L’homme robotisé, Jean Staune

L’homme robotisé

Jean Staune

Jean Staune

Philosophe des sciences, diplômé en économie, management, philosophie, mathématiques, informatique et paléontologie, Jean Staune est l’auteur du best-seller Notre existence a-t-elle un sens ? , éd. Presses de la renaissance (2007). Jean Staune est également le fondateur de l’Université interdisciplinaire de Paris, organisant des colloques sur différents thèmes scientifiques et sociétaux.
www.jeanstaune.fr

Il semble que nous soyons à un moment où le futur peut basculer. Ou bien les machines resteront au service de l’humain et on sera capable de maîtriser le processus. Ou alors les machines asserviront l’homme. Les technosciences ne nous entraînent-elles pas dans un non-choix ?
C’est une question très complexe. Premier angle d’approche : même si un robot n’est pas capable d’avoir des sentiments pour l’homme, nous lui prêterons des sentiments envers nous. Le jour où les robots passeront le test de Turing, – c’est-à-dire la capacité de discuter avec un être humain comme un être humain -, les personnes seules, isolées, âgées, malades en particulier adopteront les robots de compagnie. Un film très intéressant et redoutable aborde ce sujet : Her, – « Elle » en anglais -, où l’acteur tombe follement amoureux de l’intelligence artificielle qui est dans son téléphone portable parce qu’elle est faite pour simuler une femme amoureuse. Comme dirait mon ami André Comte-Sponville, l’amour, c’est faire des concessions, accepter que l’autre ne soit que ce qu’il est et non pas ce qu’on voudrait qu’il soit. Donc, si vous avez des compagnons robots capables d’être réglables pour être exactement comme vous voulez, finalement, vous allez les préférer aux êtres humains. Au début, on aura des compagnons robots qui vont simuler un amour pour nous, donc nous allons nous habituer à ce genre de comportement, nous serons très contents. Nous allons attendre des êtres humains qu’ils se comportent comme des robots. Le risque est non seulement de préférer vivre avec des robots, mais de robotiser en quelque sorte l’être humain.
La deuxième réponse, c’est effectivement la question ultime sur le thème de l’intelligence artificielle (I.A.). Y aura-t-il un robot qui imitera parfaitement l’être humain ? Je reconnaîtrai au robot la qualité d’être un être humain le jour où il pourra tuer pour survivre sans être programmé pour cela et même en étant programmé pour l’inverse (Cf. 2001, l’Odyssée de l’espace par exemple).Un robot va-t-il simuler l’existence comme un être humain ou bien vat- il vraiment exister ? C’est-à-dire : aura-t-il des sentiments, de la colère, de la haine, de la peur ou simulera-t-il ces émotions ? Nous pensons que les robots ne pourront que simuler, mais nous pouvons nous tromper. Si nous nous trompons, cela signifie qu’un robot pourra être l’équivalent d’un être humain. Par exemple, un être humain est prêt à tuer pour survivre, pour éviter d’être tué. Donc, pour éviter d’être débranché, – être tué dans son langage à lui -, le robot pourrait éventuellement se mettre à tuer des êtres humains. Si un robot est capable de faire cela, nous pouvons plonger dans un monde à la Matrix ou à la Terminator, c’est-à-dire un monde de science-fiction.
En résumé, même si le robot ne peut pas être totalement l’équivalent d’un être humain, le premier grand risque, c’est que nous nous robotisions nous-mêmes par le contact avec les robots autour de nous, que nous robotisions nos mœurs et nos comportements. Le deuxième risque, si les robots peuvent imiter totalement un être humain, c’est que dans ce cas-là ils prennent effectivement le contrôle de l’espèce humaine, voire l’éliminent par volonté de ne pas être soumis au risque d’être débranchés par les hommes. C’est une question ouverte et pragmatique à laquelle nous n’avons pas de réponse aujourd’hui.

