Marianne Sébastien, un porte-voix

Marianne Sébastien
un porte-voix

Marianne Sébastien est la fondatrice de l’association Voix Libres International fondée en 1993. Son engagement humanitaire vient de recevoir le prix de la société internationale des droits humains 2017. Avec une triple formation sociale, pédagogique et littéraire, elle a un parcours exemplaire de cheffe d’entreprise, de cantatrice et de thérapeute par la voix. Son utopie de créer une société solidaire dirigée par des jeunes issus des mines, des rues et des ordures est devenue réalité : en 20 ans, ils sont plus de 1,7 million de bénéficiaires à avoir su retourner la grande misère en stratégie positive.

Nous avons retrouvé Marianne Sébastien à l’anniversaire des 10 ans d’Oasis Voyages à Lyon. Rayonnante. Nous avons pris la mesure de son épanouissement et découvert l’ampleur de son action en Bolivie auprès des femmes et enfants. Elle vient de recevoir le prix international des droits humains 2017.

Êtes-vous une accoucheuse de voix ?
J’ai toujours cherché la vérité par le son. Ce qui m’intéresse, c’est d’être traversée par le son immense, grandiose qui nous remplit comme une cathédrale et qui nous met en quelques secondes à l’unisson du monde. Cela devait être mon destin parce que j’ai un enfant qui est né sourd. J’ai été absorbée dans son silence et peu à peu compris que le vrai son vient du fond de l’être. Les médecins m’ont dit : « votre fils ne parlera jamais, c’est le plus sourd de la République… et surtout ne croyez pas les charlatans ».
Je savais que mon fils parlerait. Aujourd’hui, il parle français, anglais comme vous et moi. J’ai passé 15 ans de ma vie à lui apprendre à parler, à lui et aux enfants sourds de Suisse romande avec des techniques qui rendent claire et lisible la phonétique du langage. L’essentiel était de garder intactes l’envie et la joie de s’exprimer par tous les moyens. Aujourd’hui il est dessinateur architecte.
C’est ainsi que sont nés mes stages « Libérer sa voix… être chanté ».
Quand je libère une voix en quelques minutes, je vois comment cette personne respire, comment elle est née, comment elle va expirer, quelles sont les maladies de son âme, de quoi elle est chargée, de quel poids il faut la délivrer, pourquoi elle est malade, comment elle a été violée, violentée… La voix est une radiographie de l’Être. J’ai découvert la puissance des sens intérieurs, le sens de la présence, la télépathie, le don d’ubiquité… J’ai compris que les vrais yeux étaient les yeux de mon coeur, que les vraies oreilles étaient celles de mon âme et que le silence est amour infini. Car quand on apprivoise la grandeur intérieure, on n’a plus peur des précipices, des manipulateurs, des mutineries dans les prisons, et peut-être même de la mort…

Votre puissance est-elle dans l’action ?
Je n’ai pas la science infuse mais l’action infuse ! Il n’y a pas penser et agir car les deux ne font qu’un. La question et la réponse vont ensemble. Les gens me demandent : « quand est le meilleur moment pour parler ensemble ? » « C’est maintenant ! »
Je gagne beaucoup de temps parce que je fais tout, tout de suite. Aujourd’hui j’ai dit oui pour octroyer 200 microcrédits aux femmes du Kivu. Hier nous avons donné du matériel scolaire aux enfants des ordures à Cochabamba. Avant-hier nous avons construit une maison avec des bouteilles recyclées remplies de sable.
Quand le oui vient du coeur, l’argent arrive dans la foulée. Il n’y a pas objectifs et moyens, ils ne font qu’un. Le mental divise alors que le coeur réunit tous les possibles.

Jusqu’où va la voix ?
Si on chante au bord de la mer, je dis à mes stagiaires : « Chantez jusqu’en Amérique ! ».
Si on chante dans une cathédrale : « Que votre voix remplisse la cathédrale et vibre jusqu’au Sahel ou en Australie ! ». Visualisez grand et votre vie sera grande ! Si on est imbu, rempli de soi-même, notre voix est vide car elle n’a plus de place !
Voyez déjà l’image de vos projets réalisés. Il n’y a pas le chemin et la réalisation. On est réalisé. On est accompli. On est ressuscité. Je ne crois pas à l’apparence des gens. Ce n’est pas parce qu’ils sont esclaves qu’ils sont des esclaves. L’essentiel est de voir la vraie nature, la beauté des gens et la lumière de chaque cellule.
Si aujourd’hui les choses me paraissent simples, c’est après un long pèlerinage autour du monde, et grâce à l’exemple du dépouillement total des plus misérables. Juste être plongé dans l’instant présent laisse l’intuition, l’expression, la créativité inventer des choses complètement nouvelles, avec un engagement immédiat… L’Amour en action. Le pire obstacle est le fatalisme. Dans les ordures, les enfants risquaient la mort par contamination. Un jour, je leur ai dit : « Ceux qui veulent mourir : à gauche, ceux qui veulent vivre : à droite ». Le jour même, ceux qui voulaient vivre vendaient des pop-corn… et peu à peu les autres ont suivi… et construit des petites maisons et des écoles. Pour moi, être humain, c’est oser dire… même des choses difficiles.
C’est le contraire de la lâcheté. Quand tu as l’intuition de dire des choses à quelqu’un, c’est que tu respectes sa divinité.

