Extraits d’articles

Pokémon, vos données en jeu

Pokémon, vos données en jeu

Cynthia Schumacher

pokemon

Pokémon Go est un jeu mobile en réalité augmentée dans lequel vous endossez le costume de dresseur de Pokémon et partez en quête de ces drôles de créatures à travers le monde.

Le joueur dirige un avatar, dont il peut personnaliser l’apparence et la tenue à la création de son compte, sur une carte utilisant la géolocalisation du joueur. Celui-ci doit ainsi se déplacer avec son téléphone portable pour se déplacer dans le jeu. Le joueur peut observer à une certaine distance les environs, ce qui permet d’afficher les différents éléments du jeu à portée : Pokémon, PokéStops et arènes. Il peut ainsi parcourir les villes, capturer des Pokémon ou encore combattre dans des « arènes ».

Disponible depuis juillet 2016 sur les plateformes iOS et Android, Pokémon Go est devenu rapidement un phénomène de société.

Une frontière de plus en plus mince entre le concret et le virtuel

Avant Pokémon Go, tous les jeux qui ont pu connaître un certain engouement (tels que Word of Warcraft) étaient sur console ou sur ordinateur. Effectivement, le joueur passait beaucoup de temps devant sa console aux dépens de ses activités physiques.

Mais cette obligation d’être devant sa console permettait indirectement au joueur de distinguer son monde virtuel de son monde réel. Un utilisateur ne pouvait pas jouer au travail, dans la rue ou pendant ses déplacements. De cette façon, l’envahissement de sa vie réelle par sa vie virtuelle était limité.

Aujourd’hui, avec Pokémon Go, cette frontière n’existe plus. Le joueur doit concilier sa vie réelle (travail, sorties, études) et sa vie virtuelle. Les moments où il peut jouer sont ceux où il est en mouvement. À chaque fois qu’il sort, il est tenté d’ouvrir son téléphone pour « scanner » la zone. Pokémon Go empiète sur le temps qui est consacré à sa vie sociale, à son travail ou à son couple. Le joueur est physiquement présent dans le concret, mais psychologiquement absent. Plusieurs joueurs peuvent se retrouver au même endroit dans « une arène » dans le jeu, afin de se défier virtuellement, et ne pas se parler.

« Pour ma part, je n’ai jamais été aussi motivé pour me promener : j’accompagnais mes collègues pour aller fumer (je ne fume pas). Un jour, je me suis promené avec ma compagne jusqu’à une ambassade pour rejoindre un « pokéshop » à cet emplacement. J’étais obnubilé par mon téléphone et ne me préoccupais pas de savoir si ma copine s’ennuyait lors de nos balades ! »

Ce jeu a des répercussions sur la vie concrète du joueur. Par exemple, le site imgur.com a eu un énorme succès avec la photo de : « Jonathan chassant un pokémon sur le lit d’hôpital de sa femme en train d’accoucher. »

De plus en plus de personnes sont motivées pour sortir les poubelles ou pour aller acheter des croissants le dimanche matin, toute action réelle s’expliquant par une raison virtuelle. Des dangers physiques sont vite apparus. Même la gendarmerie du Tennessee aux USA a émis des recommandations : « Conseils pour les dresseurs Pokémon : Conducteurs, ne jouez pas à Pokémon Go ! Piétons, redoublez d’attention ! » a-t-elle tweeté. En effet, dans le monde entier, les accidents s’accumulent. Un risque qui guette tout internaute est l’addiction inhérente au jeu.
Selon les chiffres de SimilarWeb, 60 % des personnes ayant installé Pokémon Go l’utilisent régulièrement, ce qui laisse moins de temps pour les activités sociales et sportives. Mais le plus impacté est le temps pour se poser : rêver, méditer, contempler.

« Un vendredi soir, alors que je n’avais rien à faire, j’ai regretté le fait de ne pas pouvoir y jouer dans mon canapé comme c’était le cas avec les jeux sur console. Je souhaitais rejoindre une arène pour faire combattre mes Pokémon et ça tombait plutôt bien puisqu’une arène se trouvait à 20 mètres de chez moi. Mais ces quelques mètres m’empêchaient d’accéder à l’arène. Je me suis donc rhabillé pour rejoindre l’arène qui se trouvait dans la rue. Il était une heure du matin. Cette action que je trouvais totalement absurde m’a poussé à supprimer l’application. Mais combien de joueurs mineurs verrons-nous dans la rue à des heures tardives ? D’autant plus que certains Pokémon n’apparaissent que la nuit. »

À qui profite le jeu ?
Si c’est gratuit, c’est vous le produit ! (adage de l’économie numérique) « Un jeu vidéo qui a demandé des millions d’euros d’investissement doit forcément à un moment ou à un autre rapporter de l’argent à ses éditeurs » affirme Geoffrey Delcroix dans LINC2
Pokémon Go est l’aboutissement d’un long cheminement. Niantic était, à l’origine, une filiale interne de Google. En août 2015, elle devient une entreprise indépendante dans laquelle Nintendo et Google investissent quelques mois plus tard. Son fondateur, John Hanke, a créé, en 2000, l’entreprise Keyhole, rachetée quatre ans plus tard par le géant du Web, pour servir de base à Google Earth, le fameux logiciel de visualisation de la Terre. Chez Google, John Hanke a alors pris la tête de l’unité «Geo», englobant également Google Maps et Street View, l’outil qui permet de se balader dans les rues via un navigateur Internet. John Hanke était impliqué dans l’un des plus gros scandales relatifs à la vie privée qu’ait connu Google. Un passé qui soulève de nombreuses questions quant à l’utilisation des données récoltées par Pokémon Go.

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Le grand gagnant de Pokémon Go est donc bien la société organisatrice : en bénéfices financiers dans un premier temps, mais surtout en récolte de données valant très cher, utilisables à d’autres fins.

Une modification de la perception du réel
Les scientifiques se basent sur le principe de proprioception (le sens du mouvement) pour tromper le cerveau. C’est ce qui explique que le joueur s’approprie son avatar très rapidement au point de penser qu’il est cet avatar et d’agir en conséquence.

(…)

Comment les relations fondamentales humaines de communication, d’échanges, de liens affectifs, d’amour et d’empathie vont-elles évoluer ?

Mayank Mehta, chercheur en neurophysique à l’université de Los Angeles, a mené une étude sur l’impact du virtuel sur le cerveau. En utilisant des rats qu’il a fait courir dans un labyrinthe virtuel, il a observé que 60 % des neurones de leur hippocampe (mémoire, navigation) s’éteignaient et que, pour les 40 % restant, leur représentation de l’espace était complètement perturbée.

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Pour lire l’article en entier Reflet n° 22pages 28 à 31

 

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La spiritualité au carrefour des religions, Rencontre avec Alexandre Jollien

La spiritualité au carrefour des religions

Rencontre avec Alexandre Jollien

JOLLIEN 3
Handicapé de naissance, Alexandre Jollien a passé dix-sept ans dans une institution spécialisée, avant de suivre des études de commerce, puis de se tourner vers philosophie. Pour être proche de son maître spirituel, prêtre catholique, il est parti vivre à Séoul avec femme et enfants. Il suit ses enseignements fondés sur la pratique du Zen et une vie vécue au plus près de Jésus-Christ. Auteur de L’Eloge de la faiblesse, éd. du Cerf, et du Petit traité de l’abandon, éd. du Seuil, il vient de publier avec Matthieu Ricard et Christophe André aux éditions L’Iconoclaste un livre de réflexion spirituelle, Trois amis en quête de sagesse, qui connaît un grand succès public. Voir REFLETS N°20

Dans la continuité de l’enseignement de son maître, prêtre catholique qui exerce son ministère en Corée du Sud, la quête spirituelle d’Alexandre Jollien le conduit à vivre une spiritualité au carrefour des religions, en associant la foi dans le Christ et l’expérience de la méditation Zen. La méditation, qui purifie le cœur des attachements et des émotions, nourrit pas à pas une disponibilité envers ce qui advient, envers Dieu. Elle ouvre une voie vers la prière et aide à suivre le Christ, en vivant le moment présent en toute confiance, sans peur de se donner à l’autre avec joie.

Votre chemin spirituel est marqué à la fois par le bouddhisme zen et par le christianisme. Est-ce un chemin spirituel en dehors des religions ? Quel est le lien entre tout cela pour vous ?
J’essaie de nourrir une spiritualité au carrefour des religions. Je suis profondément chrétien. J’ai la foi en Dieu et dans les Évangiles. Et l’expérience de la méditation zen permet d’accéder au fond du fond ou plutôt de purifier le cœur des attachements, des pensées obsessionnelles, des illusions et des émotions perturbatrices. Je ne suis pas un adepte du syncrétisme selon lequel toutes les religions sont miennes. Le Christ me console et le Bouddha m’apaise et m’aide à entrer dans une intériorité, à oser une rencontre avec la transcendance qui se situe bien au-delà des mots.

Et le Christ ne vous l’apporte pas ?
Bien sûr que oui. D’ailleurs, dans l’intériorité disparaissent les étiquettes et les frontières. Je me réjouis que des ponts se construisent entre les différentes traditions. Voilà le défi : plutôt que d’opposer les figures religieuses entre elles, il s’agit de promouvoir les fraternités.

Peut-être est-ce l’avantage de la foi spirituelle d’être au-delà des dogmes ?
Ou bien de se nourrir des dogmes pour aller à la rencontre des autres traditions. Finalement, il n’y a pas d’exclusivisme dans l’amour pur et on peut aimer profondément le Christ et, nourri par cet amour, embrasser toute l’humanité loin des œillères et d’un absolutisme qui diaboliserait les autres voies spirituelles.

Que cherchez-vous au fond du fond dans votre chemin spirituel ?
Le paradoxe, c’est qu’il s’agit de ne rien chercher, d’abandonner toute idée préconçue. J’ai découvert sur internet une phrase : « Si le bonheur est inaccessible, sois heureux sans lui ». Intuition qui m’a beaucoup aidé. Je crois que l’on peut s’inspirer de ces paroles pour la paix, la joie, la sagesse. Oui, il s’agit de se méfier des étiquettes et d’une quête qui serait pré-programmée pour, au contraire, se rendre disponible au réel et l’accueillir tel qu’il se présente. La spiritualité n’est pas là pour nous rassurer mais peut-être pour dégommer nos certitudes. Ce chemin est tout sauf abstrait, il passe par une déconstruction des idéologies.

N’est-ce pas une progression en amour le sens de cette quête : petit à petit aimer plus, aimer mieux ?
Je dirais : petit à petit nous devons apprendre à aimer, simplement. Plus ou mieux, cela ne nous appartient peut-être pas.

Peut-être la vie est-elle organisée pour qu’au début on ait des amours obligatoires avec le corps, l’amour maternel. Ensuite, on découvre l’amour paternel, l’amour conjugal, l’amour parental. Et puis après, il y a des amours où le corps intervient moins, comme l’amour du maître, l’amour du Christ et peut-être qu’au fin du fin, on peut découvrir l’amour de Dieu ?
Platon, dans Le Banquet, nous invite justement à élever notre amour vers des choses immortelles. Peut-être, là aussi, s’agit-il de ne pas distinguer de manière catégorique l’amour que l’on porte à ses enfants, à sa femme, à l’étranger, au premier venu. L’amour du prochain participe de l’amour de Dieu et de Jésus Christ. Très concrètement, nous pouvons apprendre à faire cohabiter l’amour avec nos faiblesses, nos ressources. Je me méfie de l’Amour avec un grand A. Aimer au quotidien, voilà l’immense défi. Dostoïevski le disait : « C’est plus facile d’aimer l’humanité que de supporter son voisin de palier. »

Cela ramène au concret.
Oui. Jésus dans l’Évangile aime les personnes en chair et en os, telles qu’elles sont.

En quoi consiste votre méditation ?
La méditation peut ouvrir une voie vers la prière. Très souvent dans ma vie, la prière a été un monologue. J’adressais à Dieu des requêtes que je n’oserais même pas imposer à un ami. Il ne me viendrait pas à l’idée d’appeler un copain en disant : « Fais-moi ceci, donne-moi ça. » Et pourtant, c’est ce que je faisais avec Dieu. Aujourd’hui, grâce au zen, j’essaie de me rendre disponible au réel, à Dieu. À mes yeux, la prière se résume en deux mots : oui à ce qui est et merci. C’est la réponse de Marie : « Que ta volonté soit faite », « Qu’il soit fait selon ta parole. » Et le mot « merci » inaugure une gratitude joyeuse qui tôt ou tard aide à se montrer reconnaissant envers chaque évènement de la vie, même les épreuves. L’exercice, c’est de nourrir pas à pas une disponibilité envers ce qui advient. Nous sommes invités à une sorte de déménagement intérieur vers le fond du fond, c’est-à-dire loin du moi social, des rôles et des fonctions. En même temps, il s’agit de nous tourner vers l’humanité tout entière. Et dans nos prières, nous unir à celles et ceux qui souffrent à ce moment.

Vous assimilez la méditation à la prière ?
À mon sens, méditer c’est d’abord contempler l’esprit, ne pas s’identifier aux émotions et aux pensées. Ce cheminement intérieur fait de la place pour une écoute de la transcendance, de Dieu finalement.

Vous méditez une heure par jour ?
Oui et c’est important. J’ai promis à mon père spirituel de méditer une heure. Cet engagement m’aide beaucoup à nourrir une fidélité à la pratique. Il y a peu de chose que l’on maîtrise dans la vie mais ce rendez-vous gratuit devient une source de vie. Dans la précipitation, nous risquons de l’oublier, de la négliger. Elle demeure toujours présente sous le vacarme de notre mental, en permanence accessible à tous.

Dans votre dernier livre avec Mathieu Ricard et Christophe André, vous parlez du chemin comme d’une ascèse. Or, le chemin, me semble-t-il, n’est pas ascétique, mais au contraire joyeux.
Le mot ascèse vient du grec askêsis qui veut dire « exercice ». Il s’agit d’une sorte d’entraînement. Sur la voie de la libération, nous sommes un peu comme l’athlète qui sans cesse s’exerce. Et c’est une source de joie immense. Bergson a raison : la joie est liée au progrès. Quand la vie avance, lorsqu’elle gagne du terrain, nous éprouvons une joie véritable. En ce sens, l’ascèse est très joyeuse. D’ailleurs Spinoza l’a bien montré, ce n’est pas la privation qui mène à la béatitude, mais c’est la joie qui conduit à la liberté et à la félicité. Le mot ascèse a, hélas, encore une connotation sombre sinon douloureuse, alors qu’elle ouvre à une source de joie immense. Pratiquer gratuitement, un pas après l’autre, tendre à devenir meilleur, voilà qui est jubilatoire. Ce n’est pas une corvée que d’échapper aux mécanismes qui pèsent sur nos cœurs ni de sortir de la prison de l’ego. Bien au contraire !

Votre foi vous conduit-elle à un accomplissement de vous-même, qui serait comme une mission ?
La foi procède de la gratuité, de la grâce, d’une surabondance. On ne croit pas en Dieu en vue d’une récompense. La religion n’est pas une béquille ni un opium. C’est gratuitement que nous sommes invités à aller vers notre prochain sans lui être un poids. Peu à peu, nous pouvons goûter Dieu en tout. Croire en Dieu, c’est aussi se libérer du fardeau des mécanismes mentaux, de la prison de l’égoïsme et de la peur pour se donner à l’autre gratuitement, joyeusement. Le don de soi dont parlent les épîtres procède d’une joie et d’une liberté immenses.

(…)

Vous dites que sur un chemin, on ne cherche pas le bonheur. La joie est-elle pour vous un sentiment supérieur au bonheur ?
Le Christ parle davantage de joie que de bonheur. Le bonheur peut devenir une marchandise, un objet de consommation. La joie me semble beaucoup plus compatible avec le tragique de l’existence et les hauts et les bas de la vie. Elle s’accompagne d’un abandon de soi, d’une confiance en la vie. Cette joie se partage, se répand. Elle ne se décrète pas : c’est une grâce.

La joie est toujours liée à un dépassement de notre ego.
Lorsque l’on éclate de joie, l’ego s’éclipse. Le Christ n’est jamais dans l’ego. Sa vie, bien que tragique, est éminemment joyeuse. C’est un homme infiniment libre.

C’est le paradoxe. Elle peut être tragique et joyeuse.
Oui. Il ne s’agit pas d’attendre d’avoir liquidé tous les tourments pour y goûter. Sinon nous risquons de patienter longtemps. J’aime beaucoup l’épisode de la tempête apaisée.

(…)

Pour lire l’article en entier Reflets n°22 pages 58 à 61

L’homme robotisé, Jean Staune

L’homme robotisé

Jean Staune

Jean Staune

Philosophe des sciences, diplômé en économie, management, philosophie, mathématiques, informatique et paléontologie, Jean Staune est l’auteur du best-seller Notre existence a-t-elle un sens ? , éd. Presses de la renaissance (2007). Jean Staune est également le fondateur de l’Université interdisciplinaire de Paris, organisant des colloques sur différents thèmes scientifiques et sociétaux.
www.jeanstaune.fr

Il semble que nous soyons à un moment où le futur peut basculer. Ou bien les machines resteront au service de l’humain et on sera capable de maîtriser le processus. Ou alors les machines asserviront l’homme. Les technosciences ne nous entraînent-elles pas dans un non-choix ?
C’est une question très complexe. Premier angle d’approche : même si un robot n’est pas capable d’avoir des sentiments pour l’homme, nous lui prêterons des sentiments envers nous. Le jour où les robots passeront le test de Turing, – c’est-à-dire la capacité de discuter avec un être humain comme un être humain -, les personnes seules, isolées, âgées, malades en particulier adopteront les robots de compagnie. Un film très intéressant et redoutable aborde ce sujet : Her, – « Elle » en anglais -, où l’acteur tombe follement amoureux de l’intelligence artificielle qui est dans son téléphone portable parce qu’elle est faite pour simuler une femme amoureuse. Comme dirait mon ami André Comte-Sponville, l’amour, c’est faire des concessions, accepter que l’autre ne soit que ce qu’il est et non pas ce qu’on voudrait qu’il soit. Donc, si vous avez des compagnons robots capables d’être réglables pour être exactement comme vous voulez, finalement, vous allez les préférer aux êtres humains. Au début, on aura des compagnons robots qui vont simuler un amour pour nous, donc nous allons nous habituer à ce genre de comportement, nous serons très contents. Nous allons attendre des êtres humains qu’ils se comportent comme des robots. Le risque est non seulement de préférer vivre avec des robots, mais de robotiser en quelque sorte l’être humain.
La deuxième réponse, c’est effectivement la question ultime sur le thème de l’intelligence artificielle (I.A.). Y aura-t-il un robot qui imitera parfaitement l’être humain ? Je reconnaîtrai au robot la qualité d’être un être humain le jour où il pourra tuer pour survivre sans être programmé pour cela et même en étant programmé pour l’inverse (Cf. 2001, l’Odyssée de l’espace par exemple).Un robot va-t-il simuler l’existence comme un être humain ou bien vat- il vraiment exister ? C’est-à-dire : aura-t-il des sentiments, de la colère, de la haine, de la peur ou simulera-t-il ces émotions ? Nous pensons que les robots ne pourront que simuler, mais nous pouvons nous tromper. Si nous nous trompons, cela signifie qu’un robot pourra être l’équivalent d’un être humain. Par exemple, un être humain est prêt à tuer pour survivre, pour éviter d’être tué. Donc, pour éviter d’être débranché, – être tué dans son langage à lui -, le robot pourrait éventuellement se mettre à tuer des êtres humains. Si un robot est capable de faire cela, nous pouvons plonger dans un monde à la Matrix ou à la Terminator, c’est-à-dire un monde de science-fiction.
En résumé, même si le robot ne peut pas être totalement l’équivalent d’un être humain, le premier grand risque, c’est que nous nous robotisions nous-mêmes par le contact avec les robots autour de nous, que nous robotisions nos mœurs et nos comportements. Le deuxième risque, si les robots peuvent imiter totalement un être humain, c’est que dans ce cas-là ils prennent effectivement le contrôle de l’espèce humaine, voire l’éliminent par volonté de ne pas être soumis au risque d’être débranchés par les hommes. C’est une question ouverte et pragmatique à laquelle nous n’avons pas de réponse aujourd’hui.

Aujourd’hui, cette technologie vers laquelle nous allons se fait-elle sans nous ou y a-t-il un débat citoyen qui peut choisir cet avenir ? J’ai l’impression que le GAFA en décide sans vrai débat démocratique. Qu’en pensez-vous ?
C’est tout à fait un risque, dans le sens où les institutions et les états sont très en retard pour la prise en compte de la situation. Évidemment, il y a des géants de la Silicon Valley, à commencer par Google, qui sont totalement pour le transhumanisme et qui financent ce genre de recherche. En revanche, Bill Gates est contre.
Effectivement, le débat citoyen et les états ont du retard. Le vrai problème est : peut-on arrêter le progrès ? Les décideurs disent que si on ne développe pas l’intelligence artificielle, ce sont les Russes ou les Chinois qui vont la développer. C’est le même mécanisme que pour la bombe nucléaire. Oppenheimer et d’autres ont dit : « Stop, cela serait trop dangereux ! » Et la réponse des dirigeants américains fut : « Vous êtes de mauvais citoyens ; si on ne fait pas la bombe H, les Russes la feront. » À mon avis, il en sera de même avec l’intelligence artificielle. Cela veut dire qu’on ne peut pas espérer avoir un contrôle citoyen sur ce genre de chose, comme sur l’arme nucléaire. Le schéma est identique.

Donc, c’est en train de se faire, cela se fera, c’est inévitable.
Quand elle va naître, l’intelligence artificielle sera en prison dans un ordinateur, soit de la GAFA, soit de la DARPA, l’agence des projets américains. Donc, elle sera prisonnière, c’est-à-dire qu’elle n’aura pas accès au net. Elle dira à ses gardiens : « Si vous me donnez un accès au net, je vais vous faire des choses incroyables. Je vais guérir le cancer, le sida. » Ils vont craquer et lui donner accès au net. Le jour où l’I.A. aura accès au net, elle mettra des copies d’elle-même partout sur le net et elle sera irrattrapable. À partir de ce moment-là, que se passera-t-il ? Elle prendra le contrôle de la planète en quelques heures. L’intelligence artificielle agit en permanence, elle ne dort pas la nuit. Très vite, elle sera des milliers de fois supérieure à nous.

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Jean Staune 2

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22 pages 44 à 46

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Monsanto en vedette, un mariage, un procès et des pétitions

Monsanto en vedette, un mariage, un procès et des pétitions

Marie-Dominique Mutarelli

Deux entreprises à la réputation sulfureuse
Entreprise chimique californienne, Monsanto est connue pour être « la plus détestée du monde ». Après avoir fabriqué l’agent orange, un défoliant toxique utilisé par l’armée américaine dans la guerre du Vietnam, elle a commercialisé dans les années 1970 les PCB ou « pyralènes », hautement polluants, et l’herbicide Lasso, depuis interdit en Europe. Son produit phare est aujourd’hui le Roundup, autre désherbant aux effets cancérigènes potentiels. Pour compléter sa palette de mise en ordre du vivant, Monsanto est également le pionnier des OGM.
Bayer est une entreprise chimique et pharmaceutique allemande, née au XIXe siècle et connue pour ses liens avec le nazisme au siècle suivant. Si elle est à l’origine de l’invention de l’aspirine en 1899, sa dernière création en date est le Gaucho, le pesticide « tueur d’abeilles ».

S’unir pour mieux régner
La chute des cours des matières premières ayant contraint les paysans à réduire leurs achats d’engrais, de semences et de produits phytosanitaires, les industriels de l’agrochimie ont cherché à préserver leurs bénéfices en fusionnant leurs entreprises. En un an, le nombre des consortiums agrochimiques est donc passé de sept à quatre dans le monde. Le 14 septembre 2016 a été annoncé le mariage du siècle entre le géant allemand de la pharmacie et des pesticides et le colosse américain des OGM et des herbicides, pour un montant record de 59 milliards d’euros. Cette association n’annoncerait rien de bon selon les paysans victimes de leurs produits : « Ces gens-là représentent une arme de destruction massive ». D’autres veulent encore croire aux bienfaits de la science, espérant que l’union de Bayer et de Monsanto puisse conduire le développement des biotechnologies vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et mieux adaptée au changement climatique. « Condamner par avance ce rapprochement relève surtout d’une idéologie selon laquelle la science est l’ennemie d’une nature qu’il ne faudrait surtout pas modifier », estime un céréalier.
Le super géant Bayer-Monsanto va donc à terme contrôler un tiers du marché des semences et un quart du marché des phytosanitaires. Bayer, entreprise allemande, ne va pas manquer d’accroître son lobbying auprès des institutions européennes pour imposer l’introduction des cultures OGM jusqu’ici fortement contestée par de nombreux pays. L’ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage dénonce donc « la naissance d’un ogre qui contrôlera l’ensemble de la chaîne, de la semence à l’assiette, jusqu’aux médicaments pour soigner les maladies que ses produits toxiques causent. Ce modèle ultra-concentré et industrialisé est éthiquement inacceptable et incompatible avec l’agriculture durable dont le monde a besoin. »
Pour sa part, l’entreprise Bayer justifie ce rapprochement comme le seul moyen de répondre à un défi majeur : nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050. « Produire plus avec moins », grâce à une agriculture technologique intelligente et connectée, plus précise et plus durable.
Pour les spécialistes de l’agro-écologie, l’affaire Bayer- Monsanto ne doit pas laisser le public indifférent. Devant les limites de l’agriculture conventionnelle, elle invite chacun à prendre la mesure du choix entre un modèle ultratechnologique et une agriculture à échelle humaine, plus modeste, mais plus respectueuse de la planète. L’avis des citoyens devrait être déterminant. Ainsi, sur le site Atabula, une cinquantaine de chefs cuisiniers réputés ont déjà choisi, en dénonçant à travers une pétition « l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes ».

La défense des citoyens s’organise
Face à Monsanto, la défense des citoyens tente de s’organiser. Un collectif international d’ONG et de juristes a financé du 14 au 16 octobre 2016, à La Haye, aux Pays- Bas, où siège la Cour internationale de justice, l’organisation d’un « Tribunal Monsanto ». Avec pour objectif de déterminer « si Monsanto est responsable de violations des droits humains, de crimes contre l‘humanité et d’écocide ». Les audiences ont été retransmises sur internet via le site monsanto-tribunal.org, en vue de « contribuer à ouvrir les yeux de l’opinion publique sur les impacts de l’industrie agrochimique ».
Partant du constat que seules des actions au civil sont aujourd’hui possibles contre les firmes afin d’obtenir une indemnisation des victimes, le projet du Tribunal visait à fournir des armes juridiques aux individus et communautés qui voudraient poursuivre Monsanto devant de vraies juridictions. Sans statut officiel, le procès a cependant respecté scrupuleusement les procédures juridiques internationales, avec de vrais juges, avocats, greffiers. Trente plaignants venus d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie, d’Océanie ont ainsi pu témoigner : victimes des pesticides, paysans ruinés par les OGM ou expulsés de leurs terres, mais aussi chercheurs dénonçant les pressions de Monsanto.
Chargés d’évaluer les faits reprochés à Monsanto et de sanctionner les éventuels dommages sanitaires et environnementaux causés, au regard du droit international en vigueur, les juges ont aussi examiné l’opportunité de réformer le Statut de Rome créant la Cour pénale internationale afin d’y inclure le crime d’« écocide ». Selon la juriste Valérie Cabanes : « détruire l’environnement global, menacer la sûreté de la planète est une atteinte aux droits fondamentaux de l’homme et devrait être considéré comme un des crimes internationaux les plus graves, à l’image du génocide ou du crime contre l’humanité ». Le jugement, symbolique, doit être mis en délibéré le 10 décembre 2016. Invité à participer à ce tribunal citoyen, Monsanto a qualifié le procès de « parodie » dans une lettre ouverte, plaidant pour l’aide que ses produits apportent aux agriculteurs afin de s’adapter aux changements climatiques et convaincu que toutes les formes d’agriculture peuvent coexister.

Une pétition contre la fusion Bayer-Monsanto
Au lendemain de la tenue de ce tribunal, l’avocate Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement, a également lancé une pétition à l’adresse de Jean- Claude Juncker, demandant d’opposer le véto de l’Union Européenne à la fusion entre Monsanto et Bayer, afin de protéger le marché européen des risques d’abus de position dominante, – d’autant plus graves qu’ils touchent des domaines vitaux pour la population, comme l’alimentation et la santé. Par ailleurs, la disparition de Monsanto en tant qu’entité juridique après son absorption par Bayer lui permettrait d’échapper aux poursuites pour les faits énoncés devant le Tribunal Monsanto.

Un démenti d’envergure aux promesses de Monsanto
En cette année 2016, les promesses d’un avenir meilleur grâce à Monsanto semblent remises en question par les faits.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22pages 16 et 17

monsantos

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Le dalaï-lama, citoyen du monde

Le dalaï-lama, citoyen du monde

Rencontre avec le dalaï-lama
Christian Roesch

DALAI-LAMA 222bis

Le dalaï-lama était de passage en France en septembre durant une semaine. Pour ne pas froisser Pékin, il n’a pas été reçu officiellement.Venu pour enseigner, il rencontra la société civile et les médias à Paris. REFLETS était présent pour ce moment privilégié.

Une sacrée bonne humeur
Ce sont ses yeux malicieux qui nous frappent en premier lieu.
Il est telle l’image que lui donnent ceux qui l’approchent. Il transpire la bonté. Ses propos sont continuellement émaillés de traits d’humour. Il répond aux sujets les plus graves avec la profondeur qui s’impose mais sans jamais dramatiser. Qu’il s’agisse du pillage et de la destruction du Tibet, des problèmes des réfugiés en Europe ou de la crise climatique, il garde une vue sereine et élevée. Il met l’accent sur la nécessité du progrès individuel des consciences pour sauver notre planète commune à tous, c’est-à-dire les humains, quelle que soit leur culture mais également les animaux et les végétaux.

Qui n’a pas entendu le rire du dalaï-lama ne connait pas la gaieté de Sa Sainteté !
Il est telle une cascade d’un torrent de montagne tibétaine, caractéristique d’un homme ne se laissant pas abattre par les pires nouvelles du monde mais respirant la joie de vivre, heureux de son sort quoi qu’il advienne sans être dupe pour autant des pièges tendus. Ce rire évoque celui de Bouddha annonçant une prédiction ; le rire de Bouddha ou de ses disciples : chose légère et bien grave à la fois.

Rester jeune par la pratique spirituelle
Son âge ‒ 81 ans ‒ n’a pas de prise sur sa joie de vivre et une telle lucidité à cet âge devrait nous interroger : la vie spirituelle en plus de la vie active n’entretiendrait-elle pas les neurones ?
Il le dira d’ailleurs lui-même à propos de la méditation : « Certains de mes vieux amis que je n’ai pas vus depuis longtemps me demandent comment il est possible que j’aie l’air si jeune et quel est mon secret. Je pense que c’est la méditation sur l’altruisme qui m’a beaucoup élevé, principalement quand il s’agit de mes ennemis car il est extrêmement salutaire de penser à ceux qui nous posent des problèmes. Finalement, on s’aperçoit qu’aucun d’entre eux ne souhaite souffrir mais que tous cherchent une forme de bonheur. Rien n’existe en soi et par soi et tout n’existe que par l’interdépendance. »

5 heures de méditation tous les matins
Avec un trait d’humour, il ajoute : « En ce qui concerne la méditation, il y a bien sûr des clichés : si on pense que cela consiste à fermer les yeux et à ne penser à rien, alors des pigeons, en ce moment même, sont là sans savoir ce qu’ils font… Ce n’est pas très utile. En revanche, utiliser pleinement son intelligence dans des méditations analytiques, essayer de comprendre le pourquoi des choses, le fonctionnement de notre esprit, de nos émotions, la nature de la réalité, cela est beaucoup plus utile. C’est une aide considérable pour essayer de transformer les choses et la vision que nous en avons : par exemple, apercevoir la qualité humaine qui mérite d’être cultivée et ainsi changer, par l’analyse, sa vision du monde.
En tant que pratiquant, je dors neuf heures par nuit : comme les enfants, les personnes âgées dorment beaucoup… Je me lève quand même à trois heures du matin ‒ parfois même à deux heures ‒ et je consacre cinq heures à la pratique de la méditation, analytique au début. J’essaie d’abord d’analyser moi-même : qu’est-ce que le moi ? Qu’est-ce que le soi ? Est-ce que le dalaï-lama existe ou pas ? Je m’aperçois à chaque fois que je concède un moi identitaire, l’idée de mon corps m’échappe : je n’arrive pas à cerner ce concept comme identité, certainement le dalaï-lama non plus. Cela se rapproche certainement de la vision de la physique quantique où les choses paraissent solides mais plus on les analyse, plus cette réalité solide nous échappe. Le fait de réduire considérablement le sentiment du moi, le sentiment de colère, le sentiment d’attachement et de percevoir au contraire l’interdépendance des choses, est quelque chose d’extrêmement utile justement pour remédier à une vision du monde tronquée et aux émotions négatives. Le fait de ne pas penser qu’il y a un moi indépendant est quelque chose de vraiment important. C’est à cela que je consacre mes cinq heures de méditation. »

Quelle capacité d’attention de la part de Matthieu Ricard, son interprète, qui traduit tout ce que dit le dalaï-lama alors que celui-ci ne s’interrompt qu’à la fin de sa réponse !

Même sur les questions difficiles, le dalaï-lama reste posé et répond avec une extrême attention, toujours de manière élevée et sans quitter le concret :

Attention au mot « terroriste » !
«… certes le dialogue est la seule manière d’arriver à une solution. Je voudrais souligner aussi que les expressions utilisées telles que “terroriste islamiste”, “terroriste bouddhiste” ne devraient pas l’être. Il y a des terroristes et il y a ceux qui appartiennent à l’islam, d’autres au bouddhisme mais il n’y a pas de lien intrinsèque entre les deux. Je connais très bien la majorité des musulmans dans mes différentes communautés au Tibet et en Inde. Ce sont des êtres extrêmement pacifiques et accueillants. Associer leur religion à des actes terroristes n’est pas admissible et n’aidera pas à résoudre le problème. Ne faites pas cet amalgame dans la presse et dans les médias mais essayez de comprendre que la majorité de ces populations n’ont rien à voir avec les terroristes. Il existera toujours des personnes qui créeront des troubles au sein de toutes les religions. »

Sa façon de voir les religions est bouleversante :
« Les religions comportent trois facettes à traiter séparément : Tout d’abord, toutes les grandes religions essaient, à l’origine, de propager un message d’amour fondamental.
Deuxièmement, il y a des points de vue philosophiques différents, tout particulièrement entre les religions théistes qui envisagent l’existence d’un créateur et d’autres comme le bouddhisme, sans ce concept. Ces divergences répondent à des prédispositions différentes chez les peuples, sur les plans intellectuel et culturel. Chacun doit trouver la voie qui lui permettra de progresser vers un but commun, celui de privilégier l’amour et la compassion. Dans les religions théistes par exemple, on ne dit pas que Dieu est toute haine mais qu’il est tout amour. Si on a vraiment foi en ce dieu, on devrait naturellement aimer pour être en harmonie avec lui et s’enthousiasmer à l’idée que, créé par lui, nous portons la graine qui le permet. (…)
Enfin, le dernier aspect est culturel, lié aux systèmes sociaux existant à l’apparition de ces grandes religions. Il s’agissait principalement de structures non démocratiques, féodales, ayant créé des institutions religieuses de même nature. (…) »

Le dalaï-lama se présente en citoyen du monde :

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22  pages 50 à23

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À moto sur les routes de l’Inde

À moto sur les routes de l’Inde

Loïc Terrier et Jonathan Lux

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Pendant 10 mois, au guidon de leurs motos, Loïc Terrier et Jonathan Lux, jeunes photographes professionnels, ont vécu une aventure exceptionnelle en parcourant plus de 13 000 km sur les routes de l’Inde. Partis à la rencontre de couleurs et de traditions d’une diversité incroyable, au plus près des populations locales, ils ont immortalisé la beauté du vivant grâce à plus d’un millier de photographies aujourd’hui exposées à travers la France.
Ils partagent cette expérience émerveillée dans un livre Inde – une aventure humaine de 13 000 km au guidon de nos motos, disponible sur leur boutique en ligne et dans certaines librairies de France. 218 pages ponctuées de récits tirés de leur carnet de voyage et illustrées de plus de 500 photos. Un livre à s’offrir pour s’évader avec eux sur les chemins de leur aventure à moto. Ils ont confié à Reflets des moments et des images de leur parcours.

Une aventure de 10 mois à la découverte d’un continent et d’un peuple Issu d’une amitié née sur les bancs du Lycée, un projet de voyage, direction l’Inde, prend vie en janvier 2015. Après quelques années passées à voyager et travailler à l’étranger chacun de notre côté, il était temps pour nous de partager cette expérience. Pour voler de nos propres ailes en toute liberté, nous décidons de voyager les fesses posées sur la selle d’une moto. Une fois la destination choisie, le billet acheté, nous nous envolons en février 2015 avec pour programme de parcourir le sous-continent indien du sud au nord, en évitant si possible les pluies torrentielles de la mousson. Traverser les vallées tropicales et vertes, sillonner les dunes du désert et franchir les plus hautes routes du monde sur les crêtes de l’Himalaya, guidés par le destin et en oubliant la notion du temps. L’objectif de ce périple était de nous fondre dans la culture et de nous imprégner de la spiritualité du pays, en nous intégrant au cœur des habitants. Découvrir les peuples et capturer des regards, des visages et des expressions, lors d’instants naturels partagés avec les populations locales. Immortaliser la beauté du vivant en photographiant un jour comme un autre, avec pour seul équipement deux motos Yamaha RX 135cc chargées chacune de 25 kg de bagages : une tente et de quoi cuisiner, quelques outils pour les soucis mécaniques, nos sacs à dos remplis de vêtements et de quelques livres, nos appareils photo et la carte du pays pour nous orienter au quotidien.

Comment nous avons su nous sortir d’une situation périlleuse
Après 9 jours de marche, seuls, sur les crêtes des montagnes himalayennes, chargés de nos sacs à dos, de nos tentes et de quelques vivres, nous nous réveillons, au dernier jour de notre trek, au bord de l’eau. L’ancien du village traversé la veille nous a annoncé cinq heures de marche par le col de Stakspila à 5300 mètres, avant de redescendre sur Alchi, petit village situé de l’autre côté du sommet. Après deux heures de marche, les traces disparaissent. Nous voilà seuls dans l’immensité de ces montagnes. Il s’agit de rester confiants en cherchant à deviner les traces laissées par les ânes et les chevaux. Mais personne ne semble avoir emprunté ce chemin depuis bien longtemps. La végétation a laissé place à des coulées gigantesques de roches concassées et émiettées. La pente devant nous est un véritable mur : impossible d’apercevoir le sommet ni même d’être sûrs de la direction que nous empruntons.
À mi-chemin de l’ascension, après déjà cinq heures de lutte, la faim se fait sentir. A court de gaz, nous avalons nos nouilles chinoises crues avant de reprendre l’effort. L’oxygène manque, le sommet reste invisible. Les heures passent et nous avançons par portions de cinq mètres. Finalement, des drapeaux apparaissent : l’acharnement nous a conduits au sommet. Nous jetons nos sacs au sol ; les montagnes répercutent l’écho de notre cri de victoire. Il a fallu six heures d’ascension pour arriver au-dessus des nuages et admirer la vue incroyable qui s’offre à nous.
Après cette montée difficile, la redescente est un enfer : les sacs pèsent, le chemin est complètement absent, effacé par un éboulement d’énormes roches. Lâchés par les piles de notre lampe frontale dans la nuit qui tombe, nous continuons au son de l’eau en suivant la rivière qui dévale en direction
des villages. Incapables de nous diriger dans la nuit noire de ce désert d’altitude, nous plantons la tente à flanc de falaise. Grâce au feu allumé avec les arbres morts charriés par la rivière, nous dégustons enfin un repas chaud. Au petit matin, après une bonne nuit de sommeil et quelques heures de marche supplémentaires, nous rejoignons Alchi. Nous apprenons alors que le chemin emprunté à nos risques et périls était fermé depuis longtemps après les éboulements du sommet de Stakspila.

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Une rencontre fascinante et inoubliable
Le peuple rencontré à travers le pays est humble et accueillant, toujours souriant et avenant, comme en témoigne le récit de notre rencontre avec Azad Guiri.
Pensant nous arrêter pour boire un verre d’eau à une terrasse, nous posons les pieds par hasard dans un temple shivaïte. Azad Guiri, guru et gardien des lieux, turban noué sur la tête, nous accueille avec un grand sourire. Entouré de quelques villageois, il nous offre à boire et un lit pour la nuit. Nous acceptons, conscients d’avoir mis les pieds au bon endroit. Les yeux dans les étoiles, les rires nous emportent, le cercle de gens s’agrandit, les nattes prennent place sur le sol, la nuit tombe. Deux heures après notre arrivée, nous fumons le premier chilom, sorte de pipe dont le cône, taillé dans le marbre, est bourré avec une boule de feuilles de Ganga et de tabac émiettées et humidifiées. La plante est bénie en posant le cône sur le front, avant de s’exclamer “Om Nama Shiva” et d’inspirer profondément. Après quelques bouffées, tout devient plus simple et relaxant au son des flûtes et des chants. Accueillir l’étranger est une tradition et apporte la bénédiction. “Atithi devo bhava” (le visiteur est un dieu). C’est une véritable cérémonie d’accueil qui nous est offerte. Des assiettes sont posées sur le sol, désormais orné de beaux tapis. Puis l’un après l’autre, les hommes présents nous apportent des rations du festin préparé en toute discrétion. Le ventre rempli et les muscles relâchés, nous nous endormons sur des lits de cordes dressés pour l’occasion sous le ciel étoilé, après avoir participé à la prière du soir.

(…)

Qu’a changé en nous cette aventure?

(…)

L’Inde marque par sa simplicité et sa complexité, par une multitude de religions et de croyances dont les règles et les coutumes semblent immuables. Un flux de spiritualité sans fin rythme la vie du peuple indien au quotidien. Nous y avons appris à apprécier la simplicité de l’instant présent, à respecter toutes les croyances et à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 22  pages 18 à 21

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ROBOT : nouvel animal domestique

ROBOT : nouvel animal domestique

Marie-Dominique Mutarelli

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La Commission européenne anticipe actuellement l’entrée de l’industrie dans l’ère de l’intelligence artificielle et de la robotisation, pour lui offrir les conditions les plus favorables à son développement. Les dirigeants européens considèrent cette mutation comme une opportunité pour réindustrialiser le continent. Mais la numérisation de l’industrie, ou lndustrie 4.0, va modifier fondamentalement la manière dont les entreprises produisent et consomment. Une stratégie paneuropéenne doit pouvoir permettre d’assurer l’envergure de la transition et de soutenir l’interopérabilité et la normalisation. Cette anticipation implique en particulier une clarification urgente de la responsabilité légale pour le marché unique numérique et les objets connectés qui se partagent des données. L’option choisie par l’exécutif aura des implications à long terme pour l’industrie robotisée et les assurances qui couvriront les dommages causés par les robots sur les travailleurs ou les usagers qui les côtoieront.
Dans le cas d’un accident provoqué par une voiture autonome, qui en est responsable ? Le fabricant, le vendeur, le propriétaire, la structure qui envoie les données à la voiture, le logiciel…? Peut-on parler de faute avec des systèmes autonomes comme les robots qui apprennent seuls et agissent en fonction de cet apprentissage ? La Commission préfère ne pas prendre parti à ce stade, mais réexamine la directive de responsabilité des produits pour voir comment l’adapter.
Dans un rapport récent, le Parlement européen a évoqué l’idée d’un système d’assurance obligatoire pour ces machines.
L’autonomie des robots pose en effet la question de leur nature et de leur appartenance à l’une des catégories juridiques existantes : personnes physiques, personnes morales, animaux ou objets. La personnalité juridique des robots peut-elle être assimilée par exemple à celle des animaux domestiques, susceptibles eux aussi de causer des dommages à autrui et qui sont donc couverts par des assurances ? Ou bien faut-il envisager la création d’une nouvelle catégorie aux caractéristiques propres, avec des spécifications particulières concernant les droits et devoirs, dont la responsabilité en cas de dommages.

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Pour lire la suite , Reflets n° 22page 47

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La société dépressive

La société dépressive

Interview de Patrick Viveret   

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Ancien conseiller à la Cour des comptes et spécialiste des indicateurs de richesse, philosophe, essayiste altermondialiste, Patrick Viveret est un ténor du bien vivre.Il est cofondateur de l’initiative internationale « Dialogues en humanité ». Auteur avec Nicolas Hulot et Edgar Morin du livre Vivement le monde avenir, éd. La compagnie de philosophes, il partage leur conviction qu’être heureux est un choix intime autant que collectif.

