Père André-Marie : « Oui à tout ! »

Père André-Marie : « Oui à tout ! »

 

Le père André-Marie, moine bénédictin, prêtre, potier, poète, écrivain, conférencier, n’a de cesse de multiplier ses activités pour lutter contre la misère. Témoin des plus grandes misères et injustices du monde, en Inde, Haïti, Madagascar… et même en France, il fonde en 1975 à la Croixrault (Somme), La Demeure. Il accueille des sans-voix, sans-terre, sans-papiers, sans-toit, sans-emploi, sans-avenir, sans-dignité. Ses œuvres (peintures, poteries, sculptures, crèches, art sacré, écrits, conférences) lui permettent de récolter des sommes permettant de sauver des milliers d’enfants, notamment en aidant le père Pedro. Il anime régulièrement des émissions à Radio Notre- Dame. À l’Unesco, la Ligue universelle du bien public lui a remis en mars 2014, la médaille d’or « Honneur et dévouement aux meilleurs serviteurs de l’humanité ».

Père André Marie, vous êtes moine depuis 60 ans, qu’est-ce qui a déclenché votre vocation religieuse ?
De ma vie, je n’ai jamais accepté de mettre ma foi et mes racines religieuses en cause. Je suis né dans une famille chrétienne et je crois bien avoir « tété » l’Évangile dès ma naissance. Ma réponse a toujours été : « Oui ». Oui à Dieu, oui aux événements de la vie. La célébration pour mes 80 ans, entouré de centaines d’amis, est la réponse des « oui » sans condition accordés aux événements de la vie.

Et vous n’avez jamais eu de doutes ?
Je n’ai jamais accepté d’avoir des doutes. La réalité impose la réponse avant que la question ne soit posée. La Sainte Vierge n’a pas posé de question, elle a dit oui tout de suite. Ma vie s’est déroulée comme les livres que j’écris, une lettre à la fois. Il y a eu des divorces épouvantables, mais, des années plus tard, c’était devenu des occasions de chance impensables. Il y a quarante ans, si je n’avais pas été mis à la porte d’une communauté, je n’aurais jamais eu la chance de devenir ce que la vie me proposerait pour cet anniversaire : accueillir une foule de gens venus du monde entier pour me remercier de la tranche de vie vécue ensemble. Ce jour-là, j’ai découvert combien il avait été important de dire oui. Quand je disais oui, je ne savais pas que je disais oui à tout cela. Maintenant, je dis oui à ce qui me reste à vivre.

D’où vient votre vocation artistique ?
Tout le monde dans ma famille est habile manuellement et a le sens du beau, du bien. Ils vivaient pauvrement. Personne ne se disait artiste, mais ils l’étaient. J’ai toujours eu beaucoup de difficultés intellectuelles dues à une dyslexie. Dans mon enfance, faire du beau était une espèce de compensation. On me disait « bon à rien », je voulais montrer que j’étais un bon à quelque chose. Faire du beau était aussi une façon de laisser le divin parler en moi. Mais l’événement déclencheur a eu lieu quand on a fondé un nouveau monastère, une congrégation pour des frères handicapés et malades. Il fallait la faire vivre. Après la guerre d’Algérie, j’ai été hospitalisé plusieurs années, je façonnais des bijoux dans mon lit avec des pinces et du cuivre. Je travaillais parfois jusqu’à onze heures du soir. Je tenais absolument à la fondation de ce monastère, car cela passe aussi par des moyens matériels. C’est pour cette raison, que plus tard, je me suis mis à faire des travaux d’art. Ils ont pris de plus en plus d’importance : poteries, sculptures, bas-reliefs en métal, peintures.
Peindre, c’est faire du beau, c’est ma façon de louer Dieu, de remercier la vie, de croire à la lumière, au soleil. Je n’aurais jamais pu imaginer être un jour coté à Drouot, au dictionnaire des grands artistes. J’ai souvent défini ma vie par : « faire du beau pour faire du bien ».
La beauté ne se suffit pas à son propre bonheur, elle a besoin de contagion. Porteuse de tous les possibles, la beauté est comme l’Amour dont elle est d’ailleurs la petite sœur jumelle. À eux deux, ils rendent possible à un désert de devenir océan.

