et territoires d’Eglise, dans une unité en devenir mais qui est déjà là.

La renaissance chrétienne paradoxale à laquelle nous assistons est à la fois un retour aux origines apostoliques et évangéliques et un chemin inconnu auquel nous sommes tous invités. Une conversion intérieure individuelle et collective est sans doute le préalable incontournable à ce christianisme nouveau et curieusement très ancien.

Un retour aux origines de cette spiritualité est en cours, aidant ainsi à constituer l’une des réponses aux crises existentielles de nos sociétés. Dans notre monde mondialisé et aux repères de plus en plus virtuels, le christianisme renaissant à ses origines n’apporte pas une solution toute faite mais une invitation à vivre cet au delà de nous qu’est un Dieu incarné dans nos vies. Il rend ainsi l’homme capable de Dieu.

Malgré les incertitudes et les instabilités souvent meurtrières de notre époque, le message des Béatitudes est plus actuel que jamais. Si nous étions miséricordieux, dotés d’un coeur pur qui nous ferait voir Dieu, artisans de paix et affamés et assoiffé de justice (Mt 5,3-10), notre monde ne changerait t il pas radicalement ? C’est en ce sens qu’ Evangile intérieur et renaissance du christianisme sont intimement liés.

 

Gérard Fomerand est historien et analyste des mutations du christianisme. Il a publié, en 2012 aux éditions de L’Harmattan, La mémoire vive des mystiques chrétiens et, en 2013 aux Editions Fidélité de Belgique (diffusées en France par les Editions du Cerf), Renaissance du christianisme, le retour aux origines.

Mise en page 1

PROPRE AU-DEDANS, PROPRE AU DEHORS ! – Christian Roesch

PROPRE AU-DEDANS , PROPRE AU DEHORS !

Christian Roesch

REFLETS adhère au « jeûne pour le climat» dont le but est de sensibiliser au changement climatique jusqu’au congrès mondial en décembre 2015. Pour –je cite- pousser les négociations onusiennes sur le climat à l’adoption d’un traité global, contraignant, ambitieux et juste lors de « Paris Climat 2015 ». http://fastfortheclimate.org/fr/

Ce « jeûne pour le climat» est bien différant des autres.
Jusqu’à présent, j’ai expérimenté le jeune occasionnellement dans un but de repos de la fonction digestive. Pourquoi   l’ai-je mis en veille ? – Pour découvrir qui je suis quand l’habitude alimentaire est bousculée. Qu’est-ce que cet apparent besoin de manger si ce n’est la peur de manquer ? Bien sûr, l’ego déploie des stratégies diverses pour faire croire que manger est indispensable. Cela va de la sensation de constriction de l’estomac, déclenchée au moment des heures de repas, à la tentative de mal de tête ou à une faiblesse physique parfaitement imaginaire.
L’ amusement tendre devant cette inquiétude du petit moi suffit pour désamorcer ces processus. Quel plaisir de démasquer ce faux manque ! Quel bonheur d’être libre par rapport à cette obligation ronronnant !

Le ventre léger en nourriture matérielle laisse de la place pour la nourriture de lumière. Le dialogue intérieur, cette forme ultime de prière, où la question appelle une réponse au-delà de l’intelligence, celle-ci est une nourriture immatérielle de réjouissance.
A digérer et à transformer en acte de re-union.

Mais le « jeûne pour le climat » est d’une autre nature. Ce n’est pas pour mon corps, ce n’est pas pour mon esprit, c’est pour les autres, C’est pour la terre. C’est pour la vie.
Que me dit « ce qui répond dedans » quand je lui demande qu’est-ce ce dérèglement climatique ?
C’est la somme de nos dérèglements intérieurs qui se manifeste au dehors.
Evidemment il faut faire attention à nos déchets, à notre empreinte carbone, à nos consommations alimentaires ou autres. Mais protéger la vie, c’est promouvoir l’être magnifique que tu peux être à la place de celui qui se contente de sous-vivre. Rempli de déchets d’aigreur, pollué par les colères, ravalant ses jugements destructeurs, se noircissant comme le carbone de ses pensées malsaines, ne se supportant pas. Chacun pense du mal, se veut du mal, se fait du mal. Chacun n’a de cesse de se détruire entrainant dans ce désastre les autres qui ne me comprennent pas, la terre qui m’a mal accueilli et le ciel qui ne m’a pas aidé. Le monde est mon image. A l’image de chacun.

« Ce qui répond au-dedans » me dit qu’en accueillant l’enfant omniprésent qui souffre et qui s’agite comme un pauvre diable mes yeux sur le monde changent. Un autre monde apparait, que nous souhaitons au fond nos poitrines. Le monde que nous voyons, le monde que nous habitons, c’est le monde produit par nos cœurs.

Le « jeûne pour le climat » n’est ni une privation, ni une manifestation plus ou moins spectaculaire, c’est l’occasion d’aller puiser à la source renouvelant toute chose.

Ecole d’écriture REFLETS

Ecole d’écriture REFLETS

Cycle annuel

Week-end de présentation

les 28 et 29 septembre 2013.

Donner du sens à tout événement, même le plus sombre, apaise.

But :

Écrire sans jugement, avec compassion, dépassant la lecture émotionnelle des événements, publics ou privés. Donner ainsi du sens à l’actualité et à  tout fait mineur ou majeur, personnel ou général.

Qu’est-ce qui se joue aujourd’hui pour soi,

pour la société, pour l’humanité, pour l’évolution ?

Méthode :

–         La  méthode REFLETS est un chemin vers la connaissance de soi. L’histoire personnelle dédramatisée, vue sans complaisance et avec tendresse, permet une réécriture inspirée ou écriture-dialogue.

 

–         La méthode REFLETS se fonde sur l’enseignement de la Psychologie Nucléaire  et des grands textes traditionnels chrétiens. Elle s’appuie sur la connaissance de soi, source de toute connaissance.

Moyens :

–         Enseignement et écriture hebdomadaires par correspondance (mail).

–         Week-ends pratiques et théoriques tous les deux mois.

Renseignements et inscription : contact@revue-reflets.org

Evolution et enjeu spirituel du couple

Annie Winkel

 Annie Winkel enseigne la Psychologie Nucléaire à la UIS, Université publique de Bucaramanga en Colombie.

 Le couple, union des contraires, est une image archétypale dont nous pouvons observer la puissance agissante sur l’espèce humaine tant sur le plan extérieur que sur le plan intérieur.Au plan extérieur, c’est la quête dans l’amour …

p37 L'un ET l'autre L'un PAR L'autreL’un ET l’autre – L’un PAR l’autre

Au plan intérieur, c’est le processus d’évolution de la conscience à travers l’individuation qui engage la personnalité tout entière et trouve son accomplissement dans l’union, sans fusion ni confusion.

 Survol historique

Le couple et le mariage tels que nous les connaissons aujourd’hui sont des institutions sociales récentes dans l’histoire de l’humanité.La polygamie était chose courante au temps des cavernes et tant que l’être humain était nomade, il vivait en tribu et s’accouplait au détour d’un buisson. Ce n’est qu’avec le développement de l’agriculture et de l’élevage qu’il est devenu sédentaire, il y a environ 10 000 ans, et que le couple est devenu possible.

Les premiers témoignages écrits concernant la vie amoureuse entre hommes et femmes remontent à l’antiquité et nous montrent l’évolution de la notion de couple à travers la progression des civilisations. Les Ecritures et autres livres saints abondent de preuves que la polygamie était reconnue comme pratique courante dans les civilisations proto-Orientale, Perso-Babylonienne et Chaldéo-Egypto-Hébraïque. L’Ancien Testament la décrit sans aucune restriction et La Genèse en particulier nous dépeint une société patriarcale polygame.

Par la suite, les sociétés grecques et romaines furent résolument monogames.Mais à cette époque-là, la monogamie signifie seulement que l’individu cohabite avec une seule femme. Elle ne veut pas dire en effet que le mari n’a pas de concubines ou n’use pas de ses servantes, elle signifie simplement qu’une seule femme lui donnera des enfants légitimes…

 Lire la suite… Reflets n°7 page 37-38

VIVE FRANCOIS LE NOUVEAU PAPE

Vive François le nouveau pape !

2013-03-14

Maintenant que le pape est élu, les médias se précipitent pour énumérer ce qu’ils attendent de lui. Sera-t-il réformateur ou conservateur ?

Evidemment les médias, pour la plupart profanes, mettent l’accent sur les dysfonctionnements (financiers entre autres), les comportements déviants au sein de la hiérarchie, les difficultés diplomatiques (Avec la Chine par exemple) rappelant que le pape est un chef d’état.

Il est frappant de constater que nos médias oublient le rôle premier de l’Eglise incarné dans le pape, qui est de faire perdurer le message évangélique, la « bonne nouvelle ».

Pourtant l’enjeu est là. Essayons nous à le  distinguer.

Si nous comparons l’Eglise catholique à une armée en mouvement…

Je sais, la comparaison semble inappropriée car une armée est forcement rassemblée pour la guerre, mais au sens figuré, armée signifie un grand nombre, une multitude. Ce qu’est l’Eglise, en mouvement vers le Royaume.

Je souhaite simplement signifier qu’une armée  comporte toujours une avant-garde, un corps principal, et une arrière-garde.

  •  Quelle est l’avant-garde de l’Eglise ?

Ceux qui pratiquent assidument le message évangélique. Ceux qui dialoguent assidument avec l’Esprit-Saint pour décider des actes répondant aux interpellations de leur vie. Ceux qui tentent d’expérimenter les Béatitudes, comme ligne de conduite de leur existence.

Comment qualifier cette avant-garde ?

La pratique intérieure prime sur la pratique rituellique. Si bien que l’intérêt pour les problèmes institutionnels est mineur. Elle n’attend pas de reconnaissance, sa joie provient de ses actes. Son action n’est pas spectaculaire, elle se situe hors des spots médiatiques.

Comme toute avant-garde, elle risque de se couper du corps et de se perdre malgré ses qualités. L’institution a du mal à la reconnaitre. Le pape et l’Eglise auront t-ils le cœur de ne pas laisser se détacher cette partie d’elle-même rejetée souvent en l’assimilant de manière infamante aux sectes?

  •  Le corps principal

Il est oscillant entre deux énergies contradictoires.

–         Les forces matérielles du consumérisme, de la possession alimentées par la mondialisation, la financiarisation de toute activité. Mammon est de plus en plus fort.

–         La force de la pratique rituellique. Dont la messe hebdomadaire est la colonne vertébrale tant il est nécessaire de rappeler le gout du dépassement de l’ego pour se rapprocher de Dieu dans la communion.

Cet antagonisme s’accentue, l’athéisme progresse sans combler le manque de sens et d’orientation morale.

« Mangeons et buvons car demain nous mourrons ».

Cette sentence de Saint Paul est de plus en plus d’actualité.

  •  Et l’arrière garde :

Les retardataires spirituels. Ceux qui perçoivent Dieu comme un chef conquérant, héritage de l’Ancien Testament. (Le Dieu des armées…)

Pourtant  Jésus a montré, manifesté que Dieu est amour. Il a mis en route le Nouvel Homme.

Mais non, certains n’ont pas encore entendu et estiment devoir LUTTER contre ce qui obstacle au dehors.

Contre l’Islam, contre l’athéisme, contre les lois non conformes à la morale chrétienne. Contre…pourvu qu’il y ait un ennemi à pourfendre.

Le pape aura bien du mal à leur rappeler le cœur de l’enseignement christique à ce sujet : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent… »

Cette tâche, faire avancer l’ensemble de l’Eglise vers la conscience, vers l’Homme Nouveau , vers le Royaume, est bien plus exaltante que ce que perçoit le monde profane.

 

DEMISSION DU PAPE

 

Dimanche 24 février , le pape a récité le dernier angélus , depuis la fenêtre de son bureau  avant son départ le 28 février.

La foule massée sur la place Saint Pierre, l’a remercié  manifestant son affection par des applaudissements nourris.

 

Après l’annonce de sa démission , beaucoup de monde, en particulier le monde médiatique, autant religieux que profane,  s’est posé la question :

A-t-il raison ? A-t-il tort ?,

Quelle indécence de juger ainsi   le chef de l’Eglise ! Sur quels critères, sinon sur  une agitation sentimentale propice aux rumeurs

Il faudrait être à ce niveau de responsabilité pour  avoir une opinion  de quelque valeur.