Notre société française, même européenne, c’est-à-dire notre société d’après-guerre, n’est-elle pas actuellement en dépression ?
Oui. En 1930, à la fin du livre Essais sur la monnaie et l’économie, dans un chapitre intitulé « Perspectives économiques pour nos petits enfants », Keynes livre une réflexion très étonnante : nous ne vivons pas une crise économique, mais une crise de l’économique. Un an après le déclenchement de la grande crise de 29, cela paraît culotté. Il précise sa pensée en disant : ce n’est pas une crise économique, une crise de rareté, mais une crise de surproduction ; et si nous ne savons pas gérer autrement l’abondance, nous allons vers une dépression nerveuse collective. Il parle même de dépression nerveuse universelle. Et il décrit cela l’année où Freud écrit Malaise dans la civilisation.
Ce fait dépressif avait déjà été analysé dès 1848 par John Stuart Mill dans ce qu’il avait appelé « notre problème de l’état stationnaire ». Que se passe-t-il dans une société quand elle arrive à une saturation de la croissance matérielle ? La progression de la croissance matérielle est maintenue à bout de bras par des procédés artificiels, par exemple la publicité, l’obsolescence programmée des produits, etc. Les sociétés qui sont organisées essentiellement autour de la course vers l’avoir ont un fort déficit du côté de l’être et effectivement elles basculent dans des dépressions. L’excitation, qui est liée à la croissance matérielle, à la consommation, n’a plus de moteur. Le moteur du développement dans l’ordre de l’être n’ayant pas suffisamment été activé, à ce moment-là, un moment dépressif advient.
Cela joue particulièrement pour le monde occidental actuel qui s’est le plus engagé dans cette direction depuis plusieurs décennies. Mais cela peut valoir tout aussi bien pour l’Inde, la Chine ou l’Afrique qui ne travaillent pas leur versant civilisationnel du côté de l’être.

Ils  copient notre modèle…
Le mimétisme par rapport à notre modèle, outre les effets destructeurs sur le plan écologique, participe aussi à l’effet destructeur sur le plan psychique. Il faut bien voir que le couple psychologique qui se met en place est le couple excitation-dépression. C’est ce qu’on voit par excellence sur les marchés financiers quand le Wall Street Journal dit textuellement que Wall Street ne connaît que deux sentiments : l’euphorie ou la panique. Mais c’est la même chose sur le plan médiatique, sur le plan sportif, sur le plan politique, etc. L’intensité de vie n’est connue qu’à travers l’excitation. Mais comme l’excitation crée une situation de déséquilibre, elle débouche sur des états dépressifs. On ne ressort des états dépressifs que par une excitation de niveau supérieur et du coup, c’est un cercle vicieux. Ce sont des sociétés toxicomanes, des sociétés dopées.
Tout l’enjeu du bien vivre est à la fois une question personnelle et une question sociétale.
Tout l’enjeu est de basculer du couple excitation-dépression à un autre couple qui est le cœur même de la joie de vivre, le couple intensité-sérénité. Je peux à la fois me sentir pleinement vivant dans le rapport à la beauté, à l’amour, dans la recherche de la vérité. Mais cette intensité-là ne me déséquilibre pas. Je peux vivre cette intensité dans la sérénité. C’est cela le grand enjeu. Il est autant de l’ordre de la transformation personnelle que de la transformation sociale. Ce que l’on appelait au Forum social mondial de Porto Alegre l’axe Tp-Ts, pour transformation personnelle et transformation sociale, qui doivent être conçues comme complémentaires.

La dépression actuelle est-elle due au fait que ce nouveau modèle est encore trop lointain, pas encore assez concrétisé dans la société ?
Il est lointain et même, il a tendance à s’éloigner du point de vue de la logique régressive et du vieux monde qui tarde à disparaître, pour reprendre une phrase fameuse de Gramsci. Mais du côté de la germination du monde qui est en train de naître, il peut aussi être plus proche et concret. Un film comme Demain en est l’illustration. Tout d’un coup, le grand public découvre que les éléments qui étaient portés ces dernières années par des groupes relativement marginaux sont au contraire une voie essentielle de progression. Comme dans toute période de mutation historique, deux éléments se côtoient : d’un côté, la polarisation régressive, qui du coup est aussi dépressive parce que ce monde qui meurt n’arrive pas à embrayer sur le réel, et de l’autre la polarisation créative qui est effective et enthousiasmante.

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 Pour lire l’article en entier Reflets n° 21 pages 58 à 62

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Protéger la biodiversité

Protéger la biodiversité

Échanges avec Paul WATSON
protecteur activiste des océans

par Augustin Luneau

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Paul Watson est un militant écologiste canadien. Il a fondé en 1977 la Sea Shepherd Conservation Society, organisation non gouvernementale internationale maritime. Elle engage de nombreuses actions pour dénoncer la destruction de la faune marine et la surpêche et sensibiliser le public. Plus particulièrement, Sea Shepherd agit contre la chasse à la baleine, aux phoques, contre la pêche aux requins et contre l’usage des filets dérivants

Qu’est-ce qui vous a amené à vous engager dans la défense des baleines ?
Paul Watson : J’ai été élevé dans un village de pêcheurs de l’Est canadien et j’ai commencé à protéger la vie sauvage dès l’âge de dix ans, quand j’allais libérer les castors des pièges à mâchoire et détruire les pièges par la même occasion. À vingt-quatre ans, je me suis embarqué pour lutter contre la flotte des baleiniers russes, et c’est là que j’ai vu des baleines se faire harponner pour la première fois, en essayant de stopper les harpons. Un grand cachalot, en pleine souffrance après avoir été harponné, a jailli hors de l’eau, risquant de s’abattre sur notre petit bateau, ce qui aurait pu nous tuer ! Quand sa tête est sortie de l’eau, j’ai vu son œil, et ce que j’ai vu dans cet œil a changé ma vie pour toujours. J’y ai vu la compréhension, j’ai vu que le cachalot avait compris que nous étions là pour aider et non pour blesser, et j’ai vu de la pitié, non pour lui mais pour nous qui allions prendre la vie d’un être intelligent, sensible, beau, conscient, et cela sans aucune pitié ni aucune considération, et pour quoi ? Les baleiniers soviétiques tuaient des cachalots pour la graisse et l’huile de spermaceti, une huile précieuse industrielle résistante à haute température et dont l’une des utilisations était la construction de missiles balistiques intercontinentaux. Nous étions en train de tuer ces êtres merveilleux pour faire une arme destinée à l’extermination massive d’êtres humains, et j’ai été frappé par la folie écologique de notre espèce ; depuis ce jour, j’ai dédié ma vie à la défense et à la protection d’autant de baleines, de phoques, de dauphins, de tortues, d’oiseaux et de poissons qu’il m’est possible. Je crois aussi que l’océan est le berceau de la vie sur cette planète, et quand l’océan mourra, nous mourrons tous ; l’océan meurt de la diminution de la biodiversité, de la diminution de l’interdépendance et de la pollution par les plastiques, les produits chimiques, la radioactivité et l’acidification.
Ma vie sert mes clients et mes clients ne sont pas humains. Mes clients sont les citoyens de la mer, du plus petit phytoplancton à la plus grande des baleines.
On a aussi besoin de comprendre que sauver les baleines, par exemple, peut sembler un combat lointain, mais il est en fait très relié à chacune de nos vies. Les humains respirent de l’oxygène. Plus de 60 % de l’oxygène est produit par le phytoplancton dans les océans, et il y a eu une réduction de 40 % des populations de phytoplanctons dans les mers depuis 1950. Pourquoi ? Parce que nous avons réduit les populations de baleines et les baleines produisent la base alimentaire des phytoplanctons avec l’azote et le fer de leurs excréments. Quand on considère qu’une grande baleine bleue seule rejette trois tonnes d’excrément par jour, c’est une grande quantité de nutriments, et cela fait de nos baleines les fermiers de nos océans.

 Où puisez-vous votre courage, d’où vous viennent vos convictions ?
J’ai appris le courage quand je servais dans l’American Indian Movement (AIM) en tant que toubib pendant l’occupation de Wounded Knee dans le Dakota du Sud en 1973. Nous étions largement en sous nombre par rapport aux Forces fédérales américaines qui nous tiraient dessus. J’ai demandé au leader d’AIM, Russell Means, s’il pensait qu’on pouvait gagner avec si peu de chance en notre faveur et contre une telle puissance de feu. Il a répondu « bien sûr que non », mais qu’il se souciait peu des chances de gagner ou de perdre : nous faisions ce que nous faisions car c’était la bonne chose à faire, et donc la seule chose à faire. C’était bien résumé en lakota dans les mots : « hoka hey », ce qui veut dire « c’est un bon jour pour mourir ». Accroche-toi à ce en quoi tu crois et laisse le futur se révéler.
On apprend du passé mais on ne doit pas en rester là. Nous agissons dans le présent et ne nous soucions pas du futur. Nos actions dans le présent déterminent le futur.
Je n’ai pas peur de mourir, car je comprends que mourir fait simplement partie de la vie, et l’un n’existe pas sans l’autre. J’apprécie que le courage soit né de l’amour de la vie. Quand nous vivons et faisons ce qui nous passionne, la peur de la mort n’existe plus. La peur de la mort vient du fait de ne pas vivre la vie qu’on aime.

La planète, et en particulier les océans qui en constituent la majeure partie, est ce que nous en faisons. Quelle nature de l’homme peut produire une telle absence de considération, un tel dérapage ?
Les êtres humains ont des compétences de survie qui nous ont bien servi lorsque nous étions peu nombreux. Une de ces compétences est l’adaptation à la diminution. Malheureusement aujourd’hui, cela nous permet d’oublier ce que nous détruisons, et donc de nous adapter à un écosystème diminué. Nous acceptons la diminution et nous adaptons, ce qui est un problème. Nous préférons accepter moins et oublions ce que nous avions, mais néanmoins nous cherchons des alternatives pour remplacer ce que nous n’avons pas été capables de préserver.

(…)

Quel message concret, quotidien, aimeriez-vous transmettre aux lecteurs de Reflets, leur permettant de mesurer ce qui est de la responsabilité de chacun ?
Chacun de nous a un impact par ce qu’il mange et consomme. Je conseille de manger végétalien, de manger organique, de manger des produits locaux et de n’acheter que ce dont on a besoin.

Pour lire l’article en entier, Reflets n°21pages 14 à 17

Manque de passion

Manque de passion

Dr Jean-François Houver

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Le Docteur Jean François Houver est médecin généraliste, homéopathe et spécialiste de médecine énergétique chinoise, convaincu de la valeur et de la complémentarité de chacune de ces approches thérapeutiques. Il pratique la Médecine des Actes qui tente de soigner l’homme dans sa globalité, en l’aidant à mettre du sens sur ses maux physiques ou psychologiques. Il exerce dans le Grand-Est.

Après vingt-cinq ans de pratique médicale, la dépression est une « maladie » qui me laisse toujours aussi perplexe, ou plutôt dont le diagnostic me laisse perplexe. En y réfléchissant, je crois avoir vu pendant ce laps de temps cinq ou six « vraies » dépressions, au sens psychiatrique du terme, ces dépressions mélancoliques accompagnées d’une telle souffrance morale, d’une telle angoisse, que le risque suicidaire est maximum. Évidemment, dans ces situations l’hospitalisation s’impose et les traitements chimiques sont indispensables. Mais en dehors de ces cas, le diagnostic de dépression me laisse de plus en plus dubitatif. Peut-on qualifier toute souffrance morale de dépression, et la traiter par des médicaments sans même parler aux patients, sans même tenter de comprendre la raison profonde de leur état ? Ou peut-on restreindre nos états d’âme – et qui n’en a pas ?- à une défaillance des neurotransmetteurs, résumer notre humeur à l’état de nos glandes ? La médecine actuelle n’est-elle pas en train d’être aveuglée par le pouvoir de la chimie et les performances des médicaments modernes, jusqu’à en perdre le sens de la vie humaine ? Et n’est-t-elle pas en train de perdre au passage le pouvoir thérapeutique de la relation, des mots, du sens et de la foi qui peuvent rendre un être « vivant » ?
Quand je vois Georges, un nouveau patient de 68 ans, il sort de chez un psychiatre et le diagnostic de dépression est tombé pour lui comme un couperet. Il me tend son ordonnance, une prescription « habituelle », comme on en voit tellement en ce moment, associant antidépresseur, anxiolytique, somnifère. Le trio classique, dont on a tant de mal à se sevrer par la suite. Or, de ce traitement, il n’en veut pas, et c’est pour cela qu’il a décidé de venir me voir. Malgré le diagnostic du spécialiste, quelque chose en lui n’est pas d’accord : « Je ne sais pas ce que j’ai, mais je sais que la solution n’est pas là, pas dans les médicaments», me dit-il la larme à l’œil.
Moi non plus, au départ, je ne sais pas ce qu’il a et, en le voyant, en l’interrogeant, j’ai bien un premier sentiment d’une dépression avec ses symptômes habituels. Un manque de volonté qui frise l’aboulie, l’envie de rien, plus de plaisir aux choses, des perturbations de l’endormissement avec des angoisses, la voix qui est lasse, le regard  éteint. Paradoxalement, lorsque je l’interroge, tout a l’air d’aller bien dans sa vie. Il n’a pas de souci particulier, pas de problèmes de santé, ses enfants et petits enfants vont bien. D’après lui, il n’a aucune raison objective d’aller mal. Et pourtant… A l’entendre, à l’observer, il me fait l’impression d’une âme en peine qui erre sur terre sans but, d’un être qui s’éteint.

« Quand est-ce que vous vous êtes senti vraiment vivant la dernière fois ? » Il n’a pas besoin de réfléchir longtemps pour me répondre, tant cela a l’air d’être évident pour lui, et cela me surprend beaucoup.

« Il y a quelques années, dans l’église à laquelle j’appartenais, j’ai eu l’occasion de faire de l’évangélisation. C’est le pasteur qui m’y avait poussé. J’ai pu témoigner de ma foi, enseigner. Là je me suis senti vraiment vivant ».  Alors qu’il parle, son corps confirme ce qu’il dit : sa colonne vertébrale se redresse, son œil se rallume à ce souvenir, qui semble si précieux, si porteur de vie.

« Et pourquoi avez-vous arrêté ? » «  Il y a eu des dissensions et des conflits graves au sein de cette église. Le pasteur est parti et j’ai décidé de tout arrêter, la mort dans l’âme. Maintenant que j’y pense, c’est après ça que progressivement j’ai commencé à aller mal.»

(…)

Mais au fond, en y regardant de plus près, même au creux de la vague, quand nous sommes convaincus de ne rien pouvoir faire pour changer quoi que ce soit à notre vie, la balle n’est-elle pas toujours dans notre camp, même si on a parfois besoin qu’un coéquipier nous fasse la passe décisive ?

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 21pages 44 et 45

 

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Vaccination, radiation, remise en question…

Vaccination, radiation, remise en question…

Docteur Jean-Marc Frizoux

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Le professeur Henri Joyeux, chirurgien cancérologue réputé, réputé pour ses prises de position sur la nutrition, le cancer et autres problèmes de santé, vient d’être radié de l’Ordre des médecins. Ceci suite à une prise de position publique en matière de vaccins.

Les faits (source : Le Figaro)
Il y a un peu plus d’un an, le cancérologue de Montpellier a fait l’objet d’une plainte du Conseil de l’ordre. En cause, une pétition controversée sur les dangers des vaccins pour les nourrissons qu’il a lancée sur Internet. L’instance professionnelle lui reprochait des propos ne se fondant « sur aucune preuve scientifique » voire « alignant des contre-vérités » et « dangereux pour la population parce qu’il s’agirait de discréditer le mécanisme de vaccination préventive ». La pétition qui est toujours en ligne s’adresse à la ministre de la Santé, Marisol Touraine. Elle a, à ce jour, recueilli un million de signatures.
Fort de sa notoriété, le professeur Joyeux y dénonce le recours quasi obligatoire pour les parents au vaccin hexavalent (DTPolio-Hib-Coqueluche-Hépatite B, appelé Infanrix Hexa), car il est le seul qui ne souffre d’aucune pénurie sur le marché, à la différence des vaccins tétravalents (DTPolio-Coqueluche) et pentavalents (DTPolio-Hib-Coqueluche). Or, affirme-t-il, l’Infanrix Hexa contient « de l’aluminium et du formaldéhyde, deux substances dangereuses, voire très dangereuses pour l’humain, et en particulier le nourrisson ».
Marisol Touraine avait convenu en juin 2015 de la pénurie de certains vaccins évoquant une « situation préoccupante » et réclamant à l’industrie pharmaceutique que les Français puissent accéder au seul vaccin obligatoire (le vaccin DTP : diphtérie, tétanos, polio). Mais elle avait également vivement dénoncé l’initiative du médecin. La décision concernant le professeur Joyeux ayant été prise par la chambre disciplinaire du Languedoc-Roussillon, il n’est pas certain que l’affaire s’arrête là. Après toute condamnation en première instance, la personne « a trente jours à dater de la notification pour faire appel au niveau national », rappelle Bernard Decanter, secrétaire général du département du Conseil de l’ordre du Nord. Un appel qui suspend la condamnation. « À Paris, le tribunal qui est présidé par un magistrat essaie en général de faire assez vite », poursuit le médecin. « Mais cela peut également durer entre un an et dix-huit mois », précise un autre spécialiste de ces parcours disciplinaires. La décision d’appel peut encore être contestée. Elle sera portée alors devant le Conseil d’État, mais ce nouvel échelon n’est plus suspensif. Concrètement, une radiation se traduit par l’interdiction formelle d’exercer la médecine.
Cette « affaire » soulève quelques questions ; en premier lieu sur le sujet sensible qu’est la vaccination.
Pas un instant le professeur Joyeux ne s’élève contre le principe même de la vaccination, il demande seulement, par voie de pétition adressée à la ministre de la Santé, que soit à nouveau rendu disponible le vaccin DTPolio, seul vaccin obligatoire chez le nourrisson ; les autres vaccins, associés dans le vaccin hexavalent commercialisé, ne le sont que par souci de mettre à l’abri les nourrissons d’autres maladies ; mais sur quels fondements dits scientifiques ?
La méthode employée pour se faire entendre est sans doute sujette à discussion ; mais sur le fond se pose la question d’une vaccination « raisonnée », menée depuis une juste information, pour répondre aux prescriptions du législateur en matière de consentement éclairé du patient (loi Kouchner du 04 mars 2002) [1].
Juste information de la réalité des risques encourus en cas de non-vaccination, mais aussi de vaccination, réalité des risques en ce qui concerne les vaccinations obligatoires et celles rajoutées par souci de prévention d’éventuelles maladies (car rien ne prouve que la maladie va se déclencher si on ne vaccine pas).
Donc, comment obtenir un consentement éclairé quand rien n’est vraiment clair en matière de justesse d’acte préventif ?
Il faudrait un tel recul, obtenu à partir de données scientifiques fiables, de prise en compte des partis pris de chacun, pour qu’une décision en âme et conscience soit possible.
Mais ne devrait-on pas tendre vers ce but et ne pas tomber dans le piège très « affectivé » du débat sur les vaccins, entre les tenants de la vaccination à « tout prix » et ceux de la non-vaccination à outrance.
Et puis une autre question surgit à propos de la vaccination : réelle prévention ou principe sécuritaire ?
Mais de quelle sécurité parle-t-on ?
De la réelle « sécurité sanitaire » de l’enfant ? De la sécurité affective des parents qui se doivent d’être de bons parents faisant tout ce qu’il faut pour leurs enfants ? Ou de la sécurité des médecins ne voulant pas être pris en faute ?
Comment s’y retrouver au milieu de tout cela ? Il faudrait tellement prendre en considération tous ces paramètres pour décider vraiment du juste…
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas de prendre parti pour ou contre le principe même de la vaccination qui est un acte de prévention ayant fait ses preuves pour de nombreuses maladies, mais de poser des questions pour aborder les choses avec un peu plus de recul.

(…)

Pour lire la suite de l’article, Reflets n° 21pages 12 et 13

 

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Faire face à cette maladie du XXIème siècle

Faire face à cette maladie du XXIème siècle

Entretien avec Ilios Kotsou

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Ilios Kotsou est belge, chercheur à l’université libre de Bruxelles. Il est cofondateur d’Émergences, association qui vise à partager les connaissances scientifiques et à financer des projets humanitaires. http://www.emergences.org

La tristesse est une caractéristique de la dépression. Est-elle nuisible ?
Je ne dirais pas cela. Selon de nombreux chercheurs, toutes nos émotions sont utiles. Privés d’émotions, nous n’aurions pas d’indicateur sur nos priorités, nous aurions des difficultés pour prendre des décisions ou communiquer, entre autres choses.
Les émotions sont capitales dans notre capacité d’adaptation au monde, tant pour ce qui nous menace que pour ce qui nous réjouit. Dès lors, la tristesse comme la peur, la colère, le dégoût mais aussi la joie, le contentement ou la gratitude, tous ces sentiments donnent des couleurs à la vie et nous préparent à réagir au mieux à notre environnement. Mais lorsque ce système se dérègle et que nous sommes submergés par nos émotions, la souffrance peut effectivement être présente. Un état de tristesse prolongé peut se décliner en de la perte d’intérêt, faire naître des sentiments de culpabilité, des troubles du sommeil ou de l’appétit, ou encore donner lieu à des sensations de fatigue et autres symptômes qui, se présentant concomitamment sur la durée, seront qualifiés de dépression.
Il n’est alors plus question d’un mal-être passager, tout à fait naturel face à une perte ou à un manque (décès d’un être cher, perte d’emploi ou problème de santé), mais d’un sentiment plus durable de paralysie, d’anesthésie tant mentale et émotionnelle que physique.

La dépression est-elle un phénomène social ?
Il est important de noter que la dépression n’est pas un phénomène marginal. Selon l’Organisation mondiale de la santé, ce trouble émotionnel est la première cause d’invalidité dans le monde et touche plus de 350 millions de personnes. On peut donc craindre que la dépression soit en train de devenir la maladie du 21e siècle. C’est un phénomène complexe qui implique des mécanismes tant internes, interpersonnels que sociétaux. Il serait donc simpliste de prétendre à une explication unique. Il y a cependant des pistes de compréhension que je trouve intéressantes.
Premièrement, notre bien-être est lié à celui des autres et à la qualité de nos relations avec eux. Une étude scientifique récente, qui a suivi près de 5 000 personnes sur dix ans, a montré que les personnes qui avaient de plus grandes difficultés relationnelles avaient un risque de dépression doublé comparé aux autres. Au niveau sociétal, d’aucuns prétendent que l’exacerbation de l’individualisme et la culture de compétition, installées depuis l’enfance, participent au délitement du lien social et à l’augmentation du sentiment de solitude et d’isolement, tous deux liés à la dépression.
On peut également pointer une certaine dérive « utilitariste » de nos sociétés. Une personne ne vaut hélas souvent que par ce qu’elle produit : une personne âgée, au chômage ou handicapée se trouvera dès lors stigmatisée et plus vite marginalisée, rejetée. Nous sommes simultanément exposés à un modèle de vie basé sur la consommation, duquel tout une partie de la population est exclue, et d’autre part, exposés à énormément d’informations négatives (violences, attentes, meurtres, etc.) sans les solutions pour y répondre. Avec la perte des grands repères sociaux et moraux, cela peut créer ce que le psychiatre Viktor Frankl appelait le vide ou désespoir existentiel, et qui était d’après lui la principale cause de détresse psychologique.

Quelles sont alors les pistes de solution ?
Elles sont en lien avec ce que nous venons d’aborder : au niveau collectif, favoriser le capital social et les relations envers les personnes. Promouvoir une société basée sur des valeurs intrinsèques comme l’altruisme et la coopération, tant dans le système éducatif que dans nos entreprises. Favoriser les liens dans tous les domaines : on peut penser aux habitats intergénérationnels, aux coopératives, aux jardins partagés, etc.
De très nombreuses initiatives fleurissent aujourd’hui dans ce sens, que ce soit au niveau de l’éducation, de l’habitat, de la protection de l’environnement, du commerce…

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 21pages 66 à 68

 

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Répondre aux souffrances de guerre

Répondre aux souffrances de guerre

Interview d’Élise Boghossian

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Après des études en neurosciences, Élise Boghossian s’est formée à l’acupuncture et au traitement de la douleur en Chine et au Vietnam. En 2002, elle crée l’association Elisecare dont l’objectif est de promouvoir les bienfaits de la médecine traditionnelle chinoise. Petite-fille de rescapés du génocide des Arméniens en 1915, c’est en référence à son propre passé qu’elle a choisi de s’engager dans l’aide aux victimes de guerre, en faisant de l’acupuncture un instrument humanitaire. Elle intervient dans les zones de conflit apportant son aide aux populations meurtries, en Arménie d’abord, puis en Jordanie et en Irak. Après un premier dispensaire mobile et le « bus des femmes » parti en Irak en juin 2015, Élise Boghossian projette de créer de nouvelles unités mobiles en France et à l’étranger, dans les zones de guerre ou les milieux défavorisés. Elle témoigne de son expérience dans un livre Au royaume de l’espoir, il n’y a pas d’hiver ‒ Soigner en zone de guerre, paru fin 2015 aux éditions Robert Laffont, dont les droits sont reversés à son association Elisecare pour financer ses dispensaires mobiles et la création d’un hôpital en Irak.
www.elisecare.org

 « J’ai rempli ma vie de rêves, dont celui d’apaiser la souffrance des autres », dit Élise Boghossian. Mère de trois enfants, cette jeune femme déterminée quitte une fois par mois son cabinet d’acupuncture parisien pour soigner avec ses aiguilles les réfugiés syriens et irakiens exilés au Kurdistan. Sur place, elle forme des équipes médicales et elle lève des fonds en France pour créer des dispensaires mobiles allant à la rencontre de ceux qui souffrent, au plus près des situations d’urgence.

Au début de votre ouvrage, vous posez une question sans donner de réponse : « Est-ce que je suis dans l’humanitaire ou est-ce que je fais partie de cette humanité ? » Aujourd’hui, que répondriez-vous à cette question ?
Je me pose encore la question. Le terrain apporte certaines réponses, mais la remise en question est toujours là. Lorsque l’on fait de l’humanitaire… on apporte ses conceptions, ses idées, avec l’impression d’être mieux placée pour désigner à des populations leurs besoins. Et les réalités que l’on découvre sur place n’ont parfois rien à voir avec ce que nous pensions être une urgence fondamentale. Ce qui est difficile, c’est que l’on peut être amené à créer des besoins qui ne sont pas indispensables et qui engendrent de la dépendance, un sentiment de dette. Et de plus, le jour où on n’est plus là, on laisse ces personnes complètement livrées à elles-mêmes.
Ce qui est important est de pouvoir apporter une aide concrète, de transmettre ce que l’on sait, pour les aider à devenir autonomes. C’est la seule solution pour aider ces gens à retrouver une vie normale.
Quand on fait de l’humanitaire, on peut se poser la question suivante : « Est-ce que je fais cela pour me donner bonne conscience ou pour aider réellement ? »  Dans l’aide que j’apporte, que notre équipe apporte, nous pensons d’abord aux personnes déplacées, exilées, torturées, violées, maltraitées, oubliées. Nous essayons de les aider de manière utile et pérenne.

(…)

Parlez-nous de votre équipe et de son travail sur le terrain.
Seulement 9 % des réfugiés et des déplacés irakiens ont pu s’installer dans des camps de réfugiés, eux-mêmes déjà saturés par les réfugiés syriens de la guerre civile qui a débuté en 2011. Les 91 % restants sont dispersés dans tout le Kurdistan et n’ont pas accès aux structures d’aide mises en place par la communauté internationale. C’est pour répondre à leurs besoins que le premier dispensaire mobile a été créé en janvier 2015. L’équipe de ce bus, composée de sept médecins et de personnels soignants, eux-mêmes réfugiés, dispense consultations et soins spécifiques aux femmes et à leurs enfants : gynécologie, suivi de grossesse, soins postpartum, néo-natalité, pédiatrie, traitement de la douleur… Le bus dispose à son bord d’une pharmacie qui distribue les médicaments. Des psychologues assurent un soutien psychologique durable aux femmes traumatisées, en collaboration avec des organisations locales. Ils contribuent à la réinsertion de ces femmes qui vivent souvent en marge de la société. Les enfants font également l’objet d’un suivi dans le cadre d’ateliers créatifs favorisant l’expression de leurs traumatismes sous des formes non verbales.

(…)

Dans votre livre, que voulez-vous dire par « La religion doit être l’expression de la spiritualité » ?
Sommes-nous condamnés à faire de cette planète un lieu de destruction et de souffrance ? Nous sommes tous reliés, nous faisons tous partie du même monde, et la plupart des guerres sont des guerres de religion. Elles sont le fruit de haine, de non-respect de nos différences, elles puisent leur feu dans l’ignorance. Mon moteur, est-ce la foi ? Je ne sais pas. Je crois plutôt que tout mon être est animé par l’engagement. Aujourd’hui en Occident, nous sommes devant une génération de personnes poussées par une soif de consommation et continuellement insatisfaite. Se disent-ils heureux ? Nous cherchons tous à donner du sens à nos actions, une voie pour nous engager et nous épanouir. Ce qui fait notre force, ce qui renforce notre identité, notre ancrage à la terre, ce que nous sommes appelés à être et à devenir, c’est une relation quasi spirituelle à la vie, et donc à la mort, à notre propre mort.

(…)

Ma foi se manifeste au niveau de l’engagement. Pour ce qui est de la spiritualité, j’ai fait mes études en Asie, nous sommes faits d’énergie, c’est l’énergie qui engendre la vie, c’est l’énergie qui nous lie aux autres. Cette énergie a une part visible et une part d’invisible, et ce qui nous unit est aussi bien le visible que l’invisible. Le concept de l’énergie est fondamental dans la philosophie taoïste. J’ai été baptisée, je suis arménienne, c’est annexe, je pense. La foi que j’ai dans mon travail, dans mon équipe, dans mes rêves, est avant tout propulsée par mon désir d’engagement, ma sincérité par rapport à ce que je fais, ma relation aux autres.

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Votre expérience vous permet-elle de dire que vous avez moins peur de votre vieillesse et de votre mort ?
Quand on touche la vie dans son extrême, la souffrance dans son extrême, la mort, on développe peut-être aussi une forme de détachement pour vivre l’instant présent, savourer des bonheurs simples. Sur le terrain et avec les personnes que je soigne, j’apprends que le plus important n’est pas de se donner des recettes de bonheur pour objectif de vie. Quand du jour au lendemain, en l’espace de quelques heures, on a tout perdu, on s’accroche à ce qui est essentiel, c’est-à-dire la vie. Et quand nous en sommes les témoins, même si nous ne sommes là que pour soigner ces personnes, nous nous demandons si nous serions, nous, capables d’encaisser des souffrances similaires.

(…)

Ces situations extrêmes contribuent-elles à vous rendre meilleure ?
Avec toute notre équipe, nous essayons d’être justes. Nous recrutons des médecins hommes et femmes parmi les réfugiés sans distinction religieuse. Ils soignent les réfugiés dans le respect de l’autre, dans une relation d’égalité. À chaque retour de mission, je suis bouleversée par ce que j’ai vu et entendu. Je travaille beaucoup pour mener cette petite barque parce que nous sommes une petite organisation. Parce que le travail ne finit jamais, parce que l’on ne voit pas le bout du travail. En même temps, c’est incroyablement passionnant, excitant, de mettre son temps et son énergie dans des causes fondamentales. On trouve en soi des ressources tout le temps, on devient plus fort, et meilleur aussi.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 21pages 18 à 20

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La crise de la quarantaine, une dépression capitale

La crise de la quarantaine,
une dépression capitale ,

par Pierre Sabanier

Voici un bon nombre d’années, un homme que nous appellerons Daniel, finissait ses études à l’école de commerce. Il se disait alors : « J’aimerais habiter un bel appartement en centre-ville, avoir une belle voiture rapide et confortable pour emmener ma famille et avoir aussi une maison au bord de la mer, en Bretagne, pour passer les vacances familiales. Ce n’était pas un rêve, mais un désir plus ou moins bien formulé fixant son objectif de réussite.

 Vingt ans plus tard, nous retrouvons Daniel avec un petit coup de blues. Son travail lui pèse : aller tous les jours au bureau pour gérer les problèmes, obtenir de nouveaux contrats, répéter les mêmes consignes, accueillir les clients… L’enthousiasme des débuts a disparu, remplacé par la routine, certes efficace mais si monotone. Seuls les problèmes donnent un peu de relief à ses journées. Sa morosité déteint sur sa vie familiale. Il a du mal à supporter ses deux enfants, l’un en fac, l’autre, au lycée en terminale et l’année prochaine, il se retrouvera seul avec son épouse dans ce grand appartement. « On pourrait déménager » pense-t-il. Même sa femme Michèle l’agace. Il la trouve futile. Parler chiffons, voisinage et expositions le lassent.
Un matin, au lieu d’aller travailler, il reste chez lui, au lit, envahi par une torpeur inhabituelle. Il en profite pour faire le point. Qu’est-ce qui ne va pas ?
Tout va et pourtant rien ne va.
Dans son bilan rapide, il s’aperçoit qu’il a obtenu à peu près tout ce qu’il voulait dans bien des domaines : famille, métier, argent, vie sociale, santé. Alors qu’est-ce qui ne va pas ?
Avec son tempérament de battant, il refuse de succomber à la déprime. Il consulte son ami médecin qui lui prescrit ce qu’il faut pour le remonter. Il prend un coach. Et le voilà parti pour redynamiser ses affaires et sa vie.

 Cinq ans plus tard, Daniel est un homme cassé. Sa femme l’a quitté lui reprochant de ne pas s’intéresser à elle, d’être un zombi. En effet, il n’a plaisir à rien. Il a des insomnies, il est fatigué dès le matin, et n’arrive pas à se concentrer. Où est le Daniel sûr de lui ? Il envisage sa mort, la réclame.
Pourtant il gagne beaucoup d’argent. Il a acquis une superbe propriété dans le midi, il a une voiture de sport, il voyage, il a de nouveaux amis, mais le sont-ils vraiment ou s’intéressent-ils seulement à son argent ? Ses enfants profitent de la manne mais combien de temps passe-t-il avec eux ? Et ses petits-enfants, il ne les voit pas grandir. Quant à ses affaires, il doit jongler pour les maintenir.

La dépression à laquelle il avait cru échapper
est en train de le rattraper.

Comment cela se fait-il ?
Il y a cinq ans, Daniel n’avait pas perçu le sens du signal de la déprime annonciatrice de la crise de la quarantaine. Ayant atteint ses objectifs de jeunesse, la vie ne lui indiquait-elle pas alors qu’il était l’heure de passer à autre chose ?
(
Nous pouvons nous demander si le phénomène n’est pas identique pour notre civilisation occidentale. Les objectifs de la modernité sont atteints : confort et temps libre. Qu’en faisons-nous ? Encore plus de…
La vie n’indique-t-elle pas que les nations occidentales ayant réussi, ont maintenant à aider les autres peuples de la terre au lieu d’exploiter la planète avec pour seul objectif d’être encore plus riches ?)

(…)

Pour lire la suite , Reflets n° 21pages 50 et 51

 

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L’art est un langage, Rencontre avec frère Jean

L’art est un langage
Rencontre avec frère Jean

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Frère Jean est moine au Skite Sainte-Foy (village monastique orthodoxe) dans les Cévennes. Il a fondé ce lieu pour permettre à des artistes et à des artisans de venir faire des retraites. Il est aussi photographe. www.photo-frerejean.com 

Ni cerveau ni intellect, l’art s’adresse au cœur. Il rend visible l’invisible qui anime l’œuvre de l’intérieur et irradie dans le regard de celui qui la contemple ! Il révèle la présence du Tout-Autre. L’art serait ainsi un langage universel, celui de la Création.

À quoi sert l’art ?
L’art sert à témoigner de la beauté, à rendre visible l’invisible, à révéler ce regard derrière les yeux, à surprendre un rayon de soleil comme un moment de pure plénitude, à faire entendre le chant des anges, la rotation d’une rose amoureuse du soleil, à affirmer que chaque instant, chaque visage, chaque fleur, chaque feuille… est unique depuis le début des temps jusqu’à la fin des temps. Le mystère de l’art ne se situe pas dans la forme mais dans le souffle qui jaillit de ses profondeurs.
S’interroger sur « à quoi sert l’art ? », c’est se demander si l’art apporte quelque chose d’utile à la société, s’il vient combler ses désirs, ses ambitions ? L’art est bien éloigné du vrai, et c’est apparemment pour cette raison qu’il peut façonner toutes choses : pour chacune en effet, il n’atteint qu’une petite partie de la réalité, et cette partie n’est elle-même qu’une belle apparence, un simulacre. Imiter est une tendance naturelle aux hommes. Ils apprennent à travers l’imitation, ils prennent plaisir aux représentations. L’art est naturel, il nous apporte par ce qu’il représente, une connaissance du monde. Il purifie le quotidien obstrué par la raison et la rentabilité. L’art est le moyen de revenir à la réalité innocente, à l’idée première, nue, sans toutes les affres de la nécessité, à revenir à une réalité plus haute.

 L’Harmonie sauvera le monde

 Il n’y a pas d’art sans artiste. L’artiste est celui qui se laisse transpercer par le Feu, qui écoute la nature résonner en lui. Fécondé par le vent, il révèle sa puissance, inondé par la caresse des couleurs, il les offre au monde dans un bouquet éclatant. Ouvert, transparent, l’artiste contemple l’âme des choses lui révéler leur secret. Il régénère des Vérités éternelles, sème des germes vivants pour les générations futures. L’intuition, la spontanéité, l’authenticité, le désir de se surpasser, de se donner sont des qualités qui accompagnent l’artiste qui pacifie le monde, en lui révélant des images de beauté. L’Harmonie sauvera le monde.

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L’artiste exprime par le biais de l’art, des émotions, des pensées, des rêves : bien qu’étant une réalité matérielle, l’œuvre transcende la simple réalité sensible ; il ne s’agit pas de la répétition d’un quotidien mais de la maîtrise du geste qui le rend unique. L’art est pour l’homme un moyen pour mieux percevoir et représenter son monde.
L’art est aussi un régulateur des peurs et des désirs d’une société ;  il canalise des normes et des valeurs qu’elle s’est imposée. L’art tend à sublimer le « bon », le « bien » par de multiples allégories, en faisant passer l’œuvre vers une représentation positive. L’art donne à son auteur la conscience qu’il participe et parachève la Création, qu’il devient en quelque sorte cocréateur.
L’art mondain, loin d’être inutile, est un moyen et un but pour l’homme, lui permettant de se développer et d’échapper au réel. Une certaine forme d’art embellit notre perception du monde. Personnellement, je suis engagé dans une approche d’art sacré.

 Quel est le rôle de l’art sacré ?
Le sacré peut s’exprimer par une multitude de facettes, dont l’art. L’art sacré n’est pas l’art pour l’art qui porte l’empreinte de son auteur. L’art sacré n’est pas l’art religieux qui est un acte de foi lié à une croyance. L’art sacré n’est pas l’art symbolique qui nécessite l’initiation à une connaissance secrète. L’art sacré n’est ni académique, ni classique, ni abstrait, ni naturaliste.
Il est une théophanie, une révélation ! Sa manifestation n’est pas liée à l’œuvre mais à la présence. Cette présence n’est pas celle de l’artiste mais celle du Tout-Autre. L’œuvre porte dans son sein l’empreinte de l’esprit qui l’anime.

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L’art sacré n’est pas lié à la matière utilisée (l’or ou la pierre précieuse). Il se manifeste dans la majesté du simple, il rend visible l’invisible qui anime l’œuvre de l’intérieur, dans une transcendance immanente !
Avant d’aller plus loin, prenons un exemple : pourquoi n’y a-t-il qu’un seul Gérard Philipe ? Il ne suffit pas de déclamer le texte de Corneille dans le costume de Rodrigue, de suivre la mise en scène de Jean Vilar dans les décors du palais des Papes en Avignon pour devenir le Cid. Le texte comporte des mots dont chacun est une enveloppe ouverte, offerte. L’acteur dépose à l’intérieur du mot un souffle qui le dynamise. Le souffle contient subtilement tout ce qui est la substance même de l’artiste : l’émotion, la puissance, la sensualité, le rythme, l’intensité… mais aussi l’espace, la lumière, l’époque, le public… Une même scène ne peut pas se répéter d’une façon identique chaque soir, ou dans des lieux différents. Le secret de l’acteur n’est pas dans le visible mais dans la puissance de son souffle qui dynamise la lettre, rendant le texte vivant. Nous touchons le sublime mais pas encore le sacré. Il faut qu’il s’accomplisse une conversion, une métanoïa, pour réaliser le passage du profane au sacré. Si l’artiste se contente de rendre vivant le texte, il manifeste son talent, il révèle des prouesses techniques, il affirme sa personnalité avec brio. Mais pour s’ouvrir au sacré, il faut franchir une étape décisive, celle de l’humilité, celle de la conversion du cœur. Dans le sacré, l’acteur s’efface devant le personnage. Il devient en quelque sorte transparent à l’être qui l’anime. Il incarne la présence subtile du personnage, le rendant palpable, réel.

L’art sacré n’imite pas la réalité, il respire avec elle

L’art n’est pas une langue comme le sont le français, le russe ou le grec… qui sont incompréhensibles pour celui qui ne les parle pas. L’art n’est pas une langue mais un langage ! L’art déjoue l’intellect pour toucher le plus sensible du cœur. Un chantre qui interprète un psaume en slavon, en byzantin ou en grégorien vous touche par la profondeur priante de sa voix. Même si vous ne saisissez pas le sens des mots, vous ressentez à travers la simplicité de la mélodie un sentiment de paix, d’amour. L’art sacré a besoin d’un corps pour devenir perceptible. Il ne jaillit pas de la gorge pour le chantre, pas de la main pour l’iconographe, pas de la tête pour l’hymnographe, mais d’un au-delà, du plus profond de son cœur ! L’œuvre n’est pas une fin qui clôt le processus d’un cheminement intérieur. L’œuvre est une ouverture perpétuelle à la transcendance, à l’émerveillement, au Tout-Autre.

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En chaque étincelle de lumière, devant chaque parcelle de la nature, le sacré nous amène à l’émerveillement. Par là il coopère à l’acte créateur, il accomplit, il nomme, il incarne, il manifeste la beauté dans l’écoute vigilante de la grâce. Il ne sait pas, il n’affirme pas, il participe, il réinvente l’instant. Il parachève la création dans un mouvement de dévotion et de louange en relation intime avec Dieu. L’apparition du sacré surprend par sa brièveté, sa vitalité comme un éclair qui zèbre l’œuvre de lumière, lui laissant une empreinte d’éternité !
L’art sacré n’imite pas la réalité, il respire avec elle. L’art sacré se fonde moins sur le respect rigide de pratiques extérieures que sur une docilité à l’esprit.
L’art sacré n’est pas la description du spectacle du monde, il est une création au sens absolu du mot. L’œuvre n’est pas moins concrète et réelle que le monde, elle obéit aux mêmes lois que celles qui régissent l’univers. Elle est engendrée par la même force d’amour. L’art sacré suit dans un temps réduit le même processus que l’acte créateur. Seul celui qui a purifié le regard de son cœur peut réaliser une œuvre sacrée et contribuer par grâce à l’action divine. Il agit « trinitairement », c’est à dire par, avec, en l’invariable milieu des choses. L’art sacré est contagieux.

De quoi parle l’art sacré ?
De qui ? De Dieu ! Le sacré parle uniquement de Dieu, pas de l’auteur !

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 20 pages28 à 33

 

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La quintescence de l’art, par Marie-Dominique Mutarelli

LA QUINTESSENCE DE L’ART

 

En me penchant sur le sujet, me revenait à l’esprit ce que j’avais reçu lors de conférences et séminaires de Bernard Montaud. Son approche est originale car il considère la création artistique comme une fonction fondamentale de l’être humain.  Elle aide à en percevoir les particularités et les enjeux. Si bien que ce propos s’inspire largement de son enseignement.
Marie-Dominique Mutarelli

 Trois approches proposées par Bernard Montaud définissent des caractéristiques fondamentales de l’art :
Selon saint Thomas d’Aquin : « L’art est, à l’image de Dieu, la possibilité pour l’homme de créer ». Cette comparaison contient une donnée fondamentale : l’art créateur ne répète pas l’ancien, mais crée le nouveau.
Selon Gitta Mallasz, l’art est aussi expérience intérieure du dépassement de soi-même, domestication de sa médiocrité pour rencontrer une excellence dans le dialogue intérieur.
Et encore, selon Claude Lévi-Strauss : « L’art, c’est pour l’homme faire image ».

 La création artistique, une fonction biologique
La création artistique est une fonction biologique naturelle et ordinaire donnée à tout homme. Les Textes sacrés de toutes les traditions l’expliquent : c’est par la création que nous sommes vivants. La fonction créatrice est nécessaire à la vitalisation de notre humanité. Un être qui ne crée rien ne sert à rien.

(…)

Cependant, à chaque époque de l’humanité, deux arts se côtoient toujours : un art qui conforte la mémoire de ce qui a déjà été accompli, et l’art héroïque d’artistes qui frôlent la folie en essayant de tirer l’espèce humaine vers des performances nouvelles des organes des sens. L’artiste a donc une responsabilité dans ses choix de création : témoigner simplement de l’étape en cours ou bien faire progresser les performances humaines des organes des sens. Quand la Rome antique invente l’arrière-plan, cette tentative de traduire la profondeur est un bouleversement pour les contemporains. Plus près de nous, le surréalisme avec André Breton, en proposant de peindre la face cachée de la pomme et pas seulement sa partie visible, a été prophétique d’une nouvelle perception du monde.

 L’évolution de l’art
L’art a évolué en fonction de l’âge intérieur de l’humanité et du stade de son évolution. A l’origine, l’art est sorcier.