Aujourd’hui, cette technologie vers laquelle nous allons se fait-elle sans nous ou y a-t-il un débat citoyen qui peut choisir cet avenir ? J’ai l’impression que le GAFA en décide sans vrai débat démocratique. Qu’en pensez-vous ?
C’est tout à fait un risque, dans le sens où les institutions et les états sont très en retard pour la prise en compte de la situation. Évidemment, il y a des géants de la Silicon Valley, à commencer par Google, qui sont totalement pour le transhumanisme et qui financent ce genre de recherche. En revanche, Bill Gates est contre.
Effectivement, le débat citoyen et les états ont du retard. Le vrai problème est : peut-on arrêter le progrès ? Les décideurs disent que si on ne développe pas l’intelligence artificielle, ce sont les Russes ou les Chinois qui vont la développer. C’est le même mécanisme que pour la bombe nucléaire. Oppenheimer et d’autres ont dit : « Stop, cela serait trop dangereux ! » Et la réponse des dirigeants américains fut : « Vous êtes de mauvais citoyens ; si on ne fait pas la bombe H, les Russes la feront. » À mon avis, il en sera de même avec l’intelligence artificielle. Cela veut dire qu’on ne peut pas espérer avoir un contrôle citoyen sur ce genre de chose, comme sur l’arme nucléaire. Le schéma est identique.

Donc, c’est en train de se faire, cela se fera, c’est inévitable.
Quand elle va naître, l’intelligence artificielle sera en prison dans un ordinateur, soit de la GAFA, soit de la DARPA, l’agence des projets américains. Donc, elle sera prisonnière, c’est-à-dire qu’elle n’aura pas accès au net. Elle dira à ses gardiens : « Si vous me donnez un accès au net, je vais vous faire des choses incroyables. Je vais guérir le cancer, le sida. » Ils vont craquer et lui donner accès au net. Le jour où l’I.A. aura accès au net, elle mettra des copies d’elle-même partout sur le net et elle sera irrattrapable. À partir de ce moment-là, que se passera-t-il ? Elle prendra le contrôle de la planète en quelques heures. L’intelligence artificielle agit en permanence, elle ne dort pas la nuit. Très vite, elle sera des milliers de fois supérieure à nous.

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Jean Staune 2

Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22 pages 44 à 46

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Monsanto en vedette, un mariage, un procès et des pétitions

Monsanto en vedette, un mariage, un procès et des pétitions

Marie-Dominique Mutarelli

Deux entreprises à la réputation sulfureuse
Entreprise chimique californienne, Monsanto est connue pour être « la plus détestée du monde ». Après avoir fabriqué l’agent orange, un défoliant toxique utilisé par l’armée américaine dans la guerre du Vietnam, elle a commercialisé dans les années 1970 les PCB ou « pyralènes », hautement polluants, et l’herbicide Lasso, depuis interdit en Europe. Son produit phare est aujourd’hui le Roundup, autre désherbant aux effets cancérigènes potentiels. Pour compléter sa palette de mise en ordre du vivant, Monsanto est également le pionnier des OGM.
Bayer est une entreprise chimique et pharmaceutique allemande, née au XIXe siècle et connue pour ses liens avec le nazisme au siècle suivant. Si elle est à l’origine de l’invention de l’aspirine en 1899, sa dernière création en date est le Gaucho, le pesticide « tueur d’abeilles ».