Prenons le problème autrement . A l’endroit où chacun peut se sentir concerné.

 Qu’est ce qu’une vie accomplie ?  Qu’est ce qu’une fin de vie réussie ?

Sans risque,  nous pouvons dire une vie accomplie est une vie qui, au moins dans la deuxième partie de l’existence,  s’est donnée aux autres dans l’amour .  Une fin de vie est  réussie lorsque la perte des fonctions biologiques qui nous coupe du monde nous rapproche de Dieu.

Moins voir le visible , pour mieux voir l’invisible.

Moins entendre les bruits pour mieux entendre au-dedans.

Moins marcher pour mieux goûter l’immobilité.

Chaque perte est soit une souffrance , une déchéance  soit,  acceptée,  une porte qui prépare le grand passage vers l’au-delà.

Cet enseignement, un peu abrupt  tellement il est rapide,   provient –entre autres – du vécu de fin de vie de Gitta Mallasz. [1]

Quand commence la fin de vie ?

Quand nous n’avons plus la force de poursuivre l’œuvre , la tâche qui nous anime.

Dans le meilleur des cas, nous avons préparé un élève qui va  prendre notre suite  et  imprimera peu à peu sa patte.

 

A la lumière de cette approche bien trop succincte  car pour la comprendre nous devrions  examiner la place de chacun des sept âges de l’existence, qu’en est-il pour le Pape ?

Il nous dit très clairement où il en est : il n’a plus la force  de diriger l’Eglise.    Il est à l’heure de la fin de vie. L’heure d’entrer dans cette intimité avec Dieu.

IL l’annonce  sans détour : « Le Seigneur m’a appelé à « monter sur la montagne », à me consacrer encore plus à la prière et à la méditation, mais ceci ne signifie pas abandonner l’Eglise, au contraire », a-t-il dit, juste avant la récitation de la prière. « Si Dieu me demande cela c’est précisément pour que je puisse continuer à la servir dans ce même dévouement et ce même amour avec lesquels j’ai cherché à le faire jusqu’à maintenant, mais de manière plus adaptée à mon âge et à mes forces ».

Nous ne pouvons que lui souhaiter de  réussir cette dernière partie de l’existence.



[1] Lire: La vie et la mort de Gitta Mallasz.

Patricia et Bernard Montaud, Lydia Müller

Ed. DERVY

 

SORTI DU COULOIR DE LA MORT

Roger McGowen, qui nous est si cher, est sorti du couloir de la mort.

Avant de laisser la parole à Pascal, du Comité Français de Soutien à Roger McGowen, qui a pu le visiter dans sa nouvelle prison, une autre bonne nouvelle:

A ne pas manquer sur PLANETE +,JUSTICE vendredi 15 février à 21h40,

un excellent film sur Roger McGowen réalisé par Nicolas Pallay, réalisateur suisse.

REDIFFUSIONS SUR PLANETE+ JUSTICE

Dimanche 17 février à 9h05; dimanche 24 février à 17h05

Mardi 5 mars à 0h35; vendredi 15 mars à 23h30

Un extrait:

 » Roger a quitté le couloir de la mort et il est désormais dans une prison à Houston où il va enfin avoir un nouveau procès portant sur sa peine. Le transfert qui a eu lieu lundi 10 décembre a été un peu dur : Roger a laissé plein d’amis dans le couloir de la mort et puis dès son arrivée dans la prison de Houston, il a été beaucoup persécuté par l’administration. Ils lui ont tout pris, il n’a plus que du papier et un crayon. Ils l’ont fait attendre des heures dans des pièces vides et dans des cellules intermédiaires. Pour l’instant il est dans la phase « d’intimidation » comme dit Roger, où ils font tout pour lui rendre la vie impossible. Ils lui ont même pris sa liste avec les adresses de tous ces contacts. Heureusement il avait envoyé un double a un ami quelques jours avant le transfert.  Notre prochaine visite est prévue début janvier mais au lieu de 4 h elle ne dureque 30mn. C’est ça aussi la nouvelle prison pour Roger…  »

Pascal

http://www.rogermcgowen.fr/

Toute aide financière est bienvenue car le procès à venir coûte très cher.

Roger n’a aucun revenu.

 

 

OPERATION « SERVAL »

OPERATION SERVAL
Un nouvel Afghanistan en Afrique?

Sortir de l’illéttrisme – Francis Lavoine

Membre du comité scientifique et de l’évaluation de l’ANLCI (Agence Nationale de Lutte Contre l’Illettrisme), Francis LAVOINE s’investit depuis vingt ans sur tous les sujets ayant trait à la lutte contre l’illettrisme, au travers de nombreux groupes de recherche, réseaux professionnels et associations.

 Enseignant chercheur en pédagogie expérimentale, il est directeur d’associations de lutte contre l’illettrisme et mène des formations de formateurs et cadres associatifs ; il enseigne également à l’ISP (Institut Supérieur de Pédagogie) à Paris. Formateur en communication interpersonnelle, il inscrit son action dans le cadre plus général du « développement personnel ». Son enseignement est davantage orienté sur le comportemental des acteurs que sur les aspects purement techniques. Il considère plus largement qu’il convient de considérer les personnes pour ce qu’elles savent faire et non pour leur handicap, et par là, travailler sur l’amélioration du savoir être des pédagogues.

 Après avoir dirigé « l’expérimentation FASSIER » dont s’est fortement inspiré le dispositif « Savoirs pour réussir », il a été, de 2002 à 2010, directeur et conseiller technique du département de lutte contre l’illettrisme à la Fondation Caisses d’Epargne pour la solidarité, responsable du développement de ce réseau.C’est un spécialiste du montage et de l’animation de dispositifs de formation et d’insertion socioprofessionnelle.Fondateur de l’Institut Européen de Recherche et d’Evaluation pour l’action éducative (IERE) dans lequel il occupe les fonctions de directeur scientifique, il met ses compétences au service du monde associatif en général et de la lutte contre l’illettrisme en particulier. Collaborateur à CLEF DE VOÛTE depuis bientôt 5 ans, Francis LAVOINE est souvent perçu comme un militant, technicien de l’humanisme. www.iere@orange.fr

 Qu’est-ce que l’illettrisme ?

Concernant cette interrogation basique, je vous propose d’indiquer aux lecteurs de se tourner vers le site de l’ANLCI, sur lequel ils trouveront des dossiers techniques avec de nombreux chiffres.Personnellement, je vous propose la définition suivante qui peut venir compléter celles admises de façon consensuelle:

Je considère qu’une personne est en situation d’illettrisme quand elle rencontre des difficultés pour produire du sens, soit à l’écrit (écriture), soit à l’oral (construction de phrases cohérentes) ou pour accéder au sens, soit par la lecture, soit par l’audition (compréhension). Pour moi, la question fondamentale reste celle du sens.

Ainsi, ayant été alphabétisés, nous avons la capacité à déchiffrer le code écrit sans pour autant le comprendre, nous ne sommes alors que des déchiffreurs et non des lecteurs accomplis.

Légende photo:                                          L’illéttrisme,

                                                   accès au sens …INTERDIT!

Qui concerne-t-il ?

 A cette question, même si des tendances existent portant sur la répartition hommes/femmes, sur l’âge des sujets enquêtés, sur leur lieu de résidence, et que les statistiques effectuées par l’enquête IVQ (Information et Vie Quotidienne) de l’ANLCI les mettent parfaitement en lumière, je préfère orienter mon propos sur un aspect qui peut sembler simpliste voire ringard, mais pourtant cruellement réaliste ; je veux parler des corrélations entre la maîtrise du langage avec les catégories socioprofessionnelles (CSP).(commentaire : le sens n’est pas clair) Quand on dit que tout se joue à l’école primaire, moi je prétends que tout se joue dans le cercle familial, avant la scolarisation. En effet, selon la qualité de ce que l’on peut nommer « la logistique familiale », l’enfant abordera la lecture et, ensuite, son entrée dans l’écrit, de manière différente. Ces apprentissages sont très dépendants du volume et de la qualité du langage oral, qui s’acquièrent principalement dans le cercle familial, bien avant d’intégrer le système scolaire classique. Aussi, il est clair que des inégalités significatives entre les foyers existent, d’un point de vue linguistique, certes, mais également en termes de positionnement de l’enfant, de la place qu’il y occupe. Oui, un enfant grandissant dans un univers peuplé d’adultes cultivés, bienveillants et qui stimulent l’éveil, aura plus de chances de réussite que celui qui, à contrario, n’est jamais repris sur ses erreurs de langage, n’est que peu interrogé sur ce qu’il veut dire, est encouragé à se replier dans sa chambre plutôt que de dialoguer avec les adultes. En une formule, n’oublions pas que le langage s’acquiert au contact des adultes, et que la qualité de celui-ci dépend du niveau de langage des adultes, de sa richesse et de sa maîtrise.

 

Quelles sont les causes ?

Les causes sont multiples à l’évidence, mais encore une fois, une des principales réside dans ce que je viens de traiter précédemment, les autres « accidents » de la vie ne font qu’aggraver cette course à « handicap ».

 

Quelles solutions ?

A causes multiples, solutions diverses et différentes. Il serait donc illusoire de croire qu’en réponse à une cause identifiée, il n’existerait qu’une solution que je n’ose qualifier de miraculeuse. Avant la massification de l’enseignement, dans les années 1960 pour la France, nous avons cru sans naïveté aucune, qu’il suffisait de scolariser les enfants pour qu’ils apprennent ! C’est ce que j’appelle « l’illusion éducative ». La suite nous a bien prouvé le contraire et d’une certaine manière, heureusement. Nous ne sommes pas face à des machines qu’il convient d’alimenter en connaissances, mais face à des humains particulièrement singuliers qui répondent à des modes particuliers reposant notamment sur le développement des aptitudes. Il convient, de mon point de vue, d’être attentif à l’aspect comportemental de l’enfant pour définir les cadres, les moyens et outils d’apprentissage. Il existe un lien, qui doit être renforcé, entre le développement des aptitudes et l’acquisition de compétences. Or, notre système privilégie à outrance les compétences, laissant largement de côté les aptitudes quasi naturelles des enfants. Aussi, passons-nous avec aisance au large d’aptitudes pourtant essentielles dans l’exercice de certaines fonctions. Juste un exemple : l’enfant qui, spontanément, dans la cour de récréation – observatoire extraordinaire des comportements sociaux – est reconnu en qualité de « chef », d’animateur, de leader pour les jeux, pour peu qu’il n’obtienne pas de bons résultats « scolaires », aura peu de chance à devenir un bon chef d’entreprise, alors que ses aptitudes sont fondamentales pour occuper une des fonctions les plus difficiles à exercer avec succès, commander des hommes.

Cela étant, ne perdons pas de vue ce que nous abordions plus haut ; si des efforts doivent être consentis, portons-les sur l’expression orale dès le plus jeune âge.

Combien de personnes sortent de l’illettrisme ? Comment ?

 Il est difficile de quantifier le nombre de personnes qui sortent de l’illettrisme, d’autant que chacun d’entre nous apprend, certes, mais désapprend également. Ces sorties peuvent donc être temporaires ou durables si les connaissances acquises ou ré-acquises sont plus ou moins sollicitées.

Mais la question « comment les personnes sortent de l’illettrisme ? » m’intéresse davantage. Je crois fondamentalement que l’on apprend toujours par intérêt et non pour faire plaisir au maître, sauf si « faire plaisir au maître » représente ce seul intérêt qui n’est pas neutre : exister, au moins, à ses yeux.

Légende photo: Bien adapté à la terre pour s’élever

Pour moi, interroger celui qui est en situation d’apprentissage sur ses centres d’intérêt, est la première des attitudes à adopter. Les compétences à acquérir viendront, alors, en réponse à ce questionnement mis en lumière et feront sens pour les apprentissages. Nous-mêmes qui continuons à apprendre, nous nous engageons dans cette voie, presque uniquement par intérêt ou par plaisir.

En résumé, mais il est difficile sur un sujet comme celui-ci d’être bref, on sort de situations d’illettrisme parce que les apprentissages représentent des réponses utiles et efficaces à de fortes préoccupations.

 Légende photo: Seul?Non. Indépendant!

Qu’est-ce qui vous a poussé à vous intéresser à l’illettrisme ?