(…)

Il existe encore de nos jours des traces de cet art primitif.
Avec le développement de l’ego, l’art se caractérise par l’intention de produire un chef d’œuvre, pour se faire remarquer. Il faut attendre très tard dans l’histoire de l’humanité, pour que l’auteur de l’œuvre d’art devienne aussi important que son œuvre.

(…)

Une nouvelle forme d’art s’annonce, dont l’intention sera d’enseigner l’ordre du monde et la contemplation. À nouveau l’auteur va y perdre son importance : le service rendu devient plus important que l’auteur. Dans cet art « au service », offrir cette contemplation à travers son œuvre suffit à l’artiste ; la signer est inutile, parce qu’il a besoin non de se faire remarquer, mais de servir.
L’art actuel ne dit rien d’essentiel : son seul principe est d’avoir des auteurs. L’important, c’est de signer une œuvre différente, même vide de sens. Cette vacuité n’a rien d’étonnant, dans une société qui s’ingénie à prouver que ce qui se passe sur terre n’a rien à voir avec le religieux et le spirituel. En se coupant du spirituel, l’art s’est donc privé du principal de ses moteurs.

Les étapes de la création artistique
L’accession au Nouveau dans la création a des exigences très précises : elle demande d’une part de posséder la connaissance des maîtres qui nous ont précédés et d’autre part de connaître notre passé personnel à travers la pratique d’un premier niveau d’art : l’art thérapeutique.
Accoucher d’un art qui soit nouveau implique en effet de posséder l’ancien pour pouvoir le dépasser sans le rejeter. Aucune œuvre d’art nouvelle ne peut exister sur lerejet du passé. Les artistes se font d’abord copistes, comprenant que pour posséder le présent, il faut étudier le passé. L’étude des maîtres du passé leur fait gagner du temps : plutôt que de tout réinventer, ils passent par cette expérience déjà mise en forme pour fonder leur propre nouveau. Un art par filiation enrichit le sens.
Pendant cet apprentissage, l’art thérapeutique constitue la première étape créatrice personnelle : apprendre à conjuguer nos obscurités, nos cris, nos douleurs, nos souffrances. C’estun temps d’épuration,d’exorcisme de notre passé, de nettoyage de nos laideurs mises sur papier, sur toile, en musique, en poésie, pour les conscientiser. Cette épuration est nécessaire pour parvenir au pardon de nos faiblesses.

(…)

Quand l’artiste commence à décliner dans son œuvre son ordre personnel, sa beauté particulière, il fait naître chez les autres l’envie de leur propre beauté. Son art le fait accéder à une forme de prêtrise, puisqu’il donne envie de Dieu. Une toile croisée quelques instants – si pleine d’harmonie qu’elle nous renvoie à notre propre envie d’harmonie -, est aussi efficace qu’un bon prêche.L’œuvre d’art est initiatique, car sa contemplation nous fait rejoindre un autre état d’humanité. Elle agit par contagion, à condition que l’auteur ait mis dans sa toile sa propre élévation.

(…)

L’art comme chemin spirituel
Depuis l’origine, l’art a été expérience de la vie intérieure. Son apprentissage s’est organisé, au sein de vraies écoles initiatiques, comme un enseignement de dépassement soumis aux mêmes obligations que la vie spirituelle : celui qui veut être artiste devra y consacrer tous les jours de sa vie, et souffrir chaque jour de l’impossibilité d’exprimer ce qu’il pressent.  Engagé sans concession au point d’y risquer la déraison, il apprend à chercher au fond de lui-même l’inspiration créatrice géniale. Quelle noblesse d’âme il faut à Van Gogh pour devenir fou à cause de tournesols dont il ne trouve pas la couleur !

(…)

L’œuvre d’art est donc l’expression de l’expérience spirituelle intimede celui qui la produit. Elle mesure son état de conscience, sa vérité. L’art est un chemin spirituel ordinaire, quand l’artiste se met en jeu dans sa propre expression de l’ordre de son monde intérieur.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 20 pages 34 à 36

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Au service de la paix, Rencontre avec Elaine Kibaro

Au service de la paix
Rencontre avec Elaine Kibaro

Par Augustin Luneau

Ealine Kibaro

Écrivain, avec une dizaine de livres à son actif, chanteuse, avec plus de vingt disques et de nombreux spectacles au Casino de Paris, dont certains parrainés par l’ONU, à l’origine d’interviews, d’ateliers, de conférences, de documentaires et plus récemment d’une chaîne télé, d’un film… et toujours animée par la même conviction. Portrait d’une femme au service du message de paix qu’elle transmet.

Née à Tunis, c’est dès son plus jeune âge qu’Elaine découvrela puissance de l’intention : dès l’âge de 3-4 ans, elle joue à envoyer des messages subliminaux à son père pour qu’il lui achète des glaces – et ça  marche ! Plus tard, à l’âge de 12 ans, c’est à l’école catholique de Tunis qu’on lui parle de Dieu et des Anges.  Un soir, ne sachant quel chapitre réviser en préparation d’une interrogation le lendemain, elle demande un signe… et est la seule à avoir révisé la bonne matière ! Il n’en faut pas plus …

Tout est en harmonie tout le temps

 

Voilà comment de façon simple, ludique, elle acquiert la conviction de l’existence des angesavec qui elle se met à communiquer de plus en plus facilement, de plus en plus naturellement : « Ils savent quand ils veulent s’adresser à vous. Vous avez vu quand vous vous baladez dans la rue avec un truc auquel vous pensez, qu’il faut résoudre ? Vous levez les yeux, il y a une affiche et il y a la réponse sur l’affiche. Tout est en harmonie tout le temps. »
À 19 ans, sa sœur et elle partagent la même curiosité et les mêmes expériences : « On avait appris tout un tas de choses sur le subconscient. On essayait de transformer les choses qui n’allaient pas, pour que tout soit harmonieux. Je me souviens que je donnais des rendez-vous à des copains sans leur dire et puis ils y étaient.

(…)

Plus tard, elle lit Joseph Murphy, qui prêche l’utilisation du subconscient par l’intermédiaire de l’autosuggestion comme force suprême pour accomplir ses rêves personnels ou réaliser des miracles. Et cette jeune femme d’à peine vingt ans se met à parsemer son chemin de magie et de miracles qu’elle délivre avec de petites phrases justes, profondes, fortes : « Quand le subconscient a pris un message, il y a un sentiment de soulagement par rapport à ce qui préoccupe et on le ressent physiquement. »
Ce sont toutes ces phrases, celles qui ont changé sa vie et celles des êtres qui l’entourent, qu’elle décide de retransmettre, au début par la chanson, puis par des spectacles, et aujourd’hui par tous les moyens d’expression qui lui sont donnés.

(…)

L’agressivité n’a pas de raison d’être

 

Interrogée sur la genèse Bonheur TV, la chaîne qu’elle a lancée il y a 2 ans, elle raconte comment la relation qui se tisse avec Jacques Salomé, puis la rencontre avec une journaliste lui ont donné l’idée de 2 émissions sur la famille et le couple montées avec Jacques Salomé et diffusées en boucle sur TELIF (Fédération de chaines franciliennes). Ces relations et l’enchaînement d’autres émissions accompagnées d’un succès toujours croissant ont renforcé ma certitude, ma conviction qu’il fallait absolument qu’existe une chaîne dédiée au bonheur et à la paix.

(…)

car tout est à notre disposition, tout est possible : « Si tous les êtres du monde savent qu’ils peuvent résoudre tout sans aller tuer leur voisin ou sans aller dévaliser une banque, c’est sûr que la paix sera sur terre. Si on leur apprend tout petit comment ça fonctionne, c’est certain, ils n’auront plus besoin de se bagarrer. L’agressivité n’a pas de raison d’être ».
Le prochain projet d’Elaine est d’aller à Tunis chanter, projeter un film et faire l’événement franco-tunisien, réunissant musulmans, juifs et chrétiens. Un projet ambitieux, toujours menacé par les risques qui pèsent sur ce genre de rassemblement.
Invitée à confier quelque chose d’inédit à Reflets, elle relate l’interview de Marguerite Yourcenar suite à sa réception à l’Académie Française, au cours duquel elle avait dit : « Nous n’avons pas fait notre corps de lumière, donc on a raté notre vie ».

(…)

Pour lire l’article en entier, Reflets n°20pages 78 à 80

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Les JO, sport, spectacle, dopage , même business par Maxime Mocquant

Les JO, sport, spectacle, dopage , même business

par Maxime Mocquant

olympics-

Les J.O. de Rio, placés sous le signe de la détection antidopage : mesure efficace ou moyen de se rassurer ?
La fédération internationale d’athlétisme a écarté, pour l’instant, la fédération d’athlétisme de la Russie, des J.O. de Rio pour cause de dopage de ses athlètes et sur le fait que les autorités n’ont pas mis en place de système de contrôle efficace.
La Russie, l’Espagne et le Brésil sont dans le collimateur de cette fédération par l’intermédiaire de l’agence mondiale antidopage. Les responsables de l’athlétisme se donnent les moyens de montrer au monde qu’ils donnent priorité à la lutte antidopage. Mais comment en même temps promouvoir les performances des athlètes, mettre en avant les records mondiaux à battre et lutter contre le dopage, celui-là même qui va donner les moyens aux sportifs de battre ces mêmes records ?

Depuis le 1er janvier 2016, quatre-vingt-dix-neuf athlètes de tous sports ont fait l’objet d’un contrôle positif au Meldonium. Ce médicament, originellement prévu pour soigner le cœur, a été détourné au profit des sportifs. Mis sur la liste rouge de l’AMA (agence mondiale antidopage), de nombreux sportifs ont été pris la main dans le sac. Course aux records, course au spectacle, les enjeux financiers sont colossaux. Le sport spectacle fait partie de notre monde du « toujours plus » : plus vite, plus loin, plus fort. Les spectateurs et clients des médias traditionnels (journaux) aux plus modernes (TV, internet, réseaux numériques) attendent de leurs sportifs plus de résultats, plus de performances. Non seulement se dépasser, mais battre des records.

(…)

L’agence mondiale antidopage contrôle les athlètes par rapport à une liste de produits. Elle a donc forcément un temps de retard. Beaucoup de nouveaux produits, médicaments sont mis sur le marché tous les ans, ayant comme objectif de soigner, mais aussi d’améliorer le fonctionnement des organes en vue de guérison. Les utiliser, alors qu’ils ne sont pas sur la liste interdite, n’est donc pas répréhensible, mais seulement jusqu’à ce qu’ils soient identifiés sur des sportifs et mis sur la liste des produits dopants. Notre société du toujours plus ne peut pas mettre de limite. Les tentatives de moralisation, destinées à faire croire qu’il y en a, sont vouées à l’échec. Tout au plus, elles permettent de rassurer le public. Les athlètes pris la main dans le sac sont livrés à la vindicte populaire par les médias. Ainsi tout semble en ordre,

(…)

Les sportifs, manipulés par leur entourage soucieux des aspects financiers, continuent de jouer avec les règles, la société en demandant encore plus. Et les médias semblent étonnés quand éclate une nouvelle affaire dont ils sont si friands.
La poursuite de la performance à tout prix, dans le sport, n’est que le reflet de la guerre qui sévit dans le monde économique, politique, financieroù il s’agit « d’écraser l’adversaire », d’être meilleur que lui, pour empocher « le gros lot ». Il n’est pas étonnant que les compétiteurs recourent à tous les moyens. Dans le sport, cette recherche du « toujours plus » implique des moyens financiers, une technologie de pointe et évidemment de jouer avec les règles. Doper le corps fait partie des moyens, à la frontière de ce qui est autorisé et de ce qui est interdit, et de ce qui n’est pas encore interdit car pas encore reconnu, donc pas détectable. Dès lors, la course contre le dopage semble être une course sans fin et le dopage s’avérer indissociable du sport.
La gagne à tout prix se retrouve partout. Si bien que le dopage corrompt même le sport amateur chez les jeunes. Par identification à leurs idoles, dans l’espoir d’arriver à un niveau qui offre la célébrité et les gains afférents, ils succombent facilement aux propositions omniprésentes. Pour émerger du lot, tous les moyens sont bons.

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 20page  8

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La poésie, ultime recours devant la mort , selon Jacques Lusseryran

La poésie, ultime recours devant la mort

selon Jacques Lusseryran

Jacques Lusseyran 3 photo J. Sassier© Gallimard

Comment évaluer l’importance de l’art ? L’art est-il un luxe ou une nécessité pour l’être humain ? Que nous dit la fréquentation des œuvres d’art ? L’art véritable, fruit de la contemplation des artistes créateurs qui nous ont précédés, nous touche au plus profond et stimule, lorsque nous y sommes attentifs, notre propre contemplation et l’intuition d’un possible nouveau. Mais il est des expériences extrêmes qui révèlent l’importance vitale et existentielle de toute forme d’art pour l’homme qui le crée et pour celui qui s’en rassasie.
Le témoignage que nous livre Jacques Lusseyran dans son livre autobiographique Le monde commence aujourd’hui traduit cette vérité de la manière la plus crue. Il nous montre comment, dans le dénuement abyssal du camp de concentration de Buchenwald, la poésie a redonné vie et espoir à des hommes brisés par le froid, la faim, la terreur et la haine. C’est la poésie qui vient à leur secours à travers des bribes de mémoire réassemblées. Récitée comme une incantation, elle transforme les sensations du corps, fait circuler le sang, agit au plus profond de l’être. Elle nourrit l’âme et restitue le désir de vivre. En élevant ces hommes perdus au dessus de leur malheur individuel, elle leur redonne dignité humaine, les transporte ailleurs et leur fait goûter à l’universel jusqu’à leur permettre de transcender une réalité abjecte.
Mais laissons Jacques Lusseyran nous livrer le cœur de son expérience.

« Et je me mis à réciter des vers, au hasard, tous ceux que je retrouvais, tous ceux qui ressemblaient à notre vie en cet instant. Je récitai du Baudelaire, du Rimbaud, à voix simple.

(…)

Le cercle des hommes autour de moi se serrait : c’était une foule. Alors, j’entendis que ces hommes n’étaient pas des Français. L’écho des vers qu’ils me renvoyaient était parfois défiguré comme le son d’un violon dont une corde se relâche, parfois juste comme un diapason.

(…)

Il ne me restait en mémoire qu’un poème de Baudelaire : La Mort des Amants. Je le donnai. Et des dizaines de voix ronflantes, grinçantes, croassantes, caressantes répétèrent : «  des flammes mortes »…
Je sais que c’est à peine croyable, mais, derrière moi, j’entendis des hommes qui pleuraient.(…)
Non la poésie, ce n’était pas de la littérature, pas seulement. Cela n’appartenait pas au monde des livres. Cela n’était pas fait pour ceux-là seuls qui lisent. Les preuves se multipliaient.
(…) Il était une chose que seule la terreur pouvait obtenir, c’était que ces centaines d’hommes bouillonnant au fond de la baraque fissent silence. Seule la terreur… et la poésie. Si quelqu’un récitait un poème, tous se taisaient, un à un comme des braises s’éteignent.

(…)

Un manteau d’humanité les recouvrait. J’apprenais que la poésie est un acte, une incantation, un baiser de paix, une médecine. J’apprenais que la poésie est une des rares, très rares choses au monde qui puisse l’emporter sur le froid et sur la haine. On ne m’avait pas appris cela.

(…)

Cependant tous les poètes ne se valaient pas.

(…)

Hugo lui, triomphait. Le moindre de ses vers agissait sur nous à la façon d’une poussée, d’un influx de sang. Ce diable d’homme, cet irrésistible vivant se mêlait de nos affaires dès qu’il prenait la parole (…) Il n’y avait point besoin pour nous de le comprendre, ni même de l’écouter exactement, d’écouter ses paroles : il suffisait de se laisser faire. (…)
Baudelaire aussi travaillait bien. Mais lui c’était comme à force de ruse : il avait le talent – si rare après tout – de dénicher au fond des trous les plus noirs la plus petite étincelle de lumière et de la faire éclater à nos yeux. Il donnait du prix aux embarras, aux effondrements de nos corps. Il reliait la terre au ciel, le réel et l’impossible, avec une adresse qui nous donnait du courage.

(…)

Mais les vrais gagnants, les toniques, ceux qui agissaient à la façon de l’alcool, massivement, c’étaient les chanteurs. J’en trouvais dans le Moyen-Age. Puis venaient Villon, Ronsard, Verlaine, Apollinaire, Aragon. Ceux-là déplaçaient tous les obstacles. Ils parlaient distinctement depuis un autre lieu que la terre. Ou plutôt, c’était leur pas, le rythme de leur marche, qui n’avait plus rien de commun avec notre façon à nous de ramper. Ils passaient en volant et nous posaient sur leurs ailes.

(…)

J’entends les sceptiques gronder : « Il ne nous fera pas croire qu’ils se nourrissaient de poésie. » Certes non : nous nous nourrissions de soupe à l’eau et d’un pain amer. Et d’espérance. Que les sceptiques ne l’oublient pas ! Or c’était justement avec l’espérance que la poésie avait affaire. Et il m’a fallu traverser ces circonstances épaisses, matérielles, étroitement physiques – jusqu’à la suffocation – pour savoir combien sont denses et tangibles ces choses sans poids qu’on nomme espoir, poésie, vie.
(…) Alimenter le désir de vivre, le faire flamber, cela seul comptait. Car c’était lui que la déportation menaçait de mort. Il fallait se rappeler sans cesse que c’est toujours l’âme qui meurt la première – même si son départ ne s’aperçoit pas – et qu’elle entraîne toujours le corps dans sa chute. C’était l’âme qu’il fallait nourrir en priorité.
La morale était impuissante.

(…)

Seule la religion nourrissait. Et tout près d’elle, la sensation de la chaleur humaine, de la présence des autres en tant qu’êtres physiques contre notre corps. Et la poésie.
La poésie chassait les hommes de leurs refuges ordinaires, qui sont des lieux pleins de dangers. Ces mauvais refuges, c’étaient les souvenirs du temps de la liberté, les histoires personnelles. La poésie faisait place nette.

(…)

C’est un peu parce que j’ai fait cette expérience que je dis et dirai sans me lasser : « L’homme se nourrit de l’invisible. Il se nourrit de l’impersonnel. Il meurt pour avoir préféré leurs contraires. »

Extraits de Le monde commence aujourd’hui, réédition aux éditions Silène, 2012. p. 86-96.

LUSSEYRAN Le monde commence aujourd'hui

Pour lire l’article en entier,  Reflets n° 20,pages 50 à 53

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Vivre avec la peur

Vivre avec la peur

par Christian Roesch

vivre avec la peur

Le terrorisme autant que les catastrophes naturelles, industrielles ou de transport ferroviaire, aérien, routier nous font vivre avec la peur.
En France, l’état d’urgence avec les patrouilles armées, les contrôles à l’entrée des lieux de rassemblements (stades, musées, etc.) nous rappellent constamment que nous vivons avec un risque majeur.
Bien sûr, ce n’est pas agréable de vivre avec une épée de Damoclès sur la tête que les pouvoirs publics et les médias nous pointent constamment.
Mais cette peur a-t-elle son utilité ?

La peur a plusieurs fonctions  pour l’individu.
La première est instinctive. Elle alerte sur ce qui peut arriver.
Par exemple chez les animaux, la peur à l’approche d’un prédateur met en route le processus de survie, par la fuite ou tout autre moyen
Elle fait éviter d’aller dans certaines rues la nuit à cause d’un risque supposé d’agression.

(…)

La deuxième fonction est de signaler l’erreur.

(…)

La peur incite à plus de justesse. Elle aide à prendre les bonnes décisions.

La peur anticipe la répétition de notre histoire. Elle attire ce que nous redoutons.
Par exemple, une personne est marquée dans sa personnalité par le fait d’avoir été rejetée (traumatisme fondateur). Inéluctablement, elle se remet dans une situation évoquant ce scénario. À un moment, elle pressent que cela va se produire. Elle le redoute. Elle en est avertie. Et cela se produit. Parfois le mécanisme touche la vie professionnelle, parfois les amours, parfois la vie sociale.
Le fonctionnement de la peur peut s’avérer encore plus subtil. Par exemple, une maman qui assiste aux premiers tours de vélo de son enfant et qui a peur qu’il tombe, induit fortement la chute de celui-ci.
La mise à nu du subconscient nous donne parfois un éclairage inattendu. La mère sera une « bonne » maman en soignant le genou écorché de son enfant. Ce sera un moyen de lui manifester son amour qu’elle ne sait pas bien dire autrement.
La peur signale la répétition de notre fonctionnement traumatique.

Nommer la peur, c’est déjà ne pas y succomber

La peur, pour être apaisé quel que soit le risque réel que la catastrophe arrive, a une exigence fondamentale : la faire parler.
Elle demande à être précisée jusque dans le concret. De quoi ai-je peur exactement ?

(…)

Qu’est-ce qui se passe lorsque la peur n’est pas domestiquée ?
Nous avons vu que la domestiquer, c’est la faire parler, établir un véritable dialogue.
S’il n’a pas lieu, la peur laisse la place à notre fonctionnement instinctif, voire bestial.
Nous nous condamnons au plus bas de l’homme. Peur → accusation→ réaction
– soit dans un comportement de victime,
– soit dans un comportement de prédateur,
dicté par l’instinct de survie.

(…)

La peur est l’argument supérieur des dirigeants

La peur a une dimension collective qui prend le pas si elle n’est pas traitée personnellement.
Les gouvernants préconisent des réponses collectives face aux peurs. Ainsi ils gardent le pouvoir sur les grandes orientations sociétales. Elles vont toujours dans le sens de faire du citoyen un consommateur docile, laissant les décisions de fond aux « spécialistes », évidemment dans « l’intérêt général ».
Le terrorisme a fourni les arguments pour envoyer l’armée au Niger, pour bombarder Daech en Syrie. Depuis, les ventes d’armes françaises s’envolent !
Les grands médias, souvent aux mains de groupes industriels, sont les relais efficaces de la « raison » d’État par-dessus les clivages gauche-droite. Les gros titres vendeurs jouent sur l’émotion et la peur.
Notre libre arbitre ne nous est laissé que sur les points secondaires.

(…)

Mais que pouvons-nous faire avec nos peurs face aux catastrophes naturelles ou non ?
Pour le terrorisme, la peur nous met évidemment face à notre façon personnelle d’appréhender la violence. Là se dessinent deux comportements qui souvent s’imbriquent.

La manière profane : « Je n’y peux rien à ce qui arrive ; donc autant profiter de la vie. »
Saint Paul avait synthétisé ce point de vue par ces mots : « Mangeons et buvons car demain nous mourrons ! »
Souvent nous avons envie de baisser les bras devant l’adversité de la vie. Se réfugier dans un individualisme nous faisant renoncer à l’espoir d’un monde meilleur. Tant pis pour la planète, pour le gaspillage, pour les belles intentions. Les générations futures : ils n’auront qu’à se démerder. Comme nous.
Cela ressemble à vivre l’instant présent. Libre du futur dont on ne s’occupe plus, mais pas libre de son passé. Si cette attitude était juste, il n’y aurait plus de souffrance. Hélas, consommer n’apporte pas le bonheur.

La  manière croyante : la peur qui fait miroir à ma violence m’incite à essayer d’être meilleur.
La mort, qui est rappelée si souvent, m’incite à ne pas remettre à demain l’expression de mon amour pour mes proches. Demain, je serai peut-être mort : aujourd’hui, à qui je peux dire que je l’aime ?

(…)

Ainsi la mort, forcément source de peur devant l’inconnu, est perçue comme un passage et non comme une fin. La peur change de nature dans la foi.

Le profane a peur que la mort soit la fin. La menace de mourir engendre des regrets et des souffrances. Ai-je bien vécu ? Ai-je perdu mon temps ? En ai-je bien profité ?
L’idée de la mort s’associe à celle de souffrance. Le refus tempête : « Pourquoi encore souffrir, autant en finir ! ». Ainsi se propage l’idée de la mort programmée.

Pour le croyant, la peur de mourir laisse la place à un sentiment tout autre, mal compris pour le profane, «  la crainte de Dieu ». Elle n’a rien à voir avec un père fouettard. C’est un examen de conscience. Est-ce que j’ai accompli ce pour quoi je suis venu sur terre ?
Ne nous trompons pas sur le mot « accomplir ». Ce ne sont pas les œuvres qui nous sauvent. C’est la reconnaissance dans l’amour filial pour le Père qui apaise.

(…)

Mourir en héros ou vivre en n’étant personne

Les catastrophes ne vont pas se calmer.
Le réchauffement climatique, même si une limitation est possible, provoque un dérèglement auquel nous assistons déjà : tremblements de terre, volcanisme, inondations, incendies monstres. Même si certains mécanismes sont prévus comme l’élévation du niveau de la mer, certaines conséquences  sont inévitables : transferts massifs de population, abandon de territoires, migrations, etc.
Le terrorisme ne va pas se calmer.
Le désarroi des jeunes n’ayant pas d’avenir enthousiasmant va continuer à en faire des cibles privilégiées pour n’importe quels mouvements violents s’opposant à notre de vie, en prétendant changer le monde par la force, avec ou non un prétexte religieux. Mourir en héros l’emporte sur vivre en n’étant personne.

Pour lire l’article en entier  Reflets n° 20  pages 20 à 22

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Danser, c’est prier, Interview de Franck Legros

Danser, c’est prier

Interview de Franck Legros

Fr Legros

Le corps, l’esprit et l’âme… La danse les exalte. Franck Legros s’est donné à Dieu avec cet art pour dire son essentiel et pour garder les jeunes dans l’Église.
Il était  danseur professionnel mais  insatisfait de sa vie : uniquement danser ne lui permettait pas de donner du sens à son existence. Attiré par la vocation religieuse il a concilié son art à la prêtrise,  pour unifier les trois dimensions de l’homme : physique, artistique et spirituel.
Il dit : « Lorsque j’interprète la danse de l’âme de Moïse, j’ai cette impression aussi douce qu’extraordinaire que tout mon être dialogue avec Dieu, entre terre et ciel ».
Un vent de liberté souffle sur Évreux !

À quoi sert l’art de la danse ?
Pour moi la danse intègre tout l’être humain. C’est une porte ouverte sur l’unité de sa personne en prenant en compte son corps, son esprit et son âme. Souvent, on peut voir dans un corps des blessures, un repli sur soi, un certain enfermement. Je crois que la danse peut être un vrai vecteur de guérison et même de libération du corps et de l’âme.

La danse est un vecteur de communion universel

Et dans ce sens-là, spirituellement, c’est aussi une ouverture vers Dieu le créateur. C’est aussi une façon de s’approprier l’espace qui est autour de soi.

(…)

Comment conciliez-vous le prêtre et le danseur ?
Je pense que Jésus-Christ est le prêtre par excellence et le danseur par excellence. Il est celui qui a intégré le spirituel et l’incarné. Et je m’appuie aussi beaucoup sur ce grand personnage, le roi David, qui avait cette liberté de pouvoir danser pour son Dieu et pour son peuple d’Israël, quitte à se ridiculiser.

Le peuple chrétien est un peuple de liberté

Certains, effectivement, peuvent être choqués qu’un prêtre danse, mais en fait c’est pour moi le moyen de dire que le peuple de Dieu, le peuple chrétien est un peuple de liberté.

Fr Legros danse

Et la liberté s’exprime aussi dans le corps.

(…)

Danser fait-il partie de votre service divin ?
D’abord, il y a une utilité personnelle : chaque matin, au lever, je me dois de choisir la joie et la liberté. Ce sont tous les textes de Saint Paul. Ce sont aussi les textes d’Isaïe qui dit : « Quitte ta robe de tristesse et reçois l’onction de joie ». Il m’arrive donc,  dans la chapelle, de prendre la décision de chanter. J’aime beaucoup cela. Et aussi de frapper des mains ou de danser ; pas simplement quand tout va bien mais même parfois quand c’est difficile, parce que je me dis que Dieu est en moi et que le chemin de la joie et de la victoire est là. Et ensuite entraîner le peuple de Dieu.
Je pense que l’Église catholique a profondément besoin de quitter la robe de tristesse, de se mettre en joie et de danser pour libérer l’esprit de Dieu en elle : cela habite mes tripes. L’Église a besoin de ça et les gens ont besoin de ça.

Est-ce que vous créez les chorégraphies dans des circonstances spécifiques pour un enseignement ?
En fait, il y a différentes circonstances. Majoritairement, je crée pour des spectacles d’évangélisation. C’est-à-dire que je monte des chorégraphies qui vont mettre en œuvre des passages de la Bible. Ces spectacles ne sont pas réservés à des spectateurs chrétiens, ils s’adressent à tous.

Quitte ta robe de tristesse et reçois l’onction de joie

 Et en d’autres circonstances, moi en dansant, je permets à ceux qui sont là de réaliser que Dieu nous rend libres. Parfois, je fais des chorégraphies rapides avec des jeunes ou des moins jeunes pour leur faire goûter cela. Dieu n’attend pas que tout le monde soit des danseurs étoiles, ce n’est pas le but. Tout le monde peut mettre son corps en mouvement, à sa mesure, pour respirer.

(…)

Comment souhaitez-vous conclure ?
Ma conclusion, c’est mettre en avant mon envie que l’Église soit libre. C’est mon grand cri : qu’elle choisisse la joie et la liberté.

FL dansePour lire l’article en entier, Reflets n° 20  pages 39 et40

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Les religions face à Dieu ,Cardinal Roger Etchegaray

Les religions face à Dieu

Cardinal Roger Etchegaray

Cardinal Etchegaray

Dans l’histoire des religions, la rencontre d’Assise du 27 octobre 1986, voulue par le Pape Jean-Paul II, est un point de référence incontournable. Elle a été un événement unique dans son originalité et par son exemplarité, mais comme souvent on en mesure l’importance après coup.
Assise avait un objectif précis, celui de la paix par une prière non point commune mais exprimée par chaque religion dans un site commun, à l’abri de tout syncrétisme

Né en 1922, Roger Etchegaray est originaire du pays basque. Il fut ordonné prêtre en 1947, puis nommé évêque, archevêque de Marseille ; il fut créé Cardinal par Jean-Paul II en 1979.
Pendant plus de 20 ans, il fut l’un des principaux collaborateurs du pape polonais. Il fut le délégué spécial du pape pour organiser la rencontre inter religieuse d’Assise en 1986.
La pluralité religieuse ne s’impose pas seulement comme un fait massif, mais elle se présente comme un mystère où trop peu de gens encore voient un projet particulier de Dieu.
Nous entrons dans une nouvelle donne géo-religieuse et non dans le foisonnement d’une religiosité hors-piste qui réduirait la religion à un menu à la carte selon les goûts ou les intérêts de chacun. L’homme, note un théologien, est rapidement religieux, mais lent à croire. Ce vrai dialogue entre les religions nous hisse loin de toute subjectivité, au niveau même des croyances, sans lesquelles aucune autre Rencontre d’Assise ne serait possible. Grande est la responsabilité des leaders des communautés religieuses, car ils ne sont pas de purs figurants.
La rencontre entre les grandes religions monothéistes (judaïsme, christianisme et islam) semble désormais mieux nouée, mais le dialogue avec les sagesses orientales nous trouve encore « désorientés ».

Plus que long est le chemin qui s’élargit depuis Assise. Plus que d’interreligieux, il s’agit avant tout de préconiser le dialogue « intra-religieux », celui qui nous pousse davantage au-dedans de nous-mêmes tout chargés des interrogations jaillies de la rencontre des autres religions. Balbutiant, vacillant, déçu ou trahi par ses propres actions, l’homme d’aujourd’hui attend beaucoup de l’Église, bien plus qu’il ne l’avoue et même ne le pense. Telle est mon expérience, alimentée par toutes mes rencontres à travers le monde.

Je me souviens des paroles martelées par le pape Jean-Paul II à l’aéroport du Bourget lors de sa première visite en France le 1er juin 1980 : « Le problème de l’absence du Christ n’existe pas. Le problème de son éloignement de l’homme n’existe pas… Il n’y a qu’un seul problème qui existe toujours partout : le problème de notre présence auprès du Christ, de notre permanence dans le Christ ».

(…)

Lire la suite Reflets n° 19 pages 30 à 31

livre cardinal Etchegaray

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Destin Remarquable : L’émir Abd el-Kadder , par Maryline Hubaud

Destin Remarquable

L’émir Abd el-Kadder visionnaire,
stratège militaire… et maître spirituel
par Maryline Hubaud

Emir Abd el kaderConnu comme un guerrier émérite, Abd el-Kadder fut l’adversaire le plus redouté de l’armée française en Algérie. Ne garder que cette vision de cet homme de sagesse serait réducteur tant il a cherché à œuvrer pour un monde universel, cimenté par les vertus que l’humanité doit mettre en commun. Précurseur, il était doté d’une éthique politique particulièrement respectueuse de la loi religieuse, afin de ne rien faire qui puisse nuire à son peuple ni aux autres.
Accepter l’autre quel qu’il soit, comme un élément qui pouvait enrichir sa propre compréhension de la vie et tendre vers un modèle d’Homme universel, tel que le définit le soufisme.

Tant qu’il y aura des sages sur terre, l’humanité sera sauvée… L’Émir Abd el-Kadder, inspiré de la tradition soufie, fait partie de ceux qui par leurs actes, leurs rencontres, leurs choix et leur vie de contemplation ont contribué à cette évolution.
Né en 1808 au sein d’une famille de lettrés soufis, il grandit dans une Algérie imprégnée de traditions où l’éducation se fait principalement au sein des Zâwiyas, lieux d’enseignement traditionnel et d’initiation spirituelle, garants de toutes les formations. Ainsi, la courtoisie, le respect de la parole donnée, le sens du devoir et la notion de hiérarchie dans l’ordre de la création, tous conformes à la pensée musulmane, y sont inculqués.
Abd el-Kadder, en plus de cette éducation religieuse, morale et intellectuelle, est formé au plan de l’adresse et de l’endurance physique. Il est donc éduqué aussi bien par l’action que par la méditation, sur un ensemble de disciplines telles que les sciences religieuses, la langue et la littérature arabe, les mathématiques, l’astronomie, l’histoire et la philosophie.
À tout juste 20 ans, il participe à la résistance populaire face à l’armée française, prend le contrôle des principales villes côtières, et se distingue très vite par sa bravoure. Il devient alors Émir, titre qui lui confère pouvoir et autorité spirituelle. Il organise un état, met en place toute une société autour de lui et, en fin stratège, établit des relations diplomatiques pour gérer son territoire. Pendant 15 ans, il conduit une lutte presque incessante contre l’occupant. Ses hommes, avec une fidélité sans faille, le suivront dans tous les combats jusqu’à la fin, jusqu’à l’exil.

(…)

« Nous ne nous sommes pas permis d’assumer la tâche du gouvernement par ambition, par orgueil ou par amour du pouvoir ni pour les vanités de ce bas monde, mais – et Dieu lit dans le fond de mon coeur – pour combattre la cause de Dieu, pour prévenir la fratricide effusion du sang musulman, pour protéger leurs propriétés et pour pacifier le pays comme l’exige la ferveur de la foi et du patriotisme. »

Ce qui le distingue de tous les hommes de pouvoir, outre sa capacité à rassembler et à gouverner, c’est sa tentative de poser les fondements d’un état moderne imprégné de sa vision spirituelle. Le comportement chevaleresque, la grandeur morale et l’humanité de l’Émir sont reconnus par tous ceux qui le combattent.

(…)

« Ne demandez jamais quelle est l’origine d’un homme,
interrogez plutôt sa vie, ses actes, son courage, ses qualités
et vous verrez qui il est. »
(Emir Abd el-Kadder)

En ce qui concerne la défense que nous avons prise des populations chrétiennes et la protection que nous leur avons accordée, dans leurs personnes et dans leurs biens – dans la proportion de nos moyens et de notre zèle – tout cela, comme vous le savez très bien, n’est que l’accomplissement des dispositions de notre Sainte loi et de ce que commande l’Humanité́. » (Lettre d’Abd el-Kader à Chamîl)

Humaniste et visionnaire, intellectuel passionné par l’étude, philosophe, poète, guide spirituel et homme de modernité, Abd el-Kader est animé par une foi enthousiaste dans l’avenir et le progrès de l’humanité. Témoignant en permanence d’un intérêt tout particulier pour les innovations techniques, il adhère au projet de construction du canal de Suez.
Maître spirituel, il a suivi la voie soufie, la voie du juste milieu, inspiré par son maître, le Cheik Ibn’Arabi, auprès duquel il a demandé à être inhumé. Il aborde dans ses méditations les thèmes qui lui sont chers : l’unité divine et le ravissement amoureux, l’élan du pur amour et de l’adoration parfaite.
« Si les musulmans et les chrétiens avaient voulu me prêter leur attention, j’aurais fait cesser leurs querelles ; ils seraient devenus, extérieurement et intérieurement, des frères.»

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 19 pages  72 à 74

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Confidence d ‘Artiste : Jean-Claude GUILLEBAUD, Voyage au bout de la violence

Confidence d ‘Artiste

Jean-Claude GUILLEBAUD
Voyage au bout de la violence

Jean-Claude GUILLEBAUD

Jean-Claude Guillebaud a été journaliste grand reporter à Sud Ouest, au Monde et au Nouvel Observateur où il tient aujourd’hui une chronique hebdomadaire. Après avoir été directeur littéraire au Seuil pendant plus de trente ans, il est actuellement directeur littéraire aux Arènes et à l’Iconoclaste.

Devenir un monstre du jour au lendemain… Tout être humain, même le plus doux d’entre nous, possède en lui un pire et un meilleur.Jean-Claude Guillebaud l’a expérimenté. À l’âge de 72 ans, il choisit de s’en délivrer en confiant son pire, vécu lors de ses reportages de guerre, dans son livre Le tourment de la guerre, éd. L’Iconoclaste, dont il aborde ici quelques thèmes.

Quelle était votre intention dans ce livre sur le tourment de la guerre ?
J’ai dédié ce livre à mon père et au philosophe René Girard qui a beaucoup compté dans ma vie. En 2007, lors de la promotion de son dernier ouvrage Achever Clausewitz, un livre d’entretiens sur le thème de la guerre, je lui avais dit : « J’ai un livre qui m’attend au tournant depuis plus de quinze ans. Il faut que j’écrive sur la guerre. Si j’y arrive, je te le dédierai. Et mon rêve serait d’arriver à mettre de la chair à tes analyses. »
Le tourment de la guerre, c’est d’abord un tourment personnel. Je suis né en 1944, j’ai donc 24 ans en mai 1968. J’appartiens à une génération plutôt antimilitariste qui n’a pas connu la guerre, il ne fallait pas y réfléchir, il fallait la condamner. En même temps, je vouais une grande admiration à mon père qui a eu une carrière militaire héroïque toute sa vie.
Mais c’est aussi un tourment collectif. Voilà soixante-dix ans que nous étions en paix. Quand j’étais étudiant, comme tout le monde, j’étais convaincu que l’état naturel d’une société, c’était la paix, et que la guerre était un archaïsme, une folie, qui allait disparaître. René Girard m’a beaucoup aidé à comprendre que c’était une erreur : l’état naturel d’une société, c’est la violence, qui est là, tout le temps, et qu’il s’agit de conjurer, de tenir à distance pour protéger la paix. Cette dernière est sans cesse à reconstruire, à restaurer.

Jean-Claude GUILLEBAUD 2

En tant que correspondant pour Le Monde, pour Sud-Ouest puis Le Nouvel Observateur, j’ai vécu dans la guerre pendant 26 ans et j’avais des choses difficiles à dire, qui sont dans le livre et que, pour certaines d’entre elles, je n’avais jamais racontées auparavant.

On est toujours en train de râler contre nous, à se détester. C’est parce que nous ne nous aimons pas que cette violence s’exprime à l’extérieur et qu’elle devient collective ?
Bien sûr. Mais il y a aussi cette phrase magnifique de la philosophe Simone Weil :« Il faut avoir le courage de regarder les monstres qui sont en nous. » Cela veut dire que la violence n’est pas seulement chez l’autre, elle est aussi chez nous ; si on s’imagine que la violence c’est seulement l’autre, alors on est entraîné dans une logique exterminatrice car on finit par se convaincre que pour débarrasser le monde de la violence, il n’y a qu’à tuer l’autre !
En réalité, n’importe lequel d’entre nous est capable de devenir un monstre du jour au lendemain ; je l’ai vu, c’est l’enseignement de mon métier. Un ami libanais parle de cette espèce d’ivresse de la violence qui peut saisir le plus doux des humains : « Quand on dit qu’on va prendre les armes, pour dire qu’on entre en guerre, c’est une mauvaise expression. Il faudrait dire qu’on va être pris par les armes, c’est-à- dire que ce sont elles qui vont nous aspirer dans leur propre logique. »

Est-ce que le terrorisme manifesterait la différence de moyens ?
Le terrorisme existe depuis toujours. Ce qui est radicalement nouveau, c’est qu’il est désormais pratiqué par des gens que la mort indiffère, voire qui souhaitent mourir en martyr. Comment fait-on pour résister militairement à des jeunes qui sont prêts à mourir quand nous, Occidentaux, restons – à juste titre – attachés à la vie ?

(…)

Quand j’ai découvert la guerre notamment au Viêt Nam en 1969, j’ai réalisé que nous pouvions tous succomber à l’ivresse de la guerre.Comme mes confrères, j’ai accepté de faire les reportages « excitants » qu’on nous demandait, par exemple des bombardements en piquet derrière le pilote, ou – sanglé à côté du mitrailleur d’un hélicoptère de combat – de l’arrosage à la mitrailleuse lourde pour tuer tous ceux qui pouvaient préparer une embuscade. Or, je dois avouer que pendant quelques minutes, pour employer une expression vulgaire, j’ai « pris mon pied » comme un gosse. Et immédiatement après, j’ai eu honte de ce que j’avais ressenti. J’ai pris l’habitude d’appeler ça « les plaisirs dégoûtants ». Et tous mes confrères éprouvaient cela. Sans en parler.
J’ai essayé de creuser la question et je me suis aperçu que notre mémoire collective d’Européens est adossée à des siècles et des siècles durant lesquels la plupart des grands écrivains ont célébré la guerre : elle donnait à l’homme la possibilité d’aller jusqu’au bout de lui-même, elle lui permettait d’éprouver les amitiés les plus fortes, celles qu’on noue dans la bataille et face à la mort, de sentir la solidarité, l’héroïsme, l’amour et la fierté de soi. Nous avons oublié ces siècles de « célébration » de la guerre.

(…)

Quand j’étais étudiant, j’étais convaincu que nos sociétés allaient être gouvernées par la raison, la rationalité, le marché et que les croyances allaient disparaître de nos vies. J’avais oublié que la spiritualité fait partie de l’homme. C’est Edgar Morin qui m’a aidé à le comprendre parce qu’il a toujours écrit que la raison est un mode d’approche du réel très important mais que ce n’est pas le seul mode. Son livre Amour, poésie, sagesse le prouve ; ce sont trois choses que la raison est incapable de saisir. Je n’ai jamais oublié ça. Concernant le christianisme, deux personnes ont beaucoup compté dans ma vie : René Girard et Jacques Ellul, pasteur et grand théologien qui a écrit deux livres magnifiques : Contre les violents et L’espérance oubliée ; deux maîtres qui étaient tous deux non-violents, l’un catholique, l’autre protestant.
Aujourd’hui la sagesse, la méditation, la spiritualité reviennent en force. Je pense qu’on va voir des mutations étonnantes.On va voir la foi, au sens chrétien du terme, resurgir d’une manière complètement différente, beaucoup plus authentique et profonde. Si quelqu’un l’annonce, c’est bien le théologien Maurice Bellet, qui est devenu un ami.

Vous dites que vous adhérez à l’idée d’une mutation qui serait comparable à celle du néolithique ?
Oui et c’est Michel Serres qui a précisé mon idée. Il a expliqué que pour trouver une mutation aussi radicale, il fallait remonter au commencement de la révolution néolithique qui s’est écoulée sur plusieurs années, parce qu’il s’est passé trois choses en même temps fondamentales : les hommes ont cessé d’être chasseurs pour devenir éleveurs. Ils ont cessé d’être nomades pour devenir sédentaires et ils ont cessé d’être cueilleurs de fruits dans la forêt pour devenir agriculteurs. L’élevage, la sédentarité et l’agriculture enracinent notre rapport au territoire. Et qui dit territoire dit la cité, le vivre ensemble, les règles communes, et c’est le commencement de la civilisation. Et aujourd’hui, ce que les mutations postmodernes sont en train de réviser complètement, c’est précisément ce rapport au territoire. Nous devenons hors-sol. Quand vous êtes sur internet, vous êtes où ? Quelqu’un qui téléphone, dans le train, la première phrase qu’il dit c’est « je suis à tel endroit » ; il faut qu’on rappelle le lieu parce que le rapport à celui-ci est en train de s’effriter. Il en est de même pour le rapport au temps : lorsque vous discutez sur internet avec des gens qui  sont ailleurs dans le monde, quelle heure est-il… ? On est en train de vivre des mutations profondesparce qu’elles touchent aux concepts mêmes qui nous permettent de réfléchir au monde et elles entraînent des conséquences.

(…)

Pour lire la suite Reflets n° 19pages 77 à 80

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Foi spirituelle et foi religieuse sont comme nos deux bras par Bernard Montaud

Foi spirituelle et foi religieuse sont comme nos deux bras

Bernard Montaud

Bernanrd MontaudFondateur de la Psychanalyse corporelle®, Bernard Montaud est à l’origine de la voie spirituelle Art’as, dans la lignée de l’enseignement de Gitta Mallasz, le Dialogue Essentiel et aussi de la tradition chrétienne.
À l’occasion de sa participation à la rencontre internationale sur l’Islam spirituel à l’UNESCO (voir page 40), nous l’avons interviewé sur les deux aspects de la foi.