C’est plus facile chez les enfants ?
Oui, parce que le feu et la lumière les habitent. Avec les enfants, c’est joyeux et on s’amuse. J’ai besoin de vivre en improvisant, et surtout en riant et en aimant. Au fond c’est accomplir des choses essentielles sans se prendre au sérieux, puisque c’est la Vie qui les accomplit à travers moi. Comment aurions-nous pu aider 1.7 millions de personnes en Bolivie ? C’est grâce à la puissance de nos équipes humaines et invisibles !

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D’où viennent vos convictions ?

Je suis née le jour de Pâques, à midi. Les cloches sonnaient et des sœurs chantaient sur mon berceau « Gloire à toi ressuscité »… le premier chant que j’ai entendu. Ils ont dû se dire là-haut : « La petite, on peut la mettre sous terre elle ne verra même pas qu’il fait nuit ». Et ils avaient raison, je travaille avec ceux qui sont sous terre au fond des mines. Pour moi la résurrection, c’est qu’à chaque seconde nos cellules sont capables de se renouveler et de rayonner en soi et vers les autres.
La résurrection est notre vraie nature, le reste n’est que broutille.

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Quelle est votre espérance ?

Après 25 ans d’engagement total et transparent en Bolivie, on peut dire que nous avons opéré une vraie transformation sociale, économique et écologique.
La création de la « Cité de la Bonté » en est une preuve… Une utopie incarnée près de Cochabamba en Bolivie, un centre de formation aux Bons Traitements où les plus maltraités sont protégés et deviennent responsables et autonomes.
« Ils ont voulu nous enterrer… mais nous étions des graines ! » disent les enfants qui vivent dans la joie après avoir reçu tant de coups, et où certains ont vu leur mère assassinée devant leurs yeux.
Que cela devienne des modèles de cités où il fait bon vivre en autonomie, en autarcie alimentaire, en tendresse, où l’argent existe peu parce que la monnaie sociale arrive.
Il y a des temps de silence et des temps de jeux sur la place principale, où chacun peut créer ses formes, sa danse personnelle, des danses collectives, bouger et s’amuser.

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Voit-on les résultats en Bolivie ?
Aujourd’hui les femmes maltraitées ont créé « Mujeres de Fuego » (femmes de feu) pour demander justice devant les tribunaux… Et le projet le plus révolutionnaire est la création d’« Hombres de Paz » (hommes de paix) un groupe constitué de délinquants, violeurs et assassins qui, grâce à nos formations, redécouvrent leur humanité au-delà des comportements violents résultant de leur éducation familiale et sociale. 85 % des enfants et 70 % des femmes sont maltraités en Bolivie.
Ces hommes nouveaux commencent à dialoguer avec les femmes. Ensemble ils forment des brigades d’amour qui frappent à toutes les portes pour expliquer les droits humains… le droit de se protéger et de dénoncer la violence. Mon grand espoir, c’est que le monde soit dirigé par des femmes, des hommes et des enfants capables de vivre en paix ensemble. Une politique sera digne de ce nom quand elle prendra en compte les derniers, les invisibles, les intouchables, car en eux se reflètent tous les problèmes mais aussi toutes les solutions ! En les oubliant, on a créé une justice à deux vitesses, même si on s’occupe bien des avant-derniers ! Tous les conflits du monde sont dirigés par des hommes esclaves d’une économie de pillage des pays pauvres, basée sur le business des conflits qui enterrent définitivement ceux qui sont déjà des victimes.

Comment naissent vos projets ?
Maintenant, avec vous !
J’attends d’avoir le signe, j’attends d’avoir l’impulsion. En fait, je marche avec une vraie envie qui me pousse vers le chaud. Chanter, c’est une impulsion invoquante. Créer une entreprise, c’est une impulsion créatrice… C’est la joie de voir les gens lancer des entreprises en développant leurs talents : ils fabriquent ainsi des produits superbes, de l’artisanat, de la menuiserie, des bijoux en argent, des barres énergétiques de quinoa etc.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 24 pages 56 à 60

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