 On me pose souvent cette question à laquelle j’apporte cette réponse. J’étais un enfant ordinaire, je suis devenu un adulte en colère. A l’école, j’étais dans la moyenne, jamais premier, jamais dernier, mes parents me demandaient d’être dans les dix premiers, ce que je faisais sans effort. Mais dans ma famille, parler n’était pas facultatif, mais quasi obligatoire ; nous avons grandi, mon frère et moi, dans un milieu très politisé dans lequel la parole occupait une place prépondérante. Ainsi, sur tous les sujets notre avis était sollicité.

J’ai donc longtemps cru que le monde dans lequel je vivais était à l’image de ce que le cercle familial me proposait comme définition. C’était une norme et j’imaginais assez bien que cette norme était partagée et répandue. Un monde assez lisse où chacun pouvait dire et comprendre le monde, sans pour autant éviter d’exprimer son désaccord, et tentant même de convaincre avec force et vigueur.

Beaucoup plus tard, adulte en situation de concepteur de produit de formation professionnelle, il y a maintenant presque 25 ans, je me retrouvais confronté à une situation qui m’était jusque-là parfaitement étrangère et qui, depuis, est devenue par choix mon quotidien. J’étais face à une soixantaine de jeunes adultes sans emploi, à qui j’expliquais les contenus d’une formation, que mon organisme de formation entendait mener avec seulement 12 places de disponibles. Ces personnes étaient attentives et fortement intéressées. Quand elles ont dû renseigner les dossiers de candidatures, la majorité d’entre elles était dans l’incapacité de répondre par écrit aux questions ouvertes. Après avoir auditionné chacune d’entre elles, j’ai constaté que les personnes, les plus motivées et les plus aptes à exercer le métier proposé, étaient celles qui ne maîtrisaient que faiblement l’écrit et donc, ne pouvaient pas tirer profit de cette action de formation. Je fus donc contraint d’accueillir, sur cette action, les jeunes adultes maîtrisant le français et de tenir à l’écart ceux qui laissaient augurer le plus de chance de devenir de bons professionnels. Depuis ce jour-là, je suis devenu un adulte en colère.

 

Qu’est-ce qui vous motive encore pour durer aussi longtemps ? (25 ans)

 A cette question, j’ai envie de dire que j’ai la colère durable mais récompensée. Voir des gens se redresser, reprendre confiance en eux, envisager et réaliser des projets jusque-là impensables me donne l’énergie. Et puis, je me dis que la tâche n’est pas achevée et comme je n’aspire pas au repos…

Qu’est-ce qui vous passionne particulièrement dans cette lutte ?

 Sans aucun doute, le fait de participer à un travail collectif, pour que chaque homme soit plus libre. Vous savez, pour moi la liberté est probablement le bien le plus précieux, or, maîtriser faiblement le langage nous prive de liberté. La langue est, pour moi, une arme de résistance. Pouvoir contredire, argumenter, se faire sa propre idée, exprimer son opinion, lire entre les lignes, découvrir le vrai sens des mots c’est-à-dire le sens caché, tout cela donne du sens. Résister aux discours simplistes, caricaturaux, sectaires, dogmatiques, tout cela donne du sens et conduit à la tolérance de l’autre ; pour moi l’autre est une chance, surtout s’il est différent, car au fond, l’autre est un autre moi-même. C’est une occasion unique de se réconcilier avec soi-même par et pour les autres, pour que chacun vive vraiment debout.

Expérimentez-vous des solutions novatrices ?

A partir de ce que je viens d’exposer en début de dossier, j’ai mis en œuvre un certain nombre de programmes que ce soit au plan local sur un bassin d’emploi à Senlis, avec le concours d’Abdel Aïssou (à l’époque sous-préfet), au plan départemental avec le Système Permanent d’Acquisition des Savoirs (SPAS) dans le département de l’Allier, par des financements croisés, et bien sûr au plan national avec le dispositif Savoirs Pour Réussir (SPR) ; tous possèdent les mêmes caractéristiques pédagogiques et la même philosophie d’action. Ces initiatives ne peuvent se mettre en œuvre qu’à partir d’une volonté politique forte et durable d’une part et, d’autre part, du postulat résumé ainsi : « Considérer la personne en difficulté pour ce qu’elle sait faire et pas seulement pour ses handicaps. ». En d’autres termes et pour compléter, je ne travaille que pour créer des dispositifs sur mesure, quels que soient les publics, les acteurs de terrain en présence et les financeurs avec leurs possibilités d’engagement.

Question pédagogie, tous les programmes s’appuient sur une pédagogie individualisée et personnalisée.Nous n’aurons pas assez d’espace ici pour détailler ces programmes, mais l’essentiel est là et je reste disponible pour répondre aux questions éventuelles de vos lecteurs.

Avez-vous eu des rencontres qui ont changé votre regard ?

Chaque personne que je rencontre m’enrichit et modifie le regard que je porte sur notre société et sur ses problématiques majeures ; mais si vous souhaitez que je vous cite quelques noms, sans éviter cette question, je pourrais vous citer tel ou tel universitaire ou bien tel ou tel stagiaire qui, à égalité, ont influencé ma façon d’appréhender mon métier qui évolue comme le monde évolue. Je crois que la pire des choses est de rester campé sur ses certitudes.

Qui peut aider dans cette lutte ?

Souvent, nous avons l’habitude de dire que la lutte contre l’illettrisme c’est l’affaire de tous et je suis d’accord, comme j’adhère pleinement au slogan de l’ANLCI qui scande : « Réunir pour mieux agir ». Cela étant, il est important, me semble-t-il, de préciser que travailler sur de l’humain est un engagement sérieux qui réclame un grand professionnalisme. A travers ces propos, je considère toutes les personnes qui œuvrent auprès de ce public comme de véritables professionnels, qu’elles soient salariées ou bénévoles. En effet, les personnes qui s’engagent bénévolement auprès de mes équipes veulent bien faire, mais ce n’est pas une raison suffisante pour faire bien. D’autres aimeraient venir nous rejoindre mais ne se sentent pas capables ou n’osent pas. C’est pour ces raisons que nous engageons des programmes de formations obligatoires en direction du bénévolat. Quant aux professionnels salariés, nous sommes très regardants quant à leurs postures et attitudes.

Quel regard portez-vous sur ce problème de société ?

Un regard inquiet mais aussi plein d’espoir. Inquiet parce que, depuis les années 1980, les moyens mis à disposition de la lutte contre l’illettrisme n’ont cessé de diminuer de façon constante, alors que dans le même temps, les personnes en situation d’illettrisme ne cessent d’être plus nombreuses. Parallèlement, on est de plus en plus à se préoccuper de ce problème, à se professionnaliser, à s’en inquiéter. Le problème est comme souvent, éminemment politique ; nous sommes, depuis de trop longues années, dans une logique de gestion des problèmes et pas véritablement dans une logique de lutte. C’est franchement de l’ordre du choix, des priorités. On sait aujourd’hui combien vaut l’éducation et on commence à mesurer ce que coûte l’ignorance. Et pas seulement en termes de volume d’euros à engager, mais surtout en termes de menace pour notre démocratie.

Légende photo: C’est fatigant d’être toujours premier!

L’idée fait son chemin lentement, cette idée qu’une bombe sociale, larvée il y a encore quelques décennies, ne cesse de grandir un peu plus chaque jour et plus fort encore en période de crise. La seule inconnue réside dans sa date d’explosion que nos dirigeants espèrent la plus lointaine possible, tout en ayant pleinement conscience que tout cela se rapproche de plus en plus vite. C’est difficile d’enrayer cette mécanique avec nos fonctionnements actuels ; il me semble donc nécessaire voire urgent de reconsidérer l’ensemble de notre système, à commencer par l’arrêt du turnover ministériel. Avec une moyenne d’un ministre tous les 18 mois misant tout sur sa réforme, alors qu’un enfant reste scolarisé 12 ans, comment mesurer l’efficacité de changements si le temps nécessaire à ses évaluations n’est pas consenti ? J’estime que les sujets liés à l’éducation comme à la santé et à la défense devraient échapper aux contraintes du temps définies par les mandats de nos dirigeants. Je pense qu’il faudrait imaginer un organisme de gestion républicain indépendant doté de moyens d’action prioritaire.

L’illettrisme est-il en diminution ?

Comme je le précisais avant, malheureusement non, il y a de plus en plus de jeunes qui sortent du système scolaire sans diplôme, environ 50 000 chaque année et la JDC (Journée Défense Citoyenneté) identifie, elle aussi, des jeunes âgés de 17 ans en difficulté de lecture, de plus en plus nombreux. Tous ces constats nous engagent à multiplier nos efforts et à nous mobiliser encore davantage.

Les solutions vont-elles vers plus de facilité ?

Toutes les solutions devant traiter d’un problème complexe ne peuvent pas et ne doivent pas être simplistes, je me méfie des grand manitous qui brandissent des « Yaka ! ».

Etes-vous optimiste pour les dix ans à venir ?

 Vous comprendrez qu’après avoir précisé ma pensée à travers mes réponses aux questions précédentes, les dix ans qui viennent sont pour moi un repère temps qui ne permettra pas de voir la situation s’améliorer de façon significative. En revanche, je reste très optimiste pour les cent prochaines années. Gardons l’espoir et ne baissons pas la garde.

 légende photo: COMPRENDRE! seulement après ACCEPTER

Pour l’amour des mots

Francis Lavoine et son frère Marc Lavoine ont en projet l’écriture d’un ouvrage où chacun donnera son appréciation du sens de la vie. Son titre: Pour l’amour des mots.

L’éducation de la vie – par Bernard Montaud

Cet article a été publié dans la revue Reflets n° 5 pages 37 à 40

Ancien kinésithérapeute et fondateur de la Psychanalyse Corporelle, Bernard Montaud  a créé une école de la vie intérieure – Art’As – qui s’appuie  sur le concept de la Psychologie Nucléaire ®, une grille de lecture sur un Ordre des Choses en nous et au-dehors de nous. Il a vécu sept ans auprès de Gitta Mallasz dont il retransmet et prolonge l’enseignement.

– Pour vous, Bernard Montaud, qu’est-ce que l’éducation ?

– On peut aborder le problème de l’éducation sous plusieurs axes.

Le premier est : l’éducation à quoi ? On trouve ainsi une éducation au monde « physique », au monde de la terre, qui a lieu au tout début de l’existence : apprendre à parler, à nommer et utiliser les objets. On a aussi une éducation affective, surtout à  partir de la puberté. Puis une éducation intellectuelle, avec les études. Mais il y a aussi une éducation religieuse, de l’homme avec Dieu, avec l’invisible. Et aussi une éducation de l’homme envers notre planète, etc.

Un second axe nous permet de définir une chronologie dans l’éducation. Trois périodes précèdent l’âge de la maturité adulte, ce moment où nous allons nous marier, développer notre couple et avoir notre propre famille. Et on peut donc considérer trois âges, de la naissance à ce passage : la petite enfance, l’enfance et l’adolescence. Chacun de ces âges est une forme d’éducation

 

– Quelle est alors la spécificité de l’éducation du premier âge ?

– Pour le comprendre il nous faut regarder, dans l’éducation de ces trois âges, les noms de nos instructeurs.

Le premier âge – la petite enfance – est vraiment une maternelle éducative, parce que c’est Maman-Dieu qui enseigne au petit enfant que nous avons été les débuts de la vie, c’est-à-dire parler et marcher. Avec le monde matériel, nous apprenons les bases, et aussi la bipédie, les premiers mouvements : moi et la terre, ça va être quoi ? Mais nous sommes en même temps, avec cette Maman-Dieu, devant la relation amoureuse obligatoire. C’est l’amour le plus simple, puisqu’il est obligatoire. Mais c’est aussi toute une relation amoureuse qui se structure avec la satisfaction des besoins : j’ai faim, et combien de temps met Maman pour venir me nourrir, combien de temps dois-je pleurer pour mériter ma nourriture ?