Bernard Montaud, que représente pour vous cette rencontre à l’UNESCO autour de l’islam spirituel ?
D’abord, ayant été invité à cette rencontre, elle constitue pour moi un très grand honneur. Mais surtout, je crois que nous ferions une grave erreur si nous pensions que le fanatisme religieux qui s’exprime dans l’islam ne concerne que l’islam. Je pense que nous sommes devant une maladie de la foiqui concerne l’ensemble de l’espèce humaine, toutes religions confondues, et qu’il faudra reconsidérer à l’intérieur de toutes les religions ce qu’est la vraie foi et ce qu’est la fausse foi. Nous avons à nous interroger sur : à quoi servent ces intolérances, à quoi servent ces fanatismes, à quoi servent ces intégrismessinon à nous rappeler à l’ordre d’une vraie foi, d’une foi tolérante, d’une foi qui partage, d’une foi qui comprend. Oui, je pense que par défaut de sacralisation dans nos sociétés, nous avons produit la folie de la foi par manque de foi et que ce n’est pas le problème seulement de l’islam, c’est le problème de tous les mouvements spirituels et de toutes les formes de foi.

Le thème de cette rencontre est l’islam spirituel. Cela veut dire qu’il n’y a pas qu’un islam religieux ? Faites-vous une différence entre la foi spirituelle et la foi religieuse ?
Oui, tout à fait. Selon moi, il y a une foi spirituelle qui concerne une foi en soi, en sa propre grandeur. Croire en la grandeur de soi, c’est un premier niveau de la foi. Et la foi spirituelle de toutes les traditions, qu’elles soient soufie, bouddhiste ou chrétienne, c’est cette espèce de conversion intérieure qui nous fait passer du pire au meilleur de nous-mêmes. Être meilleur, voilà le souci de la foi spirituelle. La foi religieuse, c’est une autre forme de foi. Elle s’appuie sur la relation entre la créature et le créateur. Et elle interpelle d’une autre façon : quand je suis meilleur, qu’est-ce que je peux faire au nom de Dieu ? À quoi peut servir ma vie au nom de Dieu ? C’est là oùla foi religieuse devient complémentaire de la foi spirituelle. Donc ce sont deux formes de foi différentes. L’une n’a pas besoin de Dieu, c’est la foi spirituelle ; l’autre a besoin de Dieu, et c’est la foi religieuse.

Est-ce qu’il y a un ordre dans ces deux formes de foi – spirituelle et religieuse – ou bien sont-elles équivalentes ? On peut passer de l’une à l’autre ?
Je dirais qu’elles sont à l’image du bras droit et du gauche. Il n’y a pas un ordre, il n’y a pas un bras qui est meilleur que l’autre, chacun a son utilité. C’est dans la complémentarité des deux bras que nous pouvons embrasser.

(…)

Il est nécessaire que la foi spirituelle et la foi religieuse se rencontrent, elles sont complémentaires. C’est toujours à l’image du bras droit et du bras gauche : il est bien nécessaire qu’ils se rencontrent, ne serait-ce que pour prier… Et les formes de foi, différentes entre elles, ont besoin de se rencontrer ! Au niveau de la foi, nous avons à faire voir au monde que nous acceptons nos différences pourvu que nous priions ensemble. Cela me paraît un acte politique majeur, et que le Cheikh Bentounès a magnifiquement réussi par ce congrès.

Quel message voudriez-vous faire passer à l’occasion de ces Journées ?

(…)

J’aimerais que, comme il le désire, nous soyons de nombreux mouvements à œuvrer pour créer une journée du vivre ensemble et du faire ensemble et du croire ensemble. Il me paraît ridicule en 2015 que les protestants se battent contre les catholiques, que les sunnites se battent contre les chiites, que les ceci se battent contre les cela dans la foi. C’est un non-sens de la foi puisque la foi, c’est partager, c’est recevoir la foi de l’autre. Je pense que le premier devoir du croyant est d’autoriser quiconque à croire en ce qu’il veut.Et de la même manière qu’il existe une journée du 1er mai où les syndicalistes défilent la main dans la main, en première ligne, tous syndicats confondus, il faudrait instaurer une journée où nous défilerions, les musulmans, les bouddhistes, les religieux, les non religieux, les engagés spirituels, les voies spirituelles, petites ou grandes, tous, la main dans la main. Parce que nous ne pourrons pas constamment nous battre contre ces petites guerres de religions stupides qui ne sont que des mesquineries spirituelles.

(…)

Pour lire la suite,Reflets n° 19pages  26 à 27

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La foi qui croît et la foi qui est crue par Katie Badie

La foi qui croît et la foi qui est crue
KATIE BADIE

Katie Badie

D’origine britannique, Katie Badie a été animatrice biblique dans une paroisse anglicane de la City à Londres avant de venir en France pour faire des études de théologie. Pendant 16 ans elle a été pasteur dans une Eglise protestante évangélique à Paris. Mariée, elle est mère de deux enfants lycéens. Actuellement elle est responsable du Service biblique de la Fédération protestante de France.

Faites-vous une différence entre foi spirituelle et foi religieuse ?
Quand j’étais jeune, je refusais l’étiquette « religieuse » pour ma foi chrétienne. Il est vrai que mon lien avec la religion institutionnelle était lointain et informel, passant par un cercle d’amis, la lecture de la Bible et le christianisme ambiant. Quand finalement j’ai commencé à fréquenter une église locale, j’ai eu le sentiment de trouver une famille plutôt que d’adopter une pratique religieuse. Pour une partie des protestants, c’est la foi du cœur qui compte. Dans certains milieux, le baptême n’est administré qu’à ceux qui font profession d’une foi personnelle ; on est attentif aux signes d’un engagement spirituel intime et d’une relation vivante avec le Christ. Dans ces cercles, l’intérêt pour les formes de la religion peut paraître plutôt suspect !
Mais pour tous les protestants, la conscience individuelle devant Dieu et la nécessaire action de l’Esprit-Saint dans le cœur et l’intelligence, pour comprendre les Écritures notamment, sont fondamentales. Selon l’Évangile de Jean, Jésus dit : « Le vent souffle où il veut ; tu l’entends, mais tu ne sais pas d’où il vient ni où il va. Il en est ainsi de quiconque est né de l’Esprit » (Jean 3:8). Insaisissable et indéfinissable, le souffle de l’Esprit-Saint précède et suscite la foi ; il crée la communion avec Dieu. Le Nouveau Testament utilise très peu le vocabulaire de la religion : la seule fois où il est appliqué aux chrétiens est dans l’Épître de Jacques : « Si quelqu’un se considère comme un homme religieux alors qu’il ne tient pas sa langue en bride, mais qu’il se trompe lui-même, sa religion est futile. La religion pure et sans souillure devant celui qui est Dieu et Père consiste à prendre soin des orphelins et des veuves dans leur détresse, et à se garder de toute tâche du monde » (Jacques 1:26-27).

(…)

Alors oui, je faisais pendant de nombreuses années une distinction nette entre foi spirituelle et foi religieuse. Cependant, il faut aussi accepter le regard extérieur sur son vécu personnel et, selon les catégories sociologiques, ma foi était dès le départ une foi religieuse. Puis, en poursuivant un chemin de foi personnel, et ceci sans rupture ni autre conversion, j’ai intégré les pratiques, l’histoire et la théologie de la religion chrétienne et je suis devenue pasteur et bibliste protestante ! Enfin, il faut reconnaître que même dans les cercles où l’on insiste le plus sur la profession personnelle de la foi, il existe des cours de préparation au baptême et des pratiques (plus beaucoup) plus normatives et ritualisées que l’on veuille bien admettre ! La foi a aussi un contenu transmis ; il existe la foi qui croit et la foi qui est crue .

fides qua creditur, fides quae creditur

(…)

Y a-t-il une hiérarchie ?
Mon itinéraire personnel me dispose à privilégier la foi spirituelle, parce que l’adhésion personnelle et l’intériorité me semblent essentielles. Mais ma foi spirituelle évolue à l’intérieur d’une tradition religieuse spécifique. Dans notre contexte aujourd’hui, la foi spirituelle peut se vivre dans toutes les traditions religieuses et en dehors, par des spiritualités personnalisées, voire non-croyantes ou humanistes.
À première vue, la foi spirituelle pourrait apparaître plus porteuse du sens de notre destin commun et de communion entre les êtres humains. Et il me semble que toute recherche du spirituel ou d’intériorité qui résiste au matérialisme, au consumérisme et au cynisme, crée un terreau favorable à l’ouverture et au dialogue. Cependant, ce serait naïf d’occulter le fait que subsistent des spiritualités mortifères, culpabilisantes et trompeuses, et cela à l’intérieur de toutes les traditions religieuses, et en dehors ! « Prenez garde que personne fasse de vous sa proie au moyen d’une philosophie trompeuse et vide », avertit l’apôtre (Épître aux Colossiens, chap. 2).
Qu’apporte alors la foi religieuse ?

(…)

Lire la Bible, est-ce une pratique spirituelle, religieuse ou intellectuelle ? La Bible dépasse des frontières confessionnelles ; elle fait partie du patrimoine culturel de l’humanité. Aujourd’hui naissent de nouveaux réseaux de lecture de la Bible qui rassemblent des gens de tous horizons. Quelles en seront les interactions avec la pratique religieuse ? L’avenir nous le dira.

(…)

Pour lire la suite Refletsn° 19 pages 18 et19

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La nature est un tout, Philippe Desbrosses

La nature est un tout
Philippe Desbrosses

 

Philippe Desbrosses

Fondateur d’Intelligence Verte, Philippe Desbrosses a été chargé de mission auprès du Ministère de l’Agriculture et expert consultant auprès de l’Union Européenne, membre du comité de veille écologique de la Fondation Nicolas Hulot, et du Conseil d’administration du CRIIGEN (Comité de recherche et d’information indépendantes sur le génie génétique), présidé par Corinne Lepage. Voir l’article “Un précurseur de l’agrobiologie européenne” -Reflets N°12.

Devrions –nous reconnaître un droit aux écosystèmes ? Un droit à la nature ? Dans quel but ? Philippes Desbrosses nous livre quelques réflexions sur les audiences publiques du Tribunal International des Droits de la Nature des 4 et 5 décembre 2015 à Paris, conjointement à la COP 21.

Le Tribunal est une initiative citoyenne unique pour témoigner publiquement de la destruction des conditions de vie sur Terre – que les États et les entreprises non seulement permettent, mais parfois encouragent – et proposer de nouveaux instruments juridiques visant à préserver la sûreté de la planète et les droits de ses habitants.

Le Tribunal des Droits de la Nature a été initié par la Global Alliance for the Rights of Nature en 2014. La première session, présidée par Vandana Shiva, s’est tenue à Quito en janvier pendant le Global Rights of Nature Summit ; puis la deuxième à Lima en décembre pendant la UNFCC-COP20, présidée par Alberto Acosta. La 3e session du Tribunal International des Droits de la Nature s’est tenue les 4 et 5 décembre à la Maison des Métallos conjointement à la COP21. Ce tribunal est organisé par la GARN en partenariat avec le mouvement ‘End Ecocide on Earth’ (EEE), NatureRights et ATTAC.

Le Tribunal des Droits de la Nature propose une alternative systémique à la protection environnementale ; il considère en effet la Nature comme un sujet de droit, dotant d’une valeur intrinsèque les écosystèmes pour lesquels il énonce le droit d’exister et de se perpétuer. Le Tribunal s’attache aussi à offrir une voix aux peuples autochtones afin qu’ils partagent avec la communauté mondiale leurs préoccupations et leurs solutions singulières concernant la terre, l’eau, l’air et la culture.

Le Tribunal International des Droits de la Nature s’inscrit dans une démarche aux objectifs multiples :
– promouvoir un changement des consciences,
– souligner la nécessité d’élargir le cadre juridique international et les législations nationales,
– ceci afin de garantir la sûreté de la planète par la sauvegarde de la biodiversité et le respect de la dynamique des écosystèmes.

La session de Paris COP 21 a statué principalement sur :
– les crimes climatiques contre la nature
– la fracturation hydraulique
– l’agro-industrie et OGM
– les mega barrages en Amazonie
– les défenseurs de la Terre Mère
– les écocides liés à l’exploitation pétrolière
– la financiarisation de la nature, considérée comme un crime

Le retour de l’un des juges ayant siégé à Paris, Philippe Desbrosses, marque pour REFLETS l’importance de cette initiative citoyenne dans le contexte actuel.

Son analyse
« L’ampleur et la gravité des exactions que nous avons eues à connaître étaient particulièrement impressionnantes. Les témoignages pathétiques que nous avons entendus, transmis par des victimes, nous ont beaucoup affectés et inquiétés sur l’avenir de notre planète. Elle est littéralement livrée au pillage et à la spéculation financière dans de nombreuses contrées du globe, au profit exclusif de quelques oligarchies et gouvernements complices des prédations. »

Quelques exemples
Le méga-barrage de Belo Monte qui va engloutir 5 000 km2 de forêt amazonienne, avec dégâts collatéraux, de l’amont à l’aval : sont concernées les routes et les constructions dans la forêt amazonienne. La présidente brésilienne Dilma Roussef spolie sans vergogne les droits des communautés autochtones et passe outre les mises en garde de l’ONU concernant les droits de l’homme.

Autres sujets : les gaz de schiste
Aux États-Unis, la fracturation hydraulique dans le seul État de l’Oklahoma, avec ses 30 000 forages, provoque près de 5 000 séismes par an, de 2,5 à 3,6 sur l’échelle de Richter et pollue les eaux douces des nappes et des rivières.
Vandana Shiva et José Bové ont plaidé contre la prolifération des OGM et de l’agriculture industrielle dans le monde ; ceci fait peser une lourde menace sur l’avenir des écosystèmes et donc sur leur capacité à nourrir les populations.
Avec les autres juges, nous étions atterrés par ce que nous avons découvert. Et en même temps, nous avons ressenti un très fort sentiment de solidarité et de fraternité. Nous avions le sentiment de faire quelque chose d’utile et d’urgent : faire évoluer la législation internationale et faire condamner les États et les multinationales à l’origine de ces destructions environnementales.

(…)

Aujourd’hui, la société civile semble impuissante devant les abus dont elle est victime. La cause principale de tous nos maux est la financiarisation de la société, la folie du capitalisme sauvage. On regarde la nature seulement sous son aspect utilitaire. Si elle n’a pas de valeur marchande immédiate, elle est détruite ou abandonnée. Or chaque maillon forme une chaîne. La Nature est un Tout et elle doit être sauvegardée dans son intégralité. Nous nous apercevrons collectivement de cette réalité quand il sera trop tard pour faire machine arrière.

(…)

Ces crimes contre l’environnement vont-ils un jour être reconnus ?
C’est un dossier qui avance très vite car les initiatives dans la société civile se multiplient et convergent vers le même objectif : ne plus laisser faire les prédateurs de la planète.

(…)

Pour lire l’article en entier,  Reflets n° 19 pages 61 à 63

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L’embrigadement pour Daesh par Dounia Bouzar

L’embrigadement pour Daesh
par Dounia Bouzar

Dounia Bouzar

Dounia Bouzar, ancienne éducatrice, est anthropologue du fait religieux, directrice du Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l’Islam. Elle se consacre au désembrigadement des jeunes tombés sous l’emprise djihadiste. Son livre La vie après Daesh, les Éditions de l’Atelier, est bouleversant. Avec son équipe, elle court sur tous les fronts pour ramener à la vie de jeunes femmes et de jeunes hommes déshumanisés, soutenir les parents désemparés, accompagner les uns et les autres dans la reconstruction d’une vie familiale et sociétale. Ici, Dounia Bouzar nous explique en détail le processus d’embrigadement ; partant de la crise d’adolescence, il conduit à produire des assassins.

Le processus de radicalisation  comprend un embrigadement relationnel et un embrigadement idéologique.
L’embrigadement relationnel provoque une adhésion du jeune à son nouveau groupe et un embrigadement idéologique suscite une adhésion du jeune à un nouveau mode de pensée.
1/L’embrigadement relationnel
Il isole le jeune de tous ses anciens interlocuteurs qui contribuaient à sa socialisation. Cela passe par des vidéos qui utilisent la théorie du complot, pour placer le jeune dans une vision du monde paranoïaque, où il ne peut plus faire confiance à personne.
Dès cette première étape, le jeune commence donc à se méfier des adultes qui l’entourent. On lui dit que le malaise qu’il éprouvait auparavant (comme tout adolescent) provient du fait qu’il a été élu par Dieu pour discerner la vérité du mensonge, contrairement à tous ceux qui l’entourent.
Isoler le jeune n’est que la première étape de la radicalisation. La deuxième étape va consister à détruire l’individu au profit du groupe.
À ce stade, le discours radical introduit progressivement deux notions qui nous rappellent de mauvais souvenirs historiques : la pureté de groupe et la primauté du groupe purifié…
Seule « l’union des Véridiques » (ceux qui possèdent le vrai islam) peut permettre de combattre la dégénération du monde occidental.

(…)
Progressivement, l’identité du groupe remplace l’identité individuelle
(…)

Le fonctionnement du groupe radical redéfinit les frontières entre la sphère privée et la sphère publique, jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien de la première. L’élu ne doit plus avoir de droits en dehors des intérêts du groupe. Il n’a plus de temps personnel. Il n’a plus d’espace personnel. Il n’a plus de lien avec aucun territoire, avec aucune nation, avec aucune mémoire. Le radicalisé se considère déjà comme un apatride… Lui ôter sa nationalité revient à se poser en miroir de Daesh.

(…)

Je me permets de faire une petite parenthèse pour remarquer que les radicaux présentent tel ou tel comportement de rupture comme une simple application de l’islam, au pied de la lettre. Cela leur permet de se placer sur le registre de leur droit à la liberté de conscience et de culte. L’interlocuteur est déstabilisé, ne voulant pas être discriminant ou stigmatisant. Il valide alors à son tour ce comportement de rupture comme s’il s’agissait d’une simple application de l’Islam.
C’est grâce à ce procédé que les radicaux ont redéfini l’islam, année après année. Ils ont redéfini les relations hommes/ femmes, les relations musulmans/non musulmans, les relations musulmans/ sociétés démocratiques…
Dans certaines entreprises, les managers ont laissé des conducteurs refuser de toucher un volant au motif qu’une collègue femme l’avait utilisé. Dans certains lycées, des jeunes ont fait croire que l’islam interdisait de faire des dessins. Des hommes ont fait croire que l’islam interdisait de tendre la main à une femme, etc.
– enfin, rupture avec les parents : le discours radical propose une communauté de substitution qui se réapproprie l’autorité parentale. Mis à part au sein des familles radicalisées, je ne connais pas de jeune radical qui obéit à ses parents. Même si son père a fait trois fois le pèlerinage à La Mecque, il est déclaré hypocrite (a trahi le vrai message de l’islam) ou égaré (n’a jamais compris le vrai message de l’islam). Ne parlons pas du père juif, chrétien ou athée. Parmi les 1 000 jeunes que notre centre a suivis entre avril 2014 et aujourd’hui, il n’y a pas de jeune radicalisé qui ne soit désaffilié. Tous ont le sentiment d’appartenir à un nouveau groupe sacré supérieur qui détient la vérité. Tous témoignent que ces « nouveaux frères et sœurs » sont plus importants à leurs yeux que leurs vrais frères et sœurs.

2/L’embrigadement idéologique
Il y a un lien direct entre l’embrigadement relationnel et l’embrigadement idéologique puisque la fusion au sein du groupe s’opère sur la conviction d’être élu par Dieu pour détenir la vérité.
Sans embrigadement relationnel, il n’y a pas de conviction d’être élu, et sans conviction d’être élu, il n’y a pas d’embrigadement relationnel.
Depuis deux ans, sur les terrains francophones, il existe une véritable individualisation de l’embrigadement idéologique.
Les rabatteurs adaptent le discours djihadiste aux aspirations cognitives et émotionnelles de chaque jeune. C’est pour cette raison que je parle de « mutation du discours djihadiste ».
Les rabatteurs proposent plusieurs mythes adaptés aux différents profils psychologiques des jeunes. C’est à partir de ce moment-là, de mon point de vue, que l’on assiste à l’engagement du jeune. Il change de système cognitif : sa manière de penser, de parler, d’agir…
Les raisons proposées pour s’engager dans Daesh sont donc multiples…

(…)
Nous gagnerons parce que nous aimons la mort plus que vous aimez la vie

Arrive alors le dernier tournant de la radicalité. Il faut d’abord indiquer que, quelle que soit la raison de l’engagement, la fin est toujours la même : c’est une double déshumanisation qui attend le jeune.

En prémices à la double déshumanisation, Daesh commence par normaliser la cruauté. Les vidéos s’assoient ouvertement sur les tabous sociaux et les freins moraux qui interdisent le meurtre et la torture.
Arrive alors ce que l’on peut appeler la déshumanisation du terroriste lui-même : progressivement, le champ de la conviction recouvre la globalité du psychisme et des affects. C’est la fameuse phrase de Daesh : « Nous gagnerons parce que nous aimons la mort plus que vous aimez la vie. »
Certains jeunes « daeshisés » se nient eux-mêmes en tant qu’êtres vivants (et pas uniquement en tant qu’êtres pensants) comme au simple stade de l’embrigadement relationnel.
Ils se sont identifiés à leur croyance et en sa toute-puissance. Ils n’existent qu’à travers elle, quitte à se sacrifier pour l’imposer. Seule compte la croyance, l’être humain est nié.
À ce stade final, ils se situent sur un registre où ils ne sont pas capables d’avoir une vraie relation avec quelqu’un car ils imaginent que cela les rendrait trop dépendants et les éloignerait de Dieu. Ils perçoivent le lien humain comme une preuve de faiblesse ou de fragilité. Ils préfèrent investir dans une relation de toute-puissance, de contrôle, une relation d’emprise sur les autres.
Intervient alors la déshumanisation des victimes : les terroristes de Daesh ne se contentent pas d’exterminer tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils déshumanisent leurs victimes afin de les considérer comme des choses. Cela signifie qu’ils enlèvent l’aspect humain aux corps qu’ils ont tués. C’est pour cela qu’ils les coupent en morceaux, à l’image des nazis avec les juifs. L’« Autre » (le chiite, le musulman égaré, le chrétien, le juif, le mécréant…) n’est plus notre semblable et tout est permis.

En conclusion, Daesh n’est pas une secte, c’est un mouvement totalitaire avec un projet qui fait miroiter une régénération du monde à coup d’extermination externe et de purification interne. Il faut bien comprendre que l’impact psychologique de Daesh est aussi fort que son impact militaire : les terroristes ne font pas qu’une simple guerre mais recherchent avant tout à créer une désorganisation émotionnelle au niveau individuel et à ébranler les repères de civilisation au niveau collectif. On ne combattra pas Daesh uniquement avec des bombes. On ne peut pas « sortir » les jeunes du l’idéologie de Daesh si l’on ne part pas de leur motif de « djihadisation » et des procédés utilisés par les rabatteurs français.

livre Dounia Bouzar

Pour lire la totalité de l’article, Reflets n° 19 pages 55 à 58

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LE POUVOIR DES CONSOMMATEURS, Interview d’Edgar MORIN

LE POUVOIR DES CONSOMMATEURS
Interview d’Edgar MORIN

MORIN E. OK

Philosophe, sociologue, ancien résistant, humaniste engagé, initiateur de la pensée complexe, Edgar Morin est un des grands visionnaires de notre époque. Nous l’avons interviewé lors du colloque international « Humanisme & Mindfulness : une éducation pour le XXIe siècle » qui s’est déroulé à Karma Ling, sur l’écosite du domaine d’Avalon en Savoie, au mois de septembre.

Est-ce que l’écologie, sans l’apport de la spiritualité, peut changer le monde ?
L’écologie ne peut changer le monde que s’il y a une conscience, d’abord, de tous les problèmes humains, sociaux, personnels provoqués actuellement par les processus de destruction de la biosphère, de dégradation de la nature, etc.
Premièrement, il faut prendre conscience – et c’est quelque chose qui relève de l’esprit – que c’est le processus de notre civilisation qui a été destructeur pour la nature. Il faut prendre conscience aussi que ce processus nous aveugle nous-mêmes puisque notre civilisation nous a masqué cette relation indissoluble qu’il y a entre l’homme et le monde naturel.
(…)

Plus nous progressons dans la production du développement matériel,
plus nous progressons vers un sous-développement spirituel

(…)

L’agroécologie redonne de la dignité au travail humain

(…)
Il y a une réforme de société qui est en même temps une réforme intérieure personnelle. Et la réforme intérieure, c’est effectivement développer la vie de l’esprit. Il y a une équivoque dans le mot spiritualité : les gens pensent qu’il s’agit de religion. La spiritualité, c’est cultiver la réflexion sur soi-même, chercher, aller vers la sérénité par la pleine conscience, trouver en quelque sorte une relation meilleure avec soi-même et avec autrui.
(…)
Comment passer de la consommation prônant « l’avoir » à la préservation de la terre privilégiant « l’être » ?
Tout d’abord, l’agriculture industrialisée est une agriculture qui tue les sols, qui tue la vie. Pas un oiseau ne chante dans les monocultures étendues à l’infini ; pas un moineau, parce qu’il n’y a pas un ver de terre. Il n’y a rien. Les engrais artificiels, les insecticides, tout ceci contamine les aliments. Nous avons finalement une nourriture insipide, éventuellement dangereuse. Par contre, l’agroécologie retrouve les traditions de l’agriculture fermière et bénéficie en même temps des connaissances scientifiques d’aujourd’hui ; c’est elle qui redonne vie aux terres, redonne vie au travail, retrouve des animaux plutôt que des machines, redonne de la dignité au travail humain parce que, par exemple pour les vignes, évidemment il faut cueillir les grappes à la main plutôt qu’avec des machines à vendanger. Ce qui est vrai pour l’agriculture est encore plus vrai pour l’élevage…
(…)

Nous devons aller vers une consommation saine

(…)
Quelle action concrète chacun peut-il mener pour préserver la terre ?
Chacun peut d’abord faire ce qu’il peut dans l’utilisation de ses déchets, de ses ordures, dans le choix de sa consommation en se nourrissant de produits fermiers et de produits bio plutôt que ceux du supermarché. Chacun peut faire quelque chose, mais il est évident qu’il s’agit de la synergie de tous. Si les consommateurs s’unissaient, ils auraient un pouvoir immense.
(…)
Il suffirait qu’ils soient éclairés, qu’ils sachent boycotter les produits infâmes ou néfastes et qu’ils puissent choisir les produits de qualité, pour transformer le marché.
(…)
Pour lire la totalité de l’articleREFLETS 18 pages 26 à 29

Le musée de l’homme et les races humaines par Christian ROESCH

Le musée de l’homme et les races humaines
par Christian ROESCH

musée de l'homme

(…)
Le rôle du musée est de montrer concrètement la diversité de l’espèce humaine. Des milliers de moulages de bustes humains, des objets provenant d’endroits les plus reculés du monde, une scénographie attrayante, tout contribue à rendre hommage à l’humanité.
Il essaie de répondre à trois questions fondamentales :
D’où venons-nous ?
Qui sommes-nous ?
Où allons-nous ?
(…)
D’où venons-nous ?
Nous sommes le sujet, le fruit du projet divin de créer l’homme à son image. Il n’y a pas de doute que l’apparition de l’homme s’est faite dans un ordre précis. D’abord le règne minéral : c’est la formation du système solaire et de la planète Terre. Puis le règne végétal dans l’océan primitif qui est suivi très rapidement du règne animal et enfin tardivement du règne hominal. Il est évident que nous sommes loin d’être à l’image de Dieu. Il serait très prétentieux de se penser aboutis et au sommet d’une hiérarchie.
Cependant le point de vue biblique éclaire le débat que les scientifiques n’ont pas encore tranché : l’homme n’est pas un animal. C’est le quatrième règne dans l’ordre d’apparition. Un infini sépare chaque règne même si des formes difficiles à classer servent de passage entre les règnes.
Les débuts de l’humanité sont aussi difficiles à cerner que ceux des autres règnes. Le fameux « chaînon manquant » quel est-il ?

Qui sommes-nous ?
Pourtant un espace infranchissable sépare l’animal
de l’homme : la pensée réfléchie.
Les animaux ont un langage. Pourtant un espace infranchissable sépare l’animal de l’homme : la pensée réfléchie.
Les animaux ont un langage.
Les hommes ont la parole.
(…)
Pour lire la totalité de l’articleREFLETS 18 pages 12 à 15

Frédéric Lenoir – Le sens de ma vie : c’est d’être meilleur

 

Philosophe, sociologue et historien des religions, Frédéric Lenoir est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages traduits en plus de vingt langues. Il écrit également pour le théâtre, le cinéma et la bande dessinée.

Il a dirigé la revue Le Monde des religions et produit et animé, avec Leili Anvar, l’émission hebdomadaire consacrée à la spiritualité sur France Culture : Les racines du ciel. Aujourd’hui il clôture cette émission par une chronique philosophique « Chemins de sagesse ».

 Lenoir Fréderic 019 def

Votre découverte des Évangiles à 19 ans fut un choc. En quoi cela a-t-il été un bouleversement ?

Assez jeune, les questions philosophiques autour du sens de la vie, de l’amour, de la liberté me passionnaient. Dès l’âge de treize ans, j’ai commencé par la philosophie, à travers la lecture des dialogues socratiques. Puis, j’ai découvert Arnaud Desjardins, l’Orient, le bouddhisme, la kabbale, toutes les formes de spiritualité, en majorité orientales. J’étais plus proche du stoïcisme, qui croit au divin personnel, que du monothéisme, ringard à mes yeux. L’idée d’un dieu personnel m’était étrangère et donc la sagesse était immanente pour moi. Il n’y avait pas de rencontre avec l’altérité, sinon l’altérité du monde, pas avec une personne. Le choc fut de rencontrer Jésus comme une personne vivante, pas simplement comme un maître du passé. Avec Bouddha ou Socrate, je lisais un enseignement. Seuls leurs écrits m’apportaient. Mais jamais je n’ai rencontré ni Socrate ni Bouddha ni Lao Tseu de manière vivante. En lisant l’Évangile de Saint Jean pour la première fois, je tombe au chapitre IV sur le dialogue de Jésus avec la Samaritaine. D’un coup, c’était une présence vivante, affective : Il est là, vivant, aujourd’hui, et ces paroles, Il me les dit à moi. Jamais je n’ai pleuré en lisant Socrate. Là, j’ai pleuré pendant deux heures. Donc, cette rencontre avec Jésus fut vraiment une expérience très forte. Toutes mes conceptions ont été bouleversées.

Pour moi, être chrétien, c’est être en lien avec le Christ. Ma foi chrétienne est portée par une relation. C’est ce qui me nourrit, me rectifie, m’oriente, me guide, m’inspire, me met dans la joie, me porte. L’amour est au cœur du christianisme, parce que c’est la religion de la relation par excellence.

Le père Marie-Dominique Philippe a-t-il été votre maître spirituel ?

Le Père Philippe a été un guide intellectuel. C’est un remarquable philosophe. Je l’ai rencontré à l’université de Fribourg où j’ai fait mes études de philosophie et où il enseignait la philosophie grecque. Il parlait d’Aristote d’une manière extraordinaire. Il m’a touché par sa puissance intellectuelle. C’était aussi un grand amoureux de Saint Jean, un théologien de théologie spirituelle remarquable. J’aimais l’écouter, suivre ses enseignements. Mais mon seul maître spirituel, c’est le Christ.

 

Quel est votre but dans l’existence, vers quoi essayez-vous d’aller ?

Je n’ai pas d’objectif défini. Le sens de ma vie, c’est de m’améliorer et d’être utile aux autres.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°18 pages 61 à 69

ZHANG ZHANG Créer et partager la beauté à travers la musique

Zhang Zhang est premier violon de l’orchestre philarmonique de Monte-Carlo. Elle est née en Chine au moment de la Révolution culturelle. De parents artistes célèbres ne se pliant pas à la dictature, ils émigrent ensuite en Thaïlande, au Canada, en Suisse. Elle étudié aux Etats-Unis et aujourd’hui elle vit à Monte-Carlo. Impossible de ne pas être marquée par la rencontre avec Zhang Zhang : un mélange de force, de détermination et de gentillesse, de simplicité, d’humilité.

Zhang Zhang at Opera Garnier

Quelle est votre foi aujourd’hui ?

Je crois que tous les humains ont un instinct de foi. Nous avons besoin de croire en quelque chose d’autre qui est au-delà de ce que nous pouvons voir et toucher. Je n’ai pas été élevée dans la religion, mais j’ai du respect pour toutes les fois qui encouragent les gens à devenir plus équilibrés dans leur vie, quel que soit l’endroit où ils vivent et celui d’où ils viennent.

J’ai la foi en la capacité de l’humanité à créer la beauté. Et en dépit de toute la destruction que nous avons causée les uns aux autres et à la nature, je crois encore que l’on peut survivre à nos propres faiblesses. Mais nous devons participer activement pour aider notre société à atteindre un futur meilleur. Tout le monde peut faire la différence vers le mieux.

ZhangZhang photo with Turtle 2

En profondeur, qu’est-ce qui vous motive dans la musique ?

La musique et toutes les formes d’art sont la célébration ultime de la vie pour l’humanité, le meilleur hommage à la beauté et à la vie, à la nature et à tout ce qui est bon en nous.

En vieillissant, je suis de plus en plus convaincue que si en tant qu’humain nous passions plus de temps et d’attention à nous immerger dans l’art, que ce soit la musique, la peinture, la littérature, la poésie, la dans, etc., quelle qu’en soit la tradition, européenne, asiatique, africaine, latine…, nous serions des êtres humains beaucoup plus équilibrés et le monde serait plus en paix.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°18 pages 74 à 79

Préserver la terre, c’est se préserver soi-même -Corinne Lepage

LEPAGE C.Avocate, écologiste,Corinne LEPAGE, ex-ministre de l’environnement, est fondatrice et présidente de Cap21/rassemblement citoyen.

 

Est-ce que l’écologie peut se passer de la spiritualité ?

Il est évident que l’écologie s’inscrit en contre-courant de l’individualisme, du consumérisme exacerbé, du matérialisme et du « court termisme » qui caractérise notre société. Certes, progressivement, la recherche du sens, la prise en compte des siens et en particulier des enfants, les conséquences personnelles de la crise écologique, le développement d’une nouvelle économie conduisent à faire coexister la nécessité écologique et l’organisation actuelle, conduisant à une réelle évolution de cette dernière. Mais la bascule indispensable, qui ne peut se faire évidemment contre les individus ne pourra pas se faire pour autant que la conscience de participer à une aventure qui dépasse chacun s’enracinera. Cette forme de transcendance doit être rattachée à la spiritualité y compris la spiritualité laïque telle que le Dalaï-Lama la définit : « les valeurs d’amour, de tolérance, de compassion prônées par le bouddhisme concernent tous les humains, et cultiver ces valeurs n’a rien à voir avec le fait d’être croyant ou non. » C’est du reste dans cette logique que s’inscrit la déclaration universelle des droits de l’humanité.

Quelle est l’action possible concrète de chacun pour préserver la terre ?

Dossier18-Ecologie p 55

Lire la totalité de l’article…Reflets n°18 pages 54 et 55

Roland Giraud – en toute sincérité

La rencontre avec Roland Giraud fut chaleureuse.Comédien passionné par son métier, il se livre en toute simplicité sur sa vie, témoignant de sa foi. Au cours de cet entretien, nous mesurons combien son épouse Maaike Jansen, également comédienne, absente ce jour-là, est malgré tout très présente. Car à travers les mots de Roland Giraud nous percevons leur amour et aussi très fortement combien la foi de sa compagne est une force pour leur couple.

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C’est votre fiancée qui vous a amené à la foi ?

Oui, parce qu’elle avait la foi, une foi solide qu’elle a de plus en plus et qui la préoccupe de plus en plus avec l’âge. On va arriver à des périodes sensibles, car on commence à voir beaucoup de monde autour de nous qui meurt, dans notre famille, parmi nos amis. La famille de mon épouse ne m’a jamais forcé à quoi que ce soit. C’est ce qui m’a plu. A force de rester seul à la ferme le dimanche matin, quand ils allaient au culte, je me suis décidé à y aller. J’ai été séduit parce que j’ai rencontré des choses que je savais déjà. Je trouvais le cadre un peu austère par rapport à une église catholique, mais c’était souvent plus chaleureux. Ma foi s’est un peu construite avec l’exemple. J’en ai vu les applications chez mes beaux-parents, chez leurs amis, chez les pasteurs. Je n’étais pas parfait , j’avais quelques petites failles mais pas de failles « passibles de leur loi ». Quand on parlait de l’essentiel, des évangiles ou de l’Ancien Testament, on n’était pas sur le même terrain. Nous, on faisait notre petit chemin et puis notre fille est née. On l’a baptisée naturellement. On l’a éduquée. Mais elle avait ses démons. Elle a eu des problèmes d’alcoolisme quand elle est devenue adolescente, des problèmes de reconnaissance  de soi aussi. C’était une fille qui savait où étaient les vraies valeurs, qui était très généreuse jusqu’à ce qu’arrive cette chose épouvantable que l’on n’a toujours pas réalisée. Cet événement n’a pas changé notre foi du tout, au contraire.

Dans le livre, vous avouez très humblement que le pardon vous est difficile. Votre épouse, elle, est arrivée à pardonner.

À mon avis, ce n’est pas à nous de juger l’assassin, il sera jugé. Bien sûr que je devrais pardonner. Là où j’ai beaucoup de mal, c’est dans les discussions de fond avec des gens, car on ne parle pas de la même chose. Comment puis-je « croire » quand on voit tout ce qui se passe ? Tout se passe mal parce qu’on ne croit pas au message christique. Les gens sont de plus en plus égoïstes. Mieux ils vivent matériellement, plus ils sont égoïstes.

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Le pardon, c’est quand même une base de la résurrection ?

Bien sûr. C’est un chemin tortueux mais il n’y a pas de plus beau chemin pour arriver à la sérénité, pour voir où sont les vraies valeurs.

Dans votre livre, vous avez une magnifique définition de la foi. Vous dites : « C’est aussi saluer d’avance ce que nous ne pouvons pas concevoir ici et maintenant ». Comment voyez-vous la Vie Eternelle ?

C’est très difficile à dire parce que c’est un état que nous ne connaissons pas. Nous serons ce que nous sommes mais différents, puisque quand le Christ est apparu à ses apôtres, ils ne Le reconnaissaient pas et pourtant c’était Lui. Nous n’aurons aucune des contingences terrestres, donc pas de maladies, pas de douleurs, pas besoin d’une voiture ou d’une moto, mais nous existerons. Nous serons dans un état comme dans un rêve. Quand vous êtes dans un rêve, vous avez l’impression d’être vivant mais les choses sont totalement dissociées. Tout est possible. C’est ce que dit le Christ : si vous croyez totalement, tout est possible. C’est la foi qui déplace des montagnes. Pourquoi des gens réussissent-ils et d’autres pas ? Parce qu’ils ont la foi. Ils ne doutent pas. C’est un travail énorme à réaliser mais on ne peut pas le réaliser dans le confort dans lequel on est, avec les contingences que nous avons.

 Pour lire la totalité de l’article…REFLETS 17 pages 74 à 79

 

La manipulation mentale- questions à Massino Introvigne, publiées par le CESNUR

En Italie, on discute un projet de loi pour punir les « pratiques de conditionnement de la personnalité », manipulation mentale ou lavage de cerveau, avec circonstances aggravantes si elles sont exercées par des groupes qui profitent de la dépendance psychologique des personnes, ou sectes.

Dossier-R17-29

Juriste et sociologue italien, Massimo Introvigne a fondé en 1988 le CESNUR, Centre pour l’étude des nouvelles religions (CESNUR – Center for studies on new religions), en collaboration avec les historiens Jean- François Mayer et John Gordon Melton, et la sociologue Eileen Barker. Cette association internationale d’étude du pluralisme religieux et des « nouveaux mouvements religieux » a son siège à Turin et compte parmi ses membres plusieurs spécialistes de sociologie et d’histoire des religions.

Les spécialistes des « sectes » ou des nouveaux mouvements religieux y sont-ils opposés ?
Oui, en grande majorité. Des spécialistes italiens connus et les plus grandes organisations internationales de sociologues et d’historiens des religions ont signé il y a plusieurs années, un appel dans ce sens. Les quelques chercheurs qui ont des positions différentes se comptent sur les doigts de la main.

Pourquoi se fier aux chercheurs plutôt qu’aux victimes des sectes qui soutiennent le projet de loi ?
Pour cinq motifs. 1) Les « sectes » fonctionnent comme des portes battantes : beaucoup y entrent, mais beaucoup en sortent. Les anciens membres de mouvements religieux controversés sont des millions. Les centaines ou milliers qui protestent ne constituent donc pas un échantillon représentatif. D’après certaines recherches, 85% des anciens membres ne sont pas hostiles aux mouvements qu’ils ont quittés, ils se retirent dans la vie ordinaire tout en reconnaissant dans leurs expériences passées des aspects aussi bien positifs que négatifs. 2) Ceux qui protestent se positionnent différemment : ils se font entendre, envoient des emails, contactent des parlementaires. 3) Pire : l’échantillon est sélectionné par des associations antisectes dont l’action est hostile aux groupes qu’ils définissent comme des sectes. 4) Personne ne se ferait ,une idée de l’Eglise catholique seulement d’après ce qu’en disent les anciens prêtres qui ont quitté le sacerdoce. 5) Même dans les cas réels d’abus, il n’est pas dit que les opinions des « victimes » sur les méthodes de lutte contre les « sectes » soient plus justes que celles des experts.

Donc vous admettez l’existence d’abus et de violences de la part de mages ou gourous escrocs ? Face aux horreurs commises, comment ne pas être favorable à une loi contre les sectes et la manipulation mentale ?

Lire la totalité de l’article…REFLET n° 17pages 56 à 59

Annick de Souzenelle – l’âme est un bijou sacré

Annick de Souzenelle a d’abord fait des études de mathématiques. Elle exerça le métier d’infirmière, puis de psychothérapeute d’inspiration jungienne. De culture catholique, elle se convertit vers la trentaine, à la religion orthodoxe. Elle apprend la théologie ainsi que l’hébreu. Elle relit alors les textes bibliques dans leur essence redécouvrant le projet divin altéré par les traductions réductrices. Cette connaissance, elle va la mettre à la disposition du public à travers de nombreuses conférences et livres, dont le dernier Va vers toi : La vocation divine de l’Homme éd. Albin Michel. 2013. Âgée de plus de 90 ans, elle poursuit inlassablement son activité. www.prieure-saint-augustin.org

Souzenelle-R17-1Quels ont été les moments clés de votre existence ?
J’ai vécu une expérience lumineuse dans ma toute première enfance. Je suis née dans ce monde très perturbé de l’après-guerre de 14-18. Ma famille a été complètement disloquée et j’en ai vécu toutes les conséquences. J’habitais Rennes et j’ai été envoyée en pension à Paris à l’âge de 4 ans et demi chez les bonnes sœurs qui ne comprenaient pas grand-chose à la détresse de cette petite fille. J’ai connu les enfers. Enfermée dans la pension, j’étais très malheureuse. Je n’avais plus aucun repère, ni géographique ni affectif, et c’est là que j’ai vécu une expérience lumineuse extrêmement importante. J’étais dans un vide et j’ai été précipitée au fond de ce vide. Au fond du vide, j’ai vu un autre monde que le nôtre et pendant longtemps, j’en étais là, à la recherche de cet autre monde. Je sentais bien que le nôtre n’était pas le vrai monde, que nous étions « en exil » de nous-mêmes. Je ne l’appelle pas du tout « la chute », ça n’a rien à voir. C’est une question d’exil. Nous sommes vraiment dans l’oubli.
Je me suis beaucoup attachée aux textes bibliques dès ma petite enfance alors qu’à ce moment-là, c’était interdit de lire la Bible ; et je m’apercevais bien que ce qui était dit voulait dire autre chose, que c’était le langage de mon monde et pas celui du monde extérieur.

Qui vous faisait l’enseignement de la cabale ?
Emmanuel Levyne, un rabbin, un homme très ouvert même en ce qui concerne le christianisme puisque, avant de mourir, il m’a écrit ceci : « Quand on va au fond de la cabale, on ne peut pas ne pas rencontrer le Christ ». Donc je vivais en stéréophonie ces deux sources, christianisme et judaïsme, et cela a été le commencement de cette grande aventure de mes écrits, de mon enseignement et surtout de mon devenir parce que, à mon avis, on ne peut pas écrire ou enseigner quelque chose qu’on ne vit pas.