S’unir pour mieux régner
La chute des cours des matières premières ayant contraint les paysans à réduire leurs achats d’engrais, de semences et de produits phytosanitaires, les industriels de l’agrochimie ont cherché à préserver leurs bénéfices en fusionnant leurs entreprises. En un an, le nombre des consortiums agrochimiques est donc passé de sept à quatre dans le monde. Le 14 septembre 2016 a été annoncé le mariage du siècle entre le géant allemand de la pharmacie et des pesticides et le colosse américain des OGM et des herbicides, pour un montant record de 59 milliards d’euros. Cette association n’annoncerait rien de bon selon les paysans victimes de leurs produits : « Ces gens-là représentent une arme de destruction massive ». D’autres veulent encore croire aux bienfaits de la science, espérant que l’union de Bayer et de Monsanto puisse conduire le développement des biotechnologies vers une agriculture plus respectueuse de l’environnement et mieux adaptée au changement climatique. « Condamner par avance ce rapprochement relève surtout d’une idéologie selon laquelle la science est l’ennemie d’une nature qu’il ne faudrait surtout pas modifier », estime un céréalier.
Le super géant Bayer-Monsanto va donc à terme contrôler un tiers du marché des semences et un quart du marché des phytosanitaires. Bayer, entreprise allemande, ne va pas manquer d’accroître son lobbying auprès des institutions européennes pour imposer l’introduction des cultures OGM jusqu’ici fortement contestée par de nombreux pays. L’ancienne ministre de l’environnement Corinne Lepage dénonce donc « la naissance d’un ogre qui contrôlera l’ensemble de la chaîne, de la semence à l’assiette, jusqu’aux médicaments pour soigner les maladies que ses produits toxiques causent. Ce modèle ultra-concentré et industrialisé est éthiquement inacceptable et incompatible avec l’agriculture durable dont le monde a besoin. »
Pour sa part, l’entreprise Bayer justifie ce rapprochement comme le seul moyen de répondre à un défi majeur : nourrir 10 milliards d’êtres humains en 2050. « Produire plus avec moins », grâce à une agriculture technologique intelligente et connectée, plus précise et plus durable.
Pour les spécialistes de l’agro-écologie, l’affaire Bayer- Monsanto ne doit pas laisser le public indifférent. Devant les limites de l’agriculture conventionnelle, elle invite chacun à prendre la mesure du choix entre un modèle ultratechnologique et une agriculture à échelle humaine, plus modeste, mais plus respectueuse de la planète. L’avis des citoyens devrait être déterminant. Ainsi, sur le site Atabula, une cinquantaine de chefs cuisiniers réputés ont déjà choisi, en dénonçant à travers une pétition « l’invasion de l’agrochimie dans nos assiettes ».

La défense des citoyens s’organise
Face à Monsanto, la défense des citoyens tente de s’organiser. Un collectif international d’ONG et de juristes a financé du 14 au 16 octobre 2016, à La Haye, aux Pays- Bas, où siège la Cour internationale de justice, l’organisation d’un « Tribunal Monsanto ». Avec pour objectif de déterminer « si Monsanto est responsable de violations des droits humains, de crimes contre l‘humanité et d’écocide ». Les audiences ont été retransmises sur internet via le site monsanto-tribunal.org, en vue de « contribuer à ouvrir les yeux de l’opinion publique sur les impacts de l’industrie agrochimique ».
Partant du constat que seules des actions au civil sont aujourd’hui possibles contre les firmes afin d’obtenir une indemnisation des victimes, le projet du Tribunal visait à fournir des armes juridiques aux individus et communautés qui voudraient poursuivre Monsanto devant de vraies juridictions. Sans statut officiel, le procès a cependant respecté scrupuleusement les procédures juridiques internationales, avec de vrais juges, avocats, greffiers. Trente plaignants venus d’Europe, d’Amérique du Nord et du Sud, d’Asie, d’Océanie ont ainsi pu témoigner : victimes des pesticides, paysans ruinés par les OGM ou expulsés de leurs terres, mais aussi chercheurs dénonçant les pressions de Monsanto.
Chargés d’évaluer les faits reprochés à Monsanto et de sanctionner les éventuels dommages sanitaires et environnementaux causés, au regard du droit international en vigueur, les juges ont aussi examiné l’opportunité de réformer le Statut de Rome créant la Cour pénale internationale afin d’y inclure le crime d’« écocide ». Selon la juriste Valérie Cabanes : « détruire l’environnement global, menacer la sûreté de la planète est une atteinte aux droits fondamentaux de l’homme et devrait être considéré comme un des crimes internationaux les plus graves, à l’image du génocide ou du crime contre l’humanité ». Le jugement, symbolique, doit être mis en délibéré le 10 décembre 2016. Invité à participer à ce tribunal citoyen, Monsanto a qualifié le procès de « parodie » dans une lettre ouverte, plaidant pour l’aide que ses produits apportent aux agriculteurs afin de s’adapter aux changements climatiques et convaincu que toutes les formes d’agriculture peuvent coexister.