Il y a toute une éducation entre l’enfant et la mère, jusqu’à la première scolarité où l’enfant va sortir de la maison, sortir de la protection maternelle unique. Je crois d’ailleurs que nous fétichisons beaucoup trop le rôle des pères à cette époque, parce que le père est quasi inexistant dans l’esprit de l’enfant : c’est la mère qui est son principal instructeur. Son père est sans doute un peu plus important que les autres mais il n’est pas relié à la mère comme instructeur. La mère est le total instructeur de la petite enfance. Et cette relation incroyablement amoureuse et incroyablement fusionnelle permet un certain nombre de choses : pour faire plaisir à maman, je ne vais plus faire caca dans mes couches ; pour faire plaisir à maman, je vais marcher. A l’image de ce qui a lieu dans toutes les relations spirituelles, je dirais qu’il y a là une grande et belle projection. Bien plus tard, ce sera pour faire plaisir au Maître qu’on fera les choses.

– Et pour l’enfance, que diriez-vous ?

– Là, c’est l’inverse. Dans l’enfance, on voit bien qu’il s’agit d’une éducation paternelle. L’enfant va faire un nouvel apprentissage, grâce au père cette fois-ci. Parce qu’il est entré en toute première scolarité, l’enfant est sorti de la maison, il se trouve dans un milieu complètement extérieur et sauvage. Et pour se structurer, il lui faut un nom de famille, avec un chef de famille, un chef de clan, parce que cela le protège. Il ne s’appelle pas seulement par un prénom, en classe. Il s’appelle par un nom de famille. On est appelé par notre nom de famille.

Légende photo: L’enfant toujours présent dans notre poitrine

Cette sortie de la maison, cette prise de danger, demande un protecteur, et pendant toute la période de l’enfance notre vie se construit dans une éducation avec le clan, avec le groupe, où il faut un chef de famille qui enseigne la place juste, qui donne un certain nombre d’instructions quant aux codes sociaux, aux codes hygiéniques, etc. Il y a aussi l’école maternelle, et la scolarité primaire, où l’enfant apprend  à lire, à écrire. Donc on est devant une deuxième dimension d’instructeur où, cette fois-ci, c’est le père qui va être le repère important, l’instructeur important.

 

– Et dans la troisième période, dans l’adolescence, que se passe-t-il ?

– Dans l’adolescence a lieu la troisième éducation. L’adolescent est devant une prise de conscience : « Ça va bientôt être mon avenir. J’ai intérêt à avoir des diplômes me permettant un avenir. » Mais l’instructeur principal, c’est l’autre sexe. C’est la route qu’il faut faire pour rencontrer la femme ou rencontrer l’homme. Les deux sexes sont séparés par l’infini, et il faut traverser cet infini pour pouvoir bien vivre avec l’autre. Et c’est tout un apprentissage : « Comment vais-je lui dire que je l’aime ? Comment vais-je faire pour trouver les mots de l’amour ? » Et donc, comme nous avons appris à dire les mots et faire les mouvements qu’il fallait pour bien vivre avec la terre dans la petite enfance, je dirais qu’à l’adolescence nous apprenons les mots et les mouvements qu’il faut pour bien vivre avec les autres. Et le grand instructeur de l’adolescence, c’est l’autre sexe.

 

– Quel est le rôle des parents dans ce troisième âge ?

 – Le rôle des parents, au moment de l’adolescence, ça va être de gérer les crises. Ils vont soit être des modèles, parce que l’enfant voudra refaire ce que ses parents font. Et plus le modèle est juste, plus ceux qui copient seront justes. Ou alors l’adolescent voudra être le contraire, en s’opposant au modèle, et il devra dépasser ses parents. L’adolescent essaie souvent de faire exactement l’inverse des parents. Donc je pense que l’instructeur, dans cette période, c’est le dialogue, le dialogue, le dialogue.  En sachant qu’il y a des crises inéluctables qui appartiennent à la structuration de l’ego. Juste avant de fonder sa propre famille, il faut qu’il soit quelqu’un, cet adolescent. Ses crises sont nécessaires et structurantes.

– Et cette structuration se fait obligatoirement contre les parents ?

– Elle ne se fait pas forcément contre les parents car – et là, c’est le psychanalyste corporel qui parle – tous les traumatismes ne sont pas tous dépendants des parents. Cette structuration peut se faire contre la famille en général, elle peut se faire contre des proches, elle peut se faire contre des habitudes. Il est vrai qu’elle se fait souvent contre les parents parce que la plupart du temps les parents sont les « bourreaux » dans le traumatisme de l’enfance, et il faudra attendre une certaine vie spirituelle pour se réconcilier avec son passé et ses parents. A l’époque de l’adolescence, on n’est pas réconcilié. Pour exister, il nous faut rejeter la famille précédente pour avoir droit à construire notre propre famille.

– Vous avez créé une grille de lecture de l’existence que vous appelez la Spirale de vie. Cette façon de voir, d’où provient-elle ?

 – Je dirais que c’est la contemplation de tout ce que Gitta MALLASZ a pu m’enseigner et que j’ai traduit dans la Spirale de vie. C’est une contemplation de ce à quoi sert chaque âge de l’humanité et, en résonnance, de chaque âge d’une existence humaine. Elle contient le sens et le contenu des enjeux et des épreuves de chaque âge. Car n’oublions pas que dans chacun des âges dont on vient de parler, il y a quand même un événement capital qui se produit. Il y a un traumatisme de la petite enfance, un traumatisme de l’enfance, un traumatisme de l’adolescence qui vont, par trois plaies inguérissables, déterminer de manière stable notre personnalité traumatique. L’ego, c’est notre personnalité traumatique. Et notre façon tout à fait personnelle de souffrir fait que nous sommes uniques.

Chacune de ces trois périodes d’éducation est donc aussi marquée par un événement majeur : nous nous programmons à une petitesse précise, spécifique à chacun de ces âges. Chaque fois que nous pensons du mal de nous-mêmes, nous avons toujours la même façon de le penser, et sous trois formes différentes. C’est la trace de nos trois traumatismes. C’est la trace de notre personnalité. Donc, pendant l’éducation de ces trois âges, en coulisse, se fait aussi la marque de nos traumatismes.

Légende photo: Chacun doit trouver sa place!– Est-ce qu’on peut considérer que c’est une pédagogie  « divine » ?

– On peut toujours considérer la vie comme une initiation naturelle et comme quelque chose qui est extrêmement en ordre. On peut toujours considérer les sept âges de la vie humaine comme une voie initiatique naturelle nous faisant passer par des états de conscience successifs, la vie espérant peut-être que nous atteignions un maximum d’état de conscience au moment d’approcher la mort. Parce que la mort nous invite à la fin d’une certaine superficialité et à quelque chose d’un peu plus profond que le reste de l’existence. Alors oui, on peut imaginer les sept âges de la vie humaine comme une voie spirituelle naturelle, tout à fait.

–  Est-ce que l’âge adulte, où nous élevons nos enfants après avoir été nous-mêmes élevés, est une étape dans ce cheminement naturel ?

– Oui. Parce qu’après avoir été nous-mêmes éduqués, il nous faut dans un premier temps éduquer ceux que, par fétichisation consanguine, nous avons en charge. Cela s’appelle nos enfants. Mais ce n’est pas seulement par une sorte de fétichisation de la consanguinité. Peut-être que par cette obligation nous apprenons à éduquer quelqu’un, et en tout cas à nous faire du souci pour lui plus que pour nous-mêmes.

Avec nos enfants, nous rencontrons un autrui qui, quand il souffre, est une forme supérieure de notre souffrance puisqu’elle est plus importante que notre propre souffrance. C’est comme si c’était une éducation pédagogique à un jour avoir des élèves spirituels qui, quand ils souffriront, seront plus importants que notre propre souffrance. Je pense que pour apprendre une certaine maîtrise et apprendre à consacrer notre vie aux autres, nous passons par consacrer notre vie à nos enfants.

– Vous voulez dire qu’avoir des enfants nous fait dépasser naturellement notre ego ?

– Oui, parce que quand l’enfant tombe, même si la maman a mal aux dents, elle a plus mal du fait que son enfant vient de tomber que de son mal de dents. Elle fait l’expérience d’avoir plus mal pour quelqu’un d’autre que pour elle.

 – Les enfants sont donc une étape d’initiation au dépassement de notre petite personne ?

 – En effet. C’est une étape où on apprend à se sentir responsable de la douleur d’autrui. Et je pense que si nous n’avons pas d’enfants, et si nous passons directement à nous occuper de la douleur des autres sans être passés par une responsabilité parentale, il est difficile de découvrir comment considérer la douleur d’autrui comme plus importante que la sienne.

 – Je comprends, pour les enfants. Mais il est difficile d’imaginer que la souffrance de personnes étrangères puisse être plus importante que la nôtre !

– Eh bien, il n’y a que la vie spirituelle qui va nous l’apprendre. C’est-à-dire la manière dont nous allons nous occuper de notre propre infirmité, apprendre à aimer notre misère, pour découvrir la misère des autres. Et un jour, la misère des autres nous bouleverse profondément, comme nous avons été bouleversés par la nôtre. Nous ne pouvons être touchés par une infirmité d’autrui qu’aussi loin que nous avons été touchés par notre propre infirmité. Et un jour, parce que nous sommes plus en paix avec notre misère, nous découvrons que la misère d’autrui devient une forme supérieure de souffrance pour nous-mêmes. Heureusement que nous sommes passés par l’expérience de père et de mère qui nous a fait vivre le souci pour nos enfants, parce qu’on trouverait complètement débile et bizarre de se faire du souci pour les autres. Or, quand on se retrouve instructeur spirituel, quand on se retrouve psychothérapeute, quand on se retrouve psychanalyste, on est bien en train de s’interroger et de peut-être se faire du souci pour autrui !

 Légende photo: De plus en plus près pour se découvrir

– Et ce souci pour autrui, il est épanouissant pour soi-même ?

– Ce souci pour autrui contient un état de conscience très intéressant et très particulier, nettement au-dessus de l’ego : c’est l’oubli de soi-même. Dans la manière dont nous nous mettons à nous consacrer à des causes, à des œuvres, à des Tâches, dans la façon dont nous allons nous occuper de la douleur du monde, quelque chose a fini de gémir sur nous-mêmes. Et cette sortie du nombrilisme, c’est la sortie de l’ego par le haut. Ce n’est plus le « Moi » – moi, moi et mon besoin d’importance – mais c’est le « JE » – Je suis parce que je sers – et c’est le plan de conscience au-dessus de l’ego.

– A travers l’âge adulte, et notamment l’éducation parentale, à travers se consacrer à aider les autres – ce que vous appelez l’âge mûr dans la Spirale de vie – on sent une progression dans le dépassement de son « moi », de sa petite personne

– Oui, complètement.

– Et que se passe-t-il en fin de vie ? Y a-t-il un autre épanouissement possible ?

– On va encore passer par la douleur de l’autre, d’un nouvel « autre ». La vie spirituelle nous a appris à comprendre et accueillir nos douleurs personnelles, puis à consacrer une partie de notre vie à la douleur des autres comme une façon de s’oublier soi-même, une façon de servir la Vie, une façon de rendre notre vie utile. Ça, c’est une des choses essentielles. Et puis, un beau jour, on va se retrouver dans la vieillesse devant la douleur de Dieu, devant la manière dont la terre et les hommes sont ingrats, la manière dont les hommes tuent la terre. On est devant la douleur de Dieu. Et en même temps, on est devant quelque chose qui est de l’ordre de la foi absolue. Dans la vieillesse, si nous ne sommes plus célèbres aux yeux des hommes, c’est pour être célèbres aux yeux de Dieu. Si nous nous retirons de la vie, c’est pour vivre avec Dieu. Nous allons  nous retrouver à l’approche de la mort devant : « Qu’est-ce qui est plus important ? Moi et ce que je perds dans mon corps ou… ce qui reste ? »

Il existe une règle que la mort nous fait vivre, que la vieillesse nous fait vivre, que les grandes maladies nous font vivre : tout ce que nous perdons d’un côté, c’est pour y gagner de l’autre.

Si nous perdons une main, c’est pour mieux caresser avec la main qui nous reste que lorsque nous en avions deux. Si nous perdons la vie, c’est pour qu’il nous reste Dieu. Mais cela dépend de quel côté on est tourné. Si on est tourné du côté d’un autrui qui cette fois-ci est Dieu, alors peut-être que quand on perd sa vie terrestre on reçoit la Vie éternelle, on reçoit Dieu. Si on est tourné du côté de soi, dans la mort on est simplement en train de perdre son corps et on ne reçoit rien du tout. Donc on est bien devant la même loi : c’est autrui qui nous fait nous oublier, sauf que dans la mort, autrui, c’est Dieu.  Dans la mort, autrui, c’est Dieu.