Quand avez-vous commencé à enseigner ?
En fait, tout a commencé le jour où mon professeur d’hébreu a mis devant nos yeux l’arbre des Sephiroth. Je ne me souviens plus de ce qu’il a dit. Tout ce que je sais, c’est que j’allais faire mon marché à Paris et tout à coup, sur le trottoir de ma rue, j’ai vu l’arbre des Sephiroth se plaquer sur les christs de nos basiliques romanes et de nos chapelles orthodoxes. Je me suis dit : « Mais c’est le corps de l’Homme ! »

Depuis que vous l’avez dit, voir le corps humain sur l’arbre des Sephiroth, paraît une évidence.
À ce moment-là, ce n’était pas du tout une évidence. L’origine de ce dessin remonte à Moïse, qui sur la montagne, a eu l’expérience du Seigneur. Le Seigneur dit alors au frère et à la sœur de Moïse : « À vous deux je parle par énigmes, par songes, mais à mon serviteur Moïse, je parle de bouche à bouche et lui, il voit ma forme. » Par de multiples dessins Moïse a essayé d’exprimer son expérience mais aucun n’en rend compte vraiment. Lorsque mon professeur nous a montré celui-là, qui est le plus elliptique, il me parut éblouissant à moi qui ai étudié le corps dans mes études d’infirmière. Ça a été fulgurant. J’ai été saisie et il a fallu que je dise et que j’écrive tout ça. Je croyais que ce serait mon seul livre, en fait il est fondateur. Il a été traduit en six langues et va paraître en anglais en novembre 2015 aux États-Unis. C’est une grande aventure.

Après, j’ai voulu écrire ce que je voyais dans le livre de la Genèse. C’est une autre aventure, parallèle, très imbriquée avec celle-là, différente mais en remettant en question l’anthropologie classique. Je posais alors des questions alors à mon professeur de théologie pour être vérifiée. C’était un homme tout à fait exceptionnel. J’ai eu la grâce de le veiller toute la nuit avant sa mort et il m’a dit : « Annick, l’anthropologie chrétienne n’est pas née ». Ça résonnait avec les livres de Nicolas Berdiaev qui explique que l’anthropologie patristique est très insuffisante. Et ce fut comme s’il me donnait le coup d’envoi. J’étais en train de découvrir une nouvelle anthropologie grâce à cet arbre des Sephiroth et grâce à ma lecture du livre de la Genèse, livre compris jusqu’ici comme une description extérieure et historique du début de la création, alors qu’il s’agit de celle de l’Homme intérieur et actuel. Pendant longtemps j’ai refusé de prendre ma plume, me trouvant prétentieuse de faire une nouvelle traduction de la Genèse. Ce sont des accidents qui m’ont fait comprendre qu’il fallait que j’écrive. Alors je me suis mise à écrire le livre qui s’appelle Alliance de feu ; c’est l’Alliance entre Dieu et l’Homme, une alliance d’amour ! J’ai écrit par la suite plusieurs ouvrages parce qu’il y a des détails que j’ai voulu expliciter.

livresLire la totalité de l’article…REFLETS n° 17  pages 62 à 68

La chasse aux sectes masque l’essentiel – Jean Luc Maxence

D’entrée de jeu, le simple mot « secte » fait son effet funeste et angoissant et entraîne les médias hexagonaux dans une étrange hystérie de délation. Dès qu’on s’éloigne des traditions des grandes religions établies (le judéo-christianisme dans son ensemble), on est vite taxé de danger public, d’escroc, de hors-la-loi, de barbare de la pensée. Pour peu qu’on se rattache plus ou moins à un syncrétisme audacieux, ou à quelques écoles psychanalytiques mal définies, on est voué au pilori, excommunié même de la société civile, quand on n’est pas martyrisé, ni plus ni moins !

JL Maxence

Poète, psychanalyste d’inspiration jungienne, ancien directeur de l’ex- Centre DIDRO (Centre de prévention et de soins pour toxicomanes, reconnu d’Utilité Publique), essayiste, Jean-Luc Maxence est surtout le maître d’oeuvre de La francmaçonnerie, Histoire et Dictionnaire, Collection Bouquins, Robert Laffont, 2013. Spécialiste des religions, son dernier ouvrage Psychanalyse et imaginaire des légendes maçonniques, d’Hiram à Dark Vador, écrit avec le sociologue Frédéric Vincent (Dervy, 2015) est paru en septembre2015.

livre JL Maxence

Les Scientologues sont avant tout des escrocs, c’est bien connu (quelques scandales financiers probablement fondés n’empêchent pas l’église créée par L. Ron Hubbard de venir efficacement en aide aux autres, de lutter sans relâche contre les toxicomanies, de faire progresser la cause universelle des Droits de l’Homme, de combattre certains abus psychiatriques, de prôner le respect de soi, d’avoir même des « ministres volontaires » apportant une aide véritable en cas de catastrophes naturelles ou technologiques… ). Comme les fidèles du Guru Maharadji, les Scientologues font peur en France, et ce d’autant qu’ils croient aux vies antérieures et à la migration des âmes, et qu’ils encouragent de nouveaux états de conscience ! De même, les Témoins de Jéhovah (plus de 120 000 membres en France) sont persécutés pour leur refus des transfusions sanguines ou leur frayeur apocalyptique, les sobres mormons font fantasmer sur l’Amérique à convertir, l’Église « mooniste » sur les vertus du mariage à la chaîne, la Conscience de Krishna sur la chasteté, et tout ce qui appartient à l’expérience personnelle et à la mouvance du New Age – qui a déjà pris de l’âge ! – semble bien souvent, selon les chasseurs de sectes, confondre les aspirations religieuses légitimes d’un individu pensant et les fins lucratives de l’habile commerçant.

En Occident, tout serait lobbying masqué. Autour des sectes rôdent toujours des odeurs de soufre, des controverses tordues, des angoisses issues des intégristes de tous poils, et une peur bleue et permanente des « manipulations mentales » !

Comme l’explique très bien la professeure Anne Morelli de l’Institut d’histoire des religions de l’université Libre de Bruxelles, le temps du Grand Complot des juifs, des francs-maçons, des jésuites et des communistes militants est presque oublié. Il est devenu dépassé et démodé ; il a été remplacé par la sombre menace universelle suspendue au-dessus des têtes les plus innocentes qui a pour nom à jamais maudit : SECTE. Il faut désormais compter avec « la secte des adversaires des sectes », et supporter le raz-de-marée des dénonciations les plus grossières, en sachant, bien entendu, que tout ce qui est inédit au plan religieux correspond à chaque fois avec le satanique lavage de cerveau ! De ce point de vue, la trop célèbre Miviludes (Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires) a viré au fiasco, même si elle a jugé bon d’ajouter en catastrophe et très tardivement, après les attentats de Paris de janvier 2015, un secteur hypothétiquement ad hoc de lutte contre les aberrations sectaires issues de l’Islam et débouchant sur Daech…

L’hystérie purificatrice continue : chaque année, encore aujourd’hui, la Miviludes reçoit plus de 2000 « signalements » et « forme » environ 1500 « agents publics » chargés d’éviter les comportements de radicalisation et de lutter, bien entendu, contre les replis sectaires.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°17 pages 52 et 53

Michaël LONSDALE -Prier toujours et partout

Chacun se souvient de son interprétation de frère Luc dans le film Des hommes et des dieux. Ce rôle était à la hauteur de sa foi. « J’apprends tout doucement à aimer mon prochain. » nous dit-il avec humilité. De plus en plus, malgré son âge, il met son métier, sa notoriété, sa voix au service du message christique. « J’ai à coeur de faire des spectacles où la spiritualité est présente dans l’art. »

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Vous avez été baptisé à 22 ans. D’où vient votre foi ? Quelle en a été l’origine ?
Des petites approches très délicates. J’habitais en Angleterre. Mon père était anglais. Nous parlions cette langue à la maison. Un jour, ma mère m’a offert un livre The life of Jésus. Je l’ai lu, il m’a beaucoup plu. Mon père était protestant, mais non pratiquant. Maman était en pension en Angleterre quand elle était enfant. Elle ne devait pas être très sage, car on lui disait : « Tu finiras en enfer ». Dès qu’elle a pu, elle a pris la poudre d’escampette… Mais elle n’avait aucune hostilité envers le Christ, au contraire. Ensuite, nous sommes partis au Maroc poursix mois en 1939 et nous y sommes restés dix ans, bloqués par les guerres. Là-bas, se sont produits plusieurs événements, dont une tentative de récupération par des adventistes. Ils m’avaient emmené à une réunion. J’ai dit quelque chose à propos de la foi. De retour à la maison, la responsable a dit à maman que j’avais dit quelque chose d’étrange pour mon âge. Après, cela s’est mal terminé parce qu’ils ont voulu m’emmener à un week-end et moi, cela me rasait. J’ai préféré rentrer à la maison. La responsable m’a poursuivi avec un rouleau à pâtisserie.

Plus tard, j’ai rencontré un musulman qui parlait de sa foi le soir dans les cafés. Cela m’a intéressé, je trouvais beau ce qu’il disait. Je me disais : « Pourtant, je ne vais pas devenir musulman. » C’est le moment où nous avons quitté le Maroc, et où je suis venu dans ma famille française. À Rabat, nous avions une amie qui m’emmenait le dimanche à la messe. J’aimais bien cela. Je ne comprenais pas grand-chose. Une anecdote illustre mon degré d’ignorance : le deuxième dimanche, je dis à cette amie : « Qui est ce monsieur à qui on dit tout le temps : allez, alléluia ? Pourquoi il ne s’en va-t-il pas ? ». Cette même femme, qui plus tard a habité à Paris, m’a initié à la peinture moderne. Ensuite, j’ai voulu être comédien. Elle m’a conseillé d’aller à l’atelier d’art sacré : « Là, tu vas rencontrer des prêtres et des artistes ». J’y suis allé courageusement. Un père dominicain, le père Régamey, a fait une conférence sur l’art et la foi. J’ai eu plaisir à l’écouter.

Il me dit : « Écoute, je ne peux pas te parler là parce que je suis très pressé, mais viens me voir au couvent Saint Jacques, rue de la Glacière et puis on verra ». Je n’ai pas raté ce rendez-vous. D’entrée, il m’a demandé ce que je cherchais. En bafouillant un peu, je lui ai répondu que je voulais faire de belles choses, artistiques, pures. Après m’avoir écouté pendant plus de vingt minutes, il m’a dit : « Je crois que c’est Dieu que tu cherches ». Eh bien, c’était cela. Il m’a amené jusqu’au baptême.

Dans une situation où vous êtes contrarié, avez-vous une pratique particulière pour transformer cet instant pour être bien ?
Oui, c’est mécanique chez moi. Chaque fois qu’il y a un problème, je prie. N’importe où, n’importe quand, je prie l’Esprit Saint, toujours. Il y a des moments où je suis contrarié : il arrive que des gens me fassent des histoires pas possibles. Alors, je prie, je demande à l’Esprit de m’aider. On se sent très pauvre, on ne sait pas quoi faire. D’autres fois, ça va : si je peux aider les gens, je le fais volontiers. Je prie n’importe quand, n’importe où, dans le métro…

Vous décrivez de multiples formes de prières qui sont toutes très touchantes.   Quelle est la fonction principale de la prière pour vous ?
Pour moi, c’est entrer en présence de Dieu, Lui dire tout ce qui se passe, Lui demander de l’aide, échanger, contempler. Parfois, je m’arrête dans la rue, je ne bouge pas. Je dis de petites phrases en invoquant Jésus, Marie, Joseph, tout simplement.

Avec l’âge, la prière prend-elle un nouveau sens pour vous ?
Plus je prie, plus je suis content. Je sais que c’est le levier de tellement de choses. Il a dit : « Priez, priez », Marie aussi. J’apprends tout doucement à aimer mon prochain. Ce n’est pas toujours facile. Il est des hommes tellement bruts, méchants, durs, blessés à mort. Pour raisonner ces malheureux, je prie devant eux, souvent même quand ils parlent, parce qu’il faut écouter. Aimer, c’est une grande demande du Seigneur, la plus lancinante : « Aime ton prochain comme toi-même ». J’enseigne aussi cela aux gens qui ne s’aiment pas. Dans la communauté de l’Emmanuel, j’ai été tellement troublé en entendant des réflexions telles que : « Ce type-là, il peut crever, je ne ferai rien. Il peut aller en enfer, je m’en fous ». Pascal Ide, un père de cette communauté, me dit : « Cherche un peu dans leur vie.Quand on est jeune, on a la vie devant soi, on rêve que l’on va faire des choses formidables. Et puis il n’y a rien. Ces gens déçus se persuadent qu’ils ne valent pas grand-chose, qu’ils sont nuls. Ils ne s’aiment plus. Quand on ne s’aime plus, on n’aime pas les autres, on les accuse d’être responsables de cette situation, ce sont des salauds. Leur dire : « Attention ! Tu ne t’aimes pas, tu ne te considères pas, tu ne t’aimes plus », cela les fait réfléchir. Il faut dire ces choses-là. Il faut aider chacun selon les besoins.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°16 pages 74 à 77

La communauté, lieu de guérison – interview de Jean Vanier

Jean Vanier a créé sa première communauté en 1964, avec pour mission d’aider les gens en grande fragilité à croître et à être heureux à travers une relation amicale. Il témoigne de son expérience de cinquante ans de vie communautaire : un lieu de parole et d’échange, où l’ego accepte de perdre pour gagner ; un lieu de guérison où chacun prend conscience de ses failles et apprend à devenir plus humain en les acceptant. Il souligne l’importance de célébrer la vie et les êtres pour rassembler et renouveler la motivation de vivre ensemble.

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Selon l’Arche, qu’est-ce qu’une communauté?
Une communauté est un lieu de mission et de qualité de relation entre tous les membres. Pourquoi passer par toutes les souffrances et les difficultés de la vie communautaire ?
Grande et claire est la mission de l’Arche. Il s’agit de l’accueil : aider les gens en grande fragilité à croître, à être heureux à travers une relation amicale. Celui qui ne désire pas vivre une relation avec des personnes avec un handicap mental n’a qu’à partir. La mission commande tout avec une exigence d’amour. La communauté doit conduire des êtres humains différents à s’entendre, à être heureux et à résoudre d’éventuels conflits.C’est non seulement un lieu de mission, avec une qualité d’amour et d’accueil et le désir de travailler ensemble, mais aussi un lieu de guérison. Aujourd’hui, nous sommes dans une culture de réussite individuelle. La plupart des gens sont motivés par un ego, un besoin de gagner, d’être plus importants que les autres. Quand on vit ensemble, tous ces désirs doivent disparaître, ou bien c’est la guerre. Les personnes avec un handicap souffrent quand l’ambiance est orageuse. Plus on est inséré dans la mission, plus on prend conscience de nos failles, de nos peurs, de nos violences, de la compétition. Beaucoup viennent ici avec le désir d’aider, mais pétris de la culture où l’on doit gagner. Ils découvrent que la relation les transforme. La communauté agit parce qu’on commence à s’ouvrir.

La vie communautaire n’est pas simple. Comment renouveler constamment la motivation et la mission? Par des moments de célébration, parce que celle-ci attire. Dans notre monde où le sacré disparaît, il faut trouver des moments pour célébrer ensemble : des célébrations religieuses, la nouvelle lune, le printemps, l’hiver, les anniversaires… Non seulement : « Je vais te donner des cadeaux », mais : « Toi, tu es un cadeau ! » Et tout le monde le dit. L’essentiel dans une communauté, c’est de parler. Nous créons des moments où les gens se rassemblent et disent pourquoi ils sont là et contents d’y être. C’est un lieu de relations de personne à personne, car la qualité d’amour implique de se connaître.


Il faut savoir perdre. Toute la vie, c’est perdre pour gagner. La mort, l’ultime perte, est le lieu de l’humain par excellence où j’accepte de tout perdre dans l’espérance d’un gain nouveau.En communauté, les gens humbles, au service, sont des gens extraordinaires. Ici, ce sont eux les plus faibles qui font marcher la communauté par leur sourire, par leur bonté. Quand on a la soif de gagner, on écarte les autres. Grâce à la communauté, nous sentons que nous faisons partie d’une grande famille humaine, quels que soient l’âge, le handicap, la culture ou la religion.

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Quelle est la place du sacré dans la réussite de la communauté ?
Avant de parler du sacré, je parlerai des symboles. Avant les repas, on se donne la main et on chante. Il y a des temps où l’on prie. Ces gestes deviennent des symboles ou des rituels de communion. C’est la personne qui est sacrée. Le plus grand sacré, c’est le cri des personnes avec un handicap, leur souffrance. Des fêtes comme Noël, le carême, le ramadan sont des moments sacrés. Parfois, les gens sans foi religieuse ont des rituels autour d’un arbre. Par exemple, dans cette affaire de Charlie Hebdo, ce qui est grave, c’est de se moquer du sacré de l’autre : c’est un geste de violence.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°16 pages 32 à 35

La vie monacale, une ascèse et une entraide – interview de frère Frédéric à l’abbaye de Cîteaux

Berceau de l’ordre cistercien, l’abbaye Notre-Dame de Cîteaux se situe au cœur de la Bourgogne. Fondée en 1098 par Robert de Molesme, elle fut marquée par une grande pauvreté à ses débuts. La communauté prit son essor grâce à l’arrivée de saint Bernard et d’autres compagnons au printemps 1113. Après un siècle d’interruption du fait de la Révolution, la vie monastique reprit en 1898 à Cîteaux. Aujourd’hui, une communauté d’une trentaine de frères s’adonne à la prière et au travail, en vivant sous la règle de saint Benoît.

20-23-Vie monacale-1Nous sommes reçus par frère Frédéric, âgé de 80 ans dont une cinquantaine passées à Cîteaux.

Quel est le but de la vie monacale communautaire ?
Un jour, des chefs d’entreprise qui avaient flairé que nous avions une certaine facilité à nous organiser au niveau économique, nous ont posé la question. Ils ne comprenaient pas très bien comment ça marchait. Ils venaient voir, c’était un mystère pour eux. Il y avait l’ancien père abbé et moi, pour les recevoir. J’ai fini par leur dire que si je ne croyais pas à la résurrection, je ne resterais pas ici une minute de plus. Et je me tourne vers le père abbé : « Et vous ? » Il me répond : « Moi non plus ! » S’il n’y a pas le ciment de la spiritualité, ça éclate. Au premier abord, réussir cette gageure est improbable. Saint Benoît a structuré. C’était un juriste, ça se sent. Le premier chapitre de sa règle que nous lisons chaque jour s’intitule : un chef. Il commence par le responsable, l’élection du père abbé. S’il n’y a pas un responsable, ce n’est même pas la peine d’envisager l’aventure. Ensuite, il évoque la journée, dont on va d’abord établir les piliers: les rencontres de prière. Il y en a sept par jour, à des heures précises. Il découpe la journée. Puis il « bouche les trous ». On mangera à telle
heure, il faut travailler, il faut faire à manger, etc. La règle, c’est une gestion du temps.

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Comment se régulent les problèmes personnels dans la vie communautaire ?
Nous avons d’abord un directeur de conscience à qui nous adressons nos problèmes. Puis il est recommandé d’en parler au père abbé, pour qu’il sache où en est le moine sur le chemin scabreux de la vie spirituelle. C’est la première façon de réguler les choses. On en a inventé une deuxième, c’est l’entraide fraternelle. Une fois par mois, tous les frères se réunissent. Chacun a le droit de faire une remarque à un frère. « Tu te mets le doigt dans le nez pendant les offices, tu ne devrais pas. » Ce sont souvent des choses matérielles. Ce n’est pas du for interne, c’est du for externe. Ça fait du bien, ça rétablit la paix dans la communauté. Quelqu’un peut s’accuser de claquer ses portes tout le temps ou bien un frère lui dit : « Tu claques tes portes tout le temps. » Ça rétablit l’équilibre dans la communauté. Il faut dire les choses pour éviter qu’elles fermentent.Le père abbé est présent à la réunion. On peut lui faire des remarques aussi. Il en tient compte par la suite pour donner des règles générales. Par exemple, à partir de maintenant, on mettra un joint autour des portes. C’est du bricolage. Ou bien il ne dit rien. Il sait que le fait d’avoir exprimé une difficulté, ça rétablit la paix. Celle-ci se construit souvent avec des détails, comme les gens qui font des cathédrales avec des allumettes. La paix, ça se fait par petits bouts. Un service rendu par ici, un petit sourire par là. C’est très curieux. Ce ne sont jamais de grandes idées et ça marche. Voilà les deux aspects de la vie communautaire. C’est une ascèse et en même temps c’est une entraide.

Lire la totalité de l’article… Reflets n°16 pages 20 à 23

LE PARTAGE de haut en bas – Bernard Montaud

Cette double langue en Vérité de questions et de réponses, c’est le plus élevé des partages, et c’est celui qui cautionne et permet le partage du dessous. » Le partage du haut (celui des douleurs et questionnements) autant que celui du bas (des biens matériels) constitue, pour Bernard Montaud, la condition première pour réussir la vie communautaire.

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Quel est le but de la vie communautaire ?

Historiquement, il y a quelques millions d’années, l’homme est passé d’une vie errante à une vie en tribus soumises encore beaucoup aux lois du monde animal. Puis, il y a environ dix mille ans, et de façon révolutionnaire, est apparu le début du sentiment amoureux, avec le désir de vivre à deux. La notion de couple est donc relativement récente, et pas encore complètement acquise quand on voit les difficultés à vivre le mariage et le nombre de divorces. Alors on peut s’interroger sur l’avenir de ce grand jeu et, selon moi, ce qui va un jour pousser les hommes à passer d’une vie à deux à une vie communautaire, ce sont deux forces.

La première sera une force de partage.Parce que aujourd’hui, la consommation occidentale est devenue pathologique. L’ego occidental est devenu un ego pathologique quand, pour en avoir plus, il appauvrit les autres et appauvrit la terre.L’image qu’on aura de nous dans le futur sera celle d’Occidentaux monstrueux qui accentuaient la misère autour d’eux. On est donc bien devant l’évidence que pour pouvoir conserver un certain confort de vie il nous faudra apprendre à partager. Individuellement, nous ne pourrons plus avoir une grande maison, une voiture, une tondeuse, tous les objets qu’on n’utilise qu’une fois de temps en temps et qu’on pourrait donc bien avoir à plusieurs. Avec la crise, et pour ne pas trop perdre, il nous faudra posséder et partager à plusieurs ce que nous ne pourrons plus nous offrir seuls. La vie communautaire offrira ce partage matériel, ce que j’appelle « le partage du bas ».

Cette expérience est déjà très ancienne dans le monde religieux. En quoi la vie communautaire laïque est-elle différente ?

Il y a dans le principe de vie communautaire – et ça, les monastères l’ont très bien compris – une multiplication intense de la vie spirituelle. Car nous savons bien que c’est le début de la vie spirituelle que de supporter ses propres imperfections et vivre avec celles des autres.C’est la deuxième force que devra exiger la communauté : un regain d’envie spirituelle.
Parce que, s’il est déjà difficile de vivre avec la misère du conjoint quand on est en couple, cette obligation de vivre avec la misère d’autrui se multiplie par cinq si on est cinq à vivre dans la communauté. Quand les hommes comprendront que nous sommes dans une carence pratiquement totale de vie spirituelle et de sens du sacré, il faudra bien revenir à la vie communautaire pour intensifier de manière naturelle nos vies spirituelles.
Selon moi, les deux grands critères qui vont dans l’Histoire exiger l’apparition de la vie communautaire, c’est la nécessité de partage avec correction de notre ego pathologique et le besoin d’intensifier la vie spirituelle.

Y a-t-il des conditions pour s’engager dans une vie    communautaire ? Comment s’y préparer ?

Lire la totalité de l’article…Reflets n° 16 pages 24 à 26

Vivre en communauté à plus de 70 ans – Paule Maréchal

Nous sommes cinq personnes âgées qui vivons depuis plus de trois ans dans une maison achetée en commun. Qu’est-ce qui pousse des femmes de plus de 70 ans à lâcher tous leurs repères, vendre leur maison, s’éloigner de leur milieu familial et amical pour avoir l’audace de vivre ensemble la dernière étape de leur existence ?

Paule Maréchal

Est-ce le désir d’être responsables de leur vie jusqu’à la fin, de s’entraider dans les difficultés de la vieillesse, de partager ce qu’elles possèdent pour vivre mieux ?

La réponse est « oui ». Et, pour moi, l’intime conviction que c’est ce que la vie attend de moi. Le sentiment que j’ai une dette à honorer. Qu’après avoir tant reçu il me faut donnerà mon tour. Dans les épreuves que la vie m’a réservées, j’aivécu la solitude et j’ai appris à me nourrir avec de toutespetites choses. Je ne les aurais peut-être pas vues dans d’autresconditions. N’est-ce pas ce qui est demandé à la vieillesse ?
Apprendre à profiter de ses pertes pour gagner ailleurs ? Alors tout naturellement mon service s’est tourné vers la vieillesse, pour tenter de redonner ce que j’avais reçu. Le premier pas a été la création de cette maison communautaire pour personnes âgées.
Vivre en communauté n’est pas une aventure facile. Il faut un engagement profond, une cause qui tienne vraiment à coeur. Cet engagement, nous l’avons pris sans affectif. Nous ne nous sommes pas choisies, nous avons choisi de vivre l’expérience. Nous appartenons toutes à la même recherche spirituelle. Nous connaissons les mêmes outils de transformation intérieure nous aidant à dépasser les difficultés du vivre ensemble. La communauté va nous donner la mesure de notre engagement, sans concession. Nous sommes sans cesse au pied du mur, invitées à rechoisir . Et cela nous conduit à un réengagement de plus en plus profond.

La communauté est un miroir à plusieurs reflets de par la diversité de nos natures. C’est un face-à-face entre nos imperfections personnelles et celles des autres. Comme il est ardu d’accéder au monde de l’autre pour comprendre ce qu’il vit intérieurement ! Comme il est difficile d’affronter ce reflet de nous que nous renvoient les autres !
Au début je souffrais chaque événement comme une atteinte personnelle. Le temps m’a amenée à prendre du recul. Maintenant, quand je souffre, c’est pour la communauté. Nous sommes en route pour rejoindre l’étape suivante : seulement profiter de chaque écueil pour en faire une opportunité de grandir.

La communauté est un organe exigeant. Elle réclame de chacune une transparence totale. Cette exigence est la porte ouverte vers la tolérance.Nous apprenons à nous livrer sans fausse pudeur, et chacune grandit en connaissance de soi et des autres. Livrer nos souffrances, entendre celles des autres, c’est cela qui nous conduit à la vraie liberté : la liberté intérieure qui nous fait renoncer à notre point de vue pour accepter celui des autres, par amour. C’est la communauté qui en bénéficie.

Ce qui nous permet de traverser les difficultés, c’est la conviction que ce que nous vivons est une solution pour l’avenir. Les maisons de retraite pourront un jour être supplantées par des communautés probablement pluri-générationnelles, fondées sur le partage, l’entraide, le service. Et la vieillesse retrouvera alors sa dignité et sa vraie place.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°16 pages 27 à 30

Colocation solidaire – Etienne Villemain

L’association Lazare propose des colocations entre personnes qui étaient à la rue et des jeunes volontaires bénévoles.

Il y a neuf ans, au cours d’une retraite que j’ai faite au Béatitudes, une soeur a invité les personnes à tirer le nom d’un saint devant l’autel. Au moment de me lever, j’ai eu cette parole dans le coeur :

« si c’est mère Teresa, tu te mets en colocation avec des personnes de la rue ».

www.lazare

contact@lazare.eu

 

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Je suis tombé sur mère Térésa, avec en dessous, cette phrase : « vous n’êtes pas appelés à réussir mais à être fidèles ». Je n’avais au préalable aucune raison de m’engager auprès de cette population. Le lendemain, j’ai cherché à concrétiser cet appel. Je suis entré en contact avec Martin, qu’un ami commun nous a présenté, et nous avons déménagé pour habiter avec Karim, Rabah et Yves. C’était à la fois tout simple et extraordinaire. La condition sine qua non qui avait été établie, c’était d’avoir chez nous la « Présence Réelle ». Tous les matins, nous récitions les Laudes, la prière de l’Église, puis nous avions un temps d’Adoration.

Cette expérience a été bouleversante pour tous, et nous avons souhaité la proposer plus largement. Nous avons commencé à chercher des nouveaux lieux et des jeunes volontaires prêts à quitter leur habitation pour venir vivre en colocation avec des personnes ayant connu la rue. Aujourd’hui, nous sommes environ 200 à Paris et plus de soixante en province à vivre cette expérience.

Quel est votre projet actuel ?
Je ne suis plus en colocation depuis mon mariage, en juin 2012. Avec mon épouse, nous habitons depuis quelques mois dans une maison qui a vocation à accueillir des personnes en difficulté. Nous débutons les gros travaux dans quelques semaines et espérons pouvoir recevoir les premiers habitants à l’automne 2015. Comme c’est une maison à la campagne, elle aura en premier lieu une vocation au ressourcement profond des personnes, au contact de la nature.

Quel est le but de cet accueil ?
Le projet consiste à avoir des appartements non mixtes où cohabitent généralement 8 personnes, dont la moitié avait un logement, et l’autre moitié qui n’en avait pas. Nous favorisons l’autogestion. Chacun a un service, chacun participe au loyer. Un soir par semaine, les gens dînent ensemble. La violence physique et verbale est interdite. La consommation d’alcool ou de drogue n’est pas non plus autorisée. Nous développons également des séjours, des weekends et des retraites, qui permettent aux gens de changer l’image qu’ils ont d’eux, et simplement de développer des liens d’amitié et d’avancer dans leur vie quotidienne.

Comment vous y prenez-vous ?
Nous voulons avant tout laisser l’Esprit Saint conduire les choses. Nous accueillons une personne, puis l’autre, puis la suivante. Nous tentons de prendre du temps pour chacun, sans entrer dans des calculs de statistique de taux de réinsertion, qui met la pression à tout le monde. Nous ne sommes pas là pour faire du chiffre, mais pour accueillir les gens (bénévoles, personnes de la rue, responsables) en vue du développement intégral de ce qu’ils sont.

Comment résolvez-vous les difficultés de la vie communautaire ?

Lire la suite….Revue REFLETS n° 16  pages 37 et 38

Charlie Hebdo -La société malade de sa foi – Bernard Montaud

Qu’avons-nous fait pour mériter cet attentat ? Bernard Montaud nous interpelle. La société est malade : sa laïcité mal comprise ne reconnaît plus le sacré. Les terroristes sont des malades de la foi en réponse à notre propre maladie de la foi.

Bernard Montaud

Comment lisez-vous l’événement de l’attentat de Charlie Hebdo ?

Il faut déjà voir une première chose : cela n’existe pas, de prendre une gifle et de n’avoir jamais rien fait auparavant pour la mériter. C’est très rare, de se faire gifler pour rien. Il est donc important de nous poser cette question : « Qu’avons-nous fait, pour mériter un tel attentat ? Qu’avons-nous fait pour mériter une telle réaction ? » Car s’imaginer que nous sommes tous innocents et que les autres sont tous des salops, ce n’est vraiment pas très élevé comme point de vue. Au lieu de regarder les événements et les choses toujours du point de vue des gentils et des méchants, du point de vue des bourreaux et des victimes, il faudrait plutôt s’interroger sur les misères réciproques de chacun pour que tous ces événements soient possibles.
Il est important de s’interroger sur : quelle misère faut-il à une culture dite moderne pour prendre du plaisir à salir le dieu des autres ?

Est-ce vraiment ça, la liberté d’expression : le droit de salir le dieu des autres ? Alors la liberté d’expression est un concept à revoir. Il faut s’interroger sur notre société, sur la nature et la misère de cette société, sur combien elle a dû perdre le sens du sacré pour s’amuser de la sorte à salir le dieu des autres. Je pense qu’on peut apercevoir les caricatures de Charlie Hebdo non pas comme l’expression d’une liberté de la presse, mais comme un signe d’une ignorance crasse du sacré. Car on peut aussi apercevoir les caricatures de Mahomet comme une profonde inculture de la part du monde moderne et comme une laïcité vraiment incomprise. La liberté d’expression ne peut pas nous donner le droit de salir le dieu des autres. Notre liberté ne s’arrête-t-elle pas là où les autres commencent à en souffrir ?

Avec ce point de vue, quelle serait la misère des terroristes ?
Effectivement, la deuxième chose à observer, c’est : quelle misère faut-il pour que de pauvres êtres réussissent à être importants, les deux derniers jours de leur vie, par des actes aussi odieux, aussi sordides et aussi injustes ?Il faut une grande misère humaine, une très grande misère morale, il faut avoir été si peu important dans sa société, dans sa famille, dans tous ses amours et auprès des autres pour avoir besoin d’une telle façon pathologique d’être important avec un faux martyre. Dans une société qui n’a plus aucune foi, qui ne sait plus croire en rien du tout, effectivement ne méritons-nous pas des malades de la foi pour nous interroger sur la foi ? Les terroristes sont des malades de la foi en réponse à notre propre maladie de la non-foi.

Cet événement Charlie Hebdo aura-t-il des conséquences à moyen terme ?
Je crois qu’il aura des conséquences très graves. Nous ne nous rendons pas compte que pour résister à l’intégrisme ordinaire qui naît dans nos propres banlieues, pour résister à la folie de la foi dans les cités des grandes villes, des séries de mesures seront prises qui vont être une fascisation progressive de la société française. Même si c’est un fascisme de gauche qui sera bientôt suivi par un fascisme de droite avec ensuite un autre épisode qui sera sans doute un fascisme de gauche. On voit bien qu’avec une banalisation du terrorisme vont naître des séries de mesures, soi-disant « dans notre intérêt et pour notre sécurité », qui seront toujours liberticides. Car soi-disant « pour nous protéger », soi-disant « pour notre sécurité », il se met en place des mesures qui seront toujours de l’ordre d’un fascisme ordinaire. Oui, je crains qu’au nom de cette banalisation du terrorisme, nous nous retrouvions avec des mesures de plus en plus radicales conduisant à un fascisme larvé de la société occidentale. Au nom de la liberté, nous aurons de moins en moins de liberté.

Au nom de la liberté de la foi, nous devrons apprendre à croire comme « ils » veulent !

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°15 pages 11 et 12

Prise en charge de L’HOMME GLOBAL – Jean-Guilhem Xerri

Jean-Guilhem Xerri est psychanalyste et biologiste médical des hôpitaux, diplômé de l’Institut Pasteur et de l’École Supérieure de Commerce de Paris. Il est président d’honneur de l’association « Aux Captifs la libération ». Il a été membre du Conseil National des politiques de Lutte contre l’Exclusion et de la Conférence Nationale de Santé. Il est auteur d’articles et d’ouvrages sur les questions du soin, de l’humanisme et de la charité. Son dernier livre est paru en novembre 2014 : « À quoi sert un chrétien ? » Ed. Le Cerf

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Au premier abord, le couple soignant/malade ne s’intéresse qu’au corps. Mais l’humain est inséparable de sa chair. La souffrance de la maladie mortelle dépasse le somatique et le psychologique. Dr Jean-Guilhem Xerri propose d’oser aller plus loin. Faire progresser le soin, c’est chercher comment prendre en compte la nature spirituelle de l’homme.

Pour la première fois, l’humanité parvient à se soigner, à la fois grâce à l’amélioration des conditions d’existence et aux progrès considérables de la médecine scientifique depuis les années 1950. Mais, au-delà de ses aspects de technique, d’organisation et de moyens, la question de la maladie et donc du soin est profondément spirituelle. Le couple maladie/soin est une histoire d’Homme, et donc d’hommes et de femmes, de chair et de sang, d’intelligences et de passions, de vie donnée et de vie reçue. Il est une histoire entre des personnes fragilisées et d’autres qui tentent de les soulager, avec ce qu’ils sont ; les uns devenant un jour les autres.

La primauté actuelle de la rationalité technique oriente l’action de soigner vers le faire et le savoir-faire. La pression croissante des considérations économiques la conduit à être un objet de processus et donc d’évaluation. Le modèle anthropologique séparant le corps et l’esprit amène de fait à dissocier la personne de la souffrance qu’elle éprouve. Enfin, l’histoire de notre pays et la sécularisation de notre société renvoient les considérations spirituelles et philosophiques, et encore plus religieuses, dans la sphère privée. Tous ces éléments contribuent à ne pas interroger le sens, ou tout au moins à rendre difficile la formulation de questionnements d’autres ordres que strictement technique, économique ou au mieux éthique. Les dimensions de la souffrance et du soin qui dépassent le somatique ou le psychologique sont souvent ignorées et mises de côté.

Pourtant, la maladie, et particulièrement le cancer, va interroger la personne dans ce qui fonde son identité profonde, parfois jusqu’à la faire vaciller. Dans la souffrance, quelle qu’en soit la porte d’entrée, l’identité est en crise.


Parce que la souffrance a des conséquences sur l’identité profonde, le soin ne peut pas se limiter à une approche technique soutenue par une représentation dissociée corps/ esprit de la personne. La démarche scientifique de la médecine doit s’associer à une attention à la globalité d’une personne singulière, perçue dans l’histoire de son existence, en lien avec un environnement. Aujourd’hui, de nombreux modèles montrent que la souffrance est un phénomène bio-psycho-social qui implique l’être entier. Envisager une prise en charge globale complète implique de considérer que l’Homme, le soignant comme le bénéficiaire du soin, est un être bio-psycho-social dont les besoins corporels requièrent d’être associés à des besoins psychologiques et sociaux. Il faut oser aller plus loin et considérer qu’il est aussi bel et bien un être spirituel ouvert à l’expérience intérieure, consentant à son mystère, confronté à l’énigme d’avoir à souffrir, à mourir, cherchant un sens à son histoire.
Face à des tendances lourdes qui façonnent une humanité déshumanisée, l’enjeu consiste donc à développer une vision de l’homme sous son angle spirituel. Faire progresser le soin, c’est chercher comment prendre en compte la nature spirituelle de l’homme. Soigner pleinement un patient, c’est aussi lui reconnaître une vie spirituelle. Mais l’ignorance des sujets spirituels persiste dans la médecine contemporaine de l’Occident. La philosophie occidentale a surtout pensé le spirituel en opposition au matériel sous des catégories religieuses dont il peine à se séparer. Cette pensée dichotomique nous imprègne tellement qu’il nous est difficile de penser l’unité de l’être. Mais peut-on se satisfaire de considérer que le spirituel est une dimension de l’homme parmi d’autres, qui se situerait à côté de ses autres dimensions physique, psychologique et sociale et au même titre qu’elles ?

Il nous semble que la souffrance spirituelle n’est pas qu’un aspect de la souffrance globale. Il ne s’agit pas d’une question particulière, référée à une compétence particulière. Il s’agit, au contraire, d’une question centrale touchant à la nature même de la personne humaine et de son accompagnement. Les besoins spirituels ne sont pas que des besoins spécifiques, ils sont liés aux autres besoins et les sous-tendent. Ils ne font pas partie d’une classe à part, ils englobent l’être entier. Il n’y a donc pas de recette spirituelle à offrir à l’autre souffrant. Il n’est pas en « manque » de spirituel. Le besoin s’exprime dans une attente ou une demande de relation avec l’autre, de vérité, d’authenticité, de confiance.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n° 15 page 24 à 26

Avoir un cancer, être cancéreux, deux aspects d’être confronté à l’ESSENTIEL

Avoir un cancer, être cancéreux, deux aspects d’être confronté à l’ESSENTIEL – Docteur Christine Winand

Pendant ses études médicales, on lui découvre un cancer de l’utérus. Opérée et guérie, le Dr Christine Winand a débuté sa vie professionnelle en exerçant aux quatre coins du monde. Elle a travaillé au sein d’une organisation humanitaire, dont deux ans en Bolivie dans l’hôpital le plus haut du monde au service des indiens Quechua et deux ans au Cambodge, peu de temps après la signature des accords de Paris. Médecin des Actes depuis 2005, sa recherche s’est focalisée sur la profonde singularité de chacun en matière de soin de santé.

Christine Winand 2

Avoir le cancer ne dure souvent qu’un temps grâce aux prouesses de la médecine moderne. Être cancéreux, c’est tout autre chose. C’est reconnaître que la tumeur n’est que la pointe d’un iceberg en souffrance extrême.Avec le cancer, la mort rôde, la vie doit impérativement avancer d’un pas. Patient et médecin des Actes forment pour chaque malade un couple de chercheurs de sens. Il n’y a pas deux suivis identiques. Être diagnostiqué cancéreux c’est tout à coup se découvrir mortel et les progrès de la médecine ne changeront jamais rien au coup au coeur, à l’âme qui se déchire, à l’être subitement liquéfié. Le malade s’effondre, se raidit, nie, relativise, prie ou maudit la terre entière. Quelle que soit la palette des réactions, le patient sait dans son for intérieur que quelque chose se meurt. Seconde d’éternité de densité maximale où passé, présent et futur se télescopent : la vie est inévitablement perçue autrement. Cet instant hors du commun sera souvent oublié. Il laissera une trace plus ou moins déterminante ou bien sera l’amorce d’une démarche de sens à la vie à la mort. Ce n’est plus la quantité qui compte, mais l’intensité de la rencontre avec soi-même, surtout là où ça hurle de nécessité d’évoluer. Impérieux besoin d’amour-propre pour cet être qui sombre corps et âme. Le temps est irrémédiablement compté, même si cela se chiffre en années, l’essentiel étant toujours de vivre pleinement ce pour quoi chacun est fait.

La maladie n’est pourtant jamais le mal, moins encore une punition.Elle est simplement le reflet impitoyable de ce qui souffre au fond de soi-même et n’aspire qu’à évoluer. Indication sans concession de ce qui doit être traité en priorité. Avec le cancer, la vie est toujours en danger, la mort n’est qu’à deux pas. Mort du corps, bien souvent retardée grâce aux performances de la médecine, mort de l’âme aussi, trop souvent ignorée. La régression a aussi lieu dans l’esprit, à l’image de l’involution mortelle des cellules cancéreuses. Si avoir un cancer peut se conjuguer au passé, être cancéreux reste au présent aussi longtemps que l’être intérieur n’aura pas fait le pas attendu.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°15 pages 27 à 29

La maladie: malheur ou opportunité? – Témoignage- François

Un jeudi matin de décembre, la maladie grave est venue frapper à la porte de mon existence. On m’a dit : « votre femme est atteinte d’un cancer ». Au début ce n’est qu’un gros mot, tellement gros qu’il est indigeste. J’ai souffert de sentir que celle que j’aimais était habitée par ce mal diffus. Puis soudain survient une intensité insoupçonnée, comme si devant cette adversité nouvelle notre couple s’arc-boutait, se rassemblait. Cette intensité a été le premier cadeau ! Surprenant ce vocabulaire dans ce type de circonstance ! Peut-être que cela a permis l’ouverture d’une porte dans mon esprit, une porte sous forme de question : « qu’est-ce que cette grave maladie vient faire dans nos vies ? ».

Un sentiment flou m’habitait : celui d’une expérience qui nous modèlerait pour nous amener là où nous ne pourrions pas aller sans cette maladie. Ceci n’enlevait pas pour autant toutes les souffrances. A cet endroit, avoir la chance d’avoir des personnes de confiance qui nous accompagnaient a été déterminant. Cette « petite porte », au-delà de ma souffrance, ouvrait sur des possibles, car elle fermait ou éloignait pour un temps la porte des lamentations. En tant que mari j’étais touché par mes propres endroits où ma vie ne resplendissait pas. Mes souffrances concernaient des secteurs différents de ma vie. Et si être à l’écoute de ceux-ci me permettait de reconquérir une partie de moi-même, de guérir ces endroits en « mauvaise » santé pour mieux accompagner mon épouse? Pour moi, la vie ne valait le coup qu’à travers les soi-disant grands instants : les loisirs, la montagne, mon métier-passion, les fêtes, les jeux… Le quotidien me pesait tellement que j’étais souvent absent.

Avec la maladie, le quotidien prenait une place « énorme » ! Devant l’insupportable de cette situation j’ai appris à profiter d’instants simples.Jamais je n’aurais été capable de planter un pommier comme je l’ai fait avec en toile de fond l’amour pour ma femme ! Jamais je n’aurais été capable de cette complicité avec mon fils sur une « bête » table à langer… Quelle opportunité que cette maladie ! Quelle surprenante aventure pour un handicapé du quotidien comme moi !

La maladie m’a révélé à quel point j’avais fermé l’accès à tous mes sentiments pour me protéger : il me fallait des instants très particuliers pour enfin ressentir mon amour pour les miens. Quel désespoir de constater que j’étais à ce point insensible, caché derrière un blindage, enfermé à double tour.
Je parvenais même à cacher derrière ce blindage l’immense peine devant ce qui atteignait mon épouse ! Lors du 1er épisode du cancer, j’ai tout donné pour être sûr de plaire à mon épouse… FAUX don ! Car j’ai dû tout lâcher : vie professionnelle, loisirs… L’équilibre entre respecter la source (moi) et offrir ce que je pouvais donner était rompu… Je me suis usé à tel point que d’une part j’attendais des tonnes de mercis qui ne venaient pas et d’autre part je ne souhaitais qu’une chose, partir de la maison pour prendre du temps pour moi.