Une pétition contre la fusion Bayer-Monsanto
Au lendemain de la tenue de ce tribunal, l’avocate Corinne Lepage, ex-ministre de l’environnement, a également lancé une pétition à l’adresse de Jean- Claude Juncker, demandant d’opposer le véto de l’Union Européenne à la fusion entre Monsanto et Bayer, afin de protéger le marché européen des risques d’abus de position dominante, – d’autant plus graves qu’ils touchent des domaines vitaux pour la population, comme l’alimentation et la santé. Par ailleurs, la disparition de Monsanto en tant qu’entité juridique après son absorption par Bayer lui permettrait d’échapper aux poursuites pour les faits énoncés devant le Tribunal Monsanto.

Un démenti d’envergure aux promesses de Monsanto
En cette année 2016, les promesses d’un avenir meilleur grâce à Monsanto semblent remises en question par les faits.

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22 pages 16 et 17

monsantos

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Le dalaï-lama, citoyen du monde

Le dalaï-lama, citoyen du monde

Rencontre avec le dalaï-lama
Christian Roesch

DALAI-LAMA 222bis

Le dalaï-lama était de passage en France en septembre durant une semaine. Pour ne pas froisser Pékin, il n’a pas été reçu officiellement.Venu pour enseigner, il rencontra la société civile et les médias à Paris. REFLETS était présent pour ce moment privilégié.

Une sacrée bonne humeur
Ce sont ses yeux malicieux qui nous frappent en premier lieu.
Il est telle l’image que lui donnent ceux qui l’approchent. Il transpire la bonté. Ses propos sont continuellement émaillés de traits d’humour. Il répond aux sujets les plus graves avec la profondeur qui s’impose mais sans jamais dramatiser. Qu’il s’agisse du pillage et de la destruction du Tibet, des problèmes des réfugiés en Europe ou de la crise climatique, il garde une vue sereine et élevée. Il met l’accent sur la nécessité du progrès individuel des consciences pour sauver notre planète commune à tous, c’est-à-dire les humains, quelle que soit leur culture mais également les animaux et les végétaux.

Qui n’a pas entendu le rire du dalaï-lama ne connait pas la gaieté de Sa Sainteté !
Il est telle une cascade d’un torrent de montagne tibétaine, caractéristique d’un homme ne se laissant pas abattre par les pires nouvelles du monde mais respirant la joie de vivre, heureux de son sort quoi qu’il advienne sans être dupe pour autant des pièges tendus. Ce rire évoque celui de Bouddha annonçant une prédiction ; le rire de Bouddha ou de ses disciples : chose légère et bien grave à la fois.

Rester jeune par la pratique spirituelle
Son âge ‒ 81 ans ‒ n’a pas de prise sur sa joie de vivre et une telle lucidité à cet âge devrait nous interroger : la vie spirituelle en plus de la vie active n’entretiendrait-elle pas les neurones ?
Il le dira d’ailleurs lui-même à propos de la méditation : « Certains de mes vieux amis que je n’ai pas vus depuis longtemps me demandent comment il est possible que j’aie l’air si jeune et quel est mon secret. Je pense que c’est la méditation sur l’altruisme qui m’a beaucoup élevé, principalement quand il s’agit de mes ennemis car il est extrêmement salutaire de penser à ceux qui nous posent des problèmes. Finalement, on s’aperçoit qu’aucun d’entre eux ne souhaite souffrir mais que tous cherchent une forme de bonheur. Rien n’existe en soi et par soi et tout n’existe que par l’interdépendance. »