– Quelle magnifique pédagogie, de la naissance à la mort ! Mais je reviens à l’éducation parentale : y a-t-il une spécificité masculine et une spécificité féminine, surtout à notre époque où on a tendance à confondre les deux ?

 – Je pense avoir en partie répondu quand j’ai évoqué l’axe de réflexion sur l’éducation lié aux trois âges que sont la petite enfance, l’enfance et l’adolescence. On voit bien qu’il y a une dimension maternelle de l’éducation dans la petite enfance, où la maman apprend principalement le rapport à la terre – avec les mots et la marche – le rapport à la nourriture, à la propreté. Et dans l’enfance, le père prend sa place comme deuxième instructeur et lui, il apprend à l’enfant le rapport à l’autorité, à la hiérarchie, à la place, à la force, à la protection. On est devant deux instructeurs différents enseignant deux secteurs de connaissance différents.

– Quelle magnifique pédagogie, de la naissance à la mort! Aujourd’hui, vous êtes grand-père. Quel est votre « art d’être grand-père », si on peut le dire ainsi ?

– Mon art d’être grand-père, c’est d’abord d’apprécier énormément ce rôle. C’est un rôle qui n’a plus de responsabilités, qui n’a plus que le beau côté. Donc on ne reçoit plus que ce bon côté : être là pour les émerveiller, être là pour les amuser. On a généralement suffisamment de moyens pour leur acheter des choses qu’on ne pouvait pas toujours leur acheter quand c’étaient nos propres enfants, parce qu’on était en phase de construction. Je dirais que nous sommes un agréable superflu que nous pouvons assumer ou non. Nous sommes ce qui n’est pas obligatoire, ce qui n’est pas nécessaire, et c’est très agréable de ne pas être nécessaire. Donc nous pouvons offrir le plus.  Nous sommes ce qui ne sert à rien, ce qui est simplement délicieux pour être délicieux. Donc l’art d’être grand-père, c’est ça. Je ne suis pas forcément un grand-père idéal, je ne suis pas forcément un grand-père moyen dans la mesure où je n’ai pas tout mon temps car ma vie est très pleine. Ma vie est très prise par ma Cause. Il faut donc, chaque fois que je m’occupe de mes petits-enfants, que ce soit un temps vraiment plus fort.

 

 – Vous voulez dire que c’est du concentré ?

 – Ce n’est pas simplement du gardiennage. Je veux que ce soit un peu plus chaque fois que je suis avec eux. Quand je raconte une histoire, c’est une  histoire que je crée parce qu’il me semble qu’il faut que je m’implique. Ce ne peut pas être autrement. Ce ne peut pas être des trucs que je lis. Je peux avoir une implication active. Mais je le répète, l’art délicieux d’être grand-père, c’est d’être le superflu et de ne pas banaliser ce superflu.

 

– Le fait d’être déchargé de responsabilités, cela ne donne pas aussi un modèle différent aux petits enfants par rapport à leurs parents ?

– Je crois que nous, on peut faire des choses et accepter des bêtises que les parents ne peuvent pas faire et accepter. Parce que nous avons une génération de différence, nous pouvons leur montrer des hors limites acceptables dans une espèce de connivence. Nous avons une tolérance à leur enseigner. Nous avons un humour et un recul sur la vie à leur offrir que les parents ne peuvent pas avoir.

ANNIVERSAIRE : Septembre 2012

REFLETS a un an !

Imaginons un bébé de un an. Il est encore fragile, mais plein d’espérance pour ses parents. A cet âge il devient nécessaire de changer de nourriture. C’est la fin du lait (maternel ou non). Bébé passe à une nourriture plus diversifiée, plus consistante.

REFLETS vit une évolution identique. Notre revue est encore fragile. Ses créateurs sont très occupés par son développement. La nourriture – les articles- demandent une origine plus diversifiée. Nous avons fait appel dans le N° 4 aux « nouveaux journalistes ». Mais l’apprentissage de l’écriture « sans jugement et avec miséricorde » n’est pas facile.

C’est pourquoi nous avons décidé de créer une véritable école de journaliste- rédacteur REFLETS.

Il s’agit d’enseigner la méthode expérimentée bien avant REFLETS, depuis une dizaine d’années, qui permet de sortir du jugement sur n’importe quel sujet et de s’élever pour apercevoir un sens à l’évènement. C’est la méthode-REFLETS.

Selon l’’expérience, selon la connaissance de son monde intérieur, nous pouvons apercevoir un sens pour soi-même, un sens pour les personnes concernées par l’évènement, un sens social, voire pour la civilisation, un sens historique, un sens dans l’évolution de la conscience.

Il est évident que si l’apprenti peut dépasser ses jugements sur un évènement du monde, il devient capable d’en faire autant pour les problèmes de son existence. Ainsi cet apprentissage retentit sur sa vie familiale, professionnelle, bref dans tous les secteurs de sa vie.

Quel apaisement !

Donner du sens à nos souffrances enlève 75 % de la douleur.

Lorsque nous sommes apaisés, trouver des solutions inspirées change le fonctionnement de la vie quotidienne.

L’école d’écriture REFLETS a cette prétention. Ce qui est annoncé a été vérifié par de nombreuses personnes depuis des années.

Voilà le grandissement de REFLETS pour les prochaines années.

Christian Roesch

Pour les renseignements : contact@revue-reflets.org

INTERVIEW DE CHRISTIAN ROESCH SUR VOSGES TELEVISION

Le directeur de publication de REFLETS a été interviewé le 26 avril sur Vosges télévision.
C’est un éclairage sur l’historique et le sens de REFLETS.

A voir: dix minutes extraites de l’émission.

GITTA MALLASZ RECONNUE JUSTE PARMI LES NATIONS

Gitta Mallasz, Juste parmi les Nations
Le 13 mai 2012, Gitta Mallasz a été reconnue Juste parmi les Nations par Yad Vashem

Gitta Mallasz est connue dans le monde entier comme auteur (elle se nommait le scribe) de « Dialogues avec l’ange », traduit dans 17 langues.

Le dimanche 13 mai 2012, au collège des Bernardins à Paris, le Comité Français pour Yad Vashem a remis la médaille des Justes, à titre posthume à Gitta Mallasz, 20 ans après sa disparition (le 25 mai 1992).

 

Pour sauver ses deux amies juives, Hanna Dallos et Lili Strausz, Gitta Mallasz avait accepté la direction d’une « usine de guerre » qui devait fabriquer des chemises d’uniforme. Toutes les employées étaient juives et ainsi protégées.

Lorsque les nazis hongrois ont envahi l’usine, la plupart des femmes et des enfants ont pu fuir grâce à l’ingéniosité de Gitta (aidée par des soldats SS allemands!). 103 personnes ont été sauvées. Seules 15 femmes, âgées ou incapables de fuir sont restées. Parmi elles, Hanna et Lili.

Celles-ci ont décidé de rester car elles craignaient que Gitta ne soit fusillée si les nazis hongrois ne trouvaient personne. Elles l’ont fait car elles estimaient  que c’était à Gitta de faire connaitre les messages reçus pendant 17 mois.

Grâce à cet « enseignement de lumière », la notion de « dialogue intérieur » a considérablement évolué. Il est universel, tout en s’inscrivant dans la tradition chrétienne.

 

Les différents orateurs de la cérémonie ont évoqué le contexte historique et la vie de Gitta Mallasz.

Citons , après l’introduction de Monseigneur Jérôme Beau, Président du Collège des Bernardins, Monsieur Jean-Raphaël Hirsch, Président du Comité Français pour Yad Vashem,

Nicolas Roth, déporté de Hongrie, a évoqué l’atmosphère à Budapest et en province en 1944, après l’invasion allemande.

Anne-Marie Revcolevschi, autre membre du Comité Français pour Yad Vashem, a livré les moments importants de la vie de Gitta Mallasz.

Discours de Mme A.M. Revcolevschi sur l'action de sauvetage de Gitta Mallasz
Cérémonie de remise de la médaille des Justes à Gitta Mallasz, discours de A.M. Revcolevschi

Dorit Zak, fille de Susan Kevin, a témoigné de sa reconnaissance, sa mère ayant vécu l’usine de guerre.

Monsieur Laslo Trocsanyl, ambassadeur de Hongrie, a parlé de la situation hongroise aujourd’hui.

Monsieur Samuel Ravel, ministre plénipotentiaire de l’Ambassade d’Israël, après avoir resitué les actions de sauvetage en 1944, a remis la médaille des Justes à Andrea Mallasz, petite nièce de Gitta Mallasz.

 

Cette reconnaissance contribuera à conserver la mémoire historique de Gitta Mallasz.  Son rayonnement se perpétuera grâce à ceux qui, à son contact, ont eu leur vie considérablement changée.

Roger Mc Gowen, l’aventurier

Début avril 2012, Christian Roesch est allé visiter Roger Mc Gowen, enfermé depuis 28 ans dans le couloir de la mort à Huntsville au Texas. Roger n’est pas le seul prisonnier innocent mais c’est un des rares qui est devenu un sage. Voir REFLETS N°1.

Parloir de HuntsvilleUne anecdote lors de ma visite où j’étais accompagné d’une amie,  résume Roger. Celle-ci est déjà venue à plusieurs reprises et connaît bien Roger. Elle traduit car mon anglais est déplorable et le texan, inaudible.

Béatrice lui parle du  jugement sur elle-même qui vient de se produire.

Pendant qu’elle explique, je regarde Roger et le trouve songeur. Je lui demande qu’est-ce qui passe dans ses pensées. « Je cherche le titre d’un livre que j’ai lu dans la bibliothèque de la prison. »

« C’est un livre qui parle de l’existence d’un grimoire extraordinaire dans lequel se trouvent toutes les réponses concernant la terre et même l’univers. Il raconte l’histoire de cet homme qui a entendu parler de ce livre incroyable. Il part à sa recherche en Asie, puis il est renvoyé en Amérique latine, en Australie. Il doit combattre des ennemis qui veulent détruire ce livre car cette connaissance doit –selon eux-  rester secrète. D’autre veulent s’en emparer pour détruire le monde.

Pendant 20 ans il se consacre à cette recherche. D’indices en déductions il arrive dans un monastère où le prieur lui fait savoir qu’ils détiennent ce livre.

Après des jours et des jours d’attente, il est conduit dans uns crypte où trône le livre.

« Ca fait plus de 20 ans que tu le cherches, tu l’as mérité ; tu peux le consulter tant que tu veux » lui dit le vieux moine.

Le livre est magnifiquement décoré d’enluminures. Il l’ouvre avec précaution.

Qu’est-ce qu’il découvre ? Un miroir ! A chaque page, le même miroir.

Il comprend alors que tous les secrets de la vie sont en lui.

Il y a si longtemps qu’il a commencé sa quête ! Il réalise maintenant

qu’il connaît tendrement  les moindres recoins de sa personnalité  et qu’il connaît l’ordre des choses.

Tous les secrets sont en lui. »

 

Roger sourit  tendrement à Béatrice. Ce conte est pour elle.

 

Mais cet aventurier, c’est Roger. Sans quitter sa prison, depuis tant d’années, Roger est stupéfiant de connaissance. Depuis sa cellule, il fréquente les couloirs de la vie, l’antichambre de la mort cette grosse porte vers le Ciel, les miradors donnant sur les étoiles, les chaines des galaxies, et les parloirs avec Dieu.

Roger peut parler de n’importe quel sujet avec une rare pertinence. Les problèmes de la terre, l’écologie, la politique et …de vous, si délicatement.

Ses yeux qui voient avec amour percent les murs épais de la prison comme la membrane fragile du cœur  des visiteurs ou des gardiens.

Merci Béatrice, ce fut un instant merveilleux.

 

La suite dans REFLETS N°4

VIANDE HALAL ET VIANDE PROFANE

La polémique fait rage. En région parisienne, les animaux dans les quatre abattoirs sont-ils abattus selon le rite Halal (musulman) et distribués à tous les consommateurs sans distinction ? C’est l’affirmation de la Fondation Brigitte Bardot et aussi de la présidente du Front National Marine Le Pen. Claude Guéant, ministre de l’intérieur s’en défend.