Aviez-vous alors en tête d’aider les pauvres ?
Non, c’est venu plus tard. Dans un monastère bénédictin, on fait vœu de pauvreté, mais on ne manque de rien. J’ai découvert, à Madagascar, que la pauvreté n’est pas la misère, qui est une horreur épouvantable. Un jour, j’ai découvert dans un foyer de la Croix Rouge, la petite Naïna, 4 ans, 1,6 kg, Jean- François, 7 ans, 6 kg. Voilà la pauvreté…

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 63 à 66

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Vaccination et obligation

Vaccination et obligation

Christian Roesch

La ministre de la Santé, Agnès Buzyn, aussitôt arrivée à son poste, a émis la volonté de rendre 11 vaccinations obligatoires pour les enfants. Quelle manne pour l’industrie pharmaceutique ! Nous pourrions nous intéresser au conflit d’intérêt entre la responsabilité de la santé des Français et sa rémunération par des laboratoires pendant des années. Dans ces conditions, peut-on imaginer que la médecine puisse être libre, indépendante des lobbies pharmaceutiques ? Nous pourrions nous intéresser à la vaccination qui est une approche médicale qui se discute. Nous pourrions en examiner les avantages et les inconvénients. Mais ce qui est frappant, c’est la volonté de la rendre OBLIGATOIRE. En d’autres termes, il faut se soumettre. Sinon des sanctions s’en chargeront. À la faveur de ce mot, élevons-nous au-dessus de ces débats. Et partons de loin. De très loin.

L’humanité, estimée à environ 6 millions d’années, a commencé à vivre en tribus, comme c’est le cas dans le règne animal. C’est la forme humaine des hordes, des troupeaux ou colonies. Ce fonctionnement collectif correspond au plan de conscience des animaux. Appelons-le « nous ». Les animaux supérieurs, les mammifères, ont évolué vers le plan supérieur en acquérant l’affectivité. Appelons ce deuxième plan de conscience « moi ».
Mais c’est l’humanité qui réalise ce plan par l’acquisition de la personnalité.
Les humains sortent du « nous », fonctionnement collectif, fondé sur la ressemblance, et évoluent vers le « moi » fondé sur la différence.
Mais le chemin de l’évolution ne s’arrête pas là. L’humanité continue de progresser vers un troisième plan supérieur, encore au-dessus des deux premiers. Appelons-le « JE », caractérisé par l’individualité. Quelle différence y a-t-il avec la personnalité du « moi » ?
• Le « moi » est centripète. Mû par le principe d’avoir, la réponse à sa souffrance de séparation (du troupeau) est réactionnelle.
• Le « JE » est centrifuge. Mû par le principe de l’altruisme, la réponse à sa souffrance de service et d’aide est dans le partage, la solidarité, l’amour d’autrui. Le « JE » dessine l’humanité supérieure à venir.

Si vous admettez cette vision de l’évolution, vous pouvez constater que nous avons chacun des activités dans ces trois plans de conscience :
– des fonctionnements collectifs, régis par des lois ;
– des fonctionnements personnels, régis par les besoins de possession ;
– des fonctionnements altruistes, régis par nos envies d’être bien avec les autres.

Deux constats sur cette évolution de la conscience :
– elle est très lente selon l’évolution de l’univers ;
– elle fonctionne comme les poupées russes qui s’emboîtent. La plus petite poupée, c’est chacun de nous.

La santé relève de ces trois plans :
– le même remède pour tout le monde. C’est la médecine vétérinaire adaptée à l’humain. Les vaccinations en font partie ;
– le remède adapté à ma personne selon des symptômes qui me sont propres. Exemple : ma grippe me donne beaucoup de fièvre, mais pas d’écoulement nasal ; le médecin me fait une ordonnance personnelle ;
– le remède adapté à mon individualité. La maladie indique des manques pour que ma vie ait une utilité au-delà de mon corps.

Cette distinction étant faite, il apparaît clairement que la médecine de masse est la plus primaire. Elle est nécessaire en cas d’épidémie. Les vaccinations collectives sont censées les éviter.
À l’époque communiste, l’Union soviétique était le pays où il y avait le plus de vaccinations obligatoires.
Les pays nordiques de l’Europe, où la démocratie est la plus avancée, sont ceux où il y a le moins de vaccinations obligatoires, voire pas du tout.
Il est beaucoup plus difficile pour un gouvernement, qu’il soit de droite, de gauche ou au centre, de promouvoir l’individualité plutôt que la mise au pas reléguant les citoyens au rang de moutons.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 12 à 13

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Dix nonnes en liesse

Dix nonnes en liesse

Caroline Riegel

Caroline Riegel est ingénieure en constructions hydrauliques de métier. En 2012, elle crée l’association Thigspa, une goutte d’eau pour le Zanskar, avec pour premier projet la construction des bâtiments scolaires à la nonnerie de Tungri. Cette année-là, elle a emmené dix nonnes bouddhistes du Zanskar à la découverte de l’Inde, voyage raconté dans le film documentaire Semeuses de joie. Photographe amateur, sportive, musicienne et danseuse de salsa entre autres, elle parle plusieurs langues qui lui permettent de pratiquer, dit-elle, « notre plus belle richesse : la diversité ».