5 heures de méditation tous les matins
Avec un trait d’humour, il ajoute : « En ce qui concerne la méditation, il y a bien sûr des clichés : si on pense que cela consiste à fermer les yeux et à ne penser à rien, alors des pigeons, en ce moment même, sont là sans savoir ce qu’ils font… Ce n’est pas très utile. En revanche, utiliser pleinement son intelligence dans des méditations analytiques, essayer de comprendre le pourquoi des choses, le fonctionnement de notre esprit, de nos émotions, la nature de la réalité, cela est beaucoup plus utile. C’est une aide considérable pour essayer de transformer les choses et la vision que nous en avons : par exemple, apercevoir la qualité humaine qui mérite d’être cultivée et ainsi changer, par l’analyse, sa vision du monde.
En tant que pratiquant, je dors neuf heures par nuit : comme les enfants, les personnes âgées dorment beaucoup… Je me lève quand même à trois heures du matin ‒ parfois même à deux heures ‒ et je consacre cinq heures à la pratique de la méditation, analytique au début. J’essaie d’abord d’analyser moi-même : qu’est-ce que le moi ? Qu’est-ce que le soi ? Est-ce que le dalaï-lama existe ou pas ? Je m’aperçois à chaque fois que je concède un moi identitaire, l’idée de mon corps m’échappe : je n’arrive pas à cerner ce concept comme identité, certainement le dalaï-lama non plus. Cela se rapproche certainement de la vision de la physique quantique où les choses paraissent solides mais plus on les analyse, plus cette réalité solide nous échappe. Le fait de réduire considérablement le sentiment du moi, le sentiment de colère, le sentiment d’attachement et de percevoir au contraire l’interdépendance des choses, est quelque chose d’extrêmement utile justement pour remédier à une vision du monde tronquée et aux émotions négatives. Le fait de ne pas penser qu’il y a un moi indépendant est quelque chose de vraiment important. C’est à cela que je consacre mes cinq heures de méditation. »

Quelle capacité d’attention de la part de Matthieu Ricard, son interprète, qui traduit tout ce que dit le dalaï-lama alors que celui-ci ne s’interrompt qu’à la fin de sa réponse !

Même sur les questions difficiles, le dalaï-lama reste posé et répond avec une extrême attention, toujours de manière élevée et sans quitter le concret :

Attention au mot « terroriste » !
«… certes le dialogue est la seule manière d’arriver à une solution. Je voudrais souligner aussi que les expressions utilisées telles que “terroriste islamiste”, “terroriste bouddhiste” ne devraient pas l’être. Il y a des terroristes et il y a ceux qui appartiennent à l’islam, d’autres au bouddhisme mais il n’y a pas de lien intrinsèque entre les deux. Je connais très bien la majorité des musulmans dans mes différentes communautés au Tibet et en Inde. Ce sont des êtres extrêmement pacifiques et accueillants. Associer leur religion à des actes terroristes n’est pas admissible et n’aidera pas à résoudre le problème. Ne faites pas cet amalgame dans la presse et dans les médias mais essayez de comprendre que la majorité de ces populations n’ont rien à voir avec les terroristes. Il existera toujours des personnes qui créeront des troubles au sein de toutes les religions. »