Il semble qu’une proposition d’étiquetage européen ait été stoppée. La relance de ce débat le remet à l’ordre du jour.

 

Plusieurs problèmes sont soulevés par cette polémique.

La souffrance des bêtes tuées pour la consommation  semble le motif de cette affaire. Le rituel Halal exige que les animaux soient égorgés à vif. Alors que la réglementation européenne recommande  que les animaux soient  étourdis  avec un pistolet électrique ou à gaz avant d’être tués. Ce qui n’est pas le cas pour le rituel Halal.

Un autre problème est l’imposition de ce rituel à tous les consommateurs sans aucune distinction.

Un troisième aspect est le mensonge dans les informations de part et d’autre.

Un quatrième est l’utilisation de ce problème de société à des fins électorales.

 

Le  fond reste la souffrance des animaux. Et pas seulement au moment de l’abattage.

Les humains modernes, particulièrement ceux des milieux urbains, se soucient aussi peu des conditions de vie des animaux qu’ils ne se soucient de l’animalité en eux. Cette phrase parait philosophique. En réalité elle est très concrète.

La physiologie humaine  est au minimum à 90% animale. La génétique l’a montré. Le fonctionnement du  corps est régi par les lois du règne animal, précisément celles des mammifères supérieurs. Manger, boire, uriner, respirer, digérer etc.

L’homme de la ville a si peu de respect pour ses instincts – qui pourtant l’informent en permanence- qu’il écrase continuellement le gentil animal domestique qu’est notre corps.

Par exemple qui respecte sa fatigue et ne va pas au-delà ?

Qui va boire au moment où il a soif ?

Qui va uriner sans attendre quand il en a besoin ?

Qui respecte son besoin d’exercice physique ?

Qui s’arrête de manger quand l’estomac a reçu le nécessaire ?

Qui va dormir quand il a sommeil ?

La liste serait longue en faisant le tour de tous les instincts de base qui permettent de simplement vivre.

 

L’humain régi par ses problèmes de société, n’aime pas cette partie animale, il l’ignore. Il considère qu’elle doit se plier à ses désirs, à ses exigences, sans l’écouter. Il n’a pas de scrupule à la surmener (Que l’expression est juste !), à l’épuiser jusqu’à en être malade. Il se comporte  de la même manière avec les animaux destinés à la consommation comme avec ceux qui  vivent dans la nature. Ils peuvent être chassés, leur habitat détruit, leur environnement pollué. Ils peuvent même être exterminés. L’homme dit civilisé  méprise ce destin qui finalement  ressemble au sien. Si bien qu’il accepte que les animaux aient des conditions de vie invraisemblables. Un espace réduit au minimum pour les animaux en batterie. Des cages pour les volailles qui ne peuvent ouvrir leurs ailes. Une nourriture qui n’a rien à voir avec leur alimentation naturelle : Est-il normal de donner des farines animales aux bovins herbivores ? Des additifs chimiques (hormones, antibiotiques et autres produits dopants) pour qu’ils engraissent plus vite. Et les conditions de transport pour se rendre aux abattoirs ?

Nous leur faisons subir ce que nous nous faisons subir. Alors les conditions d’abattage ne sont que la fin de ce processus : Sans respect pour leur peur et  leurs souffrances.

Le rituel halal a du sens quand un animal est choisi dans le troupeau ou capturé  pour être mangé, qu’une prière est  dite par rapport à cet acte, et qu’on laisse à la bête le temps de se calmer avant de lui trancher la gorge. Puis on  la vide de son sang qui retourne à la terre. C’est difficilement compatible avec l’abattage industriel. Le rituel, sans irrespect pour la religion musulmane,  n’est pas habité dans les conditions industrielles,  par le but originel.

Y a-t-il des solutions ?

Certainement le fonctionnement des abattoirs à la chaîne  peut être amélioré. Mais le fond  c’est l’attention à notre monde instinctif. Les conditions de vie des animaux en seraient naturellement modifiées. L’abattage serait la suite de cette attitude respectueuse, engendrant le minimum de stress pour les animaux. Sait-on que le stess provoque la fabrication de toxines qui restent dans la viande que nous mangeons ?

La solution n’est pas que dans la technique de l’abattage. Il est dans le respect du monde animal. Cela oblige à se questionner sur nos conditions de vie stressantes et irrespectueuses de nos personnes. Les deux vont de pair.

Attention dérive!

Dans le N°2 de REFLETS, nous signalions la proposition de loi, adoptée par l’Assemblée Nationale, après engagement de la procédure accélérée, relative à la simplification du droit et à l’allègement des démarches administratives, transmise à Monsieur le Président du Sénat.

 

A la fin du texte se trouve ceci, n’ayant rien à voir avec les articles précédents :

 

 DISPOSITIONS DIVERSES

Article 94 A (nouveau)

Les membres de la mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires ne peuvent être recherchés, poursuivis, arrêtés, détenus ou jugés en raison des opinions qu’ils émettent dans le rapport annuel remis au Premier ministre dans l’exercice de leurs fonctions.

 

Les 10 et 11 janvier 2011, cette loi sera mise en discussion, en séance publique.

Nous pouvons espérer que le Sénat aura la sagesse de rejeter l’article 94 contredisant l’esprit républicain empreint de liberté, de laïcité, de diversité.

A contrario, si soumettre à la vindicte une catégorie de population n’est plus répréhensible, cette loi ouvre la porte à la légalisation de tous les dénis de démocratie.

DU VENT A DURBAN

La conférence internationale de Durban sur le réchauffement climatique s’est achevée dans un accord obtenu in extremis.

La plupart des délégations s’en félicitent. Cependant il n’a rien de glorieux.

C’est juste un accord de façade pour masquer les divergences au regard les opinions publiques. «  Voyez,  nous avons réussi à nous mettre d’accord. Nous sommes des gens responsables et sérieux ! »

La réalité est toute autre. Il n’y a aucun engagement vraiment formalisé.

 Le traité qui doit succéder aux accords de Kioto qui se termine fin 2012, sera finalisé …avant 2015. Il entrera en application en …2020!

Cet accord, de principe, présente comme avantage d’impliquer la Chine et les Etats-Unis qui ne sont pas signataires de Kioto. Seule l’Union européenne est vraiment engagée aujourd’hui. Mais, d’après l’agence Internationale de l’Energie, elle ne compte que pour 15% dans les émissions mondiales.

Le vague projet, applicable en 2020, sera de toute façon insuffisant pour stopper l’élévation de température. Toujours selon l’agence, il faudrait que les émissions de gaz à effet de serre (GES) décroissent à partir de 2017. Or elles augmentent chaque année ! Dans ces conditions, il est impossible de limiter l’augmentation de température au dessous de 2°C. Nous allons vers les 4 à 6 °C avant la fin du siècle. Ce qui serait catastrophique pour l’Afrique et de nombreux pays.

 Le fonds Vert destiné à aider les pays pauvres à entrer dans le cadre, n’a toujours pas trouvé son financement. Il a été décidé depuis longtemps (2003 ?) mais les ressources ne sont toujours pas arrêtées. La taxe sur les transactions financières ou celle sur le transport maritime sont encore en discussion.

Avec la crise, la France tiendra t-elle ses promesses ? Elle s’était engagée en 2008  à reverser une partie des recettes de la taxe carbone dégagée en 2012 pour les pays les plus pauvres. A suivre …

Le plus frappant de la conférence de Durban est l’égoïsme des nations. L’intérêt national prime sur l’intérêt de la planète.

C’est quoi l’intérêt national ? Ce n’est pas celui des personnes. Nous subissons chacun les effets de la pollution avec les altérations plus ou moins visibles de notre santé. Mais comme nous ne sommes pas encore assez précautionneux de notre qualité de vie personnelle, nous autorisons implicitement nos représentants à Durban ou ailleurs, à être aussi négligents et insouciants.

LOGEMENT INDECENT

Habiter un logement décent semble un droit acquis.

Depuis la loi Quillot en 1982, qui a fait de l’habitation un droit fondamental.

Puis la loi Besson de 1990  qui garantit le droit au logement.

Enfin la loi Dalo de 2007 qui vise à garantir le droit au logement pour toute personne en situation précaire.

Or le Comité de suivi de l’application du droit au logement opposable s’ exclame dans le titre de son 4ème rapport qui vient de sortir:

« Monsieur le Président de la République, faisons appliquer la loi! »

Malgré les efforts depuis vingt ans, le comité estime que 3 millions de personnes n’ont pas de logement décent.

40 000 ménages ont été relogés en 3 ans depuis le début d’application de cette loi. Cependant dans les régions de pénurie immobilière, là où les besoins sont les plus grands (Ile de France, Bouches du Rhône, Var, Alpes maritimes) 27500 décisions de relogement prononcées par les tribunaux n’ont pas été appliquées à fin juin.

L’état est fautif. Il est sanctionné par une amende…qu’il verse à un organisme d’état! Comme s’il sortait l’argent d’une poche pour la faire rentrer dans l’autre.

L’état légifère depuis quelques années à tour de bras. Mais les lois sont-elles vraiment appliquées et applicables?

Donner un droit , c’est une bonne chose.

Donner les conditions concrètes de son application est indispensable. Sinon l’état se discrédite.

Dans le cas du logement, vers qui se tourner dans ce cas? Les associations caritatives comme la Fondation Abbé Pierre ont du pain sur la planche en ce début d’hiver pour suppléer la déficience de l’état.

REFLETS A TELEMATIN

Ce lundi 7 novembre, sur France 2, lors de l’émission Télématin, à 8h30, Patrice ROMEDENNE a présenté REFLETS.

http://telematin.france2.fr/

La Palestine à l’UNESCO

La Palestine devient le 195ème membre de l’UNESCO.

Elle était jusqu’à ce 31octobre2011, simple observateur.

Son adhésion a été admise par 107 voix pour, 14 contre (dont les USA, le Canada et Israel) et 52 abstentions. La France a voté pour.

Les Etats-Unis ont immédiatement réagi en suspendant leur subvention à l’UNESCO. Ils s’apprétaient à verser 60 millions de dollars. Leur contribution représente 22% du budget.

Quelles conséquences sont à prévoir?

– C’est une avancée pour le vote de la reconnaissance de l’état palestinien qui doit avoir lieu le 11 novembre à l’ONU. Mais les USA ont fait savoir qu’ils utiliseraient leur droit de veto.

– On peut prévoir un accroissement des affrontements entre Israel et le Hamas pour justifier que la Palestine n’est pas prête à devenir un état à part entière et une amplification des colonisations en terrictoire occupé.

– Les médias américains ont approuvé la position américaine. Cela ne permettra pas à Obama de gagner des voix sur le parti répubicain encore plus radical.

– Les Etats-Unis  condamnent la Palestine à demeurer un non-état  » jusqu’à ce qu’un accord de paix soit trouvé » (Cela fait 30 ans qu’ils le cherchent) . Ils menacent de diminuer leur aide économique. Ils font payer aux palestiniens cette diplomatie auprès de l’Onu et aussi à l’UNESCO qui va être en difficulté à cause de la perte de leur part .

Le département d’Etat s’est dit contraint par deux lois américaines du début des années 1990 qui interdisent en effet le financement d’une agence spécialisée des Nations unies qui accepterait les Palestiniens en tant qu’Etat membre à part entière, en l’absence d’accord de paix avec Israël.

Alors pèseront-ils pour trouver un accord de paix?

On peut en douter d’autant plus qu’Obama n’a pas réussi à infléchir la diplomatie américaine à ce sujet  pendant ce mandat .

Un état palestinien?

CINEMA. A VOIR D’URGENCE

 

Maintenant, on va où ?

 

 

Quand à la fin d’un film, les gens ne se lèvent pas avant la fin du générique, qu’ils restent en silence, presque gênés, ne sachant s’il faut applaudir ou rester muet, puis lentement sans bousculade, tour à tour, chacun se lève, le visage transformé….là on est sûr que c’est un bon film !

 

J’avais vécu cela pour « Des hommes et des dieux ». Je l’ai retrouvé à la fin de « Et maintenant, on va où ? »Et maintenant, on va où?

Ce second film de la cinéaste libanaise Nadine LABAKI a remporté le prix du public au Festival International de Toronto.

 

Dans le contexte de la guerre civile au Liban, Nadine LABAKI raconte la détermination des femmes – dont la plupart ont perdu un mari, un père ou un fils – pour que leur village ne s’enflamme pas dans la guerre entre musulmans et chrétiens.