Nous avons bien conscience que notre histoire d’amitié est formidable. D’ailleurs, elles en sont convaincues : « Nous nous sommes forcément rencontrées dans une ancienne vie ! » Une conviction toute naturelle pour des nonnes bouddhistes du petit Tibet. Disciples du dalaï-lama, elles croient fermement en la réincarnation, la compassion et l’éveil. Pour moi, française et chrétienne de naissance, ce n’était pas une évidence, même si je trouve cette idée fort séduisante.

Nous nous sommes rencontrées à l’aube de l’hiver 2004/2005, au cœur d’un périple de deux années, durant lequel j’ai traversé seule l’Asie au fil de l’eau, du lac Baïkal au golfe du Bengale. Ce voyage initiatique m’a amenée à vivre mon premier hiver himalayen au Zanskar. Cette petite vallée nichée à 3 500 mètres d’altitude, au cœur d’une région à la paix fragile entre le Kashmir et le Tibet, est de culture et de géographie tibétaines. La nature y est rude. Un univers remarquable, car il ne porte quasiment aucun stigmate de guerre, de conquête ou de haine… Pas une prison, pas un meurtre dans la mémoire des aïeux zanskarpas : par le passé, les ressources essentielles, fragiles et frugales, avaient forgé, plus que tout le reste sans doute, une solidarité indispensable à la survie entre les humains. Les habitants y avaient établi un pacte avec les animaux que l’on tuait avec parcimonie, en échange de prières. Ils avaient développé un respect très humble pour la nature nourricière. Avec la venue de routes, de l’argent, du tourisme, d’un monde résolument matérialiste, du gouvernement, de l’armée, des études modernes, d’aides, etc., la vie change au Zanskar.

Nous sommes comme des ânes !
Tout ce que nous savons faire,
c’est rire !

C’est là que j’ai rencontré celles que j’ai appelées les « semeuses de joie », une communauté de femmes dont l’amitié et le cœur ont changé le cours de ma vie.

Elles étaient douze à notre première rencontre, toutes nonnes bouddhistes de la lignée Gelugpa, âgées de 25 à 85 ans, vivant en communauté depuis toujours dans un lieu de bien peu de moyens. Car si les monastères sont plus importants et riches (terres, taxes…), la dizaine de minuscules nonneries de cette vallée n’avaient rien. Elles n’avaient pas même acquis d’enseignement, fut-il religieux ou laïque.

« Nous sommes comme des ânes ! Tout ce que nous savons faire, c’est rire ! », m’ont-elles si souvent répété avec un large sourire mi-figue, mi-raisin. Ces mots me semblaient parfaitement incongrus. J’avais rarement rencontré des personnes, qui plus est une communauté, incarnant aussi généreusement et joyeusement les valeurs de sa foi au quotidien.

Je les ai aimées dès nos premiers éclats de rire. Ces femmes vivent, offrent et irradient l’essentiel à mes yeux : ce bonheur dont la conscience nous échappe trop souvent.

Le voyage avait été pour moi une école de vie, de sa diversité, de son humanité. Notre amitié, notre intimité, le temps partagé rapprochaient certes nos chemins de vie, nos univers et nos cœurs, mais ne leur rendaient pas pour autant le monde plus accessible. J’étais toujours celle qui devait leur raconter l’inaccessible ailleurs. Alors, j’ai promis de leur offrir une découverte de l’Inde, leur pays.

Je devais être certaine que cette aventure
allait les renforcer dans leur chemin de vie et de foi

Notre aventure est née autour d’un éclat de rire, d’une boutade, d’un rêve inimaginable qui, à peine prononcé, fit briller quelques étoiles dans leurs yeux, et vibrer en moi cette force intérieure telle une évidence. Mais pour donner la plus juste et la plus saine des formes possibles à ce rêve qui ne m’appartenait pas tout entier, il a fallu du temps, celui nécessaire à une bonne préparation de tous les acteurs, proches et lointains, qui gravitent autour de la nonnerie de Puntsokling. En les emmenant au-delà de leur imaginaire, je devenais responsable de mes amies. Je devais être certaine que cette aventure allait les renforcer dans leur chemin de vie et de foi, certaine qu’elles n’auraient à subir aucun retour pernicieux. C’est une préoccupation qui ne m’a plus jamais quittée.

Elles m’ont offert ce que l’on a de plus précieux : le temps et la confiance. Sans retenue. C’est bien ce socle essentiel à tout partage qui a rendu notre folle aventure possible…

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 25 pages 20 à27

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