Sa façon de voir les religions est bouleversante :
« Les religions comportent trois facettes à traiter séparément : Tout d’abord, toutes les grandes religions essaient, à l’origine, de propager un message d’amour fondamental.
Deuxièmement, il y a des points de vue philosophiques différents, tout particulièrement entre les religions théistes qui envisagent l’existence d’un créateur et d’autres comme le bouddhisme, sans ce concept. Ces divergences répondent à des prédispositions différentes chez les peuples, sur les plans intellectuel et culturel. Chacun doit trouver la voie qui lui permettra de progresser vers un but commun, celui de privilégier l’amour et la compassion. Dans les religions théistes par exemple, on ne dit pas que Dieu est toute haine mais qu’il est tout amour. Si on a vraiment foi en ce dieu, on devrait naturellement aimer pour être en harmonie avec lui et s’enthousiasmer à l’idée que, créé par lui, nous portons la graine qui le permet. (…)
Enfin, le dernier aspect est culturel, lié aux systèmes sociaux existant à l’apparition de ces grandes religions. Il s’agissait principalement de structures non démocratiques, féodales, ayant créé des institutions religieuses de même nature. (…) »

Le dalaï-lama se présente en citoyen du monde :

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Pour lire l’article en entier, Reflets n° 22  pages 50 à23

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À moto sur les routes de l’Inde

À moto sur les routes de l’Inde

Loïc Terrier et Jonathan Lux

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Pendant 10 mois, au guidon de leurs motos, Loïc Terrier et Jonathan Lux, jeunes photographes professionnels, ont vécu une aventure exceptionnelle en parcourant plus de 13 000 km sur les routes de l’Inde. Partis à la rencontre de couleurs et de traditions d’une diversité incroyable, au plus près des populations locales, ils ont immortalisé la beauté du vivant grâce à plus d’un millier de photographies aujourd’hui exposées à travers la France.
Ils partagent cette expérience émerveillée dans un livre Inde – une aventure humaine de 13 000 km au guidon de nos motos, disponible sur leur boutique en ligne et dans certaines librairies de France. 218 pages ponctuées de récits tirés de leur carnet de voyage et illustrées de plus de 500 photos. Un livre à s’offrir pour s’évader avec eux sur les chemins de leur aventure à moto. Ils ont confié à Reflets des moments et des images de leur parcours.

Une aventure de 10 mois à la découverte d’un continent et d’un peuple Issu d’une amitié née sur les bancs du Lycée, un projet de voyage, direction l’Inde, prend vie en janvier 2015. Après quelques années passées à voyager et travailler à l’étranger chacun de notre côté, il était temps pour nous de partager cette expérience. Pour voler de nos propres ailes en toute liberté, nous décidons de voyager les fesses posées sur la selle d’une moto. Une fois la destination choisie, le billet acheté, nous nous envolons en février 2015 avec pour programme de parcourir le sous-continent indien du sud au nord, en évitant si possible les pluies torrentielles de la mousson. Traverser les vallées tropicales et vertes, sillonner les dunes du désert et franchir les plus hautes routes du monde sur les crêtes de l’Himalaya, guidés par le destin et en oubliant la notion du temps. L’objectif de ce périple était de nous fondre dans la culture et de nous imprégner de la spiritualité du pays, en nous intégrant au cœur des habitants. Découvrir les peuples et capturer des regards, des visages et des expressions, lors d’instants naturels partagés avec les populations locales. Immortaliser la beauté du vivant en photographiant un jour comme un autre, avec pour seul équipement deux motos Yamaha RX 135cc chargées chacune de 25 kg de bagages : une tente et de quoi cuisiner, quelques outils pour les soucis mécaniques, nos sacs à dos remplis de vêtements et de quelques livres, nos appareils photo et la carte du pays pour nous orienter au quotidien.