 

Le film raconte avec un mélange de gravité et d’humour, parfois avec la légèreté d’une comédie musicale, tous les stratagèmes des femmes pour que les hommes ne prennent pas les armes les uns contre les autres. Cela va de la confection de gâteaux contenant du haschisch et des somnifères à l’invitation d’une troupe de danseuses de cabaret!

Et plus gravement, une mère n’hésite pas à tirer un coup de fusil sur le pied de son fils pour qu’il ne parte pas se venger car elle vient  de perdre son autre fils !

 

Au-delà du côté anecdotique de ce village,  l’histoire est universelle.

 

Quand les femmes sont capables de donner un tel amour à leurs maris, à leurs fils, elles sont les vraies actrices de la paix. Les femmes donnent vie, et la mort stupide due à des querelles viriles leur est insupportable.

Le ventre des femmes est plus fort que les canons !

 

Ce message mérite d’être entendu…
Ne serait-ce qu’à quelques kilomètres …au-delà de la frontière.

L’humanité est en deuil

Il existe un pays où l’on exécute un condamné à mort, vingt ans après l’avoir jugé. Vingt ans de torture , pour que l’assassin paye à petit feu, car l’exécution rapide ne lui permettrait pas de regretter son forfait.

Vingt ans pour vous faire oublier que vous êtes un homme, pour que vous conveniez que vous êtes une bête (féroce) et que vous devez mourir comme une bête.

Un pays où on emmène la famille de la victime voir l’exécution sans oublier les enfants.

Un pays où on se réjouit que l’assassin soit exécuté. Oeil pour oeil, dent pour dent. C’était un progrès, voici trois mille ans. Il est resté figé dans certaines régions du globe.

Un pays où l’important c’est que la justice soit rendue selon les régles. alors il n’y a rien à redire.

Un pays où les témoins jurent sur la Bible de dire la vérité.

Un pays où l’on juge quelqu’un coupable de meurtre sans preuve formelle , sur la déposition des témoins, où la couleur de la peau contribue à « l’intime conviction »

Un pays où sept témoins sur neuf se rétractant cela ne remet pas en cause le jugement.

Un pays où les témoins peuvent être subornés par la police pour mentir au procès.

Un pays sourd à l’appel des nations , de l’opinion internationale, du pape.

Un pays dont le gouverneur d’un état préfère les statistiques à la justice.

Un pays qui a éxécuté un prisonnier clamant depuis depuis vingt ans son innocence, jusqu’au bout.

Ce pays , ce n’est pas l’Iran des Ayattolahs.

Ce n’est pas la Corée du Nord communiste ou une dictature quelconque.

Ce sont les Etats-Unis d’Amérique, état de Géorgie.

 

TROY DAVIS  a été exécuté ce matin à 5h (heure française)

La Palestine: Une affaire d’état

La Palestine : Une affaire d’état

06/09/2011

A quand un état palestinien ?

Lors de la prochaine assemblée générale de l’ONU, fin septembre, les pays auront à se prononcer sur la proclamation d’un état palestinien.

Il semble que 150 pays environ sur 193 sont prêts à voter pour.

Cependant les pays qui comptent le plus, en particulier ceux qui siègent au Conseil de Sécurité, sont divisés sur la conduite à tenir.

 

Resituons la difficulté :

Un peuple dispersé depuis longtemps qui fut encouragé à s’installer en Palestine après la persécution nazie. Une terre conquise bec et ongles au détriment des autochtones. La menace, l’insécurité ont donné le pouvoir aux « faucons » c’est-à-dire à la manière forte d’asseoir l’état israélien.

 

De l’autre côté, les Palestiniens. Comme dans  toute l’Afrique du Nord, avant les années cinquante  les gens vivaient en bonne entente avec les Juifs jusqu’à la création de l’état israélien. Peu à peu le territoire s’est agrandi de gré ou de force repoussant les Palestiniens , les chassant de leurs maisons, les soumettant au pouvoir israélien, réfugiés dans des camps , des ghettos, à Gaza, privés de liberté.

Ils sont condamnés au harcèlement  pour exister ; payant très cher en vies humaines, en destructions, en représailles les tentatives de desserrer l’étau.

La défiance, la surveillance, la méfiance, la mauvaise foi, la haine sont dans les deux camps.

Pourtant, la guerre est celle des extrémistes dans les deux camps.

Dans les deux camps, de nombreuses personnes souhaiteraient la coopération plutôt que la guerre.

Depuis longtemps, des minorités israéliennes (du MAPAM dès la fin de la guerre de 1967)  préconisent une fédération israélo-palestinienne.

Depuis longtemps, des palestiniens essaient d’entrer en contact avec les israéliens.

Mais pour les durs de Palestine (le Hamas), ce sont des traitres.

Pour les « faucons » israéliens, ce sont des espions.

 

Les attentats, les représailles, les contre-représailles donnent tord aux pacifistes. Et la haine s’amplifie.

 

Mais la situation au proche Orient bouge. Les gens, en particulier les jeunes ont montré qu’ils ne veulent plus des dictatures. Ils veulent la liberté de travailler dignement, d’entreprendre, de vivre à leur guise sans être soumis à la corruption,  à l’arbitraire, aux diktats policiers ou religieux. Ils ont montré qu’ils sont prêts à payer de leur vie pour ça en Lybie, en Syrie ou ailleurs. Est-ce que les jeunes palestiniens ou israéliens veulent autre chose ?

Les gouvernants devraient en prendre la mesure. Les couvercles sur les aspirations légitimes finissent par sauter.

 

Est-ce que « la communauté internationale » va commencer à vraiment chercher une solution ?

Nous pouvons en douter.

Les ministres européens réunis à Sopot en Pologne des 2 et 3 septembre sont restés divisés sur la proclamation de l’état palestinien fin septembre à l’ONU.

Alain Juppé a proposé un compromis qui avait pour but que l’Europe parle d’une seule voix. L’on pourrait en particulier concéder à la Palestine le statut d’Etat observateur aux Nations unies –statut jadis octroyé pendant des décennies à la Suisse avant que celle-ci demande à passer membre de plein exercice. Cela permettrait à la Palestine de participer à toutes les instances de l’ONU y compris probablement de pouvoir se pourvoir devant la Cour pénale internationale (CPI).

Le chef de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a rejeté la proposition française d’admettre l’Etat de Palestine à l’Onu à titre d’observateur à l’instar du Vatican, rapporte vendredi l’agence palestinienne Maan.

Les Etats-Unis ont déjà annoncé qu’ils poseraient leur veto au Conseil de sécurité à l’admission pleine et entière d’un État palestinien aux Nations unies.

 

Les Etats-Unis sont pris dans leurs contradictions. Soutien presque inconditionnel à l’état israélien. Soutien aux pays autoritaires arabes et moyens-orientaux pour qu’ils n’attaquent pas Israël.

Ce veto annoncé risque de leur couter cher. A propos de cherté, c’est encore du côté du prix du pétrole que va se jouer la politique. La sagesse indiquerait que la voie pacifique est ouverte. Mais quel poids a-t-elle ?

Extraits de l’interview d’Arnaud DESJARDINS


Extrait de l’interview réalisé en mai 2010: A lire intégralement dans le N°1 de REFLETS à paraitre au 15 septembre 2011.

 Jétais considéré comme un chercheur qui posait des questions.

(…) Ensuite sont venues toutes sortes de vicissitudes professionnelles tenant à mes blocages, mes faiblesses, mon manque de réalisme. Puis je suis entré, après avoir fait un certain nombre de stages ici ou là, à la Télévision, comme assistant et ensuite comme réalisateur. Et c’est ce qui m’a permis de financer les films que j’ai tournés en Asie. J’avais obtenu l’accord des syndicats, comme j’allais très loin, d’être seul, ce qui me permettait, pour le même prix de revient à la minute d’antenne, de rester six mois, huit mois, neuf mois pour tourner un film. Si on avait envoyé une équipe de cinq avec les billets d’avion, les défraiements et les salaires cela n’aurait pas été possible. Je pouvais ainsi partager la vie des ashrams hindous, des monastères zen, des confréries soufies, des monastères tibétains dans lesquels, pendant une dizaine d’années, j’ai à la fois filmé et séjourné. Je n’avais pas l’impression d’être un cinéaste. J’avais un petit magnétophone, une caméra 16 mm de l’époque.
J’étais considéré comme un chercheur qui posait des questions, qui voulait comprendre.
J’ai eu beaucoup d’entretiens avec divers maîtres et particulièrement avec un hindou qui vivait à l’écart. Il y avait très peu de monde auprès de lui. Il parlait bien anglais. Il a eu beaucoup de patience pour
m’aider à voir clair en moi-même et à dépasser mes illusions, mes faiblesses, mes égoïsmes.
Il s’agit de Swâmi Prâjnânpad

(…)Une des grandes menaces est l’intégrisme, le fondamentalisme.

A peu près tous les sociologues qui observent le monde actuel s’accordent pour dire qu’une des grandes menaces est l’intégrisme, le fondamentalisme, le dogmatisme, le durcissement d’une religion par rapport aux autres. C’est l’opposé du message d’origine.
Ici, à Hauteville, nous accueillons chacun et chacune: nous ne sommes pas spécifiquement bouddhistes, nous ne sommes pas spécifiquement hindous.
Nous avons bâti – ceux qui viennent ici ont travaillé de leurs mains – une petite chapelle bouddhiste d’obédience tibétaine, une chapelle chrétienne, une petite mosquée et une salle d’étude juive. On ne peut pas dire une synagogue parce qu’il faudrait qu’il y ait onze juifs déroulant les rouleaux de la thora. Des prêtres ont célébré et même concélébré, dans notre chapelle.
Le Cheik Bentounès est venu parmi nous avec des frères de sa confrérie soufie.
Donc si vous êtes musulman, bienvenue à Hauteville, si vous êtes athée, laïque bienvenue à Hauteville. Nous avons invité, pour une de nos assemblées générales, qui réunit quelques huit cent personnes sous une grande tente, André Comte-Sponville. Il a un sens aigu de la spiritualité et en même temps il met beaucoup l’accent sur l’athéisme et la laïcité.
Ici ont eu lieu aussi des rencontres entre chrétiens et moines bouddhistes.
Un aspect du centre est de témoigner pour l’ouverture, la tolérance, la connaissance mutuelle.(…)

A lire dans REFLETS N°1 , parution au 15 septembre 2011

Décès d’Arnaud DESJARDINS

Jeudi 11 Août 2011,

Nous apprenons le décès d’Arnaud DESJARDINS, hier mercredi 10 Août.

Il fut si important pour la spiritualité en Occident, d’abord en faisant connaître les sagesses orientales.
Il y a bien longtemps j’avais été frappé par les films qu’il avait tournés dans des pays féeriques à l’époque –  L’ Afghanistan a bien changé depuis!-

A plusieurs reprises et assez régulièrement, j’ai eu l’occasion de le rencontrer. La première fois , c’était en 1986. La dernière, ce fut pour l’interviewer avec mon épouse,  en mai 2010.

Il vieillissait magnifiquement. J’étais frappé par son humour sur lui-même, en particulier lorsqu’il avait un problème d’élocution. Comme s’il s’amusait tendrement du petit garçon. Puis c’était un renversement complet lorsqu’il cherchait la réponse la plus juste à une question. La lumière changeait dans ses yeux. J’étais alors en face d’une montagne.

Quelle facilité pour passer d’un état à l’autre!

J’ai aimé cette dernière rencontre.

Je suis arrivé, forcement un peu tendu,un peu gauche avec mon magnétophone et avec mes premières questions.

Je fus accueilli dans mes maladresses comme il s’accueille dans les siennes.

Trois heures après, je repartis paisible, heureux, léger, transfusé de cet amour invisible et pourtant palpable.

C’était un vrai Maître.

Il fut un pionnier de la spiritualité laïque (non confessionnelle) en Europe.
Dans les années 50-60, les religions chrétiennes se remettaient péniblement des contradictions de la guerre. Peu de lieux – en dehors des monastères – invitaient à travailler sur soi pour rejoindre la Terre Promise intérieure.