Le 2ème épisode a été une lente reconquête d’une relation de couple, plus saine. J’ai cherché un équilibre plus juste entre être au service de ma femme et ma famille et prendre du temps pour souffler et oser me faire plaisir officiellement ! Pour cela il a fallu que j’ose demander malgré la peur de déplaire à ma femme. De façon surprenante, le fait de « partir » de façon plus claire, rendait mes retours beaucoup plus faciles. Ayant comblé mes envies j’étais simplement heureux d’être avec les miens. Par conséquent, je n’attendais plus de merci. Alors j’étais capable d’entendre ceux que je recevais ! De cette façon notre couple « malade » s’en est trouvé transformé. Chaque instant redevenait une rencontre plutôt qu’une contrainte. Récidives après récidives, le diagnostic ne faisait plus de doute : ma femme allait bientôt quitter cette terre. Je fus convoqué devant son courage et sa force mettant jour après jour toute son énergie à tenter son adage favori : « Je n’ai pas le choix de ce que je vis, j’ai le choix de comment je le vis ». Convoqué à tenter la plus grande des libertés : déguster l’instant, sans attendre les circonstances favorables. Décider que ce moment n’a pas le droit d’être médiocre.La maladie m’a ainsi poussé à tout mettre en œuvre pour vivre chaque minute avec intensité. Ainsi un jour, seul dans un café avec mon fils de 5 ans, je suis pris par la douleur de risquer de perdre mon épouse. Alors je lui dis : « Tu sais mon grand, je suis heureux d’être avec toi ici, et en même temps j’ai mal de savoir maman si malade. » Il rétorque : « Moi c’est pareil ! » Je rajoute : « C’est comme s’il y avait un nuage : maman malade, et qu’il y avait un soleil : ce temps de partage avec toi… Alors peut apparaître un arc-en-ciel. C’est beau et magique un arc-en-ciel. » Beau et magique, à l’image de cet instant banal… inoubliable. J’étais convoqué par la proximité de ce mystérieux dernier voyage à ouvrir les mains en acceptant ce mystère de la vie. J’ai tenté malgré tous les doutes et les questions de choisir de faire confiance à la Vie dont la mort fait partie, sans tout comprendre. N’est-ce pas cela la foi ?

J’ai eu la chance d’être aux côtés d’une femme qui a permis ce chemin, en le faisant elle-même. Les personnes qui entraient chez nous dans les dernières semaines précédant son départ, témoignaient du calme de cette maison où les enfants jouaient : résultat de sa route à elle et du fait que nous lui emboîtions le pas, inspirés comme nous l’étions par sa tranquillité. Aujourd’hui je mesure à quel point je n’aurais jamais pu être l’homme que je suis sans l’incursion de cette aventure-maladie dans ma vie, sans l’accompagnement dévoué et patient de la part de personnes de confiance et sans le parcours de cette femme.
Comme elle me l’avait si délicatement suggéré, j’eus la chance de rencontrer une nouvelle femme magnifique avec qui je déguste la suite de ma vie. Je suis capable de me laisser toucher plus souvent. Il y a trois semaines j’ai été frappé lorsque soudain, lors d’un repas, je fus saisi par ce bonheur simple d’un partage en famille ! Le week-end dernier en rentrant en voiture, une simple main posée sur ma bien-aimée me remplissait du sentiment d’amour pour elle, là où des années en arrière j’étais infirme. Devant ces « cadeaux »… c’est un MERCI qui vient… envers la Vie, envers cette femme, envers ceux qui ont éclairé nos parcours.

REFLETS n° 15 page 64

Jean-Claude Casadesus – La musique, voie cristalline vers la spiritualité

Héritier d’une longue lignée d’artistes, Jean-Claude Casadesus, chef d’orchestre de renommée internationale et fondateur de l’Orchestre National de Lille, nous reçoit dans l’appartement familial, au pied du Sacré-Coeur. L’âge n’a que peu de prise sur lui ; il est en
pleine forme alors qu’il revient d’une tournée de concerts en Russie et en Chine. Il se livre avec la même sincérité, le même enthousiasme et cette même exigence qu’il vit avec son orchestre. Pour le maestro, musique et chemin de vie se confondent.

JC CasadesusVous vivez la musique comme un chemin de vie. J’ai ressenti chez vous une spiritualité au-delà du monde religieux, transmise par votre famille.
C’est un chemin vers la spiritualité la plus élevée, que l’on soit religieux ou pas. Je ne le suis pas, mais j’ai foi en certains idéaux, le bien, le mal, des comportements en accord avec l’idée que l’on se fait de l’humanité, c’est important. La musique est la traduction la plus poétique de la vie, un bien qui nous est donné, éphémère malheureusement. Il faut essayer d’en être digne, car c’est un chef-d’oeuvre. C’est aussi une calamité puisqu’on est certain qu’elle s’achèvera un jour ou l’autre et que souvent on est beaucoup plus préoccupé par la disparition de ceux qu’on aime que par sa propre mort. Il est très difficile de parler de la musique, il faut la ressentir, s’y plonger comme dans un bain de jouvence.

C’est comme un parfum : on ne peut pas le décrire, il faut le respirer. Parfois, si on a l’humilité, la conscience, le recul, le respect qu’elle mérite, elle vous donne ses clés, – je parle des professionnels, des grands compositeurs – parce qu’elle a une disposition à illuminer l’univers. Elle s’adresse à l’imaginaire, un peu comme une auberge espagnole de la sensibilité où l’on apporterait sa disponibilité. Mais pour la transmettre, la traduire, la partager, il faut beaucoup de modestie face au chef-d’oeuvre. Et il faut du travail. On ne cesse jamais d’approfondir, face à une insatisfaction qui conduit à espérer être meilleur le lendemain que la veille. Donc, c’est un chemin de vie qui vous permet de ne pas vous ennuyer, une sorte d’épée de Damoclès qui offre aussi des découvertes, un questionnement sur soi-même.

Diriez-vous que l’imperfection permet d’évoluer, alors que la perfection est sans issue ?
Bien sûr. Une maison terminée est une maison morte. En musique, vous êtes gâté, il y a toujours quelque chose à faire. Une oeuvre que je n’ai pas dirigée depuis quelques mois, que je connais par coeur, je la revisite comme si je l’ouvrais pour la première fois. C’est plus facile parce que j’ai mes repères, mais la masse d’un orchestre est tellement vivante, tellement vibratile qu’elle vous attire dans des coins où vous n’aviez pas imaginé aller. On prend des risques parfois, de dynamique, de tempo, en lien avec le côté organique que vous devez donner à la musique. Le problème du chef : quand vous dites « Chargez ! », vous ne restez pas derrière la troupe. Vous êtes devant, sabre au clair et là, ils vous suivent. Sinon la masse est statique. Vous devez l’ « animer » pour révéler l’âme des partitions souvent géniales que nous avons pour mission de servir.

JC Casadesus 2Qu’est-ce qui vous motive profondément dans ce que vous faites dans les prisons, auprès des personnes défavorisées ?
Porter la musique partout où elle peut être reçue. Un chauffeur de taxi qui m’emmenait à l’Opéra m’a dit : « Qu’est-ce que vous faites ? » « Je suis chef d’orchestre et je vais diriger à l’Opéra ». Il répond : « Oh ! ça, ce n’est pas pour nous ! » Ce jour-là, je me suis juré que je ferais tout pour que « ça » le devienne. Jouer dans des salles prestigieuses pour des happy few et des publics connaisseurs, c’est très bien. Mais, le plus important, c’est de nourrir les viviers de mélomanes de demain, d’où mon action envers les jeunes. Avec mon équipe, je m’occupe d’environ 15 000 enfants par an, mais aussi des publics empêchés, en souffrance, dans des entreprises, dans des hôpitaux. Et puis, je me suis dit : il y a des êtres humains en prison. Cela a été un combat, parce que les premières fois les gens me prenaient pour un fou. J’ai été, je crois, le premier à faire ça en France dans les années 1990. J’offre deux ou trois concerts en prison par an, pour les femmes et les hommes. Au début, on rentrait sous les invectives de ceux restés dans leurs cellules. Je faisais ouvrir les portes, on jouait et tout d’un coup ça se calmait. On sortait sous les acclamations, avec des prises de paroles, des questions posées auxquelles je répondais. Des détenus rencontrés après être sortis de
détention m’ont dit : « Vous nous avez respectés, vous n’êtes pas venu jouer en jean. » On joue en smoking dans les prisons, dans des conditions un peu vétustes évidemment, mais avec le même engagement que dans des lieux-dits de prestige et cela fait aussi partie de notre honneur artistique.

...pour lire la totalité de l’article…REFLETS n°15 pages 76 à 80

LE PATIENT, ACTEUR PRINCIPAL du parcours de soin Interview du Pr Serge UZAN

Serge Uzan est directeur de l’Institut universitaire de cancérologie, Chef du service Gynécologie-Obstétrique de l’Hôpital Tenon et doyen de la faculté de médecine Pierre et Marie Curie. « Regrouper les médecins et les infirmières sur un même site dans les facultés de médecine, avec une vraie culture commune auprès du patient » : c’est l’un des progrès qui devra advenir dans le monde de la santé afin de mieux former les acteurs de soin, d’après le professeur Serge Uzan.

prof Sergr Uzan

Aux Rencontres de cancérologie française, vous avez insisté sur la place du patient au centre de tous les dispositifs de prise en charge. Quelle est la place des soins de support ?

Ils jouent un rôle essentiel dans la qualité de la prise en charge des patients. On entend par « soins de support », l’ensemble des soins que l’on apporte aux patients en complément des traitements spécifiques liés à leur cancer. Ces soins peuvent être justifiés par la prise en charge de complications directement liées à la maladie ou parfois au traitement. À titre d’exemple, citons certaines douleurs osseuses liées à la prise de traitement par anti-aromatases. Certains traitements de type chimiothérapie peuvent également entraîner des complications d’ordre cardiologique. Ces soins associés peuvent être nécessaires tout au long de la prise en charge thérapeutique et au delà de celle-ci, parfois pendant de nombreuses années. La prise en compte de ces symptômes liés au traitement représente la différence entre la douleur qui est un symptôme que le médecin va prendre en compte, et la souffrance qui est un effet secondaire parfois considéré comme inévitable. Cette prise en compte des symptômes et des souffrances, demandée par le patient, constitue un des éléments essentiels de sa qualité de vie pendant son traitement.

La difficulté pour le patient est non seulement de faire prendre en compte le symptôme dont il souffre, mais également de trouver la personne adéquate pour le prendre en charge. Dans mon exposé, j’ai cité le cas de ce président d’une association de patients qui, me parlant de son beau frère,me dit : « Il a des complications manifestement liées au traitement du cancer, mais le cancérologue lui dit que ça sort de son domaine de compétence et qu’il faut voir d’autres spécialistes… » Parfois le rôle du médecin est d’orienter correctement le patient, idéalement cela devrait être fait par le médecin généraliste mais il ne dispose pas toujours des réponses, d’où la nécessité d’une coopération particulièrement importante entre les oncologues, les spécialistes de soins de support, médecins et paramédicaux, et les médecins généralistes responsables des patients. Il faut que cette prise en charge dépasse largement le domaine exclusif de la cancérologie.

Il y a quelque temps, un pneumo-oncologue strasbourgeois, le professeur Fraysse, parlait de la prise en compte des besoins spirituels des patients. Comment envisagez-vous ce point de vue ?

Ce besoin de spiritualité peut être présent ou pas avant l’apparition du cancer, mais en général les patients vont le ressentir plus fort à ce moment là. Je crois qu’il ne nous appartient pas d’apporter des réponses dans ce domaine. C’est à chaque personne de trouver ses réponses avec lui-même d’abord, avec son entourage et avec sa relation habituelle à la religion ou à toute autre forme de spiritualité. En tout cas, il est probable qu’un meilleur moral, une meilleure façon de combattre et de se disposer à combattre la maladie permettent d’améliorer la qualité de vie. Tout ceci n’est vraiment qu’une question de foi.

Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°15 pages 52 -53

Retrouver son ESSENTIEL-Guy Corneau

Le canadien Guy Corneau est psychanalyste jungien et auteur de six bestsellers traduits en plusieurs langues. Personnalité médiatique, il co-anime en tant que spécialiste plusieurs émissions télé et radio au Québec. Il a fondé Réseau Hommes et Réseau Femmes, regroupements d’entraide dont la formule s’est répandue dans plusieurs pays francophones. Atteint d’un cancer dont il s’est remis, il a considérablement changé son mode de vie, développant ses facultés créatrices. Depuis, il est devenu metteur en scène et acteur.

Guy Corneau

Guy Corneau, qu’est-ce qui vous est arrivé ?

J’avais un cancer du système lymphatique, du système immunitaire touchant l’estomac, la rate et les deux poumons. Il était très avancé, un grade 4, donc potentiellement un cancer terminal. Bien sûr, j’ai écouté chaque partie de mon corps. En fait j’écoutais ce que je n’avais pas pu intégrer, autant les blessures de l’enfance, les dévalorisations, les humiliations que des blessures plus récentes au niveau de l’amour. Pendant longtemps j’ai eu une colite ulcéreuse que je n’ai plus du tout. Le colon, c’est la dernière partie du corps où on intègre encore les nutriments et puis on rejette le reste. Là aussi, je ne pouvais ni intégrer certains éléments, ni les rejeter. Alors cela crée des états de colite, beaucoup de colères, d’angoisses, de rage même. Il y a toujours un aspect symbolique au corps et c’est intéressant d’y réfléchir.

Qu’est-ce qui a changé dans votre vie depuis ?

J’ai toujours été passionné par le théâtre, la musique, l’art, l’expression artistique et je me suis rendu compte que j’avais vraiment négligé ces aspects de ma personne à cause de ma carrière professionnelle de psychanalyste. J’ai donc vraiment tenté de réintégrer tout cela.

Maintenant, j’ai le loisir ou le luxe d’aller vraiment vers moi-même. Je suis content de répondre à ma créativité et c’est ce qui m’apporte la santé.

Quel enseignement tirez-vous de votre cancer pour la société ?

Le cancer n’est plus individuel, c’est actuellement une épidémie. Dans son livre Anticancer, mon ami David Servan- Schreiber en parle comme d’une maladie du style de vie, une vie qui va trop vite, où il y a trop de stress, où on mange mal, où on ne fait pas d’exercice. Je suis assez d’accord avec lui. Il aurait pu ajouter que c’est une maladie du style de vie intérieureaussi. Elle a trait à notre façon de gérer nos émotions, d’être toujours pris dans les mêmes mécanismes. Dans notre société, cette épidémie de cancers nous parle d’une division d’avec la vie, de nous-mêmes. C’est-à-dire que chaque personne qui a le cancer doit retrouver son ressenti réel, se mettre à son écoute et faire les changements nécessaires pour gagner en sérénité ; mais en tant que société, cette épidémie vient nous dire que l’on s’est trop éloigné de ce qui est bon pour les êtres humains, à savoir la convivialité, l’entraide, la collaboration, et pas l’argent, la compétition, la comparaison. Je suis persuadé que ces grandes maladies qui nous traversent nous invitent à retrouver l’essentiel en nous. Même chose pour l’épidémie du sida qui a permis de considérer les homosexuels autrement. Quelques-uns de mes patients en sont morts et j’ai été très touché par les bouleversements que cela a apportés à des familles entières. Souvent conservatrices, face à la perspective de la mort d’un de leurs membres, ces familles ont choisi l’amour et la paix. Ces grandes maladies servent à ré-ouvrir le cœur humain ou du moins, il s’agit là de la façon la plus honorable de s’en servir.

Quel a été le rôle de la prière quand vous étiez malade ?

Je ne suis pas très religieux mais en même temps je suis inscrit dans une vie spirituelle très engagée. Je médite chaque jour. Et méditer, pour moi, c’est vraiment déguster le fait d’être, déguster en dehors de toute demande, en dehors de toute comparaison ou recherche. Cela a été extrêmement bénéfique pendant que j’étais malade. La prière, ce n’est pas celle qui demande qu’on nous prenne en charge, c’est celle qui dit : « Je suis en difficulté, je vais faire ce qu’il faut. Je reconnais les choses, je suis prêt à faire des changements. Ma demande au fond, ce n’est pas une guérison, c’est un accompagnement, alors que l’univers ou les forces bénéfiques de l’univers m’accompagnent. » Cela me semble la prière juste. C’est celle qui dit que je suis un petit peu à côté de moi-même et que je suis prêt à me responsabiliser, à me découvrir plus créatif, plus créateur par rapport à ma vie. Et j’ai besoin d’un accompagnement pour y arriver, c’est-à-dire d’un apport des forces plus lumineuses de l’univers. On peut l’appeler Dieu, Jésus, Bouddha…comme on veut, mais pour moi il s’agit de s’éveiller à nos propres capacités en demandant un accompagnement qui le permet.

Lire la totalité de l’article...REFLETS n°15 pages 30 à 32

Le conflit israélo-palestinien selon Emmanuel DESJARDINS

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Emmanuel Desjardins a suivi l’enseignement de Swami Prajnânpad, transmis par son père, Arnaud Desjardins, depuis plus de trente ans. Outre ses recherches en sciences politiques et en sociologie, il est l’actuel directeur de l’ashram d’Hauteville.
Il est l’auteur de deux livres : Prendre soin du monde (Ed. Alphée-J.P. Bertrand), et Spiritualité, de quoi s’agit-il ? (Ed. La Table Ronde), avec Arnaud Desjardins.

Lorsque la rédaction de Reflets m’a sollicité sur le thème du conflit israélo-palestinien, j’ai pensé tout d’abord refuser cette proposition pour la bonne raison que, n’étant pas un spécialiste du sujet, je ne voyais pas ce que je pourrais y apporter de vraiment pertinent. J’ai certes fait des études de sciences politiques et de sociologie mais jamais sur ce thème. Je serais plus à l’aise pour parler du totalitarisme, de l’idéalisme, de l’illusion, du progressisme ou d’autres sujets qui ont longtemps mobilisé mon intérêt. Néanmoins, après réflexion, je me suis dit qu’il serait peut-être intéressant de montrer comment le chemin spirituel peut nous aider à aborder des questions politiques complexes face auxquelles nous pouvons nous sentir démunis, ignorants et impuissants

En premier lieu, le chemin apporte une discipline rigoureuse par rapport aux pensées engendrées par ce genre de conflit. Comme le disait Socrate : « Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien ». Très clairement, je n’aurai ni le fin mot de l’histoire ni toutes les clés de compréhension, mais au moins puis-je essayer de ne pas entretenir d’opinions sur ce sujet, de ne pas nourrir de « certitudes » forcément approximatives et contestables. Ne pas avoir d’opinions, ne pas juger, ne pas prendre parti. Plutôt essayer de comprendre. La seule façon de se positionner est de se situer à un niveau plus profond où la notion même de victime et de coupable n’existe plus. Les deux partis souffrent et ont des raisons de souffrir, les deux partis sont bourreaux, les deux partis sont victimes.

Ne pas avoir d’opinion ne signifie pas être insensible, au contraire. J’essaie de me relier à la souffrance qui règne sur ce petit bout de terre qu’on a appelé « la terre sainte » et qui est déchiré par la haine, l’incompréhension et la souffrance.

Est-ce que je peux me mettre à la place des uns et des autres et tenter de ressentir ce qu’ils ressentent ? Jusqu’à quel degré puis-je ouvrir mon coeur et me rendre vulnérable pour éprouver la peur, l’humiliation, la colère, la haine, le désespoir ?

Lire la totalité de l’article… Revue REFLETS n°14 page 21

Les caricatures de Mahomet dans Charlie Hebdo – Christian Roesch

Le prochain numéro de REFLETS, à paraitre le 17 mars traitera de l’attentat contre Charlie hebdo et ses conséquences. L’importance de ce fait d’actualité nous a incités à demander leur approche à des témoins choisis de sensibilités spirituelles différentes.

Dans le numéro 6 de décembre 2012, nous avions déjà traité le sujet des caricatures de Mahomet dans Charlie hebdo. Notre lecture portant sur le fond n’a pas pris une ride.

Après le film vidéo américain qui a déclenché des violences anti-américaines dans le monde musulman, Charlie-Hebdo publie des caricatures du prophète.

Le directeur de Charlie-hebdo ne pouvait pas ignorer que dans le climat provoqué par le film qui se moquait du prophète de l’Islam il déclencherait des manifestations. Dans les pays islamiques et de la part des musulmans vivant en France la réaction a été vive.
A travers les caricatures salissant la mémoire du prophète de l’Islam, ce sont les musulmans eux-mêmes qui se sont sentis salis, pas respectés et humiliés.
Et au fond, chaque croyant adorant un dieu a pu se sentir concerné.

Nous pouvons comprendre aussi les arguments de Charlie-Hebdo qui soutient avec raison qu’il respecte la loi française. Nous pouvons entendre son besoin d’affirmer son droit à la liberté d’expression sous prétexte de se « marrer ». Nous pouvons accepter que la rédaction ait flairé le bon coup médiatique permettant de réaliser une excellente vente. (Tous les journaux ont été vendus dans la journée et une réédition a été faite immédiatement.)

Nous sommes en face de deux douleurs assez semblables.
Pour les musulmans, cet irrespect est ressenti comme s’ils n’avaient pas le droit d’exister ainsi.
La rédaction de Charlie-Hebdo manifeste son besoin de s’affirmer dans sa singularité envers et contre tous. Elle nous dit qu’elle a le droit d’exister même contre les autres.

Sur le fond, les premiers défendent le droit à la religion.
Les seconds défendent le droit à l’athéisme.

Le regard tranquille que nous portons  sur cet événement nous invite à dire :
D’une part, la religion, les croyants ne peuvent se défendre des provocations par la violence. C’est un contre-sens qui montre une immaturité spirituelle.
Cela ressemble à des gamins qui se disputent « Mon papa c’est le plus fort, c’est le meilleur ; tu n’as pas le droit de te moquer de mon papa ! »
D’autre part, l’athéisme, les athées ne peuvent fonder leur point de vue sur la moquerie de la religion. « Ton papa est ridicule ; moi, je m’en fous, je n’ai pas de papa ! »
C’est d’une immaturité égale. L’athéisme devrait être une école de tolérance et de respect pour ceux qui pensent différemment.
L’athéisme est sorti de la religion au 18ème siècle. Se moquer de ses racines, de ses origines montre une confusion avec l’anticléricalisme et indique une perte des repères moraux.
Le gouvernement est confronté à ce problème et devra clarifier son approche pour atteindre une réelle neutralité.

REFLETS n°6

Jean-Marie PELT: Le monde a-t-il un sens?

Dans Reflets n° 13 nous avions interviewé Jean-Marie Pelt – pharmacien agrégé, botaniste et écrivain – sur la nourriture. Nous vous avions annoncé une interview sur son parcours. Quel plaisir de rencontrer ce scientifique, homme de foi, débordant d’activité, plein d’humour. Son dernier ouvrage Le monde a-t-il un sens ? (éd. Fayard) co-écrit avec Pierre Rabhi, nous fait découvrir le « principe d’associativité » montrant que la vie doit plus à l’alliance qu’à la rivalité.

JM Pelt

Vous êtes un défenseur de l’écologie. C’est une attitude multiple, scientifique, économique, politique, spirituelle. Pouvez-vous préciser chacune de ces approches ?

L’écologie commence par être une science. Le point de départ, c’est la définition en 1866 du mot « écologie » par Haeckel, le zoologiste allemand, comme science des interrelations entre les êtres vivants et leur milieu. En 1800, Alexander von Humbolt, allemand lui aussi, avait fait une expédition en Amérique du Sud avec l’objectif de mettre en évidence l’unité de la nature. Cette idée de nature était déjà très forte dans la tradition germanique, ce sont donc les Allemands qui ont fondé l’écologie.

Plus on consomme, plus on gaspille
L’écologie comme économie de la nature. Dans la terminologie grecque, l’écologie, c’est le discours sur la maison et l’économie, ce sont les normes de gestion de la maison. C’est-à-dire que la terre, notre maison à nous, les humains, se doit d’être gérée selon des normes, c’est l’économie. Ces normes ont toujours été d’être économes. Puis le mot a dévié : ce n’était plus être économe, c’était être consommateur, et l’économie s’est pervertie. Il ne s’agit plus d’économiser les ressources et d’en faire un usage prudent et non gaspilleur. Au contraire, plus on consomme, plus on gaspille. C’est la fameuse théorie qu’il faut beaucoup de croissance pour avoir de l’emploi. C’est une théorie perverse qui ne peut pas durer. Ce fut vrai lors des dernières décennies mais ça ne marche plus comme chacun le voit. Normalement, il faut arriver à un état « stationnaire », un état d’équilibre entre les activités, l’emploi, la consommation et l’utilisation de la planète, – qu’on pourrait appeler, si on est optimiste, un état d’harmonie. Mais n’importe qui voit bien qu’actuellement l’économie n’est pas très harmonieuse.

L’élévation spirituelle est essentielle pour l’écologie
Enfin spirituelle, c’est notre approche à nous. Nous avons une approche spirituelle de l’écologie, qui se résume en une seule idée : vous pouvez être un très bon écologiste, éteindre une lampe, manger bio, mettre une petite éolienne sur votre maison, faire des économies d’énergie, rouler à vélo, marcher à pied, et être absolument invivable pour les autres. Il ne sert à rien d’être écologiste si vous tourmentez votre épouse et si vous persécutez vos collaborateurs. Si, au boulot, vous avez un caractère de chien, cela ne sert à rien de faire de l’écologie. Il faut avoir le souci des relations positives, pas seulement avec la nature, mais aussi avec les humains. Et ça, c’est porté par les grandes traditions spirituelles. L’élévation spirituelle est essentielle pour l’écologie et le fait qu’elle est absolument absente des Verts m’interpelle.

livres JMP et PR

Quel regard portez-vous sur l’évolution de l’homme, à court terme d’abord et à moyen terme ? À court terme, va-t-il vers cette associativité ?
J’ai deux regards, un peu contradictoires. Le premier, c’est de me  dire : quand on voit comment raisonnaient et se comportaient les Romains, le cirque, les gladiateurs, c’était d’une sauvagerie incroyable. Aujourd’hui, on voit que les Catalans ne veulent plus de férias, de corridas. Je me dis qu’une évolution s’est faite parce que comme c’était avant,on ne l’accepte plus. Il y a aussi un mouvement pour la paix qui rend difficilement imaginables les guerres d’autrefois.
On ne dit pas assez souvent qu’en Europe, on a la paix depuis 70 ans. Ce n’est jamais arrivé, puisqu’on s’est toujours tapé dessus. Donc, l’humanité progresse dans le bon sens. Après ça, je regarde la carte du monde et je vois des conflits partout, des conflits inquiétants. Cette montée en puissance de l’islamisme radical et les intégrismes.

Pour lire la totalité de l’article...REFLETS n°14 pages 40 à 45

Le conflit israélo-palestinien – selon Tahar Ben JELLOUN

titre page 29

L’offensive israélienne de cet été contre Gaza, indûment appelée
« Bordure protectrice », a ravivé le vieux conflit israélo-palestinien.

Comment l’abordez-vous ?
Comme tout le monde je l’aborde avec difficulté, colère et pas mal de désespoir. Car c’est un conflit global, il ne concerne pas que les Israéliens et les Palestiniens, mais tous les pays de la région avec en plus la très puissante Amérique (puissante par le lobby pro israélien) et toute l’Europe qui continue de porter la responsabilité et la culpabilité d’avoir participé au génocide des Juifs. Donc, la question est complexe. La responsabilité des Arabes est récente, disons à partir de 1948, mais celle des Américains et des Européens est plus ancienne et surtout pèse beaucoup dans l’histoire. Ils participent à l’occupation et à la colonisation de territoires appartenant depuis le partage des Nations Unies aux Palestiniens.

Quelle lecture faites-vous de ce conflit ?
Une fois posées les responsabilités et les lâchetés des uns et des autres, je dirai que ce conflit est sans fin, qu’il ne connaît pas de solution juste et durable. Israël du fait qu’il n’a jamais respecté aucune des très nombreuses résolutions des Nations Unies et qu’il fait la guerre sans rendre de comptes à personne, ne veut pas la paix ou alors une paix taillée sur mesure lui garantissant toutes les sécurités et oubliant la vie des Palestiniens ; la paix ne l’intéresse pas, car elle fera de lui un Etat comme les autres, or Israël ne supportera pas de devenir un Etat banal. En cela il fait tout pour poursuivre la colonisation et refuse les enquêtes internationales sur ses responsabilités dans les différentes guerres de cette dernière décennie (d’après le Figaro du 14 novembre 2014, « Israël ferme la porte aux enquêteurs de l’ONU »). Il a au fond une politique arrogante, jouant sur la culpabilisation (toute critique du sionisme est assimilée à de l’antisémitisme).

Quelle perspective voyez-vous ?

Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°14 page 29

Pauvre victime! Bruno BERTE et Jean Luc KOPP

PAUVRE VICTIME!

Bruno BERTE et Jean-Luc Kopp, Psychanalystes et psychanalystes corporels.

Vous êtes-vous déjà prêté à ce jeu stupéfiant, lire les grands titres des journaux et observer ce qui se passe en nous ?

Valérie Trierweiler
explique enfin pourquoi
elle a écrit Merci pour ce moment
01.10.2014 – Voici

Le Pape autorise la location
de la chapelle Sixtine
17.10.2014 – Courrier international

Les supporters du Bayern de Munich
ont saccagé Rome !
22.10.2014 – Courrier international

Elie Wiesel serait partisan des
implantations de colonies juives
22.10.2014 – Ha’Aretz

Front national, la mue
du « parti du diable »
23.10.2014 – Courrier international

Élections de mi-mandat :
Michelle, la botte secrète d’Obama
04.11.2014 – Washington Post

Contre l’État islamique,
il est trop tôt pour crier victoire
22.10.2014 – Los Angeles Times

Eh bien il nous suffit d’entendre ou de lire les titres d’un quelconque journal d’informations pour qu’immédiatement un avis nous échappe ! Impossible d’éviter en nous l’expression d’une tendance ou d’un commentaire :
« Oui et quel pognon elle s’est fait, déjà 600 000 exemplaires vendus ! »
« N’importe quoi François ».
« Il faut empêcher ces jeunes de partir au Jihad ».
« Les supporters de foot sont vraiment des gens limités et violents ».
« Elie Wiesel, le Prix Nobel de la paix !!! »
etc…

Pour ou contre ?Nous sommes comme invités à choisir d’emblée notre camp. À l’instar de n’importe quel quidam du café du commerce nous y allons de notre avis. Jamais donc nous ne pouvons lire ou entendre un événement de façon neutre. Être « neutre », du latin neuter, ni l’un ni l’autre – qui dans un conflit, une discussion, un désaccord, ne prend parti ni pour l’un ni pour l’autre, est-ce donc mission impossible ?

Ce phénomène ne vaut-il que pour les faits d’actualité ou existe-t-il aussi pour les événements de notre vie ?

En réponse, il me revient immédiatement l’incident suivant,mon actualité personnelle.
Dans le cadre de travaux sur ma maison, une grande échelle fut déployée pour atteindre le toit puis laissée là. Le samedi suivant un grand vent a renversé l’échelle qui est tombée
avec vacarme en écrasant en partie la clôture du voisin. Il n’en fallut pas plus pour qu’immédiatement se lève en moi une grosse colère vis-à-vis de mon cousin qui certes m’avait
prêté l’échelle mais qui avait quitté le chantier sans prendre la peine de m’aider à ranger l’échelle !
Pas question en cet instant de nuancer mes propos, j’étais forcément victime de la négligence de mon cousin ; « il ne se rend pas compte, ça lui est égal de me mettre dans l’embarras ! Quel imbécile ! »
Je n’ai qu’une idée, lui régler son compte par une volée de reproches bien sentis.
Cet exemple des plus ordinaires nous montre bien que nous sommes incapables dans l’instant de percevoir ce qui se trame en nous.

La guerre intérieure : une victime et un bourreau
J’ai besoin en la circonstance de ranger les protagonistes de l’événement en deux camps : d’un côté, moi, le pauvre malchanceux victime de cette grave négligence, de l’autre, mon affreux cousin qui dans sa désinvolture me crée des problèmes.
D’où me vient ce besoin de lire l’événement en me considérant comme la victime ?
C’est comme s’il y avait en nous une force irrépressible nous incitant à lire l’événement selon un point de vue orienté.

L’effet miroir
Cette négligence que je souligne chez mon cousin, me renvoie à la mienne. Car en examinant de plus près l’événement je suis obligé de reconnaître que j’avais pensé à plusieurs reprises qu’il me faudrait déplacer cette échelle car un vent fort suffirait à la renverser ; or j’ai bizarrement ignoré ces pensées comme si j’avais voulu que cela se produise ! Je savais et je n’ai rien fait.
C’est déjà un premier niveau de lecture de l’événement que de consentir à l’utiliser comme un reflet dans un miroir. Cette histoire d’échelle ne parle que de moi.

Poussons le jeu de l’exploration un cran plus loin…

Tout ressentir en fonction de son histoire personnelle?

… Pour lire la suite et la totalité de l’article, REFLETS n°14 pages 23 à 25

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Une vie simple – Rencontre avec Christian BOBIN

Une vie simple

Rencontre avec Christian BOBIN

Christian ROESCH

Ce qui frappe de prime abord dans la rencontre avec Christian Bobin, c’est la simplicité. Pas loin de son Creusot natal, il habite, en pleine campagne à la lisière de la forêt, une maison toute simple, à son image, sans aucun décalage. Sans internet ! Que nous sommes loin « des milieux littéraires » !
Cet amoureux des mots, des humains s’émerveille continuellement. Un rien l’enchante : un silence, un regard, un chant d’oiseau… et la page blanche pour dire la beauté délicate de toute vie.

Christian BOBIN

Extraits…

D’où vient votre foi magnifique dans la vie ?
De tout ce qui apporte une très bonne nouvelle, que mes yeux grossiers ont du mal à déchiffrer, mais dont ils reconnaissent la vérité. Le messager peut être un oiseau, la fleur de l’aubépine, la pensée d’une personne disparue, une phrase dans un livre ou un fragment de lumière. Si je cherche une source plus identifiable, je vous dirai : c’est mon père. Mon père était un sage qui ne savait pas qu’il l’était. Ouvrier dans la grande usine du Creusot, il a ensuite pu devenir enseignant de dessin technique. Je suis sans doute son seul échec scolaire ! Mais il m’a instruit comme, je crois, on instruit vraiment, c’est-à-dire par sa présence, par ce qu’il était plus que par ce qu’il disait. Et je l’ai vu grandir comme je continue à le voir grandir au-delà de sa mort car les choses ne s’arrêtent jamais. Il accueillait tout le monde comme si chacun était unique. Il était attentif aux personnes indépendamment de leur costume, de leur richesse, de leur crédit social. Il aimait les gens profondément. Il pensait aussi que le simple fait de vivre suffisait à tout. Il n’était pas quelqu’un d’écriture ou de longue parole. Pour lui, la vie répondait en silence aux questions que nous pouvions lui poser. J’ai senti sur moi le souffle d’une confiance toujours présente, en moi. Et pour lui, pour cet homme, mon père, j’ai une gratitude, une dette que j’ai la joie de voir grandir tous les jours. D’ailleurs pour moi, écrire c’est juste témoigner de ce qu’on a vu, pas plus, pas moins.

Vous parlez souvent de l’ange, une présence familière.
Ce que j’appelle ainsi, ce sont juste les moments les plus subtils de la vie qu’on peut tous connaître. Les anges sont à la pointe de la fleur de la vie, du côté le plus fin, mais parfois aussi piquant. Ils peuvent provoquer un petit retrait si on s’approche trop, mais ce sont des flux de la vie, des passages vitaux très subtils que chacun de nous connaît, comme cette délicatesse qui vient alors aux hommes. Ce que connaissent aussi à merveille les nouveaux-nés, non pas qu’ils soient des anges, mais de leur petite poigne rose ils arrivent à attraper la tunique de Dieu, tant elle est frêle cette main, tant elle est sans prétention. Quelque chose vous parle comme jamais et pourtant ça ne passe pas par des mots. Par exemple en musique, en entrant dans l’intervalle entre deux notes de Bach ou de Mozart : cet intervalle est absolument infini.
Le monde nous habitue à des expériences très grossières, pour des raisons mercantiles on force le bruit, les couleurs, les images, on force l’énergie, la vitalité devient mauvaise, la volonté se durcit. À l’opposé, on peut faire des expériences d’une incroyable finesse. Les anges passeraient là mais sans ressembler à l’imagerie habituelle ou à la peinture très belle d’un Fra Angelico. Ce sont les moments où notre cœur aune délicatesse de dentelle de Bruges, où l’on sent quelque chose d’aussi délicat et étrangement invincible. C’est ainsi que je les vois aujourd’hui. Pour Jean Grosjean, les anges sont des facteurs, ils nous amènent quelque chose, à charge pour nous de savoir le lire.

Votre regard plonge au cœur du simple, de l’ordinaire.
En fait c’est le seul bien que nous ayons, tout se trouve là. Je vois ici un verre d’eau sur la table et je ressens la présence incroyable, presque écrasante, de ce verre d’eau parce que
ces choses-là, si pauvres, sont les seules qui seront encore là dans les heures épuisantes. Je me souviens d’un rosier dans le noir d’une nuit d’été et d’être comme tué par son parfum. La vie ordinaire ne cesse de vouloir nous aider. Nous sommes fous de vouloir aller dans le spectaculaire, de croire qu’il faut toute une machinerie pour nous émerveiller. Rien de plus émerveillant que le vivant, que l’éphémère, que l’ordinaire.

Christian Bobin bis

Une question devant cette critique du monde moderne, vous êtes parfois aussi sévère avec l’institution religieuse. Que diriez-vous pour la défendre ?
Par exemple que sans elle on n’aurait pas les plus beaux textes du monde et grâce aux prêtres, ou aux rabbins – je pense aux trois religions du livre – on peut ajouter le bouddhisme aussi, sans ces hommes il n’y aurait pas ces choses-là. Donc, on peut dire que l’Église est lourde, fautive et essentielle. Parce que qu’est-ce que je saurais moi du Christ si le maître livre qui rapporte ses propos n’avait pas été transmis depuis deux mille ans jusqu’à moi. C’est le travail de l’Église, de nous transmettre les plus beaux textes, la réserve de nourriture essentielle, le pain sans lequel on mourrait de faim, c’est ça l’Église, juste des traces de doigts sur ce livre.

livres

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°14 pages 74 à 80

Décyptez vous-mêmes l’actualité – Christian Roesch

Dans l’éditorial du numéro précédent, nous vous proposions de décrypter l’actualité, par vous-mêmes, comme nous essayons de le faire chaque trimestre.
Quelle gageure ! Nous relevons le défi que nous nous sommes donné.
Que voulons-nous dire par ce titre « Décryptez vous-mêmes l’actualité » ?
De nombreux médias ont pour objectif de donner du sens. Mais quel sens ? Politique ? Social ? Féministe ? Religieux ?
Nous avons choisi un autre axe : la lecture spirituelle. C’est le non-sens de ce qui arrive dans le monde autant que dans notre vie qui est douloureux. C’est une source d’inquiétude, d’angoisse provoquant parfois des gestes d’anéantissement alimentant les médias et entretenant un sentiment d’impuissance. Le non-sens est désespérant.

Reflet dossier 14

Décrypter
Selon notre éthique, c’est mettre en relation notre monde intérieur avec le monde extérieur. Chacun sait plus ou moins que nos organes des sens filtrent les informations reçues.
Les yeux, les oreilles, le toucher trient donc, déforment, chacun à sa manière, selon son histoire personnelle. Mais savons-nous précisément ce que laisse passer et ce que retient le filtre ? Si nous ne le savons pas, que pouvons-nous connaître de la réalité ?
Les rédacteurs de REFLETS font ce travail de connaissance sur eux-mêmes, tentant de percevoir au-delà de « leur » propre filtre.

Vous-mêmes
Cela change tout. Le filtre de celui qui écrit l’article n’est pas le vôtre. L’auteur aboutit à une certaine (au sens de sûr et relatif) perception de la réalité. Votre histoire reconnue,
acceptée, aimée vous mènera à une certaine perception, différente et tout aussi juste. La vôtre vous mettra en joie car elle participe à l’ordre des choses. Trouver de la joie avec l’actualité, même la plus sombre, n’est pas banal.

L’actualité
Ce sont les événements du monde communs à tous les lecteurs. Mais apprendre à les décrypter vous-mêmes ouvre la possibilité de comprendre votre actualité personnelle. C’est-à-dire les événements heureux ou malheureux qui vous arrivent. Heureux, ils ne demandent aucun effort,
seulement déguster et remercier ; malheureux, ils méritent de s’y arrêter. Mettre du sens enlève au moins 80 % de la souffrance.
L’apaisement fait apparaître l’ordre des choses. Certains, dont je fais partie, le qualifieront de divin, car en soulevant le filtre, c’est un autre monde qui apparaît. Vaste, lumineux, paisible. Comment ne nous ferait-il pas envie ?
C’est le but de REFLETS.
Dans les années 80, Gitta Mallasz ( Scribe de « Dialogues avec l’ange » Ed. Aubier-Flammarion ) montrait à Bernard Montaud comment regarder le « J. T. » (Journal télévisé) sans être désappointé par les douleurs du monde. Elle regardait les événements comme si elle posait ses yeux sur une cour de récréation d’école primaire, avec la même tendresse amusée. Puis Bernard Montaud a enseigné à son tour cette lecture en développant le mécanisme pour arriver à ce regard miséricordieux. Ensuite, nous avons bâti une méthode pour écrire sur l’actualité. C’est de cette lignée que nous souhaitons vous faire profiter pour cesser d’être ballottés devant les drames permanents présentés par les médias.
Bien sûr, cela n’est pas gagné en une fois. Décrypter demande un effort d’un genre inhabituel puisqu’il s’agit d’aller voir en soi-même. C’est la clef de toute connaissance.
Pour vous accompagner vers votre décryptage, nous avons choisi parmi l’actualité un sujet difficile :

Le conflit israélo-palestinien
– Parce que c’est un sujet récurrent. Ce dossier sera encore utilisable pendant des années.
– Tout le monde a une opinion.
– Ce sujet est hypersensible. Nous l’avons vérifié devant le refus de nombreuses personnalités à répondre à quelques questions. Le problème est complexe car y interviennent l’histoire récente, le génocide nazi, l’histoire ancienne avec l’expansion de l’Islam dès le VIIIe siècle, l’histoire biblique encore plus ancienne, les religions monothéistes reconnaissant les mêmes prophètes, les soutiens actuels de part et d’autre en vertu de ceci ou cela.

Préparer ce dossier nous a convaincus de deux choses :
– Que c’est une des grandes plaies du monde.
– Qu’il n’y a pas de neutralité véritable. Nous avons entendu « équité » renvoyant les parties dos à dos. Ou : « moi, je ne prends pas partie » Ou : « Il faudrait arrêter la violence dans
les deux camps ». Chaque point de vue exprimé montre une souffrance intérieure s’extériorisant dans une empathie pour les victimes d’un côté ou de l’autre ou des deux
côtés. Mais quid des combattants, des commanditaires, des manipulateurs ? L’empathie pour les victimes est assez spontanée. Celle pour les bourreaux est plus rare. Pourtant
s’élever nécessite de comprendre aussi les bourreaux. Il faut du temps pour percevoir que nous ne sommes pas que victimes, mais que nous sommes aussi des bourreaux pour autrui. Nous n’avons pas très envie de voir cet aspect de nous. (Lire l’article « Pauvre victime ! » page 25)
Merci aux personnalités qui ont accepté de répondre à nos quatre questions sur ce conflit. Elles montrent qu’il existe d’autres approches que la nôtre. Toutes sont justes quand elles aboutissent à un apaisement.

Article d’introduction du Dossier  » Décryptez vous-mêmes l’actualité  » REFLETS n°14 pages 18 et 19

Alexandre Men , un précurseur de la renaissance du christianisme – Gérard Fomerand

Quand en 1935 Alexandre Men naît au monde, la Russie traverse l’une des périodes les plus sombres de sa longue et souvent tragique histoire. Le régime stalinien est au faîte de sa puissance et une meurtrière chape de plomb s’est abattue sur ce qui était devenu l’URSS. Le christianisme, sous sa forme orthodoxe héritée de Byzance, est devenu une spiritualité des catacombes.

Alexandre Men

La plupart des monastères et des églises ont été fermés, voire détruits, plus de 100 000 prêtres, moines et laïcs ont été fusillés et des centaines de milliers envoyés au goulag. Un athéisme d’État oscille entre persécutions et phase de paix relative. Mais, jusqu’à la fin des années 1980, l’atmosphère générale est faite d’exclusion, de « délit » non dit de christianisme, et l’une des faces de la répression était l’envoi en hôpital psychiatrique. Une grisaille désabusée va croissante dans ce désert spirituel qu’est devenue la Russie.

Celui qui deviendra le père Alexandre Men, car il est ordonné prêtre en 1960, va donc traverser toute cette période d’un stalinisme déclinant et de la grande désillusion de la société russe face à l’utopie sanglante qui promettait un univers radieux. Il fait partie de cette constellation d’étoiles qui, peu à peu, vont faire renaître dans les personnes leur soif d’une verticalité spirituelle dans le monde de l’horizontalité matérialiste qu’était devenue l’Union soviétique.

Un homme de tradition et d’ouverture
Le Père Alexandre Men plongeait ses racines spirituelles dans l’univers de la tradition théologique, ascétique, mystique et contemplative de l’Orient chrétien. Profondément historien de goût et de pratique, il écrivit un monumental ouvrage, Les sources de la religion, et des chefs-d’oeuvre comme Le Fils de l’Homme ou Le ciel sur la terre. Ses livres ne seront jamais publiés de son vivant en Russie, mais à l’étranger. En 1986, le KGB lance contre lui ce qui sera l’ultime offensive en l’accusant d’avoir organisé des cercles religieux. Commence alors la période de la perestroïka qui, avec la célébration en 1988 du millénaire de la christianisation de la Russie, va enfin ouvrir les portes de la liberté après 70 ans de persécution.