Comment nous avons su nous sortir d’une situation périlleuse
Après 9 jours de marche, seuls, sur les crêtes des montagnes himalayennes, chargés de nos sacs à dos, de nos tentes et de quelques vivres, nous nous réveillons, au dernier jour de notre trek, au bord de l’eau. L’ancien du village traversé la veille nous a annoncé cinq heures de marche par le col de Stakspila à 5300 mètres, avant de redescendre sur Alchi, petit village situé de l’autre côté du sommet. Après deux heures de marche, les traces disparaissent. Nous voilà seuls dans l’immensité de ces montagnes. Il s’agit de rester confiants en cherchant à deviner les traces laissées par les ânes et les chevaux. Mais personne ne semble avoir emprunté ce chemin depuis bien longtemps. La végétation a laissé place à des coulées gigantesques de roches concassées et émiettées. La pente devant nous est un véritable mur : impossible d’apercevoir le sommet ni même d’être sûrs de la direction que nous empruntons.
À mi-chemin de l’ascension, après déjà cinq heures de lutte, la faim se fait sentir. A court de gaz, nous avalons nos nouilles chinoises crues avant de reprendre l’effort. L’oxygène manque, le sommet reste invisible. Les heures passent et nous avançons par portions de cinq mètres. Finalement, des drapeaux apparaissent : l’acharnement nous a conduits au sommet. Nous jetons nos sacs au sol ; les montagnes répercutent l’écho de notre cri de victoire. Il a fallu six heures d’ascension pour arriver au-dessus des nuages et admirer la vue incroyable qui s’offre à nous.
Après cette montée difficile, la redescente est un enfer : les sacs pèsent, le chemin est complètement absent, effacé par un éboulement d’énormes roches. Lâchés par les piles de notre lampe frontale dans la nuit qui tombe, nous continuons au son de l’eau en suivant la rivière qui dévale en direction
des villages. Incapables de nous diriger dans la nuit noire de ce désert d’altitude, nous plantons la tente à flanc de falaise. Grâce au feu allumé avec les arbres morts charriés par la rivière, nous dégustons enfin un repas chaud. Au petit matin, après une bonne nuit de sommeil et quelques heures de marche supplémentaires, nous rejoignons Alchi. Nous apprenons alors que le chemin emprunté à nos risques et périls était fermé depuis longtemps après les éboulements du sommet de Stakspila.

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Une rencontre fascinante et inoubliable
Le peuple rencontré à travers le pays est humble et accueillant, toujours souriant et avenant, comme en témoigne le récit de notre rencontre avec Azad Guiri.
Pensant nous arrêter pour boire un verre d’eau à une terrasse, nous posons les pieds par hasard dans un temple shivaïte. Azad Guiri, guru et gardien des lieux, turban noué sur la tête, nous accueille avec un grand sourire. Entouré de quelques villageois, il nous offre à boire et un lit pour la nuit. Nous acceptons, conscients d’avoir mis les pieds au bon endroit. Les yeux dans les étoiles, les rires nous emportent, le cercle de gens s’agrandit, les nattes prennent place sur le sol, la nuit tombe. Deux heures après notre arrivée, nous fumons le premier chilom, sorte de pipe dont le cône, taillé dans le marbre, est bourré avec une boule de feuilles de Ganga et de tabac émiettées et humidifiées. La plante est bénie en posant le cône sur le front, avant de s’exclamer “Om Nama Shiva” et d’inspirer profondément. Après quelques bouffées, tout devient plus simple et relaxant au son des flûtes et des chants. Accueillir l’étranger est une tradition et apporte la bénédiction. “Atithi devo bhava” (le visiteur est un dieu). C’est une véritable cérémonie d’accueil qui nous est offerte. Des assiettes sont posées sur le sol, désormais orné de beaux tapis. Puis l’un après l’autre, les hommes présents nous apportent des rations du festin préparé en toute discrétion. Le ventre rempli et les muscles relâchés, nous nous endormons sur des lits de cordes dressés pour l’occasion sous le ciel étoilé, après avoir participé à la prière du soir.

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Qu’a changé en nous cette aventure?

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L’Inde marque par sa simplicité et sa complexité, par une multitude de religions et de croyances dont les règles et les coutumes semblent immuables. Un flux de spiritualité sans fin rythme la vie du peuple indien au quotidien. Nous y avons appris à apprécier la simplicité de l’instant présent, à respecter toutes les croyances et à ouvrir les yeux sur le monde qui nous entoure.

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Pour lire l’article en entier Reflets n° 22   pages 18 à 21

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