Arnaud Desjardins, sous le prétexte de réaliser des films pour la télévision – est parti la chercher sur les routes de l’Orient. Il l’a trouvée en Inde,  dans un Maitre :
Swâmi Prâjnânpad.
Il a ramené cet enseignement de sagesse en France, fondant un premier lieu de travail intérieur – un ashram –  selon la terminologie indienne.
D’autres voies arrivaient en Europe comblant le manque. Karl Graf Durkheim, maître Deshimaru, le bouddhisme tibétain, les arts martiaux ont ravivé en Europe le besoin de transformation intérieure vers l’Eveil comme l’appelait Arnaud Desjardins  – selon la tradition indienne. Cet appel est celui de l’Amour, de la Paix, de la Vérité, de la Vie.

Grâce à ces ouvreurs, la pratique de transformation intérieure est devenue accessible dans de nombreuses voies,  y compris chrétiennes, sans aller la chercher en Orient.

C.R.

 

Vous êtes invités à laisser un hommage à Arnaud Desjardins.

LES REVOLTES DU MAGHREB:LE PRIX DU SANG VERSE

 

vendredi 15 juillet 2011
La situation semble s’enliser en Lybie. En Syrie la répression est féroce.
Cependant une activité de fond se produit dans les consciences.
En Lybie, la population est encore tribale. Par la révolution , elle accède à l’idée de la démocratie. Et celle-ci ne peut fonctionner correctement que sur une conscience individualisée : « Ce que je veux, moi ».
Les dictatures s’appuient sur les clans, les tribus, les familles.
Par les souffrances et le sang versé, les lybiens seront exigeants sur le fonctionnement de l’état à créer.
Ils espèrent la fin des magouilles, du népotisme, ils attendent la fin de la surveillance policière, ils attendent la liberté. Ils espèrent travailler avec des règles clairement définies.
En Syrie, ils iront encore plus loin. La population s’est rendue compte qu’elle ne pouvait pas compter sur l’occident. Ils ont été lâchés pour des causes stratégiques anciennes. De ce fait , ils seront encore plus exigeants sur le futur fonctionnement de l’état et l’indépendance économique.
C’est une évolution accélérée pour les pays du Maghreb :
– vers la fin du pouvoir des dictatures.
– vers la perte du pouvoir des religieux
– vers le début d’ états démocratiques , laïques.
Plus les régimes anciens  résistent, plus la population s’affermit dans de nouvelles convictions :
– plus jamais un gouvernement appuyé sur une tribu.
– plus jamais de dictateur.
– plus jamais les ressources de la nation confisquées par un clan.
L’ Islam va subir dans ces pays la même évolution que le christianisme a eu en Europe.
– plus de gouvernement religieux. La séparation du politique et du religieux s’affirmera. Nous assisterons peu à peu à la laïcisation effective de ces pays. La pratique religieuse deviendra une affaire de plus en plus personnelle.
Les signes extérieurs religieux (tenue vestimentaire, minarets, fêtes etc) perdront de leur force. La religion s’intériorise. Elle perd en nombre et gagne en qualité.
Les religions qui s’ appuient sur les groupes sociaux provoquent les antagonismes culturels.
L’évolution  vers la pratique personnelle mue par un désir profond d’amélioration rejoint l’universel et devient facteur de paix.
Je ne suis pas naïf. La perte des repères religieux va aussi – et majoritairement – dans la direction de l’athéisme puis du matérialisme où s’enferre l’ego.
N’est-ce pas la loi de l’évolution: A tout progrès spirituel s’oppose une régression de poids équivalent?
Si bien que la vie progresse à pas lents à l’échelle d’une existence humaine.

Mort de Amy WINEHOUSE


Le 23 juillet, Amy Winehouse est découverte morte , seule, à son domicile. Quelques soient les résultats de l’autopsie, les causes profondes de son décès sont évidentes. Le corps, l’âme ont lâché. Amy était notoirement alcoolique et droguée. Avait-elle cessé brusquement de boire depuis quelques jours comme le prétendent certains? Avait-elle acheté la veille des pilules d’ectasy de qualité douteuse la veille de son décès?
La consommation intense d’alcool et de drogues ont eu raison de cette personnalité à la fois fragile dans sa vie et forte dans son expression musicale.
Mourir à 27 ans!
Cela présente l’avantage de rendre mythique son existence. On dira qu’elle a eu une réussite météorique. 5 ans! Cinq années de défonce, entrainée par son ex-mari junkie comme la plupart de ses proches amis.
La maison de disques et son entourage musical qu’ont-ils faits?
Ils ont – a minima – cultivé l’aspect rebelle de la chanteuse, avec en sous-entendu que son mode de vie en fait partie.
Le mal de vivre est normal à l’adolescence, c’est le moteur du dépassement.
La fuite dans des produits échappatoires à ce dépassement l’est moins.
Mais le succès auprès des jeunes semble nécessiter d’incarner ce mal-être, de le montrer, de l’accentuer avec cette fausse solution. Comme l’indique le titre dans son dernier album, Rehab.
Terrible impasse.
Terrible choix que se détruire pour la gloire.

FAMINE EN SOMALIE

 

La famine…..

Selon la FAO:

« Une aggravation récente du conflit dans ces zones (centre et sud) et plusieurs saisons marquées par l’insuffisance des précipitations ont laissé un grand nombre de Somaliens confrontés à la faim. Pendant le premier semestre de cette année, le nombre de personnes ayant besoin d’une aide d’urgence et de secours humanitaires a augmenté de 77%, passant de 1,83 million à 3,25 millions, soit 43% de la population totale.

L’unité d’analyse de la sécurité alimentaire de la FAO en Somalie avertit que d’ici à la fin de l’année, quelque 3,5 millions de personnes pourraient avoir besoin d’une aide alimentaire et d’une assistance humanitaire, c’est-à-dire plus de 46% de la population.

La Somalie est le théâtre de l’une des pires catastrophes humanitaires du monde. Outre la guerre et la sècheresse, le shilling somalien a perdu de sa valeur, les prix des aliments ont triplé voire quadruplé en un an, les carburants sont chers et le commerce a sombré.

Par ailleurs, plus de 1,1 million de personnes sont déplacées du fait de l’insécurité. Nombreux sont ceux qui fuient les centres urbains, tels que Mogadiscio où ils pouvaient auparavant bénéficier de quelques services, pour regagner la campagne. De plus en plus, les organisations d’aide se retrouvent coupées des personnes qu’elles sont censées aider. »

Vingt années de guerre, depuis l’opération « Restore Hope » ont ruiné le pays. Les somaliens sont victimes d’une lutte d’influence entre les pays occidentaux qui voulaient instaurer une démocratie – par la force – et les Shebab. Ce sont des  extrémistes islamiques provenant souvent de l’extérieur et dans la mouvance d’ Al-Qaïda. Si bien que la vie humaine en Somalie n’a que le prix du chantage entre ces protagonistes.

Ceux qui arrivent dans les camps de réfugiés, quel espoir ont-ils?

Pour le moment seulement survivre. Dans le Nord-est du Kenya se trouve le plus grand camp de réfugiés du monde. Plus de 400 000 réfugiés y vivent , certains depuis de nombreuses années. Chaque jour de nouveaux arrivants affluent. Ils proviennent du sus de la Somalie et aussi de Mogadiscio surnommée « la ville de la peur ».  La situation sanitaire de Dadaab est des plus préoccupante.

Est-ce que la conférence internationale sur l’aide qui se tiendra au mois de novembre en Corée du Sud débloquera la situation politique?

C’est la clé de la remise sur les rails de ce pays.

OSLO LA FOLIE MEURTRIERE A ENCORE FRAPPE

Pour commettre un tel attentat délibérément meurtrier, il faut avoir un besoin pathologique de sortir de l’anonymat par un « exploit »auquel Anders Behing Breivik essaie de donner un motif.
Quelque soit la cause, c’est un pauvre malade.Les services secrets norvégiens (le PST) le présentent comme un fondamentaliste chrétien, proche de l’extrème-droite. Entre se dire Chrétien et tuer au nom du Christ, il y a une contradiction – fondamentale- même si cela a déjà eu lieu.
Son idée était, semble t-il,de porter un coup d’arrêt au Parti Travailliste en massacrant des membres des Jeunesses Travaillistes et en tuant « pour adresser un signal fort à la population »
Sans entrer dans la théologie, nous pouvons affirmer qu’il n’a rien compris au christianisme.
Le pardon envers les fautifs, l’amour du prochain, la paix du Christ n’ont pas eu d’écho dans son coeur.Nous pouvons le comprendre comme nous nous devons de le considérer gravement malade.
Qu’est ce que la société norvégienne contient pour que de tels malades apparaissent dans son sein?
Peu-être que les habitants sont tellement convaincus de leur mode de vie que pour la jeunesse, elle est peu intense, trop lissée.Parmi les échappatoires les jeux vidéo prennent beaucoup de place.
Or ceux-ci sont souvent bâtis sur le même scénario:
Une menace extérieure pèse sur de gentils citoyens.Un super-héros se lève et devant l’inconscience générale, avec des armes guérrières va supprimer la menace. Bien sûr, au péril de sa vie qu’il est prét à sacrifier.
N’est ce pas pour vivre une certaine intensité que Anders Behing Brreivik a transposé le jeu dans la vie sociale?
Lors de son audition, (Il souhaitait comparaitre en uniforme), il n’a pas plaidé coupable. Il s’est déclaré « prêt à passer sa vie en prison ».

Muhammad Yunus évincé de sa banque


jeudi 7 juillet 2011
Le fondateur de la Grameen Bank, inventeur du micro-crédit, prix NOBEL de la paix en 2006, a été démis de ses fonctions à la tête de la banque qu’il avait fondée.
Ses adversaires, en particulier au sein des grands partis politiques et au gouvernement ne s’en tiennent pas là. L’idéologue d’une économie au profit limité dérange et provoque des jalousies. Si bien qu’ un avocat, Tawfique Nawaz, marié à la ministre des Affaires Etrangères, cherche à faire retirer au Dr Yunus la cinquantaine de sociétés qu’il a créées.
Le Dr YUNUS dans un nouveau livre « Building social business » promeut une économie plus humaine.
Extraits de l’entretien sur le site du Centre Yunus:
Quelle est l’importance pour le monde de ce que vous appelez les « affaires sociales« ?
L’économie sociale n’est maintenant qu’une faible part de l’économie mondiale. Imaginer une économie déconnectée des profits effraie les gens parce que le monde est aveuglé par la cupidité. Mais cette conception de l’homme , représentée par le modèle économique actuel, est étroite et ne tient pas compte des dimensions altruistes de l’être humain. Avec le « business social » je démontre qu’il est possible de faire des affaires tout en agissant sur un problème social. Prenons l’exemple de Grammeen Danone qui produit des yogourts enrichis abordables pour les familles pauvres au Bengladesh, en vue de lutter contre la malnutrition. Est-ce à dire que cette société française a perdu son esprit? Je ne le pense pas.
Quelle est la différence entre l’entreprenariat social et le social business?
L’entreprenariat social est un mot très populaire, souvent confondu avec le social business. L’entrepreneur social cherche des profits tout en abordant un problème social. Mais le principe de base de l’activité sociale se fonde sur l’absence totale de dividendes. Un investisseur peut récupérer le montant investi dans une entreprise sociale mais pas plus. Un autre exemple est celui de la Grameen Bank. La Grammen Bank est certainement une entreprise à but lucratif, mais ellle appartient aux pauvres, qui réinvestissent leurs profits. Donc c’est une activité sociale.
Y a t-il des limites aux activités sociales?
Non, non. L’économie a un potentiel énorme étant donné le nombre de personnes pauvres. Imaginez le nombre d’entreprises sociales que nous pourrions créer juste pour permettre l’accès à l’énergie pour chaque foyer! Les entreprises seraient crées pour fournir des panneaux solaires à chaque famille.  Leur but n’est pas de faire du profit, mais de protéger la planète. J’ai crée un fonds en Haïti pour l’entreprise sociale. Au lieu d’attendre des institutions internationales pour reconstruire le pays, j’encourage les Haïtiens à créer des entreprises  sociales pour répondre aux besoins de leur propre pays. En outre le social business ne se limite pas aux pays pauvres , il peut aussi pousser dans les pays riches, comme les Etats-Unis, pour améliorer l’accès à la santé par exemple. Il n’y a aucun obstacle au développement de l’activité sociale car la créativité humaine est sans limite.