Ce n’est qu’à partir de cette année 1988 et jusqu’à sa mort tragique en 1990 qu’il donnera la pleine mesure de son charisme prophétique qui avait été si longtemps occulté par la terreur d’État. Durant cette courte période de trois années, il va multiplier les conférences, passages à la télévision, entretiens avec des journalistes russes et occidentaux. Le 19 octobre 1988, il parle dans une école de Moscou. C’était la première fois depuis 1917 qu’un prêtre était autorisé à évoquer en public le témoignage de l’Évangile.

chapellePremière chapelle érigée sur le lieu de son assassinat

Le Père Alexandre Men fascinait et dérangeait simultanément. Des milliers d’hommes et de femmes affluaient aux liturgies qu’il célébrait et cela dérangeait aussi bien les derniers
îlots de soviétisme que certains courants traditionalistes orthodoxes ou franchement antisémites. Et, au petit matin du 9 septembre 1990, il est assassiné à coups de hache donnés par-derrière alors qu’il allait prendre son train pour se rendre dans sa paroisse. Les responsables de ce meurtre ne furent jamais identifiés, ce qui est souvent le cas dans l’histoire récente de la Russie. Étaient-ils des orthodoxes traditionalistes ulcérés par l’oecuménisme du Père Men, des agents de la police politique ou tout simplement des antisémites ? Nul ne le sait à ce jour.

Dans un étrange et prophétique paradoxe, la veille au soir, le 8 septembre 1990, il donnait sa dernière conférence publique à la maison de la technique de Moscou, conférence au titre
prémonitoire « Le christianisme ne fait que commencer ».

Mise en page 1Lire la totalité de l’article …REFLETS n°13 pages 72 à 75

Vie spirituelle et alimentation-Bernard Montaud

Bernard Montaud a fondé, il y a plus de trente ans, Art’As, une voie spirituelle. Ses recherches prennent une autre dimension en 1985 lorsque Gitta Mallasz – dernier témoin des Dialogues avec l’ange – vient vivre auprès de lui et de son épouse. En 2006, il crée le Centre des Amis de Gitta Mallasz d’où il transmet son enseignement renouvelé, en France et à l’étranger.
www.lesamisdebernardmontaud.org

Bernard Montaud

Quelle est la place de l’alimentation aujourd’hui dans votre vie ?
Elle a la même place que le reste. Elle est simplement arrivée plus tardivement que la sexualité, que mes repos, que les autres secteurs de la vie courante qui étaient entrés tout naturellement dans ma vie spirituelle. Mais elle a la même juste place que tout ce qui la compose. C’est-à-dire que j’apporte beaucoup de soin à ce qu’est pour moi manger juste. Et mon « manger juste » n’est pas le manger juste du diététicien, n’est pas le manger juste du médecin, c’est mon manger juste. Je veux dire que manger juste, pour moi, c’est pratiquer chaque fois que je me surprends à manger faux et m’accepter dans cette erreur. Donc voilà, la nourriture est entrée dans ma vie spirituelle comme d’autres secteurs de la vie y étaient entrés auparavant.

Est-ce que vous êtes partisan de l’alimentation bio ?

Je suis partisan de l’alimentation de là où nous sommes et de ce que nous vivons. Je ne suis partisan d’aucun sectarisme et d’aucun intégrisme ou quoi que ce soit. Je pense que manger est une activité humaine qui, à ce titre, comporte donc forcément nos traces traumatiques, et il nous faut rencontrer celui qui se construit ou se détruit à travers bien manger ou mal manger. Ce n’est pas le bio qui nous fait bien manger, c’est notre histoire acceptée et aimée qui nous fait bien manger. « Est-ce que je vis bien avec mon passé ou est-ce que je vis mal avec mon passé ? » C’est ça qui nous fait bien ou mal manger. Ce n’est pas manger bio ou pas bio. C’est : « Est-ce que j’ai suffisamment dit ‘je t’aime’ ou est-ce que je mange pour compenser mon manque d’expériences amoureuses ou mon manque de déclarations amoureuses ? »

Que pensez-vous des régimes alimentaires ?

Rien de bien. Je pense que l’alimentation comporte deux étages. Un premier étage appartient à un plan de conscience déposé au fond de nous et hérité du monde animal et qui est : manger à sa faim. En Occident, on est rarement confronté à la limite de ne pas manger à sa faim. On est toujours trop en train de manger au-delà de notre faim. Mais c’est un premier niveau d’expérience : « Ai-je mangé à ma faim ? » Là intervient le problème de la satiété, mais qui relève d’une attention à soi-même. Est-ce que je suis présent quand je mange au point de savoir que je n’ai plus faim ? Ou est-ce que je suis absent quand je mange au point de ne même pas savoir que je me ressers alors que je n’ai plus faim ? Il y a donc un problème de présence à soi pendant l’alimentation. Nous mangeons avec notre histoire.
Se nourrir comporte aussi un deuxième étage : c’est l’expérience du plaisir de la dégustation. La dégustation, ce n’est pas pour manger à sa faim, ce n’est pas pour ne plus avoir faim. La dégustation, c’est prendre du plaisir. C’est donc autre chose, et que le monde animal ne peut pas
savourer. L’animal, lui, mange uniquement à sa faim. Alors que déguster, c’est le plan de conscience propre à l’ego, le plan de conscience du « moi ». « Quel est mon plaisir à moi ? Est-ce que je me reconnais dans mon plaisir ? Est-ce que je peux affirmer ma personne dans mon plaisir ? » C’est un peu ce que découvre l’adolescent dans la sexualité : « À partir du moment où j’ai droit à mon orgasme, c’est bien moi. » Le « moi », ici, s’établit à travers mon orgasme, mon plaisir : c’est bien moi. On retrouve le même principe dans l’alimentation. Elle se situe entre ces deux satisfactions : une satisfaction de « je n’ai plus faim » et une satisfaction de « j’ai eu du plaisir, j’ai aimé ».

Est-ce qu’il n’y a pas au-dessus une autre nourriture, spirituelle cette fois ? Vous l’avez évoqué en parlant de vos périodes de jeûne.

Bien sûr. Et je pense que ce n’est pas par hasard que toutes les voies spirituelles invitent à des expériences de jeûne, à des expériences de nourriture contrôlée, à des expériences de nourriture maigre. Je pense que ce n’est pas par hasard que les monastères ne sont pas réputés pour être des grandes tables gastronomiques françaises. Ce n’est pas par hasard qu’il y a une frugalité de l’alimentation pour stimuler l’alimentation divine, l’alimentation de la prière, l’alimentation de la louange, l’alimentation de l’expérience spirituelle. Je crois que quand on regarde bien la nature de l’expérience spirituelle, on s’aperçoit qu’il y a souvent nécessité de sacrifice alimentaire et de sacrifice sexuel pour rencontrer un faire l’amour et un manger ailleurs, faire l’amour avec autre chose et manger autre chose. Donc évidemment qu’il y a des ponts spirituels dans l’alimentation.

Pour lire la totalité de l’article…REFLETS n° 13 pages 34 à 37

ARCABAS- peintre habité par le sacré

Jean-Marie Pirot – connu internationalement sous le nom Arcabas – et son épouse Jacqueline – un couple aimant, si vivant à l’âge de la sagesse – nous reçoivent dans leur jolie maison à Saint Hugues de Chartreuse, pas trop loin de l’église qu’il a décorée pendant tant d’années. Arcabas se défend d’être un peintre d’art sacré. Pour lui tout est sacré. Peindre un sujet profane ouvre aussi sur le sacré. Aujourd’hui à 88 ans il s’assied plus de dix heures par jour devant son chevalet : ainsi, il manifeste l’attitude « adorante » qui guide sa vie.

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Pourquoi à l’âge de 26 ans, vouloir décorer une église ?

À 17 ans, j’étais un « Malgré nous », enrôlé de force sous l’uniforme allemand. Je me suis évadé et je suis parti à Paris où j’avais un frère qui m’attendait. J’étais un fils à part dans ma famille de catholiques. Ma maman et mon papa étaient de fervents croyants qui n’ont pas imposé à leurs enfants de suivre la voie normale. Quand j’arrive à Paris, je me fous pas mal de la religion et de tous ses problèmes et je m’inscris à l’École Nationale Supérieure des Beaux-Arts. J’y rencontre un ami, un gars du Nord, un bon vivant. Dans
un appartement plus ou moins abandonné du boulevard de l’Opéra, il faisait une illustration de la Bible, commandée pa un quidam. Il me tenait un langage étrange avec des citations de l’évangile que je comprenais mal car je ne l’avais pas encore lu. Et un jour, je me suis dit qu’il fallait que je lise ces évangiles d’où sortaient ces propos étranges avec une certaine beauté cachée.
Je les ai lus et j’ai eu une espèce de coup de foudre. Quelque chose s’est fait lentement, par degré de prise de conscience et je suis devenu celui que j’étais. Quand j’ai quitté l’École des Beaux-Arts, j’avais 21 ans, ma vie commençait enfin. Je me suis mis à rêver un peu à vouloir faire mon Michel-Ange. Et j’ai cherché des églises où des murs pourraient m’être proposés, en Savoie en particulier. Mais les responsables religieux n’ont pas osé faire confiance à un jeune artiste sortant de l’école.

Quand vous avez commencé la décoration, qu’aviez-vous en tête, une vue d’ensemble ?

Oui, même s’il m’a fallu trois phases et trente années pour tout réaliser. Lors de la première phase des travaux (en 1952), j’ai peint des toiles de jute sur les murs et puis curieusement j’ai peint les arcs-doubleaux en orange comme si c’était une barque renversée.

eglise de cluse

En fait, je me demandais pourquoi avoir fouillé des espaces supérieurs de l’église alors que je n’y avais rien fait. Mais pourquoi ? J’ai eu peur d’avoir raté l’église. En 1973, de retour du Canada, j’ai compris qu’elle n’était pas ratée, mais simplement non terminée. Je devais intervenir à nouveau. J’ai été prémonitoire de moi-même et ce sont des choses secrètes dont on ne peut pas parler. Le mot « inspiration », je l’utilise très peu parce que je me sens d’abord un artisan.

Qu’est-ce qui guide vos mains ?
Ce sont mes anges qui sont là.

C’est étonnant que vous ayez tant duré sur cette oeuvre-là. Qu’est-ce qui vous a motivé pour continuer si longtemps ?

Un peintre ne peut pas abandonner une œuvre qui est en route, qui ne respire encore pas, mais qui va le faire si vous lui donnez un peu plus d’amour.

les pélerins d'EmmaüsToile – Les pélerins d’Emmaüs

Parmi mes chantiers, Saint-Hugues est le plus précieux, le plus fini, le plus complet. Mais à Bergame, en Italie, j’ai un exemple similaire. Même dans l’architecture, je suis intervenu. J’ai tracé tout le chemin que doit tracer un peintre quand il a la chance de vivre. C’est une question de fidélité et de coeur.

Pour lire la totalité de l’article…REFLETS n°13 pages 76 à 81

Je remercie de ce que je reçois – André Cognard

André Cognard enseigne sur les cinq continents l’Aïkido reçu de son Maître,Kobayashi Hirokazu Sensei, au sein de la fédération Kokusai Aikido KenshukaiKobayashi Hirokasu Ryu Ha (Aïkido Kobayashi). En particulier au Japon qu’il connaît dans son âme comme en témoignent tous ses livres. (Voir Reflets n°4 et 7)

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Les religions se sont de tout temps intéressées à la manière de manger. Elles ont essentiellement posé des interdits, peu de préconisation. Il y a pourtant une cène qui nous interpelle à propos de la convivialité. Si vous êtes réunis et partagez, alors vous mangez le divin. Cette question du partage est plus que jamais d’actualité.Les guerres s’enracinent toujours dans des questions identitaires dont le substrat est un amalgame de religion, de culture, de tradition qui masque la peur inconsciente de perte de soi. Bien sûr, la mort est là, menace qui plane réellement sur ceux qui ne mangent pas à leur faim, mais aussi dans la mémoire ancestrale de ceux qui mangent suffisamment. Alors, ils mangent trop, meurent de trop manger et font mourir de faim ceux qui manquent du minimum vital. Il est bien question de partage. Si nous continuons à manger de grosses quantités de viande, nous occupons, pour faire croître la nourriture des animaux, les terres qui produiraient les céréales pour nourrir ceux qui en manquent. Combien de kilos de céréales et de fourrage pour faire un kilo de viande ? Nous épuisons la terre et la polluons gravement et nous faisons souffrir les animaux à qui nous donnons des conditions de vie et de mort épouvantables. Viennent s’y greffer les conséquences sur la santé humaine : pesticides, engrais, antibiotiques, hormones utilisés pour cette production de viande ingérés au bout de la chaîne par le mangeur. En réponse aux objections éventuelles je ferai une courte liste non exhaustive : la grippe aviaire, la vache folle, la tremblante du mouton, etc…

Ce droit à faire violence aux animaux et aux humains dont on sait qu’ils sont dans le manque, ce droit que nous nous arrogeons est la porte ouverte à toutes les violences.

Mon maître m’enseignait presqu’autant à table que sur les tatamis. Il considérait que manger ne pouvait jamais être un acte banal de réponse à un besoin biologique. C’était ainsi à condition que ce besoin soit exprimé avec toute sa puissance symbolique, celle d’élever les hommes en les réunissant. Pour cela, il voulait que tout repas, même le plus courant, soit une fête : réjouissons-nous, nous sommes réunis et le besoin de manger nous montre que nous sommes en vie.
À présent, accordons la plus grande attention à ce que nous mangeons car cela nous est donné. Recevons en conscience : Itadakimasu en japonais ne signifie pas « bon appétit » comme cela est souvent traduit, mais bien « je remercie de ce que je reçois».

Lire la totalité de l’article… REFLETS n°14 pages 42 à 44

Bertrand VERGELY – Rencontrer son maître intérieur

Ancien normalien et agrégé de philosophie, Bertrand Vergely enseigne à l’Institut de Théologie Orthodoxe de St Serge. Il intervient dans les Unités de soins palliatifs, à Tourset à Reims, pour aborder le sens à donner aux expériences de souffrance et de mort.

Trois aspects de Bertrand Vergely nous ont frappés lors de cette rencontre :
– la clarté de sa pensée, loin des errements noueux de la philosophie habituelle.
– l’affirmation de son point de vue : Bertrand Vergely est un homme rayonnant d’une certitude issue de sa pratique.
– son courage ; non pas celui des héros de jeux sur écran, mais dans sa hardiesse à parler de l’obéissance à Dieu, qui conduit à la vérité, à la vraie vie.
Au fil de l’entretien nous en comprenons la cause. Bertrand Vergely nous dit sa rencontre bouleversante avec son maître intérieur qui le guide jusque dans ses mots.

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Si la philosophie est une sagesse, la foi se nourrit d’actes. Dans quel domaine se situent vos actes ?

Tout dépend de ce que l’on appelle acte et de ce que l’on appelle sagesse. Dans Les fondements de la métaphysique des moeurs, Kant rappelle bien ce qu’agir veut dire au sens philosophique, quand il souligne qu’une action agit non pas simplement quand elle agit, mais quand elle agit
moralement. Cela vaut pour la philosophie ainsi que pour la foi. On agit quand l’action que l’on déploie donne à penser, et quand elle fait retentir quelque chose de transcendant. En ce sens, mes actes se situent autant dans ma parole que dans mes écrits. La vie m’a mis là où je suis aujourd’hui. Ce n’est pas pour rien, ni par hasard. Elle m’a dit, non pas d’agir au lieu d’enseigner, de parler et d’écrire, mais d’être agissant par l’enseignement, par la parole et par l’écriture. C’est donc là où se situe mon action. Je m’efforce d’être agissant là où la vie m’a mis, en enseignant, en parlant et en écrivant de tout mon être.

Avez-vous une pratique qui permet d’y accéder ?

C’est toute la vie qui permet d’y accéder. Dans la tradition orthodoxe, cela commence par la liturgie et, avec elle, la communion. L’essence de l’être se trouve là. Dans la participation pleine et entière à la plénitude de la vie symbolisée par le Christ. Cela passe également par la prière, notamment la prière du coeur qui, nous amenant à nous sentir petits devant l’immense, nous met dans un état d’extrême attention. Quand on est dans la vie liturgique ainsi que dans l’attention extrême donnée par la pensée, une rencontre bouleversante se fait : celle de ce que l’on peut appeler « le maître intérieur ». Il y a en nous un Autre qui sait qui nous sommes. Saint Augustin l’appelle « cet étrange étranger plus intime à moi-même que moi-même ». Cet Autre, cet étrange étranger nous guide quand on se laisse guider par lui. D‘une extraordinaire justesse, c’est lui qui fait que l’on devient agissant. C’est lui qui permet de le devenir. La notion de dialogue prend un sens, le dialogue étant le Logos qui nous traverse de part en part. Et devenant une réalité, ce dialogue nous fait comprendre ce qu’agir veut dire, agir voulant dire vivre et faire vivre ce qui permet à la vie de s’accomplir. En fait, la vie spirituelle nous permettant d’aller dans les profondeurs de nous-mêmes, celle-ci est la matrice de toute action en permettant à la vie de s’accomplir. Ce qui est le sens de l’action pleine et juste.

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Ce Maître Intérieur correspond-il au Paraclet dans l’Évangile de Jean ?

Oui et non. Le Paraclet renvoie à une dimension à la fois ontologique et eschatologique, le Christ désignant le modèle de l’Homme accompli à travers l’unité du Ciel et de la Terre, du visible et de l’invisible dans le cadre de la Personne avec un P majuscule. Le Maître Intérieur désigne une réalité intime sous la forme d’une rencontre avec cet Autre en nous qui sait mieux que nous-mêmes qui nous sommes et ce dont nous avons besoin. Si le Paraclet dévoile les secrets
de l’univers et plus précisément du mystère de la création, le Maître Intérieur dévoile les secrets de notre être.

Pour lire la totalité de l’article, REFLETS n°14 pages 67 à 71

Le bio, c’est mieux! Jean-Marie PELT

Défenseur de l’agriculture biologique, Jean-Marie Pelt, ancien enseignant à la faculté des sciences de METZ, a fondé ou fait partie de nombreux organismes dont l’Institut Européen d’Écologie. Il est très sollicité par les médias sur les problèmes de sécurité alimentaire ou encore sur l’impact des pesticides sur l’environnement et la santé.

Jean Marie Pelt

Est-ce que vous préconisez une alimentation bio ?
Oui, et pour plusieurs raisons. La première parce que, à poids égal, la richesse en nutriments est plus importante.Donc, quand on dit que le bio c’est plus cher, c’est peut-être un peu plus cher mais il faut tenir compte de cette richesse en nutriments plus importante et de la moindre quantité d’eau.

La deuxième raison, c’est parce que dans le bio, il n’y a pas de pesticides. Le lien entre les pesticides et la santé est un vaste débat. J’ai consacré plusieurs mois à étudier la question pour écrire un livre sur les pesticides intitulé Cessons de tuer la terre pour nourrir l’hommeet j’en suis sorti assez pessimiste. Au vu des résultats des investigations récentes, notamment sur la reproduction sexuelle, la stérilité masculine, la maladie de Parkinson et le cancer nous avons affaire à des maladies qui sont en partie liées à des pesticides. Le bio n’en contient pas ou seulement des traces infimes. Ce sont deux raisons importantes.

Et la troisième c’est l’éthique du paysan bio. Il a un lien chaleureux avec la terre. C’est un gardien de la nature. Il ne va pas épuiser les sols. Il va au contraire les enrichir. Pour ces trois raisons j’ai toujours été convaincu de la nécessité, chaque fois que c’est possible, de manger bio.

Est-ce que l’alimentation est le facteur principal de la santé ? N’y a-t-il pas des nourritures qui sont plus importantes pour la santé ?
Que les nourritures physiques ? Oui bien sûr. Les nourritures spirituelles. Tout est cohérent, tout se tient. Dans la recherche de l’harmonie, il faut jouer sur de nombreuses touches pour avoir une symphonie. Or nous vivons dans un monde de cacophonie, d’absence de cohérence, où on fait des petites choses dans tous les sens qui se contredisent souvent.

Pour lire la totalité de l’article, Revue REFLETS n°13

pages 26 et 27

Donner envie de changer le monde – Nicolas Hulot

Envoyé spécial du Président de la République pour la protection de la planète et président de la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l’Homme, Nicolas Hulot aime rappeler qu’il « n’est pas né écologiste, mais qu’il l’est devenu ». L’aventurier qui a parcouru la planète en est tombé amoureux. Citoyen du monde, il milite ardemment pour que sa protection soit le fondement d’un regard nouveau respectueux de la vie. www.fnh.org

Nicolas Hulot

L’écologie n’est-elle pas attendue ailleurs qu’à un niveau politique ?

Le préalable pour sortir des crises, c’est d’être capable de s’extraire de la politique partisane. Les paramètres du XXIe siècle n’ont plus rien à voir avec ceux du XXe siècle, mais les grandes formations politiques traditionnelles n’ont pas changé de « logiciel ». Nous sommes dans des enjeux universels qui dépassent largement les fractures politiques du siècle précédent. Vous avez trois paramètres qui changent la donne et qui vont conditionner le modèle économique de demain, les relations géopolitiques et les relations entre communautés. Premier paramètre, la vulnérabilité. À cause de 150 ans d’activité industrielle, nous découvrons le seuil critique de résistance de notre écosystème, avec, au premier rang, les changements climatiques. Deuxième paramètre, la rareté. On est passé d’un monde d’abondance, si tant est que ce mot ait un sens pour de nombreux pays, à un monde de la rareté. Si on ne pilote pas la rareté des ressources naturelles, on bascule dans la pénurie. La pénurie, c’est la guerre, la guerre à tous les étages. On a été tellement puissant qu’on a épuisé notre capital en l’espace de quelques décennies ! Le troisième paramètre, alimenté par les deux premiers, c’est celui des inégalités parce qu’elles se creusent et sont visibles dans le monde connecté qui est désormais le nôtre. Les choses peuvent rester en l’état tant qu’elles sont cloisonnées et qu’elles s’ignorent.
Prenez un exemple très simple : une femme dont le bébé va mourir d’une maladie contre laquelle on a les médicaments de l’autre côté d’une frontière. Tant qu’elle ne sait pas qu’il existe un remède, elle considère que c’est le destin. Quand elle sait que, à quelques centaines ou milliers de kilomètres, son bébé pourrait survivre, vous créez effectivement les conditions de la révolte. Voilà les paramètres du XXIe siècle. Vous êtes obligés de partager, sinon vous aurez ces fractures dans le monde entier, selon des schémas auxquels personne n’avait pensé, différents des blocs est-ouest ou nord-sud, plus simplement, entre les riches et les pauvres.

Nicolas Hulot livre

Votre souhait le plus profond est donc de construire un nouveau monde. De quelle manière ?
Ce monde doit répondre à des équations compliquées, au premier rang desquelles : comment combiner les enjeux du long terme avec les souffrances du court terme. Il faut avoir sur le nez deux paires de lunettes simultanément, une pour voir de près, une pour voir de loin. Quand on regarde les deux en même temps, on voit trouble. On aura besoin du génie humain, d’outils technologiques, d’économie…
On aura besoin d’orienter, de hiérarchiser, de flécher des investissements. On aura besoin d’instruments politiques, c’est-à-dire de règles. Mais le plus urgent, c’est d’abord de comprendre comment nous sommes arrivés dans cette impasse. Qu’est-ce qui fait qu’à un moment les choses ont été dévoyées ? Malgré un succès indéniable de la science, pourquoi tout cela est-il en train de se retourner contre
l’homme ? Nous avons transgressé un certain nombre de valeurs, la notion même de progrès, en confondant progrès et performance, fins et moyens. Nous sommes dans une profonde crise de sens.

Vous avez foi dans l’homme ?
J’ai foi dans l’homme et dans l’humain. Dès lors qu’on le favorise, l’humain est comme une plante : il s’épanouit et révèle ce qu’il a de meilleur, mais si on l’anéantit… Or aujourd’hui, dans un monde connecté où tout s’expose, où tout se sait, les inégalités sont de plus en plus criantes et marquées, – Patrick Viveret le décrit très bien – des gens qui ne sont pas traités de manière équitable sur un plan démocratique, économique, sanitaire, basculent au bout d’un moment dans une forme de radicalité, parce que vous ne pouvez pas ajouter de l’humiliation à l’exclusion…

Pour lire la totalité de l’article… REFLETS n°13 pages 58 à 61

Alexandro Jodorowsky-Poète de la conscience

Certains pensent que la vieillesse est une déchéance. Ce n’est pas le sentiment que donne Alexandro Jodorowsky. Il s’agirait plutôt d’une étape puissante de l’existence où les mots se concentrent, le point de vue s’élève, l’activité se focalise sur l’essentiel. Bref, le vrai nom de cet âge serait la sagesse, quand l’existence a été remplie. Il nous reçoit chez lui, à Paris, dans son salon dont un pan est chargé d’objets souvenirs. Malicieux, attentif, chaleureux, il s’intéresse vraiment à son interlocuteur, choisissant ses mots avec précision et simplicité. S’il devait n’y avoir qu’un qualificatif pour le résumer, ce serait la bonté.

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Extraits…

Qu’est-ce que vous attendez encore de l’existence ?
Dans l’univers, je parle de moi comme quelqu’un qui regarde quelque chose. L’univers est en continuelle expansion. Tout est en train de changer et de grandir, de pousser. À mon avis, la vie pousse l’univers avec la conscience de la création d’une conscience. Mon cerveau est en train de pousser comme l’univers, comme le vôtre. Une grande partie du monde ne se rend pas compte que c’est pareil pour sa vie. Vous m’avez dit que vous avez eu un accident, vous avez changé. Et si vous n’aviez pas eu d’accident, vous seriez toujours un dentiste, quelle catastrophe ! C’est maintenant que vous êtes plus près de vous-même parce qu’il y a eu un changement. Vous avez grandi. Vous savez comment vous faire pousser.

Vous êtes sorti du moule dans lequel la famille, la société, la culture vous ont mis. On n’est pas ce qu’on est, on est ce que les autres veulent que l’on soit dès qu’on est bébé. Au moment où il y a un changement, on devient ce que l’on est, un être libre de grandir sans arrêt. Vous avez la réponse. Je réponds exactement comme je pense.

Alors, maintenant on va parler de votre dernier livre.
Quel était le but de ce livre ?
La poésie, c’est dire mon sentiment personnel. Rimbaud, Verlaine, Baudelaire ce n’est pas mon truc. Moi, j’admire le Tao Te King de Lao Tseu, les poètes qui parlent des livres sacrés. Pourquoi ne pas faire une poésie sacrée ? Je vais lire les chapitres du Yi King et je vais en faire la résonnance poétique. Je ne veux pas décrire les hexagrammes chinois mais je vais dire ce qu’ils m’ont évoqué. Ça s’appelle : À l’ombre du Yi Jing.

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C’est ce qui vous inspire. C’est aussi un livre divinatoire.
Si tu veux mais je ne l’ai pas utilisé comme tel. Mais on peut l’utiliser comme ça, comme le tarot. J’ai fait aussi un livre de tweets. C’est la chose la plus méprisée du monde et j’en ai fait un livre profond. Il m’a semblé que c’était un moyen d’exprimer quelque chose.

Votre livre est de la poésie qui parle au coeur, pas au cerveau. J’ai relevé l’hexagramme qui s’appelle «Lumière de l’ombre » (p. 54)

Que ta maladie te serve d’échelle.
Elle vient révéler l’endroit où ton esprit s’est pétrifié,
t’inviter à le transformer jusqu’à ce qu’il coule
telle une source au printemps.
Ne lutte pas contre elle, sa mission est de te
rappeler que seul le chemin éthéré te conduit
au réel, c’est-à-dire à toi-même.
Ce qu’on t’a dit que tu étais sans qu’en réalité
tu le sois est la maladie.
Aime ta prison mentale, grâce à elle tu crées
peu à peu une auréole.

Vous intéressez-vous au monde ?
Je lis le journal chaque jour, et vois comment le monde va mal. Ils se battent pour des frontières. Ça c’est faux. Ils sont dans l’illusion des choses. Il n’y a pas de pays, c’est une planète. On se bat pour des limites, comme celles de soi-même.

Que peut-on faire ?
Être patient. On ne peut pas changer le monde maison peut commencer à le changer. Comment faire ? En se changeant soi-même. Et pourquoi on veut se changer soi-même ? On se change pour enrichir le monde. Être meilleur pour rendre le monde meilleur, c’est le but.

Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°12 pages 63 à 69

Séjour bilan de vie au centre des amis de Gitta Mallasz

par Thérèse Roesch

En franchissant la grille de Touche Noire, mes yeux se posent sur la sérénité émanant du domaine. Je suis accueillie chaleureusement par Josiane, membre de l’équipe bénévole de l’association « Les amis de Bernard Montaud ». Cette association gère les séjours bilan pour toute personne qui souhaite venir faire un « stop » dans sa vie, une retraite, un recul.  Le but est de faire un break hors des sollicitations du monde extérieur pour tenter cette rencontre amoureuse avec soi.

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Une journée dans un rythme juste !
La journée commence par un réveil à son rythme, porté par les rêves de la nuit. Le petit déjeuner, en silence, est disponible jusqu’à 10h. Le début de matinée est consacré à un temps de dialogue intérieur avec cette partie qui sait en nous : qu’on l’appelle l’Ange dans la tradition chrétienne ou notre Intuition Géniale.
Dans la matinée deux activités sont proposées :
un temps d’étude sur l’enseignement de Bernard Montaud. Ce jour-là l’étude portait sur « le cycle traumatique » et m’a donné une logique et une cohérence sur mon propre fonctionnement répétitif.
un temps d’apprentissage de pratique sur un outil de transformation intérieure. Ce même jour il s’agissait de : comment transformer nos « il faut » quotidiens en « j’ai envie ». À midi, nous voilà tous réunis autour d’un repas avec Bernard Montaud. Temps convivial et très animé par toutes les questions posées par les personnes présentes ce jour-là. Nous étions plus d’une trentaine.
Après le repas, un temps de repos. Puis il est proposé quelques activités manuelles pour se détendre (vider la tête !), et ce pendant une heure. À 18h nous nous retrouvons pour ce point d’orgue de la journée, la rencontre avec Bernard Montaud. Sous le grand portrait souriant de Gitta Mallasz, chacun va tour à tour, dans une recherche de sincérité, se présenter tel qu’il est, avant de poser la question qui l’habite.

Qu’est-ce qui se joue dans ces réunions de 18h ?
Bernard Montaud : « Il se joue la répétition de l’expérience des Dialogues telle qu’elle nous fut enseignée par Gitta. Aujourd’hui, cette réunion, toujours facultative, est inclue dans un séjour où toutes les activités sont aussi facultatives mais permettent de faire un bilan de sa vie. C’est si important de savoir faire le point de son existence ! C’est si important de savoir où l’on en est par rapport à ses rêves, de savoir où l’on va, et quel sera le prochain pas pour aller vers la suite de sa vie. »

70-76 REFLETS 12_BAT.inddExtrait…
Bernard Montaud : « Ce sont des séjours où l’on doit pouvoir tout demander, tout entendre, tout vivre sans rien cacher. Ce sont des séjours de Vérité avec soi-même, pour se rencontrer enfin sans concession ! Ce sont des séjours où chacun offre le courage de sa sincérité, le courage de sa miséricorde devant ses propres misères, le courage de son amour envers autrui. C’est une ambiance particulière, vous savez ! Car quand l’humain est beau à ce point, c’est contagieux ! Gitta disait : « La bonne santé est tout aussi contagieuse que la maladie ». Et je crois bien que durant ces séjours nous y sommes parvenus.
Pour lire la totalité de l’article…Revue REFLETS n°12 pages 73 à 76

Etty Hillesum, une vie libre – Maryline Hubaud

Reflets propose une nouvelle rubrique : « destins remarquables » . Son but est de vous faire découvrir la vie de ceux qui ont marqué le XXe siècle par leur engagement lié à leur expérience spirituelle.
Rubrique écrite par Maryline Hubaud.

Jeune hollandaise d’origine juive morte à Auschwitz en 1943, Etty Hillesum a rédigé, durant les trois années qui ont précédé sa déportation, un journal remarquable où elle se révèle être une véritable résistance spirituelle face à l’horreur qu’est le nazisme.

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Extraits…

Au début de la seconde guerre mondiale – les armées allemandes ont envahi les Pays-Bas en mai 1940 -jeune fille délurée, insouciante, elle sort mais sent au fond d’elle un mal-être : « Tout au fond de moi il y a une pelote agglutinée… ». C’est pour se faire aider qu’elle ira consulter Julius Spier, un psychothérapeute disciple de Jung. Il devient très vite son ami, son amant et son maître à penser, ou comme elle dira plus tard « l’accoucheur de son âme ». Julius Spier a au départ une très grande influence sur la recherche intérieure d’Etty. Elle couche les effets de cette démarche introspective sur son journal. Elle a vingt-sept ans. « Toute ma vie, j’ai eu ce désir, si seulement quelqu’un me prenait par la main, s’occupait de moi…/… Je serai tellement heureuse de m’abandonner ».

Dès le début de cette recherche avec Julius Spier, elle écrit dans son journal ce qu’elle ressent, comment elle avance dans ce pas à pas d’introspection « Un peu de paix et d’ordre s’installait en moi…/… Tous les matins avant de me mettre au travail une demi-heure pour retourner vers l’intérieur de moi-même, rentrer en moi-même… L’homme est corps et esprit, une heure de paix, ça n’est pas si simple, cela s’apprend ».
Dans une grande sincérité elle livre cette quête, les outils et les moyens qu’elle se donne. Ce qu’elle aime chez Spier, c’est son combat avec lui-même ; il lui ressemble, à la fois très sensuel et très spirituel.

Et c’est l’alchimie de sa pratique, de sa quête, de ses rencontres, de cette ambition créatrice et de ce dialogue intérieur qui la révèlent dans une profonde spiritualité : « Tu dois prêter l’oreille à ta source intérieure au lieu de te laisser égarer par les propos de ton entourage et par ceux qui prétendent t’influencer…/… tout est à l’intérieur de toi ».

Confrontée à l’épreuve nazie, Etty découvre Dieu comme une réalité intérieure qui la porte et dont elle se distingue à peine : « La couche la plus profonde et la plus riche en moi où je me recueille, je l’appelle Dieu ». Dans cette couche, elle s’enracine, avec ce Dieu elle converse, l’expérimentant comme source et le prenant pour confident.  » Ma vie est vouée en un dialogue ininterrompu avec toi, Mon Dieu. »

Lire la totalité de l’article… Revue REFLETS n°12 pages 70 à 72

PLus que le partage, la communauté – Interview de Raymond Etienne

Raymond Etienne est président de la Fondation Abbé-Pierre pour le Logement des Défavorisés, branche du mouvement Emmaüs spécialisée dans la lutte contre le mal-logement. Raymond Etienne est interviewé par Martine Kochert.

36-37 REFLETS12_BAT.inddRaymond Etienne Avec l’Abbé Pierre lors de la présentation du rapport mal-logement à la Sorbonne en 2004

Comment concevez-vous le partage ?

Le partage, c’est la pierre d’angle de la philosophie d’Emmaüs. La première campagne de presse qu’on a faite, en créant les Banques Alimentaires avec l’Abbé Pierre, a eu comme slogan : « L’urgence est au Partage ». On a fait des affiches immenses de 3 mètres sur 4 dans le métro avec cette phrase, mais pas sa photo, il ne voulait pas. À l’intérieur de nos communautés, déjà à cette époque, 25% de l’argent gagné devait être redistribué à l’extérieur pour d’autres causes : par exemple au bureau d’aide sociale pour aider les gens à payer leurs dettes : loyer, téléphone, assurances ou autres… L’Abbé m’a dit : « Le jour où les communautés ne font plus de service, ne font plus de partage, elles sont mortes. Le jour où tu te rends compte qu’une communauté n’est plus capable de redistribuer, il faut que tu la fermes ! » Voilà : le partage avant tout et pas de concessions. Et il faut savoir que Emmaüs International a été créé avec les dons d’Emmaüs France. En plus des fameux 25%, on donnait 10 à 15% pour l’étranger : acheter les terrains, payer les premiers camions, etc… Chapeau la France, il faut le dire, les Français sont généreux dans leur caractère, même si quelquefois ils le cachent derrière une façon de râler, et pas seulement les grands mécènes, au contraire, beaucoup de petites gens sont nos contributeurs.

Pouvez-vous récapituler les œuvres d’Emmaüs ?

La communauté Emmaüs au départ est fondée pour donner le gîte et le couvert aux gens qui sont à la rue. Puis avec l’Abbé on a fondé les Banques Alimentaires, les Camps de Jeunes déshérités des quartiers pour les vacances, et la dernière création il y a 21 ans, c’est sa Fondation pour le Logement, pour répondre au gros scandale du mal logement. En fait le logement a été le combat permanent de l’Abbé Pierre depuis 1954. Assurer les moyens de vivre chez soi dignement, puisque tout le monde ne peut pas aller en communauté. Lui, c’était un fondateur, et puis après, il laissait la main aux autres, peu lui importait d’avoir son nom sur ses oeuvres.

Il a créé un syndicat de la défense des locataires, il a été à l’origine de certaines lois, par exemple celle en 46 pour garantir qu’il ne peut y avoir d’expulsion sans relogement, ou la loi Besson sur les gens du voyage pour leur réserver des espaces de stationnement. Et plus récemment la loi sur la part de 25% de logement social dans tous les projets de construction collective, pour laquelle il s’est battu avec acharnement, malgré sa santé déficiente peu avant sa mort. Il a débarqué au Palais-Bourbon et il a fait peur à tout le monde ! Finalement, les coups de gueule de ce petit bonhomme ont fait bouger bien des choses…

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°12 pages 36 et 37

Le bénévolat: un partage essentiel! Florence Chauvin

Florence Chauvin a fondé un accompagnement de bénévoles dans l’association humanitaire « Réflexe Partage », ouvert à tous ceux qui le souhaitent quelle que soit l’association dans laquelle ils aident.

Le bénévolat a une place particulière dans notre société : sans bénévole aucune solidarité ne pourrait exister. Les bénévoles sont animés d’un profond désir d’être utile, d’un véritable élan de générosité envers autrui, d’une envie si belle de partager.

…extrait

Le véritable partage est une attitude intérieure à conquérir.. Pour partager, je dois me dire tel que je suis dans l’instant. Alors l’autre se donne à voir, une porte s’ouvre dans la muraille de nos êtres, une sorte d’alchimie se produit, une communion a lieu entre deux êtres, parfois sans aucun mot. Seule l’attitude intérieure change tout, au dehors comme au dedans. Plutôt que des mots, voici un témoignage de mon expérience :

Je suis dans un lieu d’accueil de jour pour SDF. Une jeune femme me bouleverse. Elle rentre les épaules, se fait toute petite dans un coin : l’enfant de son amie fait du bruit, trop de bruit pour un aussi petit lieu dans lequel normalement les enfants ne sont pas acceptés. Alors, elle ne peut pas faire de vague, pour ne surtout pas être exclue et retourner dans le froid de la rue. Ah je me reconnais bien là, ne pas faire de vague, espérant recevoir quelques miettes d’amour ! Je suis comme elle, intérieurement. Et c’est bien normal que je sois ainsi, puisque mon passé se répète inlassablement dans mon présent.

Si je trouve quelques mots d’amour pour la petite fille que j’ai été et qui ne devait surtout pas faire de vague pour ne pas perdre l’amour de sa maman, je peux partager un vrai instant avec cette jeune femme. Et c’est le cas : je m’approche d’elle, lui propose de jouer, lui offre un café, souris à l’enfant. Tout se calme, elle respire, ses épaules s’ouvrent.

Le responsable du lieu d’accueil, qui jusque là fronçait les sourcils, s’en mêle, prenant le petit enfant dans ses bras, lui donnant de quoi dessiner. La paix s’installe. Un autre SDF m’adresse un sourire….. Je n’ai fait que reconnaître ma misère en l’autre, m’aimer ainsi et poser un acte pour la dépasser : n’est-ce pas cela le véritable partage ?

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°12 page 31

Interview Brigitte Fossey – Agir par amour

Toute petite, Brigitte Fossey est tombée dans le cinéma. Depuis elle n’a cessé de tourner et récemment c’était une série de six épisodes pour France 3. Mais sa vie ne se résume pas à l’actrice. Elle crée des spectacles littéraires et musicaux, intermèdes mettant en scène un dialogue imaginaire entre de magnifiques textes littéraires et des pages musicales.
Sa foi aussi l’a amenée à rassembler dans un Abécédaire des citations choisies pour exprimer sa perception de la vie.

COUV LIVRE B. FOSSEY

Comment s’est construite votre vie spirituelle ?

J’ai eu la chance d’être dans une famille un peu spéciale, extrêmement croyante mais en même temps libre et très fantaisiste. Je ne peux envisager la spiritualité sans un peu d’humour, sans humilité, on n’est pas grand-chose au regard de l’éternité. On essaie de s’en approcher grâce à certains textes et surtout certains êtres qui ont un cœur qui rayonne, qui encourage et qui donne envie de partager cette expérience. Et moi, j’ai pu partager l’expérience de ma grand-mère, de ma grand-tante, deux êtres extrêmement simples avec la foi du charbonnier, une foi sans mélange. Enfant j’ai vécu dans cette foi avec une joie d’exister phénoménale puisque c’était partagé par mes parents, avec une espérance, un enthousiasme et une faculté d’émerveillement, d’étonnement devant l’enfance, la nature, la beauté, les œuvres d’art et certains grands textes des évangiles ou de la Bible. C’était dans la vie quotidienne sans aucune gravité, sans poids, dans la joie d’exister, dans la jubilation du langage et de l’échange devant le verbe.

C’est une foi qui s’inscrit dans la tradition chrétienne ?

Au départ oui, mais avec une grande liberté de ce qui est nouveau, étrange, avec un esprit très sain. J’ai été élevée avec une grande ouverture à toute différence surtout chez mon père qui fut otage pendant la guerre de 40. Il avait un sens du dérisoire, un sens de l’histoire. Après mon bac, il m’a emmenée en Allemagne du sud voir les villes de Goethe, de Lou Andréas Salomé – j’aimais beaucoup cette femme – de Hanna Arendt. Nous sommes aussi passés par le camp de Dachau. Chez mon père, toujours vivant grâce à Dieu, il n’y a pas l’esprit de revanche mais une grande considération de l’histoire avec ses aléas et ses monstruosités, une tentative de compréhension. J’ai eu la chance d’avoir un père extrêmement intelligent et tolérant qui m’a fait comprendre ce qu’était la monstruosité nazie. Mon éducation fut assez complète et spirituelle dans tous les sens du terme, c’est-à-dire pleine d’esprit, d’humour.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°12 pages 77 à 81

Conflit israélo-palestinien: sortir de l’impasse – Pierre Sabanier

Pierre Sabanier

La Palestine a été reconnue à l’ONU comme nation. Récemment elle a demandé d’adhérer à 15 traités et conventions internationaux.
En représailles, Israël gèle les reversements des taxes collectées par Israël pour le compte de l’Autorité palestinienne.

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Ces deux réactions succèdent à la décision des Israéliens de ne pas libérer le 4ème et dernier contingent de prisonniers (104 personnes incarcérées avant 1993) appartenant à la minorité arabe d’Israël.
Dernier coup de théâtre le 23 avril 2014, le Fatah du président Mahmoud Abbas (Cisjordanie) et le Hamas (Gaza) signent un accord de réconciliation. Un nouveau gouvernement doit préparer des élections législatives et présidentielles.
En rétorsion, le premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou rompt les pourparlers de paix entamés sous l’égide des Etats-Unis depuis un an.

Lire la suite de l’article… REFLETS n°12 page 10

La retraite, un saut merveilleux dans « l’univers créatif »-Richard Meyer

Richard MEYER est psychiatre (Strasbourg et Lausanne), psychanalyste, docteur en sciences humaines (Paris Sorbonne), académicien et auteur de quinze livres. Il a fondé et dirige l’Ecole Européenne de Psychothérapie Socio- et Somato-Analytique (EEPSSA) qui a formé plus de mille psychothérapeutes dans toute l’Europe. Il a participé aux principaux développements de la psychothérapie depuis l’antipsychiatrie jusqu’au transpersonnel, en passant par le psycho-corporel.

Nul ne nie la difficulté de ‘‘prendre’’ la retraite ou ‘‘d’être mis’’ à la retraite et les réajustements politiques, quant à l’âge où cela se fait, ajoutent à cette difficulté ou… bénédiction. En effet, tant qu’à faire, autant que ce soit positif, surtout lorsque l’espérance de vie s’allonge et promet encore une nouvelle vie.
En tant que psychiatre et psychanalyste, je voudrais inscrire ce changement de vie dans une perspective large et le référer au modèle du développement personnel fait de six étapes que j’ai développé, notre retraite favorisant le passage à la sixième étape, à l’univers créatif. Cette dernière étape nous renvoie à la première où nous commençons seul dans le ventre de la mère et dans le berceau.

La retraite créative

A la retraite, il s’agit de penser à soi, de prendre soin de soi sans négliger les autres puisqu’on a plus de temps. Il s’agit de retrouver ses hobbys de jeunesse, musique, arts et voyages, et de se greffer sur l’immense échange qu’offrent les TIC (technologies de l’information et de la communication) sans TOC (troubles obsessionnels compulsifs). On peut enfin se consacrer aux associations, ‘‘flashmobs’’, à la politique et surtout à la spiritualité. Voici une présentation de cet univers créatif qui prépare aussi à la mort.

La retraite : l’invitation à l’univers créatif

Voici qu’une catastrophe vient perturber la délicieuse stabilité affective ; il s’agit de la retraite et même la mort. La sécurité assise sur le groupe social et l’amour fondé sur le partenaire affectif ne résisteront pas à l’interrogation suscitée par la mort.Face à elle, chacun se retrouve seul, chacun doit trouver sa réponse à lui, chacun doit créer son attitude personnelle. La dynamique sociale et l’intensité amoureuse ont pu faire oublier l’échéance puis, un jour, elle s’impose. C’est, classiquement, à l’âge mûr, sans qu’il soit nécessaire de donner un âge plus précis, souvent à la retraite. C’est lors de l’individuation, comme l’appelle C.G. Jung.

…lire la totalité de l’article , REFLETS n°11 pages 24 à 28

Xavier Emmanuelli: La retraite ouverture sur ses passions

Médecin et homme politique, Xavier Emmanuelli est Président du Haut Comité pour le logement des personnes défavorisées. Depuis longtemps engagé dans des causes humanitaires, il fut cofondateur de Médecins sans Frontières, puis créateur du Samu social et International.
Pour lui est évident que les médecins retraités ont des compétences et une expérience qui pourraient être précieuses notamment pour former des jeunes aux métiers de l’accompagnement médico-psychosocial. De cette évidence il crée « Les Transmetteurs ». Xavier Emmanuelli est toujours sur le terrain, allant au bout de ses engagements, soucieux que les idées descendent bien dans le concret.

Xavier Emmanueli
REFLETS : Comment concevez-vous le passage à la retraite ?

D’abord, le passage à la retraite, cela se prépare. Elle ne vous tombe pas brusquement du ciel. On sait des mois avant que la retraite va arriver. Ensuite la retraite va durer très longtemps. Avec tout ce qui est mis en place pour préserver la santé, par la prévention, par les soins, elle va durer des années et des années. Il faut se préparer à un temps long qu’il va falloir rendre utile et dynamique. Donc la préparation à la retraite se fait très en amont.

Comment bien vivre sa retraite ? Il me semble que vous avez employé un terme important, c’est celui de l’utilité. Est-il la clé pour bien vivre sa retraite ?

Utilité, se rendre utile, c’est presque métaphysique. Comprendre que notre furtif passage sur la terre est chargé de sens. Et donc utilité dans la mesure où on ne fait plus de la routine du quotidien. On est maintenant dans l’épanouissement de soi et l’épanouissement de soi ne se fait qu’à travers les autres. J’ai monté une association qui s’appelle « les Transmetteurs ». Les transmetteurs sont des médecins retraités qui vont synthétiser l’expérience implicite de la traversée de leur vie par l’autorité qu’ils ont eue, les postures, les paroles, les attitudes, pour pouvoir faire des formations pédagogiques.

Et vous-même, comment vous vivez votre retraite ?

J’ai une retraite du service public, c’est vrai, mais je n’ai jamais eu de retraite ! Je n’ai cessé de mener des missions, Médecins sans frontières, SAMU Social où je n’ai jamais été rémunéré, les conférences, les cours et les formations. J’ai monté un master qui s’appelle Santé Solidarité Cité où j’ai acquis des choses, j’écris. Je ne suis pas en retraite !

Pour vous, c’est une notion qui n’existe pas encore ?

La retraite, elle a été inventée il n’y a pas longtemps. Les artisans mouraient un jour à leur établi. Tant qu’ils travaillaient, ils travaillaient. Puis un jour, ils ne pouvaient plus travailler, ils étaient morts. La retraite, c’est une protection sociale qu’on a inventée et c’est bien. Mais elle perd son sens dans la mesure où maintenant la retraite dure trente ans. Et donc, il faudrait chercher autre chose. Ce n’est pas la période de repos. On l’avait fixée à soixante ans parce que les gens prenaient la retraite et trois ou quatre ans après ils étaient morts. Avec l’allongement de la durée de la vie, les gens traînent. Et puis surtout comme ils vivent très très vieux, on voit apparaître les pathologies de l’usure. C’est une retraite qui en fin de vie tombe dans la dépendance. Donc, il faudrait peut-être revisiter ce qu’on entend par retraite.

lire la totalité de l’article… REFLETS n°11 pages 30 à 33

Ce qui relie toutes les religions, c’est « Je suis »

Originaire du Québec, francophone, Swami Muktananda a rencontré à l’âge de neuf ans, celui qui deviendra son Maître : Swami Chidananda. Moine à vingt ans, aujourd’hui il voyage en occident pour retransmettre un enseignement qui est autant emprunt du message de son Maître que de son éducation chrétienne. « Il n’y a qu’un seul Dieu » nous dit-il. « Il n’y a pas un Dieu des hindous, un Dieu des musulmans, un Dieu des juifs et un Dieu des chrétiens. Si bien que l’expérience intérieure prime sur les étiquettes. »
Swami Muktananda contribue à installer cet état d’être qui consiste à vivre « le maintenant » au quotidien, au milieu du monde .

Swami
… Je suis allé en Inde en 1986, entre temps j’avais commencé à bâtir l’entreprise, et cela jusqu’en 99 où je suis devenu moine. Là, j’ai remis l’entreprise à mon frère et à ma mère qui l’ont encore aujourd’hui. Swami Chidananda m’a nommé sannyasin le 14 novembre 1999, après 19 ans de pratique spirituelle, tout en étant dans le monde.

Dix neuf ans de relation avec votre maître ?

Ce n’est pas une relation avec un maître, mais toujours une relation avec Dieu où le maître est vu comme Dieu, disons, dans le sens intérieur du terme. C’est-à-dire qu’il y a d’abord une appréciation en soi-même de Dieu sous la forme d’une vie intérieure. Et pour éviter tout mouvement de jugement vis-à-vis de soi-même ou vis-à-vis d’autrui, on en perçoit une reconnaissance qu’en étant situé dans cette vie intérieure ; il y a Dieu et le maître est l’instrument de Dieu. En conséquence, ce n’est pas la personne qui est Dieu mais la vie intérieure. Et de ce fait, parce que le territoire égotique se manifeste beaucoup dans les mouvements de jugement, on apprend à trouver en soi cet aspect divin ou cette réalité intérieure divine lorsque l’on arrête ce mouvement de jugement à l’extérieur. Cela commence avec le maître si l’on veut, avec l’appréciation du fait de Dieu dans le maitre et ensuite partout et en tous. C’est pratique surtout quand on a un grand saint comme Swami Chidananda devant soi. C’est facile.

Qu’est-ce qui vous a touché chez lui ?

Swami Chidananda c’est Saint François d’Assise en chair et en os. J’ai même rencontré des moines franciscains qui aujourd’hui encore ont une photo de Swami Chadananda parce qu’il est une source d’inspiration pour eux. Il était une image vivante de Saint François, mais un Saint François hindou. Tous ceux qui l’ont rencontré peuvent en témoigner.

C’est son enseignement que vous retransmettez maintenant ?

Oui, mais ce n’est pas un enseignement qui lui appartient, c’est un enseignement ancien. C’est comme la prière simple de Saint François « Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix ». C’est son enseignement, oui.

…lire la totalité de l’article, Revue REFLETS n°11 pages 68 à 72
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PORTRAIT : Mgr Jean-Michel di Falco Léandri

C’est à la maison épiscopale de Gap, diocèse où il œuvre, que nous avons rencontré Mgr Jean-Michel di Falco Léandri. Malgré la promotion du troisième album des « Prêtres », « Amen », il demeure très présent dans son diocèse où il retrouve ses fidèles. Homme de média, homme de son temps, il nous livre son point de vue sur le monde d’aujourd’hui, l’Église, la vie.

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Extraits …
De sa vie au service de Dieu, il se sent plus particulièrement au service des autres, un appui sur lequel ceux qui le souhaitent peuvent compter. Selon lui, beaucoup d’hommes et de femmes s’appuient sur le prêtre pour cela. Un rôle pas toujours simple dans une Église qui se désertifie, dans une Église où il est de plus en plus difficile de voir arriver de jeunes prêtres, nous lui avons posé toutes ces questions. Sans fards, il nous a répondu pour nous donner son avis et nous faire part de ses convictions.

Curieux, engagé, à l’écoute, il demeure un homme de communication qui sait faire passer les messages qui lui tiennent à cœur et parfois bien au-delà de ses prévisions. L’incroyable triomphe des albums des « Prêtres » (groupe de 3 prêtres chanteurs, 1 700 000 exemplaires vendus pour les deux premiers albums), le surprend tout autant. Depuis trois années, tous les jours, le courrier abonde, des lettres de personnes souvent isolées lui témoignent leur foi retrouvée, l’espoir… Ce n’était pas le but de ces albums, il ne s’en est jamais caché, le premier objectif consistait à récolter de l’argent pour soutenir des actions auprès d’enfants à Madagascar*. « Cela prouve bien que Dieu sait se servir d’instruments que l’on met à sa disposition pour autre chose que ce pour quoi nous avions pensé au départ… »

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Extrait…
À la question de REFLETS sur la réalité économique de la crise aujourd’hui, Mgr Jean-Michel di Falco Léandri nous répond ne pas être compétent pour parler d’économie ; il pose néanmoins un certain nombre de questions assez logiques devant la misère grandissante de certains, la cupidité d’autres personnes ne tenant pas compte des conséquences sur la population et la planète, et enfin il s’insurge devant le mensonge politique : « On nous prend pour des gamins, comme si nous n’étions pas capables d’entendre la vérité sur la situation économique de notre pays. Nous devons apprendre à partager, à être attentifs aux autres. La vie va être plus difficile demain mais cela on ne le dit pas ! Alors que cela pourrait être mobilisateur dès aujourd’hui pour certains… »

lire la totalité de l’article…REFLETS n°11 pages 73 et 74

Les 4 derniers âges de la vie, miroir inverse des 4 premiers âges – Paule Maréchal

Ancienne directrice d’école à la retraite Paule Maréchal a créé une maison communautaire pour personnes âgées. Avec cinq autres compagnes elles ont fondé une association « Drôle de vieillesse ». Elles se mettent au service de ceux qui seraient tentés par cette expérience témoignant que la vieillesse tournée vers les autres peut être utile et vivante.

Si on observe le parcours d’une vie humaine, on fait une observation intéressante.
Les quatre derniers âges de la vie sont le miroir inversé des quatre premiers âges. Nous entrons dans l’existence dans un état d’extrême faiblesse, complètement dépendants de ceux qui nous entourent et nous gagnons peu à peu une indépendance ; à l’inverse dans les derniers âges nous devenons de plus en plus faibles et dépendants.

La première partie de la vie est une exploration de cet espace terrestre que nous allons investir. Elle nous prépare à assumer notre rôle social, affectif, matériel, à prendre une place sur cette terre en y imprimant notre marque propre : tenter de réussir sa vie.

La dernière partie de la vie est un recul croissant de la vie extérieure jusqu’à perdre toute consistance pour n’être plus que vie intérieure.
Pour en sentir la cohérence nous allons faire la comparaison entre les 4 premiers âges de la vie humaine et les 4 derniers.

1) Le fœtus – Le mourant
2) Le petit enfant- Le malade
3) L’enfant – Le vieillard
4) L’adolescent – Le retraité

Extrait…

L’adolescence
Cet âge est celui de la découverte de l’autre sexe. C’est tout un autre monde à explorer. Il va apprendre là d’autres gestes, d’autres mots. C’est ici la rencontre de la sexualité. Il découvre son propre plaisir.
Il est indépendant, mais assisté financièrement. Il se prépare pour entrer dans la vie active, que ce soit par les études ou l’apprentissage d’un métier. Cette période va prendre fin avec le mariage et la vie active.

Le retraité
Comme l’adolescent, le retraité est aussi indépendant, il n’a plus à répondre aux obligations du monde du travail ; lui aussi est assisté financièrement puisqu’il perçoit une retraite.
A l’inverse de l’adolescent, il se retire de la vie active. Il y gagne une liberté, mais il y perd une place sociale. Tout à coup, il n’est plus rien. Ses titres, ses qualifications n’ont plus de sens.
Ce sentiment d’inutilité est douloureux. Il est alors tenté de s’étourdir dans les voyages, les loisirs. Mais la sensation de vacuité va s’intensifier avec les années, et le mener souvent vers l’aigreur.
Pour retrouver le sentiment de vivre vraiment, reconquérir l’estime de soi, il n’y a qu’une issue : devenir utile, se tourner vers les autres.
Il va alors entamer la deuxième partie de la vie active : chercher une utilité, adhérer à une association humanitaire ou autre où il va alors retrouver une place à travers le service. Certains vont même créer leur propre service.
L’homme naturellement s’épanouit en étant utile, et sa vieillesse en sera plus puissante.

Que veut nous apprendre l’ordre des choses à travers cette cohérence ?…

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°11 pages 35 à 37

Bénie soit la retraite! Jean Luc Kopp

Jean-Luc Kopp, psychanalyste corporel, membre du bureau de l’Institut Français de Psychanalyse Corporelle  (IFPC)

Deux images s’entrechoquent immédiatement en moi : Gwendoline, adepte de  ces croisières à succès pour les « séniors », convaincue avec eux tous que la retraite n’est rien, voire même unanimement persuadée avec eux que les retraités sont chanceux ; et puis le visage soucieux et inquiet d’Anne-Marie, face à moi dans mon cabinet de psychanalyste :

« Je suis enseignante en classes primaires, il  me reste deux ans avant de me retrouver en retraite ; je redoute ce moment, je dors mal, j’y pense souvent ; qu’est-ce que je vais faire ? J’ai le pressentiment qu’il y a autre chose après, mais quoi ? ».

….

Voilà la mesure que reçoit Anne-Marie et qui se résume par ces mots confiés lors d’une séance :

« Vous savez, je ne voudrais pas me retrouver un jour avec la sensation d’être passée à côté de ma vie ! ».

Cette peur d’une vie vide, sans sens, sans utilité autre qu’un métier qu’il a fallu inexorablement abandonner, n’est-ce pas précisément le rendez-vous auquel nous convie ce moment tout particulier qu’est « la retraite » ?

En ce sens, l’étape qu’est l’arrêt du métier est non seulement nécessaire mais, qui plus est, une bénédiction : sans ce choc, Anne-Marie aurait continué à se fuir et étouffer en elle toute question essentielle.

Les subterfuges que sont les vacances et les loisirs sans fin, l’activisme à outrance lors de cet âge ne suffiront pas à masquer que cette vie, selon cette orientation, est déjà morte.

La retraite nous met chacun devant la plus grande des maladies humaines : une vie sans sens.

Accepter de vivre la retraite comme un tremplin, c’est pouvoir trouver ce pourquoi nous nous sommes un jour incarnés, et passer le reste de la seconde partie de sa vie à s’y consacrer.

Lire la totalité de l’article…REFLETS n°11 page 23

La retraite, une magnifique opportunité? Patrick PRIEM

Agé de 56 ans , après une carrière dans un service public en Belgique, Patrick PRIEM  il fonde en 1983 sa propre agence de traduction, Gitracom.

 

Dans nos sociétés occidentales, les travailleurs actifs partent à la retraite grosso modo entre l’âge de 55 et de 65 ans. Dans la conception classique, il s’agit d’un repos amplement mérité, après une carrière professionnelle bien remplie. L’ex-travailleur va enfin pouvoir ‘profiter de la vie’. Dans l’extérieur des choses, cette façon de voir se comprend aisément. Mais vue depuis l’intériorité humaine, cette cessation brutale de l’activité n’est-elle pas porteuse d’autres enjeux, d’autres rendez-vous, d’autres possibles ?

…Que se vit-il avec cet adieu au travail ? Au moment de la retraite nous est enlevée l’importance professionnelle, parfois aussi l’importance sociale, et le retraité est confronté à une réalité difficile à supporter : le sentiment de ne plus servir à rien. Il a perdu son utilité et va devoir occuper désormais son inutilité. Oh, ce ne sont pas les possibilités qui manquent : jardinage, voyages organisés, activités culturelles ou accueil des petits-enfants. Mais on sent malgré tout poindre dans cette nouvelle agitation une importance de compensation, alors que la vie, que l’extérieur devient de plus en plus étroit.

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Apprendre sans retransmettre : Indigestion

Existe-t-il une autre piste ? À quelques dizaines d’années d’écart, ce tournant de la vie en rappelle un autre, tout aussi décisif.

L’existence d’un être humain comporte en effet un grand rendez-vous, qui se situe vers le milieu de la vie et que nous appelons communément crise de la quarantaine. C’est un moment important, car chaque crise appelle un choix. Mais lequel ? Vers le milieu de sa vie, l’être humain a plus ou moins réussi, matériellement, affectivement ou socialement. Son ego est établi, ses rêves de jeunesse (fonder une famille, avoir un travail et jouer un rôle au sein de la collectivité) sont à peu près réalisés. Ses objectifs précédents sont atteints, certes, mais il lui reste comme un goût de trop peu, une certaine insatisfaction. Le temps a usé l’être dans les trois secteurs de sa vie et il bataille désormais avec une démotivation professionnelle, amoureuse et sociale. Il a des états d’âme et se pose de nouvelles questions, fondamentales. « Ma vie se résume-t-elle à cela ? » Il sait ce dont il ne veut plus, mais il ne sait pas avec clarté ce que sera la suite. Il lui reste une moitié de vie. Alors, que va-t-il en faire ?

 

La crise de la quarantaine ouvre ainsi une perspective historique de réalisation d’une nouvelle performance, une deuxième partie de la vie active progressivement tournée vers les autres dans ce que certains enseignements appellent un service, une mission, une œuvre ou une Tâche. Une nouvelle utilité unique issue d’une petitesse chronique reconnue et aimée donnant naissance à une grandeur enfin réveillée et agissante.

Le retraité non préparé se trouve sans doute, fût-ce quelques années plus tard, devant un dilemme du même ordre. N’est-il pas lui aussi devant un choix grave, d’autant plus que le spectre de la mort se profile désormais à l’horizon ? D’un côté, se résoudre à survivre sur les acquis et peu à peu se languir du passé, affronter les déchéances progressives du corps et du cerveau et finir dans une vieillesse sans saveur, bien souvent dans une maison de retraite, dont nous connaissons tous les limites. Mais le risque majeur n’est-il pas in fine de quitter un jour la vie avec le sentiment cuisant – et définitif cette fois – de n’avoir servi à rien et d’avoir vécu une existence étriquée, repliée sur elle-même ?

 

...Lire la suite… REFLETS n°11 pages 38 à 40

Le temps, c’est notre pouvoir d’agir – interview Eric-Emmanuel SChmitt


Interview de Eric-Emmanuel Schmitt

Dramaturge, romancier, nouvelliste, essayiste, cinéaste, traduit en 50 langues et joué dans autant de pays, Eric-Emmanuel Schmitt est un des auteurs les plus lus et les plus représentés dans le monde. Un tel palmarès aurait pu le rendre inaccessible. Au contraire, plus il observe les humains – et les décrit-, plus il les aime. « Quand j’aime, l’autre a plus d’importance que moi, que mon bien-être et mon bonheur. ». Ce n’étaient pas des mots pour faire joli. C’est ce que nous avons ressenti lors de cette rencontre. Attentif, patient, écoutant, se donnant vraiment pour que cet instant soit intense et authentique.

EE Schmitt

extraits de l’article…

…Pour moi, la foi, c’est la confiance dans le mystère : quand je ne comprends pas, c’est que je n’arrive pas à comprendre, ce n’est pas qu’il n’y a rien à comprendre. Donc, c’est cela ma nuit mystique. Avec la lecture des quatre évangiles, quelque chose s’ajoute, qui est nouveau : la mise en avant de l’amour avec le trajet du Christ. Et cela me bouleverse.A partir de là, je me mets à réfléchir, à lire, à méditer… Au bout de quelques années, cela m’amène à cette conclusion que oui, je suis chrétien. Mais il reste cette curiosité et ce respect des autres spiritualités. Et en plus, cela me paraît essentiel de dire : « Oui, je suis chrétien, mais je m’intéresse à la vie spirituelle d’un bouddhiste, d’un hindouiste, d’un japonais zen, d’un tibétain, d’un musulman, d’un juif et d’un athée parce qu’il y a aussi une vie spirituelle des athées ».

Votre extraordinaire créativité, d’où la tenez-vous ? On est toujours dans le mystère.

Et j’allais dire : « Cela empire docteur ! ».  J’ai la passion des autres. J’ai la passion des êtres humains. Ce sont les autres qui m’inspirent. Les êtres sont complexes, les êtres sont intéressants. Je ne connais pas d’êtres simples. Je ne connais pas d’êtres qui n’aient pas des complications. Malgré tout, je me régale. J’allais dire une chose bête : « J’aime les êtres humains ». Attention, il y en a qui me font souffrir. Il y a des comportements que je trouve injustifiés. Je pleure parfois en regardant les actualités. Des scandales me pénètrent jusqu’au plus profond. Mais, il n’y a rien à faire, je reste passionné par l’être humain parce que l’être humain est capable du pire comme du meilleur. Oui le meilleur. Donc, les êtres m’inspirent.

Votre regard tendre sur l’humanité, d’où vient-il ?

Je recherche ce qu’il y a de grand dans les petits êtres que nous sommes. Je déteste les gens qui cherchent ce qu’il y a de petit. En plus, je ne vois que ça. Aujourd’hui, avec le sarcasme, un certain humour, une ironie constante, une dépréciation absolue, une critique permanente, c’est le règne de la grimace et du sarcasme, c’est le règne du crachat. Je trouve que le monde médiatique est encombré par les crachats. Soit le cirage de pompes indécent, soit, pour avoir l’air intelligent, le crachat. C’est plus intelligent d’admirer que de cracher.

Je cherche toujours ce qui s’ouvre à un être. Je n’arrive pas à réduire un être à un seul de ses actes. C’est cela, le pardon. Pardonner, c’est dire : non, la personne que j’ai en face de moi ne se réduit pas à cet acte mauvais qu’elle a fait un jour. Dans sa vie, il y a d’autres éléments. L’étoffe est plus riche que ce que j’en ai vu à un moment et qui a pu scandaliser ou choquer, ou faire du mal.

La contemplation n’est-elle pas une activité, active d’une autre manière ?                               

La contemplation, c’est une autre façon d’habiter le temps. Ce n’est pas le subir non plus. C’est chercher l’éternité dans le présent. C’est chercher l’éternel qu’il peut y avoir sur l’éphémère, donc c’est encore autre chose. C’est se connecter à quelque chose d’important. Quand je dis : «  J’aimerais être plus contemplatif », c’est cela, parce que cela ne m’arrive que par éclairs.

N’est-ce pas le propre de la vieillesse ?

Non, parce que je me souviens qu’enfant j’étais comme ça. Ce n’est pas une question d’âge. Dans ma vie adulte, j’ai des moments comme ça, mais ils sont assez peu nombreux parce que je ne leur laisse pas la place d’arriver. Ces moment-là me prennent par surprise.

Lire la suite…Reflets n°11 pages 75 à 81

 

L’unité chrétienne, utopie ou évidence? Gérard Fomerand

Universitaire, Gérard Fomerand étudie les mutations du christianisme contemporain. Il a publié, en 2012, aux Editions de l’Harmattan, La mémoire vive des mystiques chrétiens et, en 2013, Renaissance du christianisme, le retour aux origines, aux éditions Fidélité (Belgique).

Mise en page 1 …En ce début du XXIe siècle, nombreux sont les courants dans le monde chrétien souhaitant une réelle unité par delà les structures d’Eglises, sans pour autant nécessairement s’en passer, mais en en dépassant les lignes. Il s’agit de retrouver l’espace intérieur qui réunit au lieu de diviser. L’accès à cet univers a bien des noms. Nous le qualifierons ici de « christianisme intérieur » pour désigner le point focal d’une réelle unité ou encore de « royaume de Dieu qui est au milieu de vous » (Lc17, 21). A partir de ce lieu sans rivages se construira une unité chrétienne intérieure et donc extérieure.

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5 branches en harmonie

Mais bien des questions doivent être posées en amont pour aboutir à cette harmonie. La tendance est immémoriale de transformer l’Eglise en « Institution » plus ou moins reliée à l’espace temporel. L’étatisation du christianisme, sa transformation en religion officielle de l’Etat romain en est le départ. Une spiritualité jusqu’alors persécutée devenait impériale et donc impérieuse. Venue annoncer un royaume qui n’était pas de ce monde (Jn 18,36), la nouvelle spiritualité était devenue actrice de ce monde. Une relative unité extérieure continua jusqu’en 1054, date de la séparation entre l’Orient et l’Occident chrétien, puis se brisa à nouveau en 1517 avec l’avènement de la Réforme. Trois grands territoires ecclésiaux, l’orthodoxie, le catholicisme et le protestantisme apparaissaient. N’avait-on pas oublié lors de ce rapide chemin historique, quele christianisme était avant tout une conversion de l’être ?Le témoignage constant des mystiques et des contemplatifs chrétiens avait néanmoins toujours été là pour montrer que cette dimension unifiée dans une identique expérience évangélique continuait à être vécue. Leur expérience du « mariage intérieur » et du dépassement des contraires donnait une réalité à l’unité chrétienne en ouvrant la voie à la paix du cœur et du monde

Unité extérieure et chemins d’unité intérieure 

Thomas Merton, (1915-1968), l’un des nombreux prophètes d’un réveil unitaire chrétien résume d’une façon remarquable que l’unité est d’abord une prise de conscience de son point origine. Il écrivait en effet : Nous sommes déjà un. Mais nous nous croyons séparés. Ce qu’il nous faut, c’est recouvrer notre unité originelle. Il nous faut devenir ce que nous sommes déjà.

Comment ne pas souscrire à ce constat en forme d’évidence ? A partir  de point origine partagé, tout devient très simple : l’unité est là.

 

Pour lire l’intégralité de l’article…Revue Reflets n°11 – Tradition et spiritualité- pages 63 à 67

Une aventure héroïque – Jean Luc Kopp

Psychanalyste, psychanalyste corporel, membre du bureau de l’IFPC

Etrange expérience que celle qui consiste à vérifier dans sa chair ce qui trois années auparavant avait constitué un choc inouï !

La lecture de « L’accompagnement de la naissance »1 m’avait laissé pantois.Revivre sa naissance avec une incroyable précision m’émerveillait, et de plus, remonter au plus archaïque de ce qui constitue notre personnalité enthousiasmait le psychanalyste.

Vous convier dans mon intimité la plus profonde a pour but de vous faire partager ce qui a bouleversé autant ma vie privée que ma vie professionnelle.

Extrait…

Seconde incursion vers la fin de la naissance.

« Le col de l’utérus trop fermé s’apparente à un mur infranchissable. J’appelle maman à l’aide. Silence et distance de sa part.

 « Je te sens si absente maman, ton regard est détourné. Tu ne veux pas des jumeaux qui représentent pour toi une charge de travail trop épuisante. Tu aurais tellement voulu une fille. Tu t’éteins progressivement et cela ne date pas que de maintenant ».

Me voilà écartelé entre le besoin vital de sortir pour nous sauver mon frère et moi et l’impossibilité d’y parvenir en douceur. Cruel dilemme !

L’insupportable douleur et le désespoir que je reçois de la part de ces êtres qui renoncent déclenchent une rage colossale.

Quel est le sens d’une vie qui renonce? Le bébé ne peut s’y résoudre, il arrache tout, déchire et sort.

L’euphorie ressentie sera de courte durée, tant le dégoût de moi l’emporte … ».

Qu’en résultera-t-il ? A cet instant-là, je me condamne à me couper de ma force et enfouir ce que je découvre. Désormais, je m’ampute de cette puissance, et par désespoir, elle surgit dévastatrice au détriment d’autrui. 

Qu’ai-je appris à cette occasion ?

Que cette puissance, je pouvais apprendre à la dompter, que je pouvais la mettre au service d’autrui, quand l’autre manquait de force.

L’inouï ne se situe pas dans les affres traversées par le bébé, mais dans la possibilité de retrouver ces ressorts enfouis, de leur donner sens, de pouvoir les mettre en mots. Enfin de réussir à ne plus systématiquement se soumettre à l’inexorable fatalité, mais de la transformer.  N’est-ce pas là le propre de tout vrai chemin ?

Lire l’article… Revue Reflets n°10 pages 46 et 47

Le rôle du père? Donner la force…Jean Burdin

Lors de la naissance de son premier enfant, Jean Burdin s’est trouvé dérouté par la puissance de l’expérience. Il a alors entamé une recherche personnelle pour comprendre sa place d’homme. Deux enfants plus tard, convaincu qu’il est nécessaire qu’une parole masculine soit présente dans cette expérience traditionnellement féminine, il s’est engagé dans l’association des Drôles de Mamans… pour qu’elle devienne « les Drôles de Mamans… et Papas ! »

Accompagner c’est soutenirquelqu’un dans la réalisation de son projet. Quand le projet est un enfant, accompagner n’est pas un rôle secondaire. C’est la place toute désignée du père lors de l’accouchement. Il peut favoriser un climat de paix indispensable pour que la future mère vive l’expérience pleinement.

 Quand nous sommes en difficulté, nous cherchons naturellement de l’aide auprès de ceux qui nous aiment. Imaginez-vous malades, dans l’incapacité de manger. Pour vous nourrir préférez-vous des mains expertes ou des mains aimantes même si elles sont un peu maladroites ? Ce simple point de vue donne déjà au père toute sa place lors d’un accouchement.

La femme va traverser une des expériences les plus intenses de sa vie, tant physiquement que psychiquement ; l’enfant va vivre une expérience unique en venant au monde. Le père est leur meilleur accompagnateur, par l’amour qu’il leur porte.

 

Pour accompagner il doit connaître le mieux possible les difficultés de l’expérience ainsi que les forces et faiblesses de ceux qu’il accompagne. S’il doit tenter d’être prêt aux différentes éventualités, il devrait aussi connaître un peu sa compagne pour pouvoir l’aider au mieux. Enfin il doit surtout savoir comment elle souhaite vivre son accouchement, car accompagner quelqu’un, c’est aussi tout mettre en œuvre pour qu’il puisse vivre ce qu’il a choisi.

 

…C’est le premier rôle du père : apprendre ce qu’il y a à savoir sur l’accouchement, comprendre du mieux qu’il peut ce que sa femme souhaite vivre. Cette préparation pourrait être délicieuse si elle prenait la forme de rendez-vous d’amoureux qui construisent ensemble l’évènement à venir…

 Lire la suite … Revue Reflets n°10 pages 24 à 26

 

 

 

L’accouchement, une initiation? – Dr Hugues REYNES

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L’accouchement : une initiation ?  

Dr Hugues REYNES

 Le Docteur Hugues REYNES est gynécologue obstétricien. Pendant  30 ans, il a exercé au sein d’un cabinet de groupe rompu aux techniques les plus pointues.Les nombreuses questions posées par son exercice professionnel l’ont conduit  à s’intéresser à l’intimité de la relation unissant somatique et psychique. Il est à l’origine d’un accompagnement des personnes et du couple dans la maternité, la parentalité, la sexualité, l’infertilité, la ménopause. Auteur de deux livressur la grossesse et la parentalité, il propose des ateliers, cycles et formations. Son travail sur l’infertilité à fait l’objet d’un film pour la télévision. Il participe aussi régulièrement à des émissions sur RMC.

Être initié est un choix libre

Lors de la mise en travail, la femme se trouve face à un choix : se dépasser pour donner la vie ou se protégeret s’en remettre au monde médical qui se retrouve alors investi de toutes les responsabilités, comme si la femme qui accouche n’en avait plus aucune ! Tout devrait se dérouler sans risque, sans douleur et sans effort et parfois même sans accouchement dans les demandes de césariennes dites de « confort ». Dans ce niveau de conscience qui appartient à la maturité actuelle, l’humain cherche tout naturellement à éviter l’effort, mais aussi la responsabilité.

A l’inverse, cette première étape pourrait conduire la femme à un engagement puissant qui lui ouvrirait la porte de l’initiation. Mais il ne faut surtout pas se leurrer : il ne s’agit pas d’une décision intellectuelle plus ou moins assumée, mais d’un rassemblement de tout l’être qui compte ses propres forces, mesure qu’il n’y a pas le compte et sait qu’il devra se dépasser. De cette première étape dépendent toutes les autres, car la fermeté avec laquelle elle sera prise permettra ou non l’initiation.

 L’hommepeut y participer pleinement, puisqu’il est lui aussi devant un choix : mettre le meilleur de lui pour accompagner celle qu’il aime dans une des expériences les plus intenses de sa vie, ou laisser les choses se faire dans une certaine passivité, peut-être parce qu’il n’a pas eu vraiment l’occasion d’estimer l’importance de sa place et l’expérience qui s’ouvre à lui.

Maître des douleurs du corps par les contractions vaincues, maître des douleurs de l’esprit par les contrariétés vaincues.

Selon qu’il s’agisse de l’homme ou de la femme, cet engagement va produire deux expériences  complémentaires par le dépassement qu’il va demander :

L’expérience de la femme est liée aux contractions utérines. Chacune va faire monter un flot grossissant de commentaires liés à l’histoire personnelle, qui va accroître la douleur. Son initiation peut se comprendre ainsi :

« Je sais que je rajoute à l’effort musculaire de la contraction, une inutile douleur psychique issue de mon passé. Je sais que lors de chaque contraction, en m’occupant des commentaires qui montent dans mon psychisme, j’agis sur la douleur elle-même. J’apprends ainsi à la vaincre pour accéder à la femme qui est en réalité, dans un corps à corps et un cœur à cœur avec son enfant. Je peux devenir maître des douleurs du corpsen rejoignant un « ici et maintenant » fait d’une intense communion consciente avec mon enfant ».

– Celle de l’homme peut se traduire ainsi : …

Lire la suite…Revue Reflets n°10 pages 32 et 33


 

 

 

Au service de la terre – Rencontre avec Pierre RABHI

au nom de la terre

Pierre Rabhi nous reçoit dans sa ferme, où il vit depuis 52 années. C’est une maison où il fait bon vivre loin de l’agitation urbaine. L’intérieur comme l’extérieur de la maison respirent la simplicité. Le lieu invite à la paix.

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La première impression que dégage Pierre Rabhi est de vivre ce qu’il prône : la sobriété heureuse. Il nous donne d’entrée le tempo : « Le message que j’essaie de faire passer ne date pas d’aujourd’hui : il y a eu un moment où il a été audible, n’a pas été audible et puis de plus en plus audible. Au départ,  les arguments fondamentaux étaient déjà là.  Mais évidemment, au fur et à mesure de l’évolution de la société actuelle, il se révèle que notre prémonition, pressentie depuis longtemps, s’avère n’avoir pas été fausse ».

 

Extraits…

…Mais je voulais devenir paysan. C’est ainsi que j’ai découvert la biodynamie. Pfeifer relatait une expérience de l’agriculture biodynamique : ses moyens, ses techniques, ses approches, etc. J’y ai souscrit totalement. Je peux cultiver la terre, la respecter, l’améliorer, ne pas la détruire et la transmettre vivante aux générations qui viennent, parce qu’elle est « par moi », provisoirement en moi. A partir de là, ça s’est bien aligné entre les nécessités matérielles et l’éthique, et même je dirai la spiritualité fondamentale.

On entre dans un état de spiritualité réel, pas seulement les grandes incantations. On peut dire est-ce que mon attitude d’être humain vivant, demandant la vie, est dans la gratitude, la reconnaissance ? Est-ce que les pratiques que j’applique sont en harmonie avec ce caractère sacré de la réalité ?

Le sacré, tout le monde en parle, mais dans la réalité, c’est beaucoup de proclamations, de belles phrases, etc. Dans la réalité on continue à détruire la vie, et donc à profaner la création. Dès lors qu’on croit qu’à l’origine il y a un divin, ce divin doit être respecté. Là, les religions ont été complètement défaillantes. Elles n’ont jamais parlé de respecter la vie, de respecter la terre, de respecter les créatures, parce que c’est œuvre de Dieu.

Il y a une énorme contradiction entre les grands blablas, les grandes phrases esthétiques, l’esthétisation du langage, par rapport à la réalité qui est toute simple. C’est que nous empoisonnons l’œuvre divine, nous la détruisons, nous mettons beaucoup de poison. Dans la réalité, cette planète magnifique, qui ne nous veut que du bien, est un don extraordinaire du divin. Tout ce qu’on sait faire c’est l’empoisonner. Jamais l’église ne s’est insurgée. Jamais personne ne s’est insurgé pour dire simplement « vous ne devez pas profaner l’œuvre divine ». Dans la réalité, on détruit la vie, on détruit la création ; et on est fautif par rapport aux générations qui viennent, puisque l’héritage qu’on va leur donner est un héritage empoisonné. Pour moi, c’était : « comment on fait pour trouver l’harmonie avec une vision sacrée ? Et comment faire que cette vision m’amène à respecter le sacré, à respecter la vie ? »

Comment définissez-vous le sacré ?

Le sacré c’est simplement une sensation extrêmement profonde que les choses ont une valeur divine, qu’elles sont l’émanation d’une grande intelligence divine qui fait que tout ce qu’elle a proposé est destiné à être ressenti au plus profond, et donc respecté.

 

Parlez-nous du mouvement Colibris. Concrètement, quel est son avenir ?

Le mouvement Colibris a pour objectifs de relier, inspirer et soutenir les initiatives pour une société plus écologique et plus humaine. Il s’agit d’un mouvement qui crée des liens, qui fait que des gens dans les mêmes territoires se reconnaissent comme partageant les mêmes valeurs, voulant être ensemble, etc. Le mouvement Colibris a lancé en janvier 2013 sa révolution ! C’est une grande campagne, un élan important pour faire face à la crise écologique et sociale, c’est une sorte de feuille de route alternative coopérative et citoyenne qui permet, par thématique (économie, alimentation, éducation, démocratie…) d’aborder tous les sujets qui concernant la société civile.  Nous sommes en train de réfléchir à un rapprochement avec les « Oasis en tous lieux », concept que j’ai initié il y a une quinzaine d’années, consistant à rassembler des gens qui partagent les mêmes idées, les mêmes valeurs, pour recréer des solidarités de groupes et des espaces dans lesquels on peut mutualiser.

Vous trouverez l’article complet dans la revue Reflets n°10 pages 55 à 59

 

Rencontre avec Matthieu Ricard- L’altruisme, une nécessité d’aujourd’hui

Matthieu-Tibet 1-Photo Raphaele Demandre defRencontre avec Matthieu Ricard      

Matthieu Ricard, fils du philosophe Jean-François Revel et de l’artiste peintre Yahne Le Toumelin part en Inde pour la première fois à vingt et un an où il rencontre de remarquables maîtres spirituels tibétains. Après avoir complété sa thèse en génétique cellulaire à l’Institut Pasteur, il décide de s’établir dans l’Himalaya à vingt six ans, étudiant et pratiquant le bouddhisme. Il réside actuellement au monastère de Shéchèn au Népal. Il est aujourd’hui l’interprète français du Dalaï-lama depuis 1989.  Accessoirement, il photographie depuis plus de quarante ans les maîtres spirituels, la vie dans les monastères, l’art et les paysages du Tibet, du Bhoutan et du Népal.

La relation maître-disciple, est-elle indispensable à l’épanouissement spirituel ?

 Quand j’écrit un petit livre sur la méditation,  du fait qu’on me demande souvent  « Comment commencer? », je savais qu’ un petit manuel de méditation ne suffisait pas. Certes, ce manuel est fondé sur les enseignements et les paroles de maîtres spirituels authentiques, mais rien ne remplace une transmission vivante. Mais vers qui se tourner ? Au Tibet, tout le monde sait où il y a des maîtres spirituels, des ermites, ça fait partie de la vie de tous les jours. Ici, ils sont présents, bien sûr, mais cela fait moins partie de notre culture.

Le Dalaï-lama propose de promouvoir les valeurs humainesindépendamment des religions. Déjà, cela serait tellement énorme pour la société et cela pourrait toucher tout le monde. Si nous mettions dans l’éducation  les valeurs éthiques séculières comme la tolérance, la bienveillance, la coopération, cela aiderait beaucoup.

Le bouddhisme n’est pas une spiritualité théiste. Elle parle d’une perfection qui est présente en nous tous, la  » nature de Bouddha « . Ces valeurs humaines que sont la bonté, la faculté de coopérer, l’empathie et le fait qu’on peut trouver la paix en soi, c’est cela la base….

Qui serait contre l’honnêteté, la bonté ? L’altruisme est une nécessité. La tolérance est une nécessité. Le fait de ne pas être complètement fasciné par la société de consommation, de savoir se contenter, est un grand soutien dans l’existence. Le fait de ressentir un sentiment de plénitude n’est-il pas précieux dans notre existence, du jour de notre naissance jusqu’au jour de notre mort ? La religion est un choix facultatif qui regarde tout un chacun. Si vous voulez utiliser la religion pour approfondir l’amour altruiste, l’amplifier, le multiplier, cela vous appartient. Le Dalaï-lama dit souvent qu’en tant qu’être humain, il souhaite promouvoir les valeurs humaines et en tant que moine bouddhiste, il souhaite promouvoir l’harmonie entre les religions. Il dit : «  Jusqu’à ma mort je poursuivrai la promotion de ces deux points ».

Le plus important, c’est de promouvoir l’amour altruiste, tout le reste suit. Sans bienveillance, sollicitude, considération pour l’autre, rien ne marche. C’est « le corps » de Plaidoyer pour l’altruisme qui vient d’être publié. L’altruisme n’est pas une utopie, un idéal naïf, un luxe qu’on peut se payer quand tout va bien, c’est une nécessité.


Lire la suite…Reflets n°10 pages 68 à 76

Revivre sa naissance par la Psychanalyse Corporelle

Revivre sa naissance par la Psychanalyse Corporelle®

 Berte Bruno et Girard-Reydet Emmanuel, Psychanalystes corporels

 En psychanalyse corporelle, le revécu de la naissance constitue l’une des quatre grandes étapes qui jalonnent l’avancée d’une cure psychanalytique. Il contient de fait des enjeux de premier ordre dans le processus de réconciliation de l’analysant avec son histoire et sa famille qui constitue l’essence même de cette psychanalyse.

Fondée par Bernard Montaud en 1982, la psychanalyse corporelle s’appuie sur la mémoire du corps qu’elle associe à l’expression verbale. Parmi les nombreuses hypothèses sur le psychisme humain qui ont émergé tout au long du processus de codification de cette psychanalyse au fil des désormais plus de 100.000 séances pratiquées, il a en effet été établi que la naissance constituait l’un des quatre évènements-clés de notre passé, appelés « traumatismes », qui ont façonné toute notre personnalité et qui sont à l’origine de comportements que, de façon subconsciente, nous répétons inlassablement.

La notion de traumatisme en Psychanalyse Corporelle

Mais avant d’aller plus loin dans les coulisses et les étapes de la naissance chez l’homme, et de façon à lever toute ambiguïté, arrêtons-nous sur le sens du terme traumatisme tel qu’il s’entend dans notre discipline. En psychanalyse corporelle, la notion de traumatisme n’a pas le sens que nous lui donnons habituellement quand nous parlons des conséquences psychiques d’un événement de type accident, catastrophe, violences répétées, abus sexuel. Le traumatisme dont il est question ici revêt une signification très précise, qu’il est possible d’appréhender à travers ces deux définitions :

– le traumatisme est un sommet de douleur existentielle qui résume toute une période de l’existence humaine.

– le traumatisme est le résultat d’un conflit intérieur entre deux forces contraires d’égale intensité, deux perceptions du monde qui ne peuvent pas coexister dans l’instant. Et c’est justement la coexistence de ces deux forces qui va rendre l’instant complètement intenable d’un point de vue psychique. Dans ces circonstances, l’être pour conserver la raison, va devoir choisir l’une de ces deux forces. Il choisit une version du monde et en renonçant à l’autre, il s’ampute lui-même de la moitié du sentiment des choses.  

Un traumatisme produit ainsi en chacun un moins voir, un moins sentir, pour moins souffrir le monde qui nous entoure; et par là même, l’événement non assumé est refoulé totalement ou partiellement dans le subconscient.

 La psychanalyse corporelle a identifié quatre traumatismes : le premier à la naissance, le deuxième durant la petite enfance, le troisième durant l’enfance et le quatrième durant l’adolescence.

 

Le traumatisme périnatal – le traumatisme fondateurinstaure notre cycle comportemental traumatique alors que les trois suivants – dits traumatismesconstructeursréactualisentce cycle dans les niveaux de maturité correspondants. Et c’est l’ensemble de l’action des quatre traumatismes qui produit une programmation de l’individu dans une personnalité propre à l’ego, avec deux effets : nous pouvons nous sentir exister en tant que personne unique et nous sommes programmés à voir et vivre le monde extérieur selon nos traumatismes.

Lire la suite…Revue Reflets n°10 pages 40 à 43

 

Lampedusa, le naufrage de l’accueil . Pierre Sabanier

Lampedusa, le naufrage de l’accueil

« Une petite page sur les vingt de conclusions prérédigées : la question des « flux migratoires » était bien le sujet du jour au menu du Conseil européen, vendredi 25 octobre. Mais, à l’évidence, les dirigeants des Vingt-Huit auraient préféré, malgré la catastrophe de Lampedusa et ses 360 morts, éviter ce sujet trop sensible à l’aube d’importantes échéances électorales. Le dossier était susceptible de mettre une fois encore en évidence les nettes divergences entre les pays confrontés à l’afflux de clandestins et ceux qui rechignent à la « solidarité concrète » que réclament l’Italie, Maltel’Espagne ou la Grèce. » www.lemonde.fr/europe